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Magna carta: un discours «so british»

Nos journalistes se sont amusés à décoder les messages subliminaux prétendumment hostiles tenus par le Roi Charles à Trump…


Deuxième souverain britannique après Elizabeth, en 1991, à s’exprimerdevant le Congrès américain, le roi Charles III n’est pas venu, ce 28 avril 2026, réparer l’affrontlointain fait à son aïeul Georges III – « c’était l’autre jour, comme on dit chez moi », a dit le souverain, avec humour – mais pour fêter le deux-cent-cinquantième anniversaire de l’indépendance des Etats-Unis d’Amérique. Non pour rappeler l’histoire conflictuelle de deux puissances coloniales rivales mais pour restaurer les relations diplomatiques entre deux pays divisés à propos de l’Ukraine et l’Iran. Bref, pour raviver la flamme clignotante d’une belle entente.

Humour et élégance, tels furent les maîtres mots de ce discours so british où les Futés de l’information qui frétillaient sur les ondes ne virent qu’un sermon et des « tacles » adressés au locataire de la Maison Blanche – pour ne pas dire au loup solitaire dans son bunker. A les en croire, le président Trump en aurait pris pour son grade. Sous un discours royal, élégant, entre histoire, humour et rappel des grands principes communs, le souverain britannique aurait donné à son hôte une leçon « subliminale », cinglante, morale et politique, en rappelant, devant le Congrès en joie, les points cardinaux d’une bonne gouvernance : fidélité aux alliés de l’Otan, défense de l’Ukraine, de l’état de droit, condamnation de la violence politique. Etonnant, en revanche, de ne pas avoir apprécié, comme il convenait, le rappel de son ascendance dans la bouche du souverain.

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Ne sachant quoi dire à chaud, les journalistes s’emparèrent de la Magna Carta. Morceau de choix ! C’est quelque chose, dans notre imaginaire, que cette petite page qui soumet le pouvoir exécutif à des contre-pouvoirs nécessaires au bon fonctionnement de la démocratie ! Née Outre-Manche, qu’est-ce qu’elle disait de brûlant, en cette occasion, cette Magna Carta ? De se méfier du despotisme ! La leçon était claire : suivez mon regard ! Ensuite, il y eut le rappel, dans la bouche de Charles III, d’une religion commune entre les deux nations. Qu’est-ce qu’elle disait, cette religion ? D’être « charitable » avec autrui sans exclusion. Derrière la porte, Donald était rincé ! Enfin, le must : le « tacle frontal » (sic) au dîner de gala qui suivit le Congrès quand le roi Charles III rappela au président la phrase qu’il avait prononcée au sommetde Davos : « Vous avez récemment déclaré, Monsieur le Président, que, sans les Etats-Unis, les pays européens parleraient l’allemand. Oserai-je dire que, sans nous, vous parleriez français ? » Vlan ! Révérence gardée, bien entendu.

Cette réponse du berger à la bergère fut l’occasion pour les journalistes de rappeler ce qu’est la diplomatie. Des attitudes et des paroles. Des petites phrases, des sous-entendus, des propos à double entente qui en disent plus que des traités et des détroits débloqués. Et du « subliminal ». Les couleurs des robes des premières dames, par exemple. Vous souvenez-vous, il y a peu, de la réception de Donald Trump à la Cour d’Angleterre ? La reine d’Angleterre était en bleu roi et Melania en jaune safran. Ça ne vous dit rien, ces couleurs ? Non, pas la Vierge Marie ni le Vatican, mais les couleurs de l’Ukraine ! Vraie complicité des deux dames ! Au dîner de gala du 28 avril, la Reine d’Angleterre était en rose fuschia, Mélanie en blanc crème : deux vraies roses. Autre exemple de « message » à décoder : la vocation messianique des Etats-Unis. Elle est connue. De Trump surtout. Le roi Charles ne fit-il pas une allusion « subliminale » au messianisme de son hôte en disant qu’en ces temps pascals que nous vivions encore, il priait contre « le repli ? » « Discours fantastique ! », dit l’intéressé, félicitant le roi Charles III d’avoir « fait se lever les démocrates, ce que lui-même n’avait jamais été capable de faire. »

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La réception à la Maison Blanche, pour le thé et le dîner, fut chaleureuse. Là, encore, il y avait du subliminal. Car il fallait, bien sûr, interpréter le langage corporel. Tactile, pour l’accueillir, Donald Trump a « tapoté » l’épaule du roi et posé sa main sur son avant-bras pour l’orienter. Impair ? Non, dit l’interprète du langage des signes, mais « langage corporel léger et presque hésitant, témoignage de proximité plus qu’impair ». Signe « d’amitié active », pour tout dire.

De cette visite historique, voilà la version française d’un média : « En voyage aux Etats-Unis, Charles III tacle frontalement Donald Trump face à une Assemblée hilare ». L’anti-trumpisme se porte bien, en France. François de Sales ferait bien d’inspirer aux journalistes dont il est le saint patron un désir plus ardent de vérité. « Tacler » n’est pas jouer ! Encore moins « tacler de façon cinglante ! » 

Voter pour durer

Les classes populaires ne se reconnaissent plus dans ceux qui les gouvernent. Leur parole a été confisquée par une classe politico-médiatique qui refuse de dénoncer les maux qui rongent le pays à petit feu. Le vote est leur ultime moyen d’expression, et elles votent RN. Davantage par lassitude que par colère.


ll y a, dans la France contemporaine, quelque chose qui se défait en silence. Non pas une rupture éclatante, mais une lente désagrégation – une fatigue du monde, presque imperceptible pour ceux qui habitent encore les centres protégés du pouvoir, mais immédiatement lisible pour ceux qui vivent dans les marges, les périphéries, ces territoires où la vie se durcit sans bruit, sans mots, sans reconnaissance. 

Les classes populaires françaises – ce que l’on appelait autrefois le peuple – ne se reconnaissent plus dans le langage de ceux qui les gouvernent. Elles ne s’y opposent même plus : elles s’en retirent. Elles regardent, à distance, un monde politique devenu étranger, saturé de mots morts, de promesses sans chair, de discours qu’elles ne comprennent plus, ou qu’elles comprennent trop bien pour continuer à y croire. 

Entre ceux d’en bas et ceux d’en haut, il n’y a pas seulement une fracture sociale. Il y a une séparation des expériences, presque une séparation des réalités. Les uns vivent dans l’abstraction rassurante des normes, des flux, des équilibres macroéconomiques ; les autres dans la dureté concrète des fins de mois, des transports subis, des quartiers qui se transforment, des repères qui s’effacent. 

C’est dans cet écart que s’enracine le vote pour le Rassemblement national. Non comme une adhésion idéologique claire, mais comme un geste de retrait, presque un geste de survie. Ce vote dit moins une colère qu’une lassitude – lassitude d’être ignoré, lassitude de ne plus compter, lassitude d’entendre parler d’un pays dont on ne reconnaît plus ni les visages ni la langue. 

Le peuple réduit au silence 

Les milieux populaires vivent la mutation démographique non dans les statistiques, mais dans la chair du quotidien. 

Ils éprouvent la déliaison, les changements de mœurs, la montée d’un communautarisme islamique qui s’impose sans qu’on ose le nommer. Mais leur expérience est désormais interdite de parole : elle est disqualifiée avant même d’avoir été dite. 

C’est ici que se vérifie, tragiquement, la prophétie de Christopher Lasch. Les talking classes – les «  classes parlantes  » – ont confisqué la parole publique. Les autres, celles qui vivent sans être entendues, n’ont plus d’autre langage que le vote, ou le silence. La France des plateaux de télévision n’a plus rien à voir avec celle des supermarchés, des cités, des bourgs abandonnés. 

De cette fracture naît une colère sans voix. Le peuple comprend qu’on ne l’écoute plus, et qu’à chaque élection on lui intime de se taire sous la formule rituelle du «  barrage  ». Mais ce mouvement ne concerne plus seulement la France périphérique. On se tromperait gravement à n’y voir que la révolte d’une France pauvre. Dans les villes moyennes, dans certains centres urbains eux-mêmes, des commerçants, des artisans, des professions libérales basculent à leur tour – non par nécessité économique immédiate, mais par épuisement moral. Fatigue d’un monde qu’ils ont servi, qu’ils ont fait vivre, et qui désormais les ignore ou les entrave. Ils subissent l’empilement des normes, la pression fiscale, l’insécurité diffuse, et surtout ce sentiment d’un désordre sans nom que le langage officiel ne parvient plus à masquer. 

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Ce basculement dit quelque chose de plus grave encore : ce n’est pas une classe qui se détourne, c’est une confiance qui se retire. Et cette défiance épouse la géographie même du pays. Car la France ne vote pas selon des opinions abstraites, mais selon des expériences enracinées, presque charnelles. Dans plusieurs grandes villes du Sud – Nice, Perpignan, certaines parties de Marseille –, le vote pour le Rassemblement national s’installe, se fixe, se banalise. Non par hasard, mais parce que s’y concentrent des formes de vie où l’ordre, la sécurité, l’identité, la transformation du cadre quotidien ne sont pas des concepts mais des épreuves vécues. S’y ajoute une mémoire politique particulière, marquée par l’histoire des rapatriés, par une fidélité ancienne à des droites enracinées, qui rend ce vote moins scandaleux, moins interdit qu’ailleurs. 

À l’inverse, dans les grandes métropoles – Paris, Lyon, Bordeaux –, la structure sociale, plus instruite, plus mobile, plus dissoute dans les flux de la mondialisation, produit un autre rapport au réel. Le changement y est perçu comme promesse, comme ouverture, là où il est vécu ailleurs comme perte ou dépossession. Les tensions existent, bien sûr, mais elles sont tenues à distance, reléguées, invisibilisées. 

Face à la certitude du déclin

Deux mondes coexistent ainsi, séparés par une frontière invisible, mais presque infranchissable. C’est dans cet entre-deux que se noue une tension décisive. Beaucoup de ceux qui se tournent vers le Rassemblement national le font en sachant parfaitement ce que l’on dit de ce vote – chaos, rupture, menace. Ces accusations, répétées avec insistance par ses adversaires, notamment dans certains territoires où domine la crainte d’un affrontement, n’empêchent pourtant pas le mouvement. Comme si, pour une part croissante du pays, la peur du risque pesait désormais moins lourd que la certitude du déclin déjà vécu. 

Dans le même temps, cette mise en scène permanente du danger retient encore certains. Sans adhérer, sans franchir le pas, une partie de l’électorat – souvent plus âgée – demeure liée à une ancienne idée du vote, où choisir engage une responsabilité morale, presque une fidélité à un ordre ancien. Il faut se souvenir aussi de ce que fut le Front national de Jean-Marie Le Pen : un vote de rejet plus que d’adhésion, nourri par la peur, et parfois par une hostilité directe aux immigrés, en particulier aux populations arabes. 

Quelque chose s’est déplacé. Les constats qui appartenaient hier aux marges se sont lentement installés au centre – relation entre l’insécurité et l’immigration de masse, islamisation, tribalisation de la vie collective. Non parce que les idées du RN auraient triomphé, mais parce que le monde qui les rend audibles s’est étendu.

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 Le vote pour le Rassemblement national n’est pas seulement un fait politique. Il est le symptôme d’une rupture plus profonde : la séparation entre un peuple et ceux qui prétendent encore parler en son nom. Tant que ce lien ne sera pas renoué, non par des injonctions, ni par des condamnations morales, mais par une reconnaissance réelle, concrète, des vies vécues, ce vote continuera de croître, non comme une adhésion paisible, mais comme la voix persistante, presque muette, d’un pays qui sent qu’on ne le voit même plus.

La société malade

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Sylvana Lorenz est morte: Pierre Cardin définitivement veuf

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La cébre galeriste Sylvana Lorenz, femme dart et de communication, est morte ce jeudi 23 avril à l’âge de 73 ans. Surnommée Madame Cardin en raison de son amour impossible avec le cébre couturier, cette figure de lart contemporain aura été lintime de Jeff Koons, Keith Haring, César, Arman, Basquiat, Ben et Pierre Cornette de Saint-Cyr.


Pierre Cardin est définitivement veuf. Comme l’avait dit Jean Vilar lorsque Gérard Philippe s’en était allé, ce jeudi 23 avril, la mort a frappé haut.

« Madame Cardin » est partie comme elle a vécu : avec élégance, fantaisie et humour.

Une marginale cachée sous le masque du classicisme

Son dernier message à sa fille la célèbre romancière Amandine Cornette de Saint Cyr était à son image, une marginale cachée sous le masque du classicisme : « Demande au thanato-practeur de me mettre mon rouge à lèvres vermillon et de me lisser les cheveux au fer. Rappelle au prêtre que j’ai été une grande femme d’art, mais surtout l’égérie de Pierre Cardin pour qu’il le glisse dans son homélie. Sur la pierre tombale, fais graver « Dite Madame Cardin » à côté de mon nom, ça me ferait plaisir. Et puis ça attirera l’œil des promeneurs. Pour les fleurs, commande des roses rouges en hommage à Sainte Rita. Et surtout, pense à inviter mes copains Facebook, X, Linkedin, Instagram, TikTok. J’aimerais que ma dernière sortie ait du panache!». C’est hyper important d’inviter ses amis Linkedin à son enterrement : on l’oublie trop souvent. Avec sa mort, le panache, la grâce et l’ironie tirent leur révérence sans demander leur reste.

L’avenir prend soudain d’autres couleurs : d’un coup, la vie redevient en noir et blanc.

Une jeune galeriste

Dans les années 70, Sylvana, ravissante jeune italo-niçoise (pléonasme), qui a du destin plein sa besace, se rend dans un minuscule théâtre « lArtistique », boulevard Dubouchage, lieu parfait pour lui ouvrir les horizons d’une grande carrière. Elle y croise un inconnu prénommé Ben qui y fait une performance. Elle ne comprend rien à ce qu’il lui dit, puisqu’il un accent basque mêlé à de l’irlandais et de l’égyptien : elle tombe donc amoureuse de lui. C’est quand les gens se mettent à parler qu’ils nous ennuient, s’ils se taisaient, ils seraient bien plus intéressants. Ben est le seul artiste dont tout le monde a une œuvre, mais que personne ne connaît. Si tous les lycéens de France ont une trousse avec une absurdité en blanc sur fond noir, c’est la faute de Sylvana Lorenz, qui l’a tant inspiré. C’est à cause de folles comme Sylvana que toutes les mères de famille ont leur gosses qui les harcèlent depuis trente ans pour avoir des trousses bizarres. Elles auraient dû porter plainte contre Sylvana pour « incitation à la folie artistique ». D’ailleurs Sylvana était un peu fêlée, mais c’est ce qui permettait de laisser passer la lumière qui éclairait les tableaux exposés dans sa galerie.

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Madame Cardin

Elle quitte ensuite Nice pour aller vivre à Paris, puisque ce n’est qu’à Paris, n’est-ce pas, que l’on peut réussir sa vie ou finir de la perdre. Elle se souvient de ce sentiment qui l’avait saisie à son arrivée, qui relevait moins de l’ambition que de cette petite phrase innocente qui trottait dans sa tête : « tout est possible ». Elle est grande comme un rêve de gosse, belle comme la femme d’un autre, et élégante comme une gravure de Van Dongen. Surtout elle sait marcher comme John Travolta savait danser. La plupart des gens ne savent pas marcher.

On apprend plein de trucs inutiles au lycée comme le théorème de Thales (si un lecteur de Causeur utilise tous les jours le théorème de Thales, qu’il m’appelle au 0680559244) alors qu’on ne nous enseigne même pas comment marcher. Une foule, ça se fend, mais pas n’importe comment. Elle vend des petites mains en bronze dans sa galerie. Un beau matin, le voisin d’en face vient la voir pour en acheter une. Il s’appelle Pierre Cardin : l’homme qui a compris que rien n’est aussi dangereux que d’être trop moderne, et que c’est le meilleur moyen pour finir démodé. L’histoire avec un grand H commence. « Tout se mêle ! Amour, gloire et beauté, un conte de fée » écrira-t-elle. Elle sera directrice de la communication de l’Espace Cardin en 95, et ce, jusqu’à sa fermeture. Elle passera ses étés au palais Bulles puis dans le château du marquis de Sade, parmi les oliviers du Luberon. Sylvana aimait tellement Cardin qu’elle était finalement devenue plus Cardin que lui-même : elle s’habillait en rouge et noir Cardin, son appartement était une reconstitution de chez Maxim’s ; elle était son double, son reflet ou son miroir.

Pierre Cornette De Saint Cyr

Un autre homme aura marqué sa vie : son autre grand amour, le prince des commissaires-priseurs Pierre Cornette de Saint Cyr. Quand, à 7 ans, j’aperçus Pierre Cornette de Saint Cyr qui débarquait chez mes parents pour expertiser leur « collection » de tableaux, il était entouré d’un halo comme ceux qui nimbent les romans d’aventure. Un personnage que l’on a connu au berceau et quasiment plus revu depuis ne peut devenir qu’une légende dans notre imaginaire adulte. C’est peut-être à cela que servent les souvenirs d’enfance : façonner des mythes auxquels toute notre vie nous essayerons de donner forme humaine. Le monde des adultes m’était apparu jusqu’alors terne, sérieux et ennuyeux. Avec Cornette, je découvrais qu’il n’en était rien. Toujours hâlé, toujours enjoué, un sourire aguicheur sur des dents du bonheur, un déhanché à la John Travolta quand il s’approchait de vous, il semblait ne reculer devant aucun effet pour vous séduire, y compris les plus ridicules. Ça le rendait touchant. Et surtout, il avait des pantalons roses. Mais pas seulement. Des chemises violettes aussi. Des vestes canaries. Des pochettes turquoises. Toute une panoplie de l’arc-en-ciel, comme s’il avait voulu mettre des taches de couleur sur le gris de l’existence. Il m’expliquera bien plus tard son code couleur : une par jour, lundi rouge, mardi noir… jusqu’au dimanche jaune pour que la semaine se finisse en rayon de soleil. Ceci peut vous paraître anecdotique mais si Pierre Cornette de Saint-Cyr n’avait pas assorti sa pochette émeraude à son pantalon orange, je n’aurais pas écrit cet article. La beauté est la première des politesses et Cornette en était la preuve vivante.

Une mort si jeune

Sylvana est morte jeune : 73 ans, d’un cancer aussi terrifiant qu’est sublime le livre qu’a fait dessus sa fille Amandine Cornette de Saint Cyr: Au secours, Marie !  Elle l’aura affronté avec un courage aussi admirable que le torero de Manet, Robert Jordan aux dernières lignes de Pour qui sonne le glas ou Honoré d’Estienne d’Orves qui refusera qu’on lui bande les yeux face au peloton d’exécution. Au moins elle ne sera jamais devenue une vieille dame. Elle ne ressemblera jamais à Brigitte Bardot ou à Catherine Deneuve : elle ne sera jamais fripée, jamais botoxée. Elle sera morte avec le même visage de nymphette que celui de la jeune galeriste qui fit découvrir dans sa petite boutique les premières œuvres de Ben et de Jeff Koons. Elle n’aura eu qu’un regret : n’avoir ni épousé Cardin, ni Pierre Cornette de Saint Cyr, les deux hommes de sa vie. En même temps, comment épouser quelqu’un quand on a dix demandes en mariage par jour.

