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Sang d’encre

Le fait divers est l’aphrodisiaque du romancier: du sang, des mystères, et la plume se dresse. Anne Plantagenet et Philippe Jaenada résistent aux charmes tapageurs du coupable. Du procès Jubillar au meurtre oublié de Louise Cansot, ils rendent aux victimes leur nom, leur visage, et cet honneur posthume: le premier rôle.


Les faits divers ont toujours fasciné les foules et plus encore les écrivains. Bon nombre d’entre eux ont en effet trouvé dans ces histoires terribles et souvent sordides un matériau de choix. Flaubert s’est inspiré du suicide de Delphine Delamare pour Madame Bovary, Dumas de l’histoire de François Picaud pour Le Comte de Monte-Cristo,Truman Capote de l’assassinat de la famille Clutter pour De sang-froid, et plus près de nous, Emmanuel Carrère de l’affaire Romand pour L’Adversaire. Pour un romancier, le fait divers est une manne. Yasmina Reza qui, depuis plus de quinze ans, écume les cours d’assises, ne s’en cache pas. Contrairement à elle, Anne Plantagenet, lorsqu’elle se rend à Albi le 22 septembre 2025, assiste à son tout premier procès. Celui d’un homme de 38 ans, Cédric Jubillar, accusé d’avoir tué sa femme Delphine, âgée de 33 ans, dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020. Le 17 octobre 2025, l’accusé est reconnu coupable du meurtre et condamné à trente ans de réclusion criminelle. Quand Anne Plantagenet écrit son livre, « l’homme le plus célèbre du Tarn » nie les faits et la victime n’a pas été retrouvée. En juillet dernier, coup de théâtre : Cédric Jubillar passe aux aveux et indique l’endroit où il a enterré le corps. Un rebondissement majeur qui n’entache en rien l’intérêt du livre. La romancière assise sur les bancs de la presse pendant les quatre semaines qu’ont duré le procès le confie dès les premières pages. Ce qui l’intéresse ici, c’est moins « le verdict qui condamnerait ou acquitterait Cédric Jubillar que les traces de la femme effacée, Delphine Aussaguel ». C’est moins le bourreau que la victime. Toutes les victimes, dont elle souligne qu’elles sont souvent les grandes oubliées des procès. Qui se souvient d’Hélène Rytmann, étranglée à mort par son mari Louis Althusser ? Qui se souviendra de l’infirmière du Tarn ? Une jeune femme solaire qui aimait son travail, ses deux enfants et dont chacun louait les qualités. Aucune partialité toutefois dans ce récit. Anne Plantagenet n’oublie ni l’enfance chaotique de l’accusé, ni son placement dans des familles d’accueil, ni les violences subies. Elle ne juge pas, ne prend pas parti. Elle appréhende chacun des acteurs de cette affaire avec la même finesse d’analyse, la même empathie, la même sensibilité et montre l’humanité dans ce qu’elle a de plus noir, de plus vulnérable, parfois aussi de plus admirable. En l’absence de corps est un texte fort. Un texte mu par la nécessité. L’histoire d’un drame qui en cache un autre. Celui que l’auteure traverse et auquel elle ne fait jamais que des allusions voilées. Comme le rappelait Jean Giono à l’occasion de l’affaire Gaston Dominici, un procès c’est d’abord une histoire de mots. Ceux d’Anne Plantagenet sont justes, tenus, au plus près de la vérité.

L’affaire Cédric Jubillar a défrayé la chronique, mais celle de Louise Cansot a largement été oubliée. Grâce à Philippe Jaenada, spécialiste patenté du fait divers, la voilà propulsée sur le devant de la scène. Tout au moins littéraire. Dans la nuit du 6 au 7 septembre 1949, une jeune femme est retrouvée étranglée non loin du pont du Garigliano à Paris. Le signalement de L’Inconnue du quai de Javel est le suivant : « 1,70 mètre, cheveux châtain foncé, vêtue d’une jupe noire et d’un pull mauve, jolie, très bien faite. » L’affaire est alors confiée à l’inspecteur-chef Ferrière. De Louise Cansot, on apprend qu’elle était un modèle très demandé dans le Montparnasse de la fin des années 1940, qu’elle avait quelques amants et un sérieux penchant pour la boisson. Il n’en fallait pas plus pour mettre en branle l’imagination du romancier qui, depuis Sulak en 2013, a fait de l’enquête policière la matière première de ses romans. Accompagné de Simenon, dont il relit pour l’occasion tous les livres ou presque, il part de l’enquête non aboutie de l’inspecteur-chef de l’époque pour, soixante-quinze ans plus tard, mener la sienne. Son maître : Maigret, dont il s’efforce d’appliquer la technique à la lettre. « Il ne faut ni raisonner ni même penser dans un premier temps, il convient d’abord, patiemment, de placer les gens, comme des petits personnages de théâtre, à la place qui est la leur. » Dont acte. Jaenada épluche méticuleusement le dossier de Ferrière, se rend sur les lieux fréquentés par Cansot et active le formidable réseau qu’il a mis en place au fil des années, notamment aux Archives de Paris. Très vite, il a l’intuition que quelque chose cloche dans le rapport de l’inspecteur-chef. Il traque alors ce quelque chose avec patience, obstination, obsession et, disons-le, folie. Il le reconnaît volontiers. Qui d’autre que lui irait se recueillir sur la tombe de ses personnages ? Qui d’autre irait dormir dans les chambres où ils ont dormi ? Mais tout ça, c’est fini : « J’arrête, sinon ça va finir par ressembler à une manie. » Une manie qui fait précisément toute la saveur, la virtuosité, la drôlerie aussi de ce texte monstre. « La technique et les détails sont ce qui permet de résoudre les énigmes, non ? » demande-t-il faussement naïf au début du livre. Avant d’ajouter « soyons attentifs ». Un euphémisme en regard des 500 pages qui suivent et laissent le lecteur exsangue, fasciné, stupéfait, subjugué, devant tant de maestria. Mais ne nous y trompons pas, si Jaenada traque sans relâche le coupable – et parvient à le trouver ! – c’est, là encore, la victime qui l’intéresse. Qui était-elle ? Que pensait- elle ? Quels étaient ses craintes ? Ses rêves ? Peu à peu se dessine en creux le portrait d’une jeune femme qu’on peut admirer dans les collections du Centre Pompidou dans Femme aux seins nus assise, dernière toile de Jean-Louis Boussingault. Une jeune femme qui pensait être enceinte et espérait se faire épouser. Une jeune femme qui a fini sa courte vie dans le plus grand dénuement. Le roman aussi époustouflant qu’émouvant de Philippe Jaenada lui rend justice. Une justice éminemment littéraire.

En l’absence de corps, Anne Plantagenet, Julliard, 2026.

L’Inconnue du quai de Javel, Philippe Jaenada, Flammarion, 2026.

L'inconnue du quai de Javel

Prix: 23,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 17,41 €

Rêveuse bourgeoisie

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Lartigue en relief


Naître riche est avantageux : le talent s’épanouit dans le confort. Les deux frères Lartigue, Maurice, dit ‘’Zissou’’, et son cadet, Jacques, ont eu cette chance : nul besoin de travailler ; le père est financier. « J’ai suffisamment d’argent pour que mes enfants apprennent à le dépenser. Pas à en gagner », claironne-t-il. En 1905, il repère le château de Rouzat, en Auvergne. « – Et si on l’achetait ? »  A la Belle-Epoque, il n’est pas si courant de creuser dans le parc une piscine en équerre, d’une longueur de 28m. Rouzat sera l’écrin de grandes vacances sans fin. On y joue au tennis – les sports de plein air sont en plein essor. Harnachés comme des scaphandriers, on excursionne en tacot. Zissou, passionné d’aviation, s’adonne en amateur à toutes sortes d’inventions, construit des maquettes, élabore quantité de prototypes innovants – radeaux, planeurs… Jacques, lui, dessine, peint, dresse des listes, tient son journal, archive tout.  Dès l’âge de 9 ans, il emprunte l’appareil de photo du fortuné Monsieur Lartigue. Dans cette pratique encore dispendieuse, il s’avère vite plus doué que son géniteur. Ainsi le futur Jacques-Henri Lartigue (1894-1986) naît-il à un hobby qu’il n’envisage jamais comme un art :  il se rêve peintre.

Un documentaire exceptionnel

C’est ce jeune homme au maintien altier, mondain, nonchalant et distingué, qui illumine La vie en relief, long métrage réalisé par Denis Gaubert, qu’on connaissait comme chef op – cf. le beau film de Stéphane Chez, David Lynch, une énigme à Hollywood (2025). Gaubert signe donc là son premier documentaire. Exceptionnel à tous égards.

Il faut absolument aller voir La vie en relief en salle équipée 3D. Dans la vertigineuse production photographique de Lartigue (120 000 clichés !) le film choisit en effet de n’explorer que le seul corpus des 5000 images en stéréoscopie captées par le boîtier spécial du jeune photographe, entre 1903 et 1929. Par la suite, Lartigue délaissera cet outil, l’abandonnant au profit du format panoramique en deux dimensions.

A lire aussi, Thomas Morales: Paris, année 1970

C’est le moment d’évoquer le captivant avant-programme de neuf minutes qui, également signé Gaubert, et intitulé Stéréodrome, précède le docu attaché à Lartigue, leur assemblage composant la séance. Ce court-métrage retrace la préhistoire de cette ‘’troisième dimension’’, dont on sait qu’elle fut, circa 1850, la « première forme photographique à diffusion de masse ».  Fasciné par cette invention au succès foudroyant, Beaudelaire écrit : « Des milliers d’yeux avides se penchaient sur les trous du stéréoscope comme sur une lucarne de l’infini ». Elle sera le témoin oculaire d’événements tels que la guerre de Sécession, ou la Commune de Paris. De fait, Stéréodrome exhume quelques exemples saisissants de cette ‘’réalité virtuelle’’ avant la lettre, dont le chromatisme soyeux restitue ce qui a été avec une stupéfiante netteté de trait. Victime de sa réputation (circulent nombre de clichés licencieux), puis de la concurrence du cinématographe, l’empire commercial généré par le procédé est en déclin quand s’achève le XIXe siècle. Il est supplanté par des appareils plus légers, qu’on tient dans la main. Lartigue arrive à ce tournant.

Douceur de vivre

De la Belle Epoque aux Années folles, Lartigue immortalisera en relief un bonheur sans rides. Mais ce qui, déclics ravis au présent immédiat dans une sorte de fraîcheur spontanée, comme innocente, relèvera toujours pour lui du registre de l’album privé, revêt pour nous, à distance d’un siècle et plus, de la recherche d’un temps perdu : celui, à jamais révolu, où la douceur de vivre propre à cette rêveuse bourgeoisie semble traverser l’Histoire sans accrocs, dans le paysage immaculé d’un perpétuel loisir. A propos de la photo, l’irremplaçable Roland Barthes constatait : « Ce que je vois a été là, dans ce lieu qui s’étend entre l’infini et le sujet ». D’un œil exact, juvénile et cristallin, Lartigue cadre l’instant vécu avec un sûr instinct et une grâce infinie. Ses parents ; ses précepteurs MM. Aubert et Foltète ; ses amis : Oléo (qui mourra à 24 ans, 13 jours après avoir rejoint le front, en 1914), Robert Ferrand (également fauché de bonne heure par la Grande guerre) ; ‘’Bichonnage’’, sa grande cousine ; Simone, autre cousine, dont, adolescent, il est tombé secrètement amoureux et qu’il retrouvera, adulte, comme sa fantasque amie ; son frère aîné, ‘’Zissou’’, personnalité si différente de lui… De belle prestance, Jacques se selfise grâce au retardateur. Ski, luge, patinage à Saint-Moritz… Exempté en vertu de sa ‘’constitution fragile’’ (ce qui n’interdit pas de taper la raquette) puis miraculeusement ‘’rayé des contrôles’’, Lartigue traverse 14-18 en dandy, entre Arcachon, Rouzat et Paris. Pour ne pas endosser l’habit honteux d’un ‘’embusqué’’, le beau gosse huppé de 21 ans met sa 5CV rutilante à disposition de l’armée et s’engage… comme chauffeur. On le voit prendre la pose devant son auto, sanglé dans un uniforme en cuir d’excellente coupe. Il flirte avec la soprano Marthe Chenal (restée fameuse pour ses enregistrements gravés de Carmen et de La Marseillaise) ; se lie avec ‘’la fille à la seringue d’argent’’, comme on surnommait l’Américaine Kiki Preston, née Gwynne… Se fait un ami du pilote de chasse Jean Dary.   

Après la Victoire vient l’instant des noces. De Madeleine Messager, dite ‘’Bibi’’, mi-british, 22 ans – une image délicieusement impudique et fugace nous la dévoile, presque nue, assise sur la lunette des WC – leur nait un fils, Dani. Oui, décidément, la photo est un jeu, comme la vie de palace en est un autre : Antibes, Chamonix, Monte Carlo, Hendaye… C’est l’époque de Gaby Deslys, la pionnière du music-hall, le temps des jazz band, des garçonnes, des chapeaux-cloche. On fréquente chez les Puiforcat, on roule en Hispano Suza 7 places – seul le roi d’Espagne l’aurait déjà conduite. La tribu Lartigue cohabite toujours sous le même toit, à Rouzat, propriété que les revers de fortune du patriarche obligent à vendre en 1923. Jacques, qui a étudié à l’académie Julian, se lance alors dans la carrière de peintre – son exposition chez Georges Petit n’aura aucun succès. Proche de Sacha Guitry, il s’éprend un moment d’Yvonne Printemps, sa femme ‘’à la voix de rossignol’’, sans lui sacrifier toutefois la précieuse amitié du mari… Jouir du luxe sans le posséder, mirage de poète !

Véhiculée par l’Amérique, la reconnaissance vient à Jacques Henri Lartigue dans son âge avancé. C’est en 1986 que seront montrées, dans sa dernière exposition, quelques mois avant sa mort à 92 ans, ces photos stéréoscopiques. De ces quelque 5000 plaques patiemment restaurées (sans I.A., notez-le !) La vie en relief n’en dévoile que… 323 ! Toutes sublimes. Sur cet hommage intelligemment elliptique courent les variations d’une bande-son agile, et un texte d’admirable tenue, impeccablement articulé, qui plus est, par Luana Bajrami et Hervé Pierre. Les citations de Lartigue sont lues par Milo-Machado-Graner, l’adolescent de Anatomie d’une chute (Justine Triet) et Adieu monde cruel (Félix de Givry).

En salles le 16 septembre : La vie en relief, précédé de Stéréodrome. Documentaire de Denis Gaubert. Durée : 14mn + 1h08.

114: ce chiffre qui marque l’échec de la politique d’asile en Hollande

Aux Pays-Bas, l’opinion et l’opposition se scandalisent de la situation d’un migrant syrien mis en cause à 114 reprises par la police.


L’échec des Pays-Bas à se débarrasser d’étrangers criminels — et, partant, celui de leur politique d’asile — se résume désormais à un chiffre: 114. C’est le nombre de vols, d’agressions contre des femmes et d’autres méfaits qu’accumule le Syrien Mohammed K., âgé de dix-huit ans, depuis son arrivée aux Pays-Bas comme réfugié à l’âge de quatorze ans.

Le chiffre « officiel » de 114 signalements a été rendu public lors de récentes délibérations du tribunal d’Amsterdam en vue du futur procès contre Mohammed K. et deux autres jeunes Syriens accusés d’avoir violemment volé des prostituées chez elles.

Cependant, son avocate a plaidé pour l’indulgence vis-à-vis de son client, qui retrouvera sûrement le droit chemin, a-t-elle assuré, une fois scellé le regroupement familial à Amsterdam avec ses parents et ses petits frères restés en Syrie… Autre gage de la réussite de sa réintégration, toujours selon son avocate : son client s’établira dans un logement social qui sera bientôt attribué à son clan familial dans la capitale néerlandaise. Les préparatifs seraient d’ores et déjà enclenchés par l’organisation chargée de l’accueil des réfugiés dans une ville où sévit pourtant une pénurie de logements gravissime pour les autochtones.

De plus, selon le plaidoyer de l’avocate, Mohammed se prépare à une vie rangée comme père de famille puisqu’en dehors de ses activités criminelles, il a trouvé le temps de mettre sa petite amie enceinte. (Le sexe avant le mariage, ne serait-ce pas haram ?, a feint de s’indigner un internaute).

Perdu !

Le 3 septembre, le tribunal s’est montré sourd à tant d’invraisemblables assurances et a décrété que Monsieur K. et ses coaccusés resteraient en détention provisoire. Leur procès pour vol avec violence contre des prostituées, commis en mai dernier, est prévu en novembre.

Le chiffre de 114, en combinaison avec le possible regroupement familial du multirécidiviste avec les siens, a eu le mérite de réunir la droite dure et des chrétiens de gauche dans leur indignation. Au Parlement, M. Geert Wilders, dirigeant du Parti pour la Liberté, anti-immigrationniste par excellence, et un député protestant autrefois accusé d’immigrationnisme ont exigé à l’unisson le renvoi chez lui de cette « tête à claques », aux dires d’un collègue.

Et dans cette affaire, l’indignation populaire ne vise pas uniquement Mohammed K., mais également les autorités policières et judiciaires, ainsi que l’instance qui lui a accordé l’asile politique. Lesquelles n’ont jamais agi pour mettre un terme à son parcours criminel et qui pourraient, en plus, le récompenser par un logement social! Ou même deux, a soupesé M. Wilders, vu que la famille du malfrat risque d’être nombreuse.

Si le ministre de l’Asile et de l’Immigration, M. Bart van den Brink, a assuré aux parlementaires comprendre « la colère, la frustration et l’inquiétude » dans le pays, ses lapalissades semblaient faites pour les aggraver. Ainsi, il a refusé de répondre à des questions détaillées sur l’affaire et s’est caché derrière le droit européen qui rendrait difficile la révocation du statut de réfugié une fois celui-ci accordé. Quant à extrader le détenteur du précieux sésame, ma bonne dame… Le ministre a finalement promis à des parlementaires indignés qu’il tenterait, une fois le jeune Syrien enfin condamné, de le renvoyer dare-dare. Qui l’eût cru ?

Un pays malade

Dans cette affaire, beaucoup de questions restent encore sans réponse, puisque le ministre préfère se taire. Comment et pourquoi Mohammed K. a-t-il quitté la Syrie, et comment a-t-il pu, à 14 ans, rejoindre les Pays-Bas ? Et si ses parents avaient envoyé leur enfant en tant qu’éclaireur en vue d’un regroupement dans un lieu sûr et prospère ? Pourquoi ce morveux a-t-il obtenu le statut de réfugié qui, apparemment, a servi de sauf-conduit quand ses 113 premiers larcins notés dans les registres de la police sont restés sans conséquences ?

La 114e fois fut la bonne, quand les prostituées ont été violemment frappées, tirées par les cheveux, menacées et blessées avec au moins un couteau, selon le ministère public. Tout cela pour un piètre butin… Des faits gravissimes, c’est vrai. Mais, pendant ses nombreux méfaits précédents, Mohammed K. avait également fait usage d’un couteau, toujours contre des femmes, sans que la police n’ait jugé les faits suffisamment graves pour l’arrêter et l’incarcérer. « Dans quel pays malade vivons-nous ? » a fulminé Geert Wilders devant le ministre. Et, à dire vrai, pas besoin d’être « d’extrême droite » ou de soutenir M. Wilders pour se poser cette question.

Olivier Rolin: tout sur « l’Iliade »

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Certains livres de l’Antiquité redeviennent « à la mode », si j’ose dire. Les lecteurs, influencés par des messages publicitaires incessants, sont attirés vers eux, peut-être convaincus d’y retrouver une émotion de jeunesse, qui leur rappelle le lycée ou les grandes vacances. En ce moment, la librairie est pleine des ouvrages d’Homère, auteur de plusieurs vrais best-sellers, dont un adapté cette année au cinéma. Je ne reviendrai pas sur The Odyssey, mis à la sauce hollywoodienne par un réalisateur souvent mieux inspiré, mais à la réputation enflée. Un détail m’a choqué : son personnage d’Ulysse y parle, non le grec ancien, mais un anglais parfait, avec l’accent d’Oxford, comme le montre la bande-annonce. Je n’ai pas été plus loin. Bref, la reconstitution historique d’un chef-d’œuvre poétique trouve ses limites. On ne cultive plus les « humanités », mais le « divertissement », à prendre aussi bien au sens pascalien du terme.

Nommer le mal

Cette semaine, j’avais le projet d’écrire une chronique sur La Guerre éternelle, d’Olivier Rolin. Je l’avais sous le bras, lorsque j’ai dû me rendre, en taxi, aux urgences de l’Hôpital militaire, pour une douleur ressentie sous l’ongle du gros orteil, au pied gauche. En fait, c’était ce qu’on appelle un panaris, dans sa phase première d’évolution. Le Garnier Delamare, fascinant dictionnaire des termes médicaux, que tout hypocondriaque se doit de posséder dans sa bibliothèque, nous apprend que panaris est le nom « générique », je cite, « donné à toutes les inflammations aiguës des doigts ». Le diagnostic qui fut établi dans mon cas mentionnait : « panaris péri-unguéal de l’hallux gauche », sachant que « unguéal » évoque tout ce qui est relatif à l’ongle, et qu’« hallux » signifiele gros orteil. J’aime beaucoup ce langage technique de l’art, digne du Malade imaginaire, ma pièce préférée de Molière. Il suffit d’un dictionnaire spécialisé pour en venir à bout. Cela reste une prose rare qui sert à nommer le mal. De la littérature à plein régime, selon moi.

Littérature comparée

J’étais aux urgences et l’attente risquait d’être longue. J’ouvris le livre de Rolin, pour m’occuper un peu l’esprit. J’ai déjà eu l’occasion de dire que l’hôpital était un lieu privilégié pour lire un livre. Si bien que, durant presque quatre heures que dura mon attente, je pus savourer tranquillement La Guerre éternelle. C’est un ouvrage qui se lit bien, et vous fait oublier tous vos maux, ou presque. Rolin répond au défi de parler de l’Iliade. Il aime moins l’Odyssée, semble-t-il. Ulysse le rebute par sa violence. Il est vrai que l’Iliade constitue une histoire d’une richesse extraordinaire. En tout cas, elle provoque chez Rolin une multitude de comparaisons et associations d’idées, dont il tisse, comme Pénélope sa toile, un livre très érudit, mais jamais pesant. Au détour d’une phrase, Rolin vous citera Mandelstam, ce plus grand des poètes, ou Michaux : « Évoquer Michaux à propos d’Homère, cela peut sembler incongru, mais cette incongruité-là, je la revendique comme étant l’expérience même de la grande liberté de la littérature… » C’est déjà une allusion aux « cultural studies », avec cette nécessité de toujours comparer, d’aller d’une référence à une autre, pour analyser à fond un texte littéraire. Cela crée des constructions savantes, qui doivent nous éclairer.

Pietro Citati et Lolita Pille

En lisant cet essai très personnel consacré à l’Iliade, je repensais à un livre du grand critique italien Pietro Citati. Il avait écrit au début des années 2000 La Pensée chatoyante, sous-titré « Ulysse et l’Odyssée ». En dépit du choix antagonique Odyssée/Iliade, une grande unité rapproche les deux ouvrages. Le commentaire est sans doute plus peaufiné chez Citati. Il essaie de tout dire, avec brio. Il est original à tout instant. De nos jours, ce type de livre est réservé aux universitaires, le génie en moins. C’est dommage. Les écrivains devraient savoir écrire sur les livres qu’ils aiment, montrer comment ils ont été inspirés par telles œuvres, et non par telles autres. Et répondre à la question de Maurice Blanchot : « Comment la littérature est-elle possible ? » Car, au fond, dans La Guerre éternelle, Rolin essaie de tirer tout cela au clair. La jeune romancière Lolita Pille s’est risquée récemment à l’exercice, dans Antigone Reine (éd. Du Cherche Midi). Résultat des courses, pour elle : une confession certes sincère, peut-être constructive, mais, en contrepartie, le double aveu obligé de son homosexualité et de son engagement féministe extrême. Heureusement, lire un livre n’entraîne pas tous les jours de telles conséquences chez les jeunes lectrices…

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L’Iliade et la nostalgie

Olivier Rolin insiste sur un point qui m’a retenu : l’Iliade est le livre de la nostalgie. Ceci s’explique : avant la guerre, il y avait la paix. Cette paix d’avant ne reviendra plus jamais. Hélène a beau se remémorer le temps des plaisirs (comme chez Offenbach), la douceur de vivre a été anéantie. Il suffit d’un simple changement très banal, par exemple un vase dont on jette les fleurs. Giraudoux, dans La Guerre de Troie n’aura pas lieu, avait senti cette piqûre au cœur. Ses dialogues étaient légers, mais le propos grave, malgré des jeux de mots qui, à la longue, deviennent fatigants. Et puis Jean-Luc Godard, qui proclame, dans un de ses derniers films sur la guerre en Bosnie, je crois, cette sorte de slogan dénonciateur des crimes : « Tais-toi, Cassandre ! » C’est ici que Rolin place un hommage à celle qu’il appelle « Jane », c’est-à-dire l’actrice Jane Birkin. Jane Birkin s’était intéressée, elle aussi, à cette littérature. Elle avait joué des tragiques grecs comme Euripide ou Sophocle, mais, en l’occurrence, pas le personnage d’Hécube, la reine de Troie, dans la pièce intitulée Les Troyennes. Bref passage d’Olivier Rolin, mais suffisant pour qu’on ait l’impression que son livre est tout entier un hommage qu’il rend à l’actrice. « La chute de Troie, écrit Rolin, c’est aussi la fin de ce qu’on aime. »

Il me semble que La Guerre éternelle est une très belle réussite littéraire. Rolin, on le sait, revient de loin (l’engagement maoïste des années 70, l’action directe révolutionnaire). C’est une leçon qu’il n’a pas oubliée. Il y a aujourd’hui un certain respect à observer devant tant d’exigence littéraire. Parlant toujours de l’Iliade, il écrit que ses vers, arrachés au temps, « recèlent une telle puissance d’émotion pour ceux, dont je suis, qui ont appris à lire le monde en aimant les défaits de l’Histoire […] les marins de Cronstadt, le ghetto de Varsovie… » Etc., etc. Voilà un éloge de la faiblesse et de l’échec qui fera pardonner beaucoup de choses, et nous rend précieuse cette méditation pleine de sagesse sur l’Iliade.

Olivier Rolin, La Guerre éternelle. Éd. Gallimard, 221 pages.

La guerre éternelle: Souvenirs de Troie

Prix: 20,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 14,80 €

Pietro Citati, La Pensée chatoyante. Ulysse et l’Odyssée. Éd. « L’Arpenteur » ‒ Gallimard, 2004.

La pensée chatoyante: Ulysse et l'Odyssée

Prix: 25,40 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 12,00 €

Lolita Pille. Antigone Reine. Éd. Le Cherche midi. 390 pages. Prix Essai France Télévision 2026.

Antigone reine - prix Essai France Télévisions 2026

Prix: 23,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 12,00 €

Le 11-Septembre: mémoire et avertissements

Aux Etats-Unis, des polémiques ont entouré la commémoration des 25 ans des dramatiques attentats islamistes.


Quelques mois après l’attentat du World Trade Center de 2001, un livre grand format, illustré de nombreuses photographies, publié par Life Magazine, est devenu le meilleur bestseller dans la catégorie « non-fiction » aux États-Unis. Intitulé One Nation – une référence aux paroles du Serment d’allégeance au drapeau : « une nation unie sous l’autorité de Dieu », adopté en 1942, au plus fort de la Deuxième guerre mondiale – il commémorait à la fois le trauma que la nation américaine venait de vivre et la résilience dont elle a fait preuve face à la tragédie et à la menace islamiste. Dans le Wall Street Journal hier matin, l’écrivain Bob Greene a rappelé cette publication tout en regrettant le manque d’unité qui est venu dominer la vie américaine depuis. La 25e commémoration du 11 septembre peut-elle restaurer ce sens d’unité qui semble tellement manquer à l’heure actuelle où le pays est engagé dans une nouvelle guerre au Moyen Orient ; où ses citoyens souffrent de difficultés économiques ; et où ses gouvernants et élus se préparent à des élections de mi-mandat en novembre qui verront s’affronter les deux extrêmes : celui des ultras du mouvement MAGA et celui des Socialistes démocrates d’Amérique, aile radicale du Parti démocrate ?

Devoir de mémoire versus devoir de controverses

Assistant à la cérémonie au Pentagone en Virginie, le président Trump a fait l’éloge de l’esprit d’unité qui a prévalu après l’attentat de 2001. Pourtant, la commémoration du 11 septembre a elle-même suscité des controverses cette année. Les médias de gauche ont tout essayé pour mettre en doute le récit de Trump au sujet de son rapport aux événements tragiques et à la cérémonie d’hommage. Le président a polémiqué avec le New York Magazine au sujet de sa présence au non, accompagné par une centaine de ses ouvriers du bâtiment, sur le site de Ground Zero le lendemain de l’attaque. Il a prétendu que, le 12 septembre, il avait dû être évacué par deux pompiers qui craignaient la chute d’un autre tour : One Liberty Plaza. Le journal a qualifié cette histoire de « mensonge bizarre » sans citer aucune preuve de son absence, mais seulement une prétendue absence de preuves de sa présence.

Trump a polémiqué aussi avec le New York Times qui a attribué sa décision d’assister hier, non à la cérémonie new-yorkaise, mais à celle du Pentagone, à sa frustration de ne pas pouvoir faire de discours sur le site du World Trade Center. En effet, aucun participant ne peut prendre la parole lors de la commémoration à Ground Zero, coutume adoptée en 2012. Trump a riposté en déclarant qu’il connaissait et respectait cette coutume. Il faut ajouter qu’il avait déjà privilégié le Pentagone pour la cérémonie de l’année dernière. En même temps, avec des élections cruciales imminentes, Trump est évidemment en campagne. J. D. Vance était pourtant présent à New York aux côtés des autres présidents en vie, de Bush à Biden.

Un autre homme politique a été au centre de controverses encore plus âpres. Zohran Mamdani, le maire démocrate de New York, a fait l’objet de critiques de la part de ceux qui croyaient qu’il n’avait pas sa place à la cérémonie, moins parce qu’il est musulman que pour ses accointances avec des militants propalestiniens dont certaines déclarations avaient semblé justifier le terrorisme. Trois mois avant la commémoration, les médias ont ressorti – non pour la première fois – un livre écrit par le père du maire, Mahmood Mamdani. Ce musulman né en Inde a vécu au Ouganda avant d’émigrer aux États-Unis où il est devenu professeur à l’université de Columbia, spécialisé dans l’anthropologie du colonialisme et du post-colonialisme. Son volume, Good Muslim, Bad Muslim. America, the Cold War, and the Roots of Terror, publié trois ans après l’attentat de New York, semble faire l’apologie des pires actions terroristes. On y lit notamment: « Les attentats suicides à la bombe doivent être compris comme une dimension de la violence politique moderne, plutôt que stigmatisés comme un signe de barbarie ». Tel père, tel fils, affirment ceux pour qui Mamdani est nécessairement aux antipodes de l’esprit d’unité du 11-septembre. Effectivement, le maire de New York ne craint pas de fréquenter le militant Hasan Piker qui, en 2019, a déclaré que l’Amérique méritait l’attaque des Tours jumelles. Piker lui-même a pris ses distances avec cette formule depuis, et Mamdani l’a condamnée de manière explicite, mais pour certains le doute est trop fort.

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C’est dans ce contexte qu’un homme ayant perdu son épouse dans l’attentat, Giovanni Galante, avait lancé une pétition avant la commémoration appelant à la « désinvitation » de Mamdani. Car, selon le préambule de la pétition, l’événement devait être « centré sur la mémoire, l’unité et le rejet sans équivoque de cette violence et de cet extrémisme qui ont caractérisé le 11 septembre ». Plus de 100 000 personnes avaient signé le document. Celui qui était le gouverneur de l’État de New York en 2001, le Républicain George Pataki, ainsi que celui qui était le maire de la ville, Rudy Giuliani, avaient exhorté Mamdani à ne pas assister à la cérémonie.

Cependant, de son côté, Mamdani a travaillé ces dernières semaines à renforcer sa légitimité en tant que maire d’une ville martyrisée. Il a visité des casernes de pompiers où les équipes avaient perdu des collègues dans la conflagration et il a inauguré différentes formes d’hommage aux victimes. Vendredi 4 septembre, il a signé un décret officiel désignant la date du 11 septembre un « Jour de mémoire et de cérémonie ». Petit – ou grand – bémol, après la signature du document, il a fait passer le stylo utilisé à son conseil juridique principal, Ramzi Kassem, l’avocat d’Ahmed al-Darbi, un membre d’al-Qaïda, et de Mahmoud Khalil, de double nationalité algérienne et palestinienne, un des leaders du mouvement propalestinien à l’université de Columbia, arrêté par ICE en 2025.

Mamdani lui-même a jeté de l’huile sur le feu en créant la controverse avec ses prédécesseurs. Le 8 septembre, la mairie a publié plus de 170 000 documents réputés perdus par les services administratifs de New York. Ces documents montreraient que les autorités auraient caché aux citoyens les dangers persistants de la pollution de l’air par la destruction des deux tours. Selon le maire actuel, ceux qui l’ont devancé « ont menti ». Pourtant, il n’est pas clair que ces documents aient été délibérément cachés, et les autorités ont créé un fonds pour indemniser les personnes ayant été exposées à des toxines, fonds qui, depuis 2011, a versé 16,9 milliards de dollars à ces victimes.

Pourtant, malgré tout, Mamdani et Giuliani se sont quand même serré la main hier sur la grande place. Ils ont sauvé les apparences. Peut-être qu’il reste une lueur d’espoir pour l’esprit d’unité.

Le bilan des 25 ans

La réaction des États-Unis à l’attaque, la Global War on Terror (la « Guerre contre le terrorisme »), a été un succès dans la mesure où aucun autre attentat islamiste d’une échelle comparable n’a eu lieu sur le sol américain. Le pire incident est arrivé en 2019 quand un officier de l’armée de l’air saoudienne a tué trois Américains sur une base navale. Dans la suite du 11 septembre, une possible expansion mondiale d’Al-Qaïda a été entravée, bien que l’État islamique et d’autres organisations terroristes en aient pris la relève. Oussama ben Laden, le leader charismatique derrière l’attentat, a enfin été exécuté en 2011. Et pendant ce temps, une possible persécution des musulmans aux États-Unis, à laquelle certaines violences au lendemain du 11 septembre semblaient être le prélude, a été évitée.

Pourtant, l’atrocité de 2001 a mis fin au monde unipolaire dominé par les États-Unis qui a suivi la fin de la Guerre froide. Dans la nouvelle guerre, celle contre le terrorisme, les Américains ont déployé toute leur puissance et pourtant leur position hégémonique a été progressivement affaiblie. La guerre en Afghanistan, l’arrière-base d’Al-Qaïda, était justifiée mais elle a duré trop longtemps. Elle a poursuivi un but trop ambitieux en cherchant, par des moyens inadaptés, à transformer la culture d’un pays qui n’était nullement prêt au changement. En revanche, la guerre en Irak n’était pas justifiée, car Saddam Hussein n’avait rien à voir avec le 11 septembre et ne possédait pas d’armes de destruction massive, mais au moins elle était plus courte. Ces deux guerres ont coûté huit billions de dollars aux Américains, dont le budget national n’est plus en équilibre depuis 2001. L’endettement astronomique du pays représente une menace majeure pour son pouvoir économique. En même temps, la guerre contre le terrorisme a nécessité la création d’un véritable État sécuritaire. Les activités du nouveau département de la Sécurité intérieure qui espionne ses propres citoyens, la prison de Guantánamo, l’incarcération de suspects sans procès et le recours à la torture ont sérieusement écorné l’image des États-Unis comme un défenseur de la liberté et des droits humains. Sur le plan géopolitique, la réaction au 11 septembre a renforcé une obsession américaine avec le Moyen Orient, aux dépens de sa politique par rapport à l’Asie et la zone du Pacifique. Cette obsession a constitué – et constitue encore – une distraction coûteuse en termes stratégiques à une époque où la Chine n’a cessé d’accroître sa propre puissance et étendre son influence. Donald Trump, qui a été élu en 2024 en critiquant les « guerres sans fin » du passé, a suivi ce tropisme en lançant sa propre guerre contre l’Iran. Ce conflit a drainé vers le Moyen Orient les forces militaires et les ressources que l’Amérique avait consacrées à son effort pour contenir la Chine et renforcer ses alliés à l’Est, comme le Japon ou la Corée du Sud. Devant le Pentagone hier, Trump a fait le lien entre la campagne qui a suivi le 11 septembre et sa lutte actuelle contre l’Iran. Les deux font preuve d’un même esprit de combattivité, mais peut-être aussi d’une même myopie stratégique.

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Ce qui est arrivé à New York en 2001 n’était pas la conséquence d’un manque d’analyse des menaces mais d’une incapacité à prendre les mesures nécessaires à temps. De nombreux attentats au cours des années 1990, y compris une première attaque du World Trade Center par véhicule piégé en 1993, montraient clairement la source et la nature des dangers. Il ne faudrait surtout pas que le phénomène se répète aujourd’hui. En 2001, les ennemis de l’Amérique et de l’Occident ont certes détourné des avions, mais leurs armes de bas niveau étaient tout sauf sophistiquées : des cutters. Aujourd’hui, ces ennemis ont accès à des armes plus sophistiquées qui leur permettent de frapper à distance sans même se déplacer : des drones ou des cyberattaques, ces dernières rendues encore plus destructrices par l’intelligence artificielle. La grande leçon de septembre 2001, c’est que, tout en menant les conflits actuels, il faut anticiper les prochains conflits.

Reliques

Hier, la cérémonie a eu lieu à New York avec toute la dignité requise. 2753 chaises vides – une pour chaque victime directe de l’attentat – ont été disposées dans Bryant Park. Sur la grande place à New York, les présidents Bush, Clinton, Obama et Biden ont écouté en silence la lecture des noms de toutes les victimes du 11 septembre, lecture solennelle entrecoupée de moments de recueillement et de tintements de cloche. Cette année, pour la première fois, un moment supplémentaire a été réservé pour les victimes de maladies et de blessures provoquées par l’attentat. Le nombre de ces victimes est aujourd’hui trois fois celui des victimes directes. Partout aux États-Unis, d’autres cérémonies de commémoration ont eu lieu et d’autres encore à l’étranger, au palais de Buckingham, par exemple, ou à Milan.

Les suites du 11 septembre continuent. Des familles de 10 000 victimes préparent un procès contre l’Arabie saoudite qu’elles accusent d’avoir financé l’attentat. La première phase débutera en octobre. En même temps, l’Amérique abrite en son sein une vipère qui cherche à la mordre de l’intérieur : les propagandistes décoloniaux, anti-américains et « antisionistes », souvent financés par des États pétroliers du Moyen Orient, qui sévissent dans les universités et même dans un certain nombre d’écoles. L’attitude au 11 septembre de ces militants est pour le moins ambigüe.

Un autre livre sur le 11 septembre vient de paraître. Ce nouveau volume, Scattered Steel. The Afterlife of the World Trade Center, de Samuel et Max Holleran (Three Hills), parle du sort de l’acier récupéré dans les ruines de Ground Zero. La plus grande partie a été recyclée ; une certaine quantité a été préservée pour des besoins de l’enquête criminelle ; et moins de 1% a été transformé dans des reliques commémoratives. Ces morceaux d’acier tordu, fondu, noirci, ont été transportés partout aux États-Unis et même à l’étranger, pour finir exposés devant des casernes de pompiers, devant des gares ou dans des parcs. Leur installation a souvent été inaugurée par des cérémonies civiques. Cette présence qui hante le paysage urbain ou suburbain est une relique d’une tragédie mais aussi un avertissement. Ces vestiges sont des symboles de l’esprit d’unité que nous ne devons pas perdre. Ils nous rappellent l’importance fondamentale de ce que c’est qu’une nation, de toutes nos nations, et de l’alliance des nations occidentales.

Menaces de mort à l’encontre d’une enseignante: six mois de prison ferme. Enfin !

Islamisation de la France. Au Fauga, en Haute-Garonne, une institutrice a été menacée de décapitation par le père d’un élève, vendredi 4 septembre, après qu’une de ses collègues a sanctionné son fils. L’enseignante a porté plainte et le père a été condamné ce jeudi à six mois de prison ferme. Ses deux enfants seront désormais scolarisés dans une autre école.


Oui, enfin ! À Toulouse, un président de tribunal courageux, prenant l’exacte mesure de la gravité des faits, a dit le droit et rendu la justice. Six mois de prison ferme avec mandat de dépôt à l’encontre d’un père d’élèves de quarante-sept ans coupable d’avoir menacé de décapitation une enseignante de l’établissement où sont accueillis deux de ses enfants. Le mandat de dépôt nous indique que, dès le soir du jugement, le coupable a dormi en taule. La main du magistrat, décidément, n’a pas tremblé.

M. Abdelkader B. – Oui, il se nomme Abdelkader, je n’y peux rien. Il s’appellerait Antoine, Raymond, Bébert ou Archibald, je donnerais aussi son prénom, évidemment. Il ne s’agit nullement de stigmatiser (j’entends d’ici les belles âmes…) mais tout simplement de rendre compte des faits, rendre compte de la réalité en répondant aux basiques questions journalistiques : qui, quoi, où, quand, etc. Qui ? nous venons de désigner le condamné. Quoi ? Menace de décapitation à l’encontre d’une enseignante après que le rejeton du condamné en question a été puni à l’école. Où ? Précisément dans cette école, au Fauga, petite ville de Haute-Garonne.

De son propre aveu, la victime « s’est vu finir en Samuel Paty ». On la comprend. Il y a, chez nous en France, en effet, d’atroces précédents, des enseignants immolés sur l’autel de la bêtise, de la barbarie et de la haine réunies. Ce sont donc Samuel Paty, Dominique Bernard et Agnès Lassalle. Probablement, M. Abdelkader B. n’en avait jamais entendu parler ? Par bonheur, le président du tribunal, lui, ne les avait pas oubliés. Qu’il en soit remercié et félicité.

Une hirondelle ne fait pas le printemps, comme se plaisait à dire ce vieil Aristote, mais si la fermeté de ce magistrat pouvait sonner quelque chose comme la fin d’un certain laxisme judiciaire qui n’a que trop duré et fait tant de dégâts chez les victimes, ce serait, oui, une sacrée embellie.

Mais le chemin est certainement encore long et semé d’embûches. Il y aura beaucoup à faire, c’est certain, pour changer les mentalités.

Au cours du procès, l’avocate du prévenu a cru présenter une défense non seulement cohérente mais décente, en proposant que son client ne soit condamné qu’à une peine d’intérêt général. Elle ajouta pour tout argument que « cela suffirait à réparer le mal fait à la société ».

Et le mal fait à la victime, on s’en tape ?

L’avocate non plus n’aura probablement jamais entendu parler des trois martyrs que nous avons cités.

Certes, cette dame est dans son rôle de défenseur. Mais pour qu’une défense soit efficace, digne, rationnelle et raisonnable, ne doit-elle pas tenir compte de la réelle gravité des actes commis, leur être proportionnée ? Donner à penser qu’une peine de balayage de square ou de surveillance de sortie d’école pourrait réparer si peu que ce soit les dommages causés par une menace de mort par décapitation me semble juste friser le foutage de gueule caractérisé avec effets de manche… Quand je disais qu’il y aurait du boulot pour faire évoluer certaines mentalités, je crois que je ne me trompais guère…

Mégafeux des Landes: après l’émotion, le temps des moyens

Après les mégafeux qui ont ravagé les Landes cet été, les pompiers réclament davantage de moyens, en hommes et en matériel. Le vote du budget 2027 sera un rendez-vous de vérité et de responsabilité.


Dans mon « premier monde », celui de l’enfance, à bord de la 2 CV familiale que ma mère conduisait sur les longues routes boisées des Landes girondines, l’immense clarté de la plage de Biscarrosse était notre destination favorite. Quand les pins maritimes commençaient à se faire plus rares et que les grandes dunes de sable apparaissaient enfin, je savais que nous arrivions. Une journée avec les vagues océanes pouvait commencer. « Attention aux baïnes ! » Mais j’étais déjà dans le grand bain.

Ma mère aimait rester jusqu’au coucher du soleil. Sur le chemin du retour, je m’endormais à l’arrière de la 2 CV avec des rêves où j’étais tour à tour pirate, vendeur de chichis ou maître-nageur-sauveteur.

Adolescent, j’ai découvert la terrasse du domaine de Malagar, toute proche des vignes de mes grands-parents paternels. Depuis son banc, François Mauriac aimait venir y poser son regard et son âme. « Paysage le plus beau du monde à mes yeux, palpitant, fraternel, seul à connaître ce que je sais. » Ici, la Garonne serpente entre les coteaux, quelques cyprès se lancent vers le ciel et la forêt des Landes ferme l’horizon. Dans Thérèse Desqueyroux (1927), il écrit : « Le gémissement des pins d’Argelouse, la nuit, n’était émouvant que parce qu’on l’eût dit humain. »

Qu’aurait ressenti et écrit Mauriac face aux grands feux de l’été 2026 ? Face à ce feu gigantesque de notre nouveau monde climatique ?

Les pompiers parlent d’une puissance inouïe, d’un « ogre ». Le feu crée son propre vent, le vent attise le feu, puis vient l’« orage de feu », le pyrocumulonimbus. Du jamais-vu en France.

Sur des braises encore chaudes, exténués par un effort surhumain, au-delà de ce qu’ils auraient pu imaginer, les pompiers ont dit la vérité. Avec pudeur, parfois avec colère. Ils ne veulent plus que le qualificatif de « héros » serve à dissimuler la réalité d’un système de lutte contre les incendies au bord de la rupture. « Après nous, il n’y a plus personne, confiait l’un d’eux à Libération le 1er août. Nous sommes face à des risques qui ont changé de nature et, pour y répondre, il faut des moyens adaptés, donc une augmentation du budget. »

Ils réclament des effectifs professionnels supplémentaires, un plan massif de recrutement, un financement national durable des SDIS, la modernisation du matériel et des investissements à la hauteur de ce qui nous attend. La Fédération nationale des sapeurs-pompiers estime à 10 000 le nombre de camions-citernes feux de forêt nécessaires, contre moins de 4 000 aujourd’hui.

Et puis, il faudra aussi une autre forêt. Plus tout à fait celle de mon enfance.

Dans notre prise de conscience collective, un cap a-t-il véritablement été franchi cet été 2026 ? Plus rien ne sera comme avant ? Ou allons-nous, une fois encore, passer à autre chose jusqu’au retour de l’« Ogre » ? Allons-nous nous habituer aux désordres climatiques, toujours plus fréquents, plus violents, plus proches de nous ? Ou agir enfin ?

Le prochain budget sera un rendez-vous de vérité et de responsabilité. Dans son premier rapport d’évaluation, en août 1990, le GIEC présentait déjà clairement les conséquences prévisibles d’un réchauffement climatique provoqué par l’activité humaine et l’accumulation des gaz à effet de serre. Il y était déjà question du risque d’aggravation des grands feux de forêt.

C’était il y a trente-six ans.

Depuis, aucun budget de la nation n’a pris cette question à bras-le-corps.

Napoléon, mythes… et actualités

Sous la direction de Thierry Lentz et Charles-Éloi Vial, Les Mythes de Napoléon brosse le portrait de l’Empereur sous un angle inédit : les rêves, les mythes et les idées reçues qu’il a suscités toute sa vie, et bien après.


Encore un livre sur Napoléon ? Mais sur Napoléon, on a déjà presque tout dit et tout écrit, direz-vous !

« Presque » en effet. Et tout est dans ce « presque » qui laisse encore beaucoup d’occasions de visiter, revisiter et interpréter l’épopée napoléonienne, ses origines, ses dynamiques, son héritage. Si Napoléon, l’homme, constitue évidemment en tant que tel un sujet historique immense et passionnant, que dire alors de l’autre Napoléon, le mythe. Car autour de cette figure et de son œuvre se rattachent tout un imaginaire, véritable construction mentale faite de mythes, de rêves et d’idées reçues – des plus favorables aux plus sombres.

Deux experts incontournables

C’est à cette dimension que s’attaque Les Mythes de Napoléon. Sous l’impulsion de Thierry Lentz, ancien directeur de la Fondation Napoléon, et de Charles-Éloi Vial, conservateur au département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France, tous deux experts incontestables de cette période, l’ouvrage propose une relecture des grandes interrogations qui touchent à l’Empereur des Français. À travers dix-sept questions, aussi diverses que passionnantes, historiens et spécialistes analysent faits et contextes, espérances et conséquences…

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Au fil de l’étude de ces « mythes », se dégagent de nouvelles clés de lecture de l’épopée napoléonienne qui nous éloignent aussi bien des raccourcis faciles que des interprétations manichéennes ou partisanes en tout genre.

Conquête et conservation du pouvoir, occupation et organisation de l’Europe, stratégie militaire et ambition diplomatique, place de Dieu et de la religion dans la société, rétablissement de l’esclavage, statut de la femme… autant de thèmes qui permettent de mieux cerner le personnage de Napoléon, ses aspirations et la véritable dimension de son œuvre. Plus encore, ces réflexions sont l’occasion d’interroger nos propres conceptions tant leur pertinence semble parfois d’une extraordinaire actualité.

Ainsi, abordant la question européenne, Joseph Fiévée, préfet et conseiller de Napoléon, écrit : « On a des pensées européennes, on voudrait une politique européenne, on annonce ces désirs et ces prétentions sans se douter qu’on appelle l’ambition à tenter de réunir l’Europe sous une seule domination. » Une analyse qui trouverait sa place dans bien des débats sur la construction européenne actuelle !

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Lorsque l’Empereur déchu brosse le portrait du maître du Kremlin dans le Mémorial de Sainte-Hélène, il semble nous parler : « On doit s’en défier ; il est sans franchise ; c’est un vrai Grec du Bas-Empire […]. Il est fin, faux, adroit. » Napoléon n’est surement pas le dernier chef d’État français à s’être laissé séduire, et endormir, par les belles paroles venues du Grand Est…

Éternel

Plus inattendu, quand Napoléon aborde son « génie militaire », il nous livre une formidable leçon d’humilité pour notre temps. « Si je parais prêt à répondre à tout, à faire face à tout, c’est qu’avant de rien entreprendre, j’ai longtemps médité, j’ai prévu ce qui pourrait arriver. Ce n’est pas un génie qui me révèle tout à coup, en secret, ce que j’ai à dire ou à faire dans une circonstance inattendue pour les autres ; c’est ma réflexion. » Combien de nos contemporains, persuadés de leur génie, seraient inspirés de relire ces propos et de se souvenir que le talent n’exonère ni du travail ni de l’effort.

On pourrait s’étonner d’une telle pertinence des mythes napoléoniens… mais n’est-ce pas après tout le propre des mythes que d’être éternels ? Ils invitent chaque époque à en réinterroger la signification sans jamais perdre sa force et sa pertinence.

Les Mythes de Napoléon, sous la direction de Thierry Lentz et Charles-Éloi Vial, Perrin, 2026. 352 pages.

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🎙️ Podcast : Edouard Philippe, Fabien Roussel, Adèle Haenel et le 11 septembre

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Avec Céline Pina et Jeremy Stubbs.


Une pression s’exerce actuellement sur les candidats présidentiels du centre et de la droite pour qu’ils se réunissent derrière Edouard Philippe. Bruno Retailleau et Gabriel Attal ont déjà rejeté la proposition du maire du Havre de former un comité. Le plus grand problème posé par un tel rassemblement, c’est qu’il ne serait fondé sur aucun vrai projet, mais uniquement sur l’idée de faire barrage contre une menace « d’extreme-droite » qui n’existe plus. La vraie menace « fasciste » se trouve plutôt à gauche, du côté de LFI. Et comme l’a dit David Lisnard, à quoi bon se réunir derrière des gens qui ont déjà échoué à la tête du pays? Gabriel Attal garde l’air d’un clone d’Emmanuel Macron. Bruno Retailleau, bien qu’il ait pris la mesure des vrais enjeux, ne décolle pas parce qu’il est handicapé par l’image de LR, toujours associée aux échecs du passé.

La journaliste Céline Pina © Bernard Martinez

L’incapacité gouvernementale se traduit en ce moment par le recours à des hypothèses de croissance pour le moins optimistes afin de construire le budget. Certes, cela relève d’une pratique devenue traditionnelle pour l’Etat français, mais c’est particulièrement grave au moment où l’économie risque de s’effondrer. Dans le contexte de la flambée des prix de l’énergie, on parle d’un retour possible des Gilets jaunes et des ronds-points occupés. Le candidat PCF à la présidentielle, Fabien Roussel, appelle à des manifestations géantes le 15 septembre et le 17 octobre, et veut voir le PDG de TotalEnergies traduit devant la justice. Il est évidemment motivé par le besoin d’exister face au candidat de LFI. A cette fin, il cherche à réveiller la vieille haine des riches qui dort dans le psyché français. Mesure-t-il combien il joue avec le feu?

