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Putain de loi!

Prostitution : la loi qui autorise sans permettre a 10 ans


Putain de loi!
Image d'illustration Unsplash.

Féminisme punitif, résultats décoratifs. La loi anti-prostitution qui criminalise les clients 10 ans. Elisabeth Lévy est revenue sur cette loi liberticide dans sa chronique radio. Nous vous proposons de l’écouter.


La loi qui pénalise le recours à la prostitution a dix ans. Une des lois les plus stupides votées par le Parlement qui, dopé aux bons sentiments, a d’un même élan supprimé le délit de racolage — donc autorisé la prostitution, parce que les prostituées sont des victimes — et interdit de recourir à leurs services. Comme si les boulangers étaient autorisés à vendre du pain, mais qu’il était interdit de l’acheter.

Ses promoteurs se réjouissent : en dix ans, 11 000 malheureux ont été verbalisés, dont près de 60 % à Paris. 2 000 personnes ont bénéficié du parcours de sortie de la prostitution. Des résultats dérisoires par rapport à l’ampleur du phénomène — 30 000 à 40 000 prostituées qui, grâce à Internet, échappent à la police et se retrouvent souvent plus isolées et vulnérables. De toute façon, cette loi n’était en réalité pas faite pour améliorer le sort des prostituées, mais pour passer à la télé avec son grand cœur et son féminisme punitif en bandoulière.

Certes, mais l’ambition abolitionniste de la France est légitime, non, me dit-on toujours ? NON. L’impératif, c’est de lutter contre le proxénétisme, la traite et les violences. Or l’exploitation, notamment celle des mineures, s’aggrave avec le phénomène des proxénètes des cités, souvent de petits dealers en quête de diversification et à peine plus âgés que leurs victimes.

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Pour les personnes (hommes ou femmes) qui se prostituent librement, parce qu’elles préfèrent faire ça plutôt que d’être caissière de supermarché ou instit, l’objectif de cette loi de 2016 est liberticide et paternaliste.

Si la prostitution a toujours existé, partout, c’est qu’elle répond à une demande sociale. Elle a sauvé le mariage bourgeois. Relisez Balzac !

Une prostituée ne vend pas son corps, comme on le dit tout le temps, mais un service. Cette condamnation cache un puritanisme de fer. Le corps (surtout celui de la femme) serait un temple qu’on ne doit pénétrer qu’avec crainte et amour. Pour certaines femmes, la sexualité n’est pas un sacrement, mais une pratique certes plus ou moins plaisante, qui n’a rien d’humiliant ni, d’ailleurs, d’engageant.

Selon les dames patronnesses (des deux sexes), on ne se prostitue jamais librement. Qui les autorise à juger de la liberté des autres ? Et toi, bécasse, quand tu es amoureuse à l’œil, es-tu libre ? Acheter, c’est imposer, dit la loi. Ah bon ? Ça sort d’où, cette ineptie ? Ces obsédés par la vertu des autres devraient lire les Mémoires de la prostituée suisse Grisélidis Réal, qui raconte que c’est elle qui dominait ses clients, pas l’inverse. Elles commencent ainsi : « Se prostituer est un acte révolutionnaire… »


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale.



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Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur CNews, Sud Radio... Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

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