Scénario médiocre et histoire ridicule, Mi amor, signé Guillaume Nicloux, est une production dont, ni le jeu d’acteurs, ni les effets visuels, ne parviennent à faire oublier la nature bizarre de l’ensemble.

Romy, jeune mère célibataire d’un adolescent, mais affectée d’un lourd passif affectif et social – Mi amor vous en distillera le détail par bribes tout au long, sans grande adresse scénaristique – exerce le métier de DJ. Elle profite d’une invitation à se produire dans une boîte aux Canaries pour changer d’air, et invite Chloé (Freya Mavor), sa meilleure amie, à l’accompagner dans ce séjour censé joindre l’utile à l’agréable. On leur prêterait volontiers quelques inclinations saphiques, tant les deux filles jouent à se câliner – mais non : contre toute apparence, elles en pincent pour la gent masculine, surtout Chloé, la libido aux aguets. Dans le rôle de Romy, l’actrice aux yeux bridés Pom Klementieff, native du Québec, qu’on a pu apprécier dans les deux derniers volets de Mission : Impossible.
Le règne de l’étrange et de l’invraisemblable
C’est peu dire que rien ici non plus n’est impossible. Une étrangeté délibérée affecte jusqu’au chromatisme du paysage : ainsi les palmiers, privés de leur vert naturel par un artifice de l’image, présentent-ils dans ce film un feuillage orangé (la dimension insolite s’engouffrant sans finesse dans ce procédé un peu gratuit). Romy et Chloé font des rencontres, également frappées d’une inquiétante bizarrerie.
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Une nuit de fête passée dans la boîte locale, le Caserio, changera la donne : le matin, Chloé n’est pas rentrée à l’hôtel ; son smartphone reste indéfiniment sur boîte vocale ; Romy commence à se faire du mouron. S’enchaînent les événements suspects : dans la piaule, la valise de Chloé s’est volatilisée, ses fringues également ; Romy se fait voler pognon, CB et passeport, dans le sac qu’elle avait (fort imprudemment) emporté sur la plage. Etc. etc. La police du bled, en la personne d’une jeune inspectrice à la politesse glaciale, ne manifeste aucune bonne volonté pour aider la jeune femme de plus en plus égarée, et enquêter sur l’évanouissement incompréhensible de Chloé.
Seul gars à l’écoute des angoisses de Romy, Vincent, lequel s’avère être le boss du Caserio, par ailleurs lui-même en bisbille avec les mafieux du coin qui, sous la menace, veulent s’emparer à vil prix de son business – sous-intrigue un peu vaine, tout comme celle, en arrière-plan, centrée sur la mère de Romy, laquelle, se sachant à l’article de la mort mais dans le couloir d’un protocole de soins, attend avec son petit-fils adolescent le retour au foyer de sa fille chérie, en espérant ne pas clamser avant…

Benoît Magimel endosse une corpulence nouvelle
Écoulé le premier tiers de Mi amor apparaît donc à l’écran, enfin, le secourable Vincent, campé par un Benoît Magimel qui, dans l’histoire, se faisait décidément beaucoup attendre. Désormais cinquantenaire et de film en film plus méconnaissable, l’ex-jeune premier assume ici très manifestement, et sa bouffissure huilée de graisse, et ses traits bistrés lourds d’une sourde fatigue, et le poivre et sel de sa barbe négligée, et les besicles de bidochon à monture dorées dont il s’affuble pour cet emploi, l’abdomen comprimé dans une chemisette à motifs tropicaux…
La physionomie ravagée par cette corpulence vaguement pathétique, notre Magimel national, toujours aussi talentueux malgré tout, ne parvient pas à sauver Mi Amor de la platitude et de l’invraisemblance crasse dans lequel patauge ce drame tirant vers un fantastique laborieux. Propre à un certain cinéma français d’aujourd’hui, hélas, la paresse scénaristique (et dialoguiste) s’y donne des aises : répliques téléphonées, d’une pauvreté consternante ; suspense d’avance éventé par le fait que le spectateur ne cesse d’anticiper la probabilité de l’épisode suivant, qui hélas se vérifie (incluse l’idylle naissante entre Romy et Vincent).
Toute aussi prévisible se fera la montée, par paliers, d’un déchaînement sanguinaire au dénouement sacrificiel, où la secte de tueurs polyglottes et cinglés qui sévissait sous couvert de gestion d’un parc à crocodiles se voit immolée au grand complet… ou presque, histoire de vous donner encore le frisson à l’épilogue – le titre même du film jouant sur l’assonance Mi amor/ Mise à mort. Signé du duo Irène Drésel et Sizo del Givry, un térébrant nappage musical vous vrille les tympans du début à la fin sans discontinuer, tandis que l’objectif se colle en permanence, telle une ventouse, sur les mines des protagonistes, dans un chromatisme artificiellement saturé.
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Guillaume Nicloux, cinéaste touche à tout, nourrit de longue date une appétence manifeste, voire une fascination ambiguë pour les marges de la société, la baston et la filouterie – cf. le film d’horreur La Tour (2023), mais également Les rois de l’arnaque (2021), documentaire assez stupéfiant, il faut le reconnaître, qui ne craint pas d’héroïser son personnage central, Marco Mouchy, lequel, volubile, hâbleur, mythomane, cabotine pitoyablement à l’écran, sans honte ni remord, après des années de taule bien méritées. Pour mémoire, c’est ce truand analphabète qui, avec Arnaud Mimran et Gregory Zaoui, avait ourdi la monstrueuse fraude à la TVA sur la taxe carbone – des milliards partis en fumée.
Commande Netflix, le long métrage est toujours visionnable à la demande sur la plateforme. Il semblerait également que France TV se saisisse de l’opportunité de la sortie de Mi Amor dans les salles obscures pour rediffuser bientôt Les Rives du Fleuve (2024), téléfilm tiré du livre de Victor Castanet Les Fossoyeurs, sur les dérives morbides en EHPAD. Chez Nicloux, l’imposture et la mort ne sont jamais loin.
Mi amor. Un film de Guillaume Nicloux. Avec Pom Klementieff et Benoît Magimel, 2026. Durée : 1h53.
En salles le 6 mai 2026.




