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Non, le burqini n’est pas un problème d’hygiène!

N’en déplaise à des défenseurs de la laïcité trop mous, comme le philosophe Henri Peña-Ruiz, tous les signes religieux ne se valent pas. Et il n’est plus temps de s’inquiéter de braquer ou de «stigmatiser» les musulmans. Les incidents se multiplient en France. Si le burqini est une menace, on ne peut se contenter de l’interdire pour des raisons d’hygiène. Remettons un peu d’hygiène… dans le débat public !


Sinistres marronniers du débat public, dont la prégnance suffirait à prouver que la France n’est plus vraiment la France, le hijab et ses avatars, dont le désormais célèbre burqini (avec un q et non un k, cet étendard obscurantiste relevant plus de la burqa que du bikini !). Sujet que l’on aurait tort de croire dérisoire, car il n’est jamais dérisoire qu’un ennemi déclaré plante ouvertement son drapeau sur le territoire national.

Certes, le Conseil d’État a tranché en défaveur de la décision islamo-gauchiste de la municipalité EELV de Grenoble, et il faut s’en réjouir. Reste que les arguments avancés incitent à la prudence : s’il est heureusement rappelé que nul ne doit pouvoir se prévaloir de ses convictions religieuses pour s’exonérer de la loi commune, la dimension idéologique du burqini est passée sous silence, et c’est surtout l’incohérence du règlement intérieur des piscines de la ville qui lui vaut cette défaite. L’arbitrage du Conseil d’État laisse ainsi trop de portes entrouvertes, trop d’ambiguïtés, trop d’appréciations possibles, en particulier sur ce qui constitue ou non un trouble à l’ordre public.

Insécurité juridique et djihad d’atmosphère

On verra donc, à la faveur de l’été, se multiplier les provocations, revendications et coups de force, pouvant aller jusqu’à des menaces d’une extrême gravité et des noms jetés en pâture aux meutes islamistes, comme cela vient d’être le cas pour un maître-nageur dans les Yvelines, ou une CPE dans un lycée à Paris. Et en l’absence d’une interdiction claire du port ostentatoire des symboles islamistes, à la manière de l’interdiction du port des symboles nazis, ce sont une fois encore les responsables locaux, au cas par cas, qui seront condamnés à faire au mieux, sans la sécurité juridique que le législateur pourrait et devrait leur garantir.

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En outre, si la manière dont les islamistes instrumentalisent la lettre des lois pour en combattre l’esprit ne surprend plus personne, on s’étonne encore parfois de redécouvrir à quel point certains « défenseurs de la laïcité », à l’image d’un gouvernement sans courage, s’enferment dans des ratiocinations absurdes à force de vouloir combattre l’islamisme sans oser dire son fait à l’islam. Ainsi de cette « grande figure » qu’est Henri Peña-Ruiz, dont les erreurs méritent d’être analysées car elles sont hélas représentatives, et éclairent les raisons de notre faiblesse collective.

Une « aliénation » intolérable partout

Dans Marianne, le philosophe a publié une lettre ouverte au maire de Grenoble. Il s’y opposait, à juste titre, à l’autorisation du burqini dans les piscines municipales. À juste titre également, il s’opposait à ce que « des règles particulières puissent tenir en échec la loi commune ». Mais il développait ensuite une argumentation totalement hors de propos sur l’hygiène, argumentation dont l’absurdité éclate lorsqu’il écrivait vouloir l’interdiction du burqini dans les piscines mais refuser cette même interdiction sur les plages, envisageant même au détour d’une phrase l’autorisation dans les piscines d’un burqini « raccourci et moulant ».

Henri Pena-Ruiz © IBO/SIPA Numéro de reportage: 00487142_000002

Suivaient diverses remarques sur la laïcité et la Révolution qui émanciperaient des « particularismes coutumiers, véhicules fréquents de traditions rétrogrades liées au machisme patriarcal », et une trop brève réflexion sur le burqini comme banalisant et donc encourageant une aliénation – aliénation dont la nature exacte est hélas passée sous silence, tout au plus évoquait-il « les religieux qui veulent l’imposer », tout comme étaient évoqués plus haut « les religieux soucieux de cacher le corps de la femme. » Le burqini viendrait-il donc d’épigones de Savonarole ou de Tartuffe « cachez ce sein que je ne saurais voir » ? En vain cherchera-t-on le terme « islam » dans cette lettre ouverte, et les seuls héritiers de Tartuffe ici sont ceux qui s’ingénient à cacher ce mot qu’ils ne sauraient voir !

Relevons l’incohérence évidente : si le burqini est signe d’aliénation (et il l’est en effet), pourquoi Henri Peña-Ruiz s’oppose-t-il à ces « élus de droite » qui ont voulu l’interdire sur les plages ? L’aliénation insupportable dans une piscine serait-elle tolérable sur une plage ? Et pourquoi le philosophe refuse-t-il l’interdiction du hijab dans l’espace public, allant jusqu’à qualifier l’éventualité même d’une telle interdiction « d’arme identitaire », alors que le hijab proclame très exactement le même message d’aliénation que le burqini, et la même « imposition à la femme d’une pudibonderie sélective, puisque c’est elle et elle seule qui doit cacher son corps » ?

Attention Henri Peña-Ruiz, ce sont les Français qui vont se braquer !

La réponse est fort simple : un raisonnement cohérent qui dénoncerait le burqini pour ce qu’il est conduirait inéluctablement à dénoncer le hijab pour la même raison (et éric Zemmour n’a pas tort de pousser la logique jusqu’à la djellaba), et surtout à dénoncer clairement ce qu’ils représentent et proclament, c’est-à-dire les préceptes sexistes et totalitaires de l’islam. Car burqini et hijab n’affirment pas tant une soumission de la femme à l’homme qu’une vision profondément dévalorisante des deux, et leur soumission commune à la volonté arbitraire du dieu-tyran Allah telle qu’exprimée par la charia. Or, de cela Henri Peña-Ruiz et toute la « gauche laïque et républicaine » sont incapables, paralysés par l’impératif de « tolérance » qui leur interdit de condamner l’idéologie islamique. Et c’est ce même impératif, mâtiné de relativisme gauchiste et de vieux réflexes de « bouffeur de curé », qui conduit le philosophe à ne dénoncer que de très vagues « religieux », des « traditions rétrogrades » imprécises et le « machisme patriarcal ». Sans oublier, bien sûr, l’injonction récurrente de ne pas stigmatiser, qui en 2009 déjà inspirait à Henri Peña-Ruiz bien des prudences à l’idée d’interdire la burqa et le voile intégral, déclarant alors : « une partie de la population risque de se sentir stigmatisée. On risque de braquer les gens. »

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Aboutissement de ces multiples erreurs de raisonnement et de ces priorités faussées, Henri Peña-Ruiz a pris fait et cause pour la Nupes, prétendant vouloir l’influencer de l’intérieur. On ne lui fera pas l’injure d’y voir de l’hypocrisie, reste donc l’aveuglement idéologique, et voilà le vaillant défenseur de la laïcité qui brandit l’étendard des promoteurs de la marche de la honte islamiste du 10 novembre, et du « butin de guerre » de Bouteldja…

Tous les signes religieux ne se valent pas

Misère d’un multiculturalisme qui ne dit pas son nom, et refuse obstinément de voir que non seulement un burqini ou un hijab ne véhiculent par du tout le même message qu’une croix, une kippa ou une robe de moine bouddhiste, mais surtout que le message du burqini et du hijab, qui est l’apologie de la charia, n’a pas sa place dans notre société, alors que le christianisme, le judaïsme ou le bouddhisme n’y posent aucun problème. Et c’est pour ça qu’Henri Peña-Ruiz est totalement hors-sujet lorsqu’il évoque « les signes religieux dans l’espace public » alors qu’il faudrait parler des emblèmes d’idéologies totalitaires dans l’espace public.

Misère d’une laïcité dévoyée, instrumentalisée par la gauche pour servir de caution à un traitement indifférencié de toutes les religions (et dont l’abandon de la lutte contre les dérives sectaires est la conséquence logique), alors qu’en réalité la laïcité affirme la soumission des religions à la loi de l’État, et qu’aucun Etat n’a à traiter de la même manière ceux qui respectent ses lois et ceux qui les piétinent. Chauffards et bons conducteurs sont égaux devant la loi et le code de la route, pourtant l’État retire leur permis de conduire aux premiers, et non aux seconds.

Laïcité doublement dévoyée, d’ailleurs, lorsque ses « défenseurs » oublient que le premier principe affirmé par la loi de 1905 (dans la première phrase de son article 1) est celui de la liberté de conscience, qui précède et donc conditionne la liberté de culte (car contrairement à ce que semble écrire le Conseil d’État, celle-ci n’est pas limitée uniquement par l’ordre public), et que le refus par l’islam sunnite orthodoxe (qui n’est certes pas le tout de l’islam, mais qui est l’islam dont se réclame l’écrasante majorité des musulmans en France) de reconnaître le droit à l’apostasie pourrait donc suffire à rendre cette « religion » hors-la-loi, et incidemment à la ranger dans la catégorie des sectes obscurantistes. Les Anciens, qui avaient pensé la distinction entre religio et superstitio, l’auraient compris aisément. Mais la gauche qui se dit républicaine a oublié les leçons de la première des républiques, celle de Rome, et Henri Peña-Ruiz n’a pas la lucidité de Cicéron. Nous aurions pourtant bien besoin collectivement de nous inspirer du Père de la Patrie lorsqu’il s’opposait aux ambitions de Catilina, et de demander enfin, avec toute la détermination combative du Consul : « Jusqu’à quand, islam, vas-tu abuser de notre patience ? »


Élisabeth Lévy : “Burkini : le Conseil d’État a tranché, la France a le droit de le refuser !”

Jean-François Kahn: trente ans de vie médiatique

Un peu moins d’un an après le premier tome, recensé par Frédéric Ferney, Jean-François Kahn, 84 ans désormais, a sorti la suite de ses Mémoires d’outre-vies (L’Observatoire).


Débutant par un petit-déjeuner en 1983 avec François Mitterrand, l’ouvrage revient sur une trentaine d’années de vie médiatique, passées à la tête de l’Evénement du jeudi puis de Marianne, et ponctuées par la triste affaire du « troussage de domestique », épisode sur lequel le journaliste n’a pas pu faire d’impasse.

Une décennie violente    

Les mémoires reviennent d’abord sur l’aventure de la création du premier titre, traversée par mille péripéties qui auraient toutes pu mettre fin à l’initiative. En cette année 1984, alors que la gauche a déjà ouvert la parenthèse libérale, Jean-François Kahn lance l’idée d’un journal qui appartiendrait à ses lecteurs. L’annonce est faite en direct dans « Droit de réponse », chez Michel Polac, puis quelques centaines de milliers de lettres sont envoyées presqu’au hasard à de potentiels futurs lecteurs intéressés. Un jour se passe. Puis quatre. Pas encore le moindre retour. Une « sourde appréhension » commence à se faire sentir. On ne fera pas de faux suspens ici : l’opération fonctionne finalement et elle attire à elle des anciens lecteurs déçus du Nouvel Obs et de l’Express, séduits par la promesse d’ « indépendance rédactionnelle radicale ».

La décennie qui s’est ouverte par la victoire de François Mitterrand est assez animée pour ne pas dire violente. Alors que la gauche s’adapte au dur exercice des responsabilités, les anciens ministres de la droite, désormais dans l’opposition, sont devenus des garnements turbulents, appuyés par une presse de droite sous la coupe du groupe Hersant.

A lire aussi, Ingrid Riocreux: Violences au Stade de France : ne dites pas «racailles» mais dites… quoi?

On entend presque Maurras promettre le renversement de la République « par tous les moyens, y compris légaux » quand Alain Peyrefitte, ancien ministre discipliné sous de Gaulle et Giscard, appelle au renversement du pouvoir socialiste « même par d’autres moyens que celui des urnes ». Dans cette période marquée par la guerre froide et par une logique de blocs politiques rigide, l’Evénement du jeudi vient se positionner plutôt à gauche, sans récuser totalement le libéralisme économique, cherchant à « dépasser les clivages partisans » mais sans correspondre tout à fait à la deuxième gauche rocardienne. La partie sur les années 1980 des mémoires de JFK ne sont pas la Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary de Guy Hocquenghem, texte envolé qui avait montré l’adaptation des anciens camarades d’extrême gauche aux années fric.

Quand la gauche reprend les commandes en 1988 après la brève cohabitation et fait entrer au gouvernement des ministres venus du centre, deux d’entre eux glissent à Jean-François Kahn que le « rejet réitéré du manichéisme bipolaire [exprimé par le journal] avait contribué à leur acceptation d’intégrer le gouvernement formé par Michel Rocard ». De là à dire que ce sont dessinées dans l’Evénement du jeudi les prémices de l’ « extrême centre » et du « en même temps »…

Fusion libérale-libertaire

On passera rapidement sur l’abus de comparaisons stylistiquement un peu lourdes, du type : « le couple Balkany, qui était à la morale publique ce que les filles publiques sont à la morale privée » ; « le « peuple de gauche » était au peuple réel ce que le veuve-cliquot était aux boissons gazeuses » ; « [les faits divers] devinrent à l’actualité ce que le blanc d’œuf était à la meringue et le fromage au soufflé ». Un style de tournure qui fait parfois encore moins plaisir au comparant qu’au comparé, et qui poussa même le fabriquant du « Caprice des dieux » à porter plainte contre le journal pour avoir servi d’analogie étrange avec Pierre Méhaignerie.

Le journal se distingue dans les années 80 avec des dossiers sur « les salauds » et « les cons ». En 1985, Kahn dresse un sévère réquisitoire contre Jean-Marie Le Pen, accusé de souffler sur les braises et de jouer sur les peurs, non sans tacler quand même une bonne partie de la gauche, en précisant ceci : « Qui ne voit pas qu’avoir jeté par-dessus bord l’idée de nation, le concept de travail, la nation de famille, à voir du « conformisme » partout où il y avait du civisme, du fascisme latent là où il y avait une légitime aspiration à la sécurité, de l’autoenfermement autarcique dans toute invite à contrôler les flux migratoires, à confondre dans le même opprobre l’ordre en soi assimilé à l’oppression en soi et toute exigence morale à de l’obscurantisme, on fait le lit de ceux qui, aujourd’hui, derrière Le Pen, crachent à jets continus contre notre nation, réhabilitent les ex-traîtres à la patrie, insultent à profusion le monde du travail, distillent la haine du prochain et proposent leur désordre immoral en modèle à une société en panne d’idéal et de repères ? » 

Avec cette tendance à délivrer bons et mauvais points aux uns et aux autres, à reprocher à Le Pen d’être trop lepéniste et aux autres de ne l’être pas assez, on finirait par retrouver quelque chose de François Brunel, chanteur révolté des Inconnus campé par Bernard Campan, qui après s’en être pris à toute la classe politique, finissait par trouver chez les uns et les autres quelques bons points :

« […] François Mitterrand qu’est un bon président
Charles Pasqua qu’a pas toujours fait n’importe quoi
Et Giscard et Lecanuet, ils ont quand même leurs bons côtés
Et pour Chirac faut dire aussi qu’il a fait beaucoup pour Paris
Quant à Jean-Marie le Pen, il dit pas que des conneries 
»…

A lire ensuite, Elisabeth Lévy et Christophe Bourseiller: « On ne peut pas réduire Mélenchon à l’islamo-gauchisme »

À la logique rigide des blocs droite-gauche des années 80, suit dans les années 90 une quasi-fusion entre la droite libérale et la gauche libertaire. À certains moments, on retrouverait presque l’analyse de Jean-Claude Michéa. C’est l’avènement de ce que Jean-François Kahn appelle la « pensée unique » (il invente l’expression), et qui fait écrire au Figaro et au Nouvel Obs la même chose que Le Point et Libération. C’est dans ce contexte que naît Marianne, au milieu de la décennie, qui essaie alors de sortir du ronron médiatique et propose un point de vue un peu hétérodoxe, sur les guerres balkaniques par exemple. L’hebdomadaire offre alors une ligne éditoriale proche du national-républicanisme de Jean-Pierre Chevènement ou de Philippe Séguin (sans lui être tout à fait acquise). Chevènement fait d’ailleurs l’objet d’un éloge contrasté de JFK. Il a eu « souvent le grand tort de rigidifier jusqu’à la caricature sa façon d’avoir, souvent, profondément raison ». Mais même si Jean-François Kahn (et une bonne partie du journal) restent attachés à la construction européenne, de telles accointances lui valent quand même une haine tenace de la part des annonceurs et du milieu journalistique. Quand le titre décide d’intégrer dans son logo une allusion graphique à La liberté guidant le peuple, bannière tricolore comprise, il est carrément suspecté d’être devenu un magazine d’extrême droite.

A relire: Natacha Polony: “J’espère faire mieux pour Marianne que Macron pour le pays!”

Portait d’Elisabeth Lévy

Dans ce bouillonnement des années 90, quelques figures émergent au sein du journal, comme Claude Askolovitch, « globalement en désaccord profond » avec la ligne du journal (et qui tira de cette non-communauté de valeurs une « jouissance profonde ») ; Natacha Polony, dotée d’ « une volonté de fer, des convictions d’airain, une anti-pensée unique de bronze, un révolutionnarisme social de cuivre et un conservatisme sociétal de plomb » ; et Elisabeth Lévy, dont « seule sa façon d’être « contre » permettait de définir l’espace dans lequel elle investissait son plaisir d’être « pour » ». « Etrangement, j’avais hésité à l’engager, parce que je lui soupçonnais des indulgences pour l’islamisme algérien (sic). Eruptive, joyeuse, drôle, sans peur sinon sans reproche, adepte, non comme feu Edgar Faure de « l’indépendance dans l’interdépendance » mais de la tolérance dans l’intolérance, ou l’inverse (…) elle rejetait radicalement les opinions qu’elle ne partageait pas, mais toujours, au nom du pluralisme, en favorisait l’expression ! En favorisait et non en acceptait. Une rage de trop m’avait contraint à une séparation qui ne se solda jamais par une rupture. La gauche médiatique lui fit un procès quelque peu maccarthyste en réaction à sa dénonciation des « mensonges » justificateurs qui accompagnèrent et suivirent la guerre du Kosovo, alors qu’il apparut assez vite qu’elle avait, en l’occurrence et au moins sur ce point, tout juste. Cet épisode et d’autres, alors qu’elle ne cessa de progresser stylistiquement et conceptuellement (mais pas en tolérance), l’emmena, hélas, à faire de la gauche sa boussole, presque son unique boussole : elle attendait ses verdicts pour prendre la position inverse ».

Bon, ça va, la patronne ne s’en sort pas trop mal.

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Université de Clermont Auvergne: une carte pour une communication “inclusive”

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Emmanuel Macron semble bien plus préoccupé par la guerre en Ukraine que par la guerre culturelle qui est menée sur notre sol par certains militants, comme le démontre l’université de Clermont-Auvergne, qui s’apprête à adopter une curieuse charte. Le regard libre d’Elisabeth Lévy.


Pascal Praud l’a déploré hier soir sur CNews, à raison, et personne d’autre n’en parle à l’exception de l’UNI qui a lancé une pétition. Mais un syndicat étudiant de droite, ça ne compte pas !

Demain, la charte sera soumise au Conseil d’administration de l’Université Clermont Auvergne. Si j’ai bien compris, cela ne concernera pas les travaux des étudiants, mais la communication interne de l’université. Les textes désormais produits par l’université seront évidemment truffés de points médians, qui rendent la langue laide et incompréhensible. Et puis il y a les images, qui parlent et de plus en plus. Selon les rédacteurs de cette charte, les visuels des affiches, documents et vidéos sont un levier pour lutter contre les stéréotypes sexistes. En somme, il faut rééduquer notre regard.

Leurs pistes :

– Représenter les hommes et les femmes en nombre égal (pour parler de l’armée ou d’une maternité, ça va être rigolo !) 

– Éviter de représenter les femmes dans des positions statiques rêveuses ou passives, et des hommes dans des attitudes concentrées et assurées (Donc, exit Madame Bovary et Top Gun !) 

– Enfin, représenter de façon égalitaire les différentes ethnies, morphologies, genres et orientation sexuelle. Par exemple, lors d’une présentation d’un cours sur l’Afrique, il doit y avoir autant de blancs que de noirs. 

Est-ce anecdotique?

Le premier réflexe est d’éclater de rire. Mais à force de rire, depuis des années, nous n’avons pas vu que ces dingueries devenaient une norme valorisée par le discours officiel (récemment la capitale s’est couverte d’affiches annonçant que “Paris est fier.e d’accueillir les JO). 

L’écriture inclusive est un massacre de la langue, le début de la barbarie.
C’est la haine de la littérature, donc de la complexité, de l’ambigüité, des troubles, pour ne présenter que des victimes et des coupables.

A lire aussi : «L’écriture inclusive est annonciatrice d’une tyrannie»

L’objectif n’est pas de supprimer les stéréotypes (la plupart sont en réalité déjà morts) mais de les inverser: éviter de représenter un homme qui montre et une femme qui regarde nous dit encore cette charte (mais, apparemment, l’inverse, c’est OK). En résumé, c’est “au tour des femmes d’en croquer, au tour des hommes d’en baver !” Le néo-féminisme ne veut pas l’égalité, mais la revanche. Les révolutions finissent souvent (peut-être même toujours) en lutte des places. 

Il s’agit de changer le réel au forceps, en piétinant le bon sens s’il le faut. Et il le faut ! Quant à la majorité des gens, silencieuse, elle est effarée et impuissante. Même quand c’est illégal, comme l’écriture inclusive, il n’y a aucune action, aucune sanction et elle finit de plus en plus utilisée dans les universités. Macron veut faire la paix en Ukraine. Mais il laisse mourir notre civilisation sans lever le petit doigt !


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy sur Sud Radio du lundi au vendredi à 8h10 dans la matinale.

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Suzy Delair, belle et rebelle

Les plus grands du théâtre, du cinéma et du music-hall français se sont disputés ses talents. D’innombrables prétendants aussi, et ce n’était pas pour lui déplaire. À la scène comme à la ville, Suzy Delair s’est illustrée par son panache. Ses mémoires, publiés deux ans après sa mort, sont déjà un classique.


Suzy Delair fut au cinéma l’incarnation de la Parisienne par excellence. Coquette, sautillante, capricieuse et légère à la fois, l’emploi qu’on nommait à l’époque « petite femme », c’est tout Suzy. Elle tournera avec les plus grands : Henri-Georges Clouzot, Jean Grémillon, Henri Decoin, Marcel Carné, Claude Autant-Lara, René Clément, Henri Jeanson ou encore Luchino Visconti. Son plus grand rôle, celui qui lui collera à la peau, c’est Clouzot, l’amour de sa vie, qui le lui offre dans son film Quai des orfèvres, sorti en 1947. Elle y incarne Jenny Lamour, chanteuse de music-hall dans le Paris des années 1920, aux côtés de Louis Jouvet, Bernard Blier, Simone Renant et Charles Dullin.

Clouzot et Delair entretenaient une relation amoureuse passionnée, parfois violente, qui nous est révélée dans les mémoires de la comédienne, tout juste publiées chez L’Harmattan, deux ans après sa mort à l’âge de cent deux ans. Ces mémoires constituent un panorama richissime du milieu artistique français des années 1920 aux années 1970. On y croise, entre autres, Michel Simon, Danielle Darrieux, Alice Cocéa, Pierre Brasseur, Laurel et Hardy, Mistinguett, Suzy Solidor, Fréhel, Fernandel, Pierre Fresnay, Yvonne Printemps et François Mitterrand. On plonge également dans le monde aujourd’hui disparu des cabarets et des music-halls où Suzy Delair multiplie les revues et tours de chant, de l’opérette où elle triomphe notamment dans La Vie parisienne d’Offenbach, mis en scène par Jean-Louis Barrault et dans La Périchole du même compositeur, mis en scène par Maurice Lehmann.

Une artiste impétueuse et séductrice

Ces pages retracent la vie d’une jeune fille rebelle, menant combat contre son père pour qui « une artiste, c’est une fille perdue », et qui finit par triompher à force d’entêtement. Sans langue de bois, elle y raconte ses caprices, sa foule d’amants, ses succès, ses creux de la vague… Elle nous raconte cette époque où les artistes n’étaient pas des petits-bourgeois comme les autres, mais des personnalités libres et subversives. Henri Decoin la rend femme alors qu’elle a 17 ans et lui 40. Michel Simon, avec qui elle joue Fric-Frac en tournée, lui propose, plutôt que de dormir à l’hôtel, de venir habiter avec lui dans les bordels ! Voilà deux hommes qui seraient aujourd’hui condamnés par notre vertueux tribunal médiatique !

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Une ombre omniprésente plane sur ces mémoires, celle de Clouzot. L’homme qu’elle a le plus aimé, celui qui lui aura tout appris, un amant, un maître et un complice. C’est elle qui le quitte, elle s’en voudra toujours. Ce livre est ponctué de magnifiques lettres parfois enflammées, parfois désespérées par ce grand amour. Une vie d’art et d’amour, de liberté, bien loin de notre triste époque du #Balancetonporc ! Suzy Delair aime être courtisée… Combien aussi aime-t-elle, sans en faire secret, recevoir en cadeau fourrures et bijoux de la part de sa forêt de courtisans ! Quelle image déplorable de la femme penserait Adèle Haenel. Pour tous les nostalgiques de ce temps révolu du grand cinéma français, ces mémoires recueillis par son amie Jacqueline Willemetz, dont la préface est signée Benoît Duteurtre, sont indispensables.

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Méthode Sharon Stone

En raison du féminisme ambiant, certains progressistes ont du mal à concevoir que des femmes puissent se vanter d’utiliser leurs charmes pour arriver à leurs fins…


Au Royaume-Uni, le député conservateur moyen est forcément un obsédé sexuel misogyne. Après tout, l’un d’entre eux, Neil Parish, vient d’être contraint de démissionner après qu’on l’a trouvé en train de regarder une vidéo pornographique sur son téléphone dans la Chambre des communes. Non pas une fois, mais deux. La première fois, il serait tombé sur un site érotique en cherchant des informations sur les tracteurs – il est spécialiste de questions agricoles –, mais la deuxième visite était intentionnelle, a-t-il avoué.

L’association entre « homme conservateur » et « sexisme rampant » s’est trouvée renforcée le 23 avril par un article paru dans le journal de droite The Mail on Sunday. Un député conservateur anonyme aurait confié que la numéro deux du Parti travailliste, Angela Rayner, avait l’habitude, pendant les séances parlementaires de questions au Premier ministre, de croiser et de recroiser ses longues jambes, comme dans la scène iconique du film Basic Instinct, afin de déconcentrer Boris Johnson au milieu de ses prises de parole.

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L’histoire déclenche un esclandre retentissant. Quel machisme ! Quelle phallocratie ! On réduit les femmes politiques à leur corps, on attribue leur succès au charme plutôt qu’au talent. Même BoJo se sent obligé d’annoncer que, si jamais le député conservateur en question était démasqué, il subirait les foudres du Premier ministre. Le journal reçoit 6 000 plaintes et son rédacteur en chef est convoqué par le président de la Chambre des communes, invitation qu’il refusera.

Cinq jours plus tard tombe la conclusion d’une enquête interne du Parti conservateur : la personne à l’origine de cette histoire ne serait autre que la victime elle-même. Lors d’une réunion conviviale au Parlement, elle aurait avoué à un petit groupe de députés conservateurs qu’elle aimait faire son « numéro à la Sharon Stone » devant le Premier ministre. Elle aurait ajouté, par plaisanterie (on suppose), qu’elle lui aurait laissé entrevoir son « minou roux ».

La disparition rapide du «cordon sanitaire»

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Les élections législatives accouchent au forceps d’une nouvelle carte politique. L’hypocrite «front républicain» semblera bientôt très loin. Analyses.


Historique. Le mot n’est pas trop fort pour définir ce second tour des élections législatives qui s’est tenu le 17 juin. Alors que certains commentateurs politiques attendaient un triomphe de la Nupes, le fait le plus notable fut l’arrivée de 89 députés du Rassemblement national. Un chiffre inattendu qui consacre une nouvelle Assemblée nationale, bien plus représentative de la diversité d’opinion des Français que celles qui l’ont précédée.

Un décalage démocratique enfin corrigé

Qui pouvait imaginer, à peine six mois en arrière, que le Rassemblement national et Marine Le Pen sortiraient grands gagnants des élections législatives ? En multipliant par dix le nombre de députés dont il dispose, le Rassemblement national impose dans les institutions ce qui était une réalité politique dans la population. De fait, il devenait urgent qu’un parti capable de réunir plus de 13 000 000 de votants au second tour de l’élection présidentielle ait sa juste part dans la représentation nationale.

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La France souffrait d’un décalage démocratique qui produisait de la défiance et de l’éloignement entre une part des électeurs et le fonctionnement de la Vème République. Proche du président de la République, François Bayrou ne cessait de le répéter, affirmant que le fait majoritaire était devenu un anachronisme dans le monde occidental avec la disparition du traditionnel bipartisme à la française, réclamant sans succès l’instauration d’un mode de scrutin à la proportionnelle. Cela n’a finalement pas été nécessaire. Depuis l’élection présidentielle de 2012, Marine Le Pen s’est donné les moyens de faire progresser sa formation politique, en dépit de quelques crises de croissance. Son travail a payé. Elle a aussi su intelligemment profiter d’une configuration politique qui s’est avérée avantageuse lors des seconds tours du 17 juin.

La cristallisation des trois blocs

La division du champ politique en trois blocs sensiblement équivalents sur le plan numérique se confirme. Pour certains, ces trois blocs n’en forment en réalité que deux : un bloc populaire et un bloc élitaire. Expressions auxquelles on pourrait préférer celles de bloc réformiste (LREM poursuivant au sein d’une seule entité la tradition réformiste du PS et de LR) et de bloc de rupture. Cependant, ce bloc de rupture apparaît comme profondément fracturé entre une aile gauche empruntant beaucoup plus à la tradition d’extrême-gauche qu’à la gauche plurielle de Jospin et une aile souveraino-populiste penchant à droite, cherchant de plus en plus à s’institutionnaliser. Une stratégie d’ailleurs payante comme nous le verrons plus loin, sa diabolisation étant aujourd’hui réduite à la portion congrue et le cordon sanitaire qui l’entourait naguère quasiment disparu.

