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Chômage : mauvais chiffres ou mauvaise foi ?

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Selon les chiffres publiés hier par Bercy, le nombre de chômeurs inscrits au Pôle emploi en catégorie A (sans aucune activité) a augmenté de 0,6 % au mois d’avril. En y incluant en plus les catégorie B et C (temps partiel non choisi), la hausse atteint 0,9 % par rapport au mois précédent. En un an, les chiffres du chômage se sont accrus de 10,5 %, principalement au détriment des jeunes. En conséquence de quoi, la ministre de l’économie a aussitôt déclaré : « Cette hausse en avril n’interrompt pas la tendance observée depuis plusieurs mois à la stabilisation du marché du travail, notamment pour les jