Le ministre de l’Éducation nationale entend se montrer intransigeant sur l’orthographe au brevet pour enrayer la baisse dramatique du niveau scolaire. Face à ce sujet brûlant et à cette mesure inédite, des enseignants et les fameux «linguistes atterrés» s’indignent. Mais beaucoup de citoyens français veulent pourtant y voir un peu d’espoir. Une hallucination collective?
Certains parlent de Bérézina, d’autres de niveau alarmant. Quoi qu’il en soit selon les régions, le constat est partagé : le niveau de langue des écoliers et lycéens de France et de Navarre, devenu préoccupant, compromet l’avenir de tous. Aussi le ministre de l’Education nationale, Edouard Geffray, dans le BO du 7 mai et dans une interview au Figaro, vient-il de rappeler l’importance, aux examens, de l’expression écrite, et envoyer, aux professeurs, une circulaire leur demandant de prendre en compte dans leur notation, « la qualité rédactionnelle » d’une copie, à savoir l’orthographe, la grammaire et la syntaxe. Réactions diverses des intéressés. Le seul mot d’orthographe en a « stressé » plus d’un. D’autres se sont inquiétés d’un barème les pénalisant juste avant les examens même si beaucoup voyaient l’importance de l’écrit et ne comptaient pas sur l’IA. Les professeurs, eux, se sont un peu cabrés : comme si l’orthographe et la grammaire n’avaient pas toujours été leur beau souci ! Le langage du ministre était non discriminant : « qualité rédactionnelle », « lisibilité du propos », « dimension orthographique », « traquer les erreurs. » La circulaire incluait également le bannissement du portable et promouvait la courtoisie entre garçons et filles. Le tout sous le signe de l’exigence. Désormais, la langue et le raisonnement scientifique primeraient aux examens et dans l’enseignement.
Heures les plus sombres
D’aucuns de s’inquiéter. Quel était ce retour en arrière ? Serait-on revenu aux heures les plus sombres de l’école de Jules Ferry ? A la dictée journalière, la blouse et le calcul mental ? Les « linguistes atterrés » ne nous avaient-ils pas pourtant affirmé, il y a peu : « Le français va très bien ! Merci pour lui ! » Et notre langue n’était-elle pas devenue, enfin, accueillante à tous et toutes : sabir des banlieues, globish, patois divers et variés, borborygmes ? Le français, créatif ? Quelle illusion ! Jugez plutôt.
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Cette année 2026, la Grande dictée est revenue, au Grand Palais, sous la férule d’Augustin Trappenard, avec ses trois « niveaux ». La dictée : cette passion française inavouable, « cette célébration de notre magnifique langue », honnie des éveillés et des esprits distingués ! Et certains, à la différence des exaltés des pupitres, de revivre leur enfance écolière: la hantise des « fautes » cerclées de rouge. La torture des accords du PP, farfelus, aléatoires et mortifères, des doubles consonnes assassines, des circonflexes élitistes. Tout un passé douloureux remontait à l’esprit et au cœur de beaucoup. Que de rancœurs ! Avait-on jamais vu langue aussi compliquée que la nôtre ? Avec son étymologie, ses accents, ses accords venus de nulle part ? Ses modes et ses temps à n’en plus finir ? Ses exceptions pour tout ? Et sa syntaxe ! Et ce vocabulaire ? Qu’avait-on besoin de dire et écrire quand on peut communiquer, en un clic bien appuyé, avec un SMS ! Ah! le discours direct et indirect ! Et l’indirect libre : un comble ! Et l’ironie ! Pourquoi des adjectifs quand tout est super et ouaouh ! Et d’abord, pourquoi notre langue n’est-elle pas phonétique comme l’italien ? Et à présent, c’est le retour des « fautes » d’orthographe ?! On hallucine ! N’ayons crainte : tout finit toujours bien. Chaque année scolaire bat son record de bacheliers.
Amour et rigueur
Heureusement que Mélenchon veille au grain et nous concocte une fricassée de langues aux petits oignons ! Car « le français », ça n’existe plus ! Né dans le bassin du fleuve Congo, langue d’une Europe dominatrice, de la diplomatie et du Vatican, « le français », c’était, jadis, la langue des blancs racistes, de Molière et de l’Académie. Ce temps est révolu : l’avenir est désormais au métissage. Alors, du balai ! Comment ? Par un nouveau baptême ! Et pas besoin de Clovis ! Suffit de dire que feu la langue française, c’est « la langue créole » qui a grandi à l’oral, ici et là, par-ci, par-là, et continue de prospérer — avec quelle richesse ! — là et ici, partout. Plus de langue dominante et jacobine ! Fini Villers-Cotterêts ! A Nouvelle France, nouvelle langue !
Il faut que les candidats aux élections s’emparent du problème politique que pose notre langue française, laquelle fit, toujours au prix de combats, l’unité de notre pays. La grande cause nationale du quinquennat à venir, c’est elle, avec l’école. Difficile ? Impossible ? Que personne ne prétende à la fonction suprême s’il ne sait faire ce que fit Charlemagne en son temps. Et Jules Ferry, dans le sien, dont la tâche fut loin d’être facile. Le programme est simple : lire, écrire, compter « en français et non autrement ». Car du haut en bas du pays et de l’échelle sociale, c’est la même langue qu’on parle. Cette langue française, accueillante plus que tout autre à une autre langue et qui n’a jamais empêché quiconque de s’exprimer en basque ou breton, arabe ou persan ou mahorais — il faut l’aimer, la parler, l’écrire, l’enseigner, à l’école de la République, avec amour et rigueur.
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