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Ces trois blocs dont le plus central possède toujours une petite longueur d’avance par le fait majoritaire correspondent à des géographies électorales de plus en plus précises. Il suffit pour s’en convaincre de regarder les cartes des circonscriptions par couleurs politiques. Ainsi, le littoral méditerranéen et une grande partie du nord / nord-est de la France sont devenus la chasse gardée du Rassemblement national qui réussit, pour la première fois de son histoire, à emporter entièrement les deux départements méridionaux de l’Aude et des Pyrénées-Orientales. Le Vaucluse et le Var ne sont pas non plus passés loin du carton plein, confirmant que la sociologie sudiste est un terrain très favorable pour le parti de Marine Le Pen. Personne ne s’attendait toutefois à telles performances. Le tracé de la Garonne confirme aussi sa progression avec des victoires dans le Tarn-et-Garonne, le Tarn et plusieurs en Gironde. Sans compter une percée dans le centre de la France ou encore la Bourgogne, sous la tutelle du médiatique Julien Odoul.

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Julien Odoul D.R.

La France qui vote Rassemblement national est donc populaire et plutôt éloignée des métropoles, comme nous avions pu le noter lors du second tour des élections présidentielles, où Marine Le Pen était arrivée en tête dans un grand nombre de circonscriptions rurales et périurbaines. La Nupes, de l’autre côté, conforte son assise dans les métropoles et les banlieues, emportant notamment toutes les circonscriptions de la Seine-Saint-Denis et l’Est parisien. Elle est aussi bien implantée dans certaines zones rurales spécifiques, au sud-ouest de la France, dans la Haute-Vienne, la Creuse ou encore la Drôme. Quant à La République en Marche, elle confirme sa bonne implantation dans le grand-ouest et l’ouest parisien, ne trouvant sur sa route les Républicains que dans le Massif-Central tenu d’une main de fer par Laurent Wauquiez, qui aura peut-être un jour une carte à jouer, et dans ses bastions traditionnels du nord-est (Moselle, Vosges, Haute-Marne, etc).

Des duels inédits qui ont avantagé le Rassemblement National

S’il était logiquement attendu que le « front républicain » n’allait pas fonctionner aussi facilement qu’autrefois dans les duels opposant les candidats d’Ensemble à ceux du Rassemblement national, l’électorat de gauche ayant déjà manifesté son rejet des politiques menées par Emmanuel Macron, il était en revanche difficile de prévoir l’attitude qu’allaient adopter les électeurs du bloc réformiste lors des oppositions de style entre la Nupes et le Rassemblement national. Nous avons, en la matière, reçu de précieux enseignements pour les années politiques à venir en France. De toute évidence, il y a eu un « front républicain » inversé favorable au Rassemblement national dans un nombre substantiel de circonscriptions où cette formation politique affrontait le bloc de gauche.

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Comment expliquer autrement la victoire surprise d’un Frédéric Cabrolier dans la première circonscription du Tarn, historiquement liée à la gauche d’obédience radicale-socialiste ? Parti d’un score relativement modeste de 20 % au premier tour, qui le mettait légèrement derrière son adversaire de la Nupes, Frédéric Cabrolier a pourtant remporté la circonscription avec une avance assez large. De son aveu même, il a effectivement bénéficié de reports d’électeurs divers-droite, mais aussi de votes venus de La République En Marche comme de la gauche modérée ! Dans la quatrième circonscription du Loiret, Thomas Ménagé a gagné au second tour avec un score de plus de 60 %, lui aussi renforcé par des voix de marcheurs. Jean-Michel Blanquer, candidat malheureux au premier tour, avait d’ailleurs réservé l’essentiel de ses attaques à la Nupes.

Dans les circonscriptions rurales, périurbaines et méditerranéennes où le Rassemblement national faisait face à la Nupes, ses scores sont souvent extraordinaires. On l’a ainsi vu avec Aurélien Lopez-Liguori, outsider qui a fini à 60 % dans la huitième circonscription de l’Hérault, dominant de la tête et des épaules contre la gauche. Une étude approfondie des reports de voix le confirme : la Nuoes a été rejetée par le centre-droit qui lui a préféré le Rassemblement national ou l’abstention. Un phénomène déjà observé lors des élections municipales de 2020 mais qui s’est considérablement accentué. La radicalité de Jean-Luc Mélenchon et des exécutifs municipaux des Verts dans les grandes métropoles semble avoir effrayé la « France raisonnable » qui voyait dans le même temps Marine Le Pen délivrer un discours républicain, souhaitant même que le président ait « une majorité stable pour gouverner ». Un choix stratégique payant dans les urnes.

Un compte de soutien à Fabien Roussel faisait d’ailleurs constater le lendemain des élections que les candidats du Rassemblement national avaient gagné 100 % de leurs duels contre les Verts et 65% contre des Insoumis… contre 35% face au PCF et 25% face au PS (allié à la Nupes). Une manière, peut-être, de faire comprendre aux plus radicaux du mouvement qu’ils faisaient fausse route. Apparaissant comme un parti plus républicain et moins révolutionnaire que La France Insoumise et ses alliés, le Rassemblement national a pu laisser La République En Marche en repoussoir des réformistes et de la France centrale, donc être toujours un opposant de rupture crédible à Macron… tout en ayant une image moins négative que la Nupes. Un tour de force rendu possible par les évènements des dernières semaines (le Stade de France par exemple) et les nombreux excès de l’extrême gauche. Au réflexe « antifa » s’est substitué un réflexe anti extrême-gauche dans une partie de la France des sous-préfectures, allant jusqu’à pénétrer des milieux autrefois très hostiles à cette formation.

Une culture du compromis encore à construire

Lors de sa première allocution post-législatives, Emmanuel Macron a fait montre d’une grande prudence. Pour l’heure, un gouvernement d’union nationale ne se justifie pas et personne n’en veut. Il lui reste donc deux options pour bénéficier d’une majorité qui ne soit pas simplement « relative » : conclure un pacte de gouvernement avec une importante partie des Républicains ou avec le Rassemblement national. Ces deux options sont pour l’heure impossibles, bien que le président soit connu pour sa grande adaptabilité et qu’il ne doit probablement rien exclure par avance. Reste donc l’hypothèse de « majorités au cas par cas », en fonction des projets de lois. C’est cette option qui sera retenue dans un premier temps. Elle permettra peut-être au Rassemblement national d’imposer ses thèmes – la sécurité ou de l’immigration. On se souvient que le premier projet de loi Collomb était d’un bon niveau, ayant été vidé de sa substance par l’aile gauche de la macronie. Le président va-t-il profiter des 89 députés du Rassemblement national pour avancer sur ces sujets capitaux ?

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Ce qui est certain, c’est que les Français sont désormais correctement représentés. Cette nouvelle Assemblée nationale les satisfait à 71% selon les derniers sondages. La Vème République ne devient pas une IVème République bis. Tout au contraire, elle revient à sa source parlementaire en offrant au fait monarchique du président un contre-pouvoir directement issu de l’opinion populaire, en représentant l’essentiel des nuances et des sensibilités. Les véritables démocrates ne peuvent que s’en réjouir.

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Patrice Jean et René Fallet, deux hussards d’honneur

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La littérature décomplexée s’est installée, hier soir, dans les salons du Lutetia


En ces temps de progressisme mou où chaque auteur a peur de son ombre, où les ligues de vertu patrouillent le Tipp-Ex à la main, qu’il est bon de se retrouver dans des lieux préservés de toute moraline. Alors que dehors, la fureur d’une littérature dépourvue de style et de nerf, dévitalisée jusqu’à l’écœurement, prospère, il reste des îlots de résistance. Couvons-les ! Dernier rempart au déversoir à âneries, le Prix des Hussards tient le cap depuis neuf ans maintenant grâce à Marina Cousté et à François Jonquères, à la fois mécènes et amoureux sincères d’une littérature décomplexée, deux mots qui vont si rarement ensemble. Dans cette aventure, ils n’ont rien à gagner. Seuls le plaisir et l’amitié les guident. Ils ont réuni autour d’eux une bande de réfractaires à l’ordre établi dont les réunions sont l’occasion d’agapes et de débats enflammés. Autour de la table, le président au calme olympien, Éric Naulleau a parfois bien du mal à modérer les excès langagiers de certains. Il y a dans cette assemblée de bretteurs aiguisés, des ferrailleurs de tout premier plan dignes de la IIIème République. Je pense ici à François Cérésa de Service Littéraire qui aime la farce et le coup de poing ou, à Yves Thréard ambassadeur du Figaro dont les prises de parole argumentées et charpentées sont susceptibles de faire vaciller le jury. Il est l’artisan des majorités absolues. Il aurait été redoutable au perchoir, capable de convaincre les partis d’opposition et ses ombrageux chefs de parti. 

Patrice Jean, le lauréat 2022. 22 juin 2022 D.R.

Ce Prix très singulier dans la galaxie des récompenses demeure fidèle à un courant de pensée désorganisé et batailleur des années 1950 qui fut le premier à débusquer le procureur derrière l’auteur. L’année dernière, il avait été décerné en septembre en raison de la pandémie. Il retrouve en 2022 sa place dans le calendrier, entre le printemps et le début de l’été. Il s’est donné comme mission de récompenser l’audace, le talent, l’irrévérence, la chair forcément faible, le picaresque ou l’éruptif. Tout ce qui est banni habituellement des cénacles littéraires. 

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Chez ces gens-là, un peu romantiques et désabusés, on croit encore à la liberté d’expression pleine et entière si et seulement si elle est soutenue par une plume originale et tentatrice. J’ai la chance de faire partie de ces lascars-là. Notre bête noire ? Cet esprit de sérieux qui est devenu la norme. Nous le combattons dans le tintement des coupes de champagne et les rires gamins. Oui, nous tenons à cette espièglerie salutaire faite de camaraderie et de saillies, de coups de coude et de blagues tonitruantes. Hier, dans les salons du Lutetia, la politique et sa misérable cohorte de calculs furent totalement absentes des conversations. On ne parla point de l’hémicycle bouillonnant, de la voirie parisienne défaillante ou du gouvernement vacillant. C’est dire le détachement souverain des convives réunis et leur hauteur de vue. Nous n’étions pas là pour nous vautrer dans les draps sales de la République mais pour célébrer deux auteurs réfractaires au modernisme. L’un bien vivant, paradoxal car aussi discret par son allure que son œuvre perfore les failles du système. C’est un artilleur en habit de jésuite. Il y a du Jacques Laurent chez Patrice Jean qui a reçu le Prix des Hussards pour Le parti d’Edgar Winger (Gallimard). Dans l’édition française, il est l’auteur qui monte selon la formule d’Olivier Maulin. Un lauréat qui n’a pas arrêté de signer des livres durant toute la soirée. Un écrivain avec de vrais lecteurs qui l’ont lu et qui ne l’ont pas seulement acheté par effet de mode, redonne espoir à tous ses confrères. On peut donc être lu en France sans arrière-pensée. Patrice n’est pas la création d’une maison. Il est le contraire d’un objet médiatique. Il poursuit inlassablement son travail de sape et comptez sur lui pour épingler nos travers et notre lente dérive. Il sera toujours là pour nous alerter sur notre inexorable désintégration collective. Nous lui souhaitons une longue et belle carrière.Dans ce rendez-vous des infréquentables, un autre auteur, disparu en 1983, était à l’honneur avec la parution posthume de son Journal de 5 à 7 inédit aux éditions Les Équateurs. Ce document inestimable tant par sa férocité que par son empreinte nostalgique a été salué d’un Coup de Shako. René Fallet fait partie assurément de la famille élargie des « Hussards », il en a les mauvaises manières et la plume légère, le goût du scandale et l’absence de remords. Cet anar-pêcheur à la prose acide est certainement l’un des plus grands auteurs populistes du siècle dernier. Chez lui, on puise tout ce qui fait le sel de la vie, la veine pamphlétaire, un appel à la nature qui ne pontifie pas la rivière, le refus de l’autorité, l’amour baroque, les triangulaires de la fesse et ce désespoir en bandoulière qui étreint dans la nuit froide, du côté de Jaligny dans l’Allier ou de Villeneuve-Saint-Georges en banlieue cheminote. À quand Fallet aux épreuves du Bac, de quoi dessaler des lycéens bien trop sages pour leur âge ? À quoi reconnait-on le succès d’un cocktail littéraire ? On y parle très peu de littérature ce qui est un signe de bonne santé mentale. Nous savons nous tenir. On croise les copains, on se chambre, on se tient chaud. Dominique Guiou est descendu de son piédestal lillois pour converser avec Alice Ferney et Yann Moix. Philippe Lacoche, le marquis picard aux souliers rouges couve d’un regard bienveillant notre grande Sophie Bachat dont nous attendons prochainement un roman hybride et enfiévré. L’éminence grise de l’édition, le camarade Jean-Pierre Montal, sorte de Jacques Foccart en costume slim, rôdait. Il a le don pour détecter les futurs espoirs de la littérature. Patrick Eudeline, le rocker félin par sa démarche chaloupée et sa silhouette élégante, était assailli par des fans. Il vient de ressusciter le magazine Best dont le numéro 2 est actuellement dans les kiosques. Philibert Humm, grand reporter à Match m’a confié ses embarras mécaniques. Il cherche une Vespa PX 125 à moins de 3 000 euros. Arnaud Guillon, l’homme le plus drôle de la rive gauche, n’a toujours pas acheté la Maserati Ghibli de l’ex-Baron Empain. Pascale Bilger a les plus beaux yeux de Paris. Philippe Brugnon, l’ami de jeunesse de Jean-René Huguenin m’a confirmé que l’écrivain si prometteur n’était pas mort accidentellement dans une Mercedes 300 SL à ailes de papillon comme la légende le répète bêtement, mais en roadster 190 SL. Ce qui m’a fortement perturbé. L’Académicien Frédéric Vitoux nous a raconté une anecdote très savoureuse sur l’aplomb de Bernard Frank quand il s’agissait de se faire payer un travail d’écriture. Un maître ! Pascal Thomas en pantalon blanc à la manière d’Eddie Barclay dont nous attendons les mémoires a évoqué sa passion du jeu et la féérie de ses martingales. Je n’ai pas pu saluer Arnaud Le Guern, ni la délicieuse Stéphanie des Horts qui vient d’intégrer le jury. Et puis, à la toute fin, telle une star hollywoodienne en trench-coat sur le bras, Elisabeth Lévy, exfiltrée du plateau de Hanouna a fait tonner son rire communicatif dans la salle. Vivement l’année prochaine !

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Les députés RN ne sont pas des intrus à l’Assemblée nationale!

Alors que 89 députés du Rassemblement National viennent de faire leur entrée au Palais Bourbon, l’extrême gauche et les macronistes s’incriminent réciproquement d’être les responsables de cette situation. Aucun des deux camps ne pense à convoquer le réel…


Il est parfois réjouissant de lire ce quotidien que je ne manquerais pour rien au monde et qui en même temps m’intéresse et m’agace. On a compris que je faisais allusion au journal Le Monde.

On pouvait compter sur lui pour continuer à traiter les 89 députés du RN d’extrême droite – ils n’ont même pas droit à l’adjectif “radicale” comme l’extrême gauche de Mélenchon ! – et pour consacrer rien moins qu’une double page à ce problème capital, quoique dépassé et ayant perdu toute urgence : qui est responsable de cette arrivée impressionnante du RN à l’Assemblée nationale ?

Pour la Nupes, “les macronistes sont les accusés” et, pour Renaissance, la Nupes a une grosse part de responsabilité !

Ce jeu du “c’est pas moi, c’est l’autre” pourrait, avec sa puérilité partisane, prêter au comique si en réalité, derrière cette façade, ce double antagonisme n’occultait pas le fond du sujet et, sans forcer le trait, d’une certaine manière, la vérité du vote et l’état de la France.

