Une étude récente du CNRS démontre que «genrer» les mots n’est finalement pas aussi grave que l’affirmaient certains psycholinguistes.
Le caractère « genré » des mots que nous employons influence-t-il notre conception des choses qu’ils représentent ?
Pour les intellectuels woke, la réponse est oui, et c’est la raison pour laquelle ils militent activement pour imposer l’écriture inclusive, notamment dans les facultés. Pour étayer leur combat, ils citent souvent deux célèbres linguistes américains, Edward Sapir et Benjamin Lee Whorf. Selon ces professeurs de l’université de Yale, dont les publications, en particulier sur l’idiome de la tribu amérindienne Hopi, remontent à l’entre-deux-guerres, notre vision du monde serait déterminée par la langue que nous parlons. Dans les années 1960, Noam Chomsky s’est inscrit en faux contre cette thèse en lui opposant sa théorie des structures fondamentales du langage, dont il postule qu’elles sont innées et communes à tous les humains.
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Mais les recherches de terrain confirmant son idée sont rares. À cet égard, une récente étude du CNRS mérite d’être saluée. Menée par Sharon Peperkamp, du Laboratoire de sciences cognitives et psycholinguistique de Paris, et Brent Strickland, de l’Institut Jean-Nicod (Paris), elle a été réalisée auprès de plusieurs centaines de participants de divers pays européens. Il s’agissait de vérifier si, par exemple, le mot pont, qui est féminin dans la langue de Goethe (« die Brücke »), mais masculin dans celle de Cervantes (« el puente »), inspire plutôt aux Allemands une image de force et aux Espagnols une image de beauté. La conclusion est assez catégorique : « Les résultats ont montré l’absence d’effet de genre chez les locuteurs et locutrices français. » En d’autres termes, nous autres Gaulois romanisés, arrivons à penser de façon universelle malgré l’odieuse obligation qui nous est imposée par notre grammaire issue du bas latin d’assigner, contrairement à l’anglais, un sexe à chaque mot. Il ne reste plus maintenant aux psycholinguistes qu’à se pencher sur le cas de l’écriture inclusive et à analyser ses éventuels dégâts sur l’intelligence de ceux qui l’utilisent dans leurs travaux académiques…