Je me rends compte avoir écrit tout cet article au présent de l’indicatif. Les conjugaisons sont les pires des croque-morts : l’imparfait n’aura pas notre peau.

Tu es verseau comme moi et tu as prié Sainte Rita quand j’ai été en réanimation. Adieu Sylvana, tu avais le talent de la vie. Tu ne te seras jamais laissé salir par rien. Tu es là, intacte, protégée, comme un rêve de gosse. Tu as rejoint tes deux plus grands amours. La France est devenue chiante : tu es un ovni et ta folie, ou ton génie, n’auraient plus pu être compris par notre époque. Je te laisse. Tu dois être en train de préparer un cake à tes deux Pierre : Cornette et Cardin. Reste Pierre Tombale, ce salaud qui vient lundi 4 mai. Celui-là, il ne te fait pas peur.

Au secours, Marie !

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Et mon culte, c’est du poulet?

A Saint-Ouen (93), le maire socialiste Karim Bouamrane s’est mis à dos l’enseigne Master Poulet qu’il ne souhaite pas voir débarquer dans sa commune. Les Insoumis sont de l’avis contraire, pensant « défendre le patrimoine culinaire de la Nouvelle France », analyse L’Opinion. Recours juridiques, outrances sur les réseaux sociaux contre l’édile: les prises de bec sont loin d’être finies.


Perso, dans une sorte de bouffée délirante, je le vois venir gros comme une maison. Oui, je le vois se profiler à l’horizon, le petit chantage crypto-communautaire. Il se trouve que le fast-food Master Poulet qui doit ouvrir à Saint-Ouen ne sert que du halal. Donc une nourriture plus spécifiquement dédiée à une certaine tranche de la population. Ceci n’est évidemment pas un détail. Ou s’il l’est pour l’instant, je m’autorise à craindre qu’il ne le reste pas longtemps. Il ne devrait pas manquer d’esprits particulièrement à cheval sur les strictes règles d’équité, d’égalité, de respect des modalités du vivre ensemble telles que prévues dans le manuel ad hoc pour s’agiter, renâcler, se cabrer à un moment ou à un autre. 

Pour l’heure, l’argument des autorités municipales de cette cité de Seine-Saint-Denis pour interdire l’ouverture de l’établissement repose sur deux justifications, l’une et l’autre des plus pertinentes au demeurant. Endiguer la propagation de mal bouffe et mettre fin à la prolifération d’enseignes répertoriées « restauration rapide » dans le périmètre de la commune. Rien de plus légitime. En effet, on comprend que les élus puissent prendre des décisions en regard de ces deux critères qui ne sont pas de détail, la santé alimentaire des populations et les équilibres commerciaux, économiques du territoire.

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Tant que l’opposition à l’ouverture du la maison au poulet se tient sur ce terrain-là, personne, ne devrait rien trouver à redire. En théorie du moins.

Mais, ne parvenant pas à faire taire tout à fait le fond de mauvais esprit qui traîne quelque part en moi, et subitement titillé par une sorte de délire vaguement paranoïde, j’en viens à me demander si l’affaire ne va pas très vite prendre une autre dimension, et les enjeux se disputer sur un tout autre terrain.

J’évoque ici une éventuelle – mais heureusement très improbable – émergence du communautaire dans le débat. Une contre-attaque déplacée du terrain diétético-économique au registre inépuisable « ostracisme et stigmatisation » où l’on verrait des groupements, des associations, voire des mouvements politiques (suivez mon regard…), ceux qu’on connaît pour être toujours disposés à faire bouillir l’huile de la victimisation, monter au front sus à ce qu’ils s’ingénieraient à présenter comme un rejet, un refus pur et simple du halal. Et donc un acte d’hostilité délibérée. Vous le constatez, je ne fais que m’enfoncer encore un peu plus dans mon délire. Rien de cela ne se passera, on peut en être sûr. La sagesse prévaudra et chacun aura à cœur de se rendre aux très raisonnables préconisations de la municipalité en question. Il restera dès lors à Master Poulet à aller se faire frire ailleurs. Ce qu’il fera avec l’élégance et la docilité digne d’éloges auxquelles ces affectueux sujets de basse-cour nous ont habitués depuis longtemps.

Et ce n’est évidemment pas demain que nous verrons, dans les communes de France et de Navarre, instaurer, par exemple, un quota de fast-food halal pour tant d’enseignes ordinaire. Délire ou pas, cela me semble à jamais inimaginable. Et je n’imagine pas non plus que fleurissent dans les rues des revendications allant dans ce sens, avec des panneaux quatre par trois, des banderoles géantes, sur lesquels serait inscrit en lettres de feu le slogan – joyeux il est vrai – mais subtilement comminatoire que je me suis permis de faire figurer en titre de ma divagation avicole. Non, décidément, assez d’égarement. Oublions vite ces extravagances…

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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RN au pouvoir: et si l’échec était déjà soigneusement préparé?

Que ferait l’armée en cas d’arrivée au pouvoir du Rassemblement national? ose carrément questionner tout haut notre chroniqueur, qui nous livre ses prévisions. Marine Le Pen ou Jordan Bardella s’inspireront-ils du « spoil system à la française » qu’il appelle de ses vœux pour notre République?


Depuis plusieurs années, tout est préparé par le pouvoir macronien pour qu’un(e)  président(e) de République issu(e) du Rassemblement national échoue très vite. Les Conseils Constitutionnels et d’Etat, la Cour des Comptes sont noyautés par des créatures présidentielles. Tout ceux qu’on décrit comme le “système”, les journalistes et intellectuels de gauche, la plupart des professeurs, la plupart des magistrats, tous endosseront avec enthousiasme le rôle de naufrageurs. Bruxelles n’est pas au bord de la mer mais là aussi, on allumera des feux sur les rochers pour le naufrage du France.

La majorité du Parlement européen se droitise, mais les pouvoirs non élus, comme la Cour Européenne des Droits de l’Homme, resteront en place, toujours progressistes  et immigrationnistes. Emmanuel Macron aura réussi l’exploit de faire perdurer son immobilisme mortifère après son départ.

Il faudrait donc qu’à son arrivée, le nouveau pouvoir change un certain nombre de règles jugées à tort sacro-saintes, en français imagé on dit “renverser la table”. Ce n’est pas là l’avis d’un boutefeu, c’est en termes plus choisis celui de l’ éminent juriste Jean-Éric Schoettl. Si Marine Le Pen ou Jordan Bardella prolongent la stratégie de la cravate par un strict respect des règles actuelles, la cravate les étranglera. Un changement total en douceur, est-ce concevable ?

Spoil system à la française ?

Par un savoureux paradoxe, c’est Emmanuel Macron qui peut fournir la solution : la sortie temporaire des règles, c’est exactement ce qu’il a fait pour la reconstruction de Notre-Dame, l’organisation des Jeux Olympiques, et c’est ce qu’il veut faire pour réindustrialiser la France. Les élections législatives qui suivront l’élection d’un président de la droite nationaliste ont beaucoup de chances d’apporter une majorité au vainqueur à laquelle s’opposera une minorité mélenchono-socialiste. La Vème République, après s’être perdue dix ans dans les marécages gaucho-centristes du macronisme, retrouverait enfin son lit principal, creusé par le Général de Gaulle et Michel Debré : un régime présidentiel appuyé par une majorité au parlement. Luc Ferry, qui balance régulièrement entre bonnes intuitions et erreurs, célébrait dimanche 26 sur LCI le régime parlementaire allemand, ces laborieuses coalitions gangrenées par les compromis. Solution antigaulliste, qui va à la France comme des chaussettes à un lapin.

Donc, une période spéciale de quelques mois après les élections du printemps 2027. Comment l’appeler ? La droite est trop droite, trop franche, elle doit apprendre de la gauche l’art subtil des désignations mensongères, comme le “vivre-ensemble” qui nomme l’état de divorce ethnique et religieux où nous vivons. “Moratoire constitutionnel” est à éviter, “moratoire” évoque trop le surplace des années “En Marche”. “Période constitutionnelle spéciale” est trop poutinien. Je propose le “Nouvel Etat de Droit”, le NED, avec majuscules et fanfare. Cela rappellera aux dinosaures de gauche la NEP, la “Nouvelle Economie Politique”, quelques mois de libéralisme imposé par Lénine, la seule période des années 20 où les Moscovites mangèrent à leur faim. Ça marchait trop bien, les communistes l’arrêtèrent. La mention “Etat de Droit” rassurera les naïfs.

L’acte fondateur du NED sera une loi instituant un “spoil system” à la française. Cet emprunt à la vénérable démocratie américaine stipulera qu’à chaque nouveau président, de nouveaux titulaires favorables à ses idées seront nommés dans la haute administration. Je propose ce même Jean-Éric Schoettl pour présider le nouveau Conseil constitutionnel et Sarah Knafo à la Cour des Comptes. Les deux connaissent ces boutiques, ce sera un parfait changement dans la continuité. De là tout découlera, comme l’eau qui jaillit au Mont Gerbier des Joncs et forme le plus grand fleuve de France. Réforme de l’Ecole de la magistrature scindée en douze entités, moratoire total sur l’immigration mis en œuvre par le ministre Fabrice Leggeri, peines planchers rétablies, a priori de légitime défense pour tous les gestes policiers, suppression de la loi mitterrandienne qui empêche la punition proportionnée des crimes les plus graves. Bien sûr, assurances répétées aux musulmans français qu’ils sont chez eux et y resteront, bonnes relations avec le Medef et les milieux économiques en donnant une orientation libérale plus marquée, Jordan forçant un peu son égérie.

Ne nous leurrons pas, l’arrivée au pouvoir du Rassemblement national ébranlera toute la société française et il faudra vérifier l’état de tous ses piliers. L’armée française est une armée pleinement républicaine. Selon l’adage latin Arma cedant togae, les armes obéissent à la toge, c’est-à-dire au pouvoir civil. Cependant, dans les grandes crises, on imagine souvent qu’on pourrait avoir besoin de l’armée pour rétablir l’ordre. C’est ce que pense la sénatrice Samia Ghali qui voudrait qu’elle intervienne dans les quartiers gangrenés par le trafic de drogue. L’ordre étant davantage une valeur de droite que de gauche, on pourrait penser qu’en cas d’affrontements graves, l’armée et ses chefs prendraient des positions plus favorables à la première. Au XIXe siècle, quand on voulait se moquer de la droite conservatrice, on l’appelait “l’alliance du sabre et du goupillon”. Le goupillon est depuis longtemps passé à gauche, mais le sabre ? Plus près de nous, en 2018, des généraux classés à droite ont protesté contre le pacte de Marrakech sur les migrations. Ils gravitaient autour du général Antoine Martinez, animateur du site “Volontaires pour la France”. Mais aujourd’hui ?

Soyons raisonnables

Voici que la guerre d’Iran vient de jeter un éclairage surprenant sur l’état d’esprit des généraux, colonels, et amiraux de l’armée française en retraite, qui ne sont pas tenus au devoir de réserve. Cette génération de jeunes retraités a déferlé sur les plateaux de télévision pour critiquer avec la plus grande sévérité les armées américaines et israéliennes. Ils ne relèvent jamais qu’elles luttent pour nous épargner la destruction nucléaire possible par le régime le plus tyrannique et le plus dangereux de la planète. A côté de celui-ci, le Nord-Coréen Kim Jong Un fait figure de brave garçon rondouillard et espiègle qui s’amuse à titiller son jumeau du sud, le Japon et les Etats-Unis. Lui au moins ne commandite pas des attentats aux quatre coins de la planète et n’a pas des dizaines de Français à son tableau de chasse. Revenons à ces étonnants généraux doux comme des agneaux, pacifistes et totalement allergiques au risque. Lors des apparitions de l’un d’eux sur LCI, nous chronométrons ma femme et moi le nombre de secondes qui vont s’écouler avant qu’il ne s’écrie : “C’est trop risqué !”. D’où le surnom que nous lui donnons de “général Cétrorisquet”. Leur indifférence au sort d’Israël est abyssale: j’ai entendu le général Yakovleff s’exclamer : “Qu’importe si l’Iran lance une bombe atomique sur Israël, puisque les Israéliens pourront riposter, les deux pays seront vitrifiés”. Je n’ai pas entendu le mot “audace” sortir une seule fois des bouches de ces gentils scouts. Au Walhalla des grands guerriers, Jules César, Napoléon et Charles XII de Suède doivent rougir de leurs descendants. Dans son beau cimetière marin de Vendée, Clémenceau se tord de rire en redisant son fameux  « La guerre, c’est une chose trop sérieuse pour être confiée aux militaires. »

Pendant les troubles qui suivraient l’arrivée au pouvoir du Rassemblement national, l’armée française ne ferait rien. Fidèle à l’héritage macronien, elle se tiendrait à mi-chemin de tout conflit, l’Amérique est aussi coupable dans ce conflit que l’Iran, la droite vaut la gauche, Marine et Mélenchon, c’est kif kif, ayons de la retenue, condamnons “avec la plus grande fermeté” et surtout ne faisons rien, ne levons pas le petit doigt, après il faudrait lever le bras, quelle fatigue ! Entendons-nous bien, je ne souhaite pas que l’armée agisse contre quiconque, je souhaite qu’elle soit une force d’interposition en cas de besoin, une sorte de Finul consacrée à la France. Comme toute haine exacerbée, la haine du président Trump et de l’Amérique n’améliore pas les capacités intellectuelles, loin de là. Le 23 avril dernier, dans C dans l’air, dont les gracieuses présentatrices sont habillées comme des reines grâce à nos impôts et à l’arnaque des sociétés de production, il y eut deux séquences étonnantes. Dans la première, on s’est alarmé du prix du kérosène, des difficultés de Transavia et de beaucoup de compagnies aériennes, des risques de ralentissement mondial du trafic aérien. Je me disais : l’un des intervenants, forcément écologiste, va forcément ironiser – grâce à Trump le climatosceptique l’empoisonnement de la terre par les énergies fossiles va ralentir ! Bien sûr, personne n’a eu l’idée de cette remarque qui aurait semblé une vague approbation du président américain. Incise personnelle : j’ai un fils qui sautait devant les avions sur les tarmacs d’aéroport pour dénoncer l’effet funeste de l’aviation sur le climat et qui a fait de la prison pour ce noble donquichottisme. Je suis fier de lui.

Deuxième séquence étrange : la célébration exaltée de la Chine, puissance raisonnable, puissance d’équilibre et de stabilité, qui bientôt bouffera les Américains à la baguette. Oubliés les Ouighours, oublié le contrôle facial auprès de quoi Big Brother est un gentil surveillant d’internat, oubliés les généraux et les opposants qui disparaissent avec la même rapidité qu’à Moscou, oubliée une verticalité du pouvoir qui les rend à la merci du moindre AVC, de la moindre chute préparée dans les escaliers…

Amère leçon : de Washington à Pékin, de Charles Alloncle au détroit d’Ormuz, la gauche, qui pouvait encore passer il y a quelques années pour une assistante sociale généreuse mais naïve, est devenue la reine du mensonge universel.

«C ce soir»: plus pluraliste et impartial, tu meurs!

Chez Karim Rissouli et Laure Adler, le résistant David Dufresne brûle en direct le contrat d’édition de son dernier livre avec Grasset, pendant qu’Éric Fottorino excommunie à tour de bras. Tous les autres invités conviés se demandent comment mieux « réguler les médias » et rétablir le monopole de la gauche culturelle.


Patrick Cohen, Bretrand Chameroy et Charline Vanhoenacker sur France inter

Lundi 20 avril 2026. Matinale de France Inter. L’éditorialiste Patrick Cohen et les « humoristes » Bertrand Chameroy et Charline Vanhoenacker tirent à boulets rouges sur Vincent Bolloré. M. Cohen reproche au milliardaire de s’être exprimé dans le JDD,un journal qui fait partie de son groupe – il est certain que Libération, Le Monde ou Le Nouvel Obs de Matthieu Pigasse et La Provence ou La Tribune de Rodolphe Saadé n’attendaient que de publier la tribune de celui qui, depuis deux semaines, essuie des bordées d’injures de ces organes de presse et du monde dit de la culture. Mme Vanhoenacker s’est livrée, comme à son habitude, à une charge prévisible et grossière, sans la moindre once d’humour. Passons ! Quant à M. Chameroy, c’est avec une audace et une originalité sans pareilles qu’il s’est moqué de Vincent Bolloré en le comparant à Kaa, le serpent du Livre de la jungle. La fin de sa chronique a été consacrée au documentaire de CNews sur la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public et son rapporteur, Charles Alloncle, documentaire qui, selon lui, manquait de contradicteurs. On ne verrait pas ça sur le service public. Encore que… Le 15 avril, sur France 5, l’émission C ce soir concernait l’affaire Bolloré-Grasset. Les propos liminaires de l’animateur Karim Rissouli furent sans ambiguïté ; il n’y aurait pas de débat mais une « discussion » autour d’un sujet traité de manière univoque et à charge : « Le limogeage d’Olivier Nora est un signe supplémentaire de la mainmise du milliardaire d’extrême droite sur le monde de la culture et de sa volonté d’en faire un bras armé dans la bataille culturelle qu’il mène partout où il le peut ». Karim Rissouli, son invitée permanente Laure Adler et les heureux élus participant à cette émission étaient donc tous sur la même ligne et armés jusqu’aux dents.

Y’a pas de débat !

Ces élus furent, par ordre d’apparition à l’écran :

Nathan Devers, chroniqueur sur France Info et France Culture, enfant spirituel de Bernard-Henri Lévy qui l’a bombardé éditeur de la revue qu’il a créée, La Règle du jeu. Cette revue et les prochains livres de BHL ne seront plus édités chez Grasset, annonce gravement Nathan Devers. Les derniers lecteurs de BHL ne sont pas inquiets : il se trouvera bien, dans l’enclos germano-pratin, un éditeur prêt à référencer les prochaines productions du plus égotiste mais du moins en moins lu des ex-nouveaux philosophes. L’homme, beaucoup plus soucieux de son sort que de celui de la France, pays où « tout ce qui est terroir, béret, bourrées, binious, bref, franchouillard ou cocardier, [lui] est étranger, voire odieux » (Globe, 1985), a gardé une certaine influence dans le monde des médias et de la culture, influence qu’il a parfois mise au service de… lui-même. Ainsi, en 1997, il réalise Le Jour et la Nuit, film à très gros budget co-financé par Arte – dont il préside le comité de surveillance depuis 1994 – et par la Commission d’avances sur recettes du CNC dont le président se nomme à l’époque… Bernard-Henri Lévy. La presse est unanime : « plus mauvais film depuis 1945 » pour les Cahiers du cinéma ; « navet certifié », pour Libération. Malgré cela, BHL bénéficiera dès lors du soutien financier d’Arte France, du CNC ou de France TV pour la production de la plupart de ses films documentaires, tous des échecs commerciaux[1]. En 2024, BHL s’est vu reconduit à la présidence du conseil de surveillance d’Arte, à l’âge de 75 ans, malgré les statuts de la chaîne franco-allemande prévoyant une limite d’âge à 70 ans.

