Nos journalistes se sont amusés à décoder les messages subliminaux prétendumment hostiles tenus par le Roi Charles à Trump…
Deuxième souverain britannique après Elizabeth, en 1991, à s’exprimerdevant le Congrès américain, le roi Charles III n’est pas venu, ce 28 avril 2026, réparer l’affrontlointain fait à son aïeul Georges III – « c’était l’autre jour, comme on dit chez moi », a dit le souverain, avec humour – mais pour fêter le deux-cent-cinquantième anniversaire de l’indépendance des Etats-Unis d’Amérique. Non pour rappeler l’histoire conflictuelle de deux puissances coloniales rivales mais pour restaurer les relations diplomatiques entre deux pays divisés à propos de l’Ukraine et l’Iran. Bref, pour raviver la flamme clignotante d’une belle entente.
Humour et élégance, tels furent les maîtres mots de ce discours so british où les Futés de l’information qui frétillaient sur les ondes ne virent qu’un sermon et des « tacles » adressés au locataire de la Maison Blanche – pour ne pas dire au loup solitaire dans son bunker. A les en croire, le président Trump en aurait pris pour son grade. Sous un discours royal, élégant, entre histoire, humour et rappel des grands principes communs, le souverain britannique aurait donné à son hôte une leçon « subliminale », cinglante, morale et politique, en rappelant, devant le Congrès en joie, les points cardinaux d’une bonne gouvernance : fidélité aux alliés de l’Otan, défense de l’Ukraine, de l’état de droit, condamnation de la violence politique. Etonnant, en revanche, de ne pas avoir apprécié, comme il convenait, le rappel de son ascendance dans la bouche du souverain.
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Ne sachant quoi dire à chaud, les journalistes s’emparèrent de la Magna Carta. Morceau de choix ! C’est quelque chose, dans notre imaginaire, que cette petite page qui soumet le pouvoir exécutif à des contre-pouvoirs nécessaires au bon fonctionnement de la démocratie ! Née Outre-Manche, qu’est-ce qu’elle disait de brûlant, en cette occasion, cette Magna Carta ? De se méfier du despotisme ! La leçon était claire : suivez mon regard ! Ensuite, il y eut le rappel, dans la bouche de Charles III, d’une religion commune entre les deux nations. Qu’est-ce qu’elle disait, cette religion ? D’être « charitable » avec autrui sans exclusion. Derrière la porte, Donald était rincé ! Enfin, le must : le « tacle frontal » (sic) au dîner de gala qui suivit le Congrès quand le roi Charles III rappela au président la phrase qu’il avait prononcée au sommetde Davos : « Vous avez récemment déclaré, Monsieur le Président, que, sans les Etats-Unis, les pays européens parleraient l’allemand. Oserai-je dire que, sans nous, vous parleriez français ? » Vlan ! Révérence gardée, bien entendu.
Cette réponse du berger à la bergère fut l’occasion pour les journalistes de rappeler ce qu’est la diplomatie. Des attitudes et des paroles. Des petites phrases, des sous-entendus, des propos à double entente qui en disent plus que des traités et des détroits débloqués. Et du « subliminal ». Les couleurs des robes des premières dames, par exemple. Vous souvenez-vous, il y a peu, de la réception de Donald Trump à la Cour d’Angleterre ? La reine d’Angleterre était en bleu roi et Melania en jaune safran. Ça ne vous dit rien, ces couleurs ? Non, pas la Vierge Marie ni le Vatican, mais les couleurs de l’Ukraine ! Vraie complicité des deux dames ! Au dîner de gala du 28 avril, la Reine d’Angleterre était en rose fuschia, Mélanie en blanc crème : deux vraies roses. Autre exemple de « message » à décoder : la vocation messianique des Etats-Unis. Elle est connue. De Trump surtout. Le roi Charles ne fit-il pas une allusion « subliminale » au messianisme de son hôte en disant qu’en ces temps pascals que nous vivions encore, il priait contre « le repli ? » « Discours fantastique ! », dit l’intéressé, félicitant le roi Charles III d’avoir « fait se lever les démocrates, ce que lui-même n’avait jamais été capable de faire. »
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La réception à la Maison Blanche, pour le thé et le dîner, fut chaleureuse. Là, encore, il y avait du subliminal. Car il fallait, bien sûr, interpréter le langage corporel. Tactile, pour l’accueillir, Donald Trump a « tapoté » l’épaule du roi et posé sa main sur son avant-bras pour l’orienter. Impair ? Non, dit l’interprète du langage des signes, mais « langage corporel léger et presque hésitant, témoignage de proximité plus qu’impair ». Signe « d’amitié active », pour tout dire.
De cette visite historique, voilà la version française d’un média : « En voyage aux Etats-Unis, Charles III tacle frontalement Donald Trump face à une Assemblée hilare ». L’anti-trumpisme se porte bien, en France. François de Sales ferait bien d’inspirer aux journalistes dont il est le saint patron un désir plus ardent de vérité. « Tacler » n’est pas jouer ! Encore moins « tacler de façon cinglante ! »
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