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Gaza: la sortie du tunnel par le textile?

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De fortes pluies dans la bande de Gaza ont produit des inondations dévastatrices ces derniers jours. Les Palestiniens tentent de faire face, mais l’enclave est démunie, et certains accusent Israël de “noyer” Gaza. L’État hébreu affirme de son côté qu’il n’existe pas de barrage côté israélien permettant de jouer sur le débit de l’eau. L’analyse de Liliane Messika


La Bande de Gaza suscite un intérêt obsessionnel de la part de la planète Islamogauchix et de son satellite Media-à-Idéfix. Mais tout n’est pas bon à dire. Surtout ce qui va bien.

Un article de RFI du 19 janvier [1] évoque les inondations à Gaza. Ces catastrophes naturelles accablent tout le Moyen-Orient, mais RFI ne croit pas qu’il s’agit seulement d’un phénomène météo. En tout cas à Gaza. La chaîne française, porte-parole du Quai d’Orsay, a trouvé un témoin qui l’explique par la reductio ad Israelum. C’est Mohamed Bakri, le président du comité agricole de Gaza : « Je ne dis pas qu’Israël fait exprès de noyer Gaza. Mais Israël a construit plusieurs barrages en amont, qui bloquent l’écoulement naturel des rivières qui traversent Gaza. Et à chaque fois qu’il y a de fortes précipitations, les Israéliens ouvrent les vannes de leurs barrages pour évacuer leur surplus d’eau, et c’est le déluge ici, ça provoque aussi l’érosion de nos terres agricoles ». 

Une fake news?

Sauf que cette histoire de barrages est une fake news de chez fake news : il n’existe aucun barrage côté israélien. C’est si facile à vérifier que l’AFP, notre Pravda nationale, était allée sur le terrain en 2015 et avait publié une vidéo qui le démontrait sans ambiguïté [2].

RFI se sent donc obligé de le mentionner, en avant-dernière ligne : « Mais selon les autorités de l’État hébreu, il n’existe aucun barrage côté israélien, permettant de jouer sur le débit de l’eau ». Le « Mais selon les autorités de l’État hébreu » est-il le clin d’œil de connivence aux lecteurs, destiné à décrédibiliser tout ce qui peut être proféré par l’entité sioniste ?

A lire aussi: Les États-Unis échappent de peu à un apartheid sanitaire

RFI aurait pu, mais n’a point voulu, citer l’un des nombreux articles du journaliste arabe israélien Khaled Abu Toameh. Le 18 janvier 2022, il avait interviewé Majdi al-Saleh, ministre des collectivités locales de l’Autorité Palestinienne (celle de Mahmoud Abbas, élu pour quatre ans en 2005 et toujours en exercice faute d’avoir organisé des élections depuis cette date). « Le gouvernement de facto doit financer les municipalités et leurs projets au lieu de dépenser l’argent par d’autres voies, qui sont souvent souterraines [3] », a déclaré l’officiel cisjordanien. 

Le « gouvernement de facto », c’est le Hamas (acronyme de « Mouvement de résistance islamique »), qui a pris le pouvoir à Gaza par un coup d’État contre l’AP en 2007. Les « autres voies souterraines », ce sont les tunnels de contrebande en direction d’Israël et de l’Égypte, qui ont permis à 1700 dirigeants du Hamas de devenir millionnaires [4] grâce aux taxes qu’ils prélèvent sur tout ce qui y transite.

Omerta sur les bonnes nouvelles 

Pour apprendre que l’industrie textile est florissante à Gaza, il faut lire Euronews, chaîne d’info pan-européenne multilingue détenue à 88% par Media Globe Networks, propriété de l’homme d’affaires égyptien Naguib Sawiris [5]. Égyptien comme « limitrophe de la Bande de Gaza ». Rappelons, en effet, que Gaza a deux frontières terrestres, l’une avec Israël et l’autre avec l’Égypte. Si les médias hexagonaux parlent DU blocus de Gaza, c’est parce qu’ils veulent faire oublier qu’il y a deux blocus, car le terrorisme s’exporte, par ces tunnels, vers deux États-cibles. 

La chaîne d’info a ainsi moins de pudeurs virginales que ses homologues françaises, aussi n’hésite-t-elle pas à écrire des choses imprononçables sur RFI : « Ces jours-ci, les emplois dans le domaine du textile sont plus nombreux, depuis que les entreprises israéliennes peuvent s’installer dans la bande de Gaza. » Et d’expliquer que cette industrie a connu un âge d’or, dans les années 1990 : « 900 ateliers de la bande de Gaza fournissaient des vêtements à Israël et à la Cisjordanie et, surtout, du travail à plus de 35 000 ouvriers gazaouis. Mais depuis le blocus imposé sur le territoire à partir de 2007, cette industrie était totalement paralysée. (…) Quand Israël a accordé des visas de travail aux Gazaouis à l’été 2021, ils étaient plusieurs milliers à candidater au précieux sésame, comme Tamer Al Jamal, jeune diplômé d’université : Nous sommes très heureux de cette opportunité d’obtenir un emploi en Israël et nous parlons entre nous avec une grande joie de la possibilité de restaurer une vie normale dans tout le pays [6].” »

Là aussi, une explication de texte s’impose : « l’âge d’or » des années 1990 correspond à la période où Israël occupait encore Gaza. En 2005 Ariel Sharon, bête noire des antisionistes viscéraux et Premier ministre israélien, a évacué tous les Juifs, civils et militaires. 

Le « blocus imposé depuis 2007 » est intervenu en réponse à la décision officialisée du Hamas de consacrer tous ses moyens à transformer la Bande en base de lancement de missiles contre l’État juif. Sa charte est claire : « Le mouvement de résistance islamique est l’un des épisodes menés contre l’invasion sioniste. (…) L’apôtre de Dieu (bénédiction et salut soient sur lui) a dit : “L’heure suprême ne se dressera pas avant que les musulmans aient combattu les juifs (c’est-à-dire que les musulmans ne les aient tués), avant que tous les Juifs ne se soient cachés derrière les pierres et les arbres et que les pierres et les arbres eussent dit : ‘Ô musulman serviteur de Dieu, un Juif se cache derrière moi, viens et tue-le’. Seul Al Gharquad gardera le silence car il fait partie des arbres des Juifs.” (Hadith rapporté par Al-Bukhâri et par Muslim) [7]

Cet article de sa charte n’est pas pour rien dans le soutien inconditionnel des antisionistes au Hamas. Pour intersectionnaliser leur lutte, les antisionistes s’amalgament avec tous les groupuscules victimaires, de droite, de gauche et des galaxies environnantes, qui n’ont en commun que la haine de l’État juif. Ils constituent une manne pour la plupart des médias français, lesquels éprouvent donc une réticence bien compréhensible à publier des informations concernant Gaza, s’ils ne peuvent pas en accuser Israël. 

D’où le succès des barrages imaginaires et le silence sur les Gazaouis heureux de nourrir leur famille sans avoir à passer par la case ceinture d’explosifs.  


[1] https://www.rfi.fr/fr/moyen-orient/20220117-fortes-pluies-dans-la-bande-de-gaza-les-palestiniens-tentent-de-faire-face

[2] Vidéo AFP : https://www.youtube.com/watch?v=v4mT9VhjMkk

[3] https://www.jpost.com/middle-east/article-693860

[4] https://fr.businessam.be/1-700-millionnaires-du-hamas-vivent-a-gaza-exp-204113

[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Euronews

[6] https://fr.euronews.com/2022/01/26/l-industrie-textile-de-gaza-traverse-les-frontieres-israelo-palestiniennes

[7] https://www.senat.fr/rap/r08-630/r08-630-annexe2.pdf – chapitre premier, article septième.

Mais qui a trahi Anne Frank?

La cache d’Anne Frank aurait été révélée aux Allemands par un notaire juif, selon un livre en tête des ventes. Depuis les Pays-Bas, Rene ter Steege fait le point sur la polémique.


Le livre sur la trahison d’Anne Frank, qui vient de paraître dans un grand fracas publicitaire, prend des rumeurs pour des réalités. C’est l’avis de bien des experts néerlandais qui doutent du clou du livre de l’écrivaine canadienne Rosemary Sullivan, paru simultanément dans 23 pays, dont la France. 

Dénoncée par Arnold van den Bergh?

Sullivan prétend avoir découvert le nom de celui qui a donné aux occupants allemands le lieu où Anne Frank et sept autres Juifs s’étaient cachés pendant deux ans pour échapper à la déportation.

Le traître serait le notaire Arnold van den Bergh, membre du Conseil Juif d’Amsterdam, composé de notables censés persuader les Juifs de la capitale à collaborer avec les occupants. Van den Bergh, mort d’un cancer en 1950 a l’âge de 64 ans, était Juif, ce qui ajoute du piment à la supposée révélation dans le livre paru mi-janvier en français sous le titre Qui a trahi Anne Frank? L’auteur, épaulée par une cohorte de chercheurs, affirme que le notaire était “très probablement, à 85%” le traître.  “Pour une accusation aussi grave, mieux vaut être sûr au moins à 100% voire à 200%” a commenté Ronald Leopold, le directeur de la Maison d’Anne Frank à Amsterdam.

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L’auteur affirme qu’une lettre anonyme adressée en 1945 à Otto Frank, le père d’Anne, est la preuve quasi concluante de la culpabilité de Van den Bergh. Lequel aurait fourni aux Allemands l’adresse du Prinsengracht où les Frank se cachaient, dans la fameuse annexe secrète où Anne écrivit son Journal. Otto Frank aurait reçu la lettre à Amsterdam peu de temps après son retour d’Auschwitz, seul survivant de la rafle de l’annexe du 4 août 1944. Frank se mit tout de suite à s’enquérir sur le sort de ses compagnons de malheur, notamment ses filles Anne et Margot et son épouse Edith. Elles étaient mortes, devait-il apprendre plus tard, au camp de Bergen-Belsen au début du printemps de 1945, peu avant l’arrivée des libérateurs britanniques.

Pourquoi Otto Frank n’a-t-il rien dit ?

Aussi surprenant que cela puisse paraître, la lettre anonyme, déjà mentionnée par l’historien néerlandais David Barnouw en 2003, ne poussa pas Otto Frank à demander des explications à Van den Bergh. Ce n’est que bien après la mort de celui-ci que M. Frank informait la police de la dénonciation anonyme, qu’il croyait crédible. Craignait-il que la divulgation du nom du prétendu coupable encouragerait l’antisémitisme dans la population, comme le suggère le livre ? Ou, autre hypothèse, ne voulait-il pas accabler les enfants de Van den Bergh de la trahison de leur père ?

La lettre anonyme n’est évidemment pas une preuve de culpabilité. Aussi, les chercheurs néerlandais ne l’avaient ils pas considérée comme une pièce maîtresse dans leurs efforts pour élucider un mystère qui, grâce au Journal d’ Anne Frank, continue d’intéresser le monde entier.

Dans sa campagne de communication autour du livre, l’éditeur Harper/Collins met en avant l’équipe d’une vingtaine d’experts dirigés par un ancien limier du FBI et dotée des outils derniers cris de l’intelligence artificielle pour passer au peigne fin des données qui auraient échappé aux chercheurs conventionnels auparavant. Polis, les experts néerlandais s’en disent reconnaissants, sans dissimuler leur scepticisme. Notamment sur l’affirmation que Van den Bergh aurait disposé de nombreuses adresses de cachettes de Juifs, dont celle des Frank. Adresses qu’il aurait communiquées aux Allemands en échange de la promesse que lui et les siens seraient exempts de la déportation.

“Une élucubration,” a jugé le chercheur universitaire Bart van der Boom qui est justement en train d’écrire un livre sur le Conseil Juif. “Si Van den Bergh avait avoué qu’il était en possession de listes de Juifs cachés, les Allemands l’auraient déporté dare-dare.”

Le Conseil Juif d’Amsterdam dissous en 1943

Le livre affirme ensuite que des Juifs déjà déportés avaient écrit des lettres au Conseil implorant ses membres de prendre soin de leurs proches cachés, tout en indiquant leurs adresses. C’est plus que douteux, car les membres du Conseil Juif (Joodse Raad) faisaient figure de collabos, travaillant pour ce que ses adversaires appelaient Joods Verraad (Trahison Juive).

A lire aussi: Alain Michel: “Vichy désirait protéger tous les Français, dont les juifs”

Besogne faite, le Conseil, qui déconseilla d’ailleurs aux Juifs de se soustraire à la déportation, fut dissous en septembre 1943 et la plupart de ses membres furent expédiés vers les camps. Van den Bergh, qui avait réussi à se faire déclarer non-Juif, décision révoquée plus tard, n’était pas des leurs. Sous l’Occupation, en tant que notaire il avait dû maquiller en achats légaux le vol de peintures appartenant à des familles juives. Œuvres d’art sur lesquelles de hauts dignitaires nazis avaient jeté leur dévolu. Ce qui lui valut quelques ennuis après la Libération, mais il put reprendre sa profession.

Le livre de Rosemary Sullivan a en tout cas réussi à unir les experts néerlandais contre elle. C’est assez rare pour le souligner, car ils s’écharpent souvent entre eux sur l’identité du traître d’Anne Frank. Certains désignent la collaboratrice juive Ans van Dijk, fusillée après la guerre. D’autres montrent du droit un cambrioleur dans le bâtiment contigu à l’annexe, des voisins, des commerçants du Prinsengracht, des employés et d’autres connaissances d’Otto Frank, des membres de son réseau d’aide, un marchand de tickets de rationnement, ou un policier du quartier…  

Shoah business

Un véritable polar dans le genre ‘whodunit’, mais, jusqu’à la publication du livre de Rosemary Sullivan, le notaire Arnold van den Bergh avait plutôt joué un rôle subalterne. Ailleurs dans le monde, on jugera peut-être l’accusation grave portée contre lui plus crédible qu’aux Pays-Bas, où se trouvent pourtant les meilleurs spécialistes d’Anne Frank et où une journaliste a carrément fustigé le “projet dégueulasse” autour du livre. Et d’accuser les éditeurs de vouloir profiter du “Shoah business”.

La vérité, restera-t-elle à jamais ensevelie dans les brumes de l’Occupation? L’historien David Barnouw, grand expert en la matière, confia au journal amstellodamois Het Parool: “Les chances de jamais trouver la réponse définitive me paraissent extrêmement réduites.”

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Un concert pour l’histoire à l’Alhambra: Dimitri Casali lance Historock

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Le 2 février, à 18h30, le rockeur historien se produira sur la scène de l’Alhambra pour le lancement d’”Historock”. Franck Ferrand, sur la scène, assurera les intermèdes. 


J’avais 20 ans. Le carton d’invitation de mon anniversaire mentionnait « Les Beatles ne seront pas là, mais il y aura Apple Pie ». La cave voutée débordait de monde. Dimitri Casali, juché sur une estrade, sautait en l’air en plaquant un premier accord sur sa guitare électrique, et criait : « Help !»

A lire aussi, Sophie Bachat: Les derniers jours des Beatles

Il n’a jamais cessé depuis. Je ne parle pas des dizaines de concerts qu’il a donnés avec Apple Pie, animant les soirées étudiantes toulousaines, ni de ceux de Paris, rue de Lappe ou à la Perestroïka les jeudis des années 90. Je parle du cri d’alarme dont il est devenu le porte-parole. Car entre-temps, Dimitri est devenu l’historien qu’on connait, ardent défenseur des grands personnages qui ont déserté les manuels scolaires, laissant la place à une version sociologique de l’histoire. 

“Historock” – D.R

Parrainé par… Jean Tulard !

Ce fou de Napoléon s’est lancé dans une croisade qui prend la forme d’une mission de salut public pour faire aimer notre histoire. Les concerts qu’il donne avec son groupe depuis quelques années avec “Napoléon l’opéra rock”, électrisent les enfants et les adolescents des villes qui ont eu la chance de l’accueillir.

Il vient enfin de terminer le projet initié il y a dix ans, lequel consiste à faire entrer l’histoire de France dans le rock. Et inversement. “Historock” entre dans sa phase finale sous la forme d’un opéra rock dont le premier concert à Paris aura lieu le 2 février dans la salle mythique de l’Alhambra, à 18h30.

À lire aussi, du même auteur: Anthony Palou ou l’éloge sentimental de la boutique

Parrainé par Jean Tulard, soutenu par de nombreuses personnalités, le concept se décline déjà en 17 vidéoclips éducatifs très réussis, réalisés par Hugo Bimar, visibles sur YouTube, mettant en scène les personnages clé et commentés par des historiens de renom. 

De Jeanne d’Arc à de Gaulle, de Bouvines à la Révolution, l’histoire défilera sur un écran géant tandis que Dimitri, Pedro, Gaby, Greg, Mehdi et Paloma en costumes d’époque, mettront le feu à la scène de l’Alhambra. Si vous aimez notre culture, notre histoire, le rock et vos enfants, dépêchez-vous de prendre vos places ! 


Joy Majdalani: le panache de la jeune fille

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Le goût des garçons, coup d’essai de Joy Majdalani, se révèle un coup de maître. Un premier roman sensuel et insolent au style impeccable sur les premiers émois de l’adolescence


Le journalisme crève de ses lieux communs. Vous aussi, vous me direz. Rengaines et formules cent fois usées, mille fois entendues. Tant pis, il faut bien mourir. Alors allons-y : combien de « charmants petits monstres » notre littérature a enfanté ? Il y a eu l’originale : Françoise Sagan, pour qui Mauriac trouva cette formule désormais fatiguée et fatigante. L’auteur de Bonjour Tristesse ne fut pourtant pas la première du genre. Sans aller jusqu’à Musset, Raymond Radiguet est en quelque sorte l’ancêtre de cette race d’écrivains. On pense ensuite au jeune Roger Nimier des Épées. Plus récemment à Lolita Pille (j’entends déjà ceux qui s’étouffent). Ces jeunes gens ont pour eux de ne pas être laids, d’écrire aussi vite qu’ils boivent, et de provoquer l’éditeur qui voit un coup flamboyant à faire. Ça n’est pas un gage de talent, tant s’en faut, mais ça n’assure pas non plus d’en être dénué. Mille fois, nous les avons oubliés en un souffle, ce n’est pas une raison pour ne pas les espérer.