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France Télévisions est l’objet de critiques, non de la droite, comme on aurait pu le supposer, mais de la gauche. Le replay de l’épisode de la Grande Librairie, d’Augustin Trapenard sur France 5, où Adèle Haenel fait un discours comparant l’invisibilisation des violences faites aux femmes avec celle d’un supposé « génocide » à Gaza, a été supprimé du site. Cela n’a pas empêché l’extrait de circuler largement sur les réseaux sociaux. Certains crient à la censure, mais le discours de l’ex-actrice devenue auteure a été tenu au moment où l’accusation de génocide contre Israël s’effondre, faute de preuves réelles. Il n’aurait pas dû être diffusé sans qu’un contradicteur n’y réponde. Cette accusation reste tenace parce que ces peoples militants s’y accrochent. Dans quelle mesure sont-ils conscients qu’elle représentent un appel à la haine à peine dissimulé?

La commémoration des attentats du 11 septembre, responsables de presque trois mille décès ce jour-là, est un événement solennel. Pendant que tous les autres présidents vivants, de George W. Bush qui était en fonction à cette époque, à Joe Biden, se réunissent sur le site des deux tours à New York, Donald Trump fait cavalier seul en se rendant au Pentagone. Pourtant, en France comme ailleurs, on a trop tendance à vouloir pleurer les morts sans rappeler le pourquoi de cet acte terroriste, sans parler du djihad et sans désigner les responsables. L’Occident a refusé d’apprendre la leçon du 11 septembre, qui est qu’il est menacé par une volonté de conquête.

Ecoutez les analyses de Céline Pina et Jeremy Stubbs dans notre nouveau podcast 👇

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Rentrée des médias: et le PAF devint ZAD

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La rentrée médiatique démarre sur les chapeaux de roues et ça nous promet de bien belles choses d’ici aux prochaines élections. Alors que la militante néoféministe Adèle Haenel suscite le malaise en faisant la tournée des plateaux pour son livre Viser juste, les journalistes des robinets d’info en continu, les humoristes de France Inter ou de Radio Nova et l’éditorialiste Patrick Cohen se pensent en ordre de bataille pour la présidentielle… Mais, une petite musique s’installe dans toutes les rédactions progressistes qui considèrent leurs médias comme des zones à défendre: et si le pluralisme était le nouveau synonyme de fascisme ?


Quentin Lafay a été la plume de l’ex-ministre de la Santé Marisol Touraine, puis celle d’Emmanuel Macron, avant d’être recruté, fin 2019, par France Culture. Il anime dorénavant, avec Eva Roque, qui écrit également pour Libération, la matinale du week-end sur France Inter. La Société des journalistes (SDJ) et les rédacteurs de France Inter n’ont pas protesté contre l’arrivée de ce jeune macroniste qui se qualifie lui-même de « socialiste tempéré ».

Ce matin du 4 septembre, Quentin Lafay recevait notre effrayant et belliciste ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. Celui-ci s’est dit « assez affligé » de voir Xénia Fedorova, expulsée du territoire français par ses soins, invitée à continuer de s’exprimer dans les médias Bolloré. La labellisation des chaînes d’info et des radios, si elle n’est pas encore officielle, est déjà inscrite dans l’esprit de M. Barrot. Sont autorisés : 1) BFMTV, propriété du richissime armateur Rodolphe Saadé présenté comme proche du président Macron ; 2 ) France Inter, radio progressiste affublée de valeurs républicaines au-dessus de tout soupçon et spécialisée dans la construction de barrages républicains, de fronts antifascistes et de cordons sanitaires tout ce qu’il y a de plus pluralistes ; 3 ) France Info, idem ; 4 ) LCI, chaîne d’info va-t-en-guerre où se relaient des experts géopolitiques et militaires et où l’invité permanent Thierry Breton ajoute une touche originale de pluralisme en insistant tout particulièrement sur la nécessité de contrôler les médias et les réseaux sociaux. Quant à CNews et Europe 1, placés sous la surveillance assidue de M. Barrot, de l’Arcom, de Conspiracy Watch, de Nathalie Loiseau, de Thierry Breton, de Patrick Cohen et de Libération, il semblerait que leur labellisation soit loin d’être acquise. 

Progressisme : ça sent le Sapin     

Pluralisme. Selon l’institut Thomas-More, sur les 73 chroniqueurs officiant sur France Inter, 67 sont classés à gauche. Tout allait donc bien jusqu’au jour où le journaliste Charles Sapin a été engagé par la radio pour une chronique dominicale d’à peine trois minutes. Aussitôt, la Société des journalistes (SDJ) a menacé de se mettre en grève. Il faut dire que Charles Sapin est passé par Le Point et Le Figaro avant de devenir le directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles. C’est grave, c’est très grave ! Vade retro satanas ! « France Inter continue sa descente idéologique vers les enfers », dixit L’Humanité. Heureusement, affirme le journal communiste, un humoriste dénommé Jessé a « évoqué avec talent » la triste décision de la direction de France Inter en suggérant la future présence de « néo-nazis » dans les studios de la Maison ronde. Et hop ! un petit point Godwin, ça manquait…

A lire aussi: France Inter: 150 secondes pour la droite, c’est déjà trop !

Le député lfiste François Piquemal.

Gags et facéties se succèdent sur la radio publique. Ameziane, énième humoriste france-intérien, a comparé la tête du député RN Jean-Philippe Tanguy à celle d’un « rat qui se serait transformé en humain mais dont la mutation aurait été stoppée à 80 % ». Les chroniqueurs et les journalistes dans le studio ont ri de bon cœur. Il y a eu une petite polémique, vite étouffée dans l’œuf. Merwane Benlazar, autre comique de France Inter, a pris la défense de son collègue humoriste en expliquant qu’il ne fallait reculer devant aucune blague pouvant « perturber les fachos ». Interrogé sur Sud Radio, le député LFI François Piquemal considère de son côté que « c’est de l’humour » et que « cela fait partie de la liberté d’expression ». Il faut savoir que M. Piquemal est un aficionado de Radio Nova, qu’il défend et fréquente régulièrement. L’humour outrancièrement graveleux et ordurier ne lui fait donc pas peur. Ameziane semble par ailleurs avoir toutes les qualités requises pour finir un jour là où ont échoué Guillaume Meurice, Pierre-Emmanuel Barré et Aymeric Lompret, ex-trublions de France Inter. Cela dit, pourquoi changer de boutique ? L’humour france-intérien ressemble de plus en plus souvent aux bouffonneries sordides de la radio pigassienne.

On n’est pas bien, entre couilles ?

Sur Radio Nova, justement, la rentrée préfigure une saison chatoyante. La bande de Guillaume Meurice, de retour sur les ondes, a en effet reçu Victoire Tuaillon. Ce nom ne vous dit rien ? Victoire Tuaillon, après des études à Sciences Po, a opportunément créé en 2017 un podcast sur « les masculinités » au titre tranchant: Les Couilles sur la table. « La question des masculinités, quelque part, c’est comme celle de la blanchité : c’est interroger notre regard sur le monde en prenant conscience que ce regard n’est pas neutre. Le monde est si androcentré qu’on ne réalise pas forcément qu’on pense d’un point de vue masculin », déclara-t-elle alors aux Inrocks, quelques semaines avant de recevoir toute la fine fleur de l’intelligentsia gauchiste et woke, de Virginie Despentes à Alice Coffin, d’Édouard Louis à Paul B. Preciado, de Rokhaya Diallo à Éric Fassin. Sur Radio Nova, Mme Tuaillon a enfilé les perles et les lieux communs du déconstructivisme et du wokisme sur le patriarcat, la « culture du viol » et le masculinisme, et n’a pas eu de mots assez durs pour l’Éducation nationale et « ses professeurs eux-mêmes pétris d’une culture sexiste et raciste » – là, j’avoue, il fallait oser. Mais il y a mieux. Le pompon, c’est quand Victoire Tuaillon explique pour quelle raison elle a accepté, il y a maintenant deux ans, de confronter ses idées sur l’amour à celles de Noémie Halioua dans l’émission Répliques d’Alain Finkielkraut : « J’y suis allée parce que, en fait, France Culture, c’est une radio qui est payée par nos impôts, par l’argent public, donc je ne vois pas pourquoi on laisserait des espaces à l’extrême droite. » Le problème, c’est que les seuls qui lui ont reproché d’être allée se colleter avec « l’extrême droite » sur la radio publique sont justement ceux qui partagent ses opinions. Il fut rappelé dans ces colonnes[1] les remarques acerbes que subit Victoire Tuaillon après cette émission, remarques qui vinrent de son propre camp – l’ultra-gauche et Libération en tête qui lui reprocha, outre une photo forcément compromettante avec ce « réactionnaire raciste et misogyne » d’Alain Finkielkraut, sa blanchité et son hétérosexualité. Les wokistes sont tellement bêtes que c’est un bonheur de les voir s’automutiler et s’entredéchirer en utilisant leurs propres machettes idéologiques.


Islamo-gauchisme : ta carrière n’est pas morte, Adèle!

Le 3 septembre, sur Radio Nova toujours, Azzeddine Ahmed-Chaouch et Emma Razafimahefa recevaient l’ex-actrice Adèle Haenel. Un grand moment de néant ! Le regard vide, la voix monocorde, la militante d’extrême gauche a ânonné pendant trente minutes des lambeaux de phrases desquels émergèrent dans le plus grand désordre les expressions les plus plates et les plus convenues des lexiques insoumis et wokes. À la question de savoir ce qu’elle attend pour 2027, Adèle Haenel répond : « Franchement, j’espère que Mélenchon y sera élu, quoi, ça c’est clair ! Parce que ce sera le début de la lutte, ça c’est clair ! » Ce sera la plus brillante intervention de la militante insoumise. Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes ont exprimé leur inquiétude et reproché aux deux journalistes de ne pas avoir abrégé la souffrance de leur invitée, ainsi que celle des auditeurs, en arrêtant net un entretien pénible faisant ressortir l’état de délabrement intellectuel de cette militante d’extrême gauche visiblement au bout du rouleau.

Carte blanche pour idées rouges : Adèle Haenel le 9 septembre sur le plateau de France 5. La direction de France TV a préféré supprimer la vidéo en replay où la militante évoquait la Palestine, estimant l’absence de contradiction pendant la séquence problématique. Capture.

Retour à France Inter. La station compte à ce jour 27 humoristes qui sont en réalité 27 militants politiques sortant tous du même moule woke, gauchiste et écologiste – ce qui amoindrit inévitablement la portée drolatique de leurs interventions. Sous le regard énamouré de Daniel Morin et les rires automatiques de ses comparses, Fiona Gianilla, la dernière et jeune recrue de la radio publique, a récemment amusé la galerie en avouant adorer pleurer dans l’avion : « Pleurer dans l’avion, c’est incroyable ! J’aime trop ça ! J’aime autant ça que les gens âgés aiment fixer les gens trans ! » Ce n’est pas drôle, mais cela permet de montrer tout à la fois sa détestation des vieux supposément réactionnaires et forcément transphobes, son adhésion aux revendications de la communauté LGBTiste et, donc, son appartenance au camp du bien. Quelques secondes plus tard, Mme Gianilla expliquera avoir des remords parce qu’elle prend régulièrement l’avion et que « ça pollue ». Mais, ajoutera-t-elle aussitôt, « pour l’environnement j’ai déjà fait ma part : j’ai avorté. » Ce n’est toujours pas drôle, mais cela permet cette fois de montrer son allégeance à l’écologie punitive et au féminisme le plus sinistre. Mme Gianilla confirme que les mauvais sketchs des humoristes france-intériens n’ont pas pour objectif de faire rire l’auditoire mais celui de lui faire la morale et de lui enseigner le catéchisme woke. Dans le studio, gloussements de connivence et ricanements mécaniques sont autant de signes de reconnaissance entre initiés et autres évangélisateurs du camp du bien. Faut vous dire, Monsieur, que chez ces gens-là, on ne rit pas, Monsieur, on ne rit pas – on prêche.

La révolte du résistant Sylvain Bourmeau

Sylvain Bourmeau.

Sylvain Bourmeau, ancien journaliste et directeur adjoint de Libération, a officié pendant vingt-sept ans sur France Culture, radio dont la direction a décidé de ne pas reconduire son émission La Suite dans les idées. Son dernier livre, paru aux éditions d’extrême gauche La Découverte, s’intitule Ils ne sont pas d’extrême droite, ils font l’extrême droite. Qui sont ces affreux « ils » qui font le lit des fachos ? Tous les médias, d’après Bourmeau, et en particulier Le Monde et… France Culture ! La thèse tient en une phrase : le pluralisme n’est qu’un confusionnisme au service du fascisme. C’est une thèse très à la mode en ce moment. M. Bourmeau l’étire et la pétrit jusqu’à mécontenter Libération qui pense que son laborieux ouvrage est « un brin excessif et donneur de leçon ». Faut dire que… selon M. Bourmeau, trop d’opinions contradictoires et une trop faible adhésion aux programmes progressistes créent de la confusion et alimentent une cacophonie politique qui profite à l’extrême droite. Ainsi reproche-t-il à France Culture d’avoir invité Renaud Camus à plusieurs reprises il y a… quinze ans, et au Monde de n’avoir pas suffisamment soutenu le Nouveau Front populaire lors des législatives de 2024. M. Bourmeau semble partager avec M. de Lagasnerie l’idée selon laquelle le débat médiatique ne peut finalement que légitimer les idées réactionnaires. Le mieux serait donc d’éviter le débat, source de « confusion méthodiquement recherchée pour faire en sorte que les gens n’aient plus de repères », surtout les repères socialistes ou écologistes : le camarade Bourmov, comme l’appelle malicieusement l’écrivain Pierre Jourde, évoque en tremblant le temps où des « médias organisaient des débats entre scientifiques et climatosceptiques avec le sentiment sincère de bien faire leur travail ». Heureusement, ce temps est révolu. Toutefois, regrette M. Bourmeau sur France Inter, dans l’émission Zoom Zoom Zen de Matthieu Noël qui ne pouvait manquer de faire la publicité de cet ouvrage indispensable pour comprendre les fourberies réactionnaires, il y a encore des débats sur « le concept de “grand remplacement”, alors que tous les scientifiques s’accordent pour dire que c’est n’importe quoi, que cela ne correspond à aucune réalité observable ». Avertissement : la langue utilisée par M. Bourmeau pour écrire sa brochure relève du registre galimatias conceptuel, registre qui permet de noyer le poisson idéologique et d’occulter le véritable propos de l’auteur, propos que nous pouvons résumer ainsi : le pluralisme, c’est mieux quand il n’y a qu’une seule idéologie à la manœuvre, quand on débat uniquement entre gens de gauche culturellement au-dessus de la plèbe réactionnaire et qu’on peut ainsi développer les raisonnements les plus totalitaires sous couvert de défendre la démocratie, le progrès, l’égalité et toutes ces sortes de choses. M. Bourmeau ne supporte pas de voir le magistère moral de la gauche s’étioler. Il en éprouve une certaine aigreur ; il est parfois difficile de se confronter à la réalité. D’où, peut-être, la nécessité de s’évader et de se réfugier dans l’écriture. Un de ses anciens et facétieux camarades de France Culture lui aurait à ce propos suggéré un autre titre pour son essai : La Fuite dans les idées. Oh ! le vilain.

A lire aussi, éditorial: Liberté, liberté cherra

Dernières nouvelles de France Inter. 10 septembre 2026. L’éditorial politique de Patrick Cohen confirme l’analyse et les craintes de Charles Rojzman exprimées dans ces colonnes[2]. Le journaliste qui, on s’en souvient, avait minimisé les faits et inversé l’accusation de racisme pour l’affaire de Crépol, s’est jeté sur celle de Carcassonne comme un goinfre sur une pâtisserie dégoulinante. Il faut dire qu’il attendait ça depuis longtemps. Un enregistrement dans lequel les policiers municipaux d’une mairie dirigée par le RN vomissent toute leur bile raciste, misogyne et homophobe, quelle aubaine ! De là à essentialiser le personnel politique et les électeurs du RN, il n’y avait qu’un pas que Patrick Cohen n’a pas hésité à franchir. Dans un « pays qui s’apprête à voter à l’extrême droite », l’éditorialiste tire la sonnette d’alarme : « Combien sont-ils à se nourrir de haine et à partager leurs remugles, tranquillement, une fois les portes fermées et les volets clos ? » Cet enregistrement décrit, selon lui, un « écosystème idéologique dont il est difficile de croire à la marginalité » et qui alimente « la violence, la stigmatisation, la polarisation, le mépris de l’autre, la déshumanisation, le rejet de toute différence, tout ce qui dégueule sur les réseaux sociaux et se répand sur certains écrans de chaîne info (devinez laquelle !)». À huit mois des élections présidentielles, l’éditorialiste est content de lui : il a construit, pense-t-il sûrement, de solides fondations au barrage républicain qu’il appelle d’ores et déjà de ses vœux. Patrick Cohen croit-il vraiment que c’est en les rabaissant et en les insultant, que les millions d’électeurs s’apprêtant à voter pour Marine Le Pen vont retourner au bercail, dans le giron d’une caste politico-médiatique qui les méprise et les a conduits, eux et leur pays, à la ruine ? S’il le pense réellement, il est de notre devoir de lui dire qu’il se met le micro dans l’œil…

Ils ne sont pas d'extrême droite, ils font l'extrême droite

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[1] Sur le site de Causeur : Pierre Cormary, Il faut sauver la soldate Tuaillon, 7 mars 2024.

[2] Sur le site de Causeur : L’Affaire de Carcassonne et le mensonge antiraciste, 10 sept. 2026.

Sang d’encre

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Philippe Jaenada et Anne Plantagenet. DR.

Le fait divers est l’aphrodisiaque du romancier: du sang, des mystères, et la plume se dresse. Anne Plantagenet et Philippe Jaenada résistent aux charmes tapageurs du coupable. Du procès Jubillar au meurtre oublié de Louise Cansot, ils rendent aux victimes leur nom, leur visage, et cet honneur posthume: le premier rôle.


