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La France peut-elle accueillir tous les Laye Fodé Traoré du monde?

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Stéphane Ravacley, un boulanger de Besançon employant un Guinéen en situation irrégulière s’est mis en grève de la faim il y a une semaine. Plus de 200 000 internautes ont depuis signé une pétition pour que l’apprenti ne soit pas expulsé. Selon eux, il faudrait “évidemment” régulariser le jeune migrant car il s’est intégré par le travail.


Interrogée sur le cas de Laye Fodé Traoré lors d’un déplacement dans le Doubs, la ministre du Travail Elisabeth Borne s’est contentée de dire qu’il s’agissait d’un cas particulier sur lequel “la justice administrative devrait se prononcer. » Sans un mot sur les difficultés provoquées par l’immigration clandestine dans le pays, la ministre techno a indiqué devant les journalistes ce qui la préoccupait véritablement : la France manque d’apprentis. “Il est vrai que nous devons former plus de jeunes dans certaines filières” a-t-elle affirmé, sans préciser si le gouvernement envisageait de remplir ces filières en orientant davantage les jeunes vers l’artisanat plutôt que vers les facs saturées… ou en faisant appel à plus d’immigration.

Venu en Europe en bateau gonflable

Laye Fodé Traoré aurait quitté sa Guinée natale en 2016 sur les conseils de sa mère adoptive, pour qu’il ne lui arrive rien de mal. Mineur, il parcourt le Mali puis la Libye, et il aurait ensuite traversé la mer Méditerranée seul sur un bateau gonflable pour gagner l’Italie. Il prend le train, et se retrouve à Nîmes. Dans la préfecture du Gard, une association l’envoie vers une autre structure à Gray, en Haute-Saône. Là, il recherche du travail en tant que plombier, sans succès. Sur les conseils de sa médiatrice, il accepte de travailler pour La Hûche à pain, boulangerie située rue Rivotte à Besançon. Le patron se réjouit de ce recrutement, le Guinéen étant selon lui “un super gamin qui parle français mieux que [lui]” et aussi “suffisamment motivé pour se lever à 3 heures du matin”. Fin d’une belle histoire ? Non. 

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Fodé Traoré a perdu le statut de mineur isolé. La préfecture, estimant qu’il est désormais majeur, a l’idée saugrenue d’envisager de l’expulser ! Elle indiquait il y a quelques jours que les documents présentés par le jeune immigré n’étaient pas conformes. Et lui a adressé une obligation de quitter le territoire français, ce qui fait peur mais n’est que très rarement suivi d’effets. Depuis, l’affaire a pris un tournant médiatique. Sorte de Cédric Herrou des fournils, Stéphane Ravacley – 24 ans dans la boulangerie – ne peut plus faire travailler le jeune Guinéen, et est à la pointe de la contestation. Il a entamé une grève de la faim dimanche dernier pour faire parler de l’affaire et contester la décision de l’administration concernant son mitron. 

Des pleurs sur le plateau de Cyril Hanouna

Il s’est notamment épanché au micro complaisant de France inter, radio qui a fait connaitre la pétition protestataire qui a dépassé les 200 000 signatures en quelques jours : “On ouvre les portes à un gamin et on lui dit : T’en fais pas, on te protège tu risques rien. On lui alloue de l’argent, on le loge. Et deux ans plus tard, on lui dit : non ce beau rêve dans lequel tu étais, il n’existe plus, tu rentres chez toi !” En mettant en avant le caractère émouvant du parcours du jeune immigré dans les journaux, en pleurant sur le plateau de Cyril Hanouna, des questions légitimes ont été écartées, nous allons y venir.

Sous la pétition en ligne, c’est la grande litanie des bons sentiments. Les réactions sont unanimes. Albin s’indigne: “la France a-t-elle vraiment envie d’être indigne des Droits de l’Homme?” Corinne observe que, “pour Laye mais aussi pour tous ceux qui se sont intégrés et ont trouvé et fait leur place parmi nous, ils ne « prennent » rien ils apportent.” Selon Claire, “après tout ce chemin parcouru, l’absurdité d’expulser ce jeune homme est évidente.” Renée s’autorise une remarque plus philosophique : “Nous humains, nous devrions avoir le droit de vivre libre sur le sol que nous avons choisi”.

L’assimilation à la française en panne

Enfin, Catherine fait part de son expérience. Si elle signe elle aussi la pétition, elle n’en reconnait pas moins que certains immigrés posent des difficultés : “Mon compagnon est étranger et nous sommes dans l’attente de son titre de séjour. Il est inadmissible de faire attendre des personnes qui se sont intégrées ou ont fait des formations, qui parlent bien le français et qui bossent. A coté de ça quand je vais à la préfecture je suis dégoûtée de voir le nombre de familles qui ont plein de gosses, qui ont donc plein d’aides diverses et ne parlent pas le français ! Je connais même une personne qui vit en France depuis six ans qui ne sait ni lire ni parler notre langue, qui a fait de fausses déclarations à Pôle emploi (…) il faudrait commencer par faire du tri pour ceux qui ne foutent rien et qui nous coûtent une blinde au lieu de vouloir mettre dehors ceux qui méritent.”

A lire ensuite, Michel Aubouin: Le français, tu le parles ou tu nous quittes!

Avec un soutien aussi important, l’intégration de notre jeune mitron est-elle assurée ? L’avenir le dira. Le dossier du Guinéen aurait été repris en haut lieu par les autorités à Paris, croit savoir la presse locale… L’assimilation par le travail et la bonne maîtrise du français plaident évidemment en faveur de M. Laye Fodé Traoré, mais sa bonne intégration dans la société française ne peut aucunement être garantie par qui que ce soit. Une pétition, un chantage à la grève de la faim et des éditoriaux de gauche tous similaires ne sont pas l’assurance d’une régularisation.

Ces questions que les pétitionnaires écartent

On a dit que le Guinéen était arrivé seul par la mer. En réalité on n’arrive jamais véritablement seul, et cela fait partie du problème alors que le multiculturalisme – et son cortège de revendications communautaires et de fiertés mal placées – est entré depuis de nombreuses années en conflit avec le modèle autour duquel la France s’est construite. En effet, les individus sont porteurs d’habitudes, de codes, de modes de vie ou de pensée venus d’ailleurs, ce qu’explique très bien Bérénice Levet dans son dernier article sur l’assimilation. La philosophe y établit un diagnostic inquiétant de notre situation : “Avec l’universalisme et la laïcité, l’assimilation est une singularité française. De ces trois piliers, tous branlants aujourd’hui, l’assimilation est le plus chancelant.” Si les généreux pétitionnaires – qui signent en trois clics et peuvent montrer leur belle âme sur les réseaux sociaux – ne se les posent pas, des questionnements sous-jacents sont toujours latents dans ce type d’affaire. 

Tout d’abord, quel volume de mineurs de bonne volonté en provenance d’un continent malheureux et à la démographie galopante la France est-elle en mesure d’accepter ? Et a-t-elle les moyens d’écarter ceux dont la volonté d’intégration n’est pas réelle, dans un contexte de hausse des flux ?

Ensuite, en acceptant de garder Laye Fodé Traoré sur le sol français, quel signal envoyons-nous à toutes les mères souhaitant mettre leur progéniture à l’abri du danger ? Combien d’entre elles en Afrique sont déjà en train de penser à envoyer leurs fils sur les routes de l’exil ? 

A lire aussi, Bérénice Levet: L’assimilation, une ambition française

Comme M. Fodé Traoré est entré sur le territoire national en bafouant la loi, passe-t-on l’éponge sur ce point ? L’assimilation par un dur travail est-elle le seul critère qui doit nous préoccuper ? Et qui ira s’assurer du bon niveau de français évoqué par le patron ? 

Et si la boulangerie ferme?

Enfin, si la boulangerie de Monsieur Ravacley venait à fermer des suites de la crise économique liée au covid, est-on certain que ce dernier continuerait de soutenir le jeune immigré ? S’il ne le fait pas, sa subsistance devra-t-elle alors reposer sur la solidarité nationale ? 

Avec le chômage et l’insécurité, l’immigration apparait comme une des préoccupations majeures de l’opinion. Ceux des Français qui l’évoquent inlassablement étude après étude et qui ont les pires craintes sur cet afflux permanent ne supportent plus le chantage moral continu propre aux affaires du type de la boulangerie de Besançon. Si leur parole est déjà écartée des ondes de France inter, elle est également ignorée par la classe politique depuis des décennies. C’est un problème démocratique considérable. Un gouvernement aura-t-il le courage de dire en face des familles françaises que les métiers boudés – pourtant financièrement attractifs pour qui accepte de travailler beaucoup – ne sont définitivement plus pour elles si elles ne s’en emparent plus ?

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Cancel cul… quoi?

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Le jeune correspondant du Washington Post à Paris éclate de rire quand Alain Finkielkraut évoque le « politiquement correct » et la « cancel culture ». Des évènements plus graves l’inquiètent…


Samedi 9 janvier, l’émission Répliques d’Alain Finkielkraut (France Culture) a pour titre Regards croisés sur l’Amérique et sur la France. Les débatteurs sont James McAuley, correspondant du Washington Post à Paris, et le philosophe Pascal Bruckner.

Le Washington Post est ce journal de gauche américain qui, après l’assassinat de Samuel Paty et la décision gouvernementale de réfléchir enfin au séparatisme qui plombe la société française, titrait: « Au lieu de combattre le racisme systémique, la France veut réformer l’islam. » Il est le même journal qui compte maintenant dans ces rangs Rokhaya Diallo, recrutement dont la principale intéressée s’est bruyamment auto-félicitée et auto-louangée.

Il est encore ce journal dont une des rédactrices en chef, Karen Attiah, a prétendu dans un tweet que la France avait pour projet d’attribuer des numéros d’identification aux enfants musulmans.

Le politiquement correct et le néoracisme, pas vraiment un problème pour le Washington Post

Comme le fait remarquer James McAuley à la fin de l’émission, il est un jeune homme de 32 ans – rien ne lui fait peur: ni l’islamisation de certains quartiers en France, ni le néo-féminisme virulent, américain et maintenant français, ni la « cancel culture », ni les dérives diversitaires et identitaires et le « politiquement correct » qui pourrissent les campus américains et de plus en plus les universités françaises.

Il éclate littéralement de rire à l’évocation de ces broutilles[tooltips content= »https://www.franceculture.fr/emissions/repliques/la-divergence-france-amerique à 27min32″](1)[/tooltips].

Washington, le 6 janvier 2020 © Julio Cortez/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22527680_000006
Washington, le 6 janvier 2020 © Julio Cortez/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22527680_000006

Quelque chose de bien plus grave vient de se passer aux États-Unis, dit-il: « Une tentative de coup d’État contre le gouvernement américain encouragé par le président lui-même ! » Le jeune journaliste a déjà oublié toute son histoire américaine, même la plus récente, lorsque les démocrates essayèrent de renverser immédiatement après son élection le tout nouveau président des USA en 2016, échouèrent dans un premier temps puis revinrent à la charge, via une nouvelle procédure de destitution (impeachment) en 2019. La tentative de renversement était alors, symboliquement et pragmatiquement, plus réelle et possiblement décisive que l’entrée chaotique et bruyante de quelques dizaines d’énergumènes déguisés en Davy Crockett ou porteurs du drapeau des Confédérés dans le Capitole. Lors de ces deux tentatives avortées de destitution, James McAuley ne s’est pas écrié – comme il l’a fait ce 9 janvier à propos des évènements du Capitole : « C’était une tentative de renverser la volonté du peuple. »

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Aucun mot non plus sur la scandaleuse fermeture définitive du compte Twitter du président Trump réclamée par des démocrates américains apparemment admiratifs des méthodes du gouvernement chinois, Michelle Obama en tête. Nancy Pelosi, plus rugueuse et impatiente que jamais, demande que soit appliquée la possibilité de défaire le président en exercice : les 11 jours qui lui restent à vivre sous le joug du tyran lui sont insupportables. Apparemment, c’est aussi le cas de James McAuley.

Avec Biden, les combats racialistes et diversitaires pourraient redoubler d’intensité

Une chose essentielle vient de se produire aux États-Unis : le président élu Joe Biden va pouvoir s’appuyer sur une Chambre des représentants à majorité démocrate et un Sénat à majorité démocrate. Rien ne pourra entraver ce nouveau gouvernement qui devra satisfaire son électorat. Par conséquent, les combats racialistes et diversitaires pourraient redoubler, sous les yeux de Chimène d’une grande partie des politiciens démocrates. La déliquescence universitaire va se poursuivre. Le repli sur le groupe ethnique, sexuel (ou genré, LGBT…), identitaire, va prendre des proportions inédites.

La « discrimination positive » va s’appliquer partout, à l’université comme dans les entreprises; les meilleurs se verront écartés; les niveaux d’instruction et de compétences continueront de s’écrouler. Le « politiquement correct » et la « cancel culture » qui font tant rire James McAuley vont s’amplifier jusqu’à rendre totalement impossible la transmission des connaissances historiques, politiques, littéraires, philosophiques, artistiques, etc., nécessaires à la constitution d’une classe de citoyens cultivés. Le concept de Vérité disparaîtra sous le fatras orwellien de la réécriture, de la novlangue du politiquement correct et du relativisme, celle du techno-monde fait pour les anywhere, tandis que le Mensonge militant permettra les prises de pouvoir, de postes, de gratifications, de tribunes numériques et politiques, aux plus futés qui auront su ériger leur couleur de peau, leur « orientation sexuelle », leur « situation de handicap », leurs discriminations, etc., en porte-étendard d’une cause qu’ils diront universelle et qui ne sera qu’individuelle et narcissique.

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On peut craindre pire que l’invasion du Capitole

Tout est déjà là et va s’accélérer car les démocrates lâcheront sur tous les tableaux. Il n’est pas impossible qu’une partie de la population américaine se voyant déposséder de tout – travail, langue, culture, tradition, possibilité d’ascension sociale – devienne extrêmement violente, suicidaire et jusqu’au boutiste. La mini-insurrection du Capitole, même avec ses cinq morts (dont trois crises cardiaques), n’a été que le dixième du quart de la moitié de ce qu’a connu la France pendant plusieurs mois avec la crise des Gilets jaunes. Les Américains, plus brutaux, surarmés, ont malheureusement les moyens de faire beaucoup mieux, c’est-à-dire bien pire.

Enfin, pour conclure, il est évident que la presse de gauche américaine qui ne se gênait déjà pas sous Trump pour critiquer la France, son « racisme d’État », son islamophobie, sa police raciste, son faux universalisme, sa laïcité douteuse, etc., va continuer son travail de sape. Elle trouvera comme d’habitude de très efficaces relais en France même, journalistes crépusculaires ou de radio publique, universitaires de Paris 8 et affiliés, personnalités médiatiques très militantes ou “racisées”, féministes mi-figues misandres, associations diverses à but très lucratif. Mais elle trouvera aussi, mieux vaut qu’elle soit prévenue, des Français qui ne s’en laisseront pas conter. Parmi ceux-là, Alain Finkielkraut et Pascal Bruckner. Et votre serviteur, bien sûr !

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Répartition des migrants dans les régions: c’est non

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Une tribune libre de Jean-Paul Garraud, député européen (RN), qui estime que les régions n’ont pas vocation à devenir les sous-traitants des no borders franciliens.


Le 18 décembre dernier, la cour administrative d’appel de Bordeaux rendait une décision contestée. La cour a annulé l’arrêté d’expulsion d’un Bangladais vivant à Toulouse au motif que son pays souffrirait d’une pollution atmosphérique trop importante incompatible avec son asthme et ses apnées du sommeil… La préfecture de la Haute-Garonne a donc été désavouée, ce Bangladais devenant le premier « réfugié climatique » accepté en France. La préfecture de la Haute-Garonne peut encore saisir le Conseil d’État. Mieux, elle doit le faire car cette décision s’inscrit dans un contexte délétère et préoccupant auquel un terme doit être mis.

En effet, le gouvernement a décidé de ne pas s’occuper réellement de la folie migratoire qui a actuellement cours en France, préférant cacher sous le tapis l’ampleur des flux. Afin de réduire la pression pesant sur l’Île-de-France et d’en finir avec les campements sauvages parisiens, l’exécutif veut saupoudrer les « migrants » dans nos régions plutôt que de les expulser. Les mesures ont été présentées dans le « schéma national des demandeurs d’asile et d’intégration des réfugiés 2021-2023 » dont le dessein principal est de « désengorger la région parisienne », qui concentre à elle-seule 46% des demandes d’asile alors qu’elle ne disposerait que de 19% des capacités d’hébergement. Le gouvernement est animé par une logique jacobine égalitaire stupide qui le conduit à juger que les régions qui accueillent moins de « migrants » que ne le permettent leurs structures d’accueil seraient « déficitaires », devant par conséquent recevoir le surplus francilien selon des quotas statistiques.