Féérie, désillusion et jupe-portefeuille

Joy Majdalani vient de sortir (chez Grasset, l’éditeur historique de Raymond Radiguet) un de ces charmants petits livres, donc, pour qui l’on espère une descendance éclatante. Pour sa naissance dans les lettres françaises, cette jeune libanaise de vingt-neuf ans nous parle d’une autre naissance : celle de sa sensualité et de ses amours adolescentes. Le récit démarre par une ode « aux filles qui [lui ont] donné le goût des garçons ». Le ton est donné : « Au fond de notre classe de 5e, près du radiateur, des fenêtres, somnolent les Dangereuses […]. L’uniforme du collège Notre-Dame de l’Annonciation enveloppe les fesses et les seins neufs. L’affreuse jupe portefeuille retroussée jusqu’au-dessus des genoux, une provocation quotidienne lancée à la surveillante […]. » Non loin de ces Dangereuses, se trouvent, au centre de la classe le fief des insignifiantes : « Chaussettes hautes bordées de dentelle, lunettes oranges ou vertes, peu sexuelles, duvets de moustache, sous-pulls en flanelle portés sous la chemise, imposés par une mère inquiète, de celles qui préparent des goûters à la symétrie militaire, qui ne laissent au vice aucun espace où fleurir. »

A lire aussi, Jérôme Leroy: Hier le futur

Les disputes du collège de l’Annonciation prennent des airs de grandes batailles. Et l’on se souvient du merveilleux sérieux avec lequel Jean Cocteau nous parlait d’une bagarre de boules de neige comme d’un Waterloo tragique dans Les Enfants Terribles. Dans Le goût des garçons, la narratrice rejoint un monde parallèle et fantastique par le biais d’Internet (« L’informatique au sortir de l’enfance prend le relais de la magie ») lequel la fera passer d’une féerie à la désillusion. Joy Majdalani sait retranscrire le sérieux quasi-théâtral de la puberté en lui ajoutant une profondeur poétique. Avec sincérité et malice, elle dit la singularité de cet âge.

Le sens de la formule

La langue, classique et corsetée, n’oublie pas de se relâcher pour faire mouche. Comme un coup de fleuret. Ses phrases sont mesurées, souvent brèves jamais sèches. Ainsi qu’une libertine du XVIIIe siècle armée d’un Mac Book Pro, elle allie drôlerie, sensualité, élégance et provocation, sens de la formule (« La rancune est abnégation. Je n’ai pas la discipline qu’il faut pour rester fâchée ») et la charmante insolence de celles qui ne veulent pas se taire. C’est Madame du Deffand qui aurait grandi en regardant “American Pie”. Toujours nos sens sont éveillés. En lisant ce récit, les parfums ambrés de l’Orient nous arrivent. Sa prose a des senteurs de Black Opium (YSL, 51,90€ les 90ml). Jamais pourtant Joy Majdalani ne s’attarde sur de banales descriptions orientalistes. Sur les descriptions tout court, d’ailleurs.

A lire aussi: L’abc d’A.D.G.

L’essentiel n’est sans doute pas là pour elle. Il lui faut aller vite, courir au plaisir, voler des souvenirs à sa mémoire avant qu’ils ne s’échappent et se désagrègent. Cela lui évite aussi de tomber dans des facilités, des choses cent fois répétées, ou pire, de nous ennuyer. Son pinceau a le charme vif des croquis des petits maîtres adorables.

Mais que fait Beigbeder?

Avec tout cela, on aurait juré que ce livre serait défendu par Frédéric Beigbeder dans les colonnes du Figaro. Il n’est pas trop tard. Sans doute l’auteur D’un barrage contre l’Atlantique est-il pour le moment occupé à la promotion de son dernier livre. C’est bien normal. Joy Majdalani devra aujourd’hui se contenter des éloges d’un jeune critique inconnu avant de se voir tresser des lauriers chics dans l’avenir. Nous pouvons espérer qu’il ne lui faudra qu’un peu de patience pour le vérifier.

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Zemmour n’est pas un homme à «déconstruire»!

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Plus de 200 femmes signent une tribune en soutien à Eric Zemmour


Françaises, nous sommes chaque jour plus nombreuses à soutenir Eric Zemmour, car nous sommes convaincues qu’il est le seul capable de nous tirer des abîmes de nihilisme dans lequel la classe politique s’évertue à nous noyer. Eric Zemmour serait ce mâle blanc, hétérosexuel de plus de cinquante ans, qui revendique l’héritage de notre civilisation française et chrétienne, et est devenu par conséquent l’homme à déconstruire.

On nous explique que « nos petits problèmes » vont être réglés lorsque les trottoirs seront plus larges, lorsque les garçons joueront à la dinette, ou que l’on aura martyrisé notre langue à coups d’autrices et de pompières

Nous sommes étudiantes ou mères de famille, salariées ou chefs d’entreprise, infirmières ou avocates, universitaires ou serveuses, toutes mues par une même certitude : nous ne voulons pas qu’une poignée de militantes déconnectées du réel s’arroge le monopole de la représentation des femmes dans les médias et dans l’espace public, derrière la bannière contestable du « néo-féminisme ».

Le modèle français menacé

Leur tribunal implacable fait chaque jour de nouvelles victimes. Cette inquisition, relayée par les médias, distribue les certificats de vertu, les bons et les mauvais points, fait et défait les réputations, se mêle de tout, et surtout de ce qui ne la regarde pas. Elle s’occupe de notre sexualité, de nos copains, de nos maris, de nos patrons, de notre panière à linge et des jouets de nos enfants. Nous voulons mettre un terme à cette tyrannie sournoise et omniprésente qui se glisse jusque dans nos relations les plus intimes.  

A lire aussi, Aurélien Marq: Eric Zemmour peut-il contenir la menace islamiste?

Eric Zemmour est le seul candidat à dénoncer avec vigueur et pertinence les ravages du néo-féminisme, et des idéologies qui l’accompagnent. Cancel culture, wokisme, intersectionnalité, autant de mots barbares pour recouvrir une seule et même réalité : la mise à mort de ce qui fait l’essence et la beauté de notre civilisation et de notre identité. Nous sommes les héritières d’une culture millénaire qui estime et valorise la femme. Une civilisation où la femme a toute sa place. Une femme libre et créatrice, honorée et respectée, pour un modèle envié à travers le monde.

Osez la féminité !

Seul Eric Zemmour ose remettre les choses en place avec énergie et bon sens. Lui seul dit tout haut ce que nous sommes tant à penser tout bas. Non, l’urgence d’aujourd’hui, pour des millions de femmes, n’est pas la question de la parité dans les comités exécutifs mais celle de la fin du mois ! Oui, le meilleur pour un enfant reste d’être élevé par son père et sa mère ! Non les hommes ne sont pas nos ennemis mais nos pères, nos frères, nos fils et nos maris.

A lire aussi, Laurence Trochu: “Eric Zemmour s’est engagé à remettre en cause la PMA sans père, mais la loi Taubira n’est pas une priorité”

Il est temps de remettre nos valeurs à l’endroit, à l’école, à l’université, dans la rue et au travail. Eric Zemmour peut nous y aider : il a les convictions pour cela, et le courage de les assumer quand tout vise à le faire taire. A ses côtés, nous voulons oser la féminité, et non ce féminisme dévoyé. Une féminité fière, épanouie et réaliste. Nous assumons pleinement l’attribut féminin qu’est la maternité mais refusons d’être réduites à des « personnes » munies d’un vagin ou d’un utérus. Filles d’Héloïse, de George Sand, de Coco Chanel et de Brigitte Bardot, nous croyons que l’amour est un sentiment, mais pas l’insécurité.

Théorie du genre, cours d’école, écriture inclusive, fable du patriarcat…

Eric Zemmour est aujourd’hui le seul à avoir compris ce qui nous met véritablement en danger, nous les femmes de France. Lui seul dénonce l’arrivée massive, sur notre sol, d’individus modelés par une religion et une civilisation, l’islam, qui a fait de la femme depuis des siècles la reléguée perpétuelle. Et pendant que les beaux esprits chassent « les propos déplacés » dans les salons parisiens, nous sommes priées d’éviter certains quartiers et de rallonger nos jupes pour emprunter le métro. La violence gratuite, la peur au ventre sont notre quotidien. Comment oublier Chahinez brûlée vive par son mari, Laura et Mauranne, poignardées en plein jour à la gare de Marseille, Axelle, traînée sur 800 mètres par la voiture de son agresseur, Stéphanie, égorgée dans le sas de son commissariat.

Et ces maux dont nous, les femmes, sommes les premières victimes, se trouvent dramatiquement amplifiés par le délire idéologique ambiant : le coupable universel est désigné, ce serait le patriarcat occidental. Voilà qui permet d’éviter de nommer les choses ou de répondre avec réalisme au drame des viols ou des agressions.

Marie Durand et Eric Zemmour

On nous explique que « nos petits problèmes » vont être réglés lorsque les trottoirs seront plus larges, lorsque les garçons joueront à la dinette, ou que l’on aura martyrisé notre langue à coups d’autrices et de pompières.

A lire aussi, Laurence Simon: Tu seras une femme, mon fils

Nous préférons des hommes qui construisent des EPR pour projeter notre pays vers l’avenir avec responsabilité, plutôt que des femmes qui jettent des sorts et l’enferment dans les pires archaïsmes. Nous voulons aussi des femmes qui construisent des EPR, sauf que pour nous, la prime doit aller à la compétence, et non aux quotas cache-misères. Nous ne voulons pas de ces fausses solutions qui dévalorisent les femmes et méprisent leurs vraies souffrances.

Une chose est sûre, nous continuerons de dénoncer avec force la trahison et la lâcheté des politiciens de tous bord qui ont repris à leur compte l’idéologie folle portée en France par la vague #BalanceTonPorc, les « écoféministes » et leurs porte-paroles.

Résolument, nous l’affirmons : aujourd’hui, pour la France, le candidat des femmes est Eric Zemmour.


Signataires

Abassi melanie Commercante
Adèle Chupin Dirigeante d’entreprise
Agathe Dionnet Étudiante en AES
Agnes d’Amilly Directeur administratif et financier /Secrétaire général
Alexane Isnard Chef d’entreprise
Alexia Tourrucou Administrateur des ventes
Alice Blum Commerçante
Alice de Gentile Étudiante, Sciences Po Paris
Alice Gramfort Commerçante
Ambrine Mohamed Clerc de notaire et étudiante en droit notarial
Angélique Durand Chef d entreprise
Anna Dhalluin Étudiante en géopolitique
Annabelle Moulin Mère au foyer
Aodrenn Thibault Etudiante en école de commerce
Astrid de la Rüe du Can UX/UI designer
Athenais Collard Doctorante en implantologie dentaire
Aubin Cindy Commerciale
Aude Lombard Médecin
Audrey loupmon Responsable pôles finances et ressources humaines
Aurélia Eynard Profession libérale
Aurore Ginouves Etudiante en droit
Axelle Hue Employée
Axelle Le Gal de Kerangal Chargée de marketing
Béatrice Biet Restauratrice
Béatrice Sion Etudiante en medecine
Bérénice Schuppert Étudiante en droit
Boudra Ouanessa Aide Médico psychologique
Brandy Jany Psychotherapeute psychanalyste
Brigitte sully Educatrice spécialisée
Camille Marazato Conservation du patrimoine
Candice Hardelin Étudiante en histoire
Carine Christini Fonctionnaire de police
Carmen Nicolas Professeur d’économie, droit et management
Carole Marchioni Traductrice freelance
Caroline-Christa Bernard Juriste
Catherine Cardot Directrice commerciale
Catherine Kuster Salariée dans le secteur du tourisme
Caty kammoun Retraité
Cécile Fischer Chef de projets communication marketing
Celia Vallet Master Alternance Risque et Environnement
Cellier Roxane Juriste
Chantal Lemarotel Contrôleur Caf
Chantal Pichaud Retraitée
Charline rochette Mère au foyer actuellement (community manager)
Charlotte Boyer Professeur d’allemand
Charlotte garcie Etudiante en DAEU (Diplome d’acces aux études universitaires)
Charlotte-Emmanuelle Bosc Adjointe de direction
Christelle Pasquet Secrétaire
Christine Broche Retraitée
Christine GENNETIER Retraitée
Christine Latreille Ingénieure territoriale
Christine LESAFFRE Fonctionnaire
Cindy Nunes Assistante de direction
Claire Chenu Retraitée
Claire Reynaud Étudiante Master Commerce du vin
Claire-Agathe Moucadel Etudiante en droit
Clara Martin Étudiante en psychologie
Clémence FERBER–BETTINI Alternante en électronique
Clémentine Lefebvre Étudiante en BTS économie sociale familiale à Caen
Clotilde Gaillard de Saint Germain Étudiante nutrition/diététicienne
Corinne ESPASA Orthoptiste
Cornelia Costea Professeure
Cyriane Cerclet Étudiante en psychologie
Diane Turmel Responsable Événementiel
Dominique aharonian Retraitée
Dorothée Martin Directrice activité industrielle
Eglantine Penel Graphisme
Elena Christmann Enseignante
Elena Lebecque Contrôleur financier
Elena Von Haeflinger Analyste financière et vidéaste
Elisa Beauchamp Étudiante en Design graphique et communication
Elodie Arbète Agricultrice éleveuse
Emilie Boulard Responsable relation clientèle hôtel-restaurant
Emilienne BALON femme au foyer
Emma Top Étudiante en école de commerce
Emmanuelle MERIMEE Ingénieure travaux publics
Emmanuelle Taupiac Psychologue
Estelle Gameiro Ramage Professeur des écoles
Esther Heide Artiste
Esther Schouman-Mercier Études psychologie
Evelyne Birot Directrice agence de voyages
Fabienne CAQUELIN Mère au foyer
Fati Bitout Étudiante
Florence Deletang Cadre d’éducation
Florence Savage Commerciale
Floriane Lefèvre Médecin
Gaëlle Ricou Employée de maison
Gallien Isabelle Retraitée
Laure Guilbaud Aide soignante
Gwendoline Cazard Conseillère Commerciale
GWENDOLINE LEROY Mere au foyer
Héloïse Lagaillarde Office Manager
HEMARDINQUER Catherine Enseignante privée
Hermine Sutter Juriste
Inès Chopard Alternance en communication
Inès Grouze Étudiante en commerce
Inès Vanhoutte Sans
Isabelle Cominotto Comptable
isabelle de la Guéronnière Instructrice régulation des naissances et naturopathe
Isabelle Razafin Professeur des écoles
Isabelle Renaud-Chamska professeur agrégée de lettres classiques à la retraite
Joëlle Widmer Ex- pilote de ligne ( commandant de bord à Air France) ,départ volontaire dû à la crise sanitaire
Johanna Valdeyron Technicienne de surface
Josée Fuentes Retraitée
Josiane Piret Élue
Julia Colonna Auxiliaire veterinaire
Julie Mothé Étudiante infirmière
Julie Truffaut Enseignante
Justine Tosonian Éditrice
Karine Boisset Auto entrepreneur dans le tourisme
Karine Lemercier Aide-soignante
Kimberley Perlot Employée polyvalente
Laetitia de Boysson Chargée de communication
Laura Basso Community Manager
Laure Breton Étudiante en arts
Laurence Mermet Responsable administratif et financier
Laurine Ladian- -Fassi Étudiante en prépa art/archi/animation
Lauryne Anicet Étudiante en linguistique anglaise
Lauryne Chollet Bts cg
Le Pichon Pauline Femme au foyer
Leïla Blangero Cadre de banque
Lesage Sabrina Infirmière
Lisa Verlande Etudiante en Histoire
Lise Caillaud Indépendante
Lola Pinot Closeuse
Lorraine Langard Étudiante en droit
Lorraine vaur Étudiante CPGE sciences Po
Louise mercier Étudiante en droit
Lucie Guilliot Généalogiste professionnelle
Lucie Tivolle Traduction littéraire
Lucy Georges Professeur
Madeleine d’Hueppe Exploitant agricole
Madeline Henrich Étudiante en droit
Mai Rimlinger Responsable de restaurant
Malika Messaoudi-Loubet Intervenante sociale
Margaux Lasselin Juriste
Marguerite Frison-Roche Manager culturel
Marie Chopin Retraité
Marie dumont Esthéticienne
Marie Durand Ingenieur en banque – Actuaire
Marie PLEGAT Étudiante M2 Neurosciences
Marie tasso Enseignante retrAitee
Marie-Alix Darmendrail Juriste, mère au foyer
Marie-Béatrice de Geofory Droit-Option Santé
Marie-Camille Gocar Entrepreneuse
Marie-Gabrielle Barbotin Responsable administrative
Marie-Isabelle Hutchings Conseillère en immobilier
Marie-Joelle Surgent Retraitee ministere des armees
Marie-Joëlle Yebra Retraitée de l’Education Nationale
Marie-Lys Couturier Étudiante en santé
Marie-Noël Lablatinière Comptable
Marie-Odile Quentin Retraité
Marielle Malet Enseignante
Marine huou Commerce et management
Marine Puig Étudiante en sociologie
Marion Bottou Chargée de projets simplifications administratives
Maroussia Lasfargues Professeur art plastiques
Marthe Pscl Etudiante dans l’éducation
Martine lahontan Retraite
Martine Roussos Retraitée
Martine Sinault Retraité
Maryse Richer retraitee
Mathilde Chapelain Étudiante en droit
Mathilde Leconte Duchange Étudiante en droit public
Mathilde Parant Enseignante
Mathilde Schaeffer Manager
Mireille hubert Décoratrice en retraite
Monique Cassany Auxiliaire de vie
Monique Magne Enseignante
Monique Narquin Retraitée
Myriam Fourey Formatrice en langues etrangères
Myriam Oddou Auxiliaire de vie
Natali Avdalova Étudiante en droit
Nathalie Dubois Cadre supérieur
Nathalie MACHUCA informaticienne
Nicole Weyer Professeur certifiée ( retraitée)
Noélie Beugré Étudiante en lettres modernes
Noémie Béguin Étudiante Bts diététique et serveuse
Océane Micheletti Technico-commerciale
Odile GRIMMER Assistante de direction
Odile THOMAS Retraitée
Pascale Deutsch ATSEM
Pauline Loiret Chirurgien dentiste
Pauline Norab Interne en médecine
Pauline Sellier Caissière en jardinerie et vendeuse en produits du terroir
Pegard Retraitée
Pia MARTEL Juriste
Rebecca Trojman Chirurgien dentiste
Régine ABEEL Retraitée de la fonction publique territoriale
Rio Vega Olga Retraitée
Romane Albanel Étudiante en droit
Romane Bosch Étudiante scientifiques pour médecine
Rosemarie Vega Recrutement
Roxane Cellier Juriste
Roxane Tanzy Enseignante
Salomé Benyamin Nourrice
Sandrine Delatre Mère au foyer
Sasha Lavernhe Pharmacien
Séverine DUMINY Professeur de Mathématiques
Soizic DI BIASE Juriste
Solène de Mézerac Etudiante en master de chimie
Sophie Duhamel Gestion immobilière
Sophie Hillion Retraitée
Sophie Huard Enseignante
Sophie Régnier Enseignant
Sophie Régniez Mère au foyer
Stéphanie Toussaint Administration
Sylviane van Leeuwen Psychopraticienne / Psychanalyste
Sylvie dumont Retraitée
Sylvie Mantel Enseignant chercheur
Taillefer Margot Etudiante en droit
Tiffany Spitaleri Étudiante en master de relations internationales
Valentine Leclerc Étudiante en Histoire de l’Art et archéologie
Valerie Baglin Auto-entrepreneur
VALERIE CERVIA Ex professeur enseignement superieur
Valérie de Panafieu Romancière
Valérie Hennequin Assistante de direction
Véronique Coissard Médecin
Victoire de Lacoste Étudiante en Lettres Classiques
Victoria Bonneville Étudiante en médecine
Virginie Bloud Conseillère conjugale
Virginie Morize Gérante maison d’hôtes
Viviane Not Retraitee
Vrignaud Christelle-Marie Docteur en médecine
Yoneko KIKUCHI Formatrice-Coordinatrice des affaires franco-japonaises
Yvette Moreau Retraitée
Monique Pot Chef d’entreprise
Marion Durant Agent SNCF
Marie Pellerin Ingénieur

