Que ferait l’armée en cas d’arrivée au pouvoir du Rassemblement national? ose carrément questionner tout haut notre chroniqueur, qui nous livre ses prévisions. Marine Le Pen ou Jordan Bardella s’inspireront-ils du « spoil system à la française » qu’il appelle de ses vœux pour notre République?
Depuis plusieurs années, tout est préparé par le pouvoir macronien pour qu’un(e) président(e) de République issu(e) du Rassemblement national échoue très vite. Les Conseils Constitutionnels et d’Etat, la Cour des Comptes sont noyautés par des créatures présidentielles. Tout ceux qu’on décrit comme le “système”, les journalistes et intellectuels de gauche, la plupart des professeurs, la plupart des magistrats, tous endosseront avec enthousiasme le rôle de naufrageurs. Bruxelles n’est pas au bord de la mer mais là aussi, on allumera des feux sur les rochers pour le naufrage du France.
La majorité du Parlement européen se droitise, mais les pouvoirs non élus, comme la Cour Européenne des Droits de l’Homme, resteront en place, toujours progressistes et immigrationnistes. Emmanuel Macron aura réussi l’exploit de faire perdurer son immobilisme mortifère après son départ.
Il faudrait donc qu’à son arrivée, le nouveau pouvoir change un certain nombre de règles jugées à tort sacro-saintes, en français imagé on dit “renverser la table”. Ce n’est pas là l’avis d’un boutefeu, c’est en termes plus choisis celui de l’ éminent juriste Jean-Éric Schoettl. Si Marine Le Pen ou Jordan Bardella prolongent la stratégie de la cravate par un strict respect des règles actuelles, la cravate les étranglera. Un changement total en douceur, est-ce concevable ?
Spoil system à la française ?
Par un savoureux paradoxe, c’est Emmanuel Macron qui peut fournir la solution : la sortie temporaire des règles, c’est exactement ce qu’il a fait pour la reconstruction de Notre-Dame, l’organisation des Jeux Olympiques, et c’est ce qu’il veut faire pour réindustrialiser la France. Les élections législatives qui suivront l’élection d’un président de la droite nationaliste ont beaucoup de chances d’apporter une majorité au vainqueur à laquelle s’opposera une minorité mélenchono-socialiste. La Vème République, après s’être perdue dix ans dans les marécages gaucho-centristes du macronisme, retrouverait enfin son lit principal, creusé par le Général de Gaulle et Michel Debré : un régime présidentiel appuyé par une majorité au parlement. Luc Ferry, qui balance régulièrement entre bonnes intuitions et erreurs, célébrait dimanche 26 sur LCI le régime parlementaire allemand, ces laborieuses coalitions gangrenées par les compromis. Solution antigaulliste, qui va à la France comme des chaussettes à un lapin.
Donc, une période spéciale de quelques mois après les élections du printemps 2027. Comment l’appeler ? La droite est trop droite, trop franche, elle doit apprendre de la gauche l’art subtil des désignations mensongères, comme le “vivre-ensemble” qui nomme l’état de divorce ethnique et religieux où nous vivons. “Moratoire constitutionnel” est à éviter, “moratoire” évoque trop le surplace des années “En Marche”. “Période constitutionnelle spéciale” est trop poutinien. Je propose le “Nouvel Etat de Droit”, le NED, avec majuscules et fanfare. Cela rappellera aux dinosaures de gauche la NEP, la “Nouvelle Economie Politique”, quelques mois de libéralisme imposé par Lénine, la seule période des années 20 où les Moscovites mangèrent à leur faim. Ça marchait trop bien, les communistes l’arrêtèrent. La mention “Etat de Droit” rassurera les naïfs.
L’acte fondateur du NED sera une loi instituant un “spoil system” à la française. Cet emprunt à la vénérable démocratie américaine stipulera qu’à chaque nouveau président, de nouveaux titulaires favorables à ses idées seront nommés dans la haute administration. Je propose ce même Jean-Éric Schoettl pour présider le nouveau Conseil constitutionnel et Sarah Knafo à la Cour des Comptes. Les deux connaissent ces boutiques, ce sera un parfait changement dans la continuité. De là tout découlera, comme l’eau qui jaillit au Mont Gerbier des Joncs et forme le plus grand fleuve de France. Réforme de l’Ecole de la magistrature scindée en douze entités, moratoire total sur l’immigration mis en œuvre par le ministre Fabrice Leggeri, peines planchers rétablies, a priori de légitime défense pour tous les gestes policiers, suppression de la loi mitterrandienne qui empêche la punition proportionnée des crimes les plus graves. Bien sûr, assurances répétées aux musulmans français qu’ils sont chez eux et y resteront, bonnes relations avec le Medef et les milieux économiques en donnant une orientation libérale plus marquée, Jordan forçant un peu son égérie.