Les faits divers ont toujours fasciné les foules et plus encore les écrivains. Bon nombre d’entre eux ont en effet trouvé dans ces histoires terribles et souvent sordides un matériau de choix. Flaubert s’est inspiré du suicide de Delphine Delamare pour Madame Bovary, Dumas de l’histoire de François Picaud pour Le Comte de Monte-Cristo,Truman Capote de l’assassinat de la famille Clutter pour De sang-froid, et plus près de nous, Emmanuel Carrère de l’affaire Romand pour L’Adversaire. Pour un romancier, le fait divers est une manne. Yasmina Reza qui, depuis plus de quinze ans, écume les cours d’assises, ne s’en cache pas. Contrairement à elle, Anne Plantagenet, lorsqu’elle se rend à Albi le 22 septembre 2025, assiste à son tout premier procès. Celui d’un homme de 38 ans, Cédric Jubillar, accusé d’avoir tué sa femme Delphine, âgée de 33 ans, dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020. Le 17 octobre 2025, l’accusé est reconnu coupable du meurtre et condamné à trente ans de réclusion criminelle. Quand Anne Plantagenet écrit son livre, « l’homme le plus célèbre du Tarn » nie les faits et la victime n’a pas été retrouvée. En juillet dernier, coup de théâtre : Cédric Jubillar passe aux aveux et indique l’endroit où il a enterré le corps. Un rebondissement majeur qui n’entache en rien l’intérêt du livre. La romancière assise sur les bancs de la presse pendant les quatre semaines qu’ont duré le procès le confie dès les premières pages. Ce qui l’intéresse ici, c’est moins « le verdict qui condamnerait ou acquitterait Cédric Jubillar que les traces de la femme effacée, Delphine Aussaguel ». C’est moins le bourreau que la victime. Toutes les victimes, dont elle souligne qu’elles sont souvent les grandes oubliées des procès. Qui se souvient d’Hélène Rytmann, étranglée à mort par son mari Louis Althusser ? Qui se souviendra de l’infirmière du Tarn ? Une jeune femme solaire qui aimait son travail, ses deux enfants et dont chacun louait les qualités. Aucune partialité toutefois dans ce récit. Anne Plantagenet n’oublie ni l’enfance chaotique de l’accusé, ni son placement dans des familles d’accueil, ni les violences subies. Elle ne juge pas, ne prend pas parti. Elle appréhende chacun des acteurs de cette affaire avec la même finesse d’analyse, la même empathie, la même sensibilité et montre l’humanité dans ce qu’elle a de plus noir, de plus vulnérable, parfois aussi de plus admirable. En l’absence de corps est un texte fort. Un texte mu par la nécessité. L’histoire d’un drame qui en cache un autre. Celui que l’auteure traverse et auquel elle ne fait jamais que des allusions voilées. Comme le rappelait Jean Giono à l’occasion de l’affaire Gaston Dominici, un procès c’est d’abord une histoire de mots. Ceux d’Anne Plantagenet sont justes, tenus, au plus près de la vérité.

L’affaire Cédric Jubillar a défrayé la chronique, mais celle de Louise Cansot a largement été oubliée. Grâce à Philippe Jaenada, spécialiste patenté du fait divers, la voilà propulsée sur le devant de la scène. Tout au moins littéraire. Dans la nuit du 6 au 7 septembre 1949, une jeune femme est retrouvée étranglée non loin du pont du Garigliano à Paris. Le signalement de L’Inconnue du quai de Javel est le suivant : « 1,70 mètre, cheveux châtain foncé, vêtue d’une jupe noire et d’un pull mauve, jolie, très bien faite. » L’affaire est alors confiée à l’inspecteur-chef Ferrière. De Louise Cansot, on apprend qu’elle était un modèle très demandé dans le Montparnasse de la fin des années 1940, qu’elle avait quelques amants et un sérieux penchant pour la boisson. Il n’en fallait pas plus pour mettre en branle l’imagination du romancier qui, depuis Sulak en 2013, a fait de l’enquête policière la matière première de ses romans. Accompagné de Simenon, dont il relit pour l’occasion tous les livres ou presque, il part de l’enquête non aboutie de l’inspecteur-chef de l’époque pour, soixante-quinze ans plus tard, mener la sienne. Son maître : Maigret, dont il s’efforce d’appliquer la technique à la lettre. « Il ne faut ni raisonner ni même penser dans un premier temps, il convient d’abord, patiemment, de placer les gens, comme des petits personnages de théâtre, à la place qui est la leur. » Dont acte. Jaenada épluche méticuleusement le dossier de Ferrière, se rend sur les lieux fréquentés par Cansot et active le formidable réseau qu’il a mis en place au fil des années, notamment aux Archives de Paris. Très vite, il a l’intuition que quelque chose cloche dans le rapport de l’inspecteur-chef. Il traque alors ce quelque chose avec patience, obstination, obsession et, disons-le, folie. Il le reconnaît volontiers. Qui d’autre que lui irait se recueillir sur la tombe de ses personnages ? Qui d’autre irait dormir dans les chambres où ils ont dormi ? Mais tout ça, c’est fini : « J’arrête, sinon ça va finir par ressembler à une manie. » Une manie qui fait précisément toute la saveur, la virtuosité, la drôlerie aussi de ce texte monstre. « La technique et les détails sont ce qui permet de résoudre les énigmes, non ? » demande-t-il faussement naïf au début du livre. Avant d’ajouter « soyons attentifs ». Un euphémisme en regard des 500 pages qui suivent et laissent le lecteur exsangue, fasciné, stupéfait, subjugué, devant tant de maestria. Mais ne nous y trompons pas, si Jaenada traque sans relâche le coupable – et parvient à le trouver ! – c’est, là encore, la victime qui l’intéresse. Qui était-elle ? Que pensait- elle ? Quels étaient ses craintes ? Ses rêves ? Peu à peu se dessine en creux le portrait d’une jeune femme qu’on peut admirer dans les collections du Centre Pompidou dans Femme aux seins nus assise, dernière toile de Jean-Louis Boussingault. Une jeune femme qui pensait être enceinte et espérait se faire épouser. Une jeune femme qui a fini sa courte vie dans le plus grand dénuement. Le roman aussi époustouflant qu’émouvant de Philippe Jaenada lui rend justice. Une justice éminemment littéraire.

En l’absence de corps, Anne Plantagenet, Julliard, 2026.

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L’Inconnue du quai de Javel, Philippe Jaenada, Flammarion, 2026.

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Rêveuse bourgeoisie

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© Ministère de la Culture / UFO Distrib.

Lartigue en relief


Naître riche est avantageux : le talent s’épanouit dans le confort. Les deux frères Lartigue, Maurice, dit ‘’Zissou’’, et son cadet, Jacques, ont eu cette chance : nul besoin de travailler ; le père est financier. « J’ai suffisamment d’argent pour que mes enfants apprennent à le dépenser. Pas à en gagner », claironne-t-il. En 1905, il repère le château de Rouzat, en Auvergne. « – Et si on l’achetait ? »  A la Belle-Epoque, il n’est pas si courant de creuser dans le parc une piscine en équerre, d’une longueur de 28m. Rouzat sera l’écrin de grandes vacances sans fin. On y joue au tennis – les sports de plein air sont en plein essor. Harnachés comme des scaphandriers, on excursionne en tacot. Zissou, passionné d’aviation, s’adonne en amateur à toutes sortes d’inventions, construit des maquettes, élabore quantité de prototypes innovants – radeaux, planeurs… Jacques, lui, dessine, peint, dresse des listes, tient son journal, archive tout.  Dès l’âge de 9 ans, il emprunte l’appareil de photo du fortuné Monsieur Lartigue. Dans cette pratique encore dispendieuse, il s’avère vite plus doué que son géniteur. Ainsi le futur Jacques-Henri Lartigue (1894-1986) naît-il à un hobby qu’il n’envisage jamais comme un art :  il se rêve peintre.

Un documentaire exceptionnel

C’est ce jeune homme au maintien altier, mondain, nonchalant et distingué, qui illumine La vie en relief, long métrage réalisé par Denis Gaubert, qu’on connaissait comme chef op – cf. le beau film de Stéphane Chez, David Lynch, une énigme à Hollywood (2025). Gaubert signe donc là son premier documentaire. Exceptionnel à tous égards.

Il faut absolument aller voir La vie en relief en salle équipée 3D. Dans la vertigineuse production photographique de Lartigue (120 000 clichés !) le film choisit en effet de n’explorer que le seul corpus des 5000 images en stéréoscopie captées par le boîtier spécial du jeune photographe, entre 1903 et 1929. Par la suite, Lartigue délaissera cet outil, l’abandonnant au profit du format panoramique en deux dimensions.

A lire aussi, Thomas Morales: Paris, année 1970

C’est le moment d’évoquer le captivant avant-programme de neuf minutes qui, également signé Gaubert, et intitulé Stéréodrome, précède le docu attaché à Lartigue, leur assemblage composant la séance. Ce court-métrage retrace la préhistoire de cette ‘’troisième dimension’’, dont on sait qu’elle fut, circa 1850, la « première forme photographique à diffusion de masse ».  Fasciné par cette invention au succès foudroyant, Beaudelaire écrit : « Des milliers d’yeux avides se penchaient sur les trous du stéréoscope comme sur une lucarne de l’infini ». Elle sera le témoin oculaire d’événements tels que la guerre de Sécession, ou la Commune de Paris. De fait, Stéréodrome exhume quelques exemples saisissants de cette ‘’réalité virtuelle’’ avant la lettre, dont le chromatisme soyeux restitue ce qui a été avec une stupéfiante netteté de trait. Victime de sa réputation (circulent nombre de clichés licencieux), puis de la concurrence du cinématographe, l’empire commercial généré par le procédé est en déclin quand s’achève le XIXe siècle. Il est supplanté par des appareils plus légers, qu’on tient dans la main. Lartigue arrive à ce tournant.

Douceur de vivre

De la Belle Epoque aux Années folles, Lartigue immortalisera en relief un bonheur sans rides. Mais ce qui, déclics ravis au présent immédiat dans une sorte de fraîcheur spontanée, comme innocente, relèvera toujours pour lui du registre de l’album privé, revêt pour nous, à distance d’un siècle et plus, de la recherche d’un temps perdu : celui, à jamais révolu, où la douceur de vivre propre à cette rêveuse bourgeoisie semble traverser l’Histoire sans accrocs, dans le paysage immaculé d’un perpétuel loisir. A propos de la photo, l’irremplaçable Roland Barthes constatait : « Ce que je vois a été là, dans ce lieu qui s’étend entre l’infini et le sujet ». D’un œil exact, juvénile et cristallin, Lartigue cadre l’instant vécu avec un sûr instinct et une grâce infinie. Ses parents ; ses précepteurs MM. Aubert et Foltète ; ses amis : Oléo (qui mourra à 24 ans, 13 jours après avoir rejoint le front, en 1914), Robert Ferrand (également fauché de bonne heure par la Grande guerre) ; ‘’Bichonnage’’, sa grande cousine ; Simone, autre cousine, dont, adolescent, il est tombé secrètement amoureux et qu’il retrouvera, adulte, comme sa fantasque amie ; son frère aîné, ‘’Zissou’’, personnalité si différente de lui… De belle prestance, Jacques se selfise grâce au retardateur. Ski, luge, patinage à Saint-Moritz… Exempté en vertu de sa ‘’constitution fragile’’ (ce qui n’interdit pas de taper la raquette) puis miraculeusement ‘’rayé des contrôles’’, Lartigue traverse 14-18 en dandy, entre Arcachon, Rouzat et Paris. Pour ne pas endosser l’habit honteux d’un ‘’embusqué’’, le beau gosse huppé de 21 ans met sa 5CV rutilante à disposition de l’armée et s’engage… comme chauffeur. On le voit prendre la pose devant son auto, sanglé dans un uniforme en cuir d’excellente coupe. Il flirte avec la soprano Marthe Chenal (restée fameuse pour ses enregistrements gravés de Carmen et de La Marseillaise) ; se lie avec ‘’la fille à la seringue d’argent’’, comme on surnommait l’Américaine Kiki Preston, née Gwynne… Se fait un ami du pilote de chasse Jean Dary.   

Après la Victoire vient l’instant des noces. De Madeleine Messager, dite ‘’Bibi’’, mi-british, 22 ans – une image délicieusement impudique et fugace nous la dévoile, presque nue, assise sur la lunette des WC – leur nait un fils, Dani. Oui, décidément, la photo est un jeu, comme la vie de palace en est un autre : Antibes, Chamonix, Monte Carlo, Hendaye… C’est l’époque de Gaby Deslys, la pionnière du music-hall, le temps des jazz band, des garçonnes, des chapeaux-cloche. On fréquente chez les Puiforcat, on roule en Hispano Suza 7 places – seul le roi d’Espagne l’aurait déjà conduite. La tribu Lartigue cohabite toujours sous le même toit, à Rouzat, propriété que les revers de fortune du patriarche obligent à vendre en 1923. Jacques, qui a étudié à l’académie Julian, se lance alors dans la carrière de peintre – son exposition chez Georges Petit n’aura aucun succès. Proche de Sacha Guitry, il s’éprend un moment d’Yvonne Printemps, sa femme ‘’à la voix de rossignol’’, sans lui sacrifier toutefois la précieuse amitié du mari… Jouir du luxe sans le posséder, mirage de poète !

Véhiculée par l’Amérique, la reconnaissance vient à Jacques Henri Lartigue dans son âge avancé. C’est en 1986 que seront montrées, dans sa dernière exposition, quelques mois avant sa mort à 92 ans, ces photos stéréoscopiques. De ces quelque 5000 plaques patiemment restaurées (sans I.A., notez-le !) La vie en relief n’en dévoile que… 323 ! Toutes sublimes. Sur cet hommage intelligemment elliptique courent les variations d’une bande-son agile, et un texte d’admirable tenue, impeccablement articulé, qui plus est, par Luana Bajrami et Hervé Pierre. Les citations de Lartigue sont lues par Milo-Machado-Graner, l’adolescent de Anatomie d’une chute (Justine Triet) et Adieu monde cruel (Félix de Givry).

En salles le 16 septembre : La vie en relief, précédé de Stéréodrome. Documentaire de Denis Gaubert. Durée : 14mn + 1h08.

114: ce chiffre qui marque l’échec de la politique d’asile en Hollande

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M. Bart van den Brink, image d'archive, La Haye © John Beckmann/DeFodi Imag/SIPA

Aux Pays-Bas, l’opinion et l’opposition se scandalisent de la situation d’un migrant syrien mis en cause à 114 reprises par la police.


L’échec des Pays-Bas à se débarrasser d’étrangers criminels — et, partant, celui de leur politique d’asile — se résume désormais à un chiffre: 114. C’est le nombre de vols, d’agressions contre des femmes et d’autres méfaits qu’accumule le Syrien Mohammed K., âgé de dix-huit ans, depuis son arrivée aux Pays-Bas comme réfugié à l’âge de quatorze ans.

Le chiffre « officiel » de 114 signalements a été rendu public lors de récentes délibérations du tribunal d’Amsterdam en vue du futur procès contre Mohammed K. et deux autres jeunes Syriens accusés d’avoir violemment volé des prostituées chez elles.

Cependant, son avocate a plaidé pour l’indulgence vis-à-vis de son client, qui retrouvera sûrement le droit chemin, a-t-elle assuré, une fois scellé le regroupement familial à Amsterdam avec ses parents et ses petits frères restés en Syrie… Autre gage de la réussite de sa réintégration, toujours selon son avocate : son client s’établira dans un logement social qui sera bientôt attribué à son clan familial dans la capitale néerlandaise. Les préparatifs seraient d’ores et déjà enclenchés par l’organisation chargée de l’accueil des réfugiés dans une ville où sévit pourtant une pénurie de logements gravissime pour les autochtones.

De plus, selon le plaidoyer de l’avocate, Mohammed se prépare à une vie rangée comme père de famille puisqu’en dehors de ses activités criminelles, il a trouvé le temps de mettre sa petite amie enceinte. (Le sexe avant le mariage, ne serait-ce pas haram ?, a feint de s’indigner un internaute).

Perdu !

Le 3 septembre, le tribunal s’est montré sourd à tant d’invraisemblables assurances et a décrété que Monsieur K. et ses coaccusés resteraient en détention provisoire. Leur procès pour vol avec violence contre des prostituées, commis en mai dernier, est prévu en novembre.

Le chiffre de 114, en combinaison avec le possible regroupement familial du multirécidiviste avec les siens, a eu le mérite de réunir la droite dure et des chrétiens de gauche dans leur indignation. Au Parlement, M. Geert Wilders, dirigeant du Parti pour la Liberté, anti-immigrationniste par excellence, et un député protestant autrefois accusé d’immigrationnisme ont exigé à l’unisson le renvoi chez lui de cette « tête à claques », aux dires d’un collègue.

Et dans cette affaire, l’indignation populaire ne vise pas uniquement Mohammed K., mais également les autorités policières et judiciaires, ainsi que l’instance qui lui a accordé l’asile politique. Lesquelles n’ont jamais agi pour mettre un terme à son parcours criminel et qui pourraient, en plus, le récompenser par un logement social! Ou même deux, a soupesé M. Wilders, vu que la famille du malfrat risque d’être nombreuse.

Si le ministre de l’Asile et de l’Immigration, M. Bart van den Brink, a assuré aux parlementaires comprendre « la colère, la frustration et l’inquiétude » dans le pays, ses lapalissades semblaient faites pour les aggraver. Ainsi, il a refusé de répondre à des questions détaillées sur l’affaire et s’est caché derrière le droit européen qui rendrait difficile la révocation du statut de réfugié une fois celui-ci accordé. Quant à extrader le détenteur du précieux sésame, ma bonne dame… Le ministre a finalement promis à des parlementaires indignés qu’il tenterait, une fois le jeune Syrien enfin condamné, de le renvoyer dare-dare. Qui l’eût cru ?