[Vidéo] Causons ! À droite toute ! Sondages hallucinants pour la gauche française

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De bien mauvaises nouvelles pour la gauche mondialiste, contemptrice des frontières entre les nations et entre les genres…


Un sondage publié le 21 janvier, réalisé par l’Ifop pour Écran de veille, a scruté les intentions de vote d’un échantillon national représentant les 10% des banlieues les plus pauvres. 

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon favoris dans les banlieues

Aujourd’hui, la gauche, tous candidats réunis, n’attire que 36% des électeurs, contre 54% en 2012. Elle dégringole de plus de la moitié des suffrages à… un tiers. Et cette gauche est dominée par les candidats d’extrême gauche, avec Jean-Luc Mélenchon en tête qui récolte 20% à lui tout seul. La gauche modérée, elle, est complètement ratatinée. 

En revanche, les candidats de droite attirent presque la moitié des sondés avec 49%, une tendance globalement à la hausse comparée aux 40% de 2012. Et ce sont les candidats de la droite dite radicale, Marine Le Pen et Éric Zemmour, qui dominent, Marine Le Pen et Eric Zemmour représentant 35% des intentions de vote (si on y ajoute Nicolas Dupont-Aignan). Valérie Pécresse est à 14%, 4% points de moins par rapport à sa moyenne nationale, mais 3 points plus haut que François Fillon en 2017. Le vote mélenchonien est concentré dans les quartiers dits prioritaires. Les autres quartiers, eux, sont dominés par la droite, surtout par Marine Le Pen. Les questions qui préoccupent les banlieues sont le pouvoir d’achat, la santé, la sécurité – ou plutôt l’insécurité – , l’éducation ou le chômage. Étrangement, pas du tout la lutte contre le patriarcat ou les stéréotypes de genre…

63% des Français interrogés par OpinionWay estiment qu’il y a trop d’immigrés

Si cela ne suffisait pas à déprimer la gauche, le coup de grâce vient avec un autre sondage, une étude OpinionWay pour le Cevipof publiée par Le Figaro le 24 janvier. Il s’agit d’un « baromètre de la confiance politique » publié annuellement depuis 2009. Les résultats montrent que 32% des électeurs français se positionnent à droite, et 11% à l’extrême droite, une très nette augmentation par rapport à 2017, quand les chiffres étaient respectivement de 26% et 7%. La gauche est à 17% et l’extrême-gauche à 6%, une baisse par rapport aux chiffres constatés en 2017, 19% et 7%. Aujourd’hui, le centre est à 14%, par rapport à 19% en 2017, tandis que ceux qui ne se prononcent pas représentent 20%, 2 points de moins qu’en 2017. Conclusion : la France se droitise. Pourquoi ? Cela pourrait-il avoir quelque chose à voir avec le fait que, selon la même étude, 63% des personnes interrogées pensent qu’il y a trop d’immigrés.

Ce qui est vraiment surprenant, c’est qu’apparemment 39% des interrogés sont en faveur d’un gouvernement sous « un homme fort qui n’a pas à se préoccuper du parlement ou des élections », c’est-à-dire, un dictateur – un vrai, pas un faux dictateur comme M. Macron qui se contente d’imposer un passe vaccinal – et avec l’approbation du parlement… Plus stupéfiant encore, 27% sont en faveur d’une junte militaire ! J’imagine Valérie Pécresse en uniforme de colonelle, mais je m’égare…

Malheureusement pour la droite centriste, qui représente les entreprises – celles qui sont obligées de gagner le fric nécessaire au financement du fonctionnariat tentaculaire de la France, les Français sont moins enthousiastes que jamais face à l’économie de marché. 73% sont de l’avis que « l’économie actuelle profite aux patrons aux dépens de ceux qui travaillent ».  C’est dommage pour la droite capitaliste, mais c’est encore plus dommage pour la gauche anticapitaliste.

Sacrés Français ! Toujours aussi incompréhensibles !


Blanche-Neige et les woke grincheux

Dans le nouveau film en préparation, Blanche-Neige sera une latina. Mais cela n’est pas suffisant pour les militants de la déconstruction woke. Accusée de nanophobie, elle sera privée de ses sept nains! Peter Dinklage déçoit en manquant singulièrement… de hauteur.


Après le retrait des Aristochats, d’Aladdin, de Peter Pan ou de Dumbo de la section enfants de la plateforme américaine Disney +, et de leur relégation dans la section “adulte” accompagnée d’une note de contextualisation précisant la présence de stéréotypes, on n’est pas franchement surpris que l’un des dessins animés majeurs de Walt Disney passe à son tour à la moulinette du wokisme et de la rééducation idéologique. Mais si l’inquiétante fréquence de ces censures ne nous étonne plus, elle doit continuer à susciter colère et indignation.

Cancel culture

Le groupe Disney s’est donc fait enguirlander par l’acteur nain le plus connu d’Hollywood, Peter Dinklage, célèbre pour son rôle dans “Game of Thrones”, cette série à succès dont l’anachronisme historique reflète parfaitement l’esprit de l’époque… Dinklage est furibard et il le fait savoir haut et fort : Blanche-Neige c’est, selon lui, « une putain d’histoire arriérée, où sept nains vivent ensemble dans une grotte ! » 

Apprêtons-nous à voir apparaître sur les écrans une Blanche-Neige rebaptisée Noire-Nuit. Gageons qu’elle sera trans, unijambiste, jouera les bucheronnes le jour et dansera le twerk la nuit !

L’acteur a ainsi torpillé, en une seule interview, le nouveau remake en « live motion » du classique Disney (c’est-à-dire en prises de vue réelles avec de vrais acteurs, et reconstitution en images animées), qui est en production dans les studios de la firme de Mickey. 

A lire aussi: Non, les Britanniques ne veulent pas vraiment « cancel » « 1984 »

Pour couper court à la polémique, et éviter ici une marche des fiertés pro-nains, là un boycott ou encore un procès en discrimination que ne manquerait pas d’intenter le syndicat national qui défend le droit des nains (Little people of America), le géant du divertissement a immédiatement réagi en appliquant la méthode de l’effacement et du remplacement. Un coup de gomme, et on recommence. Les nains passent à la trappe et seront remplacés par des « créatures magiques ». Au moins, avec ces êtres imaginaires, pas de risque d’offenser quelque minorité… Et pourquoi pas rajouter aussi tous les héros Marvel dans le film tant qu’on y est, pour être certain de détruire complètement le conte des frères Grimm ?

Un nain malveillant

En tout cas force est de constater que Peter Dinklage a manqué de hauteur, et cette fois ce n’est évidemment pas à cause de sa petite taille, mais plutôt à cause de son aveuglement narcissique et de la sacralisation de son handicap. Non seulement ses propos témoignent d’une méconnaissance totale de l’histoire originale, mais en plus son procès en nanophobie ne tient pas. Rectifions : non, les sept nains ne vivent pas dans une grotte mais dans une jolie petite maisonnette au cœur de la forêt. C’est là où Blanche-Neige va trouver refuge. Sans cette maison, la belle serait morte de faim et de froid. Au-delà de cette erreur, on se demande où est la nanophobie dans ce conte où il n’y a ni injures offensantes à l’encontre de personnes de petite taille, ni de lancer de nains à déplorer comme dans Le loup de Wall Street… Bien au contraire, la douce Blanche-Neige incarne la bienveillance absolue, dansant et riant immédiatement avec les petits êtres, et le conte prend bien soin d’individualiser chacun d’entre eux. Tout le contraire de la vision binaire des associatifs ou acteurs en crise d’identité, qui font disparaître la singularité des personnes dans une masse homogène de couleurs de peau, d’appartenances ou de “genre”, de victimes et de discriminateurs.

A lire aussi: Ne stigmatisons pas les extraterrestres!

Au-delà d’être une bande de joyeux lurons dont les disputes amusaient le jeune public, les sept nains incarnent également des valeurs morales et le goût du travail. S’ils ne sont pas les héros du dessin animé, ils sont des précieux adjuvants et permettent aux enfants d’appréhender l’altruisme, l’amitié, l’entraide – autant de valeurs pourtant habituellement mises en avant par nos adorateurs de l’inclusion et de la diversité.

Demain, sans ses sept nains, Blanche-Neige ne sera plus Blanche-Neige. Et après demain, au train où va la folle machine à éradiquer qu’est la cancel culture, apprêtons-nous à voir aussi apparaître sur les écrans une Blanche-Neige rebaptisée Noire-Nuit. Gageons qu’elle sera trans, unijambiste, passera son temps non plus à chanter avec les oiseaux tout en balayant, mais à jouer les bucheronnes le jour et à danser le twerk la nuit!

La Révolution racialiste, et autres virus idéologiques

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Peut-on vraiment tout dire dans «28 minutes»?

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Invitée de France inter pour les dix ans de son programme sur arte –qui n’est franchement pas le plus mauvais de la télévision- Elisabeth Quin s’est félicitée de l’exemplarité de son émission. Elle a critiqué à demi-mot ses confrères, coupables apparemment d’entretenir un buzz politico-médiatique délétère. Notre chroniqueur Philippe Bilger, écarté du programme, estime qu’elle charrie un peu…


On part sur une piste et fortuitement on en choisit une autre. Après avoir lu – Pascal Praud l’ayant signalé – le remarquable portrait d’Alexis Kohler, la “doublure” d’Emmanuel Macron, dans l’Opinion, j’avais l’intention de m’interroger sur le lien personnel et quasiment féodal que le président a besoin d’entretenir, pour être totalement en confiance, avec les rares qu’il a distingués. Ce n’est pas l’esprit républicain traditionnel. Celui-ci ne met pas en avant ce type d’allégeance.

Elisabeth Quin, pas n’importe qui !

Puis j’ai écouté, par hasard, l’Instant M sur France Inter dont Elisabeth Quin était l’invitée. Sans surprise elle a dit beaucoup de bien d’Arte et de son émission « 28 minutes ». Dans une connivence parfaite et très amicale avec Sonia Devillers : cela facilite les choses ! Mais il est impossible de traiter les propos et les pensées d’ Elisabeth Quin comme si elle était n’importe qui et qu’on n’avait pas d’estime intellectuelle pour elle. Mais les meilleurs, comme elle, peuvent être dupes et fantasmer une émission comme exemplaire quand elle ne l’est pas.

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L’honnêteté élémentaire me conduit à souligner que j’ai été invité à plusieurs reprises à « 28 minutes » et notamment une fois en forme de test pour savoir si je pouvais être un chroniqueur régulier. L’expérience a tourné court et il me semble que des deux côtés on avait fait le même constat: je n’étais pas fait pour eux, ils n’étaient pas faits pour moi.

Avant d’expliquer pourquoi le climat singulier de « 28 minutes » – apparemment totalement libre mais subtilement et clairement corseté – m’avait déçu, je voudrais objecter à Elisabeth Quin, qui avec fierté a indiqué qu’aucun invité politique ne serait convoqué pour la campagne présidentielle, parce qu’il ne s’agissait malheureusement que d’un défilé programmatique et que personne ne prenait la peine de répondre aux questions. D’abord, c’est bien condescendant de la part d’Arte. Ensuite ce n’est pas toujours vrai et la responsabilité de la déception incombe le plus souvent aux journalistes qui interrogent mal ou coupent trop, plutôt qu’aux politiques eux-mêmes.

Si l’alternative qui nous est laissée est de se contenter d’experts jamais aussi honnêtes qu’ils le prétendent ou de continuer à nous intéresser aux dialogues entre candidats et journalistes, je n’hésite pas une seconde. Surtout si l’interrogation est portée par une personnalité intelligente. Entendre directement Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, Yannick Jadot, Valérie Pécresse ou Éric Zemmour, finement et rudement interpellés, sera plus gratifiant que d’avoir droit à des commentaires qui viendront trop tard, la messe politique étant dite. Après celle-ci, les analystes pourront s’en donner à cœur joie !

Une émission subtile…

Je voudrais revenir sur l’impression que « 28 minutes » m’a donnée et qui ne s’est pas démentie quand par hasard j’écoutais un bout de débat. Elisabeth Quin est d’une totale bonne foi mais il me semble qu’on ne peut pas qualifier « 28 minutes » d’émission où on a le droit de tout penser et de tout dire. Je vais faire hurler les contempteurs de CNews mais sur cette chaîne, pour les invités et les chroniqueurs, nul barrage n’existe entre ce qu’ils ont l’intention de dire et la réalité de leur verbe. Qu’il y ait ou non de la droite ou de la gauche (moins, mais elle ne veut pas venir !), rien dans l’atmosphère générale n’indique par avance que derrière la liberté affichée il y aurait tout de même des limites.

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Sur Arte, c’est l’inverse. Impalpable, subtile, avec bonne conscience, flotte l’évidence que celui ou celle qui vient sur « 28 minutes » ne doit pas se leurrer : ne pas croire à sa liberté absolue dans le choix de ses pensées et dans leur expression. Un air élégamment dégoûté, sans même la moindre contradiction, vous signifiera que vous êtes libre certes mais qu’avant, l’impératif suprême relève de la conception de la décence de « 28 minutes » : il serait malséant de ne savoir s’attacher qu’au réel mais le talent d’une certaine manière est de l’oublier ou de l’euphémiser. Pour prendre des exemples caricaturaux, il FAUT détester le RN, vouer Zemmour aux gémonies, se trouver dans le cercle macronien de la raison, accabler la société qui crée les coupables plus que ceux-ci, se fondre dans un humanisme hémiplégique puisqu’il ne pleure et ne compatit qu’à gauche. Ce n’est pas maladroitement fait, ce n’est pas un rouleau compresseur, c’est enrobé, distingué, suave, penser autrement c’est le monde des ploucs, c’est redoutable.

Une mécanique implacable

Parce qu’il y a un mimétisme impérieux qui domine. Je songe à Vincent Trémolet dont les éditoriaux au Figaro sont clairs, nets, sans équivoque, heureusement réactionnaires parfois. Je ne le reconnais plus à « 28 minutes », tout simplement parce qu’il a adopté le style maison, chantourné, contourné, prudent, tournant sept fois l’idée dans son esprit. Une mécanique implacable pour attiédir liberté et vérité.

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On pourrait à la rigueur se féliciter de cet univers homogène où tout n’est pas bon à penser et à dire, si le jeu en valait la chandelle. Mais on constate que cet entre-soi, avec les contradictions convenues et sa certitude d’être installé à perpétuité dans le bon camp, déçoit plus qu’il ne stimule. On préférerait moins de suavité contente de soi et plus de brutalité pour ne pas mettre à distance le réel. Elisabeth Quin n’est pas n’importe qui. Elle ne sera pas d’accord avec moi. Mais peu importe. Il y a des accords qui offensent mais des contradictions qui plaisent.

Libres propos d'un inclassable

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Nous sommes les idiots du village global!

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Dans son nouvel ouvrage, Alexandre Del Valle nous offre un panorama assez large de cette « mondialisation dangereuse » dans laquelle nous sommes embarqués. Alors qu’ils pensaient avoir imposé leur vision du monde post-conflictuelle après la chute du Mur, les Occidentaux se retrouvent confrontés à de nouveaux ennemis et défis. Un ouvrage riche qui permet d’y voir clair.