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L’Occitanie qui reçoit actuellement 5% des demandeurs d’asile aurait ainsi pour objectif d’en recevoir 7% pour la période 2021-2023, en accord avec la loi du 10 septembre 2018 qui permet d’orienter un migrant « vers une autre région, où il est tenu de résider le temps de l’examen de sa demande d’asile », pour le cas où « la part des demandeurs d’asile dans une région (excèderait) la part fixée pour cette région pour le schéma national ». Problème: seule l’Île-de-France se trouve en situation d’excédent. Une situation qui s’explique au moins par deux raisons. La première, d’une logique biblique, est l’attractivité de cette région en matière d’emploi et de diasporas communautaires. Un Afghan, un Soudanais ou un Pakistanais trouveront en Île-de-France des nationaux prêts à les aider et à jouer de la débrouille pour leur « intégration », au moins économique. La seconde, plus pernicieuse, tient dans l’appel d’air provoqué par la mairie de Paris et Anne Hidalgo, dont l’idéologie sans-frontièriste sonne comme un encouragement à l’installation pour tous les migrants en quête d’un départ vers la France.

Nos régions doivent-elles payer pour les folies de la municipalité parisienne ? Non. Nos régions n’ont pas vocation à devenir les sous-traitants des no borders franciliens ou les exécutants des délires immigrationnistes de France Terre d’Asile qui semble avoir la main sur le gouvernement. Interrogée dans le Républicain Lorrain, Delphine Rouilleaut l’actuelle directrice de France Terre d’Asile se félicite des orientations décidées par le ministère de l’Intérieur: « (la réorientation des demandeurs franciliens vers les régions) est indispensable pour répondre au besoin de solidarité nationale dans la prise en charge des demandeurs ». Elle ajoute d’ailleurs, presque sur le ton de la menace, craindre que l’effort ne soit pas « suffisant ». Un effort qui est, en tout cas, observable régulièrement dans les rues de la capitale, théâtre de nombreuses manifestations de migrants avec le soutien d’associatifs et de responsables politiques de gauche, depuis la rentrée.

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On a ainsi assisté à des scènes surréalistes durant lesquelles des milliers de clandestins réclamaient leur régularisation, alors que dans le même temps restaurants et commerces étaient fermés pour raisons sanitaires ! Quant aux « migrants » de fraîche et de longue date, ils se sont tristement signalés dans la rubrique des faits divers ces derniers mois, que ce soit le terroriste tchétchène qui a décapité le professeur Samuel Paty ou le Pakistanais qui a cherché à reproduire les attentats de 2015 à Charlie Hebdo. Et encore, ne s’agit-il là que de la face émergée de l’iceberg d’une immigration ruineuse pour le budget de l’État, incontrôlée et aux conséquences sécuritaires, culturelles et sociales sans précédent. De quoi pousser Emmanuel Macron à adopter une rhétorique largement empruntée à Marine Le Pen quand, constatant l’ampleur des dégâts causés par la politique d’asile française, il se plut à déclarer que le droit d’asile était parfois dévoyé chez nous. De fait, le droit d’asile doit d’abord s’envisager comme une faveur accordée à titre individuel par la France et non comme une invitation lancée aux milliards de candidats au départ qui ne vivent pas dans des pays occidentaux.

Directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, Didier Leschi explique que la France est laxiste dans son ouvrage Ce grand dérangement, l’immigration en face (Gallimard). Un livre en forme de mise au point écrit pour répondre tout autant à ceux qui « bien légitimement, éprouvent des sentiments d’angoisse, voire de colère, face à des intrus abusant de notre hospitalité, empiétant sur notre territoire, nos ressources et nos héritages » comme à ceux « qu’indigne, bien légitimement, le spectacle quotidien des naufragés à la dérive, […] d’une Méditerranée transformée en cimetière marin ». Le gouvernement a donc tout faux dans son appréhension du problème. Ce n’est pas aux régions de prendre en charge le surplus francilien : c’est à la France de mettre en place une politique dissuasive et une politique d’expulsions conséquente à même de réduire une pression migratoire subie depuis trop longtemps. Ouvrons les yeux.

Ce grand dérangement: L’immigration en face

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«Notre propre affaiblissement sociétal est devenu un handicap à l’intégration des immigrés»

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Directeur général de l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration, Didier Leschi vient de publier Ce grand dérangement aux éditions Tracts Gallimard. Dans cet ouvrage salutaire, il y analyse notre rapport à l’immigration. Entretien.


Causeur. En nommant votre livre Ce grand dérangement, n’avez-vous pas craint d’être amalgamé au camp des adeptes de la théorie du grand remplacement? 

Didier Leschi. Non parce que ce grand dérangement, c’est au sens où dès qu’on parle d’immigration, il y a une sorte de dérangement de l’esprit, ce qui fait que l’on perd la capacité de parler tout à fait clairement des choses. S’il s’agit en effet d’un renvoi en creux à cette théorie du « grand remplacement », c’est avec l’idée que lorsque l’on parle d’immigration, on a l’impression que, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, la passion, et même parfois la déraison l’emportent. 

À vous lire, la France, n’a pas à rougir de la façon dont elle accueille ses immigrés…

Ce que je rappelle, c’est qu’il y a des immigrations de natures différentes. Ces dernières années, on a beaucoup polarisé les débats sur la demande d’asile mais notre particularité, c’est d’être depuis le milieu du XIXème siècle un grand pays d’immigration, qui en plus, octroie beaucoup plus facilement que d’autres la nationalité. C’est seulement à partir des années 2000 qu’en Allemagne que la nationalité s’ouvre par exemple. En Italie c’est aussi très récent. Chez nous c’est beaucoup plus ancien, il y a donc cette immigration de longue durée. Et il y a cette polarisation sur la demande d’asile. Là, on raisonne un peu à courte vue puisqu’au début des années 2000, la France était le premier pays d’Europe, en nombre, de demandes d’asile. Dans les crises aiguës, quand il y a des arrivées massives, les gens vont là où ils pensent que c’est le mieux pour eux. Je pense que le fond du débat ne doit pas porter sur la question du nombre, ceux qui se polarisent sur la question du nombre, qui font des calculs pour déduire qu’on a tant de réfugiés par tant de nombre d’habitants éludent les problèmes de fond qui sont les conditions économiques, sociales et culturelles de l’intégration.

Justement, vous avez parlé de l’acquisition de la nationalité française. Il y a encore trois ans, le niveau exigé de français pour avoir la nationalité était d’un niveau dit « B1 », soit un niveau intermédiaire, à l’oral uniquement. Qu’en est-il maintenant? 

Désormais, c’est B1 à l’écrit également. Mais si l’exigence a été renforcée pour l’acquisition de la nationalité, nous n’avons pas la même exigence en matière de visa et de renouvellement des titres de séjour qu’en Allemagne par exemple. Notre particularité, c’est que pendant très longtemps, on s’est plus focalisé sur l’apprentissage des langues régionales que sur le fait que le français est indispensable pour l’intégration des immigrés.

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Est-on assez exigeant au niveau linguistique avec les nouveaux venus sur notre sol si l’on souhaite réellement les intégrer? Quand je donnais des cours dans ce cadre en Seine-Saint-Denis, le niveau requis pour le renouvellement des cartes de séjour de dix ans était situé à A2 seulement, ce qui est faible. 

Je pense qu’on ne pose pas un niveau d’exigence suffisamment haut et qu’en conséquence, on ne favorise pas la volonté de l’effort. C’est un des sujets qui est devant nous. Ce sujet est amplifié par le fait que ces dernières années, on a vu arriver de plus en plus de personnes qui viennent d’espaces absolument non francophones ou qui n’ont pas d’histoire culturelle commune avec nous. En réalité, la question du nombre me semble secondaire par rapport au problème de l’approfondissement des écarts entre pays d’émigration et d’immigration. 

Vous évoquez l’appropriation de l’histoire. Certains organismes, tels que l’association Pierre Claver, travaillent en ce sens mais ils ne sont pas nombreux. Comment faire pour que les nouveaux venus s’approprient notre histoire ?

Nous n’avons pas suffisamment réfléchi à ce problème. Pendant très longtemps, l’immigration en France était essentiellement composée d’Italiens, de Portugais et d’Espagnols. Malgré le problème de la langue, nous avions plein de référents culturels en commun tels que la littérature, le mouvement ouvrier ou la foi. L’Église a eu un rôle important dans l’accueil et l’intégration des Italiens. Au niveau de l’OFII, sans doute n’a-t-on pas mis à jour assez tôt nos programmes ce qu’on appelle « connaissance des valeurs de la République » par rapport à ces nouveaux publics. Dans la politique publique, il y a un retard d’adaptation du contenu de l’instruction civique par rapport à des publics qui sont aujourd’hui beaucoup plus éloignés de nous qu’ils ne l’étaient hier. 

J’insiste, comment pourrait-on favoriser cette appropriation de notre « roman national », qui semble essentielle, d’autant plus pour des gens qui viennent de pays très éloignés culturellement tels que l’Afghanistan? 

Ce n’est pas simple, je ne sais pas si le mot « favoriser » est adapté car en réalité, il faut voir au-delà. Il s’agit de voir comment faire en sorte qu’il y ait une appropriation réelle. Je suis intimement convaincu que cette appropriation réelle suppose que l’effort d’apprentissage soit valorisé. La délivrance du titre de séjour pluriannuel par exemple, devrait être beaucoup plus adossée à la vérification de l’appropriation d’un certain nombre d’éléments de notre culture et de notre histoire. 

Dans son émission Répliques, Alain Finkielkraut vous a déjà embêté avec cet article d’un journaliste syrien relatant une journée de formation aux valeurs de la République lors du « Contrat d’intégration républicaine » dans un organisme travaillant pour l’OFII, et lors duquel une interprète franco-marocaine n’a pas caché tout le mal qu’elle pensait de la France tout en se vantant d’y toucher des prestations sociales… 

C’est malheureusement vrai, mais il faut remettre cela dans le contexte, même si c’est inexcusable. L’OFII organise environ 500 000 journées comme cela par an! Et ce n’était pas une employée de l’OFII. Quand j’ai su cela, j’ai écrit immédiatement au directeur de l’organisme pour dire que je souhaitais que cette interprète ne soit plus utilisée pour les formations de l’OFII. 

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Dans votre livre, vous semblez regretter la fin du service national, de la culture ouvrière et l’érosion du christianisme social. Comment pourrait-on renouer avec ce lien social perdu? 

C’est un enjeu majeur de société. Notre propre affaiblissement sociétal est devenu un handicap à l’intégration des immigrés. Cet affaiblissement est lié à une disqualification de références qui étaient communes. Il est évidemment souhaitable que l’on arrive à créer à nouveau ce lien social. Est-ce qu’on peut? Je ne sais pas car je ne peux pas lire dans le marc de café. 

Cela fait des années qu’on dit que notre système d’intégration est en panne, et vous le répétez fort justement dans votre livre. L’essentiel des flux migratoires venant du regroupement familial, l’heure n’est-elle pas venue d’y mettre fin? 

Je pense que c’est une fausse question. Le vrai enjeu, c’est le découplage entre immigration et travail. Si l’immigration familiale qui arrive pouvait facilement s’intégrer au marché du travail, cela aiderait à l’intégration. Ce qui nous inquiète, ce sont les phénomènes de fermeture. À mon avis, ils ne sont pas liés au nombre. De plus, il faut savoir que la majorité du regroupement familial est composée des rapprochements de conjoints de Français. L’autre partie, celle qui concerne les résidents non Français, représente aujourd’hui autour de 15 000 personnes par an. Le problème du regroupement familial, il vient quand une partie du regroupement est dans une situation d’enfermement communautaire, indépendamment de sa nationalité. 

Mais il y a des cas d’Orientaux présents depuis plusieurs années, qui ont fait de grands efforts d’intégration et lorsqu’une conjointe ou de la famille arrive du pays d’origine, ils sont à nouveau aspirés par leur culture d’origine!

Tout à fait, et c’est ce que je résume quand je dis que la particularité de la période, c’est que les écarts entre pays d’émigration et d’immigration se sont durcis, en particulier à partir de la conscience religieuse.

À ce sujet, comprenez-vous qu’une partie des Français ait peur d’une islamisation de la France accentuée par l’accueil d’immigrés venant de pays musulmans? 

Il y a une crainte politique et sociétale qui est compréhensible puisque la pression islamiste est une pression extrêmement forte au niveau mondial. Il est donc légitime que des gens s’interrogent pour savoir si on va échapper ou non à cette pression. 

Dans un sondage IFOP de décembre 2018, deux tiers des Français estimaient que l’immigration avait un effet négatif sur la sécurité. Y a-t-il un lien entre insécurité et immigration? 

Il y a un lien, qui n’est pas automatique, entre situations sociales précaires et délinquance d’appropriation. En grande partie, cela est lié à l’absence de perspectives de travail. Dans certaines zones touchées par la désindustrialisation, il y a une, voire deux générations, où des personnes sont sans travail. Pour ces personnes, la perspective de ressources se fait par exemple avec la drogue. Mais il ne faut jamais oublier que le marché de la drogue, c’est un transfert de richesses entre les couches sociales aisées et les couches sociales pauvres, qui se passe en grande partie à partir de nos enfants. Ce transfert de richesses se fait aux dépens de tous et au profit de quelques-uns. 

A ne pas manquer: Notre numéro en kiosque, Causeur #86 : Assimilez-vous!

Une dernière chose: un couple d’Iraniens dont l’homme s’est converti au christianisme a été condamné à mort en Iran selon leur avocat, l’homme pour apostasie, la femme pour adultère. Fin décembre, l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) a refusé leur deuxième demande d’asile, ce qui a indigné leur avocat et une partie de l’opinion. Cette situation est-elle normale? 

J’ai vu cela oui, mais je ne connais pas le dossier donc je ne peux pas me prononcer. Etre officier de protection à l’OFPRA demande une technicité extrêmement forte. C’est un métier très dur qui suppose une connaissance très forte des pays d’où viennent les demandeurs d’asile! Et tout l’enjeu est de protéger le droit d’asile, c’est-à-dire de faire en sorte que n’en profitent pas des gens qui n’en relèvent pas. La difficulté est que la connaissance intime des pays ne peut pas toujours s’appuyer sur des visites de terrain, on n’envoie pas facilement des agents vérifier des dires en Afghanistan, par exemple, et tous les Afghans qui demandent l’asile en Europe ne sont pas nécessairement anti talibans. Dans nombre de pays, on ne dispose pas de réseaux d’organisation par critères. Cette situation est très différente de celle de l’immigration espagnole après la guerre civile par exemple, où des partis républicains d’Espagne aidaient l’Office central pour les réfugiés espagnols à faire le tri.

Ce grand dérangement: L’immigration en face

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Sahel: l’impasse

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L’analyse de Jean-Baptiste Noé, rédacteur en chef de la revue de géopolitique Conflits


L’année 2021 a débuté dans la douleur pour l’armée française avec cinq soldats tués, à chaque fois des morts causées par des explosions de mines. Il appartient aux services adéquats de l’armée de terre de vérifier la sécurité de ses soldats et la capacité des véhicules de transport à résister à ce type de charge. Mais au-delà de ces morts, ce pourrait être l’occasion de s’interroger de façon profonde sur la notion de terrorisme et ses corollaires : la lutte contre le terrorisme et la présence de l’armée française dans le Sahel.

Terrorisme: une erreur de concept

Depuis plusieurs années nous sommes victimes d’une intoxication intellectuelle autour de la question du terrorisme. Dire que nous sommes « en guerre contre le terrorisme » ou que nous luttons contre les terroristes n’a pas de sens. Le terrorisme est une stratégie militaire, non un adversaire. On ne lutte pas contre le terrorisme, de la même façon que l’objectif final ne peut être la lutte contre les conducteurs de chars ou les pilotes d’avion. Or depuis les attentats de 2001, le terrorisme est présenté comme une personnalité et un tout, chose qu’il n’est pas. Au moment de la guerre d’Indochine et durant la guerre d’Algérie, l’armée française ne luttait pas contre le terrorisme, mais contre les Vietminh ou les fellagas, qui faisaient usage du terrorisme comme stratégie militaire. Nous sommes ici intoxiqués par le refus de nommer l’adversaire que nous combattons, soit parce que nous ne voulons pas le nommer, soit parce que nous ne voulons pas reconnaitre que nous n’avons pas d’adversaire.

Contre qui sommes-nous en guerre au Sahel : le Mali, le Niger, des groupes touaregs ? Apparemment non. Éventuellement on dira ici et là que nous sommes en guerre contre l’islamisme. C’est déjà un peu plus précis, mais c’est tout autant inexact : on ne combat pas des idées avec une armée et des déploiements militaires. L’existence de l’État islamique avait au moins cela d’utile que nous pouvions enfin lutter contre une entité définie et cohérente. Pour le reste, la lutte contre le terrorisme est un échec.

Le terrorisme en France, pas au Sahel

La présence française au Sahel a débuté avec l’opération Serval (janvier 2013 – juillet 2014) puis s’est poursuivie avec l’opération Barkhane (août 2014).

On nous assure ainsi que notre présence au Sahel est indispensable afin de lutter contre le terrorisme en France, sans que le lien de causalité ne soit jamais démontré. En quoi est-ce indispensable de se déployer au sud du Sahara pour éviter un attentat à Strasbourg ou à Lyon ? Des services de renseignement, de police et de justice adaptés ne seraient-ils pas plus utiles ? Cette présence militaire n’ayant pas « d’effet final recherché » clair, elle peut être sans fin puisqu’étant sans objectif. Elle est indubitablement utile pour les militaires : elle leur permet de s’entrainer en conditions réelles, ce qui est une nécessité, elle leur permet aussi de monter en grade et en avancement ailleurs que dans des bureaux d’état-major, ce qui est plus glorieux. Pour le reste, le lien entre nécessité de cette opération militaire et défense de la sécurité de la France reste encore à démontrer.

