Toute la presse s’est félicitée de voir le groupe français Lafarge poursuivi pour complicité avec le terrorisme en Syrie. L’intention criminelle de ses dirigeants ne crève cependant pas les yeux.
Le 13 avril, l’ex-patron de Lafarge, Bruno Lafont et plusieurs de ses collaborateurs ont été lourdement condamnés par la justice française pour des faits commis en 2013 et 2014 : 5,5 millions d’euros versés à des islamistes syriens ralliés à Daech.
Ceux-ci rackettaient la zone dans laquelle le groupe français avait laissé en activité la cimenterie de Jalabiya. La plupart des médias semblent « avoir fait confiance à la justice de leur pays », se félicitant que ces (atypiques) financiers du terrorisme soient mis à l’ombre. Leur intention criminelle ne crève cependant pas les yeux. Il faut en revanche être aveugle pour ne pas voir l’éléphant au milieu du couloir : au sein de l’État, beaucoup de monde semblait parfaitement au courant de la situation. Et la cimenterie servait de poste d’observation bien commode aux services de renseignement, ravis qu’elle continue à tourner. Seulement, tout cela repose dans des notes et des dossiers frappés du secret défense. Un secret qu’on s’est bien gardé de lever. Bruno Lafont et ses collaborateurs pensaient-ils être couverts ? L’instruction pour « complicité de crimes contre l’humanité » est toujours en cours.
Les dirigeants risquent des peines encore plus lourdes – et de regretter leur naïveté ou le cynisme de la raison d’État.