En citant Oswald Spengler et son Déclin de l’Occident en première phrase d’exergue, Alexandre Del Valle et Jacques Soppelsa, auteurs de La mondialisation dangereuse (L’Artilleur), ont du mal à dissimuler leur inquiétude pour l’avenir des pays occidentaux, plus encore pour l’Europe que pour les Etats-Unis. Héritiers de Samuel Huntington et surtout disciples revendiqués du général Pierre Marie Gallois (le père de la bombe française, entre autres), ils essayent d’observer dans ce « manuel de géopolitique engagé » l’état des menaces dans le monde, non sans faire un détour par l’histoire récente des trente dernières années. Dans une certaine mesure, l’ouvrage recense aussi la somme d’informations que l’on croise chaque jour sur les islamistes, les mafias, les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) et la montée en puissance de la Chine ; et en organisant cette somme d’informations, il la rend un peu plus intelligible.

Un catalogue des erreurs occidentales

La sortie de la guerre froide semble avoir en quelque sorte embué les Occidentaux d’illusions. Ivre de sa victoire sur le bloc de l’Est, l’Ouest a réalisé une série impressionnante d’erreurs, tantôt par excès de naïveté (plutôt le versant européen), tantôt par excès d’agressivité (plutôt le versant nord-américain) ; l’ouvrage est presque un catalogue de ces erreurs commises. On citera notamment le renversement des régimes irakien et libyen, qui nous a ensuite déstabilisé la Syrie et le Sahel ; dans ce dernier cas, les Français (plutôt seuls, cette fois-ci) ont été obligés d’intervenir, dans un espace désormais alimenté en armes et en mercenaires par la proche Libye que plus grand-monde ne maîtrise. Des régimes qui avaient bien des défauts mais qui avaient renoncé à la force nucléaire ; leur renversement a renforcé la paranoïa du régime nord-coréen (qui n’en avait pas besoin) et l’a poussé à s’en doter ! Résultat des courses : le monde est un peu moins sûr qu’avant ces « opérations de police internationale ». Au même moment, la Chine et quelques autres (l’Inde, la Turquie) se réarmaient mentalement pour affronter la mondialisation, en pratiquant un souverainisme agressif et une Realpolitik décontractée (la prise de contact entre la Chine et le nouveau gouvernement taliban en septembre dernier a été un grand moment de cynisme). En quelque sorte, les deux auteurs essaient de piquer l’Europe de l’Ouest en la traitant de « dindon de la farce » à plusieurs reprises (encore plus mordant, Hubert Védrine parle lui d’« idiots du village global ») un peu comme on pique un vieil ami qui se laisse un peu aller.

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Le titre évoque évidemment La mondialisation heureuse d’Alain Minc (sortie en 1998) mais les auteurs rappellent plus largement l’optimisme et l’euphorie des années 1990, avec des ouvrages comme La Terre est plate de Thomas Friedman, qui annonçait un monde unifié et post-conflictuel. Alors que les Occidentaux étaient convaincus que leur modèle allait inexorablement s’imposer partout (il faut se souvenir en 2009 à Berlin de la symbolique des dominos utilisée lors de la célébration des 20 ans de la chute du Mur), la démocratie libérale est aujourd’hui perçue comme un anti-modèle parmi les pays émergents, et les « démocratures » semblent mieux préparées pour affronter les secousses du siècle, ne serait-ce que dans la gestion de la crise du Covid. La Chine et ses médias pointent régulièrement l’inefficacité de la démocratie occidentale et ne sous-estiment pas l’hypothèse de guerres civiles « à la Mad Max » en Europe de l’Ouest et aux Etats-Unis.

Les Etats-Unis lassés de leur hyperpuissance

Plusieurs scenarii concurrents avaient été dessinés dès la fin des années 1980 et tout au long des années 1990. Ainsi, Paul Kennedy avait cru bon d’anticiper un inexorable déclin américain, mal à l’aise à terme dans son rôle d’hyperpuissance. De son côté, Francis Fukuyama avait dans sa célèbre Fin de l’histoire, estimé qu’à la suite de la guerre froide remportée par l’Occident, les conflits entre les nations allaient se terminer et le libéralisme devenir l’idéologie universelle. A l’inverse, Samuel Huntington, dans Le choc des civilisations, avait perçu que les antagonismes idéologiques allaient être remplacés par les antagonismes civilisationnels, provoquant une somme de conflits, surtout dans les zones de contact entre civilisations (typiquement : les Balkans et le Caucase). Aucun n’a entièrement eu raison ; mais dire que l’optimisme fukuyamien a été battu en brèche est encore un euphémisme. C’est encore le paradigme le plus décrié à l’époque, celui de Samuel Huntington, qui a visé le plus juste.

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Parallèlement à ces projections, Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller de Jimmy Carter, avait maintenu l’Amérique en alerte avec son Grand échiquier (1997) en pointant le danger d’un rapprochement entre l’Europe et la Russie, qui reléguerait les Etats-Unis au rang d’île à la périphérie de ce vaste bloc continental. Tout lecteur du Grand échiquier n’aura été que modérément surpris de voir surgir l’Ukraine (dont Brzezinski signalait l’importance stratégique) à la une de l’actualité en 2014. Bien que Brzezinski, à la fin de sa vie, nuança ses positions antirusses et regretta que la Russie avait été poussée dans les bras de la Chine (créant un autre bloc au moins aussi redoutable que le bloc russo-européen évité), une certaine vulgate brzezinskienne continue de prospérer, guidant la politique américaine et ses alliés européens. Alors que les élites (et la population elle-même) russes étaient tout à fait favorables à l’Occident dans les années 1990, ne demandant pas mieux que d’intégrer l’Union européenne et de fusionner la CEI et l’OTAN, les Occidentaux n’ont cessé de multiplier les déstabilisations dans l’ « étranger proche » de la Russie (de la création du Kosovo jusqu’au souhait d’intégrer l’Ukraine et la Géorgie dans l’OTAN), poursuivant la politique d’endiguement héritée de la guerre froide, si bien que les Russes ont fini par avoir la sensation (pas complètement illégitime) d’être encerclés de blindés américains. Même George Kennan, père de l’endiguement pendant la guerre froide, avait regretté que celui-ci se perpétuât après 1990, prévoyant (il est décédé en 2005) un raidissement de la Russie. Plus qu’un rapprochement avec la Chine (les deux nations coordonnent désormais leurs actions, comme on l’a vu le 13 avril 2021 lorsque la Russie massait ses troupes à la frontière ukrainienne tandis qu’au même moment, l’aviation chinoise pénétrait dans l’espace aérien de Taïwan), c’est un bloc oriental qui se constitue autour de l’OCS (Organisation de coopération de Shanghai), à laquelle se sont joints l’Inde, le Pakistan, l’Iran et les républiques d’Asie centrale. Un bloc loin d’être épargné par de graves tiraillements entre certains de ces membres (l’ouvrage ne minore pas le risque d’une escalade entre le Pakistan et l’Inde, ou entre l’Inde et la Chine) et auquel les Etats-Unis répondent par un autre endiguement, dans l’Océan Pacifique et l’Océan Indien.

Nouvelles féodalités

La Russie a une place assez centrale dans l’ouvrage. Il est vrai que celle-ci est perçue par l’Amérique « comme la plus grave menace pour la stabilité du monde entier », devant l’islamisme. On peut se demander si les auteurs, realpoliticiens affirmés, ne finissent pas par tomber dans l’excès inverse d’idéalisation de la Russie et ne reprennent à leur compte la description que « la Russie post-soviétique et poutinienne » fait d’elle-même, se présentant « comme le dernier rempart face au déracinement opéré par McWorld et le seul pôle (…) de défense de l’Europe et des traditions judéo-chrétiennes ». Le passage sur la dernière guerre arméno-azérie (chapitre III) montre cependant que la Russie « n’est pas une puissance idéaliste chrétienne » et qu’elle n’a hésité fin 2020 à laisser tomber l’Arménie, chrétienne et pauvre, au profit de l’Azerbaïdjan, riche, musulmane et proche du nouveau sultan Erdogan. Moins lyrique que son prédécesseur Alexandre Ier, auteur du traité de la Sainte-Alliance, Poutine est lui aussi un adepte de la Realpolitik, qui raisonne froidement en fonction des intérêts de son pays, et il ne faudrait pas exagérer son rôle de dernier défenseur de la chrétienté.

Les auteurs ont subdivisé l’ouvrage en deux parties principales, d’abord les tendances lourdes, ensuite les variables contemporaines ; mais on peut aussi lire la première partie comme celle dédiée à l’action des acteurs politiques traditionnels, les Etats, et les rivalités entre ceux-ci ; et la deuxième, concentrée sur des acteurs plus diffus, plus liquides, agissant en réseau ; dans une certaine mesure, de nouvelles féodalités : islamisme, mafias, crime organisé, Gafam. Des féodalités qui, à l’instar de la petite entreprise d’Alain Bashung, ne craignent pas les crises, et qui ont beaucoup profité de la mondialisation. Le crime organisé, par exemple, est à lui seul la huitième puissance économique mondiale et pourrait siéger au G8 (où il serait peut-être moins boycotté que Poutine).

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A défaut de mettre tous ces acteurs diffus dans le même sac, les auteurs ne manquent pas d’établir des liens entre eux. Les grandes centrales du terrorisme islamistes (Daesh, Al-Qaïda) vivent notamment du trafic de drogue, qui est même leur première source de revenus. Quant aux Gafam, ils mettent moins de temps à censurer le président Trump que les prédicateurs islamistes (sans parler de Recep Erdogan, en quelque sorte le premier d’entre eux). Des Gafam qui se perçoivent comme les rois de l’époque : on se souvient d’un Mark Zuckerberg en t-shirt-jeans-basket aux côté d’Obama, un peu à la manière d’un Giscard président recevant  Chirac Premier ministre en polo-claquettes à Brégançon. Désormais, des Etats souverains comme la France ou le Danemark envoient des « ambassadeurs numériques » auprès des Gafam. L’idée d’un effacement des Etats au profit d’acteurs politiques dilués de ce type peut séduire les esprits (c’était la thèse de Bertrand Badie en 1999 dans Un monde sans souveraineté. Les Etats entre ruse et responsabilité), mais c’est surtout vrai pour des Etats démissionnaires (principalement l’Europe de l’Ouest) ou défaillants (l’Afrique sub-saharienne). Les Etats sont tout de même capables de coup de menton contre ces acteurs ; il leur arrive de censurer les réseaux sociaux quand ça les arrange. Si « l’Etat ne peut pas tout », disait le brave Lionel Jospin il y a vingt ans, on a vu en 2020 que les Etats sont capables de priver en quelques jours les citoyens d’à peu près toutes les libertés individuelles, et ont encore quelques ressorts…

A terme, les auteurs voient « une pause » dans la mondialisation (les avions cloués au sol depuis le début de la crise sanitaire, l’effondrement des commandes d’avions civils et la fin possible d’un tourisme de masse à pas cher constituent un indice de cette possible future pause) ; ainsi qu’une réorganisation autour de grandes régions, calquées à peu près sur les aires civilisationnelles délimitées par Huntington. Les Etats-Unis (plus les Républicains que les Démocrates) semblent eux-mêmes se faire à l’idée de ne plus être le gendarme du monde ; ce fut peut-être, malgré son style baroque, le sens de la présidence Trump.

La mondialisation dangereuse: Vers le déclassement de l'occident

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Martin Hirsch: vers une santé au mérite?

Le Covid-19 drague derrière lui des questionnements inédits sur notre solidarité nationale. En voulant lutter contre l’individualisme dans une tribune du Monde, le patron de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris entend ainsi « associer la responsabilité à la solidarité dans les systèmes de protection sociale » et se questionne: « est-il logique de bénéficier des soins gratuits, quand on a refusé pour soi la vaccination gratuite ? » Certains, comme Martin Blachier ou les opposants au passe sanitaire, réclament à présent son départ. Hirsch se trompe en confondant la santé publique avec un système assurantiel classique.


La fin de l’épidémie semble peut-être en vue. Tandis que des pays comme le Danemark, l’Irlande, et le Royaume-Uni mettent fin aux restrictions sanitaires et claironnent un retour à la vie normale, certains trouvent utile de remettre en question la solidarité nationale. 

Martin Hirsch, directeur de l’Assistance publique – hôpitaux de Paris, a rédigé une tribune dans laquelle il remettait en question l’universalité de la gratuité des soins. Plus précisément, il remet en question la gratuité pour les non-vaccinés. Ces derniers seraient privés de soins gratuits pour deux raisons. D’abord, ils risquent d’infecter les autres. Ensuite, en s’exposant inutilement à une infection ils risquent d’occuper des lits qui seraient autrement libérés.

Quand la technocratie déraille

L’argumentaire est non seulement grotesque, mais bâclé. La santé publique n’est ni une récompense ni un système d’assurance au sens classique. Examinons ce raisonnement typique de la technocratie macronienne.

À lire aussi, Martin Blachier: «Vaccinez les vieux, laissez vivre les jeunes!»

La santé publique est une institution particulière. Tous les citoyens peuvent se faire soigner gratuitement, mais ce droit d’être soigné n’est pas conditionné par le mérite ou la contribution du citoyen individuel. Soyons clairs, les services offerts par le Ministère de la Solidarité et de la Santé sont financés par les contribuables. Cependant, ce financement général ne démontre pas que chaque citoyen doit avoir mérité ses soins ou les avoir payés.

Considérons l’idée du mérite. Les soins récompenseraient les citoyens vertueux qui se seraient rendu dignes de tels services. Néanmoins, les enfants et plus précisément les nouveau-nés bénéficient de soins et parfois de soins très dispendieux alors qu’ils ne peuvent en aucun cas les avoir mérités. Ajoutons que le corollaire du mérite est la sanction. Ceux qui ne sont pas vertueux, qui ne sont pas méritants perdraient leur accès aux soins qui sont la récompense du bon citoyen. Or, si tel était le cas, il faudrait supprimer la gratuité des soins pour une population bien plus large. Si les frères Kouachi avaient été capturés vivants, mériteraient-ils toujours d’être soignés gratuitement? Bertrand Cantat devait-il payer ses soins en prison?

La santé publique n’est pas exactement comparable à une assurance classique

On parle de la santé publique comme d’une assurance puisqu’on y contribue, mais c’est inexact. Stricto sensu, seuls ceux qui payent sont indemnisés par un système d’assurance. Des soins gratuits sont offerts à ceux qui n’ont jamais et ne pourront jamais contribuer au système. Les citoyens qui sont lourdement handicapés et qui ne peuvent travailler ne peuvent contribuer au financement du système. Si la santé publique était gouvernée entièrement par le raisonnement assurantiel, alors il faudrait soit exclure les handicapés ou leurs proches devraient offrir des contributions supplémentaires.

À lire aussi, Alexis Brunet: Les États-Unis échappent de peu à un apartheid sanitaire

En somme, si les soins prodigués par la santé publique étaient une récompense pour bons citoyens, il faudrait faire payer tous ceux qui n’ont pas mérité ces soins ou qui ont démérité. Si la santé publique n’est rien d’autre qu’un système assurantiel, alors il faudrait exclure tous les non-contributeurs. Comme il n’en est rien, nous ne pouvons concevoir la gratuité des soins comme soit une récompense soit un dédommagement offert par un système assurantiel.

Bien sûr, les soins offerts gratuitement aux citoyens sont une forme de solidarité nationale. Les membres bien portants produisent un système d’entraide au nom de cette appartenance commune : les soins sont offerts aux actifs et aux inactifs, aux valides et aux invalides, aux citoyens vertueux et aux citoyens vicieux.

D’autres groupes que les non-vaccinés font peser des risques sur la collectivité

Qu’en est-il de l’argument de Martin Hirsch qui assène que les non-vaccinés sont des irresponsables, qui font courir des risques inutiles à leurs compatriotes? Faut-il simplement le rejeter parce que les soins ne sont pas offerts en fonction du mérite individuel de chaque citoyen? En théorie, on pourrait le balayer. Si le fait d’imposer des risques à autrui gouvernait la distribution des soins, alors on devrait refuser des soins à énormément de citoyens. Les non-vaccinés ne sont pas une population unique et inédite par le fait qu’ils imposeraient des risques aux autres.

À lire ensuite, Samuel Fitoussi: La journée de Gilbert, fanatique du passe vaccinal et covido-suprémaciste

Mais, considérons un instant que l’accès aux soins soit indexé au bon comportement de chaque citoyen. Qu’est-ce que cela entraînerait?

Quoiqu’en dise monsieur Hirsch les non-vaccinés ne sont pas seuls qui puissent transmettre le virus. Il répondra que les vaccinés ont fait un geste pour diminuer le risque qu’ils posent, mais cela n’efface pas le risque. Ainsi, nous sommes face à une différence de degrés. Si l’on est non vacciné, mais que l’on se fait dépister et que l’on respecte la distanciation sociale, devrait-on payer moins cher que les non-vaccinés qui se donnent moins de peine pour protéger leurs compatriotes? Et les vaccinés qui sortent trop, doivent-ils payer?

Autre interrogation: quels sont les risques imposés à la population? On peut aisément accabler les non-vaccinés en affirmant qu’ils occupent inutilement des lits, mais qu’en est-il de l’état de la santé publique? Tous ceux qui fermèrent des milliers de lits d’hôpitaux, qui créèrent ces déserts médicaux, qui sabrèrent soit le recrutement ou les conditions d’emploi du personnel médical, n’ont-ils pas affaibli le système de santé? Et si l’affaiblissement du système de santé impose des risques à la population française, pourquoi ces notables auraient-ils droit à la gratuité des soins? Imaginez que la France soit en train de perdre une guerre. L’armée est affaiblie par un cruel manque de moyens et par une faible quantité de déserteurs. Selon monsieur Hirsch, seuls les déserteurs sont responsables.

Monsieur Hirsch fait semblant de lamenter l’irresponsabilité de certains citoyens, mais il ferait mieux de méditer l’incurie de ceux qui sapèrent et pillèrent le système de solidarité nationale. Mais pour reprendre un langage cher à son patron, ça l’emmerderait.

Gaza: la sortie du tunnel par le textile?

