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Sylvana Lorenz est morte: Pierre Cardin définitivement veuf

Disparition de la galeriste un peu fantasque et pleine de panache (1953-2026)


Sylvana Lorenz est morte: Pierre Cardin définitivement veuf
© BENAROCH/SIPA

La cébre galeriste Sylvana Lorenz, femme dart et de communication, est morte ce jeudi 23 avril à l’âge de 73 ans. Surnommée Madame Cardin en raison de son amour impossible avec le cébre couturier, cette figure de lart contemporain aura été lintime de Jeff Koons, Keith Haring, César, Arman, Basquiat, Ben et Pierre Cornette de Saint-Cyr.


Pierre Cardin est définitivement veuf. Comme l’avait dit Jean Vilar lorsque Gérard Philippe s’en était allé, ce jeudi 23 avril, la mort a frappé haut.

« Madame Cardin » est partie comme elle a vécu : avec élégance, fantaisie et humour.

Une marginale cachée sous le masque du classicisme

Son dernier message à sa fille la célèbre romancière Amandine Cornette de Saint Cyr était à son image, une marginale cachée sous le masque du classicisme : « Demande au thanato-practeur de me mettre mon rouge à lèvres vermillon et de me lisser les cheveux au fer. Rappelle au prêtre que j’ai été une grande femme d’art, mais surtout l’égérie de Pierre Cardin pour qu’il le glisse dans son homélie. Sur la pierre tombale, fais graver « Dite Madame Cardin » à côté de mon nom, ça me ferait plaisir. Et puis ça attirera l’œil des promeneurs. Pour les fleurs, commande des roses rouges en hommage à Sainte Rita. Et surtout, pense à inviter mes copains Facebook, X, Linkedin, Instagram, TikTok. J’aimerais que ma dernière sortie ait du panache!». C’est hyper important d’inviter ses amis Linkedin à son enterrement : on l’oublie trop souvent. Avec sa mort, le panache, la grâce et l’ironie tirent leur révérence sans demander leur reste.

L’avenir prend soudain d’autres couleurs : d’un coup, la vie redevient en noir et blanc.

Une jeune galeriste

Dans les années 70, Sylvana, ravissante jeune italo-niçoise (pléonasme), qui a du destin plein sa besace, se rend dans un minuscule théâtre « lArtistique », boulevard Dubouchage, lieu parfait pour lui ouvrir les horizons d’une grande carrière. Elle y croise un inconnu prénommé Ben qui y fait une performance. Elle ne comprend rien à ce qu’il lui dit, puisqu’il un accent basque mêlé à de l’irlandais et de l’égyptien : elle tombe donc amoureuse de lui. C’est quand les gens se mettent à parler qu’ils nous ennuient, s’ils se taisaient, ils seraient bien plus intéressants. Ben est le seul artiste dont tout le monde a une œuvre, mais que personne ne connaît. Si tous les lycéens de France ont une trousse avec une absurdité en blanc sur fond noir, c’est la faute de Sylvana Lorenz, qui l’a tant inspiré. C’est à cause de folles comme Sylvana que toutes les mères de famille ont leur gosses qui les harcèlent depuis trente ans pour avoir des trousses bizarres. Elles auraient dû porter plainte contre Sylvana pour « incitation à la folie artistique ». D’ailleurs Sylvana était un peu fêlée, mais c’est ce qui permettait de laisser passer la lumière qui éclairait les tableaux exposés dans sa galerie.

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Madame Cardin

Elle quitte ensuite Nice pour aller vivre à Paris, puisque ce n’est qu’à Paris, n’est-ce pas, que l’on peut réussir sa vie ou finir de la perdre. Elle se souvient de ce sentiment qui l’avait saisie à son arrivée, qui relevait moins de l’ambition que de cette petite phrase innocente qui trottait dans sa tête : « tout est possible ». Elle est grande comme un rêve de gosse, belle comme la femme d’un autre, et élégante comme une gravure de Van Dongen. Surtout elle sait marcher comme John Travolta savait danser. La plupart des gens ne savent pas marcher.