David Dufresne sur France 5

David Dufresne, journaliste médiapartien, écrivain et réalisateur de gauche. Son dernier livre paru chez Grasset est un récit sur sa grand-mère, Françoise d’Eaubonne, une émule de Simone de Beauvoir et de Michel Foucault qui, indique la quatrième de couverture, « forgea le concept d’éco-féminisme », fut « éco-anxieuse dès les années 1960 » et « organisa un attentat à la bombe sur le chantier de la centrale nucléaire de Fessenheim[2] ». David Dufresne a de qui tenir: sous le regard enfiévré de Laure Adler, il a déchiré en direct le contrat de son dernier livre avec les éditions Grasset. Ce geste n’était pas prévu, a tenu à souligner Karim Rissouli, ébloui par l’exploit. « Il faut des actes de résistance », s’est époumoné M. Dufresne, fier de lui. Dans la famille Résistants en toc, je demande le petit-fils.

Sophie Des Déserts, journaliste à Libération, quotidien subclaquant maintenu artificiellement en vie grâce à l’argent public, plus de 6 millions d’euros par an. Enivrée par les propos grisants de Laure Adler – « C’est le monde des intellectuels, la pointe avancée de notre pays, qui se retrouve bâillonnée, censurée » –, la journaliste a poussé un cri désespéré : « Olivier Nora était le dernier rempart. » Ne manquaient que le froissement des mouchoirs et le bruissement de discrètes renifleries pour parfaire le tableau…

Clémentine Goldszal, « journaliste culture » au Monde, où elle a appris à mentir éhontément – à moins que cela ne soit une disposition naturelle. Ainsi, sans être repris par aucun des participants, a-t-elle pu affirmer que Boualem Sansal n’est « ni un très bon écrivain, ni un gros vendeur ». Le village de l’Allemand s’est vendu à 125 000 exemplaires. Rue Darwin à 135 000 exemplaires. 2084 à 430 000 exemplaires. On s’interroge : à partir de combien de livres vendus Mme Goldszal considère-t-elle que leur auteur est un « gros vendeur » ?

Alexis Lévrier, historien de la presse et des médias et farouche détracteur de Bolloré. Cet « expert », adulé par l’audiovisuel public dont il est un invité récurrent, avait réclamé, après l’interdiction pour C8 de bénéficier d’une fréquence de la TNT, le même traitement pour CNews. Lors de l’émission, M. Lévrier a reproché à Nathan Devers sa participation passée, en tant que chroniqueur, à certaines émissions de la chaîne d’info honnie. Nathan Devers a eu beau assurer que, durant ses quatre ans passés à débattre sur CNews, sa liberté de parole a été totale et qu’il n’a eu à subir aucune remarque restrictive, aucune censure, M. Lévrier n’en a pas démordu : « Les conditions du débat étaient tronquées. » Il fallait oser ! L’historien a asséné cette énormité lors d’une émission à sens unique, consacrée exclusivement à louanger l’intouchable Olivier Nora transformé en martyr, à cirer les pompes des deux centaines d’auteurs, dont une majorité de graphomanes hallucinés et de cacographes nombrilistes, ayant quitté Grasset, à diaboliser Vincent Bolloré et à déconsidérer Boualem Sansal, accusé de « dériver vers l’extrême droite » parce qu’il a quitté Gallimard pour rejoindre Grasset et qu’il ne ménage ni le gouvernement algérien, ni une certaine religion supposément de paix, d’amour et de tolérance. Ici, les conditions du débat n’ont pas été pas tronquées – il n’y eut tout bonnement pas de débat !

Un monopole à rétablir

Last but not least, l’ancien dirigeant du Monde, Éric Fottorino, s’est particulièrement distingué lors de cette soirée. Derrière ce physique d’apothicaire de province inoffensif, se cache en réalité un clerc de gauche sectaire et intolérant, « un clerc au sens propre, c’est-à-dire un religieux, mais aussi au sens élargi d’homme doté à la fois d’un statut privilégié et d’un magistère intellectuel et moral[3]». Héritier de la cléricature issue de la Révolution, M. Fottorino prétend incarner la Vérité ; tout ce qui ne pense pas comme M. Fottorino est donc le Mensonge : « Le groupe Bolloré est un instrument du mensonge industriel ». La gauche culturelle se flatte d’inonder le monde de sa Lumière ; tout ce qui s’oppose à la gauche culturelle est donc la Nuit : « Si vous mettez la nuit là où il y a de la lumière, il n’y a plus de maison – donc il n’y a plus de maison Grasset », lâche le prêtre fanatique, dilaté d’aise, admiratif de lui-même. À l’instar de l’abbé Jacques Roux, « Enragé » sous la Révolution, le père Fottorino punit, proscrit, prohibe, excommunie à tour de bras ! Il réclame le démantèlement des médias Bolloré, en appelle à la résistance des journaux et des libraires et au courage du pouvoir politique, reproche aux ministres d’aller « parler dans ces médias », accuse et condamne par avance les journalistes et les auteurs gravitant dans la sphère de l’empire Bolloré : « Toutes les choses qu’ils disent sont fausses. C’est une attaque contre la vérité. » Le verdict tombe: il faut, par tous les moyens possibles, les censurer.

Et garantir ainsi le quasi-monopole de la pensée de gauche – la seule qui, de son point de vue, est à même d’exprimer le Bien, le Beau, la Justice et la Vérité – sur la presse, les médias, le monde de la culture. La cléricature de gauche se prétend assiégée par un « empire » qu’elle qualifie d’extrême droite ou de fasciste – syntagmes terrifiants et fantasmagoriques destinés à réduire au silence le peu qui lui résiste – et qui, au mieux, représente un vingtième de l’offre médiatique et culturelle actuelle. Les clercs, curés et séminaristes de cette caste doctrinaire ont investi tous les lieux de pouvoir, d’éducation et de rééducation de la population : l’Éducation nationale, les universités, les écoles de journalisme, les milieux culturels et, bien entendu, l’audiovisuel public transformé en temple du progressisme et du wokisme, et dédié au lavage des cerveaux, à la consolidation du contrôle et au redressement des hérétiques. M. Rissouli n’a pas manqué de prier en direct pour la « régulation des médias » – comme les plus éminents représentants de l’Ordre de la Vertu journalistique auquel il appartient, il compte sur la création d’un cachet décerné par un Bureau de vérification adossé à un Organe inquisitorial pour séparer le bon grain progressiste de l’ivraie conservatrice dans les médias. Emmanuel Macron et la Commission européenne appellent cela un « label » – mais le mot qui convient le mieux est simplement celui de « censure ». Il n’est cependant nul besoin, actuellement, de « label » pour censurer, distordre la réalité ou la camoufler : tandis qu’Olivier Nora est élevé au rang de saint sacrifié sur l’autel de l’autoritarisme d’un homme trop catholique pour être honnête, Boualem Sansal est excommunié du monde de la culture et Kamel Daoud n’a le droit qu’à quelques entrefilets dans la presse et une laborieuse minute d’information sur France Inter après sa condamnation à trois ans de prison ferme par le pouvoir algérien pour avoir osé évoquer la « décennie noire » dans son roman Houris.

Selon l’impayable Laure Adler, « l’empire Bolloré déploie un pouvoir vénéneux qui essaie de faire taire toutes les voix discordantes de cette idéologie qui est assénée, pilonnée par plusieurs canaux d’expression qui sont en solidarité les uns avec les autres pour fabriquer une opinion ». L’inversion accusatoire est ici à son comble. Les apôtres de la machine idéologique qui fonctionnait si bien depuis cinquante ans et écrasait de sa superbe la population assujettie à leur morale gauchisante, ne supportent pas la moindre contradiction, la plus petite remise en cause. Un point capital, trop souvent passé sous silence mais que j’ai évoqué ci-dessus, doit être rappelé: ce dispositif dogmatique, en plus d’imposer une vision politique, a permis à nombre d’entre ces apôtres de bénéficier, et pour certains très largement, des prébendes et autres mannes financières qu’offrent les trop nombreux organismes où abonde l’argent public et dans lesquels ils se sont octroyé des places de choix. Le cas de M. Lévy n’est qu’un exemple, un échantillon, une illustration de ce qui se trame dans les coulisses de ce redoutable petit monde. Un grain de sable grippe leur machine ? Les voilà qui crient au fascisme, aux heures sombres, au bruit des bottes. Mais, si l’on tend l’oreille, l’on distingue, derrière les beuglements contre « l’extrême droite », une lamentation plus discrète, un chant d’une tristesse infinie, la plainte de cette caste craignant de tout perdre, le pouvoir, les honneurs, la puissance et, par-dessus tout, l’argent.


[1] Assemblée nationale, question écrite n° 6674 sur le Financement public apporté à Bernard-Henri Lévy. https://questions.assemblee-nationale.fr/q16/16-6674QE.htm

[2] David Dufresne, Remember Fessenheim : Enquête intime sur Françoise d’Eaubonne, pionnière éco-féministe et impossible grand-mère, 2025, Grasset. Une citation de la grand-mère de l’auteur inaugure cette enquête : « Pour détruire le pouvoir des hommes, il faut le leur arracher. » Plus loin, une autre citation nous apprend qu’elle luttait « contre le capital coupable de génocide, dernier stade de la société patriarcale ». Françoise d’Eaubonne, pionnière woke dont la petite-fille spirituelle est évidemment Sandrine Rousseau.

[3] Jean-François Chemain, Notre amie la gauche, deux siècles de cléricature, préface de Mathieu Bock-Côté, 2025, Via Romana.

Florence Herouin-Léautey ou l’école des larves

Après l’élève roi, l’élève en pyjama ! Florence Herouin-Léautey déplore, dans une tribune au Monde, que les politiques scolaires aient si longtemps ignoré l’importance de certains besoins fondamentaux de l’enfant que sont le repos ou les loisirs, au profit d’un « scolaro-centrisme » axé sur un « impératif de performance. » Ainsi le quotidien de référence de la gauche française annonce-t-il avec gourmandise le dernier coup de pied de l’âne à ce qui fut jadis le meilleur système éducatif au monde…


À en croire la députée socialiste de la Seine-Maritime, la diminution spectaculaire du nombre d’élèves, déjà largement entamée, « constitue une occasion historique de refonder nos politiques publiques à partir des besoins fondamentaux des enfants et des jeunes, qu’ils soient physiologiques, de santé, de protection contre toutes les formes de violence, ou les besoins de sécurité affective et relationnelle. » Et de se réclamer des recommandations du Conseil économique, social et environnemental et de la convention citoyenne sur les temps de l’enfant.

Déroute

Les socialistes persistent et signent : après la monstrueuse réforme Jospin, qui décréta que l’enfant construirait désormais ses propres savoirs, et, ainsi, ne saurait rien ; après l’habile politique de Vallaud-Belkacem, qui fit la promotion de l’enseignement de l’ignorance, comme dit Jean-Claude Michéa ;  après les tapis rouges déroulés sous les pas de Philippe Meirieu et de ses comparses en pédagogisme effréné, voici que l’on nous suggère, sous prétexte de réduire à zéro le stress scolaire, d’abandonner le « scolaro-centrisme » (?) et tout impératif de performance. La médiocrité triomphe. Sans doute est-ce dans ses rangs que se recrutent les électeurs et les élus du PS…

L’éducation spartiate était destinée à former des guerriers : comment croyez-vous que 300 hoplites ont, les 11, 12 et 13 septembre de l’an 480 av. J.C. stoppé les 100 000 hommes (estimation basse) de Xerxès ? Allons plus loin dans l’Histoire : comment croyez-vous que les fantassins français aient repoussé les Prussiens sur la Marne en 1914 ? Parce qu’ils avaient un armement supérieur ? Que nenni : parce qu’ils avaient été formés par l’école de la IIIème République — dans la perspective de la Revanche.

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Imaginez qu’un ancêtre de Mme Herouin-Léautey ait plaidé, dans les années 1900, pour une école lénifiante de la douceur de vivre ? Pour qui l’aurait-on, avec raison, soupçonné de travailler ? Il y a toujours un ennemi qui se réjouit de nos déroutes scolaires.

D’un côté, l’école devrait être l’apprentissage de la concurrence — et les enfants, fort amateurs de performances sportives, comprennent mal que l’on égalise tous les élèves au nom de la réussite de tous — et donc de l’écrasement de chacun. Ils veulent de la compétition, et ils n’ont pas un respect instinctif pour les plus faibles.

D’un autre côté — et c’est autrement grave —, qui ne voit que les temps à venir seront très prochainement des temps de conflits ouverts, internes ou extérieurs ? Qui ne sent que la guerre civile est déjà là, camouflée en revendications communautaires et en affrontements racistes ? Qui n’a pas compris que le renouveau de l’antisémitisme, à gauche, est un encouragement à importer en France le terrorisme du Hamas, sous prétexte de tiers-mondisme trotskyste ?

Reddition devant les difficultés

L’Ecole devrait être le premier rempart contre la mainmise fondamentaliste — et le premier outil pour intégrer à la nation les arrivants, nouveaux ou plus anciens. Le fanatisme se nourrit de nos renoncements pédagogiques : hier, la République était en soi une transcendance, aujourd’hui, modifiée en démocratie molle, elle n’offre même plus d’accès aux biens matériels. Tous égaux pour le pire ? Et un salaire universel, comme le proposait Benoît Hamon, avec le droit de tripoter sa télécommande sur son canapé Ikéa ?

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Le plus inquiétant, c’est que les propos pleins de mansuétude de Mme Herouin-Léautey sont relayés par les associations de parents, les pédo-psychiatres, et une grande majorité d’enseignants qui y voient l’occasion de ne plus vraiment travailler. Le bonheur de l’enfant, là, tout de suite !

Il faut être singulièrement borné (et je vise là moins Mme Herouin-Léautey que ses électeurs) pour croire qu’une politique scolaire sur le modèle jus de navet et endive cuite donnera des résultats futurs appréciables. Ce que sait un vrai pédagogue, c’est que tout relâchement en cours de formation se traduit infailliblement par des catastrophes futures. Le bonheur tout de suite n’est pas le bonheur, mais une reddition devant les difficultés et les menaces du présent. L’Ecole est par excellence le lieu du bonheur différé.

Mais sans doute Mme Herouin-Léautey voit-elle, dans ces hordes incultes de la génération Bêta — la bien-nommée — le réservoir des futurs succès électoraux du PS. Elle n’a pas tort : la formation de masse des crétins est le gage de sa réélection, l’année prochaine. Et le gage de notre extinction.

Un Magimel corpulent et fatigué dans un thriller poussif

Scénario médiocre et histoire ridicule, Mi amor, signé Guillaume Nicloux, est une production dont, ni le jeu d’acteurs, ni les effets visuels, ne parviennent à faire oublier la nature bizarre de l’ensemble.


Romy, jeune mère célibataire d’un adolescent, mais affectée d’un lourd passif affectif et social – Mi amor vous en distillera le détail par bribes tout au long, sans grande adresse scénaristique – exerce le métier de DJ. Elle profite d’une invitation à se produire dans une boîte aux Canaries pour changer d’air, et invite Chloé (Freya Mavor), sa meilleure amie, à l’accompagner dans ce séjour censé joindre l’utile à l’agréable. On leur prêterait volontiers quelques inclinations saphiques, tant les deux filles jouent à se câliner – mais non : contre toute apparence, elles en pincent pour la gent masculine, surtout Chloé, la libido aux aguets. Dans le rôle de Romy, l’actrice aux yeux bridés Pom Klementieff, native du Québec, qu’on a pu apprécier dans les deux derniers volets de Mission : Impossible.

Le règne de l’étrange et de l’invraisemblable

C’est peu dire que rien ici non plus n’est impossible. Une étrangeté délibérée affecte jusqu’au chromatisme du paysage : ainsi les palmiers, privés de leur vert naturel par un artifice de l’image, présentent-ils dans ce film un feuillage orangé (la dimension insolite s’engouffrant sans finesse dans ce procédé un peu gratuit). Romy et Chloé font des rencontres, également frappées d’une inquiétante bizarrerie.

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Une nuit de fête passée dans la boîte locale, le Caserio, changera la donne : le matin, Chloé n’est pas rentrée à l’hôtel ; son smartphone reste indéfiniment sur boîte vocale ; Romy commence à se faire du mouron. S’enchaînent les événements suspects : dans la piaule, la valise de Chloé s’est volatilisée, ses fringues également ; Romy se fait voler pognon, CB et passeport, dans le sac qu’elle avait (fort imprudemment) emporté sur la plage. Etc. etc. La police du bled, en la personne d’une jeune inspectrice à la politesse glaciale, ne manifeste aucune bonne volonté pour aider la jeune femme de plus en plus égarée, et enquêter sur l’évanouissement incompréhensible de Chloé. 

Seul gars à l’écoute des angoisses de Romy, Vincent, lequel s’avère être le boss du Caserio, par ailleurs lui-même en bisbille avec les mafieux du coin qui, sous la menace, veulent s’emparer à vil prix de son business – sous-intrigue un peu vaine, tout comme celle, en arrière-plan, centrée sur la mère de Romy, laquelle, se sachant à l’article de la mort mais dans le couloir d’un protocole de soins, attend avec son petit-fils adolescent le retour au foyer de sa fille chérie, en espérant ne pas clamser avant…

Pom Klementieff dans le rôle de Romy et Freya Avor dans le rôle de Chloé, dans « Mi amor », Guillaume Nicroux, 2026. © Le Pacte

Benoît Magimel endosse une corpulence nouvelle

Écoulé le premier tiers de Mi amor apparaît donc à l’écran, enfin, le secourable Vincent, campé par un Benoît Magimel qui, dans l’histoire, se faisait décidément beaucoup attendre. Désormais cinquantenaire et de film en film plus méconnaissable, l’ex-jeune premier assume ici très manifestement, et sa bouffissure huilée de graisse, et ses traits bistrés lourds d’une sourde fatigue, et le poivre et sel de sa barbe négligée, et les besicles de bidochon à monture dorées dont il s’affuble pour cet emploi, l’abdomen comprimé dans une chemisette à motifs tropicaux…

La physionomie ravagée par cette corpulence vaguement pathétique, notre Magimel national, toujours aussi talentueux malgré tout, ne parvient pas à sauver Mi Amor de la platitude et de l’invraisemblance crasse dans lequel patauge ce drame tirant vers un fantastique laborieux. Propre à un certain cinéma français d’aujourd’hui, hélas, la paresse scénaristique (et dialoguiste) s’y donne des aises : répliques téléphonées, d’une pauvreté consternante ; suspense d’avance éventé par le fait que le spectateur ne cesse d’anticiper la probabilité de l’épisode suivant, qui hélas se vérifie (incluse l’idylle naissante entre Romy et Vincent).

Toute aussi prévisible se fera la montée, par paliers, d’un déchaînement sanguinaire au dénouement sacrificiel, où la secte de tueurs polyglottes et cinglés qui sévissait sous couvert de gestion d’un parc à crocodiles se voit immolée au grand complet… ou presque, histoire de vous donner encore le frisson à l’épilogue – le titre même du film jouant sur l’assonance Mi amor/ Mise à mort. Signé du duo Irène Drésel et Sizo del Givry, un térébrant nappage musical vous vrille les tympans du début à la fin sans discontinuer, tandis que l’objectif se colle en permanence, telle une ventouse, sur les mines des protagonistes, dans un chromatisme artificiellement saturé.