Un pays malade

Dans cette affaire, beaucoup de questions restent encore sans réponse, puisque le ministre préfère se taire. Comment et pourquoi Mohammed K. a-t-il quitté la Syrie, et comment a-t-il pu, à 14 ans, rejoindre les Pays-Bas ? Et si ses parents avaient envoyé leur enfant en tant qu’éclaireur en vue d’un regroupement dans un lieu sûr et prospère ? Pourquoi ce morveux a-t-il obtenu le statut de réfugié qui, apparemment, a servi de sauf-conduit quand ses 113 premiers larcins notés dans les registres de la police sont restés sans conséquences ?

La 114e fois fut la bonne, quand les prostituées ont été violemment frappées, tirées par les cheveux, menacées et blessées avec au moins un couteau, selon le ministère public. Tout cela pour un piètre butin… Des faits gravissimes, c’est vrai. Mais, pendant ses nombreux méfaits précédents, Mohammed K. avait également fait usage d’un couteau, toujours contre des femmes, sans que la police n’ait jugé les faits suffisamment graves pour l’arrêter et l’incarcérer. « Dans quel pays malade vivons-nous ? » a fulminé Geert Wilders devant le ministre. Et, à dire vrai, pas besoin d’être « d’extrême droite » ou de soutenir M. Wilders pour se poser cette question.

Olivier Rolin: tout sur « l’Iliade »

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Olivier Rolin publie "La Guerre éternelle" © Francesca Mantovani / Gallimard

Certains livres de l’Antiquité redeviennent « à la mode », si j’ose dire. Les lecteurs, influencés par des messages publicitaires incessants, sont attirés vers eux, peut-être convaincus d’y retrouver une émotion de jeunesse, qui leur rappelle le lycée ou les grandes vacances. En ce moment, la librairie est pleine des ouvrages d’Homère, auteur de plusieurs vrais best-sellers, dont un adapté cette année au cinéma. Je ne reviendrai pas sur The Odyssey, mis à la sauce hollywoodienne par un réalisateur souvent mieux inspiré, mais à la réputation enflée. Un détail m’a choqué : son personnage d’Ulysse y parle, non le grec ancien, mais un anglais parfait, avec l’accent d’Oxford, comme le montre la bande-annonce. Je n’ai pas été plus loin. Bref, la reconstitution historique d’un chef-d’œuvre poétique trouve ses limites. On ne cultive plus les « humanités », mais le « divertissement », à prendre aussi bien au sens pascalien du terme.

Nommer le mal

Cette semaine, j’avais le projet d’écrire une chronique sur La Guerre éternelle, d’Olivier Rolin. Je l’avais sous le bras, lorsque j’ai dû me rendre, en taxi, aux urgences de l’Hôpital militaire, pour une douleur ressentie sous l’ongle du gros orteil, au pied gauche. En fait, c’était ce qu’on appelle un panaris, dans sa phase première d’évolution. Le Garnier Delamare, fascinant dictionnaire des termes médicaux, que tout hypocondriaque se doit de posséder dans sa bibliothèque, nous apprend que panaris est le nom « générique », je cite, « donné à toutes les inflammations aiguës des doigts ». Le diagnostic qui fut établi dans mon cas mentionnait : « panaris péri-unguéal de l’hallux gauche », sachant que « unguéal » évoque tout ce qui est relatif à l’ongle, et qu’« hallux » signifiele gros orteil. J’aime beaucoup ce langage technique de l’art, digne du Malade imaginaire, ma pièce préférée de Molière. Il suffit d’un dictionnaire spécialisé pour en venir à bout. Cela reste une prose rare qui sert à nommer le mal. De la littérature à plein régime, selon moi.

Littérature comparée

J’étais aux urgences et l’attente risquait d’être longue. J’ouvris le livre de Rolin, pour m’occuper un peu l’esprit. J’ai déjà eu l’occasion de dire que l’hôpital était un lieu privilégié pour lire un livre. Si bien que, durant presque quatre heures que dura mon attente, je pus savourer tranquillement La Guerre éternelle. C’est un ouvrage qui se lit bien, et vous fait oublier tous vos maux, ou presque. Rolin répond au défi de parler de l’Iliade. Il aime moins l’Odyssée, semble-t-il. Ulysse le rebute par sa violence. Il est vrai que l’Iliade constitue une histoire d’une richesse extraordinaire. En tout cas, elle provoque chez Rolin une multitude de comparaisons et associations d’idées, dont il tisse, comme Pénélope sa toile, un livre très érudit, mais jamais pesant. Au détour d’une phrase, Rolin vous citera Mandelstam, ce plus grand des poètes, ou Michaux : « Évoquer Michaux à propos d’Homère, cela peut sembler incongru, mais cette incongruité-là, je la revendique comme étant l’expérience même de la grande liberté de la littérature… » C’est déjà une allusion aux « cultural studies », avec cette nécessité de toujours comparer, d’aller d’une référence à une autre, pour analyser à fond un texte littéraire. Cela crée des constructions savantes, qui doivent nous éclairer.

Pietro Citati et Lolita Pille

En lisant cet essai très personnel consacré à l’Iliade, je repensais à un livre du grand critique italien Pietro Citati. Il avait écrit au début des années 2000 La Pensée chatoyante, sous-titré « Ulysse et l’Odyssée ». En dépit du choix antagonique Odyssée/Iliade, une grande unité rapproche les deux ouvrages. Le commentaire est sans doute plus peaufiné chez Citati. Il essaie de tout dire, avec brio. Il est original à tout instant. De nos jours, ce type de livre est réservé aux universitaires, le génie en moins. C’est dommage. Les écrivains devraient savoir écrire sur les livres qu’ils aiment, montrer comment ils ont été inspirés par telles œuvres, et non par telles autres. Et répondre à la question de Maurice Blanchot : « Comment la littérature est-elle possible ? » Car, au fond, dans La Guerre éternelle, Rolin essaie de tirer tout cela au clair. La jeune romancière Lolita Pille s’est risquée récemment à l’exercice, dans Antigone Reine (éd. Du Cherche Midi). Résultat des courses, pour elle : une confession certes sincère, peut-être constructive, mais, en contrepartie, le double aveu obligé de son homosexualité et de son engagement féministe extrême. Heureusement, lire un livre n’entraîne pas tous les jours de telles conséquences chez les jeunes lectrices…

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L’Iliade et la nostalgie

Olivier Rolin insiste sur un point qui m’a retenu : l’Iliade est le livre de la nostalgie. Ceci s’explique : avant la guerre, il y avait la paix. Cette paix d’avant ne reviendra plus jamais. Hélène a beau se remémorer le temps des plaisirs (comme chez Offenbach), la douceur de vivre a été anéantie. Il suffit d’un simple changement très banal, par exemple un vase dont on jette les fleurs. Giraudoux, dans La Guerre de Troie n’aura pas lieu, avait senti cette piqûre au cœur. Ses dialogues étaient légers, mais le propos grave, malgré des jeux de mots qui, à la longue, deviennent fatigants. Et puis Jean-Luc Godard, qui proclame, dans un de ses derniers films sur la guerre en Bosnie, je crois, cette sorte de slogan dénonciateur des crimes : « Tais-toi, Cassandre ! » C’est ici que Rolin place un hommage à celle qu’il appelle « Jane », c’est-à-dire l’actrice Jane Birkin. Jane Birkin s’était intéressée, elle aussi, à cette littérature. Elle avait joué des tragiques grecs comme Euripide ou Sophocle, mais, en l’occurrence, pas le personnage d’Hécube, la reine de Troie, dans la pièce intitulée Les Troyennes. Bref passage d’Olivier Rolin, mais suffisant pour qu’on ait l’impression que son livre est tout entier un hommage qu’il rend à l’actrice. « La chute de Troie, écrit Rolin, c’est aussi la fin de ce qu’on aime. »

Il me semble que La Guerre éternelle est une très belle réussite littéraire. Rolin, on le sait, revient de loin (l’engagement maoïste des années 70, l’action directe révolutionnaire). C’est une leçon qu’il n’a pas oubliée. Il y a aujourd’hui un certain respect à observer devant tant d’exigence littéraire. Parlant toujours de l’Iliade, il écrit que ses vers, arrachés au temps, « recèlent une telle puissance d’émotion pour ceux, dont je suis, qui ont appris à lire le monde en aimant les défaits de l’Histoire […] les marins de Cronstadt, le ghetto de Varsovie… » Etc., etc. Voilà un éloge de la faiblesse et de l’échec qui fera pardonner beaucoup de choses, et nous rend précieuse cette méditation pleine de sagesse sur l’Iliade.

Olivier Rolin, La Guerre éternelle. Éd. Gallimard, 221 pages.

La guerre éternelle: Souvenirs de Troie

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Pietro Citati, La Pensée chatoyante. Ulysse et l’Odyssée. Éd. « L’Arpenteur » ‒ Gallimard, 2004.

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Lolita Pille. Antigone Reine. Éd. Le Cherche midi. 390 pages. Prix Essai France Télévision 2026.

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Le 11-Septembre: mémoire et avertissements

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Le maire de New York, Zohran Mamdani (à droite), croise l'ancien maire de New York Rudy Giuliani avant une cérémonie commémorant le 25e anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 au Mémorial national du 11 septembre à New York, le vendredi 11 septembre 2026 © Barry Williams/AP/SIPA

Aux Etats-Unis, des polémiques ont entouré la commémoration des 25 ans des dramatiques attentats islamistes.


Quelques mois après l’attentat du World Trade Center de 2001, un livre grand format, illustré de nombreuses photographies, publié par Life Magazine, est devenu le meilleur bestseller dans la catégorie « non-fiction » aux États-Unis. Intitulé One Nation – une référence aux paroles du Serment d’allégeance au drapeau : « une nation unie sous l’autorité de Dieu », adopté en 1942, au plus fort de la Deuxième guerre mondiale – il commémorait à la fois le trauma que la nation américaine venait de vivre et la résilience dont elle a fait preuve face à la tragédie et à la menace islamiste. Dans le Wall Street Journal hier matin, l’écrivain Bob Greene a rappelé cette publication tout en regrettant le manque d’unité qui est venu dominer la vie américaine depuis. La 25e commémoration du 11 septembre peut-elle restaurer ce sens d’unité qui semble tellement manquer à l’heure actuelle où le pays est engagé dans une nouvelle guerre au Moyen Orient ; où ses citoyens souffrent de difficultés économiques ; et où ses gouvernants et élus se préparent à des élections de mi-mandat en novembre qui verront s’affronter les deux extrêmes : celui des ultras du mouvement MAGA et celui des Socialistes démocrates d’Amérique, aile radicale du Parti démocrate ?

Devoir de mémoire versus devoir de controverses

Assistant à la cérémonie au Pentagone en Virginie, le président Trump a fait l’éloge de l’esprit d’unité qui a prévalu après l’attentat de 2001. Pourtant, la commémoration du 11 septembre a elle-même suscité des controverses cette année. Les médias de gauche ont tout essayé pour mettre en doute le récit de Trump au sujet de son rapport aux événements tragiques et à la cérémonie d’hommage. Le président a polémiqué avec le New York Magazine au sujet de sa présence au non, accompagné par une centaine de ses ouvriers du bâtiment, sur le site de Ground Zero le lendemain de l’attaque. Il a prétendu que, le 12 septembre, il avait dû être évacué par deux pompiers qui craignaient la chute d’un autre tour : One Liberty Plaza. Le journal a qualifié cette histoire de « mensonge bizarre » sans citer aucune preuve de son absence, mais seulement une prétendue absence de preuves de sa présence.

Trump a polémiqué aussi avec le New York Times qui a attribué sa décision d’assister hier, non à la cérémonie new-yorkaise, mais à celle du Pentagone, à sa frustration de ne pas pouvoir faire de discours sur le site du World Trade Center. En effet, aucun participant ne peut prendre la parole lors de la commémoration à Ground Zero, coutume adoptée en 2012. Trump a riposté en déclarant qu’il connaissait et respectait cette coutume. Il faut ajouter qu’il avait déjà privilégié le Pentagone pour la cérémonie de l’année dernière. En même temps, avec des élections cruciales imminentes, Trump est évidemment en campagne. J. D. Vance était pourtant présent à New York aux côtés des autres présidents en vie, de Bush à Biden.

Un autre homme politique a été au centre de controverses encore plus âpres. Zohran Mamdani, le maire démocrate de New York, a fait l’objet de critiques de la part de ceux qui croyaient qu’il n’avait pas sa place à la cérémonie, moins parce qu’il est musulman que pour ses accointances avec des militants propalestiniens dont certaines déclarations avaient semblé justifier le terrorisme. Trois mois avant la commémoration, les médias ont ressorti – non pour la première fois – un livre écrit par le père du maire, Mahmood Mamdani. Ce musulman né en Inde a vécu au Ouganda avant d’émigrer aux États-Unis où il est devenu professeur à l’université de Columbia, spécialisé dans l’anthropologie du colonialisme et du post-colonialisme. Son volume, Good Muslim, Bad Muslim. America, the Cold War, and the Roots of Terror, publié trois ans après l’attentat de New York, semble faire l’apologie des pires actions terroristes. On y lit notamment: « Les attentats suicides à la bombe doivent être compris comme une dimension de la violence politique moderne, plutôt que stigmatisés comme un signe de barbarie ». Tel père, tel fils, affirment ceux pour qui Mamdani est nécessairement aux antipodes de l’esprit d’unité du 11-septembre. Effectivement, le maire de New York ne craint pas de fréquenter le militant Hasan Piker qui, en 2019, a déclaré que l’Amérique méritait l’attaque des Tours jumelles. Piker lui-même a pris ses distances avec cette formule depuis, et Mamdani l’a condamnée de manière explicite, mais pour certains le doute est trop fort.

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C’est dans ce contexte qu’un homme ayant perdu son épouse dans l’attentat, Giovanni Galante, avait lancé une pétition avant la commémoration appelant à la « désinvitation » de Mamdani. Car, selon le préambule de la pétition, l’événement devait être « centré sur la mémoire, l’unité et le rejet sans équivoque de cette violence et de cet extrémisme qui ont caractérisé le 11 septembre ». Plus de 100 000 personnes avaient signé le document. Celui qui était le gouverneur de l’État de New York en 2001, le Républicain George Pataki, ainsi que celui qui était le maire de la ville, Rudy Giuliani, avaient exhorté Mamdani à ne pas assister à la cérémonie.

Cependant, de son côté, Mamdani a travaillé ces dernières semaines à renforcer sa légitimité en tant que maire d’une ville martyrisée. Il a visité des casernes de pompiers où les équipes avaient perdu des collègues dans la conflagration et il a inauguré différentes formes d’hommage aux victimes. Vendredi 4 septembre, il a signé un décret officiel désignant la date du 11 septembre un « Jour de mémoire et de cérémonie ». Petit – ou grand – bémol, après la signature du document, il a fait passer le stylo utilisé à son conseil juridique principal, Ramzi Kassem, l’avocat d’Ahmed al-Darbi, un membre d’al-Qaïda, et de Mahmoud Khalil, de double nationalité algérienne et palestinienne, un des leaders du mouvement propalestinien à l’université de Columbia, arrêté par ICE en 2025.

Mamdani lui-même a jeté de l’huile sur le feu en créant la controverse avec ses prédécesseurs. Le 8 septembre, la mairie a publié plus de 170 000 documents réputés perdus par les services administratifs de New York. Ces documents montreraient que les autorités auraient caché aux citoyens les dangers persistants de la pollution de l’air par la destruction des deux tours. Selon le maire actuel, ceux qui l’ont devancé « ont menti ». Pourtant, il n’est pas clair que ces documents aient été délibérément cachés, et les autorités ont créé un fonds pour indemniser les personnes ayant été exposées à des toxines, fonds qui, depuis 2011, a versé 16,9 milliards de dollars à ces victimes.

Pourtant, malgré tout, Mamdani et Giuliani se sont quand même serré la main hier sur la grande place. Ils ont sauvé les apparences. Peut-être qu’il reste une lueur d’espoir pour l’esprit d’unité.

Le bilan des 25 ans

La réaction des États-Unis à l’attaque, la Global War on Terror (la « Guerre contre le terrorisme »), a été un succès dans la mesure où aucun autre attentat islamiste d’une échelle comparable n’a eu lieu sur le sol américain. Le pire incident est arrivé en 2019 quand un officier de l’armée de l’air saoudienne a tué trois Américains sur une base navale. Dans la suite du 11 septembre, une possible expansion mondiale d’Al-Qaïda a été entravée, bien que l’État islamique et d’autres organisations terroristes en aient pris la relève. Oussama ben Laden, le leader charismatique derrière l’attentat, a enfin été exécuté en 2011. Et pendant ce temps, une possible persécution des musulmans aux États-Unis, à laquelle certaines violences au lendemain du 11 septembre semblaient être le prélude, a été évitée.