Le Sahel: cause de la Libye

Pour les comprendre, il faut sans cesse revenir aux causes des événements. Si la France a dû intervenir au Mali, à la demande de son gouvernement, c’est qu’une escouade de Touaregs armés menaçait de s’emparer de Bamako et de renverser le régime. Or ces Touaregs furent armés grâce à Kadhafi qui, avant d’être renversés, leur donnèrent les clefs de ses stocks d’argent et de munition. La cause directe de la déstabilisation du Mali et de la bande sahélienne où nous sommes aujourd’hui embourbés est l’intervention militaire franco-otanienne en Libye en 2011. Une intervention qui alla au-delà du mandat de l’ONU et qui créa un chaos dont nous ne sommes toujours pas sortis. Là réside une partie des causes des mouvements migratoires à travers la Méditerranée, le verrou libyen ayant sauté, puis la déstabilisation du Sahel. En quelque sorte, nous essayons de réparer les pots que nous avons cassés il y a désormais dix ans. À l’époque, c’était Alain Juppé qui était le brillant ministre des Affaires étrangères qui défendit avec vigueur cette opération. Remplacé ensuite par Laurent Fabius, qui voulut mener la même opération brillante en Syrie afin de « renverser Bachar ». Pour les remercier de cette clairvoyance et de cette haute contribution à la stabilité moyen-orientale, ils furent tous deux nommés au Conseil constitutionnel, dont l’un comme président.

Une mentalité coloniale diffuse

Toujours en Afrique, la France intervient en Centrafrique en 2013 avec l’opération Sangaris (2013-2016) afin de pacifier un pays en situation de guerre ethnique majeure.

Si cette opération fut un succès à court terme, notamment en démilitarisant une partie des milices séléka et anti-balaka, elle n’a rien résolu sur le long terme, les violences étant reparties et avec elles les massacres de populations civiles. Les élections présidentielles qui se sont tenues le 27 décembre dernier ont certes permis l’élection d’un nouveau président, mais elles sont très loin d’avoir réglé un problème endémique qui est d’abord un problème ethnique.

Force est donc de constater que les opérations militaires que nous avons menées ces dix dernières années, si elles sont techniquement des succès à court terme et si elles permettent à l’armée française de se déployer sur des théâtres d’opérations réels, ce qui est nécessaire pour maintenir son niveau, ne résolvent pas les problèmes humains posés dans ces pays. Et elles ne peuvent nullement prétendre les résoudre puisque ces problèmes trouvent leurs origines dans des luttes ethniques et tribales qui ont débuté bien avant la première colonisation de l’Afrique (1880). Malheureusement, pour nos militaires et pour les populations de ces pays, certains pensent encore que la démocratie est la seule voie possible de la pacification et que l’imposition du modèle européen réglera les problèmes de ces pays. Couplés au mirage du « développement » qui dilapide une partie de l’argent collecté en France via des associations et des organismes humanitaires qui n’ont jamais pu démontrer leur utilité concrète, nous demeurons pour l’essentiel en Afrique avec une mentalité qui reste figée dans les schémas coloniaux. Bien que la plupart des pays africains aient obtenu leur indépendance en 1960, soit tout juste soixante ans, la mentalité coloniale, mère de l’intervention humanitaire et du mythe du développement, est encore loin d’être dissipée. Cela donne raison à des hommes comme Guizot, Bastiat ou Tocqueville, qui dans les années 1830-1850 s’opposaient aux aventures coloniales en considérant que chaque peuple devait être maitre et libre de son destin, sans que d’autres éprouvassent la nécessité de leur dire dans quelle direction il fallait marcher. Il n’est nullement certain que l’année 2021 permette de dissiper ces mythes.

Source: Institut des libertés.

Au Népal, on rêve du retour de la monarchie

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Le petit État de l’Himalaya est en pleine crise identitaire, alors que la Chine et l’Inde y ont trouvé un nouveau terrain d’affrontement.


C’est un combat anachronique qui se joue actuellement au Népal. Il y a trois semaines, face aux pressions exercées dans la rue par les royalistes qui réclament le retour du roi Gyanendra Shah sur son trône et aux divisions internes qui minent son gouvernement, le Premier ministre marxiste Khagda Prasad Sharma Oli a annoncé la dissolution du parlement et des élections anticipées prévues pour le 30 avril prochain.

Dans cet Etat de l’Himalaya en pleine crise identitaire, les Népalais appellent désormais au retour de la monarchie renversée en 2008. Tapies dans l’ombre, Chine et Inde jouent une impitoyable partie d’échecs afin de préserver leur sphère d’influence dans cette partie de l’Asie.

Un pays troublé

Depuis plusieurs jours, le Népal vit aux rythmes des manifestations en faveur du retour de la monarchie. Par dizaines de milliers, les rues des principales villes du pays, dont la capitale Katmandou, se sont couvertes de drapeaux de l’ancienne monarchie défunte et de portraits du roi Gyanendra Shah. Monté sur le trône en 2001, après un parricide particulièrement sauvage, le dernier monarque du Népal a été contraint à l’abdication après sept ans de règne marqué par une tentative de restauration de l’absolutisme qui a précipité sa chute. Exilé de l’intérieur et bénéficiant de larges privilèges, que la coalition marxiste au pouvoir depuis 2017 a tenté vainement de faire retirer, le souverain reste une voix critique.

Il n’a pas hésité à remettre publiquement en question l’adoption de la laïcité et la fédéralisation du pays qui ont mis à mal l’unité du pays forgée sous le sceau du roi Prithivî Nârâyan Shâh au cours du XVIIIème siècle. Lorsqu’ils ont pu se hisser au pouvoir après une longue rébellion d’une décennie et avec la complicité du Congrès népalais, pourtant soutien à la royauté des Bir Bikram Shah, les communistes et marxistes-léninistes ont été porteurs d’espoirs. Rattrapés par la réalité des affaires, le Népal connaît aujourd’hui une grave crise économico-sociale que la crise du Covid-19 a achevé de plonger dans une instabilité politique chronique. Aujourd’hui les partis de gauche sont à couteaux tirés et les monarchistes se sont engouffrés dans les multiples brèches ouvertes par le gouvernement.

Kamal Thapa fédère les monarchistes

Le Rashtriya Prajatantra Party est ainsi une épine dans le pied d’argile de la République fédérale. Ultra-monarchiste et hindouiste convaincu, Kamal Thapa a réussi à fusionner sous le nom de son mouvement toutes les composantes royalistes du pays. À la tête de la première force politique extra-parlementaire, l’ancien (deux fois) vice-premier ministre tire actuellement à boulets rouges sur les marxistes, les Chrétiens qui essaiment et menacent l’identité religieuse du pays selon lui ou encore contre la Chine et l’Inde qui se disputent le contrôle du Népal. New Delhi ne fait pas mystère de son soutien public au roi Gyanendra Shah, l’Inde l’a rencontré à de nombreuses reprises. Au grand dam de Pékin qui a récemment dépêché une délégation afin d’imposer sa médiation dans le conflit opposant les maoïstes dissidents et les marxistes-léninistes et empêcher le retour à l’ancien régime qui s’est acheté une bonne conduite aux yeux des Népalais. Un souverain qui vient justement de débarquer dans l’Est du pays et devrait rencontrer les différents leaders royalistes du pays afin de discuter de la situation du pays. Le Népal va-t-il retrouver sa monarchie ? Le Congrès népalais, principal parti d’opposition, reste encore très frileux quant à cette perspective et rejette toute proposition de référendum en ce sens. «La monarchie ne reviendra pas au Népal. Les manifestations pour son rétablissement se poursuivent en raison de l’incompétence du gouvernement Oli à gouverner », croit savoir Sher Bahadur Deuba, ancien Premier ministre, qui minimise la portée de ces rassemblements dont le principal slogan est « Roi, reviens nous sauver ». « Notre nation doit retrouver évidemment sa monarchie et son statut d’état hindou. Tant que nous n’atteindrons pas notre objectif, nous nous battrons pour cela » lui ont répondu en cœur les monarchistes, le 27 décembre dernier.

Dans tes gênes!


Il manquait une rubrique scientifique dans Causeur. Peggy Sastre vient combler cette lacune. À vous les labos!


L’humain est ainsi fait qu’il lui est difficile de faire le mal sans raison et, surtout, sans raison qui ne lui donne l’impression de ne pas le faire. S’il peut y avoir 1 ou 2 % d’authentiques psychopathes dans une population, 98 à 99 % des gens devront toujours se trouver au préalable une excuse, un prétexte, un récit pour parvenir à nuire à leurs congénères en étant persuadés de la justesse, voire de la bienveillance de leur dessein. Une logique qui reste la même quelle que soit l’envergure du dommage. C’est celle du voisin qui déverse sa poubelle dans votre boîte aux lettres parce qu’il trouve que vous avez été trop bruyant en rentrant hier soir. Ou du taliban qui vide son chargeur dans la tête d’un écolier de Peshawar pour le punir d’être le fils d’un soldat d’une armée qu’il combat depuis des lustres. Dans les deux cas, l’envie de cruauté n’est pas suffisante pour motiver le passage à l’acte, il est nécessaire d’en faire un terreau moral où les racines du mal seront invariablement et a priori plantées chez son adversaire désigné – « c’est pas moi qu’ai commencé ».

Justification morale

Un tel processus de « justification morale », comme l’a conceptualisé le psychologue canado-américain Albert Bandura, est une formidable baguette magique. Grâce à elle, des actions intrinsèquement destructrices se voient transformées en démarches individuellement et collectivement acceptables, si ce n’est recommandables. Et plus les causes qu’on s’imagine servir sont grandioses, plus durs et nombreux seront les coups permis, la bonne conscience enflant à mesure que l’ineptie des premières le dispute à la violence des seconds. « Certainement qui est en droit de vous rendre absurde est en droit de vous rendre injuste », écrit Voltaire. Les humains ont cette propension à tuer « pour des idées fumeuses plus férocement que d’autres créatures tuent pour manger », ajoute cent soixante-dix-huit ans plus tard l’anthropologue américain Loren Eiseley. En nous dotant d’un système de valeurs qui nous attribuera forcément le plus beau rôle, la morale occulte par la même occasion toutes les effusions de sang requises pour que nos si fameuses « meilleures intentions du monde » en viennent à se concrétiser.

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Plus précisément, lorsqu’il s’agit de déterminer ce qui nous semble moralement bon ou mauvais, nous formons des croyances qui ne sont pas comme les autres, notamment en ce qu’une fois intégrées, elles résistent beaucoup mieux à l’autorité. En outre, les humains ont tendance à être objectivistes dans leurs croyances morales : ils ne les jugent pas comme de simples préférences, au bout du compte toujours relatives, mais y voient des manifestations du vrai ou du faux. Ce qui fait qu’ils ont toutes les difficultés du monde à ne pas considérer comme déviants les comportements de leurs congénères qui y contreviennent et n’ont que peu de velléités de compromis. Les convictions morales sont ainsi considérées comme des prescriptions universelles, régissant ce que chacun « doit » ou « devrait » faire. Que d’autres personnes enfreignent ces attentes et contestent leurs opinions peut susciter de fortes réactions émotionnelles susceptibles d’aller jusqu’à la violence. En termes cognitifs, c’est la face noire de la morale. Scott Philip Roeder, qui décida le 31 mai 2009 d’abattre en pleine messe le Dr George Tiller parce qu’il dirigeait une clinique d’IVG dans le Kansas était animé par de profondes convictions morales qui lui ont fait percevoir son geste comme un impératif. Idem pour tous les extrémistes, qu’importe la diversité de leurs obédiences : la force de leurs valeurs morales fait qu’ils sont plus disposés à accepter la violence lorsqu’ils la voient servir leur cause.

La face noire de la morale au cœur de notre cerveau

Publiée le 16 novembre dans la revue American Journal of Bioethics Neuroscience, une étude menée par des chercheurs de l’université de Chicago dirigés par Jean Decety, docteur en neurobiologie et professeur de psychologie et de psychiatrie, éclaire ce tableau d’un peu de physiologie et cible la face noire de la morale au cœur de notre cervelle. En l’espèce, ce travail identifie les mécanismes cognitifs et neuronaux spécifiquement associés à la justification de la violence sociopolitique et montre que leur activation est fonction de la force des convictions morales portées par les individus concernés.

Pour ce faire, les chercheurs ont passé des annonces dans la région métropolitaine de Chicago où ils ont recruté 32 personnes se définissant comme de gauche (18 femmes et 14 hommes âgés en moyenne de 23 ans, l’échantillon allant de 18 à 38 ans) qu’ils ont ensuite interrogés sur des sujets caractéristiques du clivage progressiste/conservateur (avortement, immigration illégale, aide extérieure, taux d’imposition, limitation du pouvoir de l’État, etc.). Lors de l’expérience à proprement parler, les cobayes devaient regarder des photos de récentes manifestations ayant tourné à l’émeute qui, sans qu’il soit possible d’en déterminer les enjeux véritables, étaient censées défendre les causes qui leur étaient plus ou moins chères. Consigne : en trois secondes, indiquez sur une échelle de 1 à 7 si ces violences vous paraissent ou non justifiées. Pendant ce temps, les scientifiques surveillaient leur cerveau par IRM fonctionnelle, histoire de voir quels circuits étaient en train de s’activer. Decety et ses collègues avaient émis deux hypothèses : soit l’effet des convictions morales allait être d’atténuer le processus normal d’inhibition des pulsions antisociales, soit elles devaient augmenter la valeur subjective que les participants pouvaient accorder aux actions violentes qui leur étaient présentées.

Les résultats penchent vers la seconde option car ce sont le striatum et le cortex préfrontal ventromédian, régions impliquées dans le circuit de la récompense, du plaisir et de la prise de décision, qui s’activent avec une intensité proportionnelle à la force des convictions morales. À l’inverse, ces zones du cerveau sont restées relativement silencieuses quand les participants n’approuvaient pas les violences qui leur étaient présentées. En résumé, selon que la flambée de violence semblait ou non aller de pair avec leurs convictions sociopolitiques personnelles, les participants ne la peignaient pas de la même couleur morale – ils la voyaient en bien s’ils pensaient qu’elle servait une cause qui leur plaisait, mais en mal dans le cas contraire. Ce qui indique bien que la force d’une conviction morale est capable de contrecarrer l’aversion naturelle que ressent presque tout un chacun rpour le mal infligé à autrui.

Référence : tinyurl.com/LeMalPourUnBien

Donald Trump: le show est fini

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Seul, terriblement seul. Donald Trump n’est plus l’homme le plus puissant du monde. Battu, humilié, définitivement acculé face au vide vertigineux de la perte du pouvoir; le grand enfant facétieux qui séduisit tant de laissés pour compte s’est fait tyran immature, starlette de la télé-réalité refusant d’admettre qu’elle devait quitter le loft rempli de caméras qu’a été la Maison blanche pendant ces quatre dernières années.


Tel Néron assistant au grand incendie de Rome depuis ses appartements, Donald Trump a dû se résigner à voir ses partisans lancer l’assaut contre le Capitole, symbole d’une première démocratie du monde devenue première farce mondiale. Pis, il n’a même pas eu le courage d’assumer ses responsabilités, agitant des fraudes qu’il n’a jamais pu prouver concrètement. Quatre de ses supporters sont en effet morts pour lui, convaincus que l’élection avait été truquée et qu’ils étaient les derniers remparts des institutions étasuniennes. Ils ont reçu pour prix de leur dévouement l’honneur suprême d’être traités de « losers », vocable favori du président sortant. Des belles âmes qui hurlaient leur indignation contre les violences policières, ils ne recevront que le mépris ou l’indifférence.

Donald Trump n’avait pourtant pas à rougir, ni de son bilan, ni de son résultat à l’élection présidentielle de novembre dernier. Il avait ainsi annoncé avant tous les autres, sous les railleries des médias officiels et de ses adversaires, qu’il y aurait un vaccin contre le « virus chinois » qui nous permettrait peut-être de reprendre une vie normale avant la fin de l’année 2020. Il ne s’était pas trompé, mais le monde l’a su avec une semaine de retard. Les laboratoires ont-ils volontairement caché cette information pour ne pas donner raison à ce président honni ? Nous ne le saurons jamais, au fond, cela n’importe que peu. Nous ne saurons pas non plus si cela aurait changé le cours de cette élection. En 2016, Donald Trump avait gagné à la surprise générale, bénéficiant d’un élan de sympathie venu du cœur de l’Amérique, d’une Amérique oubliée en passe d’être définitivement reléguée au second plan.

A lire aussi, Jeremy Stubbs: La morte du Capitole: ni terroriste, ni martyre

Une petite partie de cette Amérique l’a soutenu jusqu’au bout, jusqu’au fanatisme ; les plus ardents de ces hommes et de ces femmes étaient d’ailleurs réunis devant le Capitole, prêts à faire basculer le pays dans une révolution, une nouvelle guerre de Sécession. De fait, sécession il y a. Les États-Unis ne forment plus une nation homogène ; les tensions entre les territoires les plus prospères, entre les populations les plus diverses, entre les modes de vie et les systèmes de valeur se font de plus en plus intenses chaque jour. Si Donald Trump est responsable d’avoir fait penser à ceux qui le soutenaient qu’il allait se maintenir pour un second mandat, l’intelligentsia médiatique, numérique et politique est coupable d’avoir jeté de l’huile sur le feu pendant quatre ans. Coupable d’avoir criminalisé les opinions d’une moitié de l’Amérique. Coupable d’avoir invisibilisé les souffrances de ceux qui n’ont pas le droit de souffrir, white trashs ridiculisées par Hollywood. Coupable d’avoir organisé une véritable insurrection dans toute l’Amérique à la suite de la mort de George Floyd.

Parades de freaks

En tout état de cause, il n’était pas illogique qu’il perde en novembre. Avec 74 millions de voix, Donald Trump n’a pas démérité, bien qu’il ait failli dans les États de cols bleus arrachés au forceps à Hillary Clinton la dernière fois. Misant parfois plus sur le show que sur la sincérité, l’ancien président a perdu chez ces travailleurs modestes les quelques voix qui auraient pu lui éviter cette sortie déshonorante. Oui, son mandat a été saboté, c’est le jeu de la politique. Lui-même n’a jamais fait dans la demi-mesure pour évincer ses adversaires dans les affaires ou en politique, ne reculant pas plus devant la violence que devant l’outrance. Une outrance partagée par les plus radicaux des progressistes comme les plus radicaux de ce qui était, usons volontairement du passé, le trumpisme. Des conspirationnistes de Q-Anon aux mémoricides d’Evergreen, nous voyons de grandes parades de freaks que l’Amérique produit de manière industrielle. Pour preuve, le personnage excentrique de Q-Shaman, vêtu tel un David Crockett mutant aux tatouages vikings et indiens qui s’est emparé du micro de la salle du Congrès, avant de se prendre en photo dans les couloirs.

Des partisans radicaux de Donald Trump, entrés dans le Capitole, s'adressent aux policiers le 6 janvier 2021 à Washington © Manuel Balce Ceneta/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22528058_000027
Des partisans radicaux de Donald Trump, entrés dans le Capitole, s’adressent aux policiers le 6 janvier 2021 à Washington © Manuel Balce Ceneta/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22528058_000027

Que voulaient ces gens ? S’agissait-il de fascistes disciplinés à la détermination sans faille, désireux de provoquer un coup d’État comme l’avait voulu le colonel Tejero en février 1981 en Espagne ? Non, il y avait chez ces pauvres hères, embarqués dans un monde parallèle de croyances irrationnelles, que Donald Trump a exploités avec le plus grand cynisme, une touchante naïveté. Ils sont, de la même manière que ces monômes progressistes, les victimes d’un Occident décadent désormais dépourvu de toute verticalité. Un Occident qui, faute de trouver un principe supérieur organisateur, préfère s’abandonner aux bras de Satrapes qu’on croyait autrefois exclusivement orientaux.

Le populisme de Trump est malsain

L’appel au calme lancé par the Donald, dans lequel il a conspué ceux-là mêmes qui l’avaient porté au pinacle, a montré l’aspect le plus pathétique de cet homme. Il semble n’avoir toujours pas compris qu’il n’a été que le véhicule, le porte-voix d’un moment historique pour un peuple américain tenant des traditions des premiers colons qui refusait de mourir. Du césarisme, il n’a gardé que le goût du décorum. Tout ce qu’il a fait sera effacé, définitivement oublié. Pour une raison très simple ; le culte de la personnalité réclame des qualités extraordinaires dont il était dépourvu. Son énergie, sa détermination, son charisme et ses aptitudes au commandement n’ont pas pu combler son déficit culturel et son manque cruel de sensibilité.

Un populisme sain se doit non seulement de répondre aux attentes matérielles d’un peuple mais aussi, peut-être plus encore, à ses aspirations spirituelles. Le populisme bien pensé est émancipateur. Il ne doit pas niveler par le bas ; il ne doit pas flatter les instincts les plus triviaux. Face à un système organisant une révolution permanente articulée autour d’un discours millénariste puissant, l’alliance contre-nature du conservatisme légaliste et d’une forme de populisme populacier échouera toujours à terme. Il est nécessaire de trouver une dialectique commune qui puisse traduire intelligiblement le cri du cœur lancé par les victimes du totalitarisme soft de la globalisation. Non pas en mariant de force les contraires, mais en leur donnant un but commun.

A lire aussi, du même auteur: Les conservateurs du monde entier orphelins

Il est à craindre que le show à l’américaine du président Trump n’ait durablement freiné le processus. Pour s’en convaincre, il suffit de constater qu’Emmanuel Macron a jugé bon s’adresser à la nation à trois heures du matin, dans un « franglish » ridicule que surlignait la présence d’un drapeau américain en arrière-plan, en prenant des airs d’acteur de film catastrophe à petit budget, commentant tel un gouverneur de la Californie un évènement qui était manifestement voué à l’échec. Il a fait cela par goût personnel du spectacle comme par intérêts politiques, comprenant bien que ces échauffourées diffusées en mondovision allaient lui servir d’argument sur le plan domestique.  

Twitter relègue Trump au rang de vulgaire troll

Agiter le spectre Trump mettra désormais un terme définitif à toutes les discussions politiques sérieuses, remplaçant l’archaïque point Godwin par un exemple beaucoup plus récent et connu de tous. Dans les mémoires, Donald Trump prendra la place de Dionysus de Syracuse qui chassait les Pythagoriciens. Lui ne chassait pas grand-chose, pas même les progressistes. Il avait au moins le bon goût de ne pas déclencher ces guerres si chères aux faucons de George Bush junior ; souvent d’anciens gauchistes devenus les plus sûrs défenseurs du marché libre, éclairé, dominateur et aveugle. Un marché qui aura le petit doigt sur la couture du pantalon face à Kamala Harris et ses sbires. Un marché qui a bien compris que la « diversité » générait autant d’affrontements que de clients potentiels. 

Les géants du numérique et les médias officiels avaient malgré eux bien aidé Donald Trump il y a quatre ans. Ils ont retenu les enseignements de 2016. Ils se sont arrogés des pouvoirs considérables, censurant sans vergogne le président Trump – relégué au rang de vulgaire troll –. Les géants du web sont maintenant les maîtres du monde alors qu’ils ne sont que des prestataires de services… publics et nécessaires. Cette tyrannie numérique aux allures de dystopie cyberpunk se renforcera dans les années à venir puisque ces opérateurs privés détiennent un monopole que nul ne leur conteste, hors la Russie ou la Chine. Il est d’ailleurs possible qu’ils décident d’éliminer Donald Trump de Facebook, Instagram et Twitter à vie. De quoi remettre une pièce dans la machine conspirationniste. On peut d’ailleurs se demander pourquoi aucun État ne semble vouloir régler sérieusement cette question et en finir avec ces Compagnies des Indes aux visées idéologiques manifestes. Comment se fait-il qu’un petit réseau créé pour noter le physique des filles d’une université américaine soit désormais plus puissant que de nombreux États ? S’ils sont capables de se moquer ainsi d’un ancien président, vous pouvez deviner ce qu’ils peuvent faire aux autres… Cette fois-ci, c’est Donald Trump qui a été leur idiot utile. Cruel renversement.

Au fond, nul ne veut de véritable changement : pas plus les antisystèmes issus du système comme Donald Trump que les défenseurs officiels du progrès à tout crin. Le monde tel qu’il est organisé présentement sied fort bien à ces élites consanguines, déracinées et avides, d’où qu’elles viennent. Plus personne ne croit en rien. Jamais dans l’histoire de l’Humanité, les dirigeants de l’Occident n’avaient été aussi puissants et éloignés des intérêts des peuples. La Chine, elle, a conscience de son passé et se projette avec confiance dans le futur. Ce sursaut provoqué par Donald Trump, qui ne fut pas sans quelques éclats dignes d’intérêt, en appellera d’autres. Il faudra toutefois ne pas oublier la leçon. Ne soyons pas des enfants en recherche d’un père tout-puissant qui se montrera toujours défaillant. Ne tombons pas dans le culte de la personnalité. Soyons enfin des acteurs et non des spectateurs.

L’élégance masculine, ce savoir-vivre

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Sous le pseudonyme du Chouan des villes, un dandy érudit livre une philosophie du chic, avec exemples à l’appui.


Comme chacun sait, l’élégance masculine classique doit l’essentiel d’elle-même à l’Angleterre et la plupart de ses codes au sport, à l’exploration et à la guerre, la coupe et la finition d’un vêtement devant permettre une identification immédiate tout en permettant des mouvements parfois violents. Élégance et héroïsme se marient ainsi dans l’imaginaire du tailleur et de ses clients, qui, de manière subliminale, désirent ressembler à l’archétype de l’officier.

Le dandysme, ce classicisme intégral

Cet idéal, celui de l’homme classique ou du gentleman – à juste titre préféré à celui, ô combien équivoque, du dandy – Le Chouan des Villes, pseudonyme d’un énigmatique Nantais, l’illustre dans sa vie depuis à peu près quarante ans et le défend depuis une quinzaine d’années sur la toile par le biais d’un blog célèbre. Naguère, j’ai eu l’occasion de dialoguer avec cet érudit qui est avant tout un homme de goût, entre autres pour un numéro de la revue littéraire Livr’Arbitres sur le dandysme. Le Chouan des Villes prône, sur le plan du vêtement mais aussi du savoir-vivre, les deux étant pour lui liés, un classicisme intégral, mode avoué – revendiqué même – de résistance à une modernité décadente. Notre Chouan se dit disciple de Pascal et de Baudelaire, de Barbey d’Aurevilly et de Toulet – un raffiné révulsé par l’uniformité et la monotonie d’une époque de moins en moins tolérante, car la beauté est devenue suspecte, presque coupable. La grisaille, la manie de l’égalité, telles sont ses – nos – mortelles ennemies !

A lire aussi, Thomas Morales: Pourquoi les auteurs ont-ils abandonné la cravate et aussi la veste à la télévision?

Le Chouan des Villes est une sorte d’officier perdu qui mène un combat où « le réarmement civilisationnel passe par une réappropriation des codes vestimentaires ». Comme il le proclame non sans panache, « la nuit des inversions et des déconstructions n’a que trop duré ». Il n’est pas le seul : avant lui, sans bien entendu remonter à Barbey, l’Honorable James Darwen, avec son extraordinaire Chic anglais ; Tatiana Tolstoï, avec le précieux De l’Elégance masculine ; G. Bruce Boyer avec True Style  ont marqué les esprits. Plus près de nous, le tailleur Julien Scavini, architecte de formation et dessinateur dans le style de la ligne claire (Blake et Mortimer ne sont pas loin), a publié deux jolis essais d’inspiration classique.

Le Chouan des Villes s’inscrit bien dans une tradition pour qui l’habit est tout à la fois signe de contradiction et marque de respect pour soi-même comme pour autrui.

Contre la tyrannie du sweat à capuche

Son essai constitue l’examen minutieux, d’une rare cohérence, de la garde-robe classique d’aujourd’hui, de la robe de chambre chère à Diderot au nœud papillon. A la tyrannie des sweat à capuche, jeans troués et godasses en plastique, s’oppose le règne du costume trois pièces, du chesterfield et des boutons de manchettes. Eloge de la cravate et des gants, de la veste autrichienne (portée avec un foulard) et du richelieu (« oxfords not brogues », comme dit le héros du film Kingsman), courageuse défense du chapeau, ce livre bienvenu comblera tous ceux qui, comme l’auteur, poursuivent le rêve « d’une silhouette parfaite en ombre chinoise ».

L’Homme classique. Secrets d’élégance, par Le Chouan des Villes, préface et illustrations de Julien Scavini, AlterPublishing.

L’Homme classique: Secrets d’élégance

Prix: 17,00 €

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L’Air du pays

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Léon Mazzella capture quelques fragments du monde pour en saisir toute la volatilité sensuelle


Le choix de la première chronique littéraire de l’année s’apparente à la cueillette des champignons, dans un sous-bois, à l’automne, quand la feuille morte rythme le pas, quand l’incertitude guide la main du critique. La pluie grise les sentiments, la nature protège et isole; le critique hésite, il tâtonne, il se rétracte parfois, puis il se lance, il a enfin trouvé le livre qui correspond à son souffle intérieur, à son émotion du moment, à sa volonté de ne pas ensorceler le monde. En 2021, l’esprit ne sera ni à la querelle incestueuse, ni à la légèreté béate, plutôt à la beauté qui s’efface peu à peu, elle s’échappe, nous le sentons charnellement, et pourtant, il faut la retenir, s’incliner une dernière fois devant elle, la remercier encore et toujours. Se rappeler que sans elle, nous sommes des êtres désarticulés, surnuméraires fantômes. Cette beauté fugace n’est pas grandiloquente, elle ne bombe pas le torse, elle ne nous fait pas du gringue au coin d’une rue ou à la lecture d’un paragraphe trop étincelant; discrète, elle sait tenir ses distances.

Mazella caresse le désenchantement

Elle s’apprivoise difficilement. L’écrivain Léon Mazzella, styliste des terres basques, grand spécialiste du vin, part à sa recherche dans Le Bruissement du monde aux éditions Passiflore. Il est de ces explorateurs esthètes qui ne surjouent pas la surprise ou l’émerveillement. Ce gracquien sème la chronique au vent, sans charger sa phrase d’un affect débordant, elle garde sa pureté originelle tout en susurrant son pouvoir d’abstraction. Là, réside le charme vivifiant de ce recueil buissonnier qui promène son bonheur de vivre entre fragments, souvenirs d’enfance, nostalgie du cœur, sens de la transmission et plaisir du palais. Mazzella nous touche car, avouons-le, il caresse notre vieux monde, il cajole notre désenchantement, il ouvre la volière de notre mémoire. Ne vous méprenez pas sur son dessein, il ne panthéonise pas le passé, ce n’est pas un embaumeur, plutôt un exhausteur de goût. Son toucher de plume lifte l’existence, lui donne du rebond. Nous avons les mêmes codes d’entrée, les mêmes marottes, les Renault Floride et les chevauchées landaises de Christine de Rivoyre.

A lire aussi, du même auteur: Le livre, produit essentiel de l’année 2020

Compagnon hussard

Avec ce compagnon hussard, on se rappelle d’un texte lu à l’adolescence qui a fait chavirer notre suffisance, on se met alors à dessiner des volutes de Havane dans le ciel laiteux de la province française, à rêver aux seins obuesques de Silvana Mangano dans « Riz amer » ou à la bouche désirable de l’impénétrable Monica Vitti. À nous extraire simplement de notre quotidien par le talent des autres, voilà un résumé de ce que fut notre jeunesse. Pour nous, garçons ahuris, bouffis de caractères d’imprimerie et de cinéphilie, la réalité passe souvent par le tamis de la fiction. Mazzella est un merveilleux brouilleur de météo, il détraque toutes les horloges. Avec lui, la chronologie s’émancipe des dates. On le suit avec gourmandise dans cette belle littérature, giboyeuse et sauvage des Trente Glorieuses puis, le texte suivant, il nous ramène au présent, dans le spectacle chantant d’une bergeronnette grise ou la pesanteur ensoleillée d’un champ de maïs. Tantôt mélodiste d’antan, tantôt aquarelliste du paysage en mouvement, sa mélancolie sous-jacente n’est ancrée dans aucun port d’attache. Elle est libre, elle se moque des convenances, elle cabote sur des côtes intimes. C’est pourquoi nous prenons autant de plaisir à le lire, surtout quand il écrit: « Je suis Claude Sautet » ou qu’il fait l’éloge du stylo à plume: « Bonheur de retrouver le glissement de l’encre, sa fluidité, et le crissement sur le papier vergé ivoire, cette teinte bleu nuit qui forme les lettres, les mots qui naissent, le mouvement du poignet, le sang qui afflue sur la dernière phalange de l’index comme si nous labourions ». Mazzella sait, par instinct, qu’un bon livre ne ressemble pas à une autoroute rectiligne, il doit cahoter, ne jamais utiliser le même instrument de musique, de la variété naît l’harmonie. Mazzella ose passer de Gracq au Bricomarché, sublime impertinence et poésie de l’infiniment petit, de Calet à Anouk Aimée, de Larbaud à une libellule indisciplinée, de Gómez de la Serna au croquant du chipiron. Vive 2021 !

Le Bruissement du monde de Léon Mazzella – éditions Passiflore.

Le Bruissement du monde

Prix: 15,00 €

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La France peut-elle accueillir tous les Laye Fodé Traoré du monde?

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Stéphane Ravacley, un boulanger de Besançon employant un Guinéen en situation irrégulière s’est mis en grève de la faim il y a une semaine. Plus de 200 000 internautes ont depuis signé une pétition pour que l’apprenti ne soit pas expulsé. Selon eux, il faudrait “évidemment” régulariser le jeune migrant car il s’est intégré par le travail.