J’entends bien qu’il est très commode pour ces deux groupes – l’un soutien inconditionnel du pouvoir, l’autre adversaire extrémiste – de raisonner comme si l’irruption du RN était un accident, quasiment fortuit, comme la conséquence d’une légère imprévoyance, alors qu’au fil des années le plafond de verre s’est ébréché. Le Front républicain est apparu de plus en plus comme une offense à une démocratie honnête et transparente, l’anti-macronisme l’ayant “liquidé” le 19 juin.

Le Rassemblement National est un parti légitime

Est-il pourtant si difficile d’admettre que le groupe du RN n’est pas une sorte d’intrus à l’Assemblée nationale, qu’on ne peut pas discuter de lui comme s’il n’était pas partie prenante du futur politique agité qui nous attend ? Il a été peu à peu conduit, stimulé, imposé, en tout cas guidé vers la représentation officielle de son importance dans le pays réel par des programmes qui heurtaient une multitude attachée à une volonté d’ordre, d’autorité, d’équité et de justice : qu’on lui pardonne !

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Nicolas Sarkozy, élu en 2007, avait très nettement fait baisser le FN pour une raison simple et honorable : on savait qu’il appliquerait certaines des mesures nécessaires proposées par ce parti ou, si l’on veut, celles qu’une droite ferme et le FN pouvaient désirer en commun parce qu’elles étaient évidentes.

A contrario, la forte avancée du RN sous le premier mandat et le début du second d’Emmanuel Macron ont été engendrés par la mollesse régalienne d’un pouvoir, l’ensauvagement de la France – ce terme ne me paraît pas outrancier si on veut bien considérer l’état de notre pays au quotidien, dans ses territoires (qui ne sont plus préservés) et ses grandes villes, dans ses cités “sensibles” (euphémisme alors qu’elles le sont si peu !) et ces zones qui ont clairement échappé à la loi nationale. Pour ne pas le constater, il faut refuser de le voir. Certaines belles âmes en seraient affectées dans leur humanisme, inaltérable parce qu’il ne touche pas la réalité…

Macron et Mélenchon responsables de l’ascension du RN ?

Il faut ajouter à ces deux causes la manière infiniment maladroite, et par ailleurs totalement mensongère, dont le gouvernement a géré certaines crises, tout récemment le scandale du Stade de France. Pas de responsables, pas de coupables, sinon avec un bulletin dans l’isoloir et le fiasco en résultant pour le pouvoir.

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Il est d’ailleurs proprement inqualifiable qu’après de telles incompétences et honteuses péripéties, que suite à de tels dissimulations et travestissements, rien de disciplinaire n’ait été mis en branle à tous niveaux et pour tous les services concernés. Ce n’est pas rien que d’avoir créé une image de la France moquée et dégradée en Europe !

Croit-on par ailleurs que tel ou tel délire de Jean-Luc Mélenchon sur la “police qui tue”, l’empathie affichée pour les transgresseurs compulsifs de l’ordre et, plus globalement, le souci de désarmer à tous points de vue une démocratie qui avait déjà du mal à être combative, n’ont pas eu leur influence sur la montée décisive du RN ? Je relève que ce constat semble partagé puisque par exemple François Ruffin le rejoint au moins partiellement en assignant à la gauche l’obligation de n’être pas seulement celle des métropoles.

Le réel fait le jeu du Rassemblement National

Sans tomber dans le paradoxe, il y a là deux indifférences, au moins, à l’égard des angoisses de beaucoup de citoyens sur le plan de leur sécurité, de leur tranquillité. Mélenchon se moque de la subversion du quotidien par le délit et le crime : ce peut être un terreau pour la révolution. Le président n’a que condescendance pour ce peuple qui ne comprend rien à ce qui constitue le sel élevé de l’existence et, pour être honnête, si Emmanuel Macron a fait progresser un tantinet sa conscience des dangers qui nous menacent, “ses” lois ont toujours été rendues partiellement inefficaces par la logique perverse du “en même temps” comme si le réel n’appelait pas une franche et simple action, riposte, réaction, lutte. Tout sauf la finesse d’un esprit en chambre.

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Je ne suis pas loin de penser aussi qu’il y a des médias qui ont clairement fait progresser le RN. Le Monde et Libération en particulier, le premier ne plaçant jamais la sécurité et la justice au rang des exigences prioritaires et ne condescendant à les aborder que si par exemple un François Ruffin en parle ! Il y a clairement une complaisance de beaucoup de journalistes, par une hostilité unilatéralement orientée, à l’égard de ce qui s’oppose à une protection ferme et une sauvegarde efficace de la société. Tout ce qui ne relève pas du RN ne peut qu’être bon par principe !

Cette comédie du “c’est pas moi, c’est l’autre” risque d’interdire toute prise de conscience. Le pouvoir sera toujours innocent puisqu’il n’est responsable de rien. La Nupes irresponsable puisque son angélisme subversif est un cadeau qu’elle prétend nous faire !

Pendant ce temps le RN engrange. La réalité, qu’on refuse, qu’on récuse, est son alliée.

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Nigeria: les chrétiens persécutés dans le silence

Le député français au parlement européen Bellamy et les chrétiens persécutés au Nigeria face à la petite éthique de l’indignation sélective…


Au Nigeria, les djihadistes terrorisent des musulmans, mais surtout les chrétiens, parfois avec le soutien de bergers peuls armés de AK-47 [1] qui, eux-mêmes, lancent des attaques spontanées. Ils ensanglantent des dimanches, comme le 5 juin, à Owo, dans le sud-ouest du pays, lorsque des hommes tirèrent sur les fidèles dans l’église Saint-François.

Huit chrétiens tués sur dix l’ont été au Nigeria en 2021

Le silence de différents médias et du parlement européen a courroucé le député François-Xavier Bellamy. Un double standard déjà dénoncé en 2009 par l’écrivain Raphaël Delpard, athée.

Les chrétiens constituent la communauté de croyants la plus persécutée à travers le monde. L’année 2021 a vu 5 898 d’entre eux périr en raison de leur foi, dont 4 650 au Nigeria tués dans des attentats ou lors de lynchages.

Deborah Samuel, chrétienne tuée pour blasphème le 12 mai

Alors que le site du Parlement indique qu’il se veut réactif aux grands sujets d’actualité et disposé à modifier son ordre du jour [2], l’institution a choisi de ne pas dénoncer l’attentat à Owo, comme elle avait refusé d’inscrire à son ordre du jour le meurtre de Deborah Samuel Yakubu, une étudiante chrétienne lapidée à mort avant que son corps ne soit brûlé à l’aide de pneus enflammés un mois auparavant.

« Dimanche dernier, la messe touchait à sa fin quand les premiers coups de feu ont retenti. Plus de 50 personnes ont été tuées, des dizaines d’autres blessées dont de très nombreux enfants. Quel était leur crime ? D’avoir été à la messe ! », s’est indigné François-Xavier Bellamy le 8 juin à la tribune, avant de rappeler le choix du silence quant au sort fait à Deborah Samuel.

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Le chef de file des députés LR au parlement européen a dénoncé « un silence qui devrait nous couvrir de honte », et fait un constant désolant : « Qui a parlé des morts d’Owo ? Où avez-vous vu leurs images ? De fait, nous en parlons ce soir, mais ce parlement est presque vide quand ce sujet devrait au contraire nous concerner tous. » Deux semaines après, sa parole est restée vaine. En janvier 2020, l’hémicycle européen s’était montré plus courageux en adoptant une résolution sur les attentats terroristes au Nigeria ciblant particulièrement les chrétiens.

Indignations cosmétiques, sans souci réel des victimes

Dans La Persécution des chrétiens aujourd’hui dans le monde, Raphaël Delpard dénonçait déjà en 2009 l’indifférence quant au sort fait dans de nombreuses contrées à ces croyants : « Sommes-nous vraiment attentifs à la souffrance des autres ? Si oui, pourquoi continuer à détourner notre regard des causes essentielles pour nous consacrer, par intermittence, à celles qui le plus souvent, ont comme principal mérite de flatter notre égo ? »[3].

Le silence gêné des élus peut s’expliquer par le peu de gain politique à obtenir d’une dénonciation insuffisamment portée par les médias, mais également par l’impression erronée d’une partie des Européens que le christianisme serait illégitime en dehors de l’Occident. La haine de soi prêchée en Occident amènerait-elle à considérer ces chrétiens comme une extension de l’Europe ? Ainsi, alors qu’il est de bon ton de soutenir les Rohingyas musulmans réprimés par le pouvoir birman, on fait silence sur les attaques de Rohingyas chrétiens par certains des premiers.

Même le massacre de 99 villageois hindous par des Rohingyas musulmans, documenté par un rapport d’Amnesty International en 2018 a été largement contourné. Ces attaques n’ont eu que peu d’audience, car il s’agit non seulement de ne dénoncer qu’en fonction de la valeur médiatique des victimes, mais également de celle accordée aux coupables. L’indication d’un manque de distance journalistique, d’une lâcheté politique et d’une morale superficielle.


[1] En juillet 2012, des bergers avaient incendié la maison d’un pasteur à Jos, dans le centre du pays, condamnant ainsi cinquante adultes et enfants, avant de lancer une nouvelle attaque lors du service funèbre.

[2] https://www.europarl.europa.eu/about-parliament/fr/organisation-and-rules/how-plenary-works

[3] Raphaël DELPARD, La Persécution des chrétiens aujourd’hui dans le monde, Michel Lafon, 2009, p. 253

Parler pour ne rien dire

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Lors de sa prise de parole à la télévision, hier soir, à 20 heures, le président Macron a reconnu que «la majorité présidentielle est en effet relative». Mais, alors qu’un gouvernement d’union élargie est exclu, et que les LR se refusent à jouer la variable d’ajustement, il n’est pas parvenu à convaincre les Français qu’il n’était pas contraint à l’immobilisme. «Vous avez fait des choix clairs, ma responsabilité est de les faire vivre» a-t-il énigmatiquement avancé. Dans les prochaines semaines, les chroniqueurs politiques ne devraient pas s’ennuyer!


Il y avait de quoi s’interroger en attendant l’allocution présidentielle. Qu’allait bien pouvoir dire un président à qui les électeurs viennent de mettre un énorme camouflet au point qu’à peine réélu, le pays lui montre toute sa défiance en restreignant sa capacité à gouverner ? Qu’avait donc de si urgent à nous dire le président, alors qu’un sondage venait de révéler ce dont toute la classe politique se doutait: les Français ne veulent pas d’une union sacrée, ils veulent que loi par loi le président ait à chercher une majorité et soit obligé de faire des compromis car ils n’ont confiance ni dans son projet ni dans sa personne.

Une allocution plus courte que ce à quoi il nous avait habitués

De crises en crises, Emmanuel Macron a usé et abusé des grandes figures de la manipulation politique. De la fausse contrition de l’arrogant qui redécouvre la valeur de l’humilité, aux excuses sirupeuses du privilégié qui aimerait faire oublier son mépris de classe, ce jeune président provocateur nous a habitués à faire profil bas pour aussitôt retomber dans la morgue. Hier soir, c’est la comédie de l’autocrate qui redécouvre les valeurs du dialogue qui nous a été jouée. Le problème c’est que le coup de l’épreuve qui grandit les hommes et force au changement collectif a déjà été fait avec les gilets jaunes et le covid. A la fin, une fois que le vent du boulet a séché ses mèches, notre jeune président retombe toujours dans les mêmes ornières et retrouve ce mépris du peuple qui signe le technocrate. Il faut reconnaître néanmoins que l’exercice médiatique n’est pas facile, quand on ne contrôle plus rien et quand on veut quand même apparaître au-dessus de la mêlée.

A lire aussi, Philippe Bilger: Emmanuel Macron n’a pas l’air décidé à écouter les Français

Sur ce point l’exercice n’a pas été convaincant. Il fallait oser commencer cette allocution en mettant en avant l’élection présidentielle comme la marque d’un renouvellement de confiance, alors que les législatives ont montré que c’était en grande partie un choix par défaut. On est au tout début de cette prise de parole et déjà l’agacement pointe.

Une crise de légitimité?

Il faut reconnaître que les conditions de la prise de parole étaient difficiles, et que le champ des postures était limité: Emmanuel Macron n’a pas grand chose à dire, si ce n’est reconnaître qu’il ne peut plus contrôler le parlement et faire voter ses lois sans l’apport d’une aide extérieure. Alors, comme toute personne dépassée par les circonstances, il cherche à en imposer et à se rassurer. Et ce faisant il montre encore plus combien le roi est nu. La mise en avant de sa réélection et l’insistance sur sa légitimité dit justement que cette légitimité est contestable. L’élection est parfaitement légale, il n’y a pas de doute là-dessus, mais la légitimité est la mesure de ce lien de confiance qui unit le représentant aux électeurs, de sa capacité à les mettre en mouvement et à leur faire partager ses objectifs. La légitimité, c’est le cœur de la représentation. Ce n’est pas juridique mais purement politique. Elle se dit rarement car elle va de soi ou pas. Insister sur son existence, c’est souvent avouer qu’elle est faible. Après une telle claque, quand on n’a toujours aucune ligne politique claire à dessiner, il ne reste qu’une solution: transformer le désaveu en future accusation d’irresponsabilité à l’égard de son opposition.

A lire ensuite, Isabelle Larmat: À l’Assemblée nationale, avec le RN et la Nupes, ça sera carnaval tous les jours

C’est sans doute ainsi qu’il faut comprendre certaines phrases particulièrement absconses qui ont émaillé ce discours: « II faudra clarifier dans les prochains jours la part de responsabilité et de coopération que les différentes formations à l’Assemblée nationale sont prêtes à prendre » ou encore « Pour avancer utilement, il revient maintenant aux groupes politiques de dire en toute transparence jusqu’où ils sont prêts à aller ». Les tournures sont révélatrices de la manipulation qu’elles contiennent et d’une forme d’irresponsabilité inquiétante. Ce n’est pas à l’opposition de dire ce qu’elle veut mais au président. Parce qu’il a perdu, Macron n’est plus un arbitre, il n’en a pas les moyens, il doit chercher le compromis et c’est sa responsabilité que de le trouver. Or aussi courte qu’ait été l’intervention du président, elle est restée très floue. Incapable de donner un quelconque sens ou une quelconque densité aux interrogations des Français qu’il dit percevoir sur le pouvoir d’achat, la sécurité, l’énergie, l’éducation ou l’écologie, il enchaîne les mots mais rien de tout cela ne dessine un avenir, une direction ou un horizon. L’homme essaie de ressortir la martingale du « dépassement politique ». Le retour du « ni droite du gauche » ? A moins que ce ne soit le « et droite et gauche » ? On ne sait pas, on ne sait plus et visiblement lui non plus ! Ce qui est sûr, c’est que cette référence à la « grande histoire » macronienne de la conquête du pouvoir n’entre plus en résonance avec rien et ne réveille aucune mystique politique. C’est un flop symbolique.

À trop vouloir faire croire, contre toute évidence, que la gestion d’une situation qui exprime la défiance de Français à l’égard du pouvoir qu’il incarne, incombe aux oppositions, Emmanuel Macron apparaît comme un homme qui croit qu’une bonne communication peut lui permettre d’échapper au réel. C’est ce qui a fini par transformer son premier mandat en une forme de fuite en avant, c’est ce qui risque de faire du second un chemin de croix.

Non, le burqini n’est pas un problème d’hygiène!

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© CEM OZDEL/A.A./SIPA

N’en déplaise à des défenseurs de la laïcité trop mous, comme le philosophe Henri Peña-Ruiz, tous les signes religieux ne se valent pas. Et il n’est plus temps de s’inquiéter de braquer ou de «stigmatiser» les musulmans. Les incidents se multiplient en France. Si le burqini est une menace, on ne peut se contenter de l’interdire pour des raisons d’hygiène. Remettons un peu d’hygiène… dans le débat public !


