En déplacement hier dans l’Allier (notre photo), le président Macron a annoncé vouloir lever les blocages administratifs de 150 projets industriels, qu’il qualifie de «150 cathédrales industrielles». Alors que le pays peine à se réindustrialiser et que «la Chine fait du dumping et nous casse», la limitation des contentieux et le raccourcissement des délais d’autorisation sont primordiaux. Mais pourquoi n’applique-t-on pas cette méthode en permanence? se demande Élisabeth Lévy dans sa chronique matinale. Nous vous proposons de l’écouter.
Pour réindustrialiser la France, Emmanuel Macron préconise la méthode Notre-Dame. Alléluia ! Le président de la République a été touché par la grâce. Un an avant la fin de son second mandat, il découvre que l’empilement de normes, règlements, contrôles et autres interdictions décourage l’initiative, pénalise les entrepreneurs et transforme n’importe quel projet en gymkhana administratif.
Il veut donc que 150 projets industriels soient traités avec la méthode Notre-Dame/Jeux Olympiques, autrement dit par un régime d’exception : procédures accélérées, délais d’autorisations et de permis raccourcis, limitations des contentieux. Plus une simplification du code de l’environnement qui, apprend-on, a triplé de volume depuis le début des années 2000. Bref, « tout ce qui peut renchérir le coût d’un projet industriel ou empêcher sa réalisation, doit être évité ».
A lire aussi: Néolibéralisme: pourquoi tant de haine?
Evidemment, tout le monde applaudit. Mais si on raisonne a contrario, cela signifie donc que jusque-là, ce qui pouvait renchérir ou interdire un projet industriel avait cours et qu’on ne pouvait rien y faire. C’est tout de même désespérant : le président Macron reconnait que toutes ces contraintes ne sont absolument pas nécessaires, autrement dit que l’Etat veille au respect de règles dont la légitimité n’est nullement démontrée sinon pour faire prospérer l’armée de technocrates chargée de veiller à leur application – avec l’appareil de contrôle et de sanctions que cela suppose.
En ce cas, pourquoi avoir attendu si longtemps pour s’en débarrasser ? Il y a trois réponses à avancer :
- D’abord, je le répète, ces normes justifient l’existence des fonctionnaires chargés de les faire appliquer ;
- Ensuite, le principe de précaution interdit aux agents économiques, en particulier publics, de prendre le moindre risque – nous sommes les rois de l’usine à gaz et de l’ouverture de parapluies ;
- Enfin, une grande partie de ces normes sont le fruit d’un lobbying intense d’ONG et de diverses associations présentées comme « expertes » et auxquelles personne n’ose jamais dire non.
A lire aussi: David Lisnard broie du lourd
Pour en finir avec ce mal français numéro un de la surrèglementation et suradministration, il faut détricoter ou neutraliser ce que le Parlement et le gouvernement ont fait depuis tant d’années. Cela demande par ailleurs une chose inédite et assez compliquée à obtenir en France: faire confiance aux acteurs économiques au lieu de leur mettre des bâtons dans les roues. Bref, l’exception doit devenir la règle. Mais ne vous inquiétez pas : on peut compter sur les syndicats, les associations et les ONG pour expliquer bruyamment que cette volonté de simplification est le cheval de Troie de l’ultralibéralisme ! Ce qui me fait toujours rire, dans un pays qui redistribue 54% de son PIB. Beaucoup trop de gens et d’institutions considèrent que la justice sociale consiste à emmerder les Français. Surtout quand ils sont entrepreneurs.
Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio
Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale