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Guillaume Nicloux, cinéaste touche à tout, nourrit de longue date une appétence manifeste, voire une fascination ambiguë pour les marges de la société, la baston et la filouterie – cf. le film d’horreur La Tour (2023), mais également Les rois de l’arnaque (2021), documentaire assez stupéfiant, il faut le reconnaître, qui ne craint pas d’héroïser son personnage central, Marco Mouchy, lequel, volubile, hâbleur, mythomane, cabotine pitoyablement à l’écran, sans honte ni remord, après des années de taule bien méritées. Pour mémoire, c’est ce truand analphabète qui, avec Arnaud Mimran et Gregory Zaoui, avait ourdi la monstrueuse fraude à la TVA sur la taxe carbone – des milliards partis en fumée.

Commande Netflix, le long métrage est toujours visionnable à la demande sur la plateforme. Il semblerait également que France TV se saisisse de l’opportunité de la sortie de Mi Amor dans les salles obscures pour rediffuser bientôt Les Rives du Fleuve (2024), téléfilm tiré du livre de Victor Castanet Les Fossoyeurs, sur les dérives morbides en EHPAD. Chez Nicloux, l’imposture et la mort ne sont jamais loin. 

Mi amor. Un film de Guillaume Nicloux. Avec Pom Klementieff et Benoît Magimel, 2026. Durée : 1h53.


En salles le 6 mai 2026.

https://youtu.be/KWYpXAE4wAw?si=f6esxuy5I7pP3GpG

Qui a peur du livre de Nicolas Pouvreau-Monti?

L’ouvrage apporte une information factuelle, à jour et détaillée démontrant notamment le caractère systémique de nos graves défaillances dans l’intégration des immigrés en provenance du continent africain. Les experts autoproclamés et les tenants de la religion diversitaire vont encore tousser.


Avec Immigration – mythes et réalités, paru récemment aux éditions Fayard, Nicolas Pouvreau-Monti, jeune et brillant directeur de l’Observatoire de l’Immigration et de la Démographie (OID), signe un premier ouvrage dont la qualité d’ensemble mérite d’être saluée. L’auteur assemble intelligemment les matériaux accumulés par l’Observatoire au fil de ses trois années d’existence sur les multiples facettes du phénomène migratoire, pour dégager une vision d’ensemble des causes de l’immigration et de ses conséquences sur l‘économie et la société françaises. Nicolas Pouvreau-Monti propose un ouvrage fondé sur l’exploitation systématique des statistiques publiques, dans l’objectif explicite de clarifier un débat souvent obscurci par des représentations partielles et simplificatrices, souvent tendancieuses. Son ambition est d’examiner méthodiquement les effets réels de l’immigration à partir de données vérifiables et accessibles à tous, puisqu’issues de la statistique publique.

L’ouvrage est construit autour de six mythes, qui constituent autant d’idées reçues et que l’auteur s’attache à « déconstruire » : 1) il n’y aurait pas plus d’immigration aujourd’hui qu’hier, 2) l’immigration rapporterait à la France davantage qu’elle ne lui coûte, 3) l’immigration n’aurait pas d’impact nocif sur notre vie quotidienne et notre accès aux services publics, 4) l’immigration ne changerait pas la culture française, 5) l’état serait en mesure de contrôler l’immigration, 6) les « experts » sur le sujet seraient neutres et dignes de confiance.

1976 : l’emballement après le décret du regroupement familial

Retraçant brièvement l’histoire des flux d’immigration vers la France et analysant les chiffres d’immigration produits par le service statistique du ministère de l’Intérieur (relatifs aux flux d’immigration) et ceux de l’Insee (relatifs à la composition de la population française en termes d’ascendance migratoire), Nicolas Pouvreau-Monti rappelle tout d’abord que les flux d’immigration ont atteint au cours des années récentes un niveau inégalé et que le nombre d’immigrés n’a jamais été aussi élevé, que l’on raisonne en nombre d’individus ou en termes de proportion qu’ils représentent dans la population résidant sur le territoire national.

La France a connu sa première vague importante d’immigration durant les années 1920, suite à la mort au combat de 1,4 millions de Français pendant la première guerre. Il s’agissait d’une émigration d’origine essentiellement européenne, et temporaire. Les années 1930 ont été marquées par une inversion des flux : la crise économique a entraîné des mesures restrictives entre 1931 et 1936. Une 2e vague importante d’immigration, motivée par un fort besoin de main d’œuvre, s’est produite pendant la période des Trente Glorieuses, avant la suspension officielle de l’immigration de travail en 1974 par le gouvernement Chirac. Deux ans plus tard, sous la pression des juges, un décret instituait le droit au regroupement familial, c’est-à-dire le droit pour les travailleurs de nationalité étrangère régulièrement installés en France à être rejoints par leur conjointe et leurs enfants. Et depuis cette période, le motif familial a acquis une part prépondérante au sein du flux d’immigration et le flux d’immigration de travail est devenu très minoritaire. Le flux d’immigration a connu un emballement spectaculaire et une croissance quasi-continue depuis la fin des années 1990, sous la pression des juges et l’absence de volonté des politiques de contenir cette pression. Ainsi que le note l’auteur: « Aujourd’hui, l’immigration n’est plus ce phénomène ponctuel lié au besoin de bras pour faire tourner des usines florissantes. Elle prend la forme d’une dynamique autonome, déconnectée de l’économie et alimentée par une mécanique administrative qui tourne à plein régime, indifférente aux alternances politiques. »

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Nicolas Pouvreau-Monti précise qu’au fil du temps, la part des immigrés d’origine européenne, tant au sein du flux d’immigration qu’au sein du stock de migrants, n’a eu de cesse de se réduire, au profit de l’immigration d’origine africaine, d’abord maghrébine puis plus récemment sub-saharienne. Autres transformations qualitatives notables : le motif « étudiant » est de plus en plus invoqué pour obtenir un titre de séjour, suivi des motifs humanitaire (asile et protection subsidiaire) et familiaux, et l’immigration revêt de plus en plus un caractère durable et non plus temporaire.

Au sein de l’Europe, la France n’est pas seule à connaître des flux d’immigration d’une ampleur inégalée jusqu’alors. Le phénomène affecte tous les pays d’Europe de l’Ouest, quoi qu’avec une intensité variable et aussi une volonté politique plus ou moins affirmée de contenir les flux – quand il ne s’agit pas, pour certains gouvernements, de les encourager. La France se caractérise par un recours particulièrement prononcé à l’immigration d’origine africaine : 61 % des immigrés de 15 à 64 ans vivant en France en 2020 étaient originaires du continent africain, soit une part trois fois supérieure à la moyenne de l’UE.

Effets économiques et sociaux

Dans le débat public, l’immigration est souvent défendue comme un moyen de financer nos retraites. Pour que cela puisse être le cas, il faudrait tout d’abord que la population immigrée soit composée de travailleurs à hauteur d’une proportion au moins égale à celle constatée au sein de la population autochtone. Or – la nature essentiellement familiale et humanitaire des flux récents d’immigration le laissait pressentir – c’est très loin d’être le cas : la proportion de personnes en emploi au sein des personnes de 15 à 64 ans est de seulement 56% pour les immigrés non-européens alors qu’elle est de 70% pour les non-immigrés et de 68% pour les immigrés européens.

Nicolas Pouvreau-Monti montre aussi, sur la base des projections de population des Nations Unies, que pour que l’immigration puisse rééquilibrer notre pyramide des âges et ainsi contribuer au rééquilibrage financier de nos régimes de retraite, il faudrait un flux d’immigration beaucoup plus important que celui constaté à présent (pourtant déjà très élevé), puisqu’il faudrait faire venir en France chaque année près de 2,5 millions de personnes d’ici à 2050, ce qui est à l’évidence totalement irréaliste et insoutenable sur le plan social.

Par leur profil socio-démographique, enfin, les immigrés sont susceptibles de peser sur les comptes publics (considérés dans leur ensemble) plutôt que d’y contribuer : peu souvent en emploi et – lorsqu’ils le sont – plus souvent en emploi non qualifié que la population autochtone, les immigrés en France sont davantage exposés au risque de pauvreté ; ils paient en conséquence moins d’impôts que la moyenne des Français et sont plus susceptibles de dépendre des minima sociaux et du logement social. D’ailleurs, 35% des immigrés sont logés dans le parc HLM (la proportion monte à 49% pour les immigrés d’origine algérienne et même à 57% pour ceux originaires d’Afrique sub-saharienne) alors que ce n’est le cas que de 11% des non-immigrés. À âge donné, leur état de santé est par ailleurs en moyenne moins bon que celui de la population française (une particularité française, car dans les autres pays, les immigrés sont en moyenne en meilleure santé que les autochtones), ce qui entraîne une consommation plus élevée de soins.

Ce n’est pas seulement en termes de participation au marché du travail que l’intégration des immigrés africains est défaillante, c’est aussi en termes de résultats scolaires et universitaires, ou encore de participation aux activités criminelles et délictuelles. L’auteur souligne a contrario la très bonne intégration des immigrés originaires d’Asie du Sud-Est, ce qui tend à discréditer la thèse selon laquelle la piètre intégration des immigrés en moyenne en France serait le résultat de discriminations qui les viseraient de manière systématique.

La part croissante des immigrés – en particulier d’origine africaine – au sein de la population en France n’est pas sans influence sur la culture et les mentalités dans notre pays. Nicolas Pouvreau-Monti illustre ces transformations à partir de deux exemples : la natalité, et le poids croissant de l’islam.

La natalité des femmes autochtones s’effondre, l’auteur y voit l’effet en particulier de la mise sous conditions de ressources des allocations familiales et du durcissement du plafonnement du quotient familial, intervenus sous le quinquennat de François Hollande. La faible natalité des femmes sans ascendance migratoire contraste avec la fécondité qui reste élevée des immigrées, en particulier maghrébines (et ce alors même que la fécondité est maintenant relativement basse au Maghreb, en particulier en Tunisie) et celle des femmes d’origine sub-saharienne (l’Afrique sub-saharienne est aujourd’hui la seule région du monde où la fécondité est significativement supérieure au seuil de remplacement des générations).

La croissance du nombre de musulmans dans notre pays est alimentée en majeure partie par le flux migratoire, dans la mesure où, d’une part, le nombre de conversions à l’islam au sein de la population autochtone reste à un niveau relativement modeste, et d’autre part une grosse partie de notre flux d’immigration est originaire de pays où la population est majoritairement musulmane.

Impuissance de l’état et complicité des « experts »

Les deux derniers chapitres de l’ouvrage sont consacrés à examiner par quels mécanismes une politique aussi impopulaire et aux résultats aussi désastreux a pu être mise en place et se perpétuer. L’auteur y voit le résultat d’une part, de l’impuissance d’un état qui a fini par déléguer tous ses pouvoirs en la matière à des institutions internationales et aux juges, et d’autre part, de l’intoxication du débat public par de prétendus experts qui ont quitté le terrain de la connaissance basée sur les faits au profit de celui du dogme. Ces experts, dont l’attitude frise parfois l’obscurantisme, nous dit-il, « travaillent souvent à « convertir » l’opinion publique plutôt qu’à l’informer ».

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Le propos sur l’impuissance de l’état n’est pas extrêmement original, mais il a le mérite de retracer l’historique de ce délitement et d’être étayé avec des données et des exemples plus récents. On en arrive ainsi à des décisions absurdes telles que cette décision de 2025 de la Cour européenne des droits de l’homme enjoignant à la France de suspendre l’expulsion vers l’Algérie de Kamel D., ressortissant algérien précédemment condamné pour des actes de terrorisme, en estimant que son passé terroriste faisait de lui une cible potentielle des renseignements algériens… Il faut donc croire que le fait d’avoir été condamné pour terrorisme devient un motif de protection contre le renvoi du territoire, au mépris du principe général du droit qui veut que nul ne devrait pouvoir se prévaloir de ses turpitudes.

Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune, Alger, 27 août 2022 © Jacques WITT/SIPA

Autre exemple de décision absurde: pendant la crise sanitaire alors que tout le pays était à l’arrêt et que les citoyens français étaient assignés à résidence à leur domicile, le Conseil d’état s’est opposé à toute restriction à l’entrée de demandeurs d’asile, qui pouvaient continuer à franchir librement la frontière française. 

Une mine d’or

Au total, l’ouvrage de Nicolas Pouvreau-Monti est une mine d’or sur la question migratoire. À ce titre, il devrait intéresser tous ceux qui se préoccupent de l’avenir de notre pays, et il devrait constituer une lecture incontournable pour tous ceux qui aspirent aux responsabilités.

L’immigration est un élément clé des discours des tenants de la religion diversitaire, et le système migratoire profite à une frange – certes minoritaire mais influente – de la population et de la société civile : associations subventionnées, hiérarques et employés d’un état-providence devenu obèse et incapable de se cantonner à ses missions essentielles, patrons du bâtiment et des services ravis de pouvoir alimenter par l’immigration « l’armée de réserve du capital » et ainsi comprimer les salaires, bourgeois-bohèmes trop heureux de pouvoir se faire livrer des colis ou des repas à domicile ou faire garder leurs enfants par des Africains payés au lance-pierres… On peut donc s’attendre à ce que, par idéologie ou par intérêt, des officines « progressistes » tentent de décrédibiliser l’ouvrage.

Certes, les statistiques, fussent-elles élaborées et produites avec la plus grande rigueur (ce qui est le cas des statistiques officielles telles que celles mobilisées par Nicolas Pouvreau-Monti dans cet ouvrage), n’admettent jamais une interprétation univoque : d’autres statistiques, produites avec la même rigueur, peuvent ensuite conduire à nuancer le discours et parfois même venir le contredire. Nicolas Pouvreau-Monti n’appelle d’ailleurs pas à clore le débat mais à l’ouvrir, en particulier à l’occasion du « grand moment de conversation nationale » que va représenter l’élection présidentielle de 2027.

Mais en s’appuyant sur des données solides, en n’omettant d’analyser aucune dimension importante du phénomène migratoire, et par la profondeur et la rigueur de son analyse, Nicolas Pouvreau-Monti a placé la barre très haut pour ses contradicteurs, il a en quelque sorte magistralement inversé la charge de la preuve.

288 pages

Immigration, mythes et réalités

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Les Émirats quittent l’OPEP: un séisme discret

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Les Émirats arabes unis ont annoncé ce matin leur retrait de l’OPEP, prenant de court une organisation sous énorme pression à cause de la fermeture de détroit d’Ormuz et déjà fragilisée par des divergences internes. La décision a été rendue publique par le ministre de l’Énergie, Suhail al-Mazrouei, qui a évoqué une « réévaluation stratégique » visant à donner au pays davantage de liberté dans la gestion de sa production.


Le départ du troisième producteur du cartel, après l’Arabie saoudite et l’Irak, ne constitue pas un simple ajustement technique. Il marque une rupture politique et ouvre une nouvelle phase d’incertitude pour un système énergétique mondial déjà sous tension.

Un geste brutal

Cette démarche des Émirats arabes unis de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole est un tournant. Producteur important et partenaire privilégié de l’Arabie saoudite, Abu Dhabi a choisi de s’affranchir des quotas qui encadrent la production de ses membres. La décision intervient après des années d’investissements massifs destinés à porter la capacité émiratie autour de cinq millions de barils par jour, c’est-à-dire 50% plus que l’Iran. Autrement dit, au moment même où le pays est en mesure de produire davantage, il refuse d’être bridé. Officiellement, il s’agit d’une décision économique mais en réalité, c’est un geste politique presque brutal.

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Depuis sa création, l’OPEP repose sur le principe de coordination de l’offre pour peser sur les prix. Mais cette mécanique suppose une discipline collective, donc des renoncements individuels. Or, dans un monde où chaque producteur a ses propres intérêts politiques et économiques, cette discipline devient de plus en plus fragile. Les Émirats ne font pas mystère de leur volonté de vendre plus, plus vite, et surtout en décider souverainement.

L’OPEP affaiblie

Ce choix s’inscrit dans une évolution plus large. En 2019 déjà, le Qatar avait quitté l’OPEP pour se concentrer sur le gaz naturel liquéfié. Derrière ces départs, une même logique, celle de reprendre la maîtrise de sa stratégie énergétique et l’aligner sur des priorités nationales. Les grands plans de diversification économique comme Vision 2030 en Arabie saoudite, les stratégies industrielles aux Émirats, exigent des ressources considérables. Produire davantage et selon ses besoins d’investissements c’est accélérer cette transformation.

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Mais ce mouvement a une autre conséquence, plus discrète car il affaiblit l’OPEP de l’intérieur. Sans jamais être un bloc homogène, l’organisation reposait sur un noyau dur, dominé par Riyad et soutenu par quelques alliés fiables dont les Émirats faisaient partie. Leur départ rompt cet équilibre. Il réduit la capacité de l’Arabie saoudite à imposer des coupes de production et, par ricochet, à soutenir les prix. Ce qui se joue ici, c’est la fin progressive d’un cartel capable de dicter sa loi au marché.

Multipolarisation de l’énergie

Face à cela, les États-Unis apparaissent comme les bénéficiaires indirects de la situation. Depuis la révolution du pétrole de schiste, ils ont changé de statut. D’importateurs dépendants, ils sont devenus producteurs majeurs et exportateurs. Leur intérêt est clair : maintenir des prix suffisamment bas pour soutenir leur économie, tout en restant compétitifs sur les marchés internationaux. L’affaiblissement de l’OPEP sert cet objectif. Moins de coordination entre producteurs signifie plus de volatilité, et souvent, une pression à la baisse sur les prix.

Faut-il y voir le résultat d’une stratégie américaine délibérée ? La tentation est grande de le croire. Après tout, Washington n’a cessé, ces dernières années, de contester l’influence de l’OPEP, tant sur le plan diplomatique que par le développement de sa propre production. Mais la réalité est sans doute plus simple, et plus brutale. Ce sont les intérêts nationaux des producteurs eux-mêmes qui fissurent le cartel. Les Émirats ne quittent pas l’OPEP pour faire plaisir aux États-Unis. Ils le font parce que l’OPEP ne correspond plus à leurs besoins.

Reste que le symbole est puissant. L’OPEP, longtemps perçue comme un acteur structurant du système énergétique mondial, apparaît aujourd’hui comme une organisation en perte de cohésion. Elle continue d’exister, bien sûr, notamment à travers le format élargi de l’OPEP+, qui inclut la Russie. Mais son autorité est contestée, et sa capacité à imposer une discipline collective s’érode.

Au fond, le retrait des Émirats dit quelque chose de plus large sur l’état du monde énergétique. Nous ne sommes plus dans un système dominé par quelques acteurs capables de contrôler l’offre. Nous entrons dans une configuration plus fragmentée, plus concurrentielle, où chacun joue sa propre partition. Dans ce nouveau paysage, la coopération cède le pas à la stratégie individuelle.

Pour l’Arabie saoudite, c’est un avertissement. Pour les États-Unis, une opportunité. Pour le reste du monde, une incertitude de plus. Et pour l’OPEP, peut-être le début d’une lente marginalisation.

Magna carta: un discours «so british»

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Le Roi d'Angleterre, Donald Trump et son épouse, lors d'un diner à la Maison Blanche, Washington, 29 avril 2026 © Alex Brandon/AP/SIPA

Nos journalistes se sont amusés à décoder les messages subliminaux prétendumment hostiles tenus par le Roi Charles à Trump…


Deuxième souverain britannique après Elizabeth, en 1991, à s’exprimerdevant le Congrès américain, le roi Charles III n’est pas venu, ce 28 avril 2026, réparer l’affrontlointain fait à son aïeul Georges III – « c’était l’autre jour, comme on dit chez moi », a dit le souverain, avec humour – mais pour fêter le deux-cent-cinquantième anniversaire de l’indépendance des Etats-Unis d’Amérique. Non pour rappeler l’histoire conflictuelle de deux puissances coloniales rivales mais pour restaurer les relations diplomatiques entre deux pays divisés à propos de l’Ukraine et l’Iran. Bref, pour raviver la flamme clignotante d’une belle entente.