Pourtant, l’atrocité de 2001 a mis fin au monde unipolaire dominé par les États-Unis qui a suivi la fin de la Guerre froide. Dans la nouvelle guerre, celle contre le terrorisme, les Américains ont déployé toute leur puissance et pourtant leur position hégémonique a été progressivement affaiblie. La guerre en Afghanistan, l’arrière-base d’Al-Qaïda, était justifiée mais elle a duré trop longtemps. Elle a poursuivi un but trop ambitieux en cherchant, par des moyens inadaptés, à transformer la culture d’un pays qui n’était nullement prêt au changement. En revanche, la guerre en Irak n’était pas justifiée, car Saddam Hussein n’avait rien à voir avec le 11 septembre et ne possédait pas d’armes de destruction massive, mais au moins elle était plus courte. Ces deux guerres ont coûté huit billions de dollars aux Américains, dont le budget national n’est plus en équilibre depuis 2001. L’endettement astronomique du pays représente une menace majeure pour son pouvoir économique. En même temps, la guerre contre le terrorisme a nécessité la création d’un véritable État sécuritaire. Les activités du nouveau département de la Sécurité intérieure qui espionne ses propres citoyens, la prison de Guantánamo, l’incarcération de suspects sans procès et le recours à la torture ont sérieusement écorné l’image des États-Unis comme un défenseur de la liberté et des droits humains. Sur le plan géopolitique, la réaction au 11 septembre a renforcé une obsession américaine avec le Moyen Orient, aux dépens de sa politique par rapport à l’Asie et la zone du Pacifique. Cette obsession a constitué – et constitue encore – une distraction coûteuse en termes stratégiques à une époque où la Chine n’a cessé d’accroître sa propre puissance et étendre son influence. Donald Trump, qui a été élu en 2024 en critiquant les « guerres sans fin » du passé, a suivi ce tropisme en lançant sa propre guerre contre l’Iran. Ce conflit a drainé vers le Moyen Orient les forces militaires et les ressources que l’Amérique avait consacrées à son effort pour contenir la Chine et renforcer ses alliés à l’Est, comme le Japon ou la Corée du Sud. Devant le Pentagone hier, Trump a fait le lien entre la campagne qui a suivi le 11 septembre et sa lutte actuelle contre l’Iran. Les deux font preuve d’un même esprit de combattivité, mais peut-être aussi d’une même myopie stratégique.

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Ce qui est arrivé à New York en 2001 n’était pas la conséquence d’un manque d’analyse des menaces mais d’une incapacité à prendre les mesures nécessaires à temps. De nombreux attentats au cours des années 1990, y compris une première attaque du World Trade Center par véhicule piégé en 1993, montraient clairement la source et la nature des dangers. Il ne faudrait surtout pas que le phénomène se répète aujourd’hui. En 2001, les ennemis de l’Amérique et de l’Occident ont certes détourné des avions, mais leurs armes de bas niveau étaient tout sauf sophistiquées : des cutters. Aujourd’hui, ces ennemis ont accès à des armes plus sophistiquées qui leur permettent de frapper à distance sans même se déplacer : des drones ou des cyberattaques, ces dernières rendues encore plus destructrices par l’intelligence artificielle. La grande leçon de septembre 2001, c’est que, tout en menant les conflits actuels, il faut anticiper les prochains conflits.

Reliques

Hier, la cérémonie a eu lieu à New York avec toute la dignité requise. 2753 chaises vides – une pour chaque victime directe de l’attentat – ont été disposées dans Bryant Park. Sur la grande place à New York, les présidents Bush, Clinton, Obama et Biden ont écouté en silence la lecture des noms de toutes les victimes du 11 septembre, lecture solennelle entrecoupée de moments de recueillement et de tintements de cloche. Cette année, pour la première fois, un moment supplémentaire a été réservé pour les victimes de maladies et de blessures provoquées par l’attentat. Le nombre de ces victimes est aujourd’hui trois fois celui des victimes directes. Partout aux États-Unis, d’autres cérémonies de commémoration ont eu lieu et d’autres encore à l’étranger, au palais de Buckingham, par exemple, ou à Milan.

Les suites du 11 septembre continuent. Des familles de 10 000 victimes préparent un procès contre l’Arabie saoudite qu’elles accusent d’avoir financé l’attentat. La première phase débutera en octobre. En même temps, l’Amérique abrite en son sein une vipère qui cherche à la mordre de l’intérieur : les propagandistes décoloniaux, anti-américains et « antisionistes », souvent financés par des États pétroliers du Moyen Orient, qui sévissent dans les universités et même dans un certain nombre d’écoles. L’attitude au 11 septembre de ces militants est pour le moins ambigüe.

Un autre livre sur le 11 septembre vient de paraître. Ce nouveau volume, Scattered Steel. The Afterlife of the World Trade Center, de Samuel et Max Holleran (Three Hills), parle du sort de l’acier récupéré dans les ruines de Ground Zero. La plus grande partie a été recyclée ; une certaine quantité a été préservée pour des besoins de l’enquête criminelle ; et moins de 1% a été transformé dans des reliques commémoratives. Ces morceaux d’acier tordu, fondu, noirci, ont été transportés partout aux États-Unis et même à l’étranger, pour finir exposés devant des casernes de pompiers, devant des gares ou dans des parcs. Leur installation a souvent été inaugurée par des cérémonies civiques. Cette présence qui hante le paysage urbain ou suburbain est une relique d’une tragédie mais aussi un avertissement. Ces vestiges sont des symboles de l’esprit d’unité que nous ne devons pas perdre. Ils nous rappellent l’importance fondamentale de ce que c’est qu’une nation, de toutes nos nations, et de l’alliance des nations occidentales.

Menaces de mort à l’encontre d’une enseignante: six mois de prison ferme. Enfin !

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Image d'illustration © Pascal Fayolle/SIPA

Islamisation de la France. Au Fauga, en Haute-Garonne, une institutrice a été menacée de décapitation par le père d’un élève, vendredi 4 septembre, après qu’une de ses collègues a sanctionné son fils. L’enseignante a porté plainte et le père a été condamné ce jeudi à six mois de prison ferme. Ses deux enfants seront désormais scolarisés dans une autre école.


Oui, enfin ! À Toulouse, un président de tribunal courageux, prenant l’exacte mesure de la gravité des faits, a dit le droit et rendu la justice. Six mois de prison ferme avec mandat de dépôt à l’encontre d’un père d’élèves de quarante-sept ans coupable d’avoir menacé de décapitation une enseignante de l’établissement où sont accueillis deux de ses enfants. Le mandat de dépôt nous indique que, dès le soir du jugement, le coupable a dormi en taule. La main du magistrat, décidément, n’a pas tremblé.

M. Abdelkader B. – Oui, il se nomme Abdelkader, je n’y peux rien. Il s’appellerait Antoine, Raymond, Bébert ou Archibald, je donnerais aussi son prénom, évidemment. Il ne s’agit nullement de stigmatiser (j’entends d’ici les belles âmes…) mais tout simplement de rendre compte des faits, rendre compte de la réalité en répondant aux basiques questions journalistiques : qui, quoi, où, quand, etc. Qui ? nous venons de désigner le condamné. Quoi ? Menace de décapitation à l’encontre d’une enseignante après que le rejeton du condamné en question a été puni à l’école. Où ? Précisément dans cette école, au Fauga, petite ville de Haute-Garonne.

De son propre aveu, la victime « s’est vu finir en Samuel Paty ». On la comprend. Il y a, chez nous en France, en effet, d’atroces précédents, des enseignants immolés sur l’autel de la bêtise, de la barbarie et de la haine réunies. Ce sont donc Samuel Paty, Dominique Bernard et Agnès Lassalle. Probablement, M. Abdelkader B. n’en avait jamais entendu parler ? Par bonheur, le président du tribunal, lui, ne les avait pas oubliés. Qu’il en soit remercié et félicité.

Une hirondelle ne fait pas le printemps, comme se plaisait à dire ce vieil Aristote, mais si la fermeté de ce magistrat pouvait sonner quelque chose comme la fin d’un certain laxisme judiciaire qui n’a que trop duré et fait tant de dégâts chez les victimes, ce serait, oui, une sacrée embellie.

Mais le chemin est certainement encore long et semé d’embûches. Il y aura beaucoup à faire, c’est certain, pour changer les mentalités.

Au cours du procès, l’avocate du prévenu a cru présenter une défense non seulement cohérente mais décente, en proposant que son client ne soit condamné qu’à une peine d’intérêt général. Elle ajouta pour tout argument que « cela suffirait à réparer le mal fait à la société ».

Et le mal fait à la victime, on s’en tape ?

L’avocate non plus n’aura probablement jamais entendu parler des trois martyrs que nous avons cités.

Certes, cette dame est dans son rôle de défenseur. Mais pour qu’une défense soit efficace, digne, rationnelle et raisonnable, ne doit-elle pas tenir compte de la réelle gravité des actes commis, leur être proportionnée ? Donner à penser qu’une peine de balayage de square ou de surveillance de sortie d’école pourrait réparer si peu que ce soit les dommages causés par une menace de mort par décapitation me semble juste friser le foutage de gueule caractérisé avec effets de manche… Quand je disais qu’il y aurait du boulot pour faire évoluer certaines mentalités, je crois que je ne me trompais guère…

Mégafeux des Landes: après l’émotion, le temps des moyens

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Feux en Gironde, Lanton, 29 juillet 2026 © Jeanne Accorsini/SIPA

Après les mégafeux qui ont ravagé les Landes cet été, les pompiers réclament davantage de moyens, en hommes et en matériel. Le vote du budget 2027 sera un rendez-vous de vérité et de responsabilité.


Dans mon « premier monde », celui de l’enfance, à bord de la 2 CV familiale que ma mère conduisait sur les longues routes boisées des Landes girondines, l’immense clarté de la plage de Biscarrosse était notre destination favorite. Quand les pins maritimes commençaient à se faire plus rares et que les grandes dunes de sable apparaissaient enfin, je savais que nous arrivions. Une journée avec les vagues océanes pouvait commencer. « Attention aux baïnes ! » Mais j’étais déjà dans le grand bain.

Ma mère aimait rester jusqu’au coucher du soleil. Sur le chemin du retour, je m’endormais à l’arrière de la 2 CV avec des rêves où j’étais tour à tour pirate, vendeur de chichis ou maître-nageur-sauveteur.

Adolescent, j’ai découvert la terrasse du domaine de Malagar, toute proche des vignes de mes grands-parents paternels. Depuis son banc, François Mauriac aimait venir y poser son regard et son âme. « Paysage le plus beau du monde à mes yeux, palpitant, fraternel, seul à connaître ce que je sais. » Ici, la Garonne serpente entre les coteaux, quelques cyprès se lancent vers le ciel et la forêt des Landes ferme l’horizon. Dans Thérèse Desqueyroux (1927), il écrit : « Le gémissement des pins d’Argelouse, la nuit, n’était émouvant que parce qu’on l’eût dit humain. »

Qu’aurait ressenti et écrit Mauriac face aux grands feux de l’été 2026 ? Face à ce feu gigantesque de notre nouveau monde climatique ?

Les pompiers parlent d’une puissance inouïe, d’un « ogre ». Le feu crée son propre vent, le vent attise le feu, puis vient l’« orage de feu », le pyrocumulonimbus. Du jamais-vu en France.

Sur des braises encore chaudes, exténués par un effort surhumain, au-delà de ce qu’ils auraient pu imaginer, les pompiers ont dit la vérité. Avec pudeur, parfois avec colère. Ils ne veulent plus que le qualificatif de « héros » serve à dissimuler la réalité d’un système de lutte contre les incendies au bord de la rupture. « Après nous, il n’y a plus personne, confiait l’un d’eux à Libération le 1er août. Nous sommes face à des risques qui ont changé de nature et, pour y répondre, il faut des moyens adaptés, donc une augmentation du budget. »

Ils réclament des effectifs professionnels supplémentaires, un plan massif de recrutement, un financement national durable des SDIS, la modernisation du matériel et des investissements à la hauteur de ce qui nous attend. La Fédération nationale des sapeurs-pompiers estime à 10 000 le nombre de camions-citernes feux de forêt nécessaires, contre moins de 4 000 aujourd’hui.

Et puis, il faudra aussi une autre forêt. Plus tout à fait celle de mon enfance.

Dans notre prise de conscience collective, un cap a-t-il véritablement été franchi cet été 2026 ? Plus rien ne sera comme avant ? Ou allons-nous, une fois encore, passer à autre chose jusqu’au retour de l’« Ogre » ? Allons-nous nous habituer aux désordres climatiques, toujours plus fréquents, plus violents, plus proches de nous ? Ou agir enfin ?

Le prochain budget sera un rendez-vous de vérité et de responsabilité. Dans son premier rapport d’évaluation, en août 1990, le GIEC présentait déjà clairement les conséquences prévisibles d’un réchauffement climatique provoqué par l’activité humaine et l’accumulation des gaz à effet de serre. Il y était déjà question du risque d’aggravation des grands feux de forêt.

C’était il y a trente-six ans.

Depuis, aucun budget de la nation n’a pris cette question à bras-le-corps.

Napoléon, mythes… et actualités

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L'historien Thierry Lentz © Éditions Perrin / Bruno Klein

Sous la direction de Thierry Lentz et Charles-Éloi Vial, Les Mythes de Napoléon brosse le portrait de l’Empereur sous un angle inédit : les rêves, les mythes et les idées reçues qu’il a suscités toute sa vie, et bien après.


Encore un livre sur Napoléon ? Mais sur Napoléon, on a déjà presque tout dit et tout écrit, direz-vous !

« Presque » en effet. Et tout est dans ce « presque » qui laisse encore beaucoup d’occasions de visiter, revisiter et interpréter l’épopée napoléonienne, ses origines, ses dynamiques, son héritage. Si Napoléon, l’homme, constitue évidemment en tant que tel un sujet historique immense et passionnant, que dire alors de l’autre Napoléon, le mythe. Car autour de cette figure et de son œuvre se rattachent tout un imaginaire, véritable construction mentale faite de mythes, de rêves et d’idées reçues – des plus favorables aux plus sombres.

Deux experts incontournables

C’est à cette dimension que s’attaque Les Mythes de Napoléon. Sous l’impulsion de Thierry Lentz, ancien directeur de la Fondation Napoléon, et de Charles-Éloi Vial, conservateur au département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France, tous deux experts incontestables de cette période, l’ouvrage propose une relecture des grandes interrogations qui touchent à l’Empereur des Français. À travers dix-sept questions, aussi diverses que passionnantes, historiens et spécialistes analysent faits et contextes, espérances et conséquences…

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Au fil de l’étude de ces « mythes », se dégagent de nouvelles clés de lecture de l’épopée napoléonienne qui nous éloignent aussi bien des raccourcis faciles que des interprétations manichéennes ou partisanes en tout genre.

Conquête et conservation du pouvoir, occupation et organisation de l’Europe, stratégie militaire et ambition diplomatique, place de Dieu et de la religion dans la société, rétablissement de l’esclavage, statut de la femme… autant de thèmes qui permettent de mieux cerner le personnage de Napoléon, ses aspirations et la véritable dimension de son œuvre. Plus encore, ces réflexions sont l’occasion d’interroger nos propres conceptions tant leur pertinence semble parfois d’une extraordinaire actualité.

Ainsi, abordant la question européenne, Joseph Fiévée, préfet et conseiller de Napoléon, écrit : « On a des pensées européennes, on voudrait une politique européenne, on annonce ces désirs et ces prétentions sans se douter qu’on appelle l’ambition à tenter de réunir l’Europe sous une seule domination. » Une analyse qui trouverait sa place dans bien des débats sur la construction européenne actuelle !

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Lorsque l’Empereur déchu brosse le portrait du maître du Kremlin dans le Mémorial de Sainte-Hélène, il semble nous parler : « On doit s’en défier ; il est sans franchise ; c’est un vrai Grec du Bas-Empire […]. Il est fin, faux, adroit. » Napoléon n’est surement pas le dernier chef d’État français à s’être laissé séduire, et endormir, par les belles paroles venues du Grand Est…

Éternel

Plus inattendu, quand Napoléon aborde son « génie militaire », il nous livre une formidable leçon d’humilité pour notre temps. « Si je parais prêt à répondre à tout, à faire face à tout, c’est qu’avant de rien entreprendre, j’ai longtemps médité, j’ai prévu ce qui pourrait arriver. Ce n’est pas un génie qui me révèle tout à coup, en secret, ce que j’ai à dire ou à faire dans une circonstance inattendue pour les autres ; c’est ma réflexion. » Combien de nos contemporains, persuadés de leur génie, seraient inspirés de relire ces propos et de se souvenir que le talent n’exonère ni du travail ni de l’effort.

On pourrait s’étonner d’une telle pertinence des mythes napoléoniens… mais n’est-ce pas après tout le propre des mythes que d’être éternels ? Ils invitent chaque époque à en réinterroger la signification sans jamais perdre sa force et sa pertinence.

Les Mythes de Napoléon, sous la direction de Thierry Lentz et Charles-Éloi Vial, Perrin, 2026. 352 pages.

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🎙️ Podcast : Edouard Philippe, Fabien Roussel, Adèle Haenel et le 11 septembre

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Fabien Roussel ; Edouard Philippe D.R.

Avec Céline Pina et Jeremy Stubbs.


Une pression s’exerce actuellement sur les candidats présidentiels du centre et de la droite pour qu’ils se réunissent derrière Edouard Philippe. Bruno Retailleau et Gabriel Attal ont déjà rejeté la proposition du maire du Havre de former un comité. Le plus grand problème posé par un tel rassemblement, c’est qu’il ne serait fondé sur aucun vrai projet, mais uniquement sur l’idée de faire barrage contre une menace « d’extreme-droite » qui n’existe plus. La vraie menace « fasciste » se trouve plutôt à gauche, du côté de LFI. Et comme l’a dit David Lisnard, à quoi bon se réunir derrière des gens qui ont déjà échoué à la tête du pays? Gabriel Attal garde l’air d’un clone d’Emmanuel Macron. Bruno Retailleau, bien qu’il ait pris la mesure des vrais enjeux, ne décolle pas parce qu’il est handicapé par l’image de LR, toujours associée aux échecs du passé.

La journaliste Céline Pina © Bernard Martinez

L’incapacité gouvernementale se traduit en ce moment par le recours à des hypothèses de croissance pour le moins optimistes afin de construire le budget. Certes, cela relève d’une pratique devenue traditionnelle pour l’Etat français, mais c’est particulièrement grave au moment où l’économie risque de s’effondrer. Dans le contexte de la flambée des prix de l’énergie, on parle d’un retour possible des Gilets jaunes et des ronds-points occupés. Le candidat PCF à la présidentielle, Fabien Roussel, appelle à des manifestations géantes le 15 septembre et le 17 octobre, et veut voir le PDG de TotalEnergies traduit devant la justice. Il est évidemment motivé par le besoin d’exister face au candidat de LFI. A cette fin, il cherche à réveiller la vieille haine des riches qui dort dans le psyché français. Mesure-t-il combien il joue avec le feu?