Interrogée sur le cas de Laye Fodé Traoré lors d’un déplacement dans le Doubs, la ministre du Travail Elisabeth Borne s’est contentée de dire qu’il s’agissait d’un cas particulier sur lequel “la justice administrative devrait se prononcer. » Sans un mot sur les difficultés provoquées par l’immigration clandestine dans le pays, la ministre techno a indiqué devant les journalistes ce qui la préoccupait véritablement : la France manque d’apprentis. “Il est vrai que nous devons former plus de jeunes dans certaines filières” a-t-elle affirmé, sans préciser si le gouvernement envisageait de remplir ces filières en orientant davantage les jeunes vers l’artisanat plutôt que vers les facs saturées… ou en faisant appel à plus d’immigration.

Venu en Europe en bateau gonflable

Laye Fodé Traoré aurait quitté sa Guinée natale en 2016 sur les conseils de sa mère adoptive, pour qu’il ne lui arrive rien de mal. Mineur, il parcourt le Mali puis la Libye, et il aurait ensuite traversé la mer Méditerranée seul sur un bateau gonflable pour gagner l’Italie. Il prend le train, et se retrouve à Nîmes. Dans la préfecture du Gard, une association l’envoie vers une autre structure à Gray, en Haute-Saône. Là, il recherche du travail en tant que plombier, sans succès. Sur les conseils de sa médiatrice, il accepte de travailler pour La Hûche à pain, boulangerie située rue Rivotte à Besançon. Le patron se réjouit de ce recrutement, le Guinéen étant selon lui “un super gamin qui parle français mieux que [lui]” et aussi “suffisamment motivé pour se lever à 3 heures du matin”. Fin d’une belle histoire ? Non. 

A lire aussi: Causeur #86: Assimilez-vous!

Fodé Traoré a perdu le statut de mineur isolé. La préfecture, estimant qu’il est désormais majeur, a l’idée saugrenue d’envisager de l’expulser ! Elle indiquait il y a quelques jours que les documents présentés par le jeune immigré n’étaient pas conformes. Et lui a adressé une obligation de quitter le territoire français, ce qui fait peur mais n’est que très rarement suivi d’effets. Depuis, l’affaire a pris un tournant médiatique. Sorte de Cédric Herrou des fournils, Stéphane Ravacley – 24 ans dans la boulangerie – ne peut plus faire travailler le jeune Guinéen, et est à la pointe de la contestation. Il a entamé une grève de la faim dimanche dernier pour faire parler de l’affaire et contester la décision de l’administration concernant son mitron. 

Des pleurs sur le plateau de Cyril Hanouna

Il s’est notamment épanché au micro complaisant de France inter, radio qui a fait connaitre la pétition protestataire qui a dépassé les 200 000 signatures en quelques jours : “On ouvre les portes à un gamin et on lui dit : T’en fais pas, on te protège tu risques rien. On lui alloue de l’argent, on le loge. Et deux ans plus tard, on lui dit : non ce beau rêve dans lequel tu étais, il n’existe plus, tu rentres chez toi !” En mettant en avant le caractère émouvant du parcours du jeune immigré dans les journaux, en pleurant sur le plateau de Cyril Hanouna, des questions légitimes ont été écartées, nous allons y venir.

Sous la pétition en ligne, c’est la grande litanie des bons sentiments. Les réactions sont unanimes. Albin s’indigne: “la France a-t-elle vraiment envie d’être indigne des Droits de l’Homme?” Corinne observe que, “pour Laye mais aussi pour tous ceux qui se sont intégrés et ont trouvé et fait leur place parmi nous, ils ne « prennent » rien ils apportent.” Selon Claire, “après tout ce chemin parcouru, l’absurdité d’expulser ce jeune homme est évidente.” Renée s’autorise une remarque plus philosophique : “Nous humains, nous devrions avoir le droit de vivre libre sur le sol que nous avons choisi”.

L’assimilation à la française en panne

Enfin, Catherine fait part de son expérience. Si elle signe elle aussi la pétition, elle n’en reconnait pas moins que certains immigrés posent des difficultés : “Mon compagnon est étranger et nous sommes dans l’attente de son titre de séjour. Il est inadmissible de faire attendre des personnes qui se sont intégrées ou ont fait des formations, qui parlent bien le français et qui bossent. A coté de ça quand je vais à la préfecture je suis dégoûtée de voir le nombre de familles qui ont plein de gosses, qui ont donc plein d’aides diverses et ne parlent pas le français ! Je connais même une personne qui vit en France depuis six ans qui ne sait ni lire ni parler notre langue, qui a fait de fausses déclarations à Pôle emploi (…) il faudrait commencer par faire du tri pour ceux qui ne foutent rien et qui nous coûtent une blinde au lieu de vouloir mettre dehors ceux qui méritent.”

A lire ensuite, Michel Aubouin: Le français, tu le parles ou tu nous quittes!

Avec un soutien aussi important, l’intégration de notre jeune mitron est-elle assurée ? L’avenir le dira. Le dossier du Guinéen aurait été repris en haut lieu par les autorités à Paris, croit savoir la presse locale… L’assimilation par le travail et la bonne maîtrise du français plaident évidemment en faveur de M. Laye Fodé Traoré, mais sa bonne intégration dans la société française ne peut aucunement être garantie par qui que ce soit. Une pétition, un chantage à la grève de la faim et des éditoriaux de gauche tous similaires ne sont pas l’assurance d’une régularisation.

Ces questions que les pétitionnaires écartent

On a dit que le Guinéen était arrivé seul par la mer. En réalité on n’arrive jamais véritablement seul, et cela fait partie du problème alors que le multiculturalisme – et son cortège de revendications communautaires et de fiertés mal placées – est entré depuis de nombreuses années en conflit avec le modèle autour duquel la France s’est construite. En effet, les individus sont porteurs d’habitudes, de codes, de modes de vie ou de pensée venus d’ailleurs, ce qu’explique très bien Bérénice Levet dans son dernier article sur l’assimilation. La philosophe y établit un diagnostic inquiétant de notre situation : “Avec l’universalisme et la laïcité, l’assimilation est une singularité française. De ces trois piliers, tous branlants aujourd’hui, l’assimilation est le plus chancelant.” Si les généreux pétitionnaires – qui signent en trois clics et peuvent montrer leur belle âme sur les réseaux sociaux – ne se les posent pas, des questionnements sous-jacents sont toujours latents dans ce type d’affaire. 

Tout d’abord, quel volume de mineurs de bonne volonté en provenance d’un continent malheureux et à la démographie galopante la France est-elle en mesure d’accepter ? Et a-t-elle les moyens d’écarter ceux dont la volonté d’intégration n’est pas réelle, dans un contexte de hausse des flux ?

Ensuite, en acceptant de garder Laye Fodé Traoré sur le sol français, quel signal envoyons-nous à toutes les mères souhaitant mettre leur progéniture à l’abri du danger ? Combien d’entre elles en Afrique sont déjà en train de penser à envoyer leurs fils sur les routes de l’exil ? 

A lire aussi, Bérénice Levet: L’assimilation, une ambition française

Comme M. Fodé Traoré est entré sur le territoire national en bafouant la loi, passe-t-on l’éponge sur ce point ? L’assimilation par un dur travail est-elle le seul critère qui doit nous préoccuper ? Et qui ira s’assurer du bon niveau de français évoqué par le patron ? 

Et si la boulangerie ferme?

Enfin, si la boulangerie de Monsieur Ravacley venait à fermer des suites de la crise économique liée au covid, est-on certain que ce dernier continuerait de soutenir le jeune immigré ? S’il ne le fait pas, sa subsistance devra-t-elle alors reposer sur la solidarité nationale ? 

Avec le chômage et l’insécurité, l’immigration apparait comme une des préoccupations majeures de l’opinion. Ceux des Français qui l’évoquent inlassablement étude après étude et qui ont les pires craintes sur cet afflux permanent ne supportent plus le chantage moral continu propre aux affaires du type de la boulangerie de Besançon. Si leur parole est déjà écartée des ondes de France inter, elle est également ignorée par la classe politique depuis des décennies. C’est un problème démocratique considérable. Un gouvernement aura-t-il le courage de dire en face des familles françaises que les métiers boudés – pourtant financièrement attractifs pour qui accepte de travailler beaucoup – ne sont définitivement plus pour elles si elles ne s’en emparent plus ?

A ne pas manquer: Jeunes de l’immigration, assimilez-vous ! Notre numéro de janvier

Cancel cul… quoi?

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Nancy Pelosy, le 3 janvier 2021 à Washington © Bill O'Leary/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22527062_000015

Le jeune correspondant du Washington Post à Paris éclate de rire quand Alain Finkielkraut évoque le « politiquement correct » et la « cancel culture ». Des évènements plus graves l’inquiètent…


Samedi 9 janvier, l’émission Répliques d’Alain Finkielkraut (France Culture) a pour titre Regards croisés sur l’Amérique et sur la France. Les débatteurs sont James McAuley, correspondant du Washington Post à Paris, et le philosophe Pascal Bruckner.

Le Washington Post est ce journal de gauche américain qui, après l’assassinat de Samuel Paty et la décision gouvernementale de réfléchir enfin au séparatisme qui plombe la société française, titrait: « Au lieu de combattre le racisme systémique, la France veut réformer l’islam. » Il est le même journal qui compte maintenant dans ces rangs Rokhaya Diallo, recrutement dont la principale intéressée s’est bruyamment auto-félicitée et auto-louangée.

Il est encore ce journal dont une des rédactrices en chef, Karen Attiah, a prétendu dans un tweet que la France avait pour projet d’attribuer des numéros d’identification aux enfants musulmans.

Le politiquement correct et le néoracisme, pas vraiment un problème pour le Washington Post

Comme le fait remarquer James McAuley à la fin de l’émission, il est un jeune homme de 32 ans – rien ne lui fait peur: ni l’islamisation de certains quartiers en France, ni le néo-féminisme virulent, américain et maintenant français, ni la « cancel culture », ni les dérives diversitaires et identitaires et le « politiquement correct » qui pourrissent les campus américains et de plus en plus les universités françaises.

Il éclate littéralement de rire à l’évocation de ces broutilles[tooltips content= »https://www.franceculture.fr/emissions/repliques/la-divergence-france-amerique à 27min32″](1)[/tooltips].

Washington, le 6 janvier 2020 © Julio Cortez/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22527680_000006
Washington, le 6 janvier 2020 © Julio Cortez/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22527680_000006

Quelque chose de bien plus grave vient de se passer aux États-Unis, dit-il: « Une tentative de coup d’État contre le gouvernement américain encouragé par le président lui-même ! » Le jeune journaliste a déjà oublié toute son histoire américaine, même la plus récente, lorsque les démocrates essayèrent de renverser immédiatement après son élection le tout nouveau président des USA en 2016, échouèrent dans un premier temps puis revinrent à la charge, via une nouvelle procédure de destitution (impeachment) en 2019. La tentative de renversement était alors, symboliquement et pragmatiquement, plus réelle et possiblement décisive que l’entrée chaotique et bruyante de quelques dizaines d’énergumènes déguisés en Davy Crockett ou porteurs du drapeau des Confédérés dans le Capitole. Lors de ces deux tentatives avortées de destitution, James McAuley ne s’est pas écrié – comme il l’a fait ce 9 janvier à propos des évènements du Capitole : « C’était une tentative de renverser la volonté du peuple. »

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Aucun mot non plus sur la scandaleuse fermeture définitive du compte Twitter du président Trump réclamée par des démocrates américains apparemment admiratifs des méthodes du gouvernement chinois, Michelle Obama en tête. Nancy Pelosi, plus rugueuse et impatiente que jamais, demande que soit appliquée la possibilité de défaire le président en exercice : les 11 jours qui lui restent à vivre sous le joug du tyran lui sont insupportables. Apparemment, c’est aussi le cas de James McAuley.

Avec Biden, les combats racialistes et diversitaires pourraient redoubler d’intensité

Une chose essentielle vient de se produire aux États-Unis : le président élu Joe Biden va pouvoir s’appuyer sur une Chambre des représentants à majorité démocrate et un Sénat à majorité démocrate. Rien ne pourra entraver ce nouveau gouvernement qui devra satisfaire son électorat. Par conséquent, les combats racialistes et diversitaires pourraient redoubler, sous les yeux de Chimène d’une grande partie des politiciens démocrates. La déliquescence universitaire va se poursuivre. Le repli sur le groupe ethnique, sexuel (ou genré, LGBT…), identitaire, va prendre des proportions inédites.

La « discrimination positive » va s’appliquer partout, à l’université comme dans les entreprises; les meilleurs se verront écartés; les niveaux d’instruction et de compétences continueront de s’écrouler. Le « politiquement correct » et la « cancel culture » qui font tant rire James McAuley vont s’amplifier jusqu’à rendre totalement impossible la transmission des connaissances historiques, politiques, littéraires, philosophiques, artistiques, etc., nécessaires à la constitution d’une classe de citoyens cultivés. Le concept de Vérité disparaîtra sous le fatras orwellien de la réécriture, de la novlangue du politiquement correct et du relativisme, celle du techno-monde fait pour les anywhere, tandis que le Mensonge militant permettra les prises de pouvoir, de postes, de gratifications, de tribunes numériques et politiques, aux plus futés qui auront su ériger leur couleur de peau, leur « orientation sexuelle », leur « situation de handicap », leurs discriminations, etc., en porte-étendard d’une cause qu’ils diront universelle et qui ne sera qu’individuelle et narcissique.

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On peut craindre pire que l’invasion du Capitole

Tout est déjà là et va s’accélérer car les démocrates lâcheront sur tous les tableaux. Il n’est pas impossible qu’une partie de la population américaine se voyant déposséder de tout – travail, langue, culture, tradition, possibilité d’ascension sociale – devienne extrêmement violente, suicidaire et jusqu’au boutiste. La mini-insurrection du Capitole, même avec ses cinq morts (dont trois crises cardiaques), n’a été que le dixième du quart de la moitié de ce qu’a connu la France pendant plusieurs mois avec la crise des Gilets jaunes. Les Américains, plus brutaux, surarmés, ont malheureusement les moyens de faire beaucoup mieux, c’est-à-dire bien pire.

Enfin, pour conclure, il est évident que la presse de gauche américaine qui ne se gênait déjà pas sous Trump pour critiquer la France, son « racisme d’État », son islamophobie, sa police raciste, son faux universalisme, sa laïcité douteuse, etc., va continuer son travail de sape. Elle trouvera comme d’habitude de très efficaces relais en France même, journalistes crépusculaires ou de radio publique, universitaires de Paris 8 et affiliés, personnalités médiatiques très militantes ou “racisées”, féministes mi-figues misandres, associations diverses à but très lucratif. Mais elle trouvera aussi, mieux vaut qu’elle soit prévenue, des Français qui ne s’en laisseront pas conter. Parmi ceux-là, Alain Finkielkraut et Pascal Bruckner. Et votre serviteur, bien sûr !

Un coupable presque parfait: La construction du bouc-émissaire blanc

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Répartition des migrants dans les régions: c’est non

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Jean-Paul GARRAUD photographié à Strasbourg © ISOPIX/SIPA Numéro de reportage : 00929422_000005

Une tribune libre de Jean-Paul Garraud, député européen (RN), qui estime que les régions n’ont pas vocation à devenir les sous-traitants des no borders franciliens.


Le 18 décembre dernier, la cour administrative d’appel de Bordeaux rendait une décision contestée. La cour a annulé l’arrêté d’expulsion d’un Bangladais vivant à Toulouse au motif que son pays souffrirait d’une pollution atmosphérique trop importante incompatible avec son asthme et ses apnées du sommeil… La préfecture de la Haute-Garonne a donc été désavouée, ce Bangladais devenant le premier « réfugié climatique » accepté en France. La préfecture de la Haute-Garonne peut encore saisir le Conseil d’État. Mieux, elle doit le faire car cette décision s’inscrit dans un contexte délétère et préoccupant auquel un terme doit être mis.

En effet, le gouvernement a décidé de ne pas s’occuper réellement de la folie migratoire qui a actuellement cours en France, préférant cacher sous le tapis l’ampleur des flux. Afin de réduire la pression pesant sur l’Île-de-France et d’en finir avec les campements sauvages parisiens, l’exécutif veut saupoudrer les « migrants » dans nos régions plutôt que de les expulser. Les mesures ont été présentées dans le « schéma national des demandeurs d’asile et d’intégration des réfugiés 2021-2023 » dont le dessein principal est de « désengorger la région parisienne », qui concentre à elle-seule 46% des demandes d’asile alors qu’elle ne disposerait que de 19% des capacités d’hébergement. Le gouvernement est animé par une logique jacobine égalitaire stupide qui le conduit à juger que les régions qui accueillent moins de « migrants » que ne le permettent leurs structures d’accueil seraient « déficitaires », devant par conséquent recevoir le surplus francilien selon des quotas statistiques.