Humour et élégance, tels furent les maîtres mots de ce discours so british où les Futés de l’information qui frétillaient sur les ondes ne virent qu’un sermon et des « tacles » adressés au locataire de la Maison Blanche – pour ne pas dire au loup solitaire dans son bunker. A les en croire, le président Trump en aurait pris pour son grade. Sous un discours royal, élégant, entre histoire, humour et rappel des grands principes communs, le souverain britannique aurait donné à son hôte une leçon « subliminale », cinglante, morale et politique, en rappelant, devant le Congrès en joie, les points cardinaux d’une bonne gouvernance : fidélité aux alliés de l’Otan, défense de l’Ukraine, de l’état de droit, condamnation de la violence politique. Etonnant, en revanche, de ne pas avoir apprécié, comme il convenait, le rappel de son ascendance dans la bouche du souverain.

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Ne sachant quoi dire à chaud, les journalistes s’emparèrent de la Magna Carta. Morceau de choix ! C’est quelque chose, dans notre imaginaire, que cette petite page qui soumet le pouvoir exécutif à des contre-pouvoirs nécessaires au bon fonctionnement de la démocratie ! Née Outre-Manche, qu’est-ce qu’elle disait de brûlant, en cette occasion, cette Magna Carta ? De se méfier du despotisme ! La leçon était claire : suivez mon regard ! Ensuite, il y eut le rappel, dans la bouche de Charles III, d’une religion commune entre les deux nations. Qu’est-ce qu’elle disait, cette religion ? D’être « charitable » avec autrui sans exclusion. Derrière la porte, Donald était rincé ! Enfin, le must : le « tacle frontal » (sic) au dîner de gala qui suivit le Congrès quand le roi Charles III rappela au président la phrase qu’il avait prononcée au sommetde Davos : « Vous avez récemment déclaré, Monsieur le Président, que, sans les Etats-Unis, les pays européens parleraient l’allemand. Oserai-je dire que, sans nous, vous parleriez français ? » Vlan ! Révérence gardée, bien entendu.

Cette réponse du berger à la bergère fut l’occasion pour les journalistes de rappeler ce qu’est la diplomatie. Des attitudes et des paroles. Des petites phrases, des sous-entendus, des propos à double entente qui en disent plus que des traités et des détroits débloqués. Et du « subliminal ». Les couleurs des robes des premières dames, par exemple. Vous souvenez-vous, il y a peu, de la réception de Donald Trump à la Cour d’Angleterre ? La reine d’Angleterre était en bleu roi et Melania en jaune safran. Ça ne vous dit rien, ces couleurs ? Non, pas la Vierge Marie ni le Vatican, mais les couleurs de l’Ukraine ! Vraie complicité des deux dames ! Au dîner de gala du 28 avril, la Reine d’Angleterre était en rose fuschia, Mélanie en blanc crème : deux vraies roses. Autre exemple de « message » à décoder : la vocation messianique des Etats-Unis. Elle est connue. De Trump surtout. Le roi Charles ne fit-il pas une allusion « subliminale » au messianisme de son hôte en disant qu’en ces temps pascals que nous vivions encore, il priait contre « le repli ? » « Discours fantastique ! », dit l’intéressé, félicitant le roi Charles III d’avoir « fait se lever les démocrates, ce que lui-même n’avait jamais été capable de faire. »

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La réception à la Maison Blanche, pour le thé et le dîner, fut chaleureuse. Là, encore, il y avait du subliminal. Car il fallait, bien sûr, interpréter le langage corporel. Tactile, pour l’accueillir, Donald Trump a « tapoté » l’épaule du roi et posé sa main sur son avant-bras pour l’orienter. Impair ? Non, dit l’interprète du langage des signes, mais « langage corporel léger et presque hésitant, témoignage de proximité plus qu’impair ». Signe « d’amitié active », pour tout dire.

De cette visite historique, voilà la version française d’un média : « En voyage aux Etats-Unis, Charles III tacle frontalement Donald Trump face à une Assemblée hilare ». L’anti-trumpisme se porte bien, en France. François de Sales ferait bien d’inspirer aux journalistes dont il est le saint patron un désir plus ardent de vérité. « Tacler » n’est pas jouer ! Encore moins « tacler de façon cinglante ! » 

Voter pour durer

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Stand de charcuterie local, Isère. D.R.

Les classes populaires ne se reconnaissent plus dans ceux qui les gouvernent. Leur parole a été confisquée par une classe politico-médiatique qui refuse de dénoncer les maux qui rongent le pays à petit feu. Le vote est leur ultime moyen d’expression, et elles votent RN. Davantage par lassitude que par colère.


ll y a, dans la France contemporaine, quelque chose qui se défait en silence. Non pas une rupture éclatante, mais une lente désagrégation – une fatigue du monde, presque imperceptible pour ceux qui habitent encore les centres protégés du pouvoir, mais immédiatement lisible pour ceux qui vivent dans les marges, les périphéries, ces territoires où la vie se durcit sans bruit, sans mots, sans reconnaissance. 

Les classes populaires françaises – ce que l’on appelait autrefois le peuple – ne se reconnaissent plus dans le langage de ceux qui les gouvernent. Elles ne s’y opposent même plus : elles s’en retirent. Elles regardent, à distance, un monde politique devenu étranger, saturé de mots morts, de promesses sans chair, de discours qu’elles ne comprennent plus, ou qu’elles comprennent trop bien pour continuer à y croire. 

Entre ceux d’en bas et ceux d’en haut, il n’y a pas seulement une fracture sociale. Il y a une séparation des expériences, presque une séparation des réalités. Les uns vivent dans l’abstraction rassurante des normes, des flux, des équilibres macroéconomiques ; les autres dans la dureté concrète des fins de mois, des transports subis, des quartiers qui se transforment, des repères qui s’effacent. 

C’est dans cet écart que s’enracine le vote pour le Rassemblement national. Non comme une adhésion idéologique claire, mais comme un geste de retrait, presque un geste de survie. Ce vote dit moins une colère qu’une lassitude – lassitude d’être ignoré, lassitude de ne plus compter, lassitude d’entendre parler d’un pays dont on ne reconnaît plus ni les visages ni la langue. 

Le peuple réduit au silence 

Les milieux populaires vivent la mutation démographique non dans les statistiques, mais dans la chair du quotidien. 

Ils éprouvent la déliaison, les changements de mœurs, la montée d’un communautarisme islamique qui s’impose sans qu’on ose le nommer. Mais leur expérience est désormais interdite de parole : elle est disqualifiée avant même d’avoir été dite. 

C’est ici que se vérifie, tragiquement, la prophétie de Christopher Lasch. Les talking classes – les «  classes parlantes  » – ont confisqué la parole publique. Les autres, celles qui vivent sans être entendues, n’ont plus d’autre langage que le vote, ou le silence. La France des plateaux de télévision n’a plus rien à voir avec celle des supermarchés, des cités, des bourgs abandonnés. 

De cette fracture naît une colère sans voix. Le peuple comprend qu’on ne l’écoute plus, et qu’à chaque élection on lui intime de se taire sous la formule rituelle du «  barrage  ». Mais ce mouvement ne concerne plus seulement la France périphérique. On se tromperait gravement à n’y voir que la révolte d’une France pauvre. Dans les villes moyennes, dans certains centres urbains eux-mêmes, des commerçants, des artisans, des professions libérales basculent à leur tour – non par nécessité économique immédiate, mais par épuisement moral. Fatigue d’un monde qu’ils ont servi, qu’ils ont fait vivre, et qui désormais les ignore ou les entrave. Ils subissent l’empilement des normes, la pression fiscale, l’insécurité diffuse, et surtout ce sentiment d’un désordre sans nom que le langage officiel ne parvient plus à masquer. 

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Ce basculement dit quelque chose de plus grave encore : ce n’est pas une classe qui se détourne, c’est une confiance qui se retire. Et cette défiance épouse la géographie même du pays. Car la France ne vote pas selon des opinions abstraites, mais selon des expériences enracinées, presque charnelles. Dans plusieurs grandes villes du Sud – Nice, Perpignan, certaines parties de Marseille –, le vote pour le Rassemblement national s’installe, se fixe, se banalise. Non par hasard, mais parce que s’y concentrent des formes de vie où l’ordre, la sécurité, l’identité, la transformation du cadre quotidien ne sont pas des concepts mais des épreuves vécues. S’y ajoute une mémoire politique particulière, marquée par l’histoire des rapatriés, par une fidélité ancienne à des droites enracinées, qui rend ce vote moins scandaleux, moins interdit qu’ailleurs. 

À l’inverse, dans les grandes métropoles – Paris, Lyon, Bordeaux –, la structure sociale, plus instruite, plus mobile, plus dissoute dans les flux de la mondialisation, produit un autre rapport au réel. Le changement y est perçu comme promesse, comme ouverture, là où il est vécu ailleurs comme perte ou dépossession. Les tensions existent, bien sûr, mais elles sont tenues à distance, reléguées, invisibilisées. 

Face à la certitude du déclin

Deux mondes coexistent ainsi, séparés par une frontière invisible, mais presque infranchissable. C’est dans cet entre-deux que se noue une tension décisive. Beaucoup de ceux qui se tournent vers le Rassemblement national le font en sachant parfaitement ce que l’on dit de ce vote – chaos, rupture, menace. Ces accusations, répétées avec insistance par ses adversaires, notamment dans certains territoires où domine la crainte d’un affrontement, n’empêchent pourtant pas le mouvement. Comme si, pour une part croissante du pays, la peur du risque pesait désormais moins lourd que la certitude du déclin déjà vécu. 

Dans le même temps, cette mise en scène permanente du danger retient encore certains. Sans adhérer, sans franchir le pas, une partie de l’électorat – souvent plus âgée – demeure liée à une ancienne idée du vote, où choisir engage une responsabilité morale, presque une fidélité à un ordre ancien. Il faut se souvenir aussi de ce que fut le Front national de Jean-Marie Le Pen : un vote de rejet plus que d’adhésion, nourri par la peur, et parfois par une hostilité directe aux immigrés, en particulier aux populations arabes. 

Quelque chose s’est déplacé. Les constats qui appartenaient hier aux marges se sont lentement installés au centre – relation entre l’insécurité et l’immigration de masse, islamisation, tribalisation de la vie collective. Non parce que les idées du RN auraient triomphé, mais parce que le monde qui les rend audibles s’est étendu.

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 Le vote pour le Rassemblement national n’est pas seulement un fait politique. Il est le symptôme d’une rupture plus profonde : la séparation entre un peuple et ceux qui prétendent encore parler en son nom. Tant que ce lien ne sera pas renoué, non par des injonctions, ni par des condamnations morales, mais par une reconnaissance réelle, concrète, des vies vécues, ce vote continuera de croître, non comme une adhésion paisible, mais comme la voix persistante, presque muette, d’un pays qui sent qu’on ne le voit même plus.

La société malade

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Sylvana Lorenz est morte: Pierre Cardin définitivement veuf

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© BENAROCH/SIPA

La cébre galeriste Sylvana Lorenz, femme dart et de communication, est morte ce jeudi 23 avril à l’âge de 73 ans. Surnommée Madame Cardin en raison de son amour impossible avec le cébre couturier, cette figure de lart contemporain aura été lintime de Jeff Koons, Keith Haring, César, Arman, Basquiat, Ben et Pierre Cornette de Saint-Cyr.


Pierre Cardin est définitivement veuf. Comme l’avait dit Jean Vilar lorsque Gérard Philippe s’en était allé, ce jeudi 23 avril, la mort a frappé haut.

« Madame Cardin » est partie comme elle a vécu : avec élégance, fantaisie et humour.

Une marginale cachée sous le masque du classicisme

Son dernier message à sa fille la célèbre romancière Amandine Cornette de Saint Cyr était à son image, une marginale cachée sous le masque du classicisme : « Demande au thanato-practeur de me mettre mon rouge à lèvres vermillon et de me lisser les cheveux au fer. Rappelle au prêtre que j’ai été une grande femme d’art, mais surtout l’égérie de Pierre Cardin pour qu’il le glisse dans son homélie. Sur la pierre tombale, fais graver « Dite Madame Cardin » à côté de mon nom, ça me ferait plaisir. Et puis ça attirera l’œil des promeneurs. Pour les fleurs, commande des roses rouges en hommage à Sainte Rita. Et surtout, pense à inviter mes copains Facebook, X, Linkedin, Instagram, TikTok. J’aimerais que ma dernière sortie ait du panache!». C’est hyper important d’inviter ses amis Linkedin à son enterrement : on l’oublie trop souvent. Avec sa mort, le panache, la grâce et l’ironie tirent leur révérence sans demander leur reste.

L’avenir prend soudain d’autres couleurs : d’un coup, la vie redevient en noir et blanc.

Une jeune galeriste

Dans les années 70, Sylvana, ravissante jeune italo-niçoise (pléonasme), qui a du destin plein sa besace, se rend dans un minuscule théâtre « lArtistique », boulevard Dubouchage, lieu parfait pour lui ouvrir les horizons d’une grande carrière. Elle y croise un inconnu prénommé Ben qui y fait une performance. Elle ne comprend rien à ce qu’il lui dit, puisqu’il un accent basque mêlé à de l’irlandais et de l’égyptien : elle tombe donc amoureuse de lui. C’est quand les gens se mettent à parler qu’ils nous ennuient, s’ils se taisaient, ils seraient bien plus intéressants. Ben est le seul artiste dont tout le monde a une œuvre, mais que personne ne connaît. Si tous les lycéens de France ont une trousse avec une absurdité en blanc sur fond noir, c’est la faute de Sylvana Lorenz, qui l’a tant inspiré. C’est à cause de folles comme Sylvana que toutes les mères de famille ont leur gosses qui les harcèlent depuis trente ans pour avoir des trousses bizarres. Elles auraient dû porter plainte contre Sylvana pour « incitation à la folie artistique ». D’ailleurs Sylvana était un peu fêlée, mais c’est ce qui permettait de laisser passer la lumière qui éclairait les tableaux exposés dans sa galerie.

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Madame Cardin

Elle quitte ensuite Nice pour aller vivre à Paris, puisque ce n’est qu’à Paris, n’est-ce pas, que l’on peut réussir sa vie ou finir de la perdre. Elle se souvient de ce sentiment qui l’avait saisie à son arrivée, qui relevait moins de l’ambition que de cette petite phrase innocente qui trottait dans sa tête : « tout est possible ». Elle est grande comme un rêve de gosse, belle comme la femme d’un autre, et élégante comme une gravure de Van Dongen. Surtout elle sait marcher comme John Travolta savait danser. La plupart des gens ne savent pas marcher.

On apprend plein de trucs inutiles au lycée comme le théorème de Thales (si un lecteur de Causeur utilise tous les jours le théorème de Thales, qu’il m’appelle au 0680559244) alors qu’on ne nous enseigne même pas comment marcher. Une foule, ça se fend, mais pas n’importe comment. Elle vend des petites mains en bronze dans sa galerie. Un beau matin, le voisin d’en face vient la voir pour en acheter une. Il s’appelle Pierre Cardin : l’homme qui a compris que rien n’est aussi dangereux que d’être trop moderne, et que c’est le meilleur moyen pour finir démodé. L’histoire avec un grand H commence. « Tout se mêle ! Amour, gloire et beauté, un conte de fée » écrira-t-elle. Elle sera directrice de la communication de l’Espace Cardin en 95, et ce, jusqu’à sa fermeture. Elle passera ses étés au palais Bulles puis dans le château du marquis de Sade, parmi les oliviers du Luberon. Sylvana aimait tellement Cardin qu’elle était finalement devenue plus Cardin que lui-même : elle s’habillait en rouge et noir Cardin, son appartement était une reconstitution de chez Maxim’s ; elle était son double, son reflet ou son miroir.

Pierre Cornette De Saint Cyr

Un autre homme aura marqué sa vie : son autre grand amour, le prince des commissaires-priseurs Pierre Cornette de Saint Cyr. Quand, à 7 ans, j’aperçus Pierre Cornette de Saint Cyr qui débarquait chez mes parents pour expertiser leur « collection » de tableaux, il était entouré d’un halo comme ceux qui nimbent les romans d’aventure. Un personnage que l’on a connu au berceau et quasiment plus revu depuis ne peut devenir qu’une légende dans notre imaginaire adulte. C’est peut-être à cela que servent les souvenirs d’enfance : façonner des mythes auxquels toute notre vie nous essayerons de donner forme humaine. Le monde des adultes m’était apparu jusqu’alors terne, sérieux et ennuyeux. Avec Cornette, je découvrais qu’il n’en était rien. Toujours hâlé, toujours enjoué, un sourire aguicheur sur des dents du bonheur, un déhanché à la John Travolta quand il s’approchait de vous, il semblait ne reculer devant aucun effet pour vous séduire, y compris les plus ridicules. Ça le rendait touchant. Et surtout, il avait des pantalons roses. Mais pas seulement. Des chemises violettes aussi. Des vestes canaries. Des pochettes turquoises. Toute une panoplie de l’arc-en-ciel, comme s’il avait voulu mettre des taches de couleur sur le gris de l’existence. Il m’expliquera bien plus tard son code couleur : une par jour, lundi rouge, mardi noir… jusqu’au dimanche jaune pour que la semaine se finisse en rayon de soleil. Ceci peut vous paraître anecdotique mais si Pierre Cornette de Saint-Cyr n’avait pas assorti sa pochette émeraude à son pantalon orange, je n’aurais pas écrit cet article. La beauté est la première des politesses et Cornette en était la preuve vivante.

Une mort si jeune

Sylvana est morte jeune : 73 ans, d’un cancer aussi terrifiant qu’est sublime le livre qu’a fait dessus sa fille Amandine Cornette de Saint Cyr: Au secours, Marie !  Elle l’aura affronté avec un courage aussi admirable que le torero de Manet, Robert Jordan aux dernières lignes de Pour qui sonne le glas ou Honoré d’Estienne d’Orves qui refusera qu’on lui bande les yeux face au peloton d’exécution. Au moins elle ne sera jamais devenue une vieille dame. Elle ne ressemblera jamais à Brigitte Bardot ou à Catherine Deneuve : elle ne sera jamais fripée, jamais botoxée. Elle sera morte avec le même visage de nymphette que celui de la jeune galeriste qui fit découvrir dans sa petite boutique les premières œuvres de Ben et de Jeff Koons. Elle n’aura eu qu’un regret : n’avoir ni épousé Cardin, ni Pierre Cornette de Saint Cyr, les deux hommes de sa vie. En même temps, comment épouser quelqu’un quand on a dix demandes en mariage par jour.

Je me rends compte avoir écrit tout cet article au présent de l’indicatif. Les conjugaisons sont les pires des croque-morts : l’imparfait n’aura pas notre peau.

