Après l’élève roi, l’élève en pyjama ! Florence Herouin-Léautey déplore, dans une tribune au Monde, que les politiques scolaires aient si longtemps ignoré l’importance de certains besoins fondamentaux de l’enfant que sont le repos ou les loisirs, au profit d’un « scolaro-centrisme » axé sur un « impératif de performance. » Ainsi le quotidien de référence de la gauche française annonce-t-il avec gourmandise le dernier coup de pied de l’âne à ce qui fut jadis le meilleur système éducatif au monde…
À en croire la députée socialiste de la Seine-Maritime, la diminution spectaculaire du nombre d’élèves, déjà largement entamée, « constitue une occasion historique de refonder nos politiques publiques à partir des besoins fondamentaux des enfants et des jeunes, qu’ils soient physiologiques, de santé, de protection contre toutes les formes de violence, ou les besoins de sécurité affective et relationnelle. » Et de se réclamer des recommandations du Conseil économique, social et environnemental et de la convention citoyenne sur les temps de l’enfant.
Déroute
Les socialistes persistent et signent : après la monstrueuse réforme Jospin, qui décréta que l’enfant construirait désormais ses propres savoirs, et, ainsi, ne saurait rien ; après l’habile politique de Vallaud-Belkacem, qui fit la promotion de l’enseignement de l’ignorance, comme dit Jean-Claude Michéa ; après les tapis rouges déroulés sous les pas de Philippe Meirieu et de ses comparses en pédagogisme effréné, voici que l’on nous suggère, sous prétexte de réduire à zéro le stress scolaire, d’abandonner le « scolaro-centrisme » (?) et tout impératif de performance. La médiocrité triomphe. Sans doute est-ce dans ses rangs que se recrutent les électeurs et les élus du PS…
L’éducation spartiate était destinée à former des guerriers : comment croyez-vous que 300 hoplites ont, les 11, 12 et 13 septembre de l’an 480 av. J.C. stoppé les 100 000 hommes (estimation basse) de Xerxès ? Allons plus loin dans l’Histoire : comment croyez-vous que les fantassins français aient repoussé les Prussiens sur la Marne en 1914 ? Parce qu’ils avaient un armement supérieur ? Que nenni : parce qu’ils avaient été formés par l’école de la IIIème République — dans la perspective de la Revanche.
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Imaginez qu’un ancêtre de Mme Herouin-Léautey ait plaidé, dans les années 1900, pour une école lénifiante de la douceur de vivre ? Pour qui l’aurait-on, avec raison, soupçonné de travailler ? Il y a toujours un ennemi qui se réjouit de nos déroutes scolaires.
D’un côté, l’école devrait être l’apprentissage de la concurrence — et les enfants, fort amateurs de performances sportives, comprennent mal que l’on égalise tous les élèves au nom de la réussite de tous — et donc de l’écrasement de chacun. Ils veulent de la compétition, et ils n’ont pas un respect instinctif pour les plus faibles.
D’un autre côté — et c’est autrement grave —, qui ne voit que les temps à venir seront très prochainement des temps de conflits ouverts, internes ou extérieurs ? Qui ne sent que la guerre civile est déjà là, camouflée en revendications communautaires et en affrontements racistes ? Qui n’a pas compris que le renouveau de l’antisémitisme, à gauche, est un encouragement à importer en France le terrorisme du Hamas, sous prétexte de tiers-mondisme trotskyste ?
Reddition devant les difficultés
L’Ecole devrait être le premier rempart contre la mainmise fondamentaliste — et le premier outil pour intégrer à la nation les arrivants, nouveaux ou plus anciens. Le fanatisme se nourrit de nos renoncements pédagogiques : hier, la République était en soi une transcendance, aujourd’hui, modifiée en démocratie molle, elle n’offre même plus d’accès aux biens matériels. Tous égaux pour le pire ? Et un salaire universel, comme le proposait Benoît Hamon, avec le droit de tripoter sa télécommande sur son canapé Ikéa ?
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Le plus inquiétant, c’est que les propos pleins de mansuétude de Mme Herouin-Léautey sont relayés par les associations de parents, les pédo-psychiatres, et une grande majorité d’enseignants qui y voient l’occasion de ne plus vraiment travailler. Le bonheur de l’enfant, là, tout de suite !
Il faut être singulièrement borné (et je vise là moins Mme Herouin-Léautey que ses électeurs) pour croire qu’une politique scolaire sur le modèle jus de navet et endive cuite donnera des résultats futurs appréciables. Ce que sait un vrai pédagogue, c’est que tout relâchement en cours de formation se traduit infailliblement par des catastrophes futures. Le bonheur tout de suite n’est pas le bonheur, mais une reddition devant les difficultés et les menaces du présent. L’Ecole est par excellence le lieu du bonheur différé.
Mais sans doute Mme Herouin-Léautey voit-elle, dans ces hordes incultes de la génération Bêta — la bien-nommée — le réservoir des futurs succès électoraux du PS. Elle n’a pas tort : la formation de masse des crétins est le gage de sa réélection, l’année prochaine. Et le gage de notre extinction.
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