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L’Occitanie qui reçoit actuellement 5% des demandeurs d’asile aurait ainsi pour objectif d’en recevoir 7% pour la période 2021-2023, en accord avec la loi du 10 septembre 2018 qui permet d’orienter un migrant « vers une autre région, où il est tenu de résider le temps de l’examen de sa demande d’asile », pour le cas où « la part des demandeurs d’asile dans une région (excèderait) la part fixée pour cette région pour le schéma national ». Problème: seule l’Île-de-France se trouve en situation d’excédent. Une situation qui s’explique au moins par deux raisons. La première, d’une logique biblique, est l’attractivité de cette région en matière d’emploi et de diasporas communautaires. Un Afghan, un Soudanais ou un Pakistanais trouveront en Île-de-France des nationaux prêts à les aider et à jouer de la débrouille pour leur « intégration », au moins économique. La seconde, plus pernicieuse, tient dans l’appel d’air provoqué par la mairie de Paris et Anne Hidalgo, dont l’idéologie sans-frontièriste sonne comme un encouragement à l’installation pour tous les migrants en quête d’un départ vers la France.

Nos régions doivent-elles payer pour les folies de la municipalité parisienne ? Non. Nos régions n’ont pas vocation à devenir les sous-traitants des no borders franciliens ou les exécutants des délires immigrationnistes de France Terre d’Asile qui semble avoir la main sur le gouvernement. Interrogée dans le Républicain Lorrain, Delphine Rouilleaut l’actuelle directrice de France Terre d’Asile se félicite des orientations décidées par le ministère de l’Intérieur: « (la réorientation des demandeurs franciliens vers les régions) est indispensable pour répondre au besoin de solidarité nationale dans la prise en charge des demandeurs ». Elle ajoute d’ailleurs, presque sur le ton de la menace, craindre que l’effort ne soit pas « suffisant ». Un effort qui est, en tout cas, observable régulièrement dans les rues de la capitale, théâtre de nombreuses manifestations de migrants avec le soutien d’associatifs et de responsables politiques de gauche, depuis la rentrée.

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On a ainsi assisté à des scènes surréalistes durant lesquelles des milliers de clandestins réclamaient leur régularisation, alors que dans le même temps restaurants et commerces étaient fermés pour raisons sanitaires ! Quant aux « migrants » de fraîche et de longue date, ils se sont tristement signalés dans la rubrique des faits divers ces derniers mois, que ce soit le terroriste tchétchène qui a décapité le professeur Samuel Paty ou le Pakistanais qui a cherché à reproduire les attentats de 2015 à Charlie Hebdo. Et encore, ne s’agit-il là que de la face émergée de l’iceberg d’une immigration ruineuse pour le budget de l’État, incontrôlée et aux conséquences sécuritaires, culturelles et sociales sans précédent. De quoi pousser Emmanuel Macron à adopter une rhétorique largement empruntée à Marine Le Pen quand, constatant l’ampleur des dégâts causés par la politique d’asile française, il se plut à déclarer que le droit d’asile était parfois dévoyé chez nous. De fait, le droit d’asile doit d’abord s’envisager comme une faveur accordée à titre individuel par la France et non comme une invitation lancée aux milliards de candidats au départ qui ne vivent pas dans des pays occidentaux.

Directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, Didier Leschi explique que la France est laxiste dans son ouvrage Ce grand dérangement, l’immigration en face (Gallimard). Un livre en forme de mise au point écrit pour répondre tout autant à ceux qui « bien légitimement, éprouvent des sentiments d’angoisse, voire de colère, face à des intrus abusant de notre hospitalité, empiétant sur notre territoire, nos ressources et nos héritages » comme à ceux « qu’indigne, bien légitimement, le spectacle quotidien des naufragés à la dérive, […] d’une Méditerranée transformée en cimetière marin ». Le gouvernement a donc tout faux dans son appréhension du problème. Ce n’est pas aux régions de prendre en charge le surplus francilien : c’est à la France de mettre en place une politique dissuasive et une politique d’expulsions conséquente à même de réduire une pression migratoire subie depuis trop longtemps. Ouvrons les yeux.

Ce grand dérangement: L’immigration en face

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«Notre propre affaiblissement sociétal est devenu un handicap à l’intégration des immigrés»

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Directeur général de l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration, Didier Leschi vient de publier Ce grand dérangement aux éditions Tracts Gallimard. Dans cet ouvrage salutaire, il y analyse notre rapport à l’immigration. Entretien.


Causeur. En nommant votre livre Ce grand dérangement, n’avez-vous pas craint d’être amalgamé au camp des adeptes de la théorie du grand remplacement? 

Didier Leschi. Non parce que ce grand dérangement, c’est au sens où dès qu’on parle d’immigration, il y a une sorte de dérangement de l’esprit, ce qui fait que l’on perd la capacité de parler tout à fait clairement des choses. S’il s’agit en effet d’un renvoi en creux à cette théorie du « grand remplacement », c’est avec l’idée que lorsque l’on parle d’immigration, on a l’impression que, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, la passion, et même parfois la déraison l’emportent. 

À vous lire, la France, n’a pas à rougir de la façon dont elle accueille ses immigrés…

Ce que je rappelle, c’est qu’il y a des immigrations de natures différentes. Ces dernières années, on a beaucoup polarisé les débats sur la demande d’asile mais notre particularité, c’est d’être depuis le milieu du XIXème siècle un grand pays d’immigration, qui en plus, octroie beaucoup plus facilement que d’autres la nationalité. C’est seulement à partir des années 2000 qu’en Allemagne que la nationalité s’ouvre par exemple. En Italie c’est aussi très récent. Chez nous c’est beaucoup plus ancien, il y a donc cette immigration de longue durée. Et il y a cette polarisation sur la demande d’asile. Là, on raisonne un peu à courte vue puisqu’au début des années 2000, la France était le premier pays d’Europe, en nombre, de demandes d’asile. Dans les crises aiguës, quand il y a des arrivées massives, les gens vont là où ils pensent que c’est le mieux pour eux. Je pense que le fond du débat ne doit pas porter sur la question du nombre, ceux qui se polarisent sur la question du nombre, qui font des calculs pour déduire qu’on a tant de réfugiés par tant de nombre d’habitants éludent les problèmes de fond qui sont les conditions économiques, sociales et culturelles de l’intégration.

Justement, vous avez parlé de l’acquisition de la nationalité française. Il y a encore trois ans, le niveau exigé de français pour avoir la nationalité était d’un niveau dit « B1 », soit un niveau intermédiaire, à l’oral uniquement. Qu’en est-il maintenant? 

Désormais, c’est B1 à l’écrit également. Mais si l’exigence a été renforcée pour l’acquisition de la nationalité, nous n’avons pas la même exigence en matière de visa et de renouvellement des titres de séjour qu’en Allemagne par exemple. Notre particularité, c’est que pendant très longtemps, on s’est plus focalisé sur l’apprentissage des langues régionales que sur le fait que le français est indispensable pour l’intégration des immigrés.

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Est-on assez exigeant au niveau linguistique avec les nouveaux venus sur notre sol si l’on souhaite réellement les intégrer? Quand je donnais des cours dans ce cadre en Seine-Saint-Denis, le niveau requis pour le renouvellement des cartes de séjour de dix ans était situé à A2 seulement, ce qui est faible. 

Je pense qu’on ne pose pas un niveau d’exigence suffisamment haut et qu’en conséquence, on ne favorise pas la volonté de l’effort. C’est un des sujets qui est devant nous. Ce sujet est amplifié par le fait que ces dernières années, on a vu arriver de plus en plus de personnes qui viennent d’espaces absolument non francophones ou qui n’ont pas d’histoire culturelle commune avec nous. En réalité, la question du nombre me semble secondaire par rapport au problème de l’approfondissement des écarts entre pays d’émigration et d’immigration. 

Vous évoquez l’appropriation de l’histoire. Certains organismes, tels que l’association Pierre Claver, travaillent en ce sens mais ils ne sont pas nombreux. Comment faire pour que les nouveaux venus s’approprient notre histoire ?

Nous n’avons pas suffisamment réfléchi à ce problème. Pendant très longtemps, l’immigration en France était essentiellement composée d’Italiens, de Portugais et d’Espagnols. Malgré le problème de la langue, nous avions plein de référents culturels en commun tels que la littérature, le mouvement ouvrier ou la foi. L’Église a eu un rôle important dans l’accueil et l’intégration des Italiens. Au niveau de l’OFII, sans doute n’a-t-on pas mis à jour assez tôt nos programmes ce qu’on appelle « connaissance des valeurs de la République » par rapport à ces nouveaux publics. Dans la politique publique, il y a un retard d’adaptation du contenu de l’instruction civique par rapport à des publics qui sont aujourd’hui beaucoup plus éloignés de nous qu’ils ne l’étaient hier. 

J’insiste, comment pourrait-on favoriser cette appropriation de notre « roman national », qui semble essentielle, d’autant plus pour des gens qui viennent de pays très éloignés culturellement tels que l’Afghanistan? 

Ce n’est pas simple, je ne sais pas si le mot « favoriser » est adapté car en réalité, il faut voir au-delà. Il s’agit de voir comment faire en sorte qu’il y ait une appropriation réelle. Je suis intimement convaincu que cette appropriation réelle suppose que l’effort d’apprentissage soit valorisé. La délivrance du titre de séjour pluriannuel par exemple, devrait être beaucoup plus adossée à la vérification de l’appropriation d’un certain nombre d’éléments de notre culture et de notre histoire. 

Dans son émission Répliques, Alain Finkielkraut vous a déjà embêté avec cet article d’un journaliste syrien relatant une journée de formation aux valeurs de la République lors du « Contrat d’intégration républicaine » dans un organisme travaillant pour l’OFII, et lors duquel une interprète franco-marocaine n’a pas caché tout le mal qu’elle pensait de la France tout en se vantant d’y toucher des prestations sociales… 

C’est malheureusement vrai, mais il faut remettre cela dans le contexte, même si c’est inexcusable. L’OFII organise environ 500 000 journées comme cela par an! Et ce n’était pas une employée de l’OFII. Quand j’ai su cela, j’ai écrit immédiatement au directeur de l’organisme pour dire que je souhaitais que cette interprète ne soit plus utilisée pour les formations de l’OFII. 

A lire aussi, Jeremy Stubbs: La morte du Capitole: ni terroriste, ni martyre

Dans votre livre, vous semblez regretter la fin du service national, de la culture ouvrière et l’érosion du christianisme social. Comment pourrait-on renouer avec ce lien social perdu? 

C’est un enjeu majeur de société. Notre propre affaiblissement sociétal est devenu un handicap à l’intégration des immigrés. Cet affaiblissement est lié à une disqualification de références qui étaient communes. Il est évidemment souhaitable que l’on arrive à créer à nouveau ce lien social. Est-ce qu’on peut? Je ne sais pas car je ne peux pas lire dans le marc de café. 

Cela fait des années qu’on dit que notre système d’intégration est en panne, et vous le répétez fort justement dans votre livre. L’essentiel des flux migratoires venant du regroupement familial, l’heure n’est-elle pas venue d’y mettre fin? 

Je pense que c’est une fausse question. Le vrai enjeu, c’est le découplage entre immigration et travail. Si l’immigration familiale qui arrive pouvait facilement s’intégrer au marché du travail, cela aiderait à l’intégration. Ce qui nous inquiète, ce sont les phénomènes de fermeture. À mon avis, ils ne sont pas liés au nombre. De plus, il faut savoir que la majorité du regroupement familial est composée des rapprochements de conjoints de Français. L’autre partie, celle qui concerne les résidents non Français, représente aujourd’hui autour de 15 000 personnes par an. Le problème du regroupement familial, il vient quand une partie du regroupement est dans une situation d’enfermement communautaire, indépendamment de sa nationalité. 

Mais il y a des cas d’Orientaux présents depuis plusieurs années, qui ont fait de grands efforts d’intégration et lorsqu’une conjointe ou de la famille arrive du pays d’origine, ils sont à nouveau aspirés par leur culture d’origine!

Tout à fait, et c’est ce que je résume quand je dis que la particularité de la période, c’est que les écarts entre pays d’émigration et d’immigration se sont durcis, en particulier à partir de la conscience religieuse.

À ce sujet, comprenez-vous qu’une partie des Français ait peur d’une islamisation de la France accentuée par l’accueil d’immigrés venant de pays musulmans? 

Il y a une crainte politique et sociétale qui est compréhensible puisque la pression islamiste est une pression extrêmement forte au niveau mondial. Il est donc légitime que des gens s’interrogent pour savoir si on va échapper ou non à cette pression. 

Dans un sondage IFOP de décembre 2018, deux tiers des Français estimaient que l’immigration avait un effet négatif sur la sécurité. Y a-t-il un lien entre insécurité et immigration? 

Il y a un lien, qui n’est pas automatique, entre situations sociales précaires et délinquance d’appropriation. En grande partie, cela est lié à l’absence de perspectives de travail. Dans certaines zones touchées par la désindustrialisation, il y a une, voire deux générations, où des personnes sont sans travail. Pour ces personnes, la perspective de ressources se fait par exemple avec la drogue. Mais il ne faut jamais oublier que le marché de la drogue, c’est un transfert de richesses entre les couches sociales aisées et les couches sociales pauvres, qui se passe en grande partie à partir de nos enfants. Ce transfert de richesses se fait aux dépens de tous et au profit de quelques-uns. 

A ne pas manquer: Notre numéro en kiosque, Causeur #86 : Assimilez-vous!

Une dernière chose: un couple d’Iraniens dont l’homme s’est converti au christianisme a été condamné à mort en Iran selon leur avocat, l’homme pour apostasie, la femme pour adultère. Fin décembre, l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) a refusé leur deuxième demande d’asile, ce qui a indigné leur avocat et une partie de l’opinion. Cette situation est-elle normale? 

J’ai vu cela oui, mais je ne connais pas le dossier donc je ne peux pas me prononcer. Etre officier de protection à l’OFPRA demande une technicité extrêmement forte. C’est un métier très dur qui suppose une connaissance très forte des pays d’où viennent les demandeurs d’asile! Et tout l’enjeu est de protéger le droit d’asile, c’est-à-dire de faire en sorte que n’en profitent pas des gens qui n’en relèvent pas. La difficulté est que la connaissance intime des pays ne peut pas toujours s’appuyer sur des visites de terrain, on n’envoie pas facilement des agents vérifier des dires en Afghanistan, par exemple, et tous les Afghans qui demandent l’asile en Europe ne sont pas nécessairement anti talibans. Dans nombre de pays, on ne dispose pas de réseaux d’organisation par critères. Cette situation est très différente de celle de l’immigration espagnole après la guerre civile par exemple, où des partis républicains d’Espagne aidaient l’Office central pour les réfugiés espagnols à faire le tri.

Ce grand dérangement: L’immigration en face

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Sahel: l’impasse

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Cérémonie d'hommage national en présence de Florence Parly, au maréchal des logis Tenarii Mauri et aux brigadiers Quentin Pauchet et Dorian Issakhanian, 5 janvier 2021, Thierville-sur-Meuse. © MORGAN DURAND/ARMEE DE TE/SIPA Numéro de reportage : 00998630_000009

L’analyse de Jean-Baptiste Noé, rédacteur en chef de la revue de géopolitique Conflits


L’année 2021 a débuté dans la douleur pour l’armée française avec cinq soldats tués, à chaque fois des morts causées par des explosions de mines. Il appartient aux services adéquats de l’armée de terre de vérifier la sécurité de ses soldats et la capacité des véhicules de transport à résister à ce type de charge. Mais au-delà de ces morts, ce pourrait être l’occasion de s’interroger de façon profonde sur la notion de terrorisme et ses corollaires : la lutte contre le terrorisme et la présence de l’armée française dans le Sahel.

Terrorisme: une erreur de concept

Depuis plusieurs années nous sommes victimes d’une intoxication intellectuelle autour de la question du terrorisme. Dire que nous sommes « en guerre contre le terrorisme » ou que nous luttons contre les terroristes n’a pas de sens. Le terrorisme est une stratégie militaire, non un adversaire. On ne lutte pas contre le terrorisme, de la même façon que l’objectif final ne peut être la lutte contre les conducteurs de chars ou les pilotes d’avion. Or depuis les attentats de 2001, le terrorisme est présenté comme une personnalité et un tout, chose qu’il n’est pas. Au moment de la guerre d’Indochine et durant la guerre d’Algérie, l’armée française ne luttait pas contre le terrorisme, mais contre les Vietminh ou les fellagas, qui faisaient usage du terrorisme comme stratégie militaire. Nous sommes ici intoxiqués par le refus de nommer l’adversaire que nous combattons, soit parce que nous ne voulons pas le nommer, soit parce que nous ne voulons pas reconnaitre que nous n’avons pas d’adversaire.

Contre qui sommes-nous en guerre au Sahel : le Mali, le Niger, des groupes touaregs ? Apparemment non. Éventuellement on dira ici et là que nous sommes en guerre contre l’islamisme. C’est déjà un peu plus précis, mais c’est tout autant inexact : on ne combat pas des idées avec une armée et des déploiements militaires. L’existence de l’État islamique avait au moins cela d’utile que nous pouvions enfin lutter contre une entité définie et cohérente. Pour le reste, la lutte contre le terrorisme est un échec.

Le terrorisme en France, pas au Sahel

La présence française au Sahel a débuté avec l’opération Serval (janvier 2013 – juillet 2014) puis s’est poursuivie avec l’opération Barkhane (août 2014).