Tu es verseau comme moi et tu as prié Sainte Rita quand j’ai été en réanimation. Adieu Sylvana, tu avais le talent de la vie. Tu ne te seras jamais laissé salir par rien. Tu es là, intacte, protégée, comme un rêve de gosse. Tu as rejoint tes deux plus grands amours. La France est devenue chiante : tu es un ovni et ta folie, ou ton génie, n’auraient plus pu être compris par notre époque. Je te laisse. Tu dois être en train de préparer un cake à tes deux Pierre : Cornette et Cardin. Reste Pierre Tombale, ce salaud qui vient lundi 4 mai. Celui-là, il ne te fait pas peur.

Au secours, Marie !

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Et mon culte, c’est du poulet?

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Le restaurant Master Poulet veut s'installer à Saint Ouen, malgré l'opposition de la mairie, 27 avril 2026 © Martin Rodier/SIPA

A Saint-Ouen (93), le maire socialiste Karim Bouamrane s’est mis à dos l’enseigne Master Poulet qu’il ne souhaite pas voir débarquer dans sa commune. Les Insoumis sont de l’avis contraire, pensant « défendre le patrimoine culinaire de la Nouvelle France », analyse L’Opinion. Recours juridiques, outrances sur les réseaux sociaux contre l’édile: les prises de bec sont loin d’être finies.


Perso, dans une sorte de bouffée délirante, je le vois venir gros comme une maison. Oui, je le vois se profiler à l’horizon, le petit chantage crypto-communautaire. Il se trouve que le fast-food Master Poulet qui doit ouvrir à Saint-Ouen ne sert que du halal. Donc une nourriture plus spécifiquement dédiée à une certaine tranche de la population. Ceci n’est évidemment pas un détail. Ou s’il l’est pour l’instant, je m’autorise à craindre qu’il ne le reste pas longtemps. Il ne devrait pas manquer d’esprits particulièrement à cheval sur les strictes règles d’équité, d’égalité, de respect des modalités du vivre ensemble telles que prévues dans le manuel ad hoc pour s’agiter, renâcler, se cabrer à un moment ou à un autre. 

Pour l’heure, l’argument des autorités municipales de cette cité de Seine-Saint-Denis pour interdire l’ouverture de l’établissement repose sur deux justifications, l’une et l’autre des plus pertinentes au demeurant. Endiguer la propagation de mal bouffe et mettre fin à la prolifération d’enseignes répertoriées « restauration rapide » dans le périmètre de la commune. Rien de plus légitime. En effet, on comprend que les élus puissent prendre des décisions en regard de ces deux critères qui ne sont pas de détail, la santé alimentaire des populations et les équilibres commerciaux, économiques du territoire.

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Tant que l’opposition à l’ouverture du la maison au poulet se tient sur ce terrain-là, personne, ne devrait rien trouver à redire. En théorie du moins.

Mais, ne parvenant pas à faire taire tout à fait le fond de mauvais esprit qui traîne quelque part en moi, et subitement titillé par une sorte de délire vaguement paranoïde, j’en viens à me demander si l’affaire ne va pas très vite prendre une autre dimension, et les enjeux se disputer sur un tout autre terrain.

J’évoque ici une éventuelle – mais heureusement très improbable – émergence du communautaire dans le débat. Une contre-attaque déplacée du terrain diétético-économique au registre inépuisable « ostracisme et stigmatisation » où l’on verrait des groupements, des associations, voire des mouvements politiques (suivez mon regard…), ceux qu’on connaît pour être toujours disposés à faire bouillir l’huile de la victimisation, monter au front sus à ce qu’ils s’ingénieraient à présenter comme un rejet, un refus pur et simple du halal. Et donc un acte d’hostilité délibérée. Vous le constatez, je ne fais que m’enfoncer encore un peu plus dans mon délire. Rien de cela ne se passera, on peut en être sûr. La sagesse prévaudra et chacun aura à cœur de se rendre aux très raisonnables préconisations de la municipalité en question. Il restera dès lors à Master Poulet à aller se faire frire ailleurs. Ce qu’il fera avec l’élégance et la docilité digne d’éloges auxquelles ces affectueux sujets de basse-cour nous ont habitués depuis longtemps.

Et ce n’est évidemment pas demain que nous verrons, dans les communes de France et de Navarre, instaurer, par exemple, un quota de fast-food halal pour tant d’enseignes ordinaire. Délire ou pas, cela me semble à jamais inimaginable. Et je n’imagine pas non plus que fleurissent dans les rues des revendications allant dans ce sens, avec des panneaux quatre par trois, des banderoles géantes, sur lesquels serait inscrit en lettres de feu le slogan – joyeux il est vrai – mais subtilement comminatoire que je me suis permis de faire figurer en titre de ma divagation avicole. Non, décidément, assez d’égarement. Oublions vite ces extravagances…

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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RN au pouvoir: et si l’échec était déjà soigneusement préparé?

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Marine Le Pen et Jordan Bardella à Matignon, 11 mars 2026 ©Jeanne Accorsini/SIPA

Que ferait l’armée en cas d’arrivée au pouvoir du Rassemblement national? ose carrément questionner tout haut notre chroniqueur, qui nous livre ses prévisions. Marine Le Pen ou Jordan Bardella s’inspireront-ils du « spoil system à la française » qu’il appelle de ses vœux pour notre République?


Depuis plusieurs années, tout est préparé par le pouvoir macronien pour qu’un(e)  président(e) de République issu(e) du Rassemblement national échoue très vite. Les Conseils Constitutionnels et d’Etat, la Cour des Comptes sont noyautés par des créatures présidentielles. Tout ceux qu’on décrit comme le “système”, les journalistes et intellectuels de gauche, la plupart des professeurs, la plupart des magistrats, tous endosseront avec enthousiasme le rôle de naufrageurs. Bruxelles n’est pas au bord de la mer mais là aussi, on allumera des feux sur les rochers pour le naufrage du France.

La majorité du Parlement européen se droitise, mais les pouvoirs non élus, comme la Cour Européenne des Droits de l’Homme, resteront en place, toujours progressistes  et immigrationnistes. Emmanuel Macron aura réussi l’exploit de faire perdurer son immobilisme mortifère après son départ.

Il faudrait donc qu’à son arrivée, le nouveau pouvoir change un certain nombre de règles jugées à tort sacro-saintes, en français imagé on dit “renverser la table”. Ce n’est pas là l’avis d’un boutefeu, c’est en termes plus choisis celui de l’ éminent juriste Jean-Éric Schoettl. Si Marine Le Pen ou Jordan Bardella prolongent la stratégie de la cravate par un strict respect des règles actuelles, la cravate les étranglera. Un changement total en douceur, est-ce concevable ?

Spoil system à la française ?

Par un savoureux paradoxe, c’est Emmanuel Macron qui peut fournir la solution : la sortie temporaire des règles, c’est exactement ce qu’il a fait pour la reconstruction de Notre-Dame, l’organisation des Jeux Olympiques, et c’est ce qu’il veut faire pour réindustrialiser la France. Les élections législatives qui suivront l’élection d’un président de la droite nationaliste ont beaucoup de chances d’apporter une majorité au vainqueur à laquelle s’opposera une minorité mélenchono-socialiste. La Vème République, après s’être perdue dix ans dans les marécages gaucho-centristes du macronisme, retrouverait enfin son lit principal, creusé par le Général de Gaulle et Michel Debré : un régime présidentiel appuyé par une majorité au parlement. Luc Ferry, qui balance régulièrement entre bonnes intuitions et erreurs, célébrait dimanche 26 sur LCI le régime parlementaire allemand, ces laborieuses coalitions gangrenées par les compromis. Solution antigaulliste, qui va à la France comme des chaussettes à un lapin.

Donc, une période spéciale de quelques mois après les élections du printemps 2027. Comment l’appeler ? La droite est trop droite, trop franche, elle doit apprendre de la gauche l’art subtil des désignations mensongères, comme le “vivre-ensemble” qui nomme l’état de divorce ethnique et religieux où nous vivons. “Moratoire constitutionnel” est à éviter, “moratoire” évoque trop le surplace des années “En Marche”. “Période constitutionnelle spéciale” est trop poutinien. Je propose le “Nouvel Etat de Droit”, le NED, avec majuscules et fanfare. Cela rappellera aux dinosaures de gauche la NEP, la “Nouvelle Economie Politique”, quelques mois de libéralisme imposé par Lénine, la seule période des années 20 où les Moscovites mangèrent à leur faim. Ça marchait trop bien, les communistes l’arrêtèrent. La mention “Etat de Droit” rassurera les naïfs.

L’acte fondateur du NED sera une loi instituant un “spoil system” à la française. Cet emprunt à la vénérable démocratie américaine stipulera qu’à chaque nouveau président, de nouveaux titulaires favorables à ses idées seront nommés dans la haute administration. Je propose ce même Jean-Éric Schoettl pour présider le nouveau Conseil constitutionnel et Sarah Knafo à la Cour des Comptes. Les deux connaissent ces boutiques, ce sera un parfait changement dans la continuité. De là tout découlera, comme l’eau qui jaillit au Mont Gerbier des Joncs et forme le plus grand fleuve de France. Réforme de l’Ecole de la magistrature scindée en douze entités, moratoire total sur l’immigration mis en œuvre par le ministre Fabrice Leggeri, peines planchers rétablies, a priori de légitime défense pour tous les gestes policiers, suppression de la loi mitterrandienne qui empêche la punition proportionnée des crimes les plus graves. Bien sûr, assurances répétées aux musulmans français qu’ils sont chez eux et y resteront, bonnes relations avec le Medef et les milieux économiques en donnant une orientation libérale plus marquée, Jordan forçant un peu son égérie.

Ne nous leurrons pas, l’arrivée au pouvoir du Rassemblement national ébranlera toute la société française et il faudra vérifier l’état de tous ses piliers. L’armée française est une armée pleinement républicaine. Selon l’adage latin Arma cedant togae, les armes obéissent à la toge, c’est-à-dire au pouvoir civil. Cependant, dans les grandes crises, on imagine souvent qu’on pourrait avoir besoin de l’armée pour rétablir l’ordre. C’est ce que pense la sénatrice Samia Ghali qui voudrait qu’elle intervienne dans les quartiers gangrenés par le trafic de drogue. L’ordre étant davantage une valeur de droite que de gauche, on pourrait penser qu’en cas d’affrontements graves, l’armée et ses chefs prendraient des positions plus favorables à la première. Au XIXe siècle, quand on voulait se moquer de la droite conservatrice, on l’appelait “l’alliance du sabre et du goupillon”. Le goupillon est depuis longtemps passé à gauche, mais le sabre ? Plus près de nous, en 2018, des généraux classés à droite ont protesté contre le pacte de Marrakech sur les migrations. Ils gravitaient autour du général Antoine Martinez, animateur du site “Volontaires pour la France”. Mais aujourd’hui ?

Soyons raisonnables

Voici que la guerre d’Iran vient de jeter un éclairage surprenant sur l’état d’esprit des généraux, colonels, et amiraux de l’armée française en retraite, qui ne sont pas tenus au devoir de réserve. Cette génération de jeunes retraités a déferlé sur les plateaux de télévision pour critiquer avec la plus grande sévérité les armées américaines et israéliennes. Ils ne relèvent jamais qu’elles luttent pour nous épargner la destruction nucléaire possible par le régime le plus tyrannique et le plus dangereux de la planète. A côté de celui-ci, le Nord-Coréen Kim Jong Un fait figure de brave garçon rondouillard et espiègle qui s’amuse à titiller son jumeau du sud, le Japon et les Etats-Unis. Lui au moins ne commandite pas des attentats aux quatre coins de la planète et n’a pas des dizaines de Français à son tableau de chasse. Revenons à ces étonnants généraux doux comme des agneaux, pacifistes et totalement allergiques au risque. Lors des apparitions de l’un d’eux sur LCI, nous chronométrons ma femme et moi le nombre de secondes qui vont s’écouler avant qu’il ne s’écrie : “C’est trop risqué !”. D’où le surnom que nous lui donnons de “général Cétrorisquet”. Leur indifférence au sort d’Israël est abyssale: j’ai entendu le général Yakovleff s’exclamer : “Qu’importe si l’Iran lance une bombe atomique sur Israël, puisque les Israéliens pourront riposter, les deux pays seront vitrifiés”. Je n’ai pas entendu le mot “audace” sortir une seule fois des bouches de ces gentils scouts. Au Walhalla des grands guerriers, Jules César, Napoléon et Charles XII de Suède doivent rougir de leurs descendants. Dans son beau cimetière marin de Vendée, Clémenceau se tord de rire en redisant son fameux  « La guerre, c’est une chose trop sérieuse pour être confiée aux militaires. »

Pendant les troubles qui suivraient l’arrivée au pouvoir du Rassemblement national, l’armée française ne ferait rien. Fidèle à l’héritage macronien, elle se tiendrait à mi-chemin de tout conflit, l’Amérique est aussi coupable dans ce conflit que l’Iran, la droite vaut la gauche, Marine et Mélenchon, c’est kif kif, ayons de la retenue, condamnons “avec la plus grande fermeté” et surtout ne faisons rien, ne levons pas le petit doigt, après il faudrait lever le bras, quelle fatigue ! Entendons-nous bien, je ne souhaite pas que l’armée agisse contre quiconque, je souhaite qu’elle soit une force d’interposition en cas de besoin, une sorte de Finul consacrée à la France. Comme toute haine exacerbée, la haine du président Trump et de l’Amérique n’améliore pas les capacités intellectuelles, loin de là. Le 23 avril dernier, dans C dans l’air, dont les gracieuses présentatrices sont habillées comme des reines grâce à nos impôts et à l’arnaque des sociétés de production, il y eut deux séquences étonnantes. Dans la première, on s’est alarmé du prix du kérosène, des difficultés de Transavia et de beaucoup de compagnies aériennes, des risques de ralentissement mondial du trafic aérien. Je me disais : l’un des intervenants, forcément écologiste, va forcément ironiser – grâce à Trump le climatosceptique l’empoisonnement de la terre par les énergies fossiles va ralentir ! Bien sûr, personne n’a eu l’idée de cette remarque qui aurait semblé une vague approbation du président américain. Incise personnelle : j’ai un fils qui sautait devant les avions sur les tarmacs d’aéroport pour dénoncer l’effet funeste de l’aviation sur le climat et qui a fait de la prison pour ce noble donquichottisme. Je suis fier de lui.

Deuxième séquence étrange : la célébration exaltée de la Chine, puissance raisonnable, puissance d’équilibre et de stabilité, qui bientôt bouffera les Américains à la baguette. Oubliés les Ouighours, oublié le contrôle facial auprès de quoi Big Brother est un gentil surveillant d’internat, oubliés les généraux et les opposants qui disparaissent avec la même rapidité qu’à Moscou, oubliée une verticalité du pouvoir qui les rend à la merci du moindre AVC, de la moindre chute préparée dans les escaliers…

Amère leçon : de Washington à Pékin, de Charles Alloncle au détroit d’Ormuz, la gauche, qui pouvait encore passer il y a quelques années pour une assistante sociale généreuse mais naïve, est devenue la reine du mensonge universel.

«C ce soir»: plus pluraliste et impartial, tu meurs!

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Chez Karim Rissouli et Laure Adler, le résistant David Dufresne brûle en direct le contrat d’édition de son dernier livre avec Grasset, pendant qu’Éric Fottorino excommunie à tour de bras. Tous les autres invités conviés se demandent comment mieux « réguler les médias » et rétablir le monopole de la gauche culturelle.


Patrick Cohen, Bretrand Chameroy et Charline Vanhoenacker sur France inter

Lundi 20 avril 2026. Matinale de France Inter. L’éditorialiste Patrick Cohen et les « humoristes » Bertrand Chameroy et Charline Vanhoenacker tirent à boulets rouges sur Vincent Bolloré. M. Cohen reproche au milliardaire de s’être exprimé dans le JDD,un journal qui fait partie de son groupe – il est certain que Libération, Le Monde ou Le Nouvel Obs de Matthieu Pigasse et La Provence ou La Tribune de Rodolphe Saadé n’attendaient que de publier la tribune de celui qui, depuis deux semaines, essuie des bordées d’injures de ces organes de presse et du monde dit de la culture. Mme Vanhoenacker s’est livrée, comme à son habitude, à une charge prévisible et grossière, sans la moindre once d’humour. Passons ! Quant à M. Chameroy, c’est avec une audace et une originalité sans pareilles qu’il s’est moqué de Vincent Bolloré en le comparant à Kaa, le serpent du Livre de la jungle. La fin de sa chronique a été consacrée au documentaire de CNews sur la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public et son rapporteur, Charles Alloncle, documentaire qui, selon lui, manquait de contradicteurs. On ne verrait pas ça sur le service public. Encore que… Le 15 avril, sur France 5, l’émission C ce soir concernait l’affaire Bolloré-Grasset. Les propos liminaires de l’animateur Karim Rissouli furent sans ambiguïté ; il n’y aurait pas de débat mais une « discussion » autour d’un sujet traité de manière univoque et à charge : « Le limogeage d’Olivier Nora est un signe supplémentaire de la mainmise du milliardaire d’extrême droite sur le monde de la culture et de sa volonté d’en faire un bras armé dans la bataille culturelle qu’il mène partout où il le peut ». Karim Rissouli, son invitée permanente Laure Adler et les heureux élus participant à cette émission étaient donc tous sur la même ligne et armés jusqu’aux dents.

Y’a pas de débat !

Ces élus furent, par ordre d’apparition à l’écran :

Nathan Devers, chroniqueur sur France Info et France Culture, enfant spirituel de Bernard-Henri Lévy qui l’a bombardé éditeur de la revue qu’il a créée, La Règle du jeu. Cette revue et les prochains livres de BHL ne seront plus édités chez Grasset, annonce gravement Nathan Devers. Les derniers lecteurs de BHL ne sont pas inquiets : il se trouvera bien, dans l’enclos germano-pratin, un éditeur prêt à référencer les prochaines productions du plus égotiste mais du moins en moins lu des ex-nouveaux philosophes. L’homme, beaucoup plus soucieux de son sort que de celui de la France, pays où « tout ce qui est terroir, béret, bourrées, binious, bref, franchouillard ou cocardier, [lui] est étranger, voire odieux » (Globe, 1985), a gardé une certaine influence dans le monde des médias et de la culture, influence qu’il a parfois mise au service de… lui-même. Ainsi, en 1997, il réalise Le Jour et la Nuit, film à très gros budget co-financé par Arte – dont il préside le comité de surveillance depuis 1994 – et par la Commission d’avances sur recettes du CNC dont le président se nomme à l’époque… Bernard-Henri Lévy. La presse est unanime : « plus mauvais film depuis 1945 » pour les Cahiers du cinéma ; « navet certifié », pour Libération. Malgré cela, BHL bénéficiera dès lors du soutien financier d’Arte France, du CNC ou de France TV pour la production de la plupart de ses films documentaires, tous des échecs commerciaux[1]. En 2024, BHL s’est vu reconduit à la présidence du conseil de surveillance d’Arte, à l’âge de 75 ans, malgré les statuts de la chaîne franco-allemande prévoyant une limite d’âge à 70 ans.