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Gaza, 16 janvier 2022 © SOPA Images/SIPA Numéro de reportage : 01056755_000001

De fortes pluies dans la bande de Gaza ont produit des inondations dévastatrices ces derniers jours. Les Palestiniens tentent de faire face, mais l’enclave est démunie, et certains accusent Israël de “noyer” Gaza. L’État hébreu affirme de son côté qu’il n’existe pas de barrage côté israélien permettant de jouer sur le débit de l’eau. L’analyse de Liliane Messika


La Bande de Gaza suscite un intérêt obsessionnel de la part de la planète Islamogauchix et de son satellite Media-à-Idéfix. Mais tout n’est pas bon à dire. Surtout ce qui va bien.

Un article de RFI du 19 janvier [1] évoque les inondations à Gaza. Ces catastrophes naturelles accablent tout le Moyen-Orient, mais RFI ne croit pas qu’il s’agit seulement d’un phénomène météo. En tout cas à Gaza. La chaîne française, porte-parole du Quai d’Orsay, a trouvé un témoin qui l’explique par la reductio ad Israelum. C’est Mohamed Bakri, le président du comité agricole de Gaza : « Je ne dis pas qu’Israël fait exprès de noyer Gaza. Mais Israël a construit plusieurs barrages en amont, qui bloquent l’écoulement naturel des rivières qui traversent Gaza. Et à chaque fois qu’il y a de fortes précipitations, les Israéliens ouvrent les vannes de leurs barrages pour évacuer leur surplus d’eau, et c’est le déluge ici, ça provoque aussi l’érosion de nos terres agricoles ». 

Une fake news?

Sauf que cette histoire de barrages est une fake news de chez fake news : il n’existe aucun barrage côté israélien. C’est si facile à vérifier que l’AFP, notre Pravda nationale, était allée sur le terrain en 2015 et avait publié une vidéo qui le démontrait sans ambiguïté [2].

RFI se sent donc obligé de le mentionner, en avant-dernière ligne : « Mais selon les autorités de l’État hébreu, il n’existe aucun barrage côté israélien, permettant de jouer sur le débit de l’eau ». Le « Mais selon les autorités de l’État hébreu » est-il le clin d’œil de connivence aux lecteurs, destiné à décrédibiliser tout ce qui peut être proféré par l’entité sioniste ?

A lire aussi: Les États-Unis échappent de peu à un apartheid sanitaire

RFI aurait pu, mais n’a point voulu, citer l’un des nombreux articles du journaliste arabe israélien Khaled Abu Toameh. Le 18 janvier 2022, il avait interviewé Majdi al-Saleh, ministre des collectivités locales de l’Autorité Palestinienne (celle de Mahmoud Abbas, élu pour quatre ans en 2005 et toujours en exercice faute d’avoir organisé des élections depuis cette date). « Le gouvernement de facto doit financer les municipalités et leurs projets au lieu de dépenser l’argent par d’autres voies, qui sont souvent souterraines [3] », a déclaré l’officiel cisjordanien. 

Le « gouvernement de facto », c’est le Hamas (acronyme de « Mouvement de résistance islamique »), qui a pris le pouvoir à Gaza par un coup d’État contre l’AP en 2007. Les « autres voies souterraines », ce sont les tunnels de contrebande en direction d’Israël et de l’Égypte, qui ont permis à 1700 dirigeants du Hamas de devenir millionnaires [4] grâce aux taxes qu’ils prélèvent sur tout ce qui y transite.

Omerta sur les bonnes nouvelles 

Pour apprendre que l’industrie textile est florissante à Gaza, il faut lire Euronews, chaîne d’info pan-européenne multilingue détenue à 88% par Media Globe Networks, propriété de l’homme d’affaires égyptien Naguib Sawiris [5]. Égyptien comme « limitrophe de la Bande de Gaza ». Rappelons, en effet, que Gaza a deux frontières terrestres, l’une avec Israël et l’autre avec l’Égypte. Si les médias hexagonaux parlent DU blocus de Gaza, c’est parce qu’ils veulent faire oublier qu’il y a deux blocus, car le terrorisme s’exporte, par ces tunnels, vers deux États-cibles. 

La chaîne d’info a ainsi moins de pudeurs virginales que ses homologues françaises, aussi n’hésite-t-elle pas à écrire des choses imprononçables sur RFI : « Ces jours-ci, les emplois dans le domaine du textile sont plus nombreux, depuis que les entreprises israéliennes peuvent s’installer dans la bande de Gaza. » Et d’expliquer que cette industrie a connu un âge d’or, dans les années 1990 : « 900 ateliers de la bande de Gaza fournissaient des vêtements à Israël et à la Cisjordanie et, surtout, du travail à plus de 35 000 ouvriers gazaouis. Mais depuis le blocus imposé sur le territoire à partir de 2007, cette industrie était totalement paralysée. (…) Quand Israël a accordé des visas de travail aux Gazaouis à l’été 2021, ils étaient plusieurs milliers à candidater au précieux sésame, comme Tamer Al Jamal, jeune diplômé d’université : Nous sommes très heureux de cette opportunité d’obtenir un emploi en Israël et nous parlons entre nous avec une grande joie de la possibilité de restaurer une vie normale dans tout le pays [6].” »

Là aussi, une explication de texte s’impose : « l’âge d’or » des années 1990 correspond à la période où Israël occupait encore Gaza. En 2005 Ariel Sharon, bête noire des antisionistes viscéraux et Premier ministre israélien, a évacué tous les Juifs, civils et militaires. 

Le « blocus imposé depuis 2007 » est intervenu en réponse à la décision officialisée du Hamas de consacrer tous ses moyens à transformer la Bande en base de lancement de missiles contre l’État juif. Sa charte est claire : « Le mouvement de résistance islamique est l’un des épisodes menés contre l’invasion sioniste. (…) L’apôtre de Dieu (bénédiction et salut soient sur lui) a dit : “L’heure suprême ne se dressera pas avant que les musulmans aient combattu les juifs (c’est-à-dire que les musulmans ne les aient tués), avant que tous les Juifs ne se soient cachés derrière les pierres et les arbres et que les pierres et les arbres eussent dit : ‘Ô musulman serviteur de Dieu, un Juif se cache derrière moi, viens et tue-le’. Seul Al Gharquad gardera le silence car il fait partie des arbres des Juifs.” (Hadith rapporté par Al-Bukhâri et par Muslim) [7]

Cet article de sa charte n’est pas pour rien dans le soutien inconditionnel des antisionistes au Hamas. Pour intersectionnaliser leur lutte, les antisionistes s’amalgament avec tous les groupuscules victimaires, de droite, de gauche et des galaxies environnantes, qui n’ont en commun que la haine de l’État juif. Ils constituent une manne pour la plupart des médias français, lesquels éprouvent donc une réticence bien compréhensible à publier des informations concernant Gaza, s’ils ne peuvent pas en accuser Israël. 

D’où le succès des barrages imaginaires et le silence sur les Gazaouis heureux de nourrir leur famille sans avoir à passer par la case ceinture d’explosifs.  


[1] https://www.rfi.fr/fr/moyen-orient/20220117-fortes-pluies-dans-la-bande-de-gaza-les-palestiniens-tentent-de-faire-face

[2] Vidéo AFP : https://www.youtube.com/watch?v=v4mT9VhjMkk

[3] https://www.jpost.com/middle-east/article-693860

[4] https://fr.businessam.be/1-700-millionnaires-du-hamas-vivent-a-gaza-exp-204113

[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Euronews

[6] https://fr.euronews.com/2022/01/26/l-industrie-textile-de-gaza-traverse-les-frontieres-israelo-palestiniennes

[7] https://www.senat.fr/rap/r08-630/r08-630-annexe2.pdf – chapitre premier, article septième.

Mais qui a trahi Anne Frank?

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Otto Frank, le père d'Anne, photographié en 1961. Wikimedia Commons

La cache d’Anne Frank aurait été révélée aux Allemands par un notaire juif, selon un livre en tête des ventes. Depuis les Pays-Bas, Rene ter Steege fait le point sur la polémique.


Le livre sur la trahison d’Anne Frank, qui vient de paraître dans un grand fracas publicitaire, prend des rumeurs pour des réalités. C’est l’avis de bien des experts néerlandais qui doutent du clou du livre de l’écrivaine canadienne Rosemary Sullivan, paru simultanément dans 23 pays, dont la France. 

Dénoncée par Arnold van den Bergh?

Sullivan prétend avoir découvert le nom de celui qui a donné aux occupants allemands le lieu où Anne Frank et sept autres Juifs s’étaient cachés pendant deux ans pour échapper à la déportation.

Le traître serait le notaire Arnold van den Bergh, membre du Conseil Juif d’Amsterdam, composé de notables censés persuader les Juifs de la capitale à collaborer avec les occupants. Van den Bergh, mort d’un cancer en 1950 a l’âge de 64 ans, était Juif, ce qui ajoute du piment à la supposée révélation dans le livre paru mi-janvier en français sous le titre Qui a trahi Anne Frank? L’auteur, épaulée par une cohorte de chercheurs, affirme que le notaire était “très probablement, à 85%” le traître.  “Pour une accusation aussi grave, mieux vaut être sûr au moins à 100% voire à 200%” a commenté Ronald Leopold, le directeur de la Maison d’Anne Frank à Amsterdam.

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L’auteur affirme qu’une lettre anonyme adressée en 1945 à Otto Frank, le père d’Anne, est la preuve quasi concluante de la culpabilité de Van den Bergh. Lequel aurait fourni aux Allemands l’adresse du Prinsengracht où les Frank se cachaient, dans la fameuse annexe secrète où Anne écrivit son Journal. Otto Frank aurait reçu la lettre à Amsterdam peu de temps après son retour d’Auschwitz, seul survivant de la rafle de l’annexe du 4 août 1944. Frank se mit tout de suite à s’enquérir sur le sort de ses compagnons de malheur, notamment ses filles Anne et Margot et son épouse Edith. Elles étaient mortes, devait-il apprendre plus tard, au camp de Bergen-Belsen au début du printemps de 1945, peu avant l’arrivée des libérateurs britanniques.

Pourquoi Otto Frank n’a-t-il rien dit ?

Aussi surprenant que cela puisse paraître, la lettre anonyme, déjà mentionnée par l’historien néerlandais David Barnouw en 2003, ne poussa pas Otto Frank à demander des explications à Van den Bergh. Ce n’est que bien après la mort de celui-ci que M. Frank informait la police de la dénonciation anonyme, qu’il croyait crédible. Craignait-il que la divulgation du nom du prétendu coupable encouragerait l’antisémitisme dans la population, comme le suggère le livre ? Ou, autre hypothèse, ne voulait-il pas accabler les enfants de Van den Bergh de la trahison de leur père ?

La lettre anonyme n’est évidemment pas une preuve de culpabilité. Aussi, les chercheurs néerlandais ne l’avaient ils pas considérée comme une pièce maîtresse dans leurs efforts pour élucider un mystère qui, grâce au Journal d’ Anne Frank, continue d’intéresser le monde entier.

Dans sa campagne de communication autour du livre, l’éditeur Harper/Collins met en avant l’équipe d’une vingtaine d’experts dirigés par un ancien limier du FBI et dotée des outils derniers cris de l’intelligence artificielle pour passer au peigne fin des données qui auraient échappé aux chercheurs conventionnels auparavant. Polis, les experts néerlandais s’en disent reconnaissants, sans dissimuler leur scepticisme. Notamment sur l’affirmation que Van den Bergh aurait disposé de nombreuses adresses de cachettes de Juifs, dont celle des Frank. Adresses qu’il aurait communiquées aux Allemands en échange de la promesse que lui et les siens seraient exempts de la déportation.

“Une élucubration,” a jugé le chercheur universitaire Bart van der Boom qui est justement en train d’écrire un livre sur le Conseil Juif. “Si Van den Bergh avait avoué qu’il était en possession de listes de Juifs cachés, les Allemands l’auraient déporté dare-dare.”

Le Conseil Juif d’Amsterdam dissous en 1943

Le livre affirme ensuite que des Juifs déjà déportés avaient écrit des lettres au Conseil implorant ses membres de prendre soin de leurs proches cachés, tout en indiquant leurs adresses. C’est plus que douteux, car les membres du Conseil Juif (Joodse Raad) faisaient figure de collabos, travaillant pour ce que ses adversaires appelaient Joods Verraad (Trahison Juive).

A lire aussi: Alain Michel: “Vichy désirait protéger tous les Français, dont les juifs”

Besogne faite, le Conseil, qui déconseilla d’ailleurs aux Juifs de se soustraire à la déportation, fut dissous en septembre 1943 et la plupart de ses membres furent expédiés vers les camps. Van den Bergh, qui avait réussi à se faire déclarer non-Juif, décision révoquée plus tard, n’était pas des leurs. Sous l’Occupation, en tant que notaire il avait dû maquiller en achats légaux le vol de peintures appartenant à des familles juives. Œuvres d’art sur lesquelles de hauts dignitaires nazis avaient jeté leur dévolu. Ce qui lui valut quelques ennuis après la Libération, mais il put reprendre sa profession.

Le livre de Rosemary Sullivan a en tout cas réussi à unir les experts néerlandais contre elle. C’est assez rare pour le souligner, car ils s’écharpent souvent entre eux sur l’identité du traître d’Anne Frank. Certains désignent la collaboratrice juive Ans van Dijk, fusillée après la guerre. D’autres montrent du droit un cambrioleur dans le bâtiment contigu à l’annexe, des voisins, des commerçants du Prinsengracht, des employés et d’autres connaissances d’Otto Frank, des membres de son réseau d’aide, un marchand de tickets de rationnement, ou un policier du quartier…  

Shoah business

Un véritable polar dans le genre ‘whodunit’, mais, jusqu’à la publication du livre de Rosemary Sullivan, le notaire Arnold van den Bergh avait plutôt joué un rôle subalterne. Ailleurs dans le monde, on jugera peut-être l’accusation grave portée contre lui plus crédible qu’aux Pays-Bas, où se trouvent pourtant les meilleurs spécialistes d’Anne Frank et où une journaliste a carrément fustigé le “projet dégueulasse” autour du livre. Et d’accuser les éditeurs de vouloir profiter du “Shoah business”.

La vérité, restera-t-elle à jamais ensevelie dans les brumes de l’Occupation? L’historien David Barnouw, grand expert en la matière, confia au journal amstellodamois Het Parool: “Les chances de jamais trouver la réponse définitive me paraissent extrêmement réduites.”

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Un concert pour l’histoire à l’Alhambra: Dimitri Casali lance Historock

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Le 2 février, à 18h30, le rockeur historien se produira sur la scène de l’Alhambra pour le lancement d’”Historock”. Franck Ferrand, sur la scène, assurera les intermèdes. 


J’avais 20 ans. Le carton d’invitation de mon anniversaire mentionnait « Les Beatles ne seront pas là, mais il y aura Apple Pie ». La cave voutée débordait de monde. Dimitri Casali, juché sur une estrade, sautait en l’air en plaquant un premier accord sur sa guitare électrique, et criait : « Help !»

A lire aussi, Sophie Bachat: Les derniers jours des Beatles

Il n’a jamais cessé depuis. Je ne parle pas des dizaines de concerts qu’il a donnés avec Apple Pie, animant les soirées étudiantes toulousaines, ni de ceux de Paris, rue de Lappe ou à la Perestroïka les jeudis des années 90. Je parle du cri d’alarme dont il est devenu le porte-parole. Car entre-temps, Dimitri est devenu l’historien qu’on connait, ardent défenseur des grands personnages qui ont déserté les manuels scolaires, laissant la place à une version sociologique de l’histoire. 

“Historock” – D.R

Parrainé par… Jean Tulard !

Ce fou de Napoléon s’est lancé dans une croisade qui prend la forme d’une mission de salut public pour faire aimer notre histoire. Les concerts qu’il donne avec son groupe depuis quelques années avec “Napoléon l’opéra rock”, électrisent les enfants et les adolescents des villes qui ont eu la chance de l’accueillir.

Il vient enfin de terminer le projet initié il y a dix ans, lequel consiste à faire entrer l’histoire de France dans le rock. Et inversement. “Historock” entre dans sa phase finale sous la forme d’un opéra rock dont le premier concert à Paris aura lieu le 2 février dans la salle mythique de l’Alhambra, à 18h30.

À lire aussi, du même auteur: Anthony Palou ou l’éloge sentimental de la boutique

Parrainé par Jean Tulard, soutenu par de nombreuses personnalités, le concept se décline déjà en 17 vidéoclips éducatifs très réussis, réalisés par Hugo Bimar, visibles sur YouTube, mettant en scène les personnages clé et commentés par des historiens de renom. 

De Jeanne d’Arc à de Gaulle, de Bouvines à la Révolution, l’histoire défilera sur un écran géant tandis que Dimitri, Pedro, Gaby, Greg, Mehdi et Paloma en costumes d’époque, mettront le feu à la scène de l’Alhambra. Si vous aimez notre culture, notre histoire, le rock et vos enfants, dépêchez-vous de prendre vos places ! 


Joy Majdalani: le panache de la jeune fille

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Joy Majdalani publie son premier roman © JF Paga / Grasset

Le goût des garçons, coup d’essai de Joy Majdalani, se révèle un coup de maître. Un premier roman sensuel et insolent au style impeccable sur les premiers émois de l’adolescence


Le journalisme crève de ses lieux communs. Vous aussi, vous me direz. Rengaines et formules cent fois usées, mille fois entendues. Tant pis, il faut bien mourir. Alors allons-y : combien de « charmants petits monstres » notre littérature a enfanté ? Il y a eu l’originale : Françoise Sagan, pour qui Mauriac trouva cette formule désormais fatiguée et fatigante. L’auteur de Bonjour Tristesse ne fut pourtant pas la première du genre. Sans aller jusqu’à Musset, Raymond Radiguet est en quelque sorte l’ancêtre de cette race d’écrivains. On pense ensuite au jeune Roger Nimier des Épées. Plus récemment à Lolita Pille (j’entends déjà ceux qui s’étouffent). Ces jeunes gens ont pour eux de ne pas être laids, d’écrire aussi vite qu’ils boivent, et de provoquer l’éditeur qui voit un coup flamboyant à faire. Ça n’est pas un gage de talent, tant s’en faut, mais ça n’assure pas non plus d’en être dénué. Mille fois, nous les avons oubliés en un souffle, ce n’est pas une raison pour ne pas les espérer.