On apprend plein de trucs inutiles au lycée comme le théorème de Thales (si un lecteur de Causeur utilise tous les jours le théorème de Thales, qu’il m’appelle au 0680559244) alors qu’on ne nous enseigne même pas comment marcher. Une foule, ça se fend, mais pas n’importe comment. Elle vend des petites mains en bronze dans sa galerie. Un beau matin, le voisin d’en face vient la voir pour en acheter une. Il s’appelle Pierre Cardin : l’homme qui a compris que rien n’est aussi dangereux que d’être trop moderne, et que c’est le meilleur moyen pour finir démodé. L’histoire avec un grand H commence. « Tout se mêle ! Amour, gloire et beauté, un conte de fée » écrira-t-elle. Elle sera directrice de la communication de l’Espace Cardin en 95, et ce, jusqu’à sa fermeture. Elle passera ses étés au palais Bulles puis dans le château du marquis de Sade, parmi les oliviers du Luberon. Sylvana aimait tellement Cardin qu’elle était finalement devenue plus Cardin que lui-même : elle s’habillait en rouge et noir Cardin, son appartement était une reconstitution de chez Maxim’s ; elle était son double, son reflet ou son miroir.

Pierre Cornette De Saint Cyr

Un autre homme aura marqué sa vie : son autre grand amour, le prince des commissaires-priseurs Pierre Cornette de Saint Cyr. Quand, à 7 ans, j’aperçus Pierre Cornette de Saint Cyr qui débarquait chez mes parents pour expertiser leur « collection » de tableaux, il était entouré d’un halo comme ceux qui nimbent les romans d’aventure. Un personnage que l’on a connu au berceau et quasiment plus revu depuis ne peut devenir qu’une légende dans notre imaginaire adulte. C’est peut-être à cela que servent les souvenirs d’enfance : façonner des mythes auxquels toute notre vie nous essayerons de donner forme humaine. Le monde des adultes m’était apparu jusqu’alors terne, sérieux et ennuyeux. Avec Cornette, je découvrais qu’il n’en était rien. Toujours hâlé, toujours enjoué, un sourire aguicheur sur des dents du bonheur, un déhanché à la John Travolta quand il s’approchait de vous, il semblait ne reculer devant aucun effet pour vous séduire, y compris les plus ridicules. Ça le rendait touchant. Et surtout, il avait des pantalons roses. Mais pas seulement. Des chemises violettes aussi. Des vestes canaries. Des pochettes turquoises. Toute une panoplie de l’arc-en-ciel, comme s’il avait voulu mettre des taches de couleur sur le gris de l’existence. Il m’expliquera bien plus tard son code couleur : une par jour, lundi rouge, mardi noir… jusqu’au dimanche jaune pour que la semaine se finisse en rayon de soleil. Ceci peut vous paraître anecdotique mais si Pierre Cornette de Saint-Cyr n’avait pas assorti sa pochette émeraude à son pantalon orange, je n’aurais pas écrit cet article. La beauté est la première des politesses et Cornette en était la preuve vivante.

Une mort si jeune

Sylvana est morte jeune : 73 ans, d’un cancer aussi terrifiant qu’est sublime le livre qu’a fait dessus sa fille Amandine Cornette de Saint Cyr: Au secours, Marie !  Elle l’aura affronté avec un courage aussi admirable que le torero de Manet, Robert Jordan aux dernières lignes de Pour qui sonne le glas ou Honoré d’Estienne d’Orves qui refusera qu’on lui bande les yeux face au peloton d’exécution. Au moins elle ne sera jamais devenue une vieille dame. Elle ne ressemblera jamais à Brigitte Bardot ou à Catherine Deneuve : elle ne sera jamais fripée, jamais botoxée. Elle sera morte avec le même visage de nymphette que celui de la jeune galeriste qui fit découvrir dans sa petite boutique les premières œuvres de Ben et de Jeff Koons. Elle n’aura eu qu’un regret : n’avoir ni épousé Cardin, ni Pierre Cornette de Saint Cyr, les deux hommes de sa vie. En même temps, comment épouser quelqu’un quand on a dix demandes en mariage par jour.

Je me rends compte avoir écrit tout cet article au présent de l’indicatif. Les conjugaisons sont les pires des croque-morts : l’imparfait n’aura pas notre peau.

Tu es verseau comme moi et tu as prié Sainte Rita quand j’ai été en réanimation. Adieu Sylvana, tu avais le talent de la vie. Tu ne te seras jamais laissé salir par rien. Tu es là, intacte, protégée, comme un rêve de gosse. Tu as rejoint tes deux plus grands amours. La France est devenue chiante : tu es un ovni et ta folie, ou ton génie, n’auraient plus pu être compris par notre époque. Je te laisse. Tu dois être en train de préparer un cake à tes deux Pierre : Cornette et Cardin. Reste Pierre Tombale, ce salaud qui vient lundi 4 mai. Celui-là, il ne te fait pas peur.

Au secours, Marie !

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