David Dufresne sur France 5

David Dufresne, journaliste médiapartien, écrivain et réalisateur de gauche. Son dernier livre paru chez Grasset est un récit sur sa grand-mère, Françoise d’Eaubonne, une émule de Simone de Beauvoir et de Michel Foucault qui, indique la quatrième de couverture, « forgea le concept d’éco-féminisme », fut « éco-anxieuse dès les années 1960 » et « organisa un attentat à la bombe sur le chantier de la centrale nucléaire de Fessenheim[2] ». David Dufresne a de qui tenir: sous le regard enfiévré de Laure Adler, il a déchiré en direct le contrat de son dernier livre avec les éditions Grasset. Ce geste n’était pas prévu, a tenu à souligner Karim Rissouli, ébloui par l’exploit. « Il faut des actes de résistance », s’est époumoné M. Dufresne, fier de lui. Dans la famille Résistants en toc, je demande le petit-fils.

Sophie Des Déserts, journaliste à Libération, quotidien subclaquant maintenu artificiellement en vie grâce à l’argent public, plus de 6 millions d’euros par an. Enivrée par les propos grisants de Laure Adler – « C’est le monde des intellectuels, la pointe avancée de notre pays, qui se retrouve bâillonnée, censurée » –, la journaliste a poussé un cri désespéré : « Olivier Nora était le dernier rempart. » Ne manquaient que le froissement des mouchoirs et le bruissement de discrètes renifleries pour parfaire le tableau…

Clémentine Goldszal, « journaliste culture » au Monde, où elle a appris à mentir éhontément – à moins que cela ne soit une disposition naturelle. Ainsi, sans être repris par aucun des participants, a-t-elle pu affirmer que Boualem Sansal n’est « ni un très bon écrivain, ni un gros vendeur ». Le village de l’Allemand s’est vendu à 125 000 exemplaires. Rue Darwin à 135 000 exemplaires. 2084 à 430 000 exemplaires. On s’interroge : à partir de combien de livres vendus Mme Goldszal considère-t-elle que leur auteur est un « gros vendeur » ?

Alexis Lévrier, historien de la presse et des médias et farouche détracteur de Bolloré. Cet « expert », adulé par l’audiovisuel public dont il est un invité récurrent, avait réclamé, après l’interdiction pour C8 de bénéficier d’une fréquence de la TNT, le même traitement pour CNews. Lors de l’émission, M. Lévrier a reproché à Nathan Devers sa participation passée, en tant que chroniqueur, à certaines émissions de la chaîne d’info honnie. Nathan Devers a eu beau assurer que, durant ses quatre ans passés à débattre sur CNews, sa liberté de parole a été totale et qu’il n’a eu à subir aucune remarque restrictive, aucune censure, M. Lévrier n’en a pas démordu : « Les conditions du débat étaient tronquées. » Il fallait oser ! L’historien a asséné cette énormité lors d’une émission à sens unique, consacrée exclusivement à louanger l’intouchable Olivier Nora transformé en martyr, à cirer les pompes des deux centaines d’auteurs, dont une majorité de graphomanes hallucinés et de cacographes nombrilistes, ayant quitté Grasset, à diaboliser Vincent Bolloré et à déconsidérer Boualem Sansal, accusé de « dériver vers l’extrême droite » parce qu’il a quitté Gallimard pour rejoindre Grasset et qu’il ne ménage ni le gouvernement algérien, ni une certaine religion supposément de paix, d’amour et de tolérance. Ici, les conditions du débat n’ont pas été pas tronquées – il n’y eut tout bonnement pas de débat !

Un monopole à rétablir

Last but not least, l’ancien dirigeant du Monde, Éric Fottorino, s’est particulièrement distingué lors de cette soirée. Derrière ce physique d’apothicaire de province inoffensif, se cache en réalité un clerc de gauche sectaire et intolérant, « un clerc au sens propre, c’est-à-dire un religieux, mais aussi au sens élargi d’homme doté à la fois d’un statut privilégié et d’un magistère intellectuel et moral[3]». Héritier de la cléricature issue de la Révolution, M. Fottorino prétend incarner la Vérité ; tout ce qui ne pense pas comme M. Fottorino est donc le Mensonge : « Le groupe Bolloré est un instrument du mensonge industriel ». La gauche culturelle se flatte d’inonder le monde de sa Lumière ; tout ce qui s’oppose à la gauche culturelle est donc la Nuit : « Si vous mettez la nuit là où il y a de la lumière, il n’y a plus de maison – donc il n’y a plus de maison Grasset », lâche le prêtre fanatique, dilaté d’aise, admiratif de lui-même. À l’instar de l’abbé Jacques Roux, « Enragé » sous la Révolution, le père Fottorino punit, proscrit, prohibe, excommunie à tour de bras ! Il réclame le démantèlement des médias Bolloré, en appelle à la résistance des journaux et des libraires et au courage du pouvoir politique, reproche aux ministres d’aller « parler dans ces médias », accuse et condamne par avance les journalistes et les auteurs gravitant dans la sphère de l’empire Bolloré : « Toutes les choses qu’ils disent sont fausses. C’est une attaque contre la vérité. » Le verdict tombe: il faut, par tous les moyens possibles, les censurer.

Et garantir ainsi le quasi-monopole de la pensée de gauche – la seule qui, de son point de vue, est à même d’exprimer le Bien, le Beau, la Justice et la Vérité – sur la presse, les médias, le monde de la culture. La cléricature de gauche se prétend assiégée par un « empire » qu’elle qualifie d’extrême droite ou de fasciste – syntagmes terrifiants et fantasmagoriques destinés à réduire au silence le peu qui lui résiste – et qui, au mieux, représente un vingtième de l’offre médiatique et culturelle actuelle. Les clercs, curés et séminaristes de cette caste doctrinaire ont investi tous les lieux de pouvoir, d’éducation et de rééducation de la population : l’Éducation nationale, les universités, les écoles de journalisme, les milieux culturels et, bien entendu, l’audiovisuel public transformé en temple du progressisme et du wokisme, et dédié au lavage des cerveaux, à la consolidation du contrôle et au redressement des hérétiques. M. Rissouli n’a pas manqué de prier en direct pour la « régulation des médias » – comme les plus éminents représentants de l’Ordre de la Vertu journalistique auquel il appartient, il compte sur la création d’un cachet décerné par un Bureau de vérification adossé à un Organe inquisitorial pour séparer le bon grain progressiste de l’ivraie conservatrice dans les médias. Emmanuel Macron et la Commission européenne appellent cela un « label » – mais le mot qui convient le mieux est simplement celui de « censure ». Il n’est cependant nul besoin, actuellement, de « label » pour censurer, distordre la réalité ou la camoufler : tandis qu’Olivier Nora est élevé au rang de saint sacrifié sur l’autel de l’autoritarisme d’un homme trop catholique pour être honnête, Boualem Sansal est excommunié du monde de la culture et Kamel Daoud n’a le droit qu’à quelques entrefilets dans la presse et une laborieuse minute d’information sur France Inter après sa condamnation à trois ans de prison ferme par le pouvoir algérien pour avoir osé évoquer la « décennie noire » dans son roman Houris.

Selon l’impayable Laure Adler, « l’empire Bolloré déploie un pouvoir vénéneux qui essaie de faire taire toutes les voix discordantes de cette idéologie qui est assénée, pilonnée par plusieurs canaux d’expression qui sont en solidarité les uns avec les autres pour fabriquer une opinion ». L’inversion accusatoire est ici à son comble. Les apôtres de la machine idéologique qui fonctionnait si bien depuis cinquante ans et écrasait de sa superbe la population assujettie à leur morale gauchisante, ne supportent pas la moindre contradiction, la plus petite remise en cause. Un point capital, trop souvent passé sous silence mais que j’ai évoqué ci-dessus, doit être rappelé: ce dispositif dogmatique, en plus d’imposer une vision politique, a permis à nombre d’entre ces apôtres de bénéficier, et pour certains très largement, des prébendes et autres mannes financières qu’offrent les trop nombreux organismes où abonde l’argent public et dans lesquels ils se sont octroyé des places de choix. Le cas de M. Lévy n’est qu’un exemple, un échantillon, une illustration de ce qui se trame dans les coulisses de ce redoutable petit monde. Un grain de sable grippe leur machine ? Les voilà qui crient au fascisme, aux heures sombres, au bruit des bottes. Mais, si l’on tend l’oreille, l’on distingue, derrière les beuglements contre « l’extrême droite », une lamentation plus discrète, un chant d’une tristesse infinie, la plainte de cette caste craignant de tout perdre, le pouvoir, les honneurs, la puissance et, par-dessus tout, l’argent.


[1] Assemblée nationale, question écrite n° 6674 sur le Financement public apporté à Bernard-Henri Lévy. https://questions.assemblee-nationale.fr/q16/16-6674QE.htm

[2] David Dufresne, Remember Fessenheim : Enquête intime sur Françoise d’Eaubonne, pionnière éco-féministe et impossible grand-mère, 2025, Grasset. Une citation de la grand-mère de l’auteur inaugure cette enquête : « Pour détruire le pouvoir des hommes, il faut le leur arracher. » Plus loin, une autre citation nous apprend qu’elle luttait « contre le capital coupable de génocide, dernier stade de la société patriarcale ». Françoise d’Eaubonne, pionnière woke dont la petite-fille spirituelle est évidemment Sandrine Rousseau.

[3] Jean-François Chemain, Notre amie la gauche, deux siècles de cléricature, préface de Mathieu Bock-Côté, 2025, Via Romana.

Florence Herouin-Léautey ou l’école des larves

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La députée socialiste de Rouen Florence Hérouin-Léautey (ici photographiée à l'Assemblée nationale en 2025) estime qu'il faut libérer l'école de la République d' "une focalisation quasi exclusive sur la réussite scolaire" © NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Après l’élève roi, l’élève en pyjama ! Florence Herouin-Léautey déplore, dans une tribune au Monde, que les politiques scolaires aient si longtemps ignoré l’importance de certains besoins fondamentaux de l’enfant que sont le repos ou les loisirs, au profit d’un « scolaro-centrisme » axé sur un « impératif de performance. » Ainsi le quotidien de référence de la gauche française annonce-t-il avec gourmandise le dernier coup de pied de l’âne à ce qui fut jadis le meilleur système éducatif au monde…


À en croire la députée socialiste de la Seine-Maritime, la diminution spectaculaire du nombre d’élèves, déjà largement entamée, « constitue une occasion historique de refonder nos politiques publiques à partir des besoins fondamentaux des enfants et des jeunes, qu’ils soient physiologiques, de santé, de protection contre toutes les formes de violence, ou les besoins de sécurité affective et relationnelle. » Et de se réclamer des recommandations du Conseil économique, social et environnemental et de la convention citoyenne sur les temps de l’enfant.

Déroute

Les socialistes persistent et signent : après la monstrueuse réforme Jospin, qui décréta que l’enfant construirait désormais ses propres savoirs, et, ainsi, ne saurait rien ; après l’habile politique de Vallaud-Belkacem, qui fit la promotion de l’enseignement de l’ignorance, comme dit Jean-Claude Michéa ;  après les tapis rouges déroulés sous les pas de Philippe Meirieu et de ses comparses en pédagogisme effréné, voici que l’on nous suggère, sous prétexte de réduire à zéro le stress scolaire, d’abandonner le « scolaro-centrisme » (?) et tout impératif de performance. La médiocrité triomphe. Sans doute est-ce dans ses rangs que se recrutent les électeurs et les élus du PS…

L’éducation spartiate était destinée à former des guerriers : comment croyez-vous que 300 hoplites ont, les 11, 12 et 13 septembre de l’an 480 av. J.C. stoppé les 100 000 hommes (estimation basse) de Xerxès ? Allons plus loin dans l’Histoire : comment croyez-vous que les fantassins français aient repoussé les Prussiens sur la Marne en 1914 ? Parce qu’ils avaient un armement supérieur ? Que nenni : parce qu’ils avaient été formés par l’école de la IIIème République — dans la perspective de la Revanche.

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Imaginez qu’un ancêtre de Mme Herouin-Léautey ait plaidé, dans les années 1900, pour une école lénifiante de la douceur de vivre ? Pour qui l’aurait-on, avec raison, soupçonné de travailler ? Il y a toujours un ennemi qui se réjouit de nos déroutes scolaires.

D’un côté, l’école devrait être l’apprentissage de la concurrence — et les enfants, fort amateurs de performances sportives, comprennent mal que l’on égalise tous les élèves au nom de la réussite de tous — et donc de l’écrasement de chacun. Ils veulent de la compétition, et ils n’ont pas un respect instinctif pour les plus faibles.

D’un autre côté — et c’est autrement grave —, qui ne voit que les temps à venir seront très prochainement des temps de conflits ouverts, internes ou extérieurs ? Qui ne sent que la guerre civile est déjà là, camouflée en revendications communautaires et en affrontements racistes ? Qui n’a pas compris que le renouveau de l’antisémitisme, à gauche, est un encouragement à importer en France le terrorisme du Hamas, sous prétexte de tiers-mondisme trotskyste ?

Reddition devant les difficultés

L’Ecole devrait être le premier rempart contre la mainmise fondamentaliste — et le premier outil pour intégrer à la nation les arrivants, nouveaux ou plus anciens. Le fanatisme se nourrit de nos renoncements pédagogiques : hier, la République était en soi une transcendance, aujourd’hui, modifiée en démocratie molle, elle n’offre même plus d’accès aux biens matériels. Tous égaux pour le pire ? Et un salaire universel, comme le proposait Benoît Hamon, avec le droit de tripoter sa télécommande sur son canapé Ikéa ?

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Le plus inquiétant, c’est que les propos pleins de mansuétude de Mme Herouin-Léautey sont relayés par les associations de parents, les pédo-psychiatres, et une grande majorité d’enseignants qui y voient l’occasion de ne plus vraiment travailler. Le bonheur de l’enfant, là, tout de suite !

Il faut être singulièrement borné (et je vise là moins Mme Herouin-Léautey que ses électeurs) pour croire qu’une politique scolaire sur le modèle jus de navet et endive cuite donnera des résultats futurs appréciables. Ce que sait un vrai pédagogue, c’est que tout relâchement en cours de formation se traduit infailliblement par des catastrophes futures. Le bonheur tout de suite n’est pas le bonheur, mais une reddition devant les difficultés et les menaces du présent. L’Ecole est par excellence le lieu du bonheur différé.

Mais sans doute Mme Herouin-Léautey voit-elle, dans ces hordes incultes de la génération Bêta — la bien-nommée — le réservoir des futurs succès électoraux du PS. Elle n’a pas tort : la formation de masse des crétins est le gage de sa réélection, l’année prochaine. Et le gage de notre extinction.

Un Magimel corpulent et fatigué dans un thriller poussif

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Benoît Magimel dans « Mi amor » de Guillaume Nicloux, 2026. © Le Pacte

Scénario médiocre et histoire ridicule, Mi amor, signé Guillaume Nicloux, est une production dont, ni le jeu d’acteurs, ni les effets visuels, ne parviennent à faire oublier la nature bizarre de l’ensemble.


Romy, jeune mère célibataire d’un adolescent, mais affectée d’un lourd passif affectif et social – Mi amor vous en distillera le détail par bribes tout au long, sans grande adresse scénaristique – exerce le métier de DJ. Elle profite d’une invitation à se produire dans une boîte aux Canaries pour changer d’air, et invite Chloé (Freya Mavor), sa meilleure amie, à l’accompagner dans ce séjour censé joindre l’utile à l’agréable. On leur prêterait volontiers quelques inclinations saphiques, tant les deux filles jouent à se câliner – mais non : contre toute apparence, elles en pincent pour la gent masculine, surtout Chloé, la libido aux aguets. Dans le rôle de Romy, l’actrice aux yeux bridés Pom Klementieff, native du Québec, qu’on a pu apprécier dans les deux derniers volets de Mission : Impossible.

Le règne de l’étrange et de l’invraisemblable

C’est peu dire que rien ici non plus n’est impossible. Une étrangeté délibérée affecte jusqu’au chromatisme du paysage : ainsi les palmiers, privés de leur vert naturel par un artifice de l’image, présentent-ils dans ce film un feuillage orangé (la dimension insolite s’engouffrant sans finesse dans ce procédé un peu gratuit). Romy et Chloé font des rencontres, également frappées d’une inquiétante bizarrerie.

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Une nuit de fête passée dans la boîte locale, le Caserio, changera la donne : le matin, Chloé n’est pas rentrée à l’hôtel ; son smartphone reste indéfiniment sur boîte vocale ; Romy commence à se faire du mouron. S’enchaînent les événements suspects : dans la piaule, la valise de Chloé s’est volatilisée, ses fringues également ; Romy se fait voler pognon, CB et passeport, dans le sac qu’elle avait (fort imprudemment) emporté sur la plage. Etc. etc. La police du bled, en la personne d’une jeune inspectrice à la politesse glaciale, ne manifeste aucune bonne volonté pour aider la jeune femme de plus en plus égarée, et enquêter sur l’évanouissement incompréhensible de Chloé. 

Seul gars à l’écoute des angoisses de Romy, Vincent, lequel s’avère être le boss du Caserio, par ailleurs lui-même en bisbille avec les mafieux du coin qui, sous la menace, veulent s’emparer à vil prix de son business – sous-intrigue un peu vaine, tout comme celle, en arrière-plan, centrée sur la mère de Romy, laquelle, se sachant à l’article de la mort mais dans le couloir d’un protocole de soins, attend avec son petit-fils adolescent le retour au foyer de sa fille chérie, en espérant ne pas clamser avant…

Pom Klementieff dans le rôle de Romy et Freya Avor dans le rôle de Chloé, dans « Mi amor », Guillaume Nicroux, 2026. © Le Pacte

Benoît Magimel endosse une corpulence nouvelle

Écoulé le premier tiers de Mi amor apparaît donc à l’écran, enfin, le secourable Vincent, campé par un Benoît Magimel qui, dans l’histoire, se faisait décidément beaucoup attendre. Désormais cinquantenaire et de film en film plus méconnaissable, l’ex-jeune premier assume ici très manifestement, et sa bouffissure huilée de graisse, et ses traits bistrés lourds d’une sourde fatigue, et le poivre et sel de sa barbe négligée, et les besicles de bidochon à monture dorées dont il s’affuble pour cet emploi, l’abdomen comprimé dans une chemisette à motifs tropicaux…

La physionomie ravagée par cette corpulence vaguement pathétique, notre Magimel national, toujours aussi talentueux malgré tout, ne parvient pas à sauver Mi Amor de la platitude et de l’invraisemblance crasse dans lequel patauge ce drame tirant vers un fantastique laborieux. Propre à un certain cinéma français d’aujourd’hui, hélas, la paresse scénaristique (et dialoguiste) s’y donne des aises : répliques téléphonées, d’une pauvreté consternante ; suspense d’avance éventé par le fait que le spectateur ne cesse d’anticiper la probabilité de l’épisode suivant, qui hélas se vérifie (incluse l’idylle naissante entre Romy et Vincent).

Toute aussi prévisible se fera la montée, par paliers, d’un déchaînement sanguinaire au dénouement sacrificiel, où la secte de tueurs polyglottes et cinglés qui sévissait sous couvert de gestion d’un parc à crocodiles se voit immolée au grand complet… ou presque, histoire de vous donner encore le frisson à l’épilogue – le titre même du film jouant sur l’assonance Mi amor/ Mise à mort. Signé du duo Irène Drésel et Sizo del Givry, un térébrant nappage musical vous vrille les tympans du début à la fin sans discontinuer, tandis que l’objectif se colle en permanence, telle une ventouse, sur les mines des protagonistes, dans un chromatisme artificiellement saturé.