Féérie, désillusion et jupe-portefeuille

Joy Majdalani vient de sortir (chez Grasset, l’éditeur historique de Raymond Radiguet) un de ces charmants petits livres, donc, pour qui l’on espère une descendance éclatante. Pour sa naissance dans les lettres françaises, cette jeune libanaise de vingt-neuf ans nous parle d’une autre naissance : celle de sa sensualité et de ses amours adolescentes. Le récit démarre par une ode « aux filles qui [lui ont] donné le goût des garçons ». Le ton est donné : « Au fond de notre classe de 5e, près du radiateur, des fenêtres, somnolent les Dangereuses […]. L’uniforme du collège Notre-Dame de l’Annonciation enveloppe les fesses et les seins neufs. L’affreuse jupe portefeuille retroussée jusqu’au-dessus des genoux, une provocation quotidienne lancée à la surveillante […]. » Non loin de ces Dangereuses, se trouvent, au centre de la classe le fief des insignifiantes : « Chaussettes hautes bordées de dentelle, lunettes oranges ou vertes, peu sexuelles, duvets de moustache, sous-pulls en flanelle portés sous la chemise, imposés par une mère inquiète, de celles qui préparent des goûters à la symétrie militaire, qui ne laissent au vice aucun espace où fleurir. »

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Les disputes du collège de l’Annonciation prennent des airs de grandes batailles. Et l’on se souvient du merveilleux sérieux avec lequel Jean Cocteau nous parlait d’une bagarre de boules de neige comme d’un Waterloo tragique dans Les Enfants Terribles. Dans Le goût des garçons, la narratrice rejoint un monde parallèle et fantastique par le biais d’Internet (« L’informatique au sortir de l’enfance prend le relais de la magie ») lequel la fera passer d’une féerie à la désillusion. Joy Majdalani sait retranscrire le sérieux quasi-théâtral de la puberté en lui ajoutant une profondeur poétique. Avec sincérité et malice, elle dit la singularité de cet âge.

Le sens de la formule

La langue, classique et corsetée, n’oublie pas de se relâcher pour faire mouche. Comme un coup de fleuret. Ses phrases sont mesurées, souvent brèves jamais sèches. Ainsi qu’une libertine du XVIIIe siècle armée d’un Mac Book Pro, elle allie drôlerie, sensualité, élégance et provocation, sens de la formule (« La rancune est abnégation. Je n’ai pas la discipline qu’il faut pour rester fâchée ») et la charmante insolence de celles qui ne veulent pas se taire. C’est Madame du Deffand qui aurait grandi en regardant “American Pie”. Toujours nos sens sont éveillés. En lisant ce récit, les parfums ambrés de l’Orient nous arrivent. Sa prose a des senteurs de Black Opium (YSL, 51,90€ les 90ml). Jamais pourtant Joy Majdalani ne s’attarde sur de banales descriptions orientalistes. Sur les descriptions tout court, d’ailleurs.

A lire aussi: L’abc d’A.D.G.

L’essentiel n’est sans doute pas là pour elle. Il lui faut aller vite, courir au plaisir, voler des souvenirs à sa mémoire avant qu’ils ne s’échappent et se désagrègent. Cela lui évite aussi de tomber dans des facilités, des choses cent fois répétées, ou pire, de nous ennuyer. Son pinceau a le charme vif des croquis des petits maîtres adorables.

Mais que fait Beigbeder?

Avec tout cela, on aurait juré que ce livre serait défendu par Frédéric Beigbeder dans les colonnes du Figaro. Il n’est pas trop tard. Sans doute l’auteur D’un barrage contre l’Atlantique est-il pour le moment occupé à la promotion de son dernier livre. C’est bien normal. Joy Majdalani devra aujourd’hui se contenter des éloges d’un jeune critique inconnu avant de se voir tresser des lauriers chics dans l’avenir. Nous pouvons espérer qu’il ne lui faudra qu’un peu de patience pour le vérifier.

Le goût des garçons

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Zemmour n’est pas un homme à «déconstruire»!

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Villepinte, 5 décembre 2021 D.R.

Plus de 200 femmes signent une tribune en soutien à Eric Zemmour


Françaises, nous sommes chaque jour plus nombreuses à soutenir Eric Zemmour, car nous sommes convaincues qu’il est le seul capable de nous tirer des abîmes de nihilisme dans lequel la classe politique s’évertue à nous noyer. Eric Zemmour serait ce mâle blanc, hétérosexuel de plus de cinquante ans, qui revendique l’héritage de notre civilisation française et chrétienne, et est devenu par conséquent l’homme à déconstruire.

On nous explique que « nos petits problèmes » vont être réglés lorsque les trottoirs seront plus larges, lorsque les garçons joueront à la dinette, ou que l’on aura martyrisé notre langue à coups d’autrices et de pompières

Nous sommes étudiantes ou mères de famille, salariées ou chefs d’entreprise, infirmières ou avocates, universitaires ou serveuses, toutes mues par une même certitude : nous ne voulons pas qu’une poignée de militantes déconnectées du réel s’arroge le monopole de la représentation des femmes dans les médias et dans l’espace public, derrière la bannière contestable du « néo-féminisme ».

Le modèle français menacé

Leur tribunal implacable fait chaque jour de nouvelles victimes. Cette inquisition, relayée par les médias, distribue les certificats de vertu, les bons et les mauvais points, fait et défait les réputations, se mêle de tout, et surtout de ce qui ne la regarde pas. Elle s’occupe de notre sexualité, de nos copains, de nos maris, de nos patrons, de notre panière à linge et des jouets de nos enfants. Nous voulons mettre un terme à cette tyrannie sournoise et omniprésente qui se glisse jusque dans nos relations les plus intimes.  

A lire aussi, Aurélien Marq: Eric Zemmour peut-il contenir la menace islamiste?

Eric Zemmour est le seul candidat à dénoncer avec vigueur et pertinence les ravages du néo-féminisme, et des idéologies qui l’accompagnent. Cancel culture, wokisme, intersectionnalité, autant de mots barbares pour recouvrir une seule et même réalité : la mise à mort de ce qui fait l’essence et la beauté de notre civilisation et de notre identité. Nous sommes les héritières d’une culture millénaire qui estime et valorise la femme. Une civilisation où la femme a toute sa place. Une femme libre et créatrice, honorée et respectée, pour un modèle envié à travers le monde.

Osez la féminité !

Seul Eric Zemmour ose remettre les choses en place avec énergie et bon sens. Lui seul dit tout haut ce que nous sommes tant à penser tout bas. Non, l’urgence d’aujourd’hui, pour des millions de femmes, n’est pas la question de la parité dans les comités exécutifs mais celle de la fin du mois ! Oui, le meilleur pour un enfant reste d’être élevé par son père et sa mère ! Non les hommes ne sont pas nos ennemis mais nos pères, nos frères, nos fils et nos maris.

A lire aussi, Laurence Trochu: “Eric Zemmour s’est engagé à remettre en cause la PMA sans père, mais la loi Taubira n’est pas une priorité”

Il est temps de remettre nos valeurs à l’endroit, à l’école, à l’université, dans la rue et au travail. Eric Zemmour peut nous y aider : il a les convictions pour cela, et le courage de les assumer quand tout vise à le faire taire. A ses côtés, nous voulons oser la féminité, et non ce féminisme dévoyé. Une féminité fière, épanouie et réaliste. Nous assumons pleinement l’attribut féminin qu’est la maternité mais refusons d’être réduites à des « personnes » munies d’un vagin ou d’un utérus. Filles d’Héloïse, de George Sand, de Coco Chanel et de Brigitte Bardot, nous croyons que l’amour est un sentiment, mais pas l’insécurité.

Théorie du genre, cours d’école, écriture inclusive, fable du patriarcat…

Eric Zemmour est aujourd’hui le seul à avoir compris ce qui nous met véritablement en danger, nous les femmes de France. Lui seul dénonce l’arrivée massive, sur notre sol, d’individus modelés par une religion et une civilisation, l’islam, qui a fait de la femme depuis des siècles la reléguée perpétuelle. Et pendant que les beaux esprits chassent « les propos déplacés » dans les salons parisiens, nous sommes priées d’éviter certains quartiers et de rallonger nos jupes pour emprunter le métro. La violence gratuite, la peur au ventre sont notre quotidien. Comment oublier Chahinez brûlée vive par son mari, Laura et Mauranne, poignardées en plein jour à la gare de Marseille, Axelle, traînée sur 800 mètres par la voiture de son agresseur, Stéphanie, égorgée dans le sas de son commissariat.

Et ces maux dont nous, les femmes, sommes les premières victimes, se trouvent dramatiquement amplifiés par le délire idéologique ambiant : le coupable universel est désigné, ce serait le patriarcat occidental. Voilà qui permet d’éviter de nommer les choses ou de répondre avec réalisme au drame des viols ou des agressions.

Marie Durand et Eric Zemmour

On nous explique que « nos petits problèmes » vont être réglés lorsque les trottoirs seront plus larges, lorsque les garçons joueront à la dinette, ou que l’on aura martyrisé notre langue à coups d’autrices et de pompières.

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Nous préférons des hommes qui construisent des EPR pour projeter notre pays vers l’avenir avec responsabilité, plutôt que des femmes qui jettent des sorts et l’enferment dans les pires archaïsmes. Nous voulons aussi des femmes qui construisent des EPR, sauf que pour nous, la prime doit aller à la compétence, et non aux quotas cache-misères. Nous ne voulons pas de ces fausses solutions qui dévalorisent les femmes et méprisent leurs vraies souffrances.

Une chose est sûre, nous continuerons de dénoncer avec force la trahison et la lâcheté des politiciens de tous bord qui ont repris à leur compte l’idéologie folle portée en France par la vague #BalanceTonPorc, les « écoféministes » et leurs porte-paroles.

Résolument, nous l’affirmons : aujourd’hui, pour la France, le candidat des femmes est Eric Zemmour.


Signataires

Abassi melanie Commercante
Adèle Chupin Dirigeante d’entreprise
Agathe Dionnet Étudiante en AES
Agnes d’Amilly Directeur administratif et financier /Secrétaire général
Alexane Isnard Chef d’entreprise
Alexia Tourrucou Administrateur des ventes
Alice Blum Commerçante
Alice de Gentile Étudiante, Sciences Po Paris
Alice Gramfort Commerçante
Ambrine Mohamed Clerc de notaire et étudiante en droit notarial
Angélique Durand Chef d entreprise
Anna Dhalluin Étudiante en géopolitique
Annabelle Moulin Mère au foyer
Aodrenn Thibault Etudiante en école de commerce
Astrid de la Rüe du Can UX/UI designer
Athenais Collard Doctorante en implantologie dentaire
Aubin Cindy Commerciale
Aude Lombard Médecin
Audrey loupmon Responsable pôles finances et ressources humaines
Aurélia Eynard Profession libérale
Aurore Ginouves Etudiante en droit
Axelle Hue Employée
Axelle Le Gal de Kerangal Chargée de marketing
Béatrice Biet Restauratrice
Béatrice Sion Etudiante en medecine
Bérénice Schuppert Étudiante en droit
Boudra Ouanessa Aide Médico psychologique
Brandy Jany Psychotherapeute psychanalyste
Brigitte sully Educatrice spécialisée
Camille Marazato Conservation du patrimoine
Candice Hardelin Étudiante en histoire
Carine Christini Fonctionnaire de police
Carmen Nicolas Professeur d’économie, droit et management
Carole Marchioni Traductrice freelance
Caroline-Christa Bernard Juriste
Catherine Cardot Directrice commerciale
Catherine Kuster Salariée dans le secteur du tourisme
Caty kammoun Retraité
Cécile Fischer Chef de projets communication marketing
Celia Vallet Master Alternance Risque et Environnement
Cellier Roxane Juriste
Chantal Lemarotel Contrôleur Caf
Chantal Pichaud Retraitée
Charline rochette Mère au foyer actuellement (community manager)
Charlotte Boyer Professeur d’allemand
Charlotte garcie Etudiante en DAEU (Diplome d’acces aux études universitaires)
Charlotte-Emmanuelle Bosc Adjointe de direction
Christelle Pasquet Secrétaire
Christine Broche Retraitée
Christine GENNETIER Retraitée
Christine Latreille Ingénieure territoriale
Christine LESAFFRE Fonctionnaire
Cindy Nunes Assistante de direction
Claire Chenu Retraitée
Claire Reynaud Étudiante Master Commerce du vin
Claire-Agathe Moucadel Etudiante en droit
Clara Martin Étudiante en psychologie
Clémence FERBER–BETTINI Alternante en électronique
Clémentine Lefebvre Étudiante en BTS économie sociale familiale à Caen
Clotilde Gaillard de Saint Germain Étudiante nutrition/diététicienne
Corinne ESPASA Orthoptiste
Cornelia Costea Professeure
Cyriane Cerclet Étudiante en psychologie
Diane Turmel Responsable Événementiel
Dominique aharonian Retraitée
Dorothée Martin Directrice activité industrielle
Eglantine Penel Graphisme
Elena Christmann Enseignante
Elena Lebecque Contrôleur financier
Elena Von Haeflinger Analyste financière et vidéaste
Elisa Beauchamp Étudiante en Design graphique et communication
Elodie Arbète Agricultrice éleveuse
Emilie Boulard Responsable relation clientèle hôtel-restaurant
Emilienne BALON femme au foyer
Emma Top Étudiante en école de commerce
Emmanuelle MERIMEE Ingénieure travaux publics
Emmanuelle Taupiac Psychologue
Estelle Gameiro Ramage Professeur des écoles
Esther Heide Artiste
Esther Schouman-Mercier Études psychologie
Evelyne Birot Directrice agence de voyages
Fabienne CAQUELIN Mère au foyer
Fati Bitout Étudiante
Florence Deletang Cadre d’éducation
Florence Savage Commerciale
Floriane Lefèvre Médecin
Gaëlle Ricou Employée de maison
Gallien Isabelle Retraitée
Laure Guilbaud Aide soignante
Gwendoline Cazard Conseillère Commerciale
GWENDOLINE LEROY Mere au foyer
Héloïse Lagaillarde Office Manager
HEMARDINQUER Catherine Enseignante privée
Hermine Sutter Juriste
Inès Chopard Alternance en communication
Inès Grouze Étudiante en commerce
Inès Vanhoutte Sans
Isabelle Cominotto Comptable
isabelle de la Guéronnière Instructrice régulation des naissances et naturopathe
Isabelle Razafin Professeur des écoles
Isabelle Renaud-Chamska professeur agrégée de lettres classiques à la retraite
Joëlle Widmer Ex- pilote de ligne ( commandant de bord à Air France) ,départ volontaire dû à la crise sanitaire
Johanna Valdeyron Technicienne de surface
Josée Fuentes Retraitée
Josiane Piret Élue
Julia Colonna Auxiliaire veterinaire
Julie Mothé Étudiante infirmière
Julie Truffaut Enseignante
Justine Tosonian Éditrice
Karine Boisset Auto entrepreneur dans le tourisme
Karine Lemercier Aide-soignante
Kimberley Perlot Employée polyvalente
Laetitia de Boysson Chargée de communication
Laura Basso Community Manager
Laure Breton Étudiante en arts
Laurence Mermet Responsable administratif et financier
Laurine Ladian- -Fassi Étudiante en prépa art/archi/animation
Lauryne Anicet Étudiante en linguistique anglaise
Lauryne Chollet Bts cg
Le Pichon Pauline Femme au foyer
Leïla Blangero Cadre de banque
Lesage Sabrina Infirmière
Lisa Verlande Etudiante en Histoire
Lise Caillaud Indépendante
Lola Pinot Closeuse
Lorraine Langard Étudiante en droit
Lorraine vaur Étudiante CPGE sciences Po
Louise mercier Étudiante en droit
Lucie Guilliot Généalogiste professionnelle
Lucie Tivolle Traduction littéraire
Lucy Georges Professeur
Madeleine d’Hueppe Exploitant agricole
Madeline Henrich Étudiante en droit
Mai Rimlinger Responsable de restaurant
Malika Messaoudi-Loubet Intervenante sociale
Margaux Lasselin Juriste
Marguerite Frison-Roche Manager culturel
Marie Chopin Retraité
Marie dumont Esthéticienne
Marie Durand Ingenieur en banque – Actuaire
Marie PLEGAT Étudiante M2 Neurosciences
Marie tasso Enseignante retrAitee
Marie-Alix Darmendrail Juriste, mère au foyer
Marie-Béatrice de Geofory Droit-Option Santé
Marie-Camille Gocar Entrepreneuse
Marie-Gabrielle Barbotin Responsable administrative
Marie-Isabelle Hutchings Conseillère en immobilier
Marie-Joelle Surgent Retraitee ministere des armees
Marie-Joëlle Yebra Retraitée de l’Education Nationale
Marie-Lys Couturier Étudiante en santé
Marie-Noël Lablatinière Comptable
Marie-Odile Quentin Retraité
Marielle Malet Enseignante
Marine huou Commerce et management
Marine Puig Étudiante en sociologie
Marion Bottou Chargée de projets simplifications administratives
Maroussia Lasfargues Professeur art plastiques
Marthe Pscl Etudiante dans l’éducation
Martine lahontan Retraite
Martine Roussos Retraitée
Martine Sinault Retraité
Maryse Richer retraitee
Mathilde Chapelain Étudiante en droit
Mathilde Leconte Duchange Étudiante en droit public
Mathilde Parant Enseignante
Mathilde Schaeffer Manager
Mireille hubert Décoratrice en retraite
Monique Cassany Auxiliaire de vie
Monique Magne Enseignante
Monique Narquin Retraitée
Myriam Fourey Formatrice en langues etrangères
Myriam Oddou Auxiliaire de vie
Natali Avdalova Étudiante en droit
Nathalie Dubois Cadre supérieur
Nathalie MACHUCA informaticienne
Nicole Weyer Professeur certifiée ( retraitée)
Noélie Beugré Étudiante en lettres modernes
Noémie Béguin Étudiante Bts diététique et serveuse
Océane Micheletti Technico-commerciale
Odile GRIMMER Assistante de direction
Odile THOMAS Retraitée
Pascale Deutsch ATSEM
Pauline Loiret Chirurgien dentiste
Pauline Norab Interne en médecine
Pauline Sellier Caissière en jardinerie et vendeuse en produits du terroir
Pegard Retraitée
Pia MARTEL Juriste
Rebecca Trojman Chirurgien dentiste
Régine ABEEL Retraitée de la fonction publique territoriale
Rio Vega Olga Retraitée
Romane Albanel Étudiante en droit
Romane Bosch Étudiante scientifiques pour médecine
Rosemarie Vega Recrutement
Roxane Cellier Juriste
Roxane Tanzy Enseignante
Salomé Benyamin Nourrice
Sandrine Delatre Mère au foyer
Sasha Lavernhe Pharmacien
Séverine DUMINY Professeur de Mathématiques
Soizic DI BIASE Juriste
Solène de Mézerac Etudiante en master de chimie
Sophie Duhamel Gestion immobilière
Sophie Hillion Retraitée
Sophie Huard Enseignante
Sophie Régnier Enseignant
Sophie Régniez Mère au foyer
Stéphanie Toussaint Administration
Sylviane van Leeuwen Psychopraticienne / Psychanalyste
Sylvie dumont Retraitée
Sylvie Mantel Enseignant chercheur
Taillefer Margot Etudiante en droit
Tiffany Spitaleri Étudiante en master de relations internationales
Valentine Leclerc Étudiante en Histoire de l’Art et archéologie
Valerie Baglin Auto-entrepreneur
VALERIE CERVIA Ex professeur enseignement superieur
Valérie de Panafieu Romancière
Valérie Hennequin Assistante de direction
Véronique Coissard Médecin
Victoire de Lacoste Étudiante en Lettres Classiques
Victoria Bonneville Étudiante en médecine
Virginie Bloud Conseillère conjugale
Virginie Morize Gérante maison d’hôtes
Viviane Not Retraitee
Vrignaud Christelle-Marie Docteur en médecine
Yoneko KIKUCHI Formatrice-Coordinatrice des affaires franco-japonaises
Yvette Moreau Retraitée
Monique Pot Chef d’entreprise
Marion Durant Agent SNCF
Marie Pellerin Ingénieur