Sinistres marronniers du débat public, dont la prégnance suffirait à prouver que la France n’est plus vraiment la France, le hijab et ses avatars, dont le désormais célèbre burqini (avec un q et non un k, cet étendard obscurantiste relevant plus de la burqa que du bikini !). Sujet que l’on aurait tort de croire dérisoire, car il n’est jamais dérisoire qu’un ennemi déclaré plante ouvertement son drapeau sur le territoire national.

Certes, le Conseil d’État a tranché en défaveur de la décision islamo-gauchiste de la municipalité EELV de Grenoble, et il faut s’en réjouir. Reste que les arguments avancés incitent à la prudence : s’il est heureusement rappelé que nul ne doit pouvoir se prévaloir de ses convictions religieuses pour s’exonérer de la loi commune, la dimension idéologique du burqini est passée sous silence, et c’est surtout l’incohérence du règlement intérieur des piscines de la ville qui lui vaut cette défaite. L’arbitrage du Conseil d’État laisse ainsi trop de portes entrouvertes, trop d’ambiguïtés, trop d’appréciations possibles, en particulier sur ce qui constitue ou non un trouble à l’ordre public.

Insécurité juridique et djihad d’atmosphère

On verra donc, à la faveur de l’été, se multiplier les provocations, revendications et coups de force, pouvant aller jusqu’à des menaces d’une extrême gravité et des noms jetés en pâture aux meutes islamistes, comme cela vient d’être le cas pour un maître-nageur dans les Yvelines, ou une CPE dans un lycée à Paris. Et en l’absence d’une interdiction claire du port ostentatoire des symboles islamistes, à la manière de l’interdiction du port des symboles nazis, ce sont une fois encore les responsables locaux, au cas par cas, qui seront condamnés à faire au mieux, sans la sécurité juridique que le législateur pourrait et devrait leur garantir.

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En outre, si la manière dont les islamistes instrumentalisent la lettre des lois pour en combattre l’esprit ne surprend plus personne, on s’étonne encore parfois de redécouvrir à quel point certains « défenseurs de la laïcité », à l’image d’un gouvernement sans courage, s’enferment dans des ratiocinations absurdes à force de vouloir combattre l’islamisme sans oser dire son fait à l’islam. Ainsi de cette « grande figure » qu’est Henri Peña-Ruiz, dont les erreurs méritent d’être analysées car elles sont hélas représentatives, et éclairent les raisons de notre faiblesse collective.

Une « aliénation » intolérable partout

Dans Marianne, le philosophe a publié une lettre ouverte au maire de Grenoble. Il s’y opposait, à juste titre, à l’autorisation du burqini dans les piscines municipales. À juste titre également, il s’opposait à ce que « des règles particulières puissent tenir en échec la loi commune ». Mais il développait ensuite une argumentation totalement hors de propos sur l’hygiène, argumentation dont l’absurdité éclate lorsqu’il écrivait vouloir l’interdiction du burqini dans les piscines mais refuser cette même interdiction sur les plages, envisageant même au détour d’une phrase l’autorisation dans les piscines d’un burqini « raccourci et moulant ».

Henri Pena-Ruiz © IBO/SIPA Numéro de reportage: 00487142_000002

Suivaient diverses remarques sur la laïcité et la Révolution qui émanciperaient des « particularismes coutumiers, véhicules fréquents de traditions rétrogrades liées au machisme patriarcal », et une trop brève réflexion sur le burqini comme banalisant et donc encourageant une aliénation – aliénation dont la nature exacte est hélas passée sous silence, tout au plus évoquait-il « les religieux qui veulent l’imposer », tout comme étaient évoqués plus haut « les religieux soucieux de cacher le corps de la femme. » Le burqini viendrait-il donc d’épigones de Savonarole ou de Tartuffe « cachez ce sein que je ne saurais voir » ? En vain cherchera-t-on le terme « islam » dans cette lettre ouverte, et les seuls héritiers de Tartuffe ici sont ceux qui s’ingénient à cacher ce mot qu’ils ne sauraient voir !

Relevons l’incohérence évidente : si le burqini est signe d’aliénation (et il l’est en effet), pourquoi Henri Peña-Ruiz s’oppose-t-il à ces « élus de droite » qui ont voulu l’interdire sur les plages ? L’aliénation insupportable dans une piscine serait-elle tolérable sur une plage ? Et pourquoi le philosophe refuse-t-il l’interdiction du hijab dans l’espace public, allant jusqu’à qualifier l’éventualité même d’une telle interdiction « d’arme identitaire », alors que le hijab proclame très exactement le même message d’aliénation que le burqini, et la même « imposition à la femme d’une pudibonderie sélective, puisque c’est elle et elle seule qui doit cacher son corps » ?

Attention Henri Peña-Ruiz, ce sont les Français qui vont se braquer !

La réponse est fort simple : un raisonnement cohérent qui dénoncerait le burqini pour ce qu’il est conduirait inéluctablement à dénoncer le hijab pour la même raison (et éric Zemmour n’a pas tort de pousser la logique jusqu’à la djellaba), et surtout à dénoncer clairement ce qu’ils représentent et proclament, c’est-à-dire les préceptes sexistes et totalitaires de l’islam. Car burqini et hijab n’affirment pas tant une soumission de la femme à l’homme qu’une vision profondément dévalorisante des deux, et leur soumission commune à la volonté arbitraire du dieu-tyran Allah telle qu’exprimée par la charia. Or, de cela Henri Peña-Ruiz et toute la « gauche laïque et républicaine » sont incapables, paralysés par l’impératif de « tolérance » qui leur interdit de condamner l’idéologie islamique. Et c’est ce même impératif, mâtiné de relativisme gauchiste et de vieux réflexes de « bouffeur de curé », qui conduit le philosophe à ne dénoncer que de très vagues « religieux », des « traditions rétrogrades » imprécises et le « machisme patriarcal ». Sans oublier, bien sûr, l’injonction récurrente de ne pas stigmatiser, qui en 2009 déjà inspirait à Henri Peña-Ruiz bien des prudences à l’idée d’interdire la burqa et le voile intégral, déclarant alors : « une partie de la population risque de se sentir stigmatisée. On risque de braquer les gens. »

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Aboutissement de ces multiples erreurs de raisonnement et de ces priorités faussées, Henri Peña-Ruiz a pris fait et cause pour la Nupes, prétendant vouloir l’influencer de l’intérieur. On ne lui fera pas l’injure d’y voir de l’hypocrisie, reste donc l’aveuglement idéologique, et voilà le vaillant défenseur de la laïcité qui brandit l’étendard des promoteurs de la marche de la honte islamiste du 10 novembre, et du « butin de guerre » de Bouteldja…

Tous les signes religieux ne se valent pas

Misère d’un multiculturalisme qui ne dit pas son nom, et refuse obstinément de voir que non seulement un burqini ou un hijab ne véhiculent par du tout le même message qu’une croix, une kippa ou une robe de moine bouddhiste, mais surtout que le message du burqini et du hijab, qui est l’apologie de la charia, n’a pas sa place dans notre société, alors que le christianisme, le judaïsme ou le bouddhisme n’y posent aucun problème. Et c’est pour ça qu’Henri Peña-Ruiz est totalement hors-sujet lorsqu’il évoque « les signes religieux dans l’espace public » alors qu’il faudrait parler des emblèmes d’idéologies totalitaires dans l’espace public.

Misère d’une laïcité dévoyée, instrumentalisée par la gauche pour servir de caution à un traitement indifférencié de toutes les religions (et dont l’abandon de la lutte contre les dérives sectaires est la conséquence logique), alors qu’en réalité la laïcité affirme la soumission des religions à la loi de l’État, et qu’aucun Etat n’a à traiter de la même manière ceux qui respectent ses lois et ceux qui les piétinent. Chauffards et bons conducteurs sont égaux devant la loi et le code de la route, pourtant l’État retire leur permis de conduire aux premiers, et non aux seconds.

Laïcité doublement dévoyée, d’ailleurs, lorsque ses « défenseurs » oublient que le premier principe affirmé par la loi de 1905 (dans la première phrase de son article 1) est celui de la liberté de conscience, qui précède et donc conditionne la liberté de culte (car contrairement à ce que semble écrire le Conseil d’État, celle-ci n’est pas limitée uniquement par l’ordre public), et que le refus par l’islam sunnite orthodoxe (qui n’est certes pas le tout de l’islam, mais qui est l’islam dont se réclame l’écrasante majorité des musulmans en France) de reconnaître le droit à l’apostasie pourrait donc suffire à rendre cette « religion » hors-la-loi, et incidemment à la ranger dans la catégorie des sectes obscurantistes. Les Anciens, qui avaient pensé la distinction entre religio et superstitio, l’auraient compris aisément. Mais la gauche qui se dit républicaine a oublié les leçons de la première des républiques, celle de Rome, et Henri Peña-Ruiz n’a pas la lucidité de Cicéron. Nous aurions pourtant bien besoin collectivement de nous inspirer du Père de la Patrie lorsqu’il s’opposait aux ambitions de Catilina, et de demander enfin, avec toute la détermination combative du Consul : « Jusqu’à quand, islam, vas-tu abuser de notre patience ? »


Élisabeth Lévy : “Burkini : le Conseil d’État a tranché, la France a le droit de le refuser !”

Jean-François Kahn: trente ans de vie médiatique

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Jean-François Kahn. Photo : Hannah Assouline

Un peu moins d’un an après le premier tome, recensé par Frédéric Ferney, Jean-François Kahn, 84 ans désormais, a sorti la suite de ses Mémoires d’outre-vies (L’Observatoire).


Débutant par un petit-déjeuner en 1983 avec François Mitterrand, l’ouvrage revient sur une trentaine d’années de vie médiatique, passées à la tête de l’Evénement du jeudi puis de Marianne, et ponctuées par la triste affaire du « troussage de domestique », épisode sur lequel le journaliste n’a pas pu faire d’impasse.

Une décennie violente    

Les mémoires reviennent d’abord sur l’aventure de la création du premier titre, traversée par mille péripéties qui auraient toutes pu mettre fin à l’initiative. En cette année 1984, alors que la gauche a déjà ouvert la parenthèse libérale, Jean-François Kahn lance l’idée d’un journal qui appartiendrait à ses lecteurs. L’annonce est faite en direct dans « Droit de réponse », chez Michel Polac, puis quelques centaines de milliers de lettres sont envoyées presqu’au hasard à de potentiels futurs lecteurs intéressés. Un jour se passe. Puis quatre. Pas encore le moindre retour. Une « sourde appréhension » commence à se faire sentir. On ne fera pas de faux suspens ici : l’opération fonctionne finalement et elle attire à elle des anciens lecteurs déçus du Nouvel Obs et de l’Express, séduits par la promesse d’ « indépendance rédactionnelle radicale ».

La décennie qui s’est ouverte par la victoire de François Mitterrand est assez animée pour ne pas dire violente. Alors que la gauche s’adapte au dur exercice des responsabilités, les anciens ministres de la droite, désormais dans l’opposition, sont devenus des garnements turbulents, appuyés par une presse de droite sous la coupe du groupe Hersant.

A lire aussi, Ingrid Riocreux: Violences au Stade de France : ne dites pas «racailles» mais dites… quoi?

On entend presque Maurras promettre le renversement de la République « par tous les moyens, y compris légaux » quand Alain Peyrefitte, ancien ministre discipliné sous de Gaulle et Giscard, appelle au renversement du pouvoir socialiste « même par d’autres moyens que celui des urnes ». Dans cette période marquée par la guerre froide et par une logique de blocs politiques rigide, l’Evénement du jeudi vient se positionner plutôt à gauche, sans récuser totalement le libéralisme économique, cherchant à « dépasser les clivages partisans » mais sans correspondre tout à fait à la deuxième gauche rocardienne. La partie sur les années 1980 des mémoires de JFK ne sont pas la Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary de Guy Hocquenghem, texte envolé qui avait montré l’adaptation des anciens camarades d’extrême gauche aux années fric.

Quand la gauche reprend les commandes en 1988 après la brève cohabitation et fait entrer au gouvernement des ministres venus du centre, deux d’entre eux glissent à Jean-François Kahn que le « rejet réitéré du manichéisme bipolaire [exprimé par le journal] avait contribué à leur acceptation d’intégrer le gouvernement formé par Michel Rocard ». De là à dire que ce sont dessinées dans l’Evénement du jeudi les prémices de l’ « extrême centre » et du « en même temps »…

Fusion libérale-libertaire

On passera rapidement sur l’abus de comparaisons stylistiquement un peu lourdes, du type : « le couple Balkany, qui était à la morale publique ce que les filles publiques sont à la morale privée » ; « le « peuple de gauche » était au peuple réel ce que le veuve-cliquot était aux boissons gazeuses » ; « [les faits divers] devinrent à l’actualité ce que le blanc d’œuf était à la meringue et le fromage au soufflé ». Un style de tournure qui fait parfois encore moins plaisir au comparant qu’au comparé, et qui poussa même le fabriquant du « Caprice des dieux » à porter plainte contre le journal pour avoir servi d’analogie étrange avec Pierre Méhaignerie.

Le journal se distingue dans les années 80 avec des dossiers sur « les salauds » et « les cons ». En 1985, Kahn dresse un sévère réquisitoire contre Jean-Marie Le Pen, accusé de souffler sur les braises et de jouer sur les peurs, non sans tacler quand même une bonne partie de la gauche, en précisant ceci : « Qui ne voit pas qu’avoir jeté par-dessus bord l’idée de nation, le concept de travail, la nation de famille, à voir du « conformisme » partout où il y avait du civisme, du fascisme latent là où il y avait une légitime aspiration à la sécurité, de l’autoenfermement autarcique dans toute invite à contrôler les flux migratoires, à confondre dans le même opprobre l’ordre en soi assimilé à l’oppression en soi et toute exigence morale à de l’obscurantisme, on fait le lit de ceux qui, aujourd’hui, derrière Le Pen, crachent à jets continus contre notre nation, réhabilitent les ex-traîtres à la patrie, insultent à profusion le monde du travail, distillent la haine du prochain et proposent leur désordre immoral en modèle à une société en panne d’idéal et de repères ? » 

Avec cette tendance à délivrer bons et mauvais points aux uns et aux autres, à reprocher à Le Pen d’être trop lepéniste et aux autres de ne l’être pas assez, on finirait par retrouver quelque chose de François Brunel, chanteur révolté des Inconnus campé par Bernard Campan, qui après s’en être pris à toute la classe politique, finissait par trouver chez les uns et les autres quelques bons points :

« […] François Mitterrand qu’est un bon président
Charles Pasqua qu’a pas toujours fait n’importe quoi
Et Giscard et Lecanuet, ils ont quand même leurs bons côtés
Et pour Chirac faut dire aussi qu’il a fait beaucoup pour Paris
Quant à Jean-Marie le Pen, il dit pas que des conneries 
»…

A lire ensuite, Elisabeth Lévy et Christophe Bourseiller: « On ne peut pas réduire Mélenchon à l’islamo-gauchisme »

À la logique rigide des blocs droite-gauche des années 80, suit dans les années 90 une quasi-fusion entre la droite libérale et la gauche libertaire. À certains moments, on retrouverait presque l’analyse de Jean-Claude Michéa. C’est l’avènement de ce que Jean-François Kahn appelle la « pensée unique » (il invente l’expression), et qui fait écrire au Figaro et au Nouvel Obs la même chose que Le Point et Libération. C’est dans ce contexte que naît Marianne, au milieu de la décennie, qui essaie alors de sortir du ronron médiatique et propose un point de vue un peu hétérodoxe, sur les guerres balkaniques par exemple. L’hebdomadaire offre alors une ligne éditoriale proche du national-républicanisme de Jean-Pierre Chevènement ou de Philippe Séguin (sans lui être tout à fait acquise). Chevènement fait d’ailleurs l’objet d’un éloge contrasté de JFK. Il a eu « souvent le grand tort de rigidifier jusqu’à la caricature sa façon d’avoir, souvent, profondément raison ». Mais même si Jean-François Kahn (et une bonne partie du journal) restent attachés à la construction européenne, de telles accointances lui valent quand même une haine tenace de la part des annonceurs et du milieu journalistique. Quand le titre décide d’intégrer dans son logo une allusion graphique à La liberté guidant le peuple, bannière tricolore comprise, il est carrément suspecté d’être devenu un magazine d’extrême droite.

A relire: Natacha Polony: “J’espère faire mieux pour Marianne que Macron pour le pays!”

Portait d’Elisabeth Lévy

Dans ce bouillonnement des années 90, quelques figures émergent au sein du journal, comme Claude Askolovitch, « globalement en désaccord profond » avec la ligne du journal (et qui tira de cette non-communauté de valeurs une « jouissance profonde ») ; Natacha Polony, dotée d’ « une volonté de fer, des convictions d’airain, une anti-pensée unique de bronze, un révolutionnarisme social de cuivre et un conservatisme sociétal de plomb » ; et Elisabeth Lévy, dont « seule sa façon d’être « contre » permettait de définir l’espace dans lequel elle investissait son plaisir d’être « pour » ». « Etrangement, j’avais hésité à l’engager, parce que je lui soupçonnais des indulgences pour l’islamisme algérien (sic). Eruptive, joyeuse, drôle, sans peur sinon sans reproche, adepte, non comme feu Edgar Faure de « l’indépendance dans l’interdépendance » mais de la tolérance dans l’intolérance, ou l’inverse (…) elle rejetait radicalement les opinions qu’elle ne partageait pas, mais toujours, au nom du pluralisme, en favorisait l’expression ! En favorisait et non en acceptait. Une rage de trop m’avait contraint à une séparation qui ne se solda jamais par une rupture. La gauche médiatique lui fit un procès quelque peu maccarthyste en réaction à sa dénonciation des « mensonges » justificateurs qui accompagnèrent et suivirent la guerre du Kosovo, alors qu’il apparut assez vite qu’elle avait, en l’occurrence et au moins sur ce point, tout juste. Cet épisode et d’autres, alors qu’elle ne cessa de progresser stylistiquement et conceptuellement (mais pas en tolérance), l’emmena, hélas, à faire de la gauche sa boussole, presque son unique boussole : elle attendait ses verdicts pour prendre la position inverse ».

Bon, ça va, la patronne ne s’en sort pas trop mal.

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Université de Clermont Auvergne: une carte pour une communication “inclusive”

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Les jeunes militants Union Nationale Inter-universitaire (UNI) posent des affichent pendant le campus des jeunes republicains au Touquet, le 07 septembre 2019 © Maxime Le Pihif/SIPA

Emmanuel Macron semble bien plus préoccupé par la guerre en Ukraine que par la guerre culturelle qui est menée sur notre sol par certains militants, comme le démontre l’université de Clermont-Auvergne, qui s’apprête à adopter une curieuse charte. Le regard libre d’Elisabeth Lévy.


Pascal Praud l’a déploré hier soir sur CNews, à raison, et personne d’autre n’en parle à l’exception de l’UNI qui a lancé une pétition. Mais un syndicat étudiant de droite, ça ne compte pas !

Demain, la charte sera soumise au Conseil d’administration de l’Université Clermont Auvergne. Si j’ai bien compris, cela ne concernera pas les travaux des étudiants, mais la communication interne de l’université. Les textes désormais produits par l’université seront évidemment truffés de points médians, qui rendent la langue laide et incompréhensible. Et puis il y a les images, qui parlent et de plus en plus. Selon les rédacteurs de cette charte, les visuels des affiches, documents et vidéos sont un levier pour lutter contre les stéréotypes sexistes. En somme, il faut rééduquer notre regard.

Leurs pistes :

– Représenter les hommes et les femmes en nombre égal (pour parler de l’armée ou d’une maternité, ça va être rigolo !) 

– Éviter de représenter les femmes dans des positions statiques rêveuses ou passives, et des hommes dans des attitudes concentrées et assurées (Donc, exit Madame Bovary et Top Gun !) 

– Enfin, représenter de façon égalitaire les différentes ethnies, morphologies, genres et orientation sexuelle. Par exemple, lors d’une présentation d’un cours sur l’Afrique, il doit y avoir autant de blancs que de noirs. 

Est-ce anecdotique?

Le premier réflexe est d’éclater de rire. Mais à force de rire, depuis des années, nous n’avons pas vu que ces dingueries devenaient une norme valorisée par le discours officiel (récemment la capitale s’est couverte d’affiches annonçant que “Paris est fier.e d’accueillir les JO). 

L’écriture inclusive est un massacre de la langue, le début de la barbarie.
C’est la haine de la littérature, donc de la complexité, de l’ambigüité, des troubles, pour ne présenter que des victimes et des coupables.

A lire aussi : «L’écriture inclusive est annonciatrice d’une tyrannie»

L’objectif n’est pas de supprimer les stéréotypes (la plupart sont en réalité déjà morts) mais de les inverser: éviter de représenter un homme qui montre et une femme qui regarde nous dit encore cette charte (mais, apparemment, l’inverse, c’est OK). En résumé, c’est “au tour des femmes d’en croquer, au tour des hommes d’en baver !” Le néo-féminisme ne veut pas l’égalité, mais la revanche. Les révolutions finissent souvent (peut-être même toujours) en lutte des places. 

Il s’agit de changer le réel au forceps, en piétinant le bon sens s’il le faut. Et il le faut ! Quant à la majorité des gens, silencieuse, elle est effarée et impuissante. Même quand c’est illégal, comme l’écriture inclusive, il n’y a aucune action, aucune sanction et elle finit de plus en plus utilisée dans les universités. Macron veut faire la paix en Ukraine. Mais il laisse mourir notre civilisation sans lever le petit doigt !


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy sur Sud Radio du lundi au vendredi à 8h10 dans la matinale.

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Suzy Delair, belle et rebelle

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Suzy Delair © LIDO/SIPA

Les plus grands du théâtre, du cinéma et du music-hall français se sont disputés ses talents. D’innombrables prétendants aussi, et ce n’était pas pour lui déplaire. À la scène comme à la ville, Suzy Delair s’est illustrée par son panache. Ses mémoires, publiés deux ans après sa mort, sont déjà un classique.


Suzy Delair fut au cinéma l’incarnation de la Parisienne par excellence. Coquette, sautillante, capricieuse et légère à la fois, l’emploi qu’on nommait à l’époque « petite femme », c’est tout Suzy. Elle tournera avec les plus grands : Henri-Georges Clouzot, Jean Grémillon, Henri Decoin, Marcel Carné, Claude Autant-Lara, René Clément, Henri Jeanson ou encore Luchino Visconti. Son plus grand rôle, celui qui lui collera à la peau, c’est Clouzot, l’amour de sa vie, qui le lui offre dans son film Quai des orfèvres, sorti en 1947. Elle y incarne Jenny Lamour, chanteuse de music-hall dans le Paris des années 1920, aux côtés de Louis Jouvet, Bernard Blier, Simone Renant et Charles Dullin.

Clouzot et Delair entretenaient une relation amoureuse passionnée, parfois violente, qui nous est révélée dans les mémoires de la comédienne, tout juste publiées chez L’Harmattan, deux ans après sa mort à l’âge de cent deux ans. Ces mémoires constituent un panorama richissime du milieu artistique français des années 1920 aux années 1970. On y croise, entre autres, Michel Simon, Danielle Darrieux, Alice Cocéa, Pierre Brasseur, Laurel et Hardy, Mistinguett, Suzy Solidor, Fréhel, Fernandel, Pierre Fresnay, Yvonne Printemps et François Mitterrand. On plonge également dans le monde aujourd’hui disparu des cabarets et des music-halls où Suzy Delair multiplie les revues et tours de chant, de l’opérette où elle triomphe notamment dans La Vie parisienne d’Offenbach, mis en scène par Jean-Louis Barrault et dans La Périchole du même compositeur, mis en scène par Maurice Lehmann.

Une artiste impétueuse et séductrice

Ces pages retracent la vie d’une jeune fille rebelle, menant combat contre son père pour qui « une artiste, c’est une fille perdue », et qui finit par triompher à force d’entêtement. Sans langue de bois, elle y raconte ses caprices, sa foule d’amants, ses succès, ses creux de la vague… Elle nous raconte cette époque où les artistes n’étaient pas des petits-bourgeois comme les autres, mais des personnalités libres et subversives. Henri Decoin la rend femme alors qu’elle a 17 ans et lui 40. Michel Simon, avec qui elle joue Fric-Frac en tournée, lui propose, plutôt que de dormir à l’hôtel, de venir habiter avec lui dans les bordels ! Voilà deux hommes qui seraient aujourd’hui condamnés par notre vertueux tribunal médiatique !

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Une ombre omniprésente plane sur ces mémoires, celle de Clouzot. L’homme qu’elle a le plus aimé, celui qui lui aura tout appris, un amant, un maître et un complice. C’est elle qui le quitte, elle s’en voudra toujours. Ce livre est ponctué de magnifiques lettres parfois enflammées, parfois désespérées par ce grand amour. Une vie d’art et d’amour, de liberté, bien loin de notre triste époque du #Balancetonporc ! Suzy Delair aime être courtisée… Combien aussi aime-t-elle, sans en faire secret, recevoir en cadeau fourrures et bijoux de la part de sa forêt de courtisans ! Quelle image déplorable de la femme penserait Adèle Haenel. Pour tous les nostalgiques de ce temps révolu du grand cinéma français, ces mémoires recueillis par son amie Jacqueline Willemetz, dont la préface est signée Benoît Duteurtre, sont indispensables.

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Méthode Sharon Stone

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Angela Rayner © D.R.

En raison du féminisme ambiant, certains progressistes ont du mal à concevoir que des femmes puissent se vanter d’utiliser leurs charmes pour arriver à leurs fins…


Au Royaume-Uni, le député conservateur moyen est forcément un obsédé sexuel misogyne. Après tout, l’un d’entre eux, Neil Parish, vient d’être contraint de démissionner après qu’on l’a trouvé en train de regarder une vidéo pornographique sur son téléphone dans la Chambre des communes. Non pas une fois, mais deux. La première fois, il serait tombé sur un site érotique en cherchant des informations sur les tracteurs – il est spécialiste de questions agricoles –, mais la deuxième visite était intentionnelle, a-t-il avoué.

L’association entre « homme conservateur » et « sexisme rampant » s’est trouvée renforcée le 23 avril par un article paru dans le journal de droite The Mail on Sunday. Un député conservateur anonyme aurait confié que la numéro deux du Parti travailliste, Angela Rayner, avait l’habitude, pendant les séances parlementaires de questions au Premier ministre, de croiser et de recroiser ses longues jambes, comme dans la scène iconique du film Basic Instinct, afin de déconcentrer Boris Johnson au milieu de ses prises de parole.

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L’histoire déclenche un esclandre retentissant. Quel machisme ! Quelle phallocratie ! On réduit les femmes politiques à leur corps, on attribue leur succès au charme plutôt qu’au talent. Même BoJo se sent obligé d’annoncer que, si jamais le député conservateur en question était démasqué, il subirait les foudres du Premier ministre. Le journal reçoit 6 000 plaintes et son rédacteur en chef est convoqué par le président de la Chambre des communes, invitation qu’il refusera.

Cinq jours plus tard tombe la conclusion d’une enquête interne du Parti conservateur : la personne à l’origine de cette histoire ne serait autre que la victime elle-même. Lors d’une réunion conviviale au Parlement, elle aurait avoué à un petit groupe de députés conservateurs qu’elle aimait faire son « numéro à la Sharon Stone » devant le Premier ministre. Elle aurait ajouté, par plaisanterie (on suppose), qu’elle lui aurait laissé entrevoir son « minou roux ».

La disparition rapide du «cordon sanitaire»

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Le président Macron a reçu Marine Le Pen (RN) à l'Elysée, le 21 juin 2022 Ludovic Marin/AP/SIPA

Les élections législatives accouchent au forceps d’une nouvelle carte politique. L’hypocrite «front républicain» semblera bientôt très loin. Analyses.


Historique. Le mot n’est pas trop fort pour définir ce second tour des élections législatives qui s’est tenu le 17 juin. Alors que certains commentateurs politiques attendaient un triomphe de la Nupes, le fait le plus notable fut l’arrivée de 89 députés du Rassemblement national. Un chiffre inattendu qui consacre une nouvelle Assemblée nationale, bien plus représentative de la diversité d’opinion des Français que celles qui l’ont précédée.

Un décalage démocratique enfin corrigé

Qui pouvait imaginer, à peine six mois en arrière, que le Rassemblement national et Marine Le Pen sortiraient grands gagnants des élections législatives ? En multipliant par dix le nombre de députés dont il dispose, le Rassemblement national impose dans les institutions ce qui était une réalité politique dans la population. De fait, il devenait urgent qu’un parti capable de réunir plus de 13 000 000 de votants au second tour de l’élection présidentielle ait sa juste part dans la représentation nationale.

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La France souffrait d’un décalage démocratique qui produisait de la défiance et de l’éloignement entre une part des électeurs et le fonctionnement de la Vème République. Proche du président de la République, François Bayrou ne cessait de le répéter, affirmant que le fait majoritaire était devenu un anachronisme dans le monde occidental avec la disparition du traditionnel bipartisme à la française, réclamant sans succès l’instauration d’un mode de scrutin à la proportionnelle. Cela n’a finalement pas été nécessaire. Depuis l’élection présidentielle de 2012, Marine Le Pen s’est donné les moyens de faire progresser sa formation politique, en dépit de quelques crises de croissance. Son travail a payé. Elle a aussi su intelligemment profiter d’une configuration politique qui s’est avérée avantageuse lors des seconds tours du 17 juin.

La cristallisation des trois blocs

La division du champ politique en trois blocs sensiblement équivalents sur le plan numérique se confirme. Pour certains, ces trois blocs n’en forment en réalité que deux : un bloc populaire et un bloc élitaire. Expressions auxquelles on pourrait préférer celles de bloc réformiste (LREM poursuivant au sein d’une seule entité la tradition réformiste du PS et de LR) et de bloc de rupture. Cependant, ce bloc de rupture apparaît comme profondément fracturé entre une aile gauche empruntant beaucoup plus à la tradition d’extrême-gauche qu’à la gauche plurielle de Jospin et une aile souveraino-populiste penchant à droite, cherchant de plus en plus à s’institutionnaliser. Une stratégie d’ailleurs payante comme nous le verrons plus loin, sa diabolisation étant aujourd’hui réduite à la portion congrue et le cordon sanitaire qui l’entourait naguère quasiment disparu.

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Ces trois blocs dont le plus central possède toujours une petite longueur d’avance par le fait majoritaire correspondent à des géographies électorales de plus en plus précises. Il suffit pour s’en convaincre de regarder les cartes des circonscriptions par couleurs politiques. Ainsi, le littoral méditerranéen et une grande partie du nord / nord-est de la France sont devenus la chasse gardée du Rassemblement national qui réussit, pour la première fois de son histoire, à emporter entièrement les deux départements méridionaux de l’Aude et des Pyrénées-Orientales. Le Vaucluse et le Var ne sont pas non plus passés loin du carton plein, confirmant que la sociologie sudiste est un terrain très favorable pour le parti de Marine Le Pen. Personne ne s’attendait toutefois à telles performances. Le tracé de la Garonne confirme aussi sa progression avec des victoires dans le Tarn-et-Garonne, le Tarn et plusieurs en Gironde. Sans compter une percée dans le centre de la France ou encore la Bourgogne, sous la tutelle du médiatique Julien Odoul.

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Julien Odoul D.R.

La France qui vote Rassemblement national est donc populaire et plutôt éloignée des métropoles, comme nous avions pu le noter lors du second tour des élections présidentielles, où Marine Le Pen était arrivée en tête dans un grand nombre de circonscriptions rurales et périurbaines. La Nupes, de l’autre côté, conforte son assise dans les métropoles et les banlieues, emportant notamment toutes les circonscriptions de la Seine-Saint-Denis et l’Est parisien. Elle est aussi bien implantée dans certaines zones rurales spécifiques, au sud-ouest de la France, dans la Haute-Vienne, la Creuse ou encore la Drôme. Quant à La République en Marche, elle confirme sa bonne implantation dans le grand-ouest et l’ouest parisien, ne trouvant sur sa route les Républicains que dans le Massif-Central tenu d’une main de fer par Laurent Wauquiez, qui aura peut-être un jour une carte à jouer, et dans ses bastions traditionnels du nord-est (Moselle, Vosges, Haute-Marne, etc).

Des duels inédits qui ont avantagé le Rassemblement National

S’il était logiquement attendu que le « front républicain » n’allait pas fonctionner aussi facilement qu’autrefois dans les duels opposant les candidats d’Ensemble à ceux du Rassemblement national, l’électorat de gauche ayant déjà manifesté son rejet des politiques menées par Emmanuel Macron, il était en revanche difficile de prévoir l’attitude qu’allaient adopter les électeurs du bloc réformiste lors des oppositions de style entre la Nupes et le Rassemblement national. Nous avons, en la matière, reçu de précieux enseignements pour les années politiques à venir en France. De toute évidence, il y a eu un « front républicain » inversé favorable au Rassemblement national dans un nombre substantiel de circonscriptions où cette formation politique affrontait le bloc de gauche.

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Comment expliquer autrement la victoire surprise d’un Frédéric Cabrolier dans la première circonscription du Tarn, historiquement liée à la gauche d’obédience radicale-socialiste ? Parti d’un score relativement modeste de 20 % au premier tour, qui le mettait légèrement derrière son adversaire de la Nupes, Frédéric Cabrolier a pourtant remporté la circonscription avec une avance assez large. De son aveu même, il a effectivement bénéficié de reports d’électeurs divers-droite, mais aussi de votes venus de La République En Marche comme de la gauche modérée ! Dans la quatrième circonscription du Loiret, Thomas Ménagé a gagné au second tour avec un score de plus de 60 %, lui aussi renforcé par des voix de marcheurs. Jean-Michel Blanquer, candidat malheureux au premier tour, avait d’ailleurs réservé l’essentiel de ses attaques à la Nupes.

Dans les circonscriptions rurales, périurbaines et méditerranéennes où le Rassemblement national faisait face à la Nupes, ses scores sont souvent extraordinaires. On l’a ainsi vu avec Aurélien Lopez-Liguori, outsider qui a fini à 60 % dans la huitième circonscription de l’Hérault, dominant de la tête et des épaules contre la gauche. Une étude approfondie des reports de voix le confirme : la Nuoes a été rejetée par le centre-droit qui lui a préféré le Rassemblement national ou l’abstention. Un phénomène déjà observé lors des élections municipales de 2020 mais qui s’est considérablement accentué. La radicalité de Jean-Luc Mélenchon et des exécutifs municipaux des Verts dans les grandes métropoles semble avoir effrayé la « France raisonnable » qui voyait dans le même temps Marine Le Pen délivrer un discours républicain, souhaitant même que le président ait « une majorité stable pour gouverner ». Un choix stratégique payant dans les urnes.

Un compte de soutien à Fabien Roussel faisait d’ailleurs constater le lendemain des élections que les candidats du Rassemblement national avaient gagné 100 % de leurs duels contre les Verts et 65% contre des Insoumis… contre 35% face au PCF et 25% face au PS (allié à la Nupes). Une manière, peut-être, de faire comprendre aux plus radicaux du mouvement qu’ils faisaient fausse route. Apparaissant comme un parti plus républicain et moins révolutionnaire que La France Insoumise et ses alliés, le Rassemblement national a pu laisser La République En Marche en repoussoir des réformistes et de la France centrale, donc être toujours un opposant de rupture crédible à Macron… tout en ayant une image moins négative que la Nupes. Un tour de force rendu possible par les évènements des dernières semaines (le Stade de France par exemple) et les nombreux excès de l’extrême gauche. Au réflexe « antifa » s’est substitué un réflexe anti extrême-gauche dans une partie de la France des sous-préfectures, allant jusqu’à pénétrer des milieux autrefois très hostiles à cette formation.

Une culture du compromis encore à construire

Lors de sa première allocution post-législatives, Emmanuel Macron a fait montre d’une grande prudence. Pour l’heure, un gouvernement d’union nationale ne se justifie pas et personne n’en veut. Il lui reste donc deux options pour bénéficier d’une majorité qui ne soit pas simplement « relative » : conclure un pacte de gouvernement avec une importante partie des Républicains ou avec le Rassemblement national. Ces deux options sont pour l’heure impossibles, bien que le président soit connu pour sa grande adaptabilité et qu’il ne doit probablement rien exclure par avance. Reste donc l’hypothèse de « majorités au cas par cas », en fonction des projets de lois. C’est cette option qui sera retenue dans un premier temps. Elle permettra peut-être au Rassemblement national d’imposer ses thèmes – la sécurité ou de l’immigration. On se souvient que le premier projet de loi Collomb était d’un bon niveau, ayant été vidé de sa substance par l’aile gauche de la macronie. Le président va-t-il profiter des 89 députés du Rassemblement national pour avancer sur ces sujets capitaux ?

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Ce qui est certain, c’est que les Français sont désormais correctement représentés. Cette nouvelle Assemblée nationale les satisfait à 71% selon les derniers sondages. La Vème République ne devient pas une IVème République bis. Tout au contraire, elle revient à sa source parlementaire en offrant au fait monarchique du président un contre-pouvoir directement issu de l’opinion populaire, en représentant l’essentiel des nuances et des sensibilités. Les véritables démocrates ne peuvent que s’en réjouir.

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Patrice Jean et René Fallet, deux hussards d’honneur

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Eric Naulleau remet le Prix des Hussards 2022 à Patrice Jean, 22 juin 2022, Paris. D.R.

La littérature décomplexée s’est installée, hier soir, dans les salons du Lutetia


En ces temps de progressisme mou où chaque auteur a peur de son ombre, où les ligues de vertu patrouillent le Tipp-Ex à la main, qu’il est bon de se retrouver dans des lieux préservés de toute moraline. Alors que dehors, la fureur d’une littérature dépourvue de style et de nerf, dévitalisée jusqu’à l’écœurement, prospère, il reste des îlots de résistance. Couvons-les ! Dernier rempart au déversoir à âneries, le Prix des Hussards tient le cap depuis neuf ans maintenant grâce à Marina Cousté et à François Jonquères, à la fois mécènes et amoureux sincères d’une littérature décomplexée, deux mots qui vont si rarement ensemble. Dans cette aventure, ils n’ont rien à gagner. Seuls le plaisir et l’amitié les guident. Ils ont réuni autour d’eux une bande de réfractaires à l’ordre établi dont les réunions sont l’occasion d’agapes et de débats enflammés. Autour de la table, le président au calme olympien, Éric Naulleau a parfois bien du mal à modérer les excès langagiers de certains. Il y a dans cette assemblée de bretteurs aiguisés, des ferrailleurs de tout premier plan dignes de la IIIème République. Je pense ici à François Cérésa de Service Littéraire qui aime la farce et le coup de poing ou, à Yves Thréard ambassadeur du Figaro dont les prises de parole argumentées et charpentées sont susceptibles de faire vaciller le jury. Il est l’artisan des majorités absolues. Il aurait été redoutable au perchoir, capable de convaincre les partis d’opposition et ses ombrageux chefs de parti. 

Patrice Jean, le lauréat 2022. 22 juin 2022 D.R.

Ce Prix très singulier dans la galaxie des récompenses demeure fidèle à un courant de pensée désorganisé et batailleur des années 1950 qui fut le premier à débusquer le procureur derrière l’auteur. L’année dernière, il avait été décerné en septembre en raison de la pandémie. Il retrouve en 2022 sa place dans le calendrier, entre le printemps et le début de l’été. Il s’est donné comme mission de récompenser l’audace, le talent, l’irrévérence, la chair forcément faible, le picaresque ou l’éruptif. Tout ce qui est banni habituellement des cénacles littéraires. 

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Chez ces gens-là, un peu romantiques et désabusés, on croit encore à la liberté d’expression pleine et entière si et seulement si elle est soutenue par une plume originale et tentatrice. J’ai la chance de faire partie de ces lascars-là. Notre bête noire ? Cet esprit de sérieux qui est devenu la norme. Nous le combattons dans le tintement des coupes de champagne et les rires gamins. Oui, nous tenons à cette espièglerie salutaire faite de camaraderie et de saillies, de coups de coude et de blagues tonitruantes. Hier, dans les salons du Lutetia, la politique et sa misérable cohorte de calculs furent totalement absentes des conversations. On ne parla point de l’hémicycle bouillonnant, de la voirie parisienne défaillante ou du gouvernement vacillant. C’est dire le détachement souverain des convives réunis et leur hauteur de vue. Nous n’étions pas là pour nous vautrer dans les draps sales de la République mais pour célébrer deux auteurs réfractaires au modernisme. L’un bien vivant, paradoxal car aussi discret par son allure que son œuvre perfore les failles du système. C’est un artilleur en habit de jésuite. Il y a du Jacques Laurent chez Patrice Jean qui a reçu le Prix des Hussards pour Le parti d’Edgar Winger (Gallimard). Dans l’édition française, il est l’auteur qui monte selon la formule d’Olivier Maulin. Un lauréat qui n’a pas arrêté de signer des livres durant toute la soirée. Un écrivain avec de vrais lecteurs qui l’ont lu et qui ne l’ont pas seulement acheté par effet de mode, redonne espoir à tous ses confrères. On peut donc être lu en France sans arrière-pensée. Patrice n’est pas la création d’une maison. Il est le contraire d’un objet médiatique. Il poursuit inlassablement son travail de sape et comptez sur lui pour épingler nos travers et notre lente dérive. Il sera toujours là pour nous alerter sur notre inexorable désintégration collective. Nous lui souhaitons une longue et belle carrière.Dans ce rendez-vous des infréquentables, un autre auteur, disparu en 1983, était à l’honneur avec la parution posthume de son Journal de 5 à 7 inédit aux éditions Les Équateurs. Ce document inestimable tant par sa férocité que par son empreinte nostalgique a été salué d’un Coup de Shako. René Fallet fait partie assurément de la famille élargie des « Hussards », il en a les mauvaises manières et la plume légère, le goût du scandale et l’absence de remords. Cet anar-pêcheur à la prose acide est certainement l’un des plus grands auteurs populistes du siècle dernier. Chez lui, on puise tout ce qui fait le sel de la vie, la veine pamphlétaire, un appel à la nature qui ne pontifie pas la rivière, le refus de l’autorité, l’amour baroque, les triangulaires de la fesse et ce désespoir en bandoulière qui étreint dans la nuit froide, du côté de Jaligny dans l’Allier ou de Villeneuve-Saint-Georges en banlieue cheminote. À quand Fallet aux épreuves du Bac, de quoi dessaler des lycéens bien trop sages pour leur âge ? À quoi reconnait-on le succès d’un cocktail littéraire ? On y parle très peu de littérature ce qui est un signe de bonne santé mentale. Nous savons nous tenir. On croise les copains, on se chambre, on se tient chaud. Dominique Guiou est descendu de son piédestal lillois pour converser avec Alice Ferney et Yann Moix. Philippe Lacoche, le marquis picard aux souliers rouges couve d’un regard bienveillant notre grande Sophie Bachat dont nous attendons prochainement un roman hybride et enfiévré. L’éminence grise de l’édition, le camarade Jean-Pierre Montal, sorte de Jacques Foccart en costume slim, rôdait. Il a le don pour détecter les futurs espoirs de la littérature. Patrick Eudeline, le rocker félin par sa démarche chaloupée et sa silhouette élégante, était assailli par des fans. Il vient de ressusciter le magazine Best dont le numéro 2 est actuellement dans les kiosques. Philibert Humm, grand reporter à Match m’a confié ses embarras mécaniques. Il cherche une Vespa PX 125 à moins de 3 000 euros. Arnaud Guillon, l’homme le plus drôle de la rive gauche, n’a toujours pas acheté la Maserati Ghibli de l’ex-Baron Empain. Pascale Bilger a les plus beaux yeux de Paris. Philippe Brugnon, l’ami de jeunesse de Jean-René Huguenin m’a confirmé que l’écrivain si prometteur n’était pas mort accidentellement dans une Mercedes 300 SL à ailes de papillon comme la légende le répète bêtement, mais en roadster 190 SL. Ce qui m’a fortement perturbé. L’Académicien Frédéric Vitoux nous a raconté une anecdote très savoureuse sur l’aplomb de Bernard Frank quand il s’agissait de se faire payer un travail d’écriture. Un maître ! Pascal Thomas en pantalon blanc à la manière d’Eddie Barclay dont nous attendons les mémoires a évoqué sa passion du jeu et la féérie de ses martingales. Je n’ai pas pu saluer Arnaud Le Guern, ni la délicieuse Stéphanie des Horts qui vient d’intégrer le jury. Et puis, à la toute fin, telle une star hollywoodienne en trench-coat sur le bras, Elisabeth Lévy, exfiltrée du plateau de Hanouna a fait tonner son rire communicatif dans la salle. Vivement l’année prochaine !

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Les députés RN ne sont pas des intrus à l’Assemblée nationale!

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Marine Le Pen dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale avec les députés du Rassemblement National, à Paris, le 22 juin 2022 © ISA HARSIN/SIPA

Alors que 89 députés du Rassemblement National viennent de faire leur entrée au Palais Bourbon, l’extrême gauche et les macronistes s’incriminent réciproquement d’être les responsables de cette situation. Aucun des deux camps ne pense à convoquer le réel…


Il est parfois réjouissant de lire ce quotidien que je ne manquerais pour rien au monde et qui en même temps m’intéresse et m’agace. On a compris que je faisais allusion au journal Le Monde.

On pouvait compter sur lui pour continuer à traiter les 89 députés du RN d’extrême droite – ils n’ont même pas droit à l’adjectif “radicale” comme l’extrême gauche de Mélenchon ! – et pour consacrer rien moins qu’une double page à ce problème capital, quoique dépassé et ayant perdu toute urgence : qui est responsable de cette arrivée impressionnante du RN à l’Assemblée nationale ?

Pour la Nupes, “les macronistes sont les accusés” et, pour Renaissance, la Nupes a une grosse part de responsabilité !

Ce jeu du “c’est pas moi, c’est l’autre” pourrait, avec sa puérilité partisane, prêter au comique si en réalité, derrière cette façade, ce double antagonisme n’occultait pas le fond du sujet et, sans forcer le trait, d’une certaine manière, la vérité du vote et l’état de la France.

J’entends bien qu’il est très commode pour ces deux groupes – l’un soutien inconditionnel du pouvoir, l’autre adversaire extrémiste – de raisonner comme si l’irruption du RN était un accident, quasiment fortuit, comme la conséquence d’une légère imprévoyance, alors qu’au fil des années le plafond de verre s’est ébréché. Le Front républicain est apparu de plus en plus comme une offense à une démocratie honnête et transparente, l’anti-macronisme l’ayant “liquidé” le 19 juin.

Le Rassemblement National est un parti légitime

Est-il pourtant si difficile d’admettre que le groupe du RN n’est pas une sorte d’intrus à l’Assemblée nationale, qu’on ne peut pas discuter de lui comme s’il n’était pas partie prenante du futur politique agité qui nous attend ? Il a été peu à peu conduit, stimulé, imposé, en tout cas guidé vers la représentation officielle de son importance dans le pays réel par des programmes qui heurtaient une multitude attachée à une volonté d’ordre, d’autorité, d’équité et de justice : qu’on lui pardonne !

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Nicolas Sarkozy, élu en 2007, avait très nettement fait baisser le FN pour une raison simple et honorable : on savait qu’il appliquerait certaines des mesures nécessaires proposées par ce parti ou, si l’on veut, celles qu’une droite ferme et le FN pouvaient désirer en commun parce qu’elles étaient évidentes.

A contrario, la forte avancée du RN sous le premier mandat et le début du second d’Emmanuel Macron ont été engendrés par la mollesse régalienne d’un pouvoir, l’ensauvagement de la France – ce terme ne me paraît pas outrancier si on veut bien considérer l’état de notre pays au quotidien, dans ses territoires (qui ne sont plus préservés) et ses grandes villes, dans ses cités “sensibles” (euphémisme alors qu’elles le sont si peu !) et ces zones qui ont clairement échappé à la loi nationale. Pour ne pas le constater, il faut refuser de le voir. Certaines belles âmes en seraient affectées dans leur humanisme, inaltérable parce qu’il ne touche pas la réalité…

Macron et Mélenchon responsables de l’ascension du RN ?

Il faut ajouter à ces deux causes la manière infiniment maladroite, et par ailleurs totalement mensongère, dont le gouvernement a géré certaines crises, tout récemment le scandale du Stade de France. Pas de responsables, pas de coupables, sinon avec un bulletin dans l’isoloir et le fiasco en résultant pour le pouvoir.

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Il est d’ailleurs proprement inqualifiable qu’après de telles incompétences et honteuses péripéties, que suite à de tels dissimulations et travestissements, rien de disciplinaire n’ait été mis en branle à tous niveaux et pour tous les services concernés. Ce n’est pas rien que d’avoir créé une image de la France moquée et dégradée en Europe !

Croit-on par ailleurs que tel ou tel délire de Jean-Luc Mélenchon sur la “police qui tue”, l’empathie affichée pour les transgresseurs compulsifs de l’ordre et, plus globalement, le souci de désarmer à tous points de vue une démocratie qui avait déjà du mal à être combative, n’ont pas eu leur influence sur la montée décisive du RN ? Je relève que ce constat semble partagé puisque par exemple François Ruffin le rejoint au moins partiellement en assignant à la gauche l’obligation de n’être pas seulement celle des métropoles.

Le réel fait le jeu du Rassemblement National

Sans tomber dans le paradoxe, il y a là deux indifférences, au moins, à l’égard des angoisses de beaucoup de citoyens sur le plan de leur sécurité, de leur tranquillité. Mélenchon se moque de la subversion du quotidien par le délit et le crime : ce peut être un terreau pour la révolution. Le président n’a que condescendance pour ce peuple qui ne comprend rien à ce qui constitue le sel élevé de l’existence et, pour être honnête, si Emmanuel Macron a fait progresser un tantinet sa conscience des dangers qui nous menacent, “ses” lois ont toujours été rendues partiellement inefficaces par la logique perverse du “en même temps” comme si le réel n’appelait pas une franche et simple action, riposte, réaction, lutte. Tout sauf la finesse d’un esprit en chambre.

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Je ne suis pas loin de penser aussi qu’il y a des médias qui ont clairement fait progresser le RN. Le Monde et Libération en particulier, le premier ne plaçant jamais la sécurité et la justice au rang des exigences prioritaires et ne condescendant à les aborder que si par exemple un François Ruffin en parle ! Il y a clairement une complaisance de beaucoup de journalistes, par une hostilité unilatéralement orientée, à l’égard de ce qui s’oppose à une protection ferme et une sauvegarde efficace de la société. Tout ce qui ne relève pas du RN ne peut qu’être bon par principe !

Cette comédie du “c’est pas moi, c’est l’autre” risque d’interdire toute prise de conscience. Le pouvoir sera toujours innocent puisqu’il n’est responsable de rien. La Nupes irresponsable puisque son angélisme subversif est un cadeau qu’elle prétend nous faire !

Pendant ce temps le RN engrange. La réalité, qu’on refuse, qu’on récuse, est son alliée.

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Nigeria: les chrétiens persécutés dans le silence

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Des policiers devant l'Eglise Saint-François à Owo (Nigeria) où 50 fidèles ont été tués, 6 juin 2022 © Sunday Alamba/AP/SIPA

Le député français au parlement européen Bellamy et les chrétiens persécutés au Nigeria face à la petite éthique de l’indignation sélective…


Au Nigeria, les djihadistes terrorisent des musulmans, mais surtout les chrétiens, parfois avec le soutien de bergers peuls armés de AK-47 [1] qui, eux-mêmes, lancent des attaques spontanées. Ils ensanglantent des dimanches, comme le 5 juin, à Owo, dans le sud-ouest du pays, lorsque des hommes tirèrent sur les fidèles dans l’église Saint-François.

Huit chrétiens tués sur dix l’ont été au Nigeria en 2021

Le silence de différents médias et du parlement européen a courroucé le député François-Xavier Bellamy. Un double standard déjà dénoncé en 2009 par l’écrivain Raphaël Delpard, athée.

Les chrétiens constituent la communauté de croyants la plus persécutée à travers le monde. L’année 2021 a vu 5 898 d’entre eux périr en raison de leur foi, dont 4 650 au Nigeria tués dans des attentats ou lors de lynchages.

Deborah Samuel, chrétienne tuée pour blasphème le 12 mai

Alors que le site du Parlement indique qu’il se veut réactif aux grands sujets d’actualité et disposé à modifier son ordre du jour [2], l’institution a choisi de ne pas dénoncer l’attentat à Owo, comme elle avait refusé d’inscrire à son ordre du jour le meurtre de Deborah Samuel Yakubu, une étudiante chrétienne lapidée à mort avant que son corps ne soit brûlé à l’aide de pneus enflammés un mois auparavant.

« Dimanche dernier, la messe touchait à sa fin quand les premiers coups de feu ont retenti. Plus de 50 personnes ont été tuées, des dizaines d’autres blessées dont de très nombreux enfants. Quel était leur crime ? D’avoir été à la messe ! », s’est indigné François-Xavier Bellamy le 8 juin à la tribune, avant de rappeler le choix du silence quant au sort fait à Deborah Samuel.

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Le chef de file des députés LR au parlement européen a dénoncé « un silence qui devrait nous couvrir de honte », et fait un constant désolant : « Qui a parlé des morts d’Owo ? Où avez-vous vu leurs images ? De fait, nous en parlons ce soir, mais ce parlement est presque vide quand ce sujet devrait au contraire nous concerner tous. » Deux semaines après, sa parole est restée vaine. En janvier 2020, l’hémicycle européen s’était montré plus courageux en adoptant une résolution sur les attentats terroristes au Nigeria ciblant particulièrement les chrétiens.

Indignations cosmétiques, sans souci réel des victimes

Dans La Persécution des chrétiens aujourd’hui dans le monde, Raphaël Delpard dénonçait déjà en 2009 l’indifférence quant au sort fait dans de nombreuses contrées à ces croyants : « Sommes-nous vraiment attentifs à la souffrance des autres ? Si oui, pourquoi continuer à détourner notre regard des causes essentielles pour nous consacrer, par intermittence, à celles qui le plus souvent, ont comme principal mérite de flatter notre égo ? »[3].

Le silence gêné des élus peut s’expliquer par le peu de gain politique à obtenir d’une dénonciation insuffisamment portée par les médias, mais également par l’impression erronée d’une partie des Européens que le christianisme serait illégitime en dehors de l’Occident. La haine de soi prêchée en Occident amènerait-elle à considérer ces chrétiens comme une extension de l’Europe ? Ainsi, alors qu’il est de bon ton de soutenir les Rohingyas musulmans réprimés par le pouvoir birman, on fait silence sur les attaques de Rohingyas chrétiens par certains des premiers.

Même le massacre de 99 villageois hindous par des Rohingyas musulmans, documenté par un rapport d’Amnesty International en 2018 a été largement contourné. Ces attaques n’ont eu que peu d’audience, car il s’agit non seulement de ne dénoncer qu’en fonction de la valeur médiatique des victimes, mais également de celle accordée aux coupables. L’indication d’un manque de distance journalistique, d’une lâcheté politique et d’une morale superficielle.


[1] En juillet 2012, des bergers avaient incendié la maison d’un pasteur à Jos, dans le centre du pays, condamnant ainsi cinquante adultes et enfants, avant de lancer une nouvelle attaque lors du service funèbre.

[2] https://www.europarl.europa.eu/about-parliament/fr/organisation-and-rules/how-plenary-works

[3] Raphaël DELPARD, La Persécution des chrétiens aujourd’hui dans le monde, Michel Lafon, 2009, p. 253

Parler pour ne rien dire

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Allocution télévisée d'Emmanuel Macron le 22 juin 2022 © Jacques Witt/SIPA

Lors de sa prise de parole à la télévision, hier soir, à 20 heures, le président Macron a reconnu que «la majorité présidentielle est en effet relative». Mais, alors qu’un gouvernement d’union élargie est exclu, et que les LR se refusent à jouer la variable d’ajustement, il n’est pas parvenu à convaincre les Français qu’il n’était pas contraint à l’immobilisme. «Vous avez fait des choix clairs, ma responsabilité est de les faire vivre» a-t-il énigmatiquement avancé. Dans les prochaines semaines, les chroniqueurs politiques ne devraient pas s’ennuyer!


Il y avait de quoi s’interroger en attendant l’allocution présidentielle. Qu’allait bien pouvoir dire un président à qui les électeurs viennent de mettre un énorme camouflet au point qu’à peine réélu, le pays lui montre toute sa défiance en restreignant sa capacité à gouverner ? Qu’avait donc de si urgent à nous dire le président, alors qu’un sondage venait de révéler ce dont toute la classe politique se doutait: les Français ne veulent pas d’une union sacrée, ils veulent que loi par loi le président ait à chercher une majorité et soit obligé de faire des compromis car ils n’ont confiance ni dans son projet ni dans sa personne.

Une allocution plus courte que ce à quoi il nous avait habitués

De crises en crises, Emmanuel Macron a usé et abusé des grandes figures de la manipulation politique. De la fausse contrition de l’arrogant qui redécouvre la valeur de l’humilité, aux excuses sirupeuses du privilégié qui aimerait faire oublier son mépris de classe, ce jeune président provocateur nous a habitués à faire profil bas pour aussitôt retomber dans la morgue. Hier soir, c’est la comédie de l’autocrate qui redécouvre les valeurs du dialogue qui nous a été jouée. Le problème c’est que le coup de l’épreuve qui grandit les hommes et force au changement collectif a déjà été fait avec les gilets jaunes et le covid. A la fin, une fois que le vent du boulet a séché ses mèches, notre jeune président retombe toujours dans les mêmes ornières et retrouve ce mépris du peuple qui signe le technocrate. Il faut reconnaître néanmoins que l’exercice médiatique n’est pas facile, quand on ne contrôle plus rien et quand on veut quand même apparaître au-dessus de la mêlée.

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Sur ce point l’exercice n’a pas été convaincant. Il fallait oser commencer cette allocution en mettant en avant l’élection présidentielle comme la marque d’un renouvellement de confiance, alors que les législatives ont montré que c’était en grande partie un choix par défaut. On est au tout début de cette prise de parole et déjà l’agacement pointe.

Une crise de légitimité?

Il faut reconnaître que les conditions de la prise de parole étaient difficiles, et que le champ des postures était limité: Emmanuel Macron n’a pas grand chose à dire, si ce n’est reconnaître qu’il ne peut plus contrôler le parlement et faire voter ses lois sans l’apport d’une aide extérieure. Alors, comme toute personne dépassée par les circonstances, il cherche à en imposer et à se rassurer. Et ce faisant il montre encore plus combien le roi est nu. La mise en avant de sa réélection et l’insistance sur sa légitimité dit justement que cette légitimité est contestable. L’élection est parfaitement légale, il n’y a pas de doute là-dessus, mais la légitimité est la mesure de ce lien de confiance qui unit le représentant aux électeurs, de sa capacité à les mettre en mouvement et à leur faire partager ses objectifs. La légitimité, c’est le cœur de la représentation. Ce n’est pas juridique mais purement politique. Elle se dit rarement car elle va de soi ou pas. Insister sur son existence, c’est souvent avouer qu’elle est faible. Après une telle claque, quand on n’a toujours aucune ligne politique claire à dessiner, il ne reste qu’une solution: transformer le désaveu en future accusation d’irresponsabilité à l’égard de son opposition.

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C’est sans doute ainsi qu’il faut comprendre certaines phrases particulièrement absconses qui ont émaillé ce discours: « II faudra clarifier dans les prochains jours la part de responsabilité et de coopération que les différentes formations à l’Assemblée nationale sont prêtes à prendre » ou encore « Pour avancer utilement, il revient maintenant aux groupes politiques de dire en toute transparence jusqu’où ils sont prêts à aller ». Les tournures sont révélatrices de la manipulation qu’elles contiennent et d’une forme d’irresponsabilité inquiétante. Ce n’est pas à l’opposition de dire ce qu’elle veut mais au président. Parce qu’il a perdu, Macron n’est plus un arbitre, il n’en a pas les moyens, il doit chercher le compromis et c’est sa responsabilité que de le trouver. Or aussi courte qu’ait été l’intervention du président, elle est restée très floue. Incapable de donner un quelconque sens ou une quelconque densité aux interrogations des Français qu’il dit percevoir sur le pouvoir d’achat, la sécurité, l’énergie, l’éducation ou l’écologie, il enchaîne les mots mais rien de tout cela ne dessine un avenir, une direction ou un horizon. L’homme essaie de ressortir la martingale du « dépassement politique ». Le retour du « ni droite du gauche » ? A moins que ce ne soit le « et droite et gauche » ? On ne sait pas, on ne sait plus et visiblement lui non plus ! Ce qui est sûr, c’est que cette référence à la « grande histoire » macronienne de la conquête du pouvoir n’entre plus en résonance avec rien et ne réveille aucune mystique politique. C’est un flop symbolique.

À trop vouloir faire croire, contre toute évidence, que la gestion d’une situation qui exprime la défiance de Français à l’égard du pouvoir qu’il incarne, incombe aux oppositions, Emmanuel Macron apparaît comme un homme qui croit qu’une bonne communication peut lui permettre d’échapper au réel. C’est ce qui a fini par transformer son premier mandat en une forme de fuite en avant, c’est ce qui risque de faire du second un chemin de croix.