On nous assure ainsi que notre présence au Sahel est indispensable afin de lutter contre le terrorisme en France, sans que le lien de causalité ne soit jamais démontré. En quoi est-ce indispensable de se déployer au sud du Sahara pour éviter un attentat à Strasbourg ou à Lyon ? Des services de renseignement, de police et de justice adaptés ne seraient-ils pas plus utiles ? Cette présence militaire n’ayant pas « d’effet final recherché » clair, elle peut être sans fin puisqu’étant sans objectif. Elle est indubitablement utile pour les militaires : elle leur permet de s’entrainer en conditions réelles, ce qui est une nécessité, elle leur permet aussi de monter en grade et en avancement ailleurs que dans des bureaux d’état-major, ce qui est plus glorieux. Pour le reste, le lien entre nécessité de cette opération militaire et défense de la sécurité de la France reste encore à démontrer.

Le Sahel: cause de la Libye

Pour les comprendre, il faut sans cesse revenir aux causes des événements. Si la France a dû intervenir au Mali, à la demande de son gouvernement, c’est qu’une escouade de Touaregs armés menaçait de s’emparer de Bamako et de renverser le régime. Or ces Touaregs furent armés grâce à Kadhafi qui, avant d’être renversés, leur donnèrent les clefs de ses stocks d’argent et de munition. La cause directe de la déstabilisation du Mali et de la bande sahélienne où nous sommes aujourd’hui embourbés est l’intervention militaire franco-otanienne en Libye en 2011. Une intervention qui alla au-delà du mandat de l’ONU et qui créa un chaos dont nous ne sommes toujours pas sortis. Là réside une partie des causes des mouvements migratoires à travers la Méditerranée, le verrou libyen ayant sauté, puis la déstabilisation du Sahel. En quelque sorte, nous essayons de réparer les pots que nous avons cassés il y a désormais dix ans. À l’époque, c’était Alain Juppé qui était le brillant ministre des Affaires étrangères qui défendit avec vigueur cette opération. Remplacé ensuite par Laurent Fabius, qui voulut mener la même opération brillante en Syrie afin de « renverser Bachar ». Pour les remercier de cette clairvoyance et de cette haute contribution à la stabilité moyen-orientale, ils furent tous deux nommés au Conseil constitutionnel, dont l’un comme président.

Une mentalité coloniale diffuse

Toujours en Afrique, la France intervient en Centrafrique en 2013 avec l’opération Sangaris (2013-2016) afin de pacifier un pays en situation de guerre ethnique majeure.

Si cette opération fut un succès à court terme, notamment en démilitarisant une partie des milices séléka et anti-balaka, elle n’a rien résolu sur le long terme, les violences étant reparties et avec elles les massacres de populations civiles. Les élections présidentielles qui se sont tenues le 27 décembre dernier ont certes permis l’élection d’un nouveau président, mais elles sont très loin d’avoir réglé un problème endémique qui est d’abord un problème ethnique.

Force est donc de constater que les opérations militaires que nous avons menées ces dix dernières années, si elles sont techniquement des succès à court terme et si elles permettent à l’armée française de se déployer sur des théâtres d’opérations réels, ce qui est nécessaire pour maintenir son niveau, ne résolvent pas les problèmes humains posés dans ces pays. Et elles ne peuvent nullement prétendre les résoudre puisque ces problèmes trouvent leurs origines dans des luttes ethniques et tribales qui ont débuté bien avant la première colonisation de l’Afrique (1880). Malheureusement, pour nos militaires et pour les populations de ces pays, certains pensent encore que la démocratie est la seule voie possible de la pacification et que l’imposition du modèle européen réglera les problèmes de ces pays. Couplés au mirage du « développement » qui dilapide une partie de l’argent collecté en France via des associations et des organismes humanitaires qui n’ont jamais pu démontrer leur utilité concrète, nous demeurons pour l’essentiel en Afrique avec une mentalité qui reste figée dans les schémas coloniaux. Bien que la plupart des pays africains aient obtenu leur indépendance en 1960, soit tout juste soixante ans, la mentalité coloniale, mère de l’intervention humanitaire et du mythe du développement, est encore loin d’être dissipée. Cela donne raison à des hommes comme Guizot, Bastiat ou Tocqueville, qui dans les années 1830-1850 s’opposaient aux aventures coloniales en considérant que chaque peuple devait être maitre et libre de son destin, sans que d’autres éprouvassent la nécessité de leur dire dans quelle direction il fallait marcher. Il n’est nullement certain que l’année 2021 permette de dissiper ces mythes.

Source: Institut des libertés.

Au Népal, on rêve du retour de la monarchie

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Soutiens de la monarchie s'opposant aux forces de l'ordre à Katmandu le 11 janvier 2021 © Niranjan Shrestha/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22529159_000007

Le petit État de l’Himalaya est en pleine crise identitaire, alors que la Chine et l’Inde y ont trouvé un nouveau terrain d’affrontement.


C’est un combat anachronique qui se joue actuellement au Népal. Il y a trois semaines, face aux pressions exercées dans la rue par les royalistes qui réclament le retour du roi Gyanendra Shah sur son trône et aux divisions internes qui minent son gouvernement, le Premier ministre marxiste Khagda Prasad Sharma Oli a annoncé la dissolution du parlement et des élections anticipées prévues pour le 30 avril prochain.

Dans cet Etat de l’Himalaya en pleine crise identitaire, les Népalais appellent désormais au retour de la monarchie renversée en 2008. Tapies dans l’ombre, Chine et Inde jouent une impitoyable partie d’échecs afin de préserver leur sphère d’influence dans cette partie de l’Asie.

Un pays troublé

Depuis plusieurs jours, le Népal vit aux rythmes des manifestations en faveur du retour de la monarchie. Par dizaines de milliers, les rues des principales villes du pays, dont la capitale Katmandou, se sont couvertes de drapeaux de l’ancienne monarchie défunte et de portraits du roi Gyanendra Shah. Monté sur le trône en 2001, après un parricide particulièrement sauvage, le dernier monarque du Népal a été contraint à l’abdication après sept ans de règne marqué par une tentative de restauration de l’absolutisme qui a précipité sa chute. Exilé de l’intérieur et bénéficiant de larges privilèges, que la coalition marxiste au pouvoir depuis 2017 a tenté vainement de faire retirer, le souverain reste une voix critique.

Il n’a pas hésité à remettre publiquement en question l’adoption de la laïcité et la fédéralisation du pays qui ont mis à mal l’unité du pays forgée sous le sceau du roi Prithivî Nârâyan Shâh au cours du XVIIIème siècle. Lorsqu’ils ont pu se hisser au pouvoir après une longue rébellion d’une décennie et avec la complicité du Congrès népalais, pourtant soutien à la royauté des Bir Bikram Shah, les communistes et marxistes-léninistes ont été porteurs d’espoirs. Rattrapés par la réalité des affaires, le Népal connaît aujourd’hui une grave crise économico-sociale que la crise du Covid-19 a achevé de plonger dans une instabilité politique chronique. Aujourd’hui les partis de gauche sont à couteaux tirés et les monarchistes se sont engouffrés dans les multiples brèches ouvertes par le gouvernement.

Kamal Thapa fédère les monarchistes

Le Rashtriya Prajatantra Party est ainsi une épine dans le pied d’argile de la République fédérale. Ultra-monarchiste et hindouiste convaincu, Kamal Thapa a réussi à fusionner sous le nom de son mouvement toutes les composantes royalistes du pays. À la tête de la première force politique extra-parlementaire, l’ancien (deux fois) vice-premier ministre tire actuellement à boulets rouges sur les marxistes, les Chrétiens qui essaiment et menacent l’identité religieuse du pays selon lui ou encore contre la Chine et l’Inde qui se disputent le contrôle du Népal. New Delhi ne fait pas mystère de son soutien public au roi Gyanendra Shah, l’Inde l’a rencontré à de nombreuses reprises. Au grand dam de Pékin qui a récemment dépêché une délégation afin d’imposer sa médiation dans le conflit opposant les maoïstes dissidents et les marxistes-léninistes et empêcher le retour à l’ancien régime qui s’est acheté une bonne conduite aux yeux des Népalais. Un souverain qui vient justement de débarquer dans l’Est du pays et devrait rencontrer les différents leaders royalistes du pays afin de discuter de la situation du pays. Le Népal va-t-il retrouver sa monarchie ? Le Congrès népalais, principal parti d’opposition, reste encore très frileux quant à cette perspective et rejette toute proposition de référendum en ce sens. «La monarchie ne reviendra pas au Népal. Les manifestations pour son rétablissement se poursuivent en raison de l’incompétence du gouvernement Oli à gouverner », croit savoir Sher Bahadur Deuba, ancien Premier ministre, qui minimise la portée de ces rassemblements dont le principal slogan est « Roi, reviens nous sauver ». « Notre nation doit retrouver évidemment sa monarchie et son statut d’état hindou. Tant que nous n’atteindrons pas notre objectif, nous nous battrons pour cela » lui ont répondu en cœur les monarchistes, le 27 décembre dernier.

Dans tes gênes!

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© Yann Castanier / Hans Lucas / AFP

Il manquait une rubrique scientifique dans Causeur. Peggy Sastre vient combler cette lacune. À vous les labos!


L’humain est ainsi fait qu’il lui est difficile de faire le mal sans raison et, surtout, sans raison qui ne lui donne l’impression de ne pas le faire. S’il peut y avoir 1 ou 2 % d’authentiques psychopathes dans une population, 98 à 99 % des gens devront toujours se trouver au préalable une excuse, un prétexte, un récit pour parvenir à nuire à leurs congénères en étant persuadés de la justesse, voire de la bienveillance de leur dessein. Une logique qui reste la même quelle que soit l’envergure du dommage. C’est celle du voisin qui déverse sa poubelle dans votre boîte aux lettres parce qu’il trouve que vous avez été trop bruyant en rentrant hier soir. Ou du taliban qui vide son chargeur dans la tête d’un écolier de Peshawar pour le punir d’être le fils d’un soldat d’une armée qu’il combat depuis des lustres. Dans les deux cas, l’envie de cruauté n’est pas suffisante pour motiver le passage à l’acte, il est nécessaire d’en faire un terreau moral où les racines du mal seront invariablement et a priori plantées chez son adversaire désigné – « c’est pas moi qu’ai commencé ».

Justification morale

Un tel processus de « justification morale », comme l’a conceptualisé le psychologue canado-américain Albert Bandura, est une formidable baguette magique. Grâce à elle, des actions intrinsèquement destructrices se voient transformées en démarches individuellement et collectivement acceptables, si ce n’est recommandables. Et plus les causes qu’on s’imagine servir sont grandioses, plus durs et nombreux seront les coups permis, la bonne conscience enflant à mesure que l’ineptie des premières le dispute à la violence des seconds. « Certainement qui est en droit de vous rendre absurde est en droit de vous rendre injuste », écrit Voltaire. Les humains ont cette propension à tuer « pour des idées fumeuses plus férocement que d’autres créatures tuent pour manger », ajoute cent soixante-dix-huit ans plus tard l’anthropologue américain Loren Eiseley. En nous dotant d’un système de valeurs qui nous attribuera forcément le plus beau rôle, la morale occulte par la même occasion toutes les effusions de sang requises pour que nos si fameuses « meilleures intentions du monde » en viennent à se concrétiser.

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Plus précisément, lorsqu’il s’agit de déterminer ce qui nous semble moralement bon ou mauvais, nous formons des croyances qui ne sont pas comme les autres, notamment en ce qu’une fois intégrées, elles résistent beaucoup mieux à l’autorité. En outre, les humains ont tendance à être objectivistes dans leurs croyances morales : ils ne les jugent pas comme de simples préférences, au bout du compte toujours relatives, mais y voient des manifestations du vrai ou du faux. Ce qui fait qu’ils ont toutes les difficultés du monde à ne pas considérer comme déviants les comportements de leurs congénères qui y contreviennent et n’ont que peu de velléités de compromis. Les convictions morales sont ainsi considérées comme des prescriptions universelles, régissant ce que chacun « doit » ou « devrait » faire. Que d’autres personnes enfreignent ces attentes et contestent leurs opinions peut susciter de fortes réactions émotionnelles susceptibles d’aller jusqu’à la violence. En termes cognitifs, c’est la face noire de la morale. Scott Philip Roeder, qui décida le 31 mai 2009 d’abattre en pleine messe le Dr George Tiller parce qu’il dirigeait une clinique d’IVG dans le Kansas était animé par de profondes convictions morales qui lui ont fait percevoir son geste comme un impératif. Idem pour tous les extrémistes, qu’importe la diversité de leurs obédiences : la force de leurs valeurs morales fait qu’ils sont plus disposés à accepter la violence lorsqu’ils la voient servir leur cause.

La face noire de la morale au cœur de notre cerveau

Publiée le 16 novembre dans la revue American Journal of Bioethics Neuroscience, une étude menée par des chercheurs de l’université de Chicago dirigés par Jean Decety, docteur en neurobiologie et professeur de psychologie et de psychiatrie, éclaire ce tableau d’un peu de physiologie et cible la face noire de la morale au cœur de notre cervelle. En l’espèce, ce travail identifie les mécanismes cognitifs et neuronaux spécifiquement associés à la justification de la violence sociopolitique et montre que leur activation est fonction de la force des convictions morales portées par les individus concernés.

Pour ce faire, les chercheurs ont passé des annonces dans la région métropolitaine de Chicago où ils ont recruté 32 personnes se définissant comme de gauche (18 femmes et 14 hommes âgés en moyenne de 23 ans, l’échantillon allant de 18 à 38 ans) qu’ils ont ensuite interrogés sur des sujets caractéristiques du clivage progressiste/conservateur (avortement, immigration illégale, aide extérieure, taux d’imposition, limitation du pouvoir de l’État, etc.). Lors de l’expérience à proprement parler, les cobayes devaient regarder des photos de récentes manifestations ayant tourné à l’émeute qui, sans qu’il soit possible d’en déterminer les enjeux véritables, étaient censées défendre les causes qui leur étaient plus ou moins chères. Consigne : en trois secondes, indiquez sur une échelle de 1 à 7 si ces violences vous paraissent ou non justifiées. Pendant ce temps, les scientifiques surveillaient leur cerveau par IRM fonctionnelle, histoire de voir quels circuits étaient en train de s’activer. Decety et ses collègues avaient émis deux hypothèses : soit l’effet des convictions morales allait être d’atténuer le processus normal d’inhibition des pulsions antisociales, soit elles devaient augmenter la valeur subjective que les participants pouvaient accorder aux actions violentes qui leur étaient présentées.

Les résultats penchent vers la seconde option car ce sont le striatum et le cortex préfrontal ventromédian, régions impliquées dans le circuit de la récompense, du plaisir et de la prise de décision, qui s’activent avec une intensité proportionnelle à la force des convictions morales. À l’inverse, ces zones du cerveau sont restées relativement silencieuses quand les participants n’approuvaient pas les violences qui leur étaient présentées. En résumé, selon que la flambée de violence semblait ou non aller de pair avec leurs convictions sociopolitiques personnelles, les participants ne la peignaient pas de la même couleur morale – ils la voyaient en bien s’ils pensaient qu’elle servait une cause qui leur plaisait, mais en mal dans le cas contraire. Ce qui indique bien que la force d’une conviction morale est capable de contrecarrer l’aversion naturelle que ressent presque tout un chacun rpour le mal infligé à autrui.

Référence : tinyurl.com/LeMalPourUnBien

Donald Trump: le show est fini

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Donald Trump s'adresse à ses soutiens le 6 janvier 2021 à Washington © Evan Vucci/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22527920_000017

Seul, terriblement seul. Donald Trump n’est plus l’homme le plus puissant du monde. Battu, humilié, définitivement acculé face au vide vertigineux de la perte du pouvoir; le grand enfant facétieux qui séduisit tant de laissés pour compte s’est fait tyran immature, starlette de la télé-réalité refusant d’admettre qu’elle devait quitter le loft rempli de caméras qu’a été la Maison blanche pendant ces quatre dernières années.


Tel Néron assistant au grand incendie de Rome depuis ses appartements, Donald Trump a dû se résigner à voir ses partisans lancer l’assaut contre le Capitole, symbole d’une première démocratie du monde devenue première farce mondiale. Pis, il n’a même pas eu le courage d’assumer ses responsabilités, agitant des fraudes qu’il n’a jamais pu prouver concrètement. Quatre de ses supporters sont en effet morts pour lui, convaincus que l’élection avait été truquée et qu’ils étaient les derniers remparts des institutions étasuniennes. Ils ont reçu pour prix de leur dévouement l’honneur suprême d’être traités de « losers », vocable favori du président sortant. Des belles âmes qui hurlaient leur indignation contre les violences policières, ils ne recevront que le mépris ou l’indifférence.

Donald Trump n’avait pourtant pas à rougir, ni de son bilan, ni de son résultat à l’élection présidentielle de novembre dernier. Il avait ainsi annoncé avant tous les autres, sous les railleries des médias officiels et de ses adversaires, qu’il y aurait un vaccin contre le « virus chinois » qui nous permettrait peut-être de reprendre une vie normale avant la fin de l’année 2020. Il ne s’était pas trompé, mais le monde l’a su avec une semaine de retard. Les laboratoires ont-ils volontairement caché cette information pour ne pas donner raison à ce président honni ? Nous ne le saurons jamais, au fond, cela n’importe que peu. Nous ne saurons pas non plus si cela aurait changé le cours de cette élection. En 2016, Donald Trump avait gagné à la surprise générale, bénéficiant d’un élan de sympathie venu du cœur de l’Amérique, d’une Amérique oubliée en passe d’être définitivement reléguée au second plan.