[Vidéo] Causons ! À droite toute ! Sondages hallucinants pour la gauche française

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De bien mauvaises nouvelles pour la gauche mondialiste, contemptrice des frontières entre les nations et entre les genres…


Un sondage publié le 21 janvier, réalisé par l’Ifop pour Écran de veille, a scruté les intentions de vote d’un échantillon national représentant les 10% des banlieues les plus pauvres. 

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon favoris dans les banlieues

Aujourd’hui, la gauche, tous candidats réunis, n’attire que 36% des électeurs, contre 54% en 2012. Elle dégringole de plus de la moitié des suffrages à… un tiers. Et cette gauche est dominée par les candidats d’extrême gauche, avec Jean-Luc Mélenchon en tête qui récolte 20% à lui tout seul. La gauche modérée, elle, est complètement ratatinée. 

En revanche, les candidats de droite attirent presque la moitié des sondés avec 49%, une tendance globalement à la hausse comparée aux 40% de 2012. Et ce sont les candidats de la droite dite radicale, Marine Le Pen et Éric Zemmour, qui dominent, Marine Le Pen et Eric Zemmour représentant 35% des intentions de vote (si on y ajoute Nicolas Dupont-Aignan). Valérie Pécresse est à 14%, 4% points de moins par rapport à sa moyenne nationale, mais 3 points plus haut que François Fillon en 2017. Le vote mélenchonien est concentré dans les quartiers dits prioritaires. Les autres quartiers, eux, sont dominés par la droite, surtout par Marine Le Pen. Les questions qui préoccupent les banlieues sont le pouvoir d’achat, la santé, la sécurité – ou plutôt l’insécurité – , l’éducation ou le chômage. Étrangement, pas du tout la lutte contre le patriarcat ou les stéréotypes de genre…

63% des Français interrogés par OpinionWay estiment qu’il y a trop d’immigrés

Si cela ne suffisait pas à déprimer la gauche, le coup de grâce vient avec un autre sondage, une étude OpinionWay pour le Cevipof publiée par Le Figaro le 24 janvier. Il s’agit d’un « baromètre de la confiance politique » publié annuellement depuis 2009. Les résultats montrent que 32% des électeurs français se positionnent à droite, et 11% à l’extrême droite, une très nette augmentation par rapport à 2017, quand les chiffres étaient respectivement de 26% et 7%. La gauche est à 17% et l’extrême-gauche à 6%, une baisse par rapport aux chiffres constatés en 2017, 19% et 7%. Aujourd’hui, le centre est à 14%, par rapport à 19% en 2017, tandis que ceux qui ne se prononcent pas représentent 20%, 2 points de moins qu’en 2017. Conclusion : la France se droitise. Pourquoi ? Cela pourrait-il avoir quelque chose à voir avec le fait que, selon la même étude, 63% des personnes interrogées pensent qu’il y a trop d’immigrés.

Ce qui est vraiment surprenant, c’est qu’apparemment 39% des interrogés sont en faveur d’un gouvernement sous « un homme fort qui n’a pas à se préoccuper du parlement ou des élections », c’est-à-dire, un dictateur – un vrai, pas un faux dictateur comme M. Macron qui se contente d’imposer un passe vaccinal – et avec l’approbation du parlement… Plus stupéfiant encore, 27% sont en faveur d’une junte militaire ! J’imagine Valérie Pécresse en uniforme de colonelle, mais je m’égare…

Malheureusement pour la droite centriste, qui représente les entreprises – celles qui sont obligées de gagner le fric nécessaire au financement du fonctionnariat tentaculaire de la France, les Français sont moins enthousiastes que jamais face à l’économie de marché. 73% sont de l’avis que « l’économie actuelle profite aux patrons aux dépens de ceux qui travaillent ».  C’est dommage pour la droite capitaliste, mais c’est encore plus dommage pour la gauche anticapitaliste.

Sacrés Français ! Toujours aussi incompréhensibles !


Blanche-Neige et les woke grincheux

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Rachel Zegler sera la nouvelle Blanche-Neige © Chris Pizzello/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22632566_000002

Dans le nouveau film en préparation, Blanche-Neige sera une latina. Mais cela n’est pas suffisant pour les militants de la déconstruction woke. Accusée de nanophobie, elle sera privée de ses sept nains! Peter Dinklage déçoit en manquant singulièrement… de hauteur.


Après le retrait des Aristochats, d’Aladdin, de Peter Pan ou de Dumbo de la section enfants de la plateforme américaine Disney +, et de leur relégation dans la section “adulte” accompagnée d’une note de contextualisation précisant la présence de stéréotypes, on n’est pas franchement surpris que l’un des dessins animés majeurs de Walt Disney passe à son tour à la moulinette du wokisme et de la rééducation idéologique. Mais si l’inquiétante fréquence de ces censures ne nous étonne plus, elle doit continuer à susciter colère et indignation.

Cancel culture

Le groupe Disney s’est donc fait enguirlander par l’acteur nain le plus connu d’Hollywood, Peter Dinklage, célèbre pour son rôle dans “Game of Thrones”, cette série à succès dont l’anachronisme historique reflète parfaitement l’esprit de l’époque… Dinklage est furibard et il le fait savoir haut et fort : Blanche-Neige c’est, selon lui, « une putain d’histoire arriérée, où sept nains vivent ensemble dans une grotte ! » 

Apprêtons-nous à voir apparaître sur les écrans une Blanche-Neige rebaptisée Noire-Nuit. Gageons qu’elle sera trans, unijambiste, jouera les bucheronnes le jour et dansera le twerk la nuit !

L’acteur a ainsi torpillé, en une seule interview, le nouveau remake en « live motion » du classique Disney (c’est-à-dire en prises de vue réelles avec de vrais acteurs, et reconstitution en images animées), qui est en production dans les studios de la firme de Mickey. 

A lire aussi: Non, les Britanniques ne veulent pas vraiment « cancel » « 1984 »

Pour couper court à la polémique, et éviter ici une marche des fiertés pro-nains, là un boycott ou encore un procès en discrimination que ne manquerait pas d’intenter le syndicat national qui défend le droit des nains (Little people of America), le géant du divertissement a immédiatement réagi en appliquant la méthode de l’effacement et du remplacement. Un coup de gomme, et on recommence. Les nains passent à la trappe et seront remplacés par des « créatures magiques ». Au moins, avec ces êtres imaginaires, pas de risque d’offenser quelque minorité… Et pourquoi pas rajouter aussi tous les héros Marvel dans le film tant qu’on y est, pour être certain de détruire complètement le conte des frères Grimm ?

Un nain malveillant

En tout cas force est de constater que Peter Dinklage a manqué de hauteur, et cette fois ce n’est évidemment pas à cause de sa petite taille, mais plutôt à cause de son aveuglement narcissique et de la sacralisation de son handicap. Non seulement ses propos témoignent d’une méconnaissance totale de l’histoire originale, mais en plus son procès en nanophobie ne tient pas. Rectifions : non, les sept nains ne vivent pas dans une grotte mais dans une jolie petite maisonnette au cœur de la forêt. C’est là où Blanche-Neige va trouver refuge. Sans cette maison, la belle serait morte de faim et de froid. Au-delà de cette erreur, on se demande où est la nanophobie dans ce conte où il n’y a ni injures offensantes à l’encontre de personnes de petite taille, ni de lancer de nains à déplorer comme dans Le loup de Wall Street… Bien au contraire, la douce Blanche-Neige incarne la bienveillance absolue, dansant et riant immédiatement avec les petits êtres, et le conte prend bien soin d’individualiser chacun d’entre eux. Tout le contraire de la vision binaire des associatifs ou acteurs en crise d’identité, qui font disparaître la singularité des personnes dans une masse homogène de couleurs de peau, d’appartenances ou de “genre”, de victimes et de discriminateurs.

A lire aussi: Ne stigmatisons pas les extraterrestres!

Au-delà d’être une bande de joyeux lurons dont les disputes amusaient le jeune public, les sept nains incarnent également des valeurs morales et le goût du travail. S’ils ne sont pas les héros du dessin animé, ils sont des précieux adjuvants et permettent aux enfants d’appréhender l’altruisme, l’amitié, l’entraide – autant de valeurs pourtant habituellement mises en avant par nos adorateurs de l’inclusion et de la diversité.

Demain, sans ses sept nains, Blanche-Neige ne sera plus Blanche-Neige. Et après demain, au train où va la folle machine à éradiquer qu’est la cancel culture, apprêtons-nous à voir aussi apparaître sur les écrans une Blanche-Neige rebaptisée Noire-Nuit. Gageons qu’elle sera trans, unijambiste, passera son temps non plus à chanter avec les oiseaux tout en balayant, mais à jouer les bucheronnes le jour et à danser le twerk la nuit!

La Révolution racialiste, et autres virus idéologiques

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Peut-on vraiment tout dire dans «28 minutes»?

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Elisabeth Quin invitée de France inter, le 26 janvier 2022 Capture YouTube

Invitée de France inter pour les dix ans de son programme sur arte –qui n’est franchement pas le plus mauvais de la télévision- Elisabeth Quin s’est félicitée de l’exemplarité de son émission. Elle a critiqué à demi-mot ses confrères, coupables apparemment d’entretenir un buzz politico-médiatique délétère. Notre chroniqueur Philippe Bilger, écarté du programme, estime qu’elle charrie un peu…


On part sur une piste et fortuitement on en choisit une autre. Après avoir lu – Pascal Praud l’ayant signalé – le remarquable portrait d’Alexis Kohler, la “doublure” d’Emmanuel Macron, dans l’Opinion, j’avais l’intention de m’interroger sur le lien personnel et quasiment féodal que le président a besoin d’entretenir, pour être totalement en confiance, avec les rares qu’il a distingués. Ce n’est pas l’esprit républicain traditionnel. Celui-ci ne met pas en avant ce type d’allégeance.

Elisabeth Quin, pas n’importe qui !

Puis j’ai écouté, par hasard, l’Instant M sur France Inter dont Elisabeth Quin était l’invitée. Sans surprise elle a dit beaucoup de bien d’Arte et de son émission « 28 minutes ». Dans une connivence parfaite et très amicale avec Sonia Devillers : cela facilite les choses ! Mais il est impossible de traiter les propos et les pensées d’ Elisabeth Quin comme si elle était n’importe qui et qu’on n’avait pas d’estime intellectuelle pour elle. Mais les meilleurs, comme elle, peuvent être dupes et fantasmer une émission comme exemplaire quand elle ne l’est pas.

A lire aussi: «Don’t Look Up»: effroyablement drôle

L’honnêteté élémentaire me conduit à souligner que j’ai été invité à plusieurs reprises à « 28 minutes » et notamment une fois en forme de test pour savoir si je pouvais être un chroniqueur régulier. L’expérience a tourné court et il me semble que des deux côtés on avait fait le même constat: je n’étais pas fait pour eux, ils n’étaient pas faits pour moi.

Avant d’expliquer pourquoi le climat singulier de « 28 minutes » – apparemment totalement libre mais subtilement et clairement corseté – m’avait déçu, je voudrais objecter à Elisabeth Quin, qui avec fierté a indiqué qu’aucun invité politique ne serait convoqué pour la campagne présidentielle, parce qu’il ne s’agissait malheureusement que d’un défilé programmatique et que personne ne prenait la peine de répondre aux questions. D’abord, c’est bien condescendant de la part d’Arte. Ensuite ce n’est pas toujours vrai et la responsabilité de la déception incombe le plus souvent aux journalistes qui interrogent mal ou coupent trop, plutôt qu’aux politiques eux-mêmes.

Si l’alternative qui nous est laissée est de se contenter d’experts jamais aussi honnêtes qu’ils le prétendent ou de continuer à nous intéresser aux dialogues entre candidats et journalistes, je n’hésite pas une seconde. Surtout si l’interrogation est portée par une personnalité intelligente. Entendre directement Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, Yannick Jadot, Valérie Pécresse ou Éric Zemmour, finement et rudement interpellés, sera plus gratifiant que d’avoir droit à des commentaires qui viendront trop tard, la messe politique étant dite. Après celle-ci, les analystes pourront s’en donner à cœur joie !

Une émission subtile…

Je voudrais revenir sur l’impression que « 28 minutes » m’a donnée et qui ne s’est pas démentie quand par hasard j’écoutais un bout de débat. Elisabeth Quin est d’une totale bonne foi mais il me semble qu’on ne peut pas qualifier « 28 minutes » d’émission où on a le droit de tout penser et de tout dire. Je vais faire hurler les contempteurs de CNews mais sur cette chaîne, pour les invités et les chroniqueurs, nul barrage n’existe entre ce qu’ils ont l’intention de dire et la réalité de leur verbe. Qu’il y ait ou non de la droite ou de la gauche (moins, mais elle ne veut pas venir !), rien dans l’atmosphère générale n’indique par avance que derrière la liberté affichée il y aurait tout de même des limites.

À lire aussi: Pascal Praud, la bête poivre et sel du PAF

Sur Arte, c’est l’inverse. Impalpable, subtile, avec bonne conscience, flotte l’évidence que celui ou celle qui vient sur « 28 minutes » ne doit pas se leurrer : ne pas croire à sa liberté absolue dans le choix de ses pensées et dans leur expression. Un air élégamment dégoûté, sans même la moindre contradiction, vous signifiera que vous êtes libre certes mais qu’avant, l’impératif suprême relève de la conception de la décence de « 28 minutes » : il serait malséant de ne savoir s’attacher qu’au réel mais le talent d’une certaine manière est de l’oublier ou de l’euphémiser. Pour prendre des exemples caricaturaux, il FAUT détester le RN, vouer Zemmour aux gémonies, se trouver dans le cercle macronien de la raison, accabler la société qui crée les coupables plus que ceux-ci, se fondre dans un humanisme hémiplégique puisqu’il ne pleure et ne compatit qu’à gauche. Ce n’est pas maladroitement fait, ce n’est pas un rouleau compresseur, c’est enrobé, distingué, suave, penser autrement c’est le monde des ploucs, c’est redoutable.

Une mécanique implacable

Parce qu’il y a un mimétisme impérieux qui domine. Je songe à Vincent Trémolet dont les éditoriaux au Figaro sont clairs, nets, sans équivoque, heureusement réactionnaires parfois. Je ne le reconnais plus à « 28 minutes », tout simplement parce qu’il a adopté le style maison, chantourné, contourné, prudent, tournant sept fois l’idée dans son esprit. Une mécanique implacable pour attiédir liberté et vérité.

A lire aussi: Nadia Daam: sa vie, sa chatte et ses leçons de morale

On pourrait à la rigueur se féliciter de cet univers homogène où tout n’est pas bon à penser et à dire, si le jeu en valait la chandelle. Mais on constate que cet entre-soi, avec les contradictions convenues et sa certitude d’être installé à perpétuité dans le bon camp, déçoit plus qu’il ne stimule. On préférerait moins de suavité contente de soi et plus de brutalité pour ne pas mettre à distance le réel. Elisabeth Quin n’est pas n’importe qui. Elle ne sera pas d’accord avec moi. Mais peu importe. Il y a des accords qui offensent mais des contradictions qui plaisent.

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Nous sommes les idiots du village global!

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Le géopolitologue Alexandre Del Valle © DAMIEN GRENON / PHOTO12 VIA AFP.

Dans son nouvel ouvrage, Alexandre Del Valle nous offre un panorama assez large de cette « mondialisation dangereuse » dans laquelle nous sommes embarqués. Alors qu’ils pensaient avoir imposé leur vision du monde post-conflictuelle après la chute du Mur, les Occidentaux se retrouvent confrontés à de nouveaux ennemis et défis. Un ouvrage riche qui permet d’y voir clair.