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Guillaume Nicloux, cinéaste touche à tout, nourrit de longue date une appétence manifeste, voire une fascination ambiguë pour les marges de la société, la baston et la filouterie – cf. le film d’horreur La Tour (2023), mais également Les rois de l’arnaque (2021), documentaire assez stupéfiant, il faut le reconnaître, qui ne craint pas d’héroïser son personnage central, Marco Mouchy, lequel, volubile, hâbleur, mythomane, cabotine pitoyablement à l’écran, sans honte ni remord, après des années de taule bien méritées. Pour mémoire, c’est ce truand analphabète qui, avec Arnaud Mimran et Gregory Zaoui, avait ourdi la monstrueuse fraude à la TVA sur la taxe carbone – des milliards partis en fumée.

Commande Netflix, le long métrage est toujours visionnable à la demande sur la plateforme. Il semblerait également que France TV se saisisse de l’opportunité de la sortie de Mi Amor dans les salles obscures pour rediffuser bientôt Les Rives du Fleuve (2024), téléfilm tiré du livre de Victor Castanet Les Fossoyeurs, sur les dérives morbides en EHPAD. Chez Nicloux, l’imposture et la mort ne sont jamais loin. 

Mi amor. Un film de Guillaume Nicloux. Avec Pom Klementieff et Benoît Magimel, 2026. Durée : 1h53.


En salles le 6 mai 2026.

https://youtu.be/KWYpXAE4wAw?si=f6esxuy5I7pP3GpG

Qui a peur du livre de Nicolas Pouvreau-Monti?

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© Fayard

L’ouvrage apporte une information factuelle, à jour et détaillée démontrant notamment le caractère systémique de nos graves défaillances dans l’intégration des immigrés en provenance du continent africain. Les experts autoproclamés et les tenants de la religion diversitaire vont encore tousser.


Avec Immigration – mythes et réalités, paru récemment aux éditions Fayard, Nicolas Pouvreau-Monti, jeune et brillant directeur de l’Observatoire de l’Immigration et de la Démographie (OID), signe un premier ouvrage dont la qualité d’ensemble mérite d’être saluée. L’auteur assemble intelligemment les matériaux accumulés par l’Observatoire au fil de ses trois années d’existence sur les multiples facettes du phénomène migratoire, pour dégager une vision d’ensemble des causes de l’immigration et de ses conséquences sur l‘économie et la société françaises. Nicolas Pouvreau-Monti propose un ouvrage fondé sur l’exploitation systématique des statistiques publiques, dans l’objectif explicite de clarifier un débat souvent obscurci par des représentations partielles et simplificatrices, souvent tendancieuses. Son ambition est d’examiner méthodiquement les effets réels de l’immigration à partir de données vérifiables et accessibles à tous, puisqu’issues de la statistique publique.

L’ouvrage est construit autour de six mythes, qui constituent autant d’idées reçues et que l’auteur s’attache à « déconstruire » : 1) il n’y aurait pas plus d’immigration aujourd’hui qu’hier, 2) l’immigration rapporterait à la France davantage qu’elle ne lui coûte, 3) l’immigration n’aurait pas d’impact nocif sur notre vie quotidienne et notre accès aux services publics, 4) l’immigration ne changerait pas la culture française, 5) l’état serait en mesure de contrôler l’immigration, 6) les « experts » sur le sujet seraient neutres et dignes de confiance.

1976 : l’emballement après le décret du regroupement familial

Retraçant brièvement l’histoire des flux d’immigration vers la France et analysant les chiffres d’immigration produits par le service statistique du ministère de l’Intérieur (relatifs aux flux d’immigration) et ceux de l’Insee (relatifs à la composition de la population française en termes d’ascendance migratoire), Nicolas Pouvreau-Monti rappelle tout d’abord que les flux d’immigration ont atteint au cours des années récentes un niveau inégalé et que le nombre d’immigrés n’a jamais été aussi élevé, que l’on raisonne en nombre d’individus ou en termes de proportion qu’ils représentent dans la population résidant sur le territoire national.

La France a connu sa première vague importante d’immigration durant les années 1920, suite à la mort au combat de 1,4 millions de Français pendant la première guerre. Il s’agissait d’une émigration d’origine essentiellement européenne, et temporaire. Les années 1930 ont été marquées par une inversion des flux : la crise économique a entraîné des mesures restrictives entre 1931 et 1936. Une 2e vague importante d’immigration, motivée par un fort besoin de main d’œuvre, s’est produite pendant la période des Trente Glorieuses, avant la suspension officielle de l’immigration de travail en 1974 par le gouvernement Chirac. Deux ans plus tard, sous la pression des juges, un décret instituait le droit au regroupement familial, c’est-à-dire le droit pour les travailleurs de nationalité étrangère régulièrement installés en France à être rejoints par leur conjointe et leurs enfants. Et depuis cette période, le motif familial a acquis une part prépondérante au sein du flux d’immigration et le flux d’immigration de travail est devenu très minoritaire. Le flux d’immigration a connu un emballement spectaculaire et une croissance quasi-continue depuis la fin des années 1990, sous la pression des juges et l’absence de volonté des politiques de contenir cette pression. Ainsi que le note l’auteur: « Aujourd’hui, l’immigration n’est plus ce phénomène ponctuel lié au besoin de bras pour faire tourner des usines florissantes. Elle prend la forme d’une dynamique autonome, déconnectée de l’économie et alimentée par une mécanique administrative qui tourne à plein régime, indifférente aux alternances politiques. »

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Nicolas Pouvreau-Monti précise qu’au fil du temps, la part des immigrés d’origine européenne, tant au sein du flux d’immigration qu’au sein du stock de migrants, n’a eu de cesse de se réduire, au profit de l’immigration d’origine africaine, d’abord maghrébine puis plus récemment sub-saharienne. Autres transformations qualitatives notables : le motif « étudiant » est de plus en plus invoqué pour obtenir un titre de séjour, suivi des motifs humanitaire (asile et protection subsidiaire) et familiaux, et l’immigration revêt de plus en plus un caractère durable et non plus temporaire.

Au sein de l’Europe, la France n’est pas seule à connaître des flux d’immigration d’une ampleur inégalée jusqu’alors. Le phénomène affecte tous les pays d’Europe de l’Ouest, quoi qu’avec une intensité variable et aussi une volonté politique plus ou moins affirmée de contenir les flux – quand il ne s’agit pas, pour certains gouvernements, de les encourager. La France se caractérise par un recours particulièrement prononcé à l’immigration d’origine africaine : 61 % des immigrés de 15 à 64 ans vivant en France en 2020 étaient originaires du continent africain, soit une part trois fois supérieure à la moyenne de l’UE.

Effets économiques et sociaux

Dans le débat public, l’immigration est souvent défendue comme un moyen de financer nos retraites. Pour que cela puisse être le cas, il faudrait tout d’abord que la population immigrée soit composée de travailleurs à hauteur d’une proportion au moins égale à celle constatée au sein de la population autochtone. Or – la nature essentiellement familiale et humanitaire des flux récents d’immigration le laissait pressentir – c’est très loin d’être le cas : la proportion de personnes en emploi au sein des personnes de 15 à 64 ans est de seulement 56% pour les immigrés non-européens alors qu’elle est de 70% pour les non-immigrés et de 68% pour les immigrés européens.

Nicolas Pouvreau-Monti montre aussi, sur la base des projections de population des Nations Unies, que pour que l’immigration puisse rééquilibrer notre pyramide des âges et ainsi contribuer au rééquilibrage financier de nos régimes de retraite, il faudrait un flux d’immigration beaucoup plus important que celui constaté à présent (pourtant déjà très élevé), puisqu’il faudrait faire venir en France chaque année près de 2,5 millions de personnes d’ici à 2050, ce qui est à l’évidence totalement irréaliste et insoutenable sur le plan social.

Par leur profil socio-démographique, enfin, les immigrés sont susceptibles de peser sur les comptes publics (considérés dans leur ensemble) plutôt que d’y contribuer : peu souvent en emploi et – lorsqu’ils le sont – plus souvent en emploi non qualifié que la population autochtone, les immigrés en France sont davantage exposés au risque de pauvreté ; ils paient en conséquence moins d’impôts que la moyenne des Français et sont plus susceptibles de dépendre des minima sociaux et du logement social. D’ailleurs, 35% des immigrés sont logés dans le parc HLM (la proportion monte à 49% pour les immigrés d’origine algérienne et même à 57% pour ceux originaires d’Afrique sub-saharienne) alors que ce n’est le cas que de 11% des non-immigrés. À âge donné, leur état de santé est par ailleurs en moyenne moins bon que celui de la population française (une particularité française, car dans les autres pays, les immigrés sont en moyenne en meilleure santé que les autochtones), ce qui entraîne une consommation plus élevée de soins.

Ce n’est pas seulement en termes de participation au marché du travail que l’intégration des immigrés africains est défaillante, c’est aussi en termes de résultats scolaires et universitaires, ou encore de participation aux activités criminelles et délictuelles. L’auteur souligne a contrario la très bonne intégration des immigrés originaires d’Asie du Sud-Est, ce qui tend à discréditer la thèse selon laquelle la piètre intégration des immigrés en moyenne en France serait le résultat de discriminations qui les viseraient de manière systématique.

La part croissante des immigrés – en particulier d’origine africaine – au sein de la population en France n’est pas sans influence sur la culture et les mentalités dans notre pays. Nicolas Pouvreau-Monti illustre ces transformations à partir de deux exemples : la natalité, et le poids croissant de l’islam.

La natalité des femmes autochtones s’effondre, l’auteur y voit l’effet en particulier de la mise sous conditions de ressources des allocations familiales et du durcissement du plafonnement du quotient familial, intervenus sous le quinquennat de François Hollande. La faible natalité des femmes sans ascendance migratoire contraste avec la fécondité qui reste élevée des immigrées, en particulier maghrébines (et ce alors même que la fécondité est maintenant relativement basse au Maghreb, en particulier en Tunisie) et celle des femmes d’origine sub-saharienne (l’Afrique sub-saharienne est aujourd’hui la seule région du monde où la fécondité est significativement supérieure au seuil de remplacement des générations).

La croissance du nombre de musulmans dans notre pays est alimentée en majeure partie par le flux migratoire, dans la mesure où, d’une part, le nombre de conversions à l’islam au sein de la population autochtone reste à un niveau relativement modeste, et d’autre part une grosse partie de notre flux d’immigration est originaire de pays où la population est majoritairement musulmane.

Impuissance de l’état et complicité des « experts »

Les deux derniers chapitres de l’ouvrage sont consacrés à examiner par quels mécanismes une politique aussi impopulaire et aux résultats aussi désastreux a pu être mise en place et se perpétuer. L’auteur y voit le résultat d’une part, de l’impuissance d’un état qui a fini par déléguer tous ses pouvoirs en la matière à des institutions internationales et aux juges, et d’autre part, de l’intoxication du débat public par de prétendus experts qui ont quitté le terrain de la connaissance basée sur les faits au profit de celui du dogme. Ces experts, dont l’attitude frise parfois l’obscurantisme, nous dit-il, « travaillent souvent à « convertir » l’opinion publique plutôt qu’à l’informer ».

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Le propos sur l’impuissance de l’état n’est pas extrêmement original, mais il a le mérite de retracer l’historique de ce délitement et d’être étayé avec des données et des exemples plus récents. On en arrive ainsi à des décisions absurdes telles que cette décision de 2025 de la Cour européenne des droits de l’homme enjoignant à la France de suspendre l’expulsion vers l’Algérie de Kamel D., ressortissant algérien précédemment condamné pour des actes de terrorisme, en estimant que son passé terroriste faisait de lui une cible potentielle des renseignements algériens… Il faut donc croire que le fait d’avoir été condamné pour terrorisme devient un motif de protection contre le renvoi du territoire, au mépris du principe général du droit qui veut que nul ne devrait pouvoir se prévaloir de ses turpitudes.

Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune, Alger, 27 août 2022 © Jacques WITT/SIPA

Autre exemple de décision absurde: pendant la crise sanitaire alors que tout le pays était à l’arrêt et que les citoyens français étaient assignés à résidence à leur domicile, le Conseil d’état s’est opposé à toute restriction à l’entrée de demandeurs d’asile, qui pouvaient continuer à franchir librement la frontière française. 

Une mine d’or

Au total, l’ouvrage de Nicolas Pouvreau-Monti est une mine d’or sur la question migratoire. À ce titre, il devrait intéresser tous ceux qui se préoccupent de l’avenir de notre pays, et il devrait constituer une lecture incontournable pour tous ceux qui aspirent aux responsabilités.

L’immigration est un élément clé des discours des tenants de la religion diversitaire, et le système migratoire profite à une frange – certes minoritaire mais influente – de la population et de la société civile : associations subventionnées, hiérarques et employés d’un état-providence devenu obèse et incapable de se cantonner à ses missions essentielles, patrons du bâtiment et des services ravis de pouvoir alimenter par l’immigration « l’armée de réserve du capital » et ainsi comprimer les salaires, bourgeois-bohèmes trop heureux de pouvoir se faire livrer des colis ou des repas à domicile ou faire garder leurs enfants par des Africains payés au lance-pierres… On peut donc s’attendre à ce que, par idéologie ou par intérêt, des officines « progressistes » tentent de décrédibiliser l’ouvrage.

Certes, les statistiques, fussent-elles élaborées et produites avec la plus grande rigueur (ce qui est le cas des statistiques officielles telles que celles mobilisées par Nicolas Pouvreau-Monti dans cet ouvrage), n’admettent jamais une interprétation univoque : d’autres statistiques, produites avec la même rigueur, peuvent ensuite conduire à nuancer le discours et parfois même venir le contredire. Nicolas Pouvreau-Monti n’appelle d’ailleurs pas à clore le débat mais à l’ouvrir, en particulier à l’occasion du « grand moment de conversation nationale » que va représenter l’élection présidentielle de 2027.

Mais en s’appuyant sur des données solides, en n’omettant d’analyser aucune dimension importante du phénomène migratoire, et par la profondeur et la rigueur de son analyse, Nicolas Pouvreau-Monti a placé la barre très haut pour ses contradicteurs, il a en quelque sorte magistralement inversé la charge de la preuve.

288 pages

Immigration, mythes et réalités

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Les Émirats quittent l’OPEP: un séisme discret

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Le président américain Donald Trump avec le cheikh Mohammed ben Zayed Al Nahyane, Abu Dhabi, 16 mai 2025 © Apaimages/SIPA

Les Émirats arabes unis ont annoncé ce matin leur retrait de l’OPEP, prenant de court une organisation sous énorme pression à cause de la fermeture de détroit d’Ormuz et déjà fragilisée par des divergences internes. La décision a été rendue publique par le ministre de l’Énergie, Suhail al-Mazrouei, qui a évoqué une « réévaluation stratégique » visant à donner au pays davantage de liberté dans la gestion de sa production.


Le départ du troisième producteur du cartel, après l’Arabie saoudite et l’Irak, ne constitue pas un simple ajustement technique. Il marque une rupture politique et ouvre une nouvelle phase d’incertitude pour un système énergétique mondial déjà sous tension.

Un geste brutal

Cette démarche des Émirats arabes unis de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole est un tournant. Producteur important et partenaire privilégié de l’Arabie saoudite, Abu Dhabi a choisi de s’affranchir des quotas qui encadrent la production de ses membres. La décision intervient après des années d’investissements massifs destinés à porter la capacité émiratie autour de cinq millions de barils par jour, c’est-à-dire 50% plus que l’Iran. Autrement dit, au moment même où le pays est en mesure de produire davantage, il refuse d’être bridé. Officiellement, il s’agit d’une décision économique mais en réalité, c’est un geste politique presque brutal.

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Depuis sa création, l’OPEP repose sur le principe de coordination de l’offre pour peser sur les prix. Mais cette mécanique suppose une discipline collective, donc des renoncements individuels. Or, dans un monde où chaque producteur a ses propres intérêts politiques et économiques, cette discipline devient de plus en plus fragile. Les Émirats ne font pas mystère de leur volonté de vendre plus, plus vite, et surtout en décider souverainement.

L’OPEP affaiblie

Ce choix s’inscrit dans une évolution plus large. En 2019 déjà, le Qatar avait quitté l’OPEP pour se concentrer sur le gaz naturel liquéfié. Derrière ces départs, une même logique, celle de reprendre la maîtrise de sa stratégie énergétique et l’aligner sur des priorités nationales. Les grands plans de diversification économique comme Vision 2030 en Arabie saoudite, les stratégies industrielles aux Émirats, exigent des ressources considérables. Produire davantage et selon ses besoins d’investissements c’est accélérer cette transformation.

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Mais ce mouvement a une autre conséquence, plus discrète car il affaiblit l’OPEP de l’intérieur. Sans jamais être un bloc homogène, l’organisation reposait sur un noyau dur, dominé par Riyad et soutenu par quelques alliés fiables dont les Émirats faisaient partie. Leur départ rompt cet équilibre. Il réduit la capacité de l’Arabie saoudite à imposer des coupes de production et, par ricochet, à soutenir les prix. Ce qui se joue ici, c’est la fin progressive d’un cartel capable de dicter sa loi au marché.

Multipolarisation de l’énergie

Face à cela, les États-Unis apparaissent comme les bénéficiaires indirects de la situation. Depuis la révolution du pétrole de schiste, ils ont changé de statut. D’importateurs dépendants, ils sont devenus producteurs majeurs et exportateurs. Leur intérêt est clair : maintenir des prix suffisamment bas pour soutenir leur économie, tout en restant compétitifs sur les marchés internationaux. L’affaiblissement de l’OPEP sert cet objectif. Moins de coordination entre producteurs signifie plus de volatilité, et souvent, une pression à la baisse sur les prix.

Faut-il y voir le résultat d’une stratégie américaine délibérée ? La tentation est grande de le croire. Après tout, Washington n’a cessé, ces dernières années, de contester l’influence de l’OPEP, tant sur le plan diplomatique que par le développement de sa propre production. Mais la réalité est sans doute plus simple, et plus brutale. Ce sont les intérêts nationaux des producteurs eux-mêmes qui fissurent le cartel. Les Émirats ne quittent pas l’OPEP pour faire plaisir aux États-Unis. Ils le font parce que l’OPEP ne correspond plus à leurs besoins.

Reste que le symbole est puissant. L’OPEP, longtemps perçue comme un acteur structurant du système énergétique mondial, apparaît aujourd’hui comme une organisation en perte de cohésion. Elle continue d’exister, bien sûr, notamment à travers le format élargi de l’OPEP+, qui inclut la Russie. Mais son autorité est contestée, et sa capacité à imposer une discipline collective s’érode.

Au fond, le retrait des Émirats dit quelque chose de plus large sur l’état du monde énergétique. Nous ne sommes plus dans un système dominé par quelques acteurs capables de contrôler l’offre. Nous entrons dans une configuration plus fragmentée, plus concurrentielle, où chacun joue sa propre partition. Dans ce nouveau paysage, la coopération cède le pas à la stratégie individuelle.

Pour l’Arabie saoudite, c’est un avertissement. Pour les États-Unis, une opportunité. Pour le reste du monde, une incertitude de plus. Et pour l’OPEP, peut-être le début d’une lente marginalisation.