Ne nous leurrons pas, l’arrivée au pouvoir du Rassemblement national ébranlera toute la société française et il faudra vérifier l’état de tous ses piliers. L’armée française est une armée pleinement républicaine. Selon l’adage latin Arma cedant togae, les armes obéissent à la toge, c’est-à-dire au pouvoir civil. Cependant, dans les grandes crises, on imagine souvent qu’on pourrait avoir besoin de l’armée pour rétablir l’ordre. C’est ce que pense la sénatrice Samia Ghali qui voudrait qu’elle intervienne dans les quartiers gangrenés par le trafic de drogue. L’ordre étant davantage une valeur de droite que de gauche, on pourrait penser qu’en cas d’affrontements graves, l’armée et ses chefs prendraient des positions plus favorables à la première. Au XIXe siècle, quand on voulait se moquer de la droite conservatrice, on l’appelait “l’alliance du sabre et du goupillon”. Le goupillon est depuis longtemps passé à gauche, mais le sabre ? Plus près de nous, en 2018, des généraux classés à droite ont protesté contre le pacte de Marrakech sur les migrations. Ils gravitaient autour du général Antoine Martinez, animateur du site “Volontaires pour la France”. Mais aujourd’hui ?
Soyons raisonnables
Voici que la guerre d’Iran vient de jeter un éclairage surprenant sur l’état d’esprit des généraux, colonels, et amiraux de l’armée française en retraite, qui ne sont pas tenus au devoir de réserve. Cette génération de jeunes retraités a déferlé sur les plateaux de télévision pour critiquer avec la plus grande sévérité les armées américaines et israéliennes. Ils ne relèvent jamais qu’elles luttent pour nous épargner la destruction nucléaire possible par le régime le plus tyrannique et le plus dangereux de la planète. A côté de celui-ci, le Nord-Coréen Kim Jong Un fait figure de brave garçon rondouillard et espiègle qui s’amuse à titiller son jumeau du sud, le Japon et les Etats-Unis. Lui au moins ne commandite pas des attentats aux quatre coins de la planète et n’a pas des dizaines de Français à son tableau de chasse. Revenons à ces étonnants généraux doux comme des agneaux, pacifistes et totalement allergiques au risque. Lors des apparitions de l’un d’eux sur LCI, nous chronométrons ma femme et moi le nombre de secondes qui vont s’écouler avant qu’il ne s’écrie : “C’est trop risqué !”. D’où le surnom que nous lui donnons de “général Cétrorisquet”. Leur indifférence au sort d’Israël est abyssale: j’ai entendu le général Yakovleff s’exclamer : “Qu’importe si l’Iran lance une bombe atomique sur Israël, puisque les Israéliens pourront riposter, les deux pays seront vitrifiés”. Je n’ai pas entendu le mot “audace” sortir une seule fois des bouches de ces gentils scouts. Au Walhalla des grands guerriers, Jules César, Napoléon et Charles XII de Suède doivent rougir de leurs descendants. Dans son beau cimetière marin de Vendée, Clémenceau se tord de rire en redisant son fameux « La guerre, c’est une chose trop sérieuse pour être confiée aux militaires. »
Pendant les troubles qui suivraient l’arrivée au pouvoir du Rassemblement national, l’armée française ne ferait rien. Fidèle à l’héritage macronien, elle se tiendrait à mi-chemin de tout conflit, l’Amérique est aussi coupable dans ce conflit que l’Iran, la droite vaut la gauche, Marine et Mélenchon, c’est kif kif, ayons de la retenue, condamnons “avec la plus grande fermeté” et surtout ne faisons rien, ne levons pas le petit doigt, après il faudrait lever le bras, quelle fatigue ! Entendons-nous bien, je ne souhaite pas que l’armée agisse contre quiconque, je souhaite qu’elle soit une force d’interposition en cas de besoin, une sorte de Finul consacrée à la France. Comme toute haine exacerbée, la haine du président Trump et de l’Amérique n’améliore pas les capacités intellectuelles, loin de là. Le 23 avril dernier, dans C dans l’air, dont les gracieuses présentatrices sont habillées comme des reines grâce à nos impôts et à l’arnaque des sociétés de production, il y eut deux séquences étonnantes. Dans la première, on s’est alarmé du prix du kérosène, des difficultés de Transavia et de beaucoup de compagnies aériennes, des risques de ralentissement mondial du trafic aérien. Je me disais : l’un des intervenants, forcément écologiste, va forcément ironiser – grâce à Trump le climatosceptique l’empoisonnement de la terre par les énergies fossiles va ralentir ! Bien sûr, personne n’a eu l’idée de cette remarque qui aurait semblé une vague approbation du président américain. Incise personnelle : j’ai un fils qui sautait devant les avions sur les tarmacs d’aéroport pour dénoncer l’effet funeste de l’aviation sur le climat et qui a fait de la prison pour ce noble donquichottisme. Je suis fier de lui.
Deuxième séquence étrange : la célébration exaltée de la Chine, puissance raisonnable, puissance d’équilibre et de stabilité, qui bientôt bouffera les Américains à la baguette. Oubliés les Ouighours, oublié le contrôle facial auprès de quoi Big Brother est un gentil surveillant d’internat, oubliés les généraux et les opposants qui disparaissent avec la même rapidité qu’à Moscou, oubliée une verticalité du pouvoir qui les rend à la merci du moindre AVC, de la moindre chute préparée dans les escaliers…
Amère leçon : de Washington à Pékin, de Charles Alloncle au détroit d’Ormuz, la gauche, qui pouvait encore passer il y a quelques années pour une assistante sociale généreuse mais naïve, est devenue la reine du mensonge universel.