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France Télévisions est l’objet de critiques, non de la droite, comme on aurait pu le supposer, mais de la gauche. Le replay de l’épisode de la Grande Librairie, d’Augustin Trapenard sur France 5, où Adèle Haenel fait un discours comparant l’invisibilisation des violences faites aux femmes avec celle d’un supposé « génocide » à Gaza, a été supprimé du site. Cela n’a pas empêché l’extrait de circuler largement sur les réseaux sociaux. Certains crient à la censure, mais le discours de l’ex-actrice devenue auteure a été tenu au moment où l’accusation de génocide contre Israël s’effondre, faute de preuves réelles. Il n’aurait pas dû être diffusé sans qu’un contradicteur n’y réponde. Cette accusation reste tenace parce que ces peoples militants s’y accrochent. Dans quelle mesure sont-ils conscients qu’elle représentent un appel à la haine à peine dissimulé?

La commémoration des attentats du 11 septembre, responsables de presque trois mille décès ce jour-là, est un événement solennel. Pendant que tous les autres présidents vivants, de George W. Bush qui était en fonction à cette époque, à Joe Biden, se réunissent sur le site des deux tours à New York, Donald Trump fait cavalier seul en se rendant au Pentagone. Pourtant, en France comme ailleurs, on a trop tendance à vouloir pleurer les morts sans rappeler le pourquoi de cet acte terroriste, sans parler du djihad et sans désigner les responsables. L’Occident a refusé d’apprendre la leçon du 11 septembre, qui est qu’il est menacé par une volonté de conquête.

Ecoutez les analyses de Céline Pina et Jeremy Stubbs dans notre nouveau podcast 👇

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Rentrée des médias: et le PAF devint ZAD

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La bande d'humoristes de Guillaume Meurice, "La dernière" sur Radio Nova.

La rentrée médiatique démarre sur les chapeaux de roues et ça nous promet de bien belles choses d’ici aux prochaines élections. Alors que la militante néoféministe Adèle Haenel suscite le malaise en faisant la tournée des plateaux pour son livre Viser juste, les journalistes des robinets d’info en continu, les humoristes de France Inter ou de Radio Nova et l’éditorialiste Patrick Cohen se pensent en ordre de bataille pour la présidentielle… Mais, une petite musique s’installe dans toutes les rédactions progressistes qui considèrent leurs médias comme des zones à défendre: et si le pluralisme était le nouveau synonyme de fascisme ?


Quentin Lafay a été la plume de l’ex-ministre de la Santé Marisol Touraine, puis celle d’Emmanuel Macron, avant d’être recruté, fin 2019, par France Culture. Il anime dorénavant, avec Eva Roque, qui écrit également pour Libération, la matinale du week-end sur France Inter. La Société des journalistes (SDJ) et les rédacteurs de France Inter n’ont pas protesté contre l’arrivée de ce jeune macroniste qui se qualifie lui-même de « socialiste tempéré ».

Ce matin du 4 septembre, Quentin Lafay recevait notre effrayant et belliciste ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. Celui-ci s’est dit « assez affligé » de voir Xénia Fedorova, expulsée du territoire français par ses soins, invitée à continuer de s’exprimer dans les médias Bolloré. La labellisation des chaînes d’info et des radios, si elle n’est pas encore officielle, est déjà inscrite dans l’esprit de M. Barrot. Sont autorisés : 1) BFMTV, propriété du richissime armateur Rodolphe Saadé présenté comme proche du président Macron ; 2 ) France Inter, radio progressiste affublée de valeurs républicaines au-dessus de tout soupçon et spécialisée dans la construction de barrages républicains, de fronts antifascistes et de cordons sanitaires tout ce qu’il y a de plus pluralistes ; 3 ) France Info, idem ; 4 ) LCI, chaîne d’info va-t-en-guerre où se relaient des experts géopolitiques et militaires et où l’invité permanent Thierry Breton ajoute une touche originale de pluralisme en insistant tout particulièrement sur la nécessité de contrôler les médias et les réseaux sociaux. Quant à CNews et Europe 1, placés sous la surveillance assidue de M. Barrot, de l’Arcom, de Conspiracy Watch, de Nathalie Loiseau, de Thierry Breton, de Patrick Cohen et de Libération, il semblerait que leur labellisation soit loin d’être acquise. 

Progressisme : ça sent le Sapin     

Pluralisme. Selon l’institut Thomas-More, sur les 73 chroniqueurs officiant sur France Inter, 67 sont classés à gauche. Tout allait donc bien jusqu’au jour où le journaliste Charles Sapin a été engagé par la radio pour une chronique dominicale d’à peine trois minutes. Aussitôt, la Société des journalistes (SDJ) a menacé de se mettre en grève. Il faut dire que Charles Sapin est passé par Le Point et Le Figaro avant de devenir le directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles. C’est grave, c’est très grave ! Vade retro satanas ! « France Inter continue sa descente idéologique vers les enfers », dixit L’Humanité. Heureusement, affirme le journal communiste, un humoriste dénommé Jessé a « évoqué avec talent » la triste décision de la direction de France Inter en suggérant la future présence de « néo-nazis » dans les studios de la Maison ronde. Et hop ! un petit point Godwin, ça manquait…

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Le député lfiste François Piquemal.

Gags et facéties se succèdent sur la radio publique. Ameziane, énième humoriste france-intérien, a comparé la tête du député RN Jean-Philippe Tanguy à celle d’un « rat qui se serait transformé en humain mais dont la mutation aurait été stoppée à 80 % ». Les chroniqueurs et les journalistes dans le studio ont ri de bon cœur. Il y a eu une petite polémique, vite étouffée dans l’œuf. Merwane Benlazar, autre comique de France Inter, a pris la défense de son collègue humoriste en expliquant qu’il ne fallait reculer devant aucune blague pouvant « perturber les fachos ». Interrogé sur Sud Radio, le député LFI François Piquemal considère de son côté que « c’est de l’humour » et que « cela fait partie de la liberté d’expression ». Il faut savoir que M. Piquemal est un aficionado de Radio Nova, qu’il défend et fréquente régulièrement. L’humour outrancièrement graveleux et ordurier ne lui fait donc pas peur. Ameziane semble par ailleurs avoir toutes les qualités requises pour finir un jour là où ont échoué Guillaume Meurice, Pierre-Emmanuel Barré et Aymeric Lompret, ex-trublions de France Inter. Cela dit, pourquoi changer de boutique ? L’humour france-intérien ressemble de plus en plus souvent aux bouffonneries sordides de la radio pigassienne.

On n’est pas bien, entre couilles ?

Sur Radio Nova, justement, la rentrée préfigure une saison chatoyante. La bande de Guillaume Meurice, de retour sur les ondes, a en effet reçu Victoire Tuaillon. Ce nom ne vous dit rien ? Victoire Tuaillon, après des études à Sciences Po, a opportunément créé en 2017 un podcast sur « les masculinités » au titre tranchant: Les Couilles sur la table. « La question des masculinités, quelque part, c’est comme celle de la blanchité : c’est interroger notre regard sur le monde en prenant conscience que ce regard n’est pas neutre. Le monde est si androcentré qu’on ne réalise pas forcément qu’on pense d’un point de vue masculin », déclara-t-elle alors aux Inrocks, quelques semaines avant de recevoir toute la fine fleur de l’intelligentsia gauchiste et woke, de Virginie Despentes à Alice Coffin, d’Édouard Louis à Paul B. Preciado, de Rokhaya Diallo à Éric Fassin. Sur Radio Nova, Mme Tuaillon a enfilé les perles et les lieux communs du déconstructivisme et du wokisme sur le patriarcat, la « culture du viol » et le masculinisme, et n’a pas eu de mots assez durs pour l’Éducation nationale et « ses professeurs eux-mêmes pétris d’une culture sexiste et raciste » – là, j’avoue, il fallait oser. Mais il y a mieux. Le pompon, c’est quand Victoire Tuaillon explique pour quelle raison elle a accepté, il y a maintenant deux ans, de confronter ses idées sur l’amour à celles de Noémie Halioua dans l’émission Répliques d’Alain Finkielkraut : « J’y suis allée parce que, en fait, France Culture, c’est une radio qui est payée par nos impôts, par l’argent public, donc je ne vois pas pourquoi on laisserait des espaces à l’extrême droite. » Le problème, c’est que les seuls qui lui ont reproché d’être allée se colleter avec « l’extrême droite » sur la radio publique sont justement ceux qui partagent ses opinions. Il fut rappelé dans ces colonnes[1] les remarques acerbes que subit Victoire Tuaillon après cette émission, remarques qui vinrent de son propre camp – l’ultra-gauche et Libération en tête qui lui reprocha, outre une photo forcément compromettante avec ce « réactionnaire raciste et misogyne » d’Alain Finkielkraut, sa blanchité et son hétérosexualité. Les wokistes sont tellement bêtes que c’est un bonheur de les voir s’automutiler et s’entredéchirer en utilisant leurs propres machettes idéologiques.


Islamo-gauchisme : ta carrière n’est pas morte, Adèle!

Le 3 septembre, sur Radio Nova toujours, Azzeddine Ahmed-Chaouch et Emma Razafimahefa recevaient l’ex-actrice Adèle Haenel. Un grand moment de néant ! Le regard vide, la voix monocorde, la militante d’extrême gauche a ânonné pendant trente minutes des lambeaux de phrases desquels émergèrent dans le plus grand désordre les expressions les plus plates et les plus convenues des lexiques insoumis et wokes. À la question de savoir ce qu’elle attend pour 2027, Adèle Haenel répond : « Franchement, j’espère que Mélenchon y sera élu, quoi, ça c’est clair ! Parce que ce sera le début de la lutte, ça c’est clair ! » Ce sera la plus brillante intervention de la militante insoumise. Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes ont exprimé leur inquiétude et reproché aux deux journalistes de ne pas avoir abrégé la souffrance de leur invitée, ainsi que celle des auditeurs, en arrêtant net un entretien pénible faisant ressortir l’état de délabrement intellectuel de cette militante d’extrême gauche visiblement au bout du rouleau.

Carte blanche pour idées rouges : Adèle Haenel le 9 septembre sur le plateau de France 5. La direction de France TV a préféré supprimer la vidéo en replay où la militante évoquait la Palestine, estimant l’absence de contradiction pendant la séquence problématique. Capture.

Retour à France Inter. La station compte à ce jour 27 humoristes qui sont en réalité 27 militants politiques sortant tous du même moule woke, gauchiste et écologiste – ce qui amoindrit inévitablement la portée drolatique de leurs interventions. Sous le regard énamouré de Daniel Morin et les rires automatiques de ses comparses, Fiona Gianilla, la dernière et jeune recrue de la radio publique, a récemment amusé la galerie en avouant adorer pleurer dans l’avion : « Pleurer dans l’avion, c’est incroyable ! J’aime trop ça ! J’aime autant ça que les gens âgés aiment fixer les gens trans ! » Ce n’est pas drôle, mais cela permet de montrer tout à la fois sa détestation des vieux supposément réactionnaires et forcément transphobes, son adhésion aux revendications de la communauté LGBTiste et, donc, son appartenance au camp du bien. Quelques secondes plus tard, Mme Gianilla expliquera avoir des remords parce qu’elle prend régulièrement l’avion et que « ça pollue ». Mais, ajoutera-t-elle aussitôt, « pour l’environnement j’ai déjà fait ma part : j’ai avorté. » Ce n’est toujours pas drôle, mais cela permet cette fois de montrer son allégeance à l’écologie punitive et au féminisme le plus sinistre. Mme Gianilla confirme que les mauvais sketchs des humoristes france-intériens n’ont pas pour objectif de faire rire l’auditoire mais celui de lui faire la morale et de lui enseigner le catéchisme woke. Dans le studio, gloussements de connivence et ricanements mécaniques sont autant de signes de reconnaissance entre initiés et autres évangélisateurs du camp du bien. Faut vous dire, Monsieur, que chez ces gens-là, on ne rit pas, Monsieur, on ne rit pas – on prêche.

La révolte du résistant Sylvain Bourmeau

Sylvain Bourmeau.

Sylvain Bourmeau, ancien journaliste et directeur adjoint de Libération, a officié pendant vingt-sept ans sur France Culture, radio dont la direction a décidé de ne pas reconduire son émission La Suite dans les idées. Son dernier livre, paru aux éditions d’extrême gauche La Découverte, s’intitule Ils ne sont pas d’extrême droite, ils font l’extrême droite. Qui sont ces affreux « ils » qui font le lit des fachos ? Tous les médias, d’après Bourmeau, et en particulier Le Monde et… France Culture ! La thèse tient en une phrase : le pluralisme n’est qu’un confusionnisme au service du fascisme. C’est une thèse très à la mode en ce moment. M. Bourmeau l’étire et la pétrit jusqu’à mécontenter Libération qui pense que son laborieux ouvrage est « un brin excessif et donneur de leçon ». Faut dire que… selon M. Bourmeau, trop d’opinions contradictoires et une trop faible adhésion aux programmes progressistes créent de la confusion et alimentent une cacophonie politique qui profite à l’extrême droite. Ainsi reproche-t-il à France Culture d’avoir invité Renaud Camus à plusieurs reprises il y a… quinze ans, et au Monde de n’avoir pas suffisamment soutenu le Nouveau Front populaire lors des législatives de 2024. M. Bourmeau semble partager avec M. de Lagasnerie l’idée selon laquelle le débat médiatique ne peut finalement que légitimer les idées réactionnaires. Le mieux serait donc d’éviter le débat, source de « confusion méthodiquement recherchée pour faire en sorte que les gens n’aient plus de repères », surtout les repères socialistes ou écologistes : le camarade Bourmov, comme l’appelle malicieusement l’écrivain Pierre Jourde, évoque en tremblant le temps où des « médias organisaient des débats entre scientifiques et climatosceptiques avec le sentiment sincère de bien faire leur travail ». Heureusement, ce temps est révolu. Toutefois, regrette M. Bourmeau sur France Inter, dans l’émission Zoom Zoom Zen de Matthieu Noël qui ne pouvait manquer de faire la publicité de cet ouvrage indispensable pour comprendre les fourberies réactionnaires, il y a encore des débats sur « le concept de “grand remplacement”, alors que tous les scientifiques s’accordent pour dire que c’est n’importe quoi, que cela ne correspond à aucune réalité observable ». Avertissement : la langue utilisée par M. Bourmeau pour écrire sa brochure relève du registre galimatias conceptuel, registre qui permet de noyer le poisson idéologique et d’occulter le véritable propos de l’auteur, propos que nous pouvons résumer ainsi : le pluralisme, c’est mieux quand il n’y a qu’une seule idéologie à la manœuvre, quand on débat uniquement entre gens de gauche culturellement au-dessus de la plèbe réactionnaire et qu’on peut ainsi développer les raisonnements les plus totalitaires sous couvert de défendre la démocratie, le progrès, l’égalité et toutes ces sortes de choses. M. Bourmeau ne supporte pas de voir le magistère moral de la gauche s’étioler. Il en éprouve une certaine aigreur ; il est parfois difficile de se confronter à la réalité. D’où, peut-être, la nécessité de s’évader et de se réfugier dans l’écriture. Un de ses anciens et facétieux camarades de France Culture lui aurait à ce propos suggéré un autre titre pour son essai : La Fuite dans les idées. Oh ! le vilain.

A lire aussi, éditorial: Liberté, liberté cherra

Dernières nouvelles de France Inter. 10 septembre 2026. L’éditorial politique de Patrick Cohen confirme l’analyse et les craintes de Charles Rojzman exprimées dans ces colonnes[2]. Le journaliste qui, on s’en souvient, avait minimisé les faits et inversé l’accusation de racisme pour l’affaire de Crépol, s’est jeté sur celle de Carcassonne comme un goinfre sur une pâtisserie dégoulinante. Il faut dire qu’il attendait ça depuis longtemps. Un enregistrement dans lequel les policiers municipaux d’une mairie dirigée par le RN vomissent toute leur bile raciste, misogyne et homophobe, quelle aubaine ! De là à essentialiser le personnel politique et les électeurs du RN, il n’y avait qu’un pas que Patrick Cohen n’a pas hésité à franchir. Dans un « pays qui s’apprête à voter à l’extrême droite », l’éditorialiste tire la sonnette d’alarme : « Combien sont-ils à se nourrir de haine et à partager leurs remugles, tranquillement, une fois les portes fermées et les volets clos ? » Cet enregistrement décrit, selon lui, un « écosystème idéologique dont il est difficile de croire à la marginalité » et qui alimente « la violence, la stigmatisation, la polarisation, le mépris de l’autre, la déshumanisation, le rejet de toute différence, tout ce qui dégueule sur les réseaux sociaux et se répand sur certains écrans de chaîne info (devinez laquelle !)». À huit mois des élections présidentielles, l’éditorialiste est content de lui : il a construit, pense-t-il sûrement, de solides fondations au barrage républicain qu’il appelle d’ores et déjà de ses vœux. Patrick Cohen croit-il vraiment que c’est en les rabaissant et en les insultant, que les millions d’électeurs s’apprêtant à voter pour Marine Le Pen vont retourner au bercail, dans le giron d’une caste politico-médiatique qui les méprise et les a conduits, eux et leur pays, à la ruine ? S’il le pense réellement, il est de notre devoir de lui dire qu’il se met le micro dans l’œil…

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[1] Sur le site de Causeur : Pierre Cormary, Il faut sauver la soldate Tuaillon, 7 mars 2024.

[2] Sur le site de Causeur : L’Affaire de Carcassonne et le mensonge antiraciste, 10 sept. 2026.