Généraux et diplomates à la retraite ne boudent pas leur plaisir sur les plateaux de télé en se déchaînant contre la façon dont est menée l’offensive israélo-américaine en Iran : ils ne respectent pas les règles, ils ne mesurent pas les risques. Heureusement, les réalités de la guerre n’attendent pas leur validation cathodique.
On en vient presque à regretter les médecins télévisuels du bon vieux temps du Covid. Ah, le fantasque docteur Raoult, mage de la Canebière, le beau gosse Martin Blachier, par qui les dames rêvaient d’être auscultées, le prudent et sérieux Juvet, Véran le spécialiste mondial des masques, comme ils nous amusaient et nous terrifiaient dans leur petit théâtre de chaque soir ! Enfermistes contre libérateurs, provax contre antivax, accusateurs de chauves-souris contre dénonciateurs de labos chinois, que de beaux débats ! Au moins ces médecins étaient-ils en activité, ils luttaient dans le présent le plus immédiatement présent et n’avaient pas besoin de rappeler sans cesse les hauts faits de leur passé.
Diplomates et généraux sont en parfaite capacité de dire des bêtises
Les temps guerriers que nous vivons avec la guerre d’Ukraine et celle d’Iran ont amené sur le devant de la scène cathodique deux corporations très bavardes, et qui oublient trop souvent de tourner leur langue avant de parler : les diplomates et les généraux retraités. Les uns et les autres ont passé leur carrière à s’occuper de problèmes majeurs, souvent internationaux, ce qui a pu leur donner une vision exagérée de leur importance. Mais leur fonction les obligeait au silence, ce que l’on appelle dans leur cas le devoir de réserve, puisque dans une démocratie ce sont les dirigeants élus qui déclarent et décident. Quand sonne l’heure de la retraite, diplomates et généraux retrouvent leur liberté de parole. La tentation est grande d’ouvrir la bonde des ressentiments, des souvenirs amers, des « moi j’aurais fait autrement, mais on ne m’a pas écouté ». Ces gens-là sont experts de leur propre passé, ils pensent le présent avec les lunettes de leurs années de service. Le monde a très vite changé sans qu’ils le comprennent toujours, ils croient que l’histoire reproduit toujours des configurations qui ont déjà eu lieu, alors qu’elle ne crée que de la surprise. De tout cela il résulte qu’ils sont en parfaite capacité de dire des bêtises.
J’ai déjà souligné sur le site de Causeur l’aversion des généraux pour la prise de risque. On ouvre le capot, comme le dit souvent le journaliste-vedette de CNews, et on découvre une corporation obsédée par les règlements, les traditions, les principes, le ce qui se fait ou ce qui ne se fait pas. La créativité n’est pas leur fort : Bonaparte au pont d’Arcole aurait été critiqué pour son aventurisme débridé, le danger où il mettait ses compagnons d’armes, et le risque d’augmentation du prix des spaghettis que cette guerre d’Italie faisait courir à la France.
A lire aussi : Bons baisers d’Iran!
L’autre corporation de retraités prisonniers de leur passé est celle des diplomates. Pour mieux les comprendre, faisons un focus sur le plus médiatique d’entre eux, Gérard Araud (moi aussi, je peux parler à la mode). Une belle carrière, ma foi, qui l’a fait ambassadeur à Tel-Aviv, « pas à Jérusalem », tient-il à préciser, puisque la France ne reconnaît pas la judéité de la ville de Salomon et Jésus-Christ, puis propulsé à Washington. Intéressant problème psychologique : il se déchaîne quotidiennement contre Israël et les États-Unis. Contre ces pays il avait d’ailleurs écorné son devoir de réserve : encore ambassadeur à Washington, il déplorait dans deux tweets l’élection de Donald Trump. En 2017, il déclarait qu’« Israël est un État d’apartheid », ce qui ne l’a pas empêché, plus tard, de fricoter avec le NSO Group, entreprise de high-tech israélienne qui a participé à Pegasus. Cela lui a valu une retenue de 5 000 euros sur sa retraite pour « intelligence avec une puissance étrangère ».
Depuis le 28 février, il apparaît souvent dans « Quotidien » et d’autres médias où il reprend toutes les antiennes des opposants à l’intervention américano-israélienne. Il s’y trouve toujours en accord avec les opinions ardemment pacifistes des surprenants généraux français. J’espère de tout cœur pour l’honneur de mon pays qu’on ne découvrira pas un jour que l’Iran des mollahs envoyait du beurre par colissimo pour les épinards de nombreux Français.
L’Histoire n’est pas faite par les pisse-vinaigre
Le 3 mars 2026, chez Yann Barthès, Araud critique, comme presque tout le monde, l’absence de buts de guerre clairement définis par l’Amérique. La corporation des contrôleurs de buts de guerre me fait beaucoup rire. « Mais enfin, monsieur Jules César, qu’allez-vous faire en Gaule ? Gagner beaucoup d’argent en captifs et butin ? Conquérir le pays, mais jusqu’où ? La Gaule Belgique, l’île de Bretagne ? Tout cela n’est pas clair du tout ! » aurait dit le Araud de l’époque. Les hommes d’action foncent à l’instinct, ils ramassent ce qu’ils pourront, ils avancent et la caravane aboiera.
Autre ritournelle, il accuse Trump d’avoir poussé les Iraniens dans la rue en leur disant qu’il venait à leur secours. Faux. Les manifestations antimollahs avaient commencé bien avant que Trump flaire le kairos, le petit dieu du moment opportun. C’est vrai que ce fut une erreur de leur annoncer une rescousse rapide. J’ai remarqué que les personnes charismatiques avaient tendance à répandre leur enthousiasme, à féliciter chaudement tout le monde, à tout euphoriser. L’Histoire n’est pas faite par les pisse-vinaigre.
A lire aussi : Le dindon de la Perse?
Je vous épargne les autres horreurs araudiennes, comme « ce pays est vérolé en termes de renseignement », qui assimile le génial Mossad à une maladie vénérienne. Je vous épargne le « malheureux Venezuela » qui grâce à l’habileté de la politique américaine va redécouvrir le charme de manger à sa faim et de ne pas aller en prison chaque fois qu’on dit du mal du gouvernement. 99 % des Cubains doivent chaque jour prier pour subir le sort du « malheureux Venezuela ». Gérard Araud est de gauche, et « la gauche s’est toujours trompée sur tout », comme dit le journaliste-vedette dont je parlais. Donc Monsieur Araud continuera à se tromper.
Alors que Vladimir Poutine réinvente en Ukraine la guerre-boucherie style Verdun, Israël invente peut-être en Iran la guerre du futur. Ce 16 mars au soir, LCI a passé une vidéo de Netanyahou montrant à l’ambassadeur américain une liste des prochaines exécutions ciblées qui frapperont les tortionnaires iraniens. Je dis bien « exécutions » et non « assassinat ». La vierge effarouchée de service ce soir-là était Gallagher Fenwick, le plus antiaméricain des journalistes franco-américains vivant en France. Il a trouvé cette vidéo « glaçante », je la trouve géniale. Si les Israéliens perfectionnaient cette façon chirurgicale de faire la guerre et que leur exemple était suivi, on pourrait assister à des conflits dont les seules victimes seraient les fauteurs de guerre, autrement dit les élites politiques et militaires des pays belligérants. On se prend à rêver de guerres où comme dans les westerns, seuls les méchants meurent. En attendant, Araud et ses comparses aboient, Tsahal passe.




