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2027: pourquoi tout le monde se croit présidentiable

La grande illusion présidentielle


2027: pourquoi tout le monde se croit présidentiable
Emmanuel Macron, président de la République lors d'une déclaration à la presse, le 21 avril 2026 à l'Elysee. Candidat, il avait donné l'impression que la jeunesse est un atout dans l'élection présidentielle © Eric TSCHAEN-POOL/SIPA

Alors que le maire de Saint-Denis (93) Bally Bagayoko affirme qu’une insurrection populaire en cas de victoire du RN à la présidentielle n’est pas à exclure («Soit c’est nous, soit c’est eux»), tout le monde se pense légitime pour accéder à l’Elysée. Selon Le Monde, alors que LFI et le RN bénéficient d’une « prime à la clarté dans l’opinion », la multiplication des candidatures ailleurs affaiblit les partis de gouvernement et entretient une « précampagne présidentielle confuse ».


Bien sûr il y a, dans la sphère officielle, une multitude d’espérances et d’ambitions pour 2027, dont presque toutes seront déçues, puisque la vie démocratique et la campagne électorale n’en retiendront que deux à l’issue du premier tour, pour élire notre président lors du second.

Tous candidats

Si le Rassemblement national l’emporte, le maire de Saint-Denis a déjà évoqué « l’insurrection populaire » qui en résulterait. Une telle menace, loin de paraître invraisemblable, viendrait confirmer que l’extrême gauche, dans notre pays, demeure toujours prête à la violence, au désordre et à la contestation lorsque le verdict des urnes contrarie ses vœux. La conviction qu’une victoire du camp honni pourrait provoquer de graves troubles aura vraisemblablement une incidence sur les choix au moment du second tour.

Au-delà du seul univers des professionnels de la politique, comment ne pas être frappé par une évolution qui nourrit, au mieux, une immense illusion présidentielle et, au pire, l’idée désinvolte que la conquête du pouvoir serait devenue une aventure individuelle ouverte à tous ?

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Plusieurs éléments expliquent cette banalisation. D’abord, le constat morose que ceux pour qui la politique est un métier, quels qu’aient été leurs postes ou le prestige de leurs fonctions, ne se sont pas montrés assez remarquables pour dissuader d’autres de vouloir, à leur tour, tenter l’aventure.

L’élection d’Emmanuel Macron en 2017, à un âge précoce, avec une formation et une expérience professionnelle dont la richesse avait été sous-estimée, a donné le sentiment que la jeunesse n’était plus un handicap mais un atout.

Présomptions de compétence

Par ailleurs, une forme de starisation, faisant sortir tel ou tel candidat du seul registre politique – où l’on ne peut durablement faire croire n’importe quoi – pour l’installer dans une lumière et une esthétique où les approximations, voire l’éventuelle incompétence, cessent presque d’être perçues, tant les fans ont parfois remplacé les citoyens, a eu pour conséquence ce bouleversement des critères traditionnels des campagnes : désormais, n’importe qui peut s’imaginer dépositaire d’enseignements capitaux pour le pays et plus personne n’est intimidé face à quelques savoirs supérieurs en politique.

Par exemple, il est probable que, pour affronter demain Jordan Bardella, si c’est lui qui représente le RN, ses adversaires ne pourront plus se contenter des argumentaires classiques et convenus.

Quoi qu’on en dise, le succès d’Éric Zemmour à la tête de Reconquête!, et la légitimité qu’il a acquise dans le rôle d’agitateur politique – alors qu’il était indépassable dans le débat et la confrontation médiatiques (personne ne l’a remplacé) -, ont laissé croire à certains que le journalisme n’était plus une fin en soi mais le commencement d’autre chose : non plus analyser et commenter, mais agir et transformer.

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Les imperfections mêmes de la vie publique traditionnelle, avec ses vices (une probité parfois défaillante, des promesses non tenues) mais aussi ses quelques fraîcheurs (de l’idéalisme, de l’enthousiasme, parfois de la naïveté) favorisent cette prolifération de candidatures qui n’exigent souvent, pour éclore et se légitimer, qu’une ambition personnelle soutenue par une solide présomption de leur propre importance.

Le paradoxe est qu’après tous ces détours, qui semblent plaider pour le citoyen-roi s’imaginant capable de tout, on en revient finalement à l’homme ou à la femme politique ayant traversé les épreuves, perdu et gagné des élections, endurci sans être devenu cynique, courageux mais habile, manœuvrier juste ce qu’il faut, ayant de la tenue, promettant seulement ce qu’il pourra tenir, humaniste enfin, mais sans naïveté.Une sorte de Georges Pompidou du quotidien. Un Bruno Retailleau qui n’aurait pas Laurent Wauquiez dans les pattes. Un Emmanuel Macron qui se serait souvenu de ses engagements et aurait oublié le « en même temps ». La grande illusion présidentielle ou le retour au réel ?

L'Heure des crocs - De CNews et du délit d'opinion

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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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