En citant Oswald Spengler et son Déclin de l’Occident en première phrase d’exergue, Alexandre Del Valle et Jacques Soppelsa, auteurs de La mondialisation dangereuse (L’Artilleur), ont du mal à dissimuler leur inquiétude pour l’avenir des pays occidentaux, plus encore pour l’Europe que pour les Etats-Unis. Héritiers de Samuel Huntington et surtout disciples revendiqués du général Pierre Marie Gallois (le père de la bombe française, entre autres), ils essayent d’observer dans ce « manuel de géopolitique engagé » l’état des menaces dans le monde, non sans faire un détour par l’histoire récente des trente dernières années. Dans une certaine mesure, l’ouvrage recense aussi la somme d’informations que l’on croise chaque jour sur les islamistes, les mafias, les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) et la montée en puissance de la Chine ; et en organisant cette somme d’informations, il la rend un peu plus intelligible.

Un catalogue des erreurs occidentales

La sortie de la guerre froide semble avoir en quelque sorte embué les Occidentaux d’illusions. Ivre de sa victoire sur le bloc de l’Est, l’Ouest a réalisé une série impressionnante d’erreurs, tantôt par excès de naïveté (plutôt le versant européen), tantôt par excès d’agressivité (plutôt le versant nord-américain) ; l’ouvrage est presque un catalogue de ces erreurs commises. On citera notamment le renversement des régimes irakien et libyen, qui nous a ensuite déstabilisé la Syrie et le Sahel ; dans ce dernier cas, les Français (plutôt seuls, cette fois-ci) ont été obligés d’intervenir, dans un espace désormais alimenté en armes et en mercenaires par la proche Libye que plus grand-monde ne maîtrise. Des régimes qui avaient bien des défauts mais qui avaient renoncé à la force nucléaire ; leur renversement a renforcé la paranoïa du régime nord-coréen (qui n’en avait pas besoin) et l’a poussé à s’en doter ! Résultat des courses : le monde est un peu moins sûr qu’avant ces « opérations de police internationale ». Au même moment, la Chine et quelques autres (l’Inde, la Turquie) se réarmaient mentalement pour affronter la mondialisation, en pratiquant un souverainisme agressif et une Realpolitik décontractée (la prise de contact entre la Chine et le nouveau gouvernement taliban en septembre dernier a été un grand moment de cynisme). En quelque sorte, les deux auteurs essaient de piquer l’Europe de l’Ouest en la traitant de « dindon de la farce » à plusieurs reprises (encore plus mordant, Hubert Védrine parle lui d’« idiots du village global ») un peu comme on pique un vieil ami qui se laisse un peu aller.

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Le titre évoque évidemment La mondialisation heureuse d’Alain Minc (sortie en 1998) mais les auteurs rappellent plus largement l’optimisme et l’euphorie des années 1990, avec des ouvrages comme La Terre est plate de Thomas Friedman, qui annonçait un monde unifié et post-conflictuel. Alors que les Occidentaux étaient convaincus que leur modèle allait inexorablement s’imposer partout (il faut se souvenir en 2009 à Berlin de la symbolique des dominos utilisée lors de la célébration des 20 ans de la chute du Mur), la démocratie libérale est aujourd’hui perçue comme un anti-modèle parmi les pays émergents, et les « démocratures » semblent mieux préparées pour affronter les secousses du siècle, ne serait-ce que dans la gestion de la crise du Covid. La Chine et ses médias pointent régulièrement l’inefficacité de la démocratie occidentale et ne sous-estiment pas l’hypothèse de guerres civiles « à la Mad Max » en Europe de l’Ouest et aux Etats-Unis.

Les Etats-Unis lassés de leur hyperpuissance

Plusieurs scenarii concurrents avaient été dessinés dès la fin des années 1980 et tout au long des années 1990. Ainsi, Paul Kennedy avait cru bon d’anticiper un inexorable déclin américain, mal à l’aise à terme dans son rôle d’hyperpuissance. De son côté, Francis Fukuyama avait dans sa célèbre Fin de l’histoire, estimé qu’à la suite de la guerre froide remportée par l’Occident, les conflits entre les nations allaient se terminer et le libéralisme devenir l’idéologie universelle. A l’inverse, Samuel Huntington, dans Le choc des civilisations, avait perçu que les antagonismes idéologiques allaient être remplacés par les antagonismes civilisationnels, provoquant une somme de conflits, surtout dans les zones de contact entre civilisations (typiquement : les Balkans et le Caucase). Aucun n’a entièrement eu raison ; mais dire que l’optimisme fukuyamien a été battu en brèche est encore un euphémisme. C’est encore le paradigme le plus décrié à l’époque, celui de Samuel Huntington, qui a visé le plus juste.

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Parallèlement à ces projections, Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller de Jimmy Carter, avait maintenu l’Amérique en alerte avec son Grand échiquier (1997) en pointant le danger d’un rapprochement entre l’Europe et la Russie, qui reléguerait les Etats-Unis au rang d’île à la périphérie de ce vaste bloc continental. Tout lecteur du Grand échiquier n’aura été que modérément surpris de voir surgir l’Ukraine (dont Brzezinski signalait l’importance stratégique) à la une de l’actualité en 2014. Bien que Brzezinski, à la fin de sa vie, nuança ses positions antirusses et regretta que la Russie avait été poussée dans les bras de la Chine (créant un autre bloc au moins aussi redoutable que le bloc russo-européen évité), une certaine vulgate brzezinskienne continue de prospérer, guidant la politique américaine et ses alliés européens. Alors que les élites (et la population elle-même) russes étaient tout à fait favorables à l’Occident dans les années 1990, ne demandant pas mieux que d’intégrer l’Union européenne et de fusionner la CEI et l’OTAN, les Occidentaux n’ont cessé de multiplier les déstabilisations dans l’ « étranger proche » de la Russie (de la création du Kosovo jusqu’au souhait d’intégrer l’Ukraine et la Géorgie dans l’OTAN), poursuivant la politique d’endiguement héritée de la guerre froide, si bien que les Russes ont fini par avoir la sensation (pas complètement illégitime) d’être encerclés de blindés américains. Même George Kennan, père de l’endiguement pendant la guerre froide, avait regretté que celui-ci se perpétuât après 1990, prévoyant (il est décédé en 2005) un raidissement de la Russie. Plus qu’un rapprochement avec la Chine (les deux nations coordonnent désormais leurs actions, comme on l’a vu le 13 avril 2021 lorsque la Russie massait ses troupes à la frontière ukrainienne tandis qu’au même moment, l’aviation chinoise pénétrait dans l’espace aérien de Taïwan), c’est un bloc oriental qui se constitue autour de l’OCS (Organisation de coopération de Shanghai), à laquelle se sont joints l’Inde, le Pakistan, l’Iran et les républiques d’Asie centrale. Un bloc loin d’être épargné par de graves tiraillements entre certains de ces membres (l’ouvrage ne minore pas le risque d’une escalade entre le Pakistan et l’Inde, ou entre l’Inde et la Chine) et auquel les Etats-Unis répondent par un autre endiguement, dans l’Océan Pacifique et l’Océan Indien.

Nouvelles féodalités

La Russie a une place assez centrale dans l’ouvrage. Il est vrai que celle-ci est perçue par l’Amérique « comme la plus grave menace pour la stabilité du monde entier », devant l’islamisme. On peut se demander si les auteurs, realpoliticiens affirmés, ne finissent pas par tomber dans l’excès inverse d’idéalisation de la Russie et ne reprennent à leur compte la description que « la Russie post-soviétique et poutinienne » fait d’elle-même, se présentant « comme le dernier rempart face au déracinement opéré par McWorld et le seul pôle (…) de défense de l’Europe et des traditions judéo-chrétiennes ». Le passage sur la dernière guerre arméno-azérie (chapitre III) montre cependant que la Russie « n’est pas une puissance idéaliste chrétienne » et qu’elle n’a hésité fin 2020 à laisser tomber l’Arménie, chrétienne et pauvre, au profit de l’Azerbaïdjan, riche, musulmane et proche du nouveau sultan Erdogan. Moins lyrique que son prédécesseur Alexandre Ier, auteur du traité de la Sainte-Alliance, Poutine est lui aussi un adepte de la Realpolitik, qui raisonne froidement en fonction des intérêts de son pays, et il ne faudrait pas exagérer son rôle de dernier défenseur de la chrétienté.

Les auteurs ont subdivisé l’ouvrage en deux parties principales, d’abord les tendances lourdes, ensuite les variables contemporaines ; mais on peut aussi lire la première partie comme celle dédiée à l’action des acteurs politiques traditionnels, les Etats, et les rivalités entre ceux-ci ; et la deuxième, concentrée sur des acteurs plus diffus, plus liquides, agissant en réseau ; dans une certaine mesure, de nouvelles féodalités : islamisme, mafias, crime organisé, Gafam. Des féodalités qui, à l’instar de la petite entreprise d’Alain Bashung, ne craignent pas les crises, et qui ont beaucoup profité de la mondialisation. Le crime organisé, par exemple, est à lui seul la huitième puissance économique mondiale et pourrait siéger au G8 (où il serait peut-être moins boycotté que Poutine).

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A défaut de mettre tous ces acteurs diffus dans le même sac, les auteurs ne manquent pas d’établir des liens entre eux. Les grandes centrales du terrorisme islamistes (Daesh, Al-Qaïda) vivent notamment du trafic de drogue, qui est même leur première source de revenus. Quant aux Gafam, ils mettent moins de temps à censurer le président Trump que les prédicateurs islamistes (sans parler de Recep Erdogan, en quelque sorte le premier d’entre eux). Des Gafam qui se perçoivent comme les rois de l’époque : on se souvient d’un Mark Zuckerberg en t-shirt-jeans-basket aux côté d’Obama, un peu à la manière d’un Giscard président recevant  Chirac Premier ministre en polo-claquettes à Brégançon. Désormais, des Etats souverains comme la France ou le Danemark envoient des « ambassadeurs numériques » auprès des Gafam. L’idée d’un effacement des Etats au profit d’acteurs politiques dilués de ce type peut séduire les esprits (c’était la thèse de Bertrand Badie en 1999 dans Un monde sans souveraineté. Les Etats entre ruse et responsabilité), mais c’est surtout vrai pour des Etats démissionnaires (principalement l’Europe de l’Ouest) ou défaillants (l’Afrique sub-saharienne). Les Etats sont tout de même capables de coup de menton contre ces acteurs ; il leur arrive de censurer les réseaux sociaux quand ça les arrange. Si « l’Etat ne peut pas tout », disait le brave Lionel Jospin il y a vingt ans, on a vu en 2020 que les Etats sont capables de priver en quelques jours les citoyens d’à peu près toutes les libertés individuelles, et ont encore quelques ressorts…

A terme, les auteurs voient « une pause » dans la mondialisation (les avions cloués au sol depuis le début de la crise sanitaire, l’effondrement des commandes d’avions civils et la fin possible d’un tourisme de masse à pas cher constituent un indice de cette possible future pause) ; ainsi qu’une réorganisation autour de grandes régions, calquées à peu près sur les aires civilisationnelles délimitées par Huntington. Les Etats-Unis (plus les Républicains que les Démocrates) semblent eux-mêmes se faire à l’idée de ne plus être le gendarme du monde ; ce fut peut-être, malgré son style baroque, le sens de la présidence Trump.

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Martin Hirsch: vers une santé au mérite?

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Martin Hirsch, le directeur General de AP-HP, août 2021 © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage : 01035270_000005

Le Covid-19 drague derrière lui des questionnements inédits sur notre solidarité nationale. En voulant lutter contre l’individualisme dans une tribune du Monde, le patron de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris entend ainsi « associer la responsabilité à la solidarité dans les systèmes de protection sociale » et se questionne: « est-il logique de bénéficier des soins gratuits, quand on a refusé pour soi la vaccination gratuite ? » Certains, comme Martin Blachier ou les opposants au passe sanitaire, réclament à présent son départ. Hirsch se trompe en confondant la santé publique avec un système assurantiel classique.


La fin de l’épidémie semble peut-être en vue. Tandis que des pays comme le Danemark, l’Irlande, et le Royaume-Uni mettent fin aux restrictions sanitaires et claironnent un retour à la vie normale, certains trouvent utile de remettre en question la solidarité nationale. 

Martin Hirsch, directeur de l’Assistance publique – hôpitaux de Paris, a rédigé une tribune dans laquelle il remettait en question l’universalité de la gratuité des soins. Plus précisément, il remet en question la gratuité pour les non-vaccinés. Ces derniers seraient privés de soins gratuits pour deux raisons. D’abord, ils risquent d’infecter les autres. Ensuite, en s’exposant inutilement à une infection ils risquent d’occuper des lits qui seraient autrement libérés.

Quand la technocratie déraille

L’argumentaire est non seulement grotesque, mais bâclé. La santé publique n’est ni une récompense ni un système d’assurance au sens classique. Examinons ce raisonnement typique de la technocratie macronienne.

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La santé publique est une institution particulière. Tous les citoyens peuvent se faire soigner gratuitement, mais ce droit d’être soigné n’est pas conditionné par le mérite ou la contribution du citoyen individuel. Soyons clairs, les services offerts par le Ministère de la Solidarité et de la Santé sont financés par les contribuables. Cependant, ce financement général ne démontre pas que chaque citoyen doit avoir mérité ses soins ou les avoir payés.

Considérons l’idée du mérite. Les soins récompenseraient les citoyens vertueux qui se seraient rendu dignes de tels services. Néanmoins, les enfants et plus précisément les nouveau-nés bénéficient de soins et parfois de soins très dispendieux alors qu’ils ne peuvent en aucun cas les avoir mérités. Ajoutons que le corollaire du mérite est la sanction. Ceux qui ne sont pas vertueux, qui ne sont pas méritants perdraient leur accès aux soins qui sont la récompense du bon citoyen. Or, si tel était le cas, il faudrait supprimer la gratuité des soins pour une population bien plus large. Si les frères Kouachi avaient été capturés vivants, mériteraient-ils toujours d’être soignés gratuitement? Bertrand Cantat devait-il payer ses soins en prison?

La santé publique n’est pas exactement comparable à une assurance classique

On parle de la santé publique comme d’une assurance puisqu’on y contribue, mais c’est inexact. Stricto sensu, seuls ceux qui payent sont indemnisés par un système d’assurance. Des soins gratuits sont offerts à ceux qui n’ont jamais et ne pourront jamais contribuer au système. Les citoyens qui sont lourdement handicapés et qui ne peuvent travailler ne peuvent contribuer au financement du système. Si la santé publique était gouvernée entièrement par le raisonnement assurantiel, alors il faudrait soit exclure les handicapés ou leurs proches devraient offrir des contributions supplémentaires.

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En somme, si les soins prodigués par la santé publique étaient une récompense pour bons citoyens, il faudrait faire payer tous ceux qui n’ont pas mérité ces soins ou qui ont démérité. Si la santé publique n’est rien d’autre qu’un système assurantiel, alors il faudrait exclure tous les non-contributeurs. Comme il n’en est rien, nous ne pouvons concevoir la gratuité des soins comme soit une récompense soit un dédommagement offert par un système assurantiel.

Bien sûr, les soins offerts gratuitement aux citoyens sont une forme de solidarité nationale. Les membres bien portants produisent un système d’entraide au nom de cette appartenance commune : les soins sont offerts aux actifs et aux inactifs, aux valides et aux invalides, aux citoyens vertueux et aux citoyens vicieux.

D’autres groupes que les non-vaccinés font peser des risques sur la collectivité

Qu’en est-il de l’argument de Martin Hirsch qui assène que les non-vaccinés sont des irresponsables, qui font courir des risques inutiles à leurs compatriotes? Faut-il simplement le rejeter parce que les soins ne sont pas offerts en fonction du mérite individuel de chaque citoyen? En théorie, on pourrait le balayer. Si le fait d’imposer des risques à autrui gouvernait la distribution des soins, alors on devrait refuser des soins à énormément de citoyens. Les non-vaccinés ne sont pas une population unique et inédite par le fait qu’ils imposeraient des risques aux autres.

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Mais, considérons un instant que l’accès aux soins soit indexé au bon comportement de chaque citoyen. Qu’est-ce que cela entraînerait?

Quoiqu’en dise monsieur Hirsch les non-vaccinés ne sont pas seuls qui puissent transmettre le virus. Il répondra que les vaccinés ont fait un geste pour diminuer le risque qu’ils posent, mais cela n’efface pas le risque. Ainsi, nous sommes face à une différence de degrés. Si l’on est non vacciné, mais que l’on se fait dépister et que l’on respecte la distanciation sociale, devrait-on payer moins cher que les non-vaccinés qui se donnent moins de peine pour protéger leurs compatriotes? Et les vaccinés qui sortent trop, doivent-ils payer?

Autre interrogation: quels sont les risques imposés à la population? On peut aisément accabler les non-vaccinés en affirmant qu’ils occupent inutilement des lits, mais qu’en est-il de l’état de la santé publique? Tous ceux qui fermèrent des milliers de lits d’hôpitaux, qui créèrent ces déserts médicaux, qui sabrèrent soit le recrutement ou les conditions d’emploi du personnel médical, n’ont-ils pas affaibli le système de santé? Et si l’affaiblissement du système de santé impose des risques à la population française, pourquoi ces notables auraient-ils droit à la gratuité des soins? Imaginez que la France soit en train de perdre une guerre. L’armée est affaiblie par un cruel manque de moyens et par une faible quantité de déserteurs. Selon monsieur Hirsch, seuls les déserteurs sont responsables.

Monsieur Hirsch fait semblant de lamenter l’irresponsabilité de certains citoyens, mais il ferait mieux de méditer l’incurie de ceux qui sapèrent et pillèrent le système de solidarité nationale. Mais pour reprendre un langage cher à son patron, ça l’emmerderait.