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Une petite partie de cette Amérique l’a soutenu jusqu’au bout, jusqu’au fanatisme ; les plus ardents de ces hommes et de ces femmes étaient d’ailleurs réunis devant le Capitole, prêts à faire basculer le pays dans une révolution, une nouvelle guerre de Sécession. De fait, sécession il y a. Les États-Unis ne forment plus une nation homogène ; les tensions entre les territoires les plus prospères, entre les populations les plus diverses, entre les modes de vie et les systèmes de valeur se font de plus en plus intenses chaque jour. Si Donald Trump est responsable d’avoir fait penser à ceux qui le soutenaient qu’il allait se maintenir pour un second mandat, l’intelligentsia médiatique, numérique et politique est coupable d’avoir jeté de l’huile sur le feu pendant quatre ans. Coupable d’avoir criminalisé les opinions d’une moitié de l’Amérique. Coupable d’avoir invisibilisé les souffrances de ceux qui n’ont pas le droit de souffrir, white trashs ridiculisées par Hollywood. Coupable d’avoir organisé une véritable insurrection dans toute l’Amérique à la suite de la mort de George Floyd.

Parades de freaks

En tout état de cause, il n’était pas illogique qu’il perde en novembre. Avec 74 millions de voix, Donald Trump n’a pas démérité, bien qu’il ait failli dans les États de cols bleus arrachés au forceps à Hillary Clinton la dernière fois. Misant parfois plus sur le show que sur la sincérité, l’ancien président a perdu chez ces travailleurs modestes les quelques voix qui auraient pu lui éviter cette sortie déshonorante. Oui, son mandat a été saboté, c’est le jeu de la politique. Lui-même n’a jamais fait dans la demi-mesure pour évincer ses adversaires dans les affaires ou en politique, ne reculant pas plus devant la violence que devant l’outrance. Une outrance partagée par les plus radicaux des progressistes comme les plus radicaux de ce qui était, usons volontairement du passé, le trumpisme. Des conspirationnistes de Q-Anon aux mémoricides d’Evergreen, nous voyons de grandes parades de freaks que l’Amérique produit de manière industrielle. Pour preuve, le personnage excentrique de Q-Shaman, vêtu tel un David Crockett mutant aux tatouages vikings et indiens qui s’est emparé du micro de la salle du Congrès, avant de se prendre en photo dans les couloirs.

Des partisans radicaux de Donald Trump, entrés dans le Capitole, s'adressent aux policiers le 6 janvier 2021 à Washington © Manuel Balce Ceneta/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22528058_000027
Des partisans radicaux de Donald Trump, entrés dans le Capitole, s’adressent aux policiers le 6 janvier 2021 à Washington © Manuel Balce Ceneta/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22528058_000027

Que voulaient ces gens ? S’agissait-il de fascistes disciplinés à la détermination sans faille, désireux de provoquer un coup d’État comme l’avait voulu le colonel Tejero en février 1981 en Espagne ? Non, il y avait chez ces pauvres hères, embarqués dans un monde parallèle de croyances irrationnelles, que Donald Trump a exploités avec le plus grand cynisme, une touchante naïveté. Ils sont, de la même manière que ces monômes progressistes, les victimes d’un Occident décadent désormais dépourvu de toute verticalité. Un Occident qui, faute de trouver un principe supérieur organisateur, préfère s’abandonner aux bras de Satrapes qu’on croyait autrefois exclusivement orientaux.

Le populisme de Trump est malsain

L’appel au calme lancé par the Donald, dans lequel il a conspué ceux-là mêmes qui l’avaient porté au pinacle, a montré l’aspect le plus pathétique de cet homme. Il semble n’avoir toujours pas compris qu’il n’a été que le véhicule, le porte-voix d’un moment historique pour un peuple américain tenant des traditions des premiers colons qui refusait de mourir. Du césarisme, il n’a gardé que le goût du décorum. Tout ce qu’il a fait sera effacé, définitivement oublié. Pour une raison très simple ; le culte de la personnalité réclame des qualités extraordinaires dont il était dépourvu. Son énergie, sa détermination, son charisme et ses aptitudes au commandement n’ont pas pu combler son déficit culturel et son manque cruel de sensibilité.

Un populisme sain se doit non seulement de répondre aux attentes matérielles d’un peuple mais aussi, peut-être plus encore, à ses aspirations spirituelles. Le populisme bien pensé est émancipateur. Il ne doit pas niveler par le bas ; il ne doit pas flatter les instincts les plus triviaux. Face à un système organisant une révolution permanente articulée autour d’un discours millénariste puissant, l’alliance contre-nature du conservatisme légaliste et d’une forme de populisme populacier échouera toujours à terme. Il est nécessaire de trouver une dialectique commune qui puisse traduire intelligiblement le cri du cœur lancé par les victimes du totalitarisme soft de la globalisation. Non pas en mariant de force les contraires, mais en leur donnant un but commun.

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Il est à craindre que le show à l’américaine du président Trump n’ait durablement freiné le processus. Pour s’en convaincre, il suffit de constater qu’Emmanuel Macron a jugé bon s’adresser à la nation à trois heures du matin, dans un « franglish » ridicule que surlignait la présence d’un drapeau américain en arrière-plan, en prenant des airs d’acteur de film catastrophe à petit budget, commentant tel un gouverneur de la Californie un évènement qui était manifestement voué à l’échec. Il a fait cela par goût personnel du spectacle comme par intérêts politiques, comprenant bien que ces échauffourées diffusées en mondovision allaient lui servir d’argument sur le plan domestique.  

Twitter relègue Trump au rang de vulgaire troll

Agiter le spectre Trump mettra désormais un terme définitif à toutes les discussions politiques sérieuses, remplaçant l’archaïque point Godwin par un exemple beaucoup plus récent et connu de tous. Dans les mémoires, Donald Trump prendra la place de Dionysus de Syracuse qui chassait les Pythagoriciens. Lui ne chassait pas grand-chose, pas même les progressistes. Il avait au moins le bon goût de ne pas déclencher ces guerres si chères aux faucons de George Bush junior ; souvent d’anciens gauchistes devenus les plus sûrs défenseurs du marché libre, éclairé, dominateur et aveugle. Un marché qui aura le petit doigt sur la couture du pantalon face à Kamala Harris et ses sbires. Un marché qui a bien compris que la « diversité » générait autant d’affrontements que de clients potentiels. 

Les géants du numérique et les médias officiels avaient malgré eux bien aidé Donald Trump il y a quatre ans. Ils ont retenu les enseignements de 2016. Ils se sont arrogés des pouvoirs considérables, censurant sans vergogne le président Trump – relégué au rang de vulgaire troll –. Les géants du web sont maintenant les maîtres du monde alors qu’ils ne sont que des prestataires de services… publics et nécessaires. Cette tyrannie numérique aux allures de dystopie cyberpunk se renforcera dans les années à venir puisque ces opérateurs privés détiennent un monopole que nul ne leur conteste, hors la Russie ou la Chine. Il est d’ailleurs possible qu’ils décident d’éliminer Donald Trump de Facebook, Instagram et Twitter à vie. De quoi remettre une pièce dans la machine conspirationniste. On peut d’ailleurs se demander pourquoi aucun État ne semble vouloir régler sérieusement cette question et en finir avec ces Compagnies des Indes aux visées idéologiques manifestes. Comment se fait-il qu’un petit réseau créé pour noter le physique des filles d’une université américaine soit désormais plus puissant que de nombreux États ? S’ils sont capables de se moquer ainsi d’un ancien président, vous pouvez deviner ce qu’ils peuvent faire aux autres… Cette fois-ci, c’est Donald Trump qui a été leur idiot utile. Cruel renversement.

Au fond, nul ne veut de véritable changement : pas plus les antisystèmes issus du système comme Donald Trump que les défenseurs officiels du progrès à tout crin. Le monde tel qu’il est organisé présentement sied fort bien à ces élites consanguines, déracinées et avides, d’où qu’elles viennent. Plus personne ne croit en rien. Jamais dans l’histoire de l’Humanité, les dirigeants de l’Occident n’avaient été aussi puissants et éloignés des intérêts des peuples. La Chine, elle, a conscience de son passé et se projette avec confiance dans le futur. Ce sursaut provoqué par Donald Trump, qui ne fut pas sans quelques éclats dignes d’intérêt, en appellera d’autres. Il faudra toutefois ne pas oublier la leçon. Ne soyons pas des enfants en recherche d’un père tout-puissant qui se montrera toujours défaillant. Ne tombons pas dans le culte de la personnalité. Soyons enfin des acteurs et non des spectateurs.

L’élégance masculine, ce savoir-vivre

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Détail de la couverture de l'ouvrage "L’Homme classique. Secrets d’élégance", par Le Chouan des Villes, préface et illustrations de Julien Scavini / AlterPublishing.

Sous le pseudonyme du Chouan des villes, un dandy érudit livre une philosophie du chic, avec exemples à l’appui.


Comme chacun sait, l’élégance masculine classique doit l’essentiel d’elle-même à l’Angleterre et la plupart de ses codes au sport, à l’exploration et à la guerre, la coupe et la finition d’un vêtement devant permettre une identification immédiate tout en permettant des mouvements parfois violents. Élégance et héroïsme se marient ainsi dans l’imaginaire du tailleur et de ses clients, qui, de manière subliminale, désirent ressembler à l’archétype de l’officier.

Le dandysme, ce classicisme intégral

Cet idéal, celui de l’homme classique ou du gentleman – à juste titre préféré à celui, ô combien équivoque, du dandy – Le Chouan des Villes, pseudonyme d’un énigmatique Nantais, l’illustre dans sa vie depuis à peu près quarante ans et le défend depuis une quinzaine d’années sur la toile par le biais d’un blog célèbre. Naguère, j’ai eu l’occasion de dialoguer avec cet érudit qui est avant tout un homme de goût, entre autres pour un numéro de la revue littéraire Livr’Arbitres sur le dandysme. Le Chouan des Villes prône, sur le plan du vêtement mais aussi du savoir-vivre, les deux étant pour lui liés, un classicisme intégral, mode avoué – revendiqué même – de résistance à une modernité décadente. Notre Chouan se dit disciple de Pascal et de Baudelaire, de Barbey d’Aurevilly et de Toulet – un raffiné révulsé par l’uniformité et la monotonie d’une époque de moins en moins tolérante, car la beauté est devenue suspecte, presque coupable. La grisaille, la manie de l’égalité, telles sont ses – nos – mortelles ennemies !

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Le Chouan des Villes est une sorte d’officier perdu qui mène un combat où « le réarmement civilisationnel passe par une réappropriation des codes vestimentaires ». Comme il le proclame non sans panache, « la nuit des inversions et des déconstructions n’a que trop duré ». Il n’est pas le seul : avant lui, sans bien entendu remonter à Barbey, l’Honorable James Darwen, avec son extraordinaire Chic anglais ; Tatiana Tolstoï, avec le précieux De l’Elégance masculine ; G. Bruce Boyer avec True Style  ont marqué les esprits. Plus près de nous, le tailleur Julien Scavini, architecte de formation et dessinateur dans le style de la ligne claire (Blake et Mortimer ne sont pas loin), a publié deux jolis essais d’inspiration classique.

Le Chouan des Villes s’inscrit bien dans une tradition pour qui l’habit est tout à la fois signe de contradiction et marque de respect pour soi-même comme pour autrui.

Contre la tyrannie du sweat à capuche

Son essai constitue l’examen minutieux, d’une rare cohérence, de la garde-robe classique d’aujourd’hui, de la robe de chambre chère à Diderot au nœud papillon. A la tyrannie des sweat à capuche, jeans troués et godasses en plastique, s’oppose le règne du costume trois pièces, du chesterfield et des boutons de manchettes. Eloge de la cravate et des gants, de la veste autrichienne (portée avec un foulard) et du richelieu (« oxfords not brogues », comme dit le héros du film Kingsman), courageuse défense du chapeau, ce livre bienvenu comblera tous ceux qui, comme l’auteur, poursuivent le rêve « d’une silhouette parfaite en ombre chinoise ».

L’Homme classique. Secrets d’élégance, par Le Chouan des Villes, préface et illustrations de Julien Scavini, AlterPublishing.

L’Homme classique: Secrets d’élégance

Prix: 17,00 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de 17,00 €

L’Air du pays

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L'écrivain Léon Mazzella © Photographe : Hannah Assouline

Léon Mazzella capture quelques fragments du monde pour en saisir toute la volatilité sensuelle


Le choix de la première chronique littéraire de l’année s’apparente à la cueillette des champignons, dans un sous-bois, à l’automne, quand la feuille morte rythme le pas, quand l’incertitude guide la main du critique. La pluie grise les sentiments, la nature protège et isole; le critique hésite, il tâtonne, il se rétracte parfois, puis il se lance, il a enfin trouvé le livre qui correspond à son souffle intérieur, à son émotion du moment, à sa volonté de ne pas ensorceler le monde. En 2021, l’esprit ne sera ni à la querelle incestueuse, ni à la légèreté béate, plutôt à la beauté qui s’efface peu à peu, elle s’échappe, nous le sentons charnellement, et pourtant, il faut la retenir, s’incliner une dernière fois devant elle, la remercier encore et toujours. Se rappeler que sans elle, nous sommes des êtres désarticulés, surnuméraires fantômes. Cette beauté fugace n’est pas grandiloquente, elle ne bombe pas le torse, elle ne nous fait pas du gringue au coin d’une rue ou à la lecture d’un paragraphe trop étincelant; discrète, elle sait tenir ses distances.

Mazella caresse le désenchantement

Elle s’apprivoise difficilement. L’écrivain Léon Mazzella, styliste des terres basques, grand spécialiste du vin, part à sa recherche dans Le Bruissement du monde aux éditions Passiflore. Il est de ces explorateurs esthètes qui ne surjouent pas la surprise ou l’émerveillement. Ce gracquien sème la chronique au vent, sans charger sa phrase d’un affect débordant, elle garde sa pureté originelle tout en susurrant son pouvoir d’abstraction. Là, réside le charme vivifiant de ce recueil buissonnier qui promène son bonheur de vivre entre fragments, souvenirs d’enfance, nostalgie du cœur, sens de la transmission et plaisir du palais. Mazzella nous touche car, avouons-le, il caresse notre vieux monde, il cajole notre désenchantement, il ouvre la volière de notre mémoire. Ne vous méprenez pas sur son dessein, il ne panthéonise pas le passé, ce n’est pas un embaumeur, plutôt un exhausteur de goût. Son toucher de plume lifte l’existence, lui donne du rebond. Nous avons les mêmes codes d’entrée, les mêmes marottes, les Renault Floride et les chevauchées landaises de Christine de Rivoyre.

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Compagnon hussard

Avec ce compagnon hussard, on se rappelle d’un texte lu à l’adolescence qui a fait chavirer notre suffisance, on se met alors à dessiner des volutes de Havane dans le ciel laiteux de la province française, à rêver aux seins obuesques de Silvana Mangano dans « Riz amer » ou à la bouche désirable de l’impénétrable Monica Vitti. À nous extraire simplement de notre quotidien par le talent des autres, voilà un résumé de ce que fut notre jeunesse. Pour nous, garçons ahuris, bouffis de caractères d’imprimerie et de cinéphilie, la réalité passe souvent par le tamis de la fiction. Mazzella est un merveilleux brouilleur de météo, il détraque toutes les horloges. Avec lui, la chronologie s’émancipe des dates. On le suit avec gourmandise dans cette belle littérature, giboyeuse et sauvage des Trente Glorieuses puis, le texte suivant, il nous ramène au présent, dans le spectacle chantant d’une bergeronnette grise ou la pesanteur ensoleillée d’un champ de maïs. Tantôt mélodiste d’antan, tantôt aquarelliste du paysage en mouvement, sa mélancolie sous-jacente n’est ancrée dans aucun port d’attache. Elle est libre, elle se moque des convenances, elle cabote sur des côtes intimes. C’est pourquoi nous prenons autant de plaisir à le lire, surtout quand il écrit: « Je suis Claude Sautet » ou qu’il fait l’éloge du stylo à plume: « Bonheur de retrouver le glissement de l’encre, sa fluidité, et le crissement sur le papier vergé ivoire, cette teinte bleu nuit qui forme les lettres, les mots qui naissent, le mouvement du poignet, le sang qui afflue sur la dernière phalange de l’index comme si nous labourions ». Mazzella sait, par instinct, qu’un bon livre ne ressemble pas à une autoroute rectiligne, il doit cahoter, ne jamais utiliser le même instrument de musique, de la variété naît l’harmonie. Mazzella ose passer de Gracq au Bricomarché, sublime impertinence et poésie de l’infiniment petit, de Calet à Anouk Aimée, de Larbaud à une libellule indisciplinée, de Gómez de la Serna au croquant du chipiron. Vive 2021 !

Le Bruissement du monde de Léon Mazzella – éditions Passiflore.

Le Bruissement du monde

Prix: 15,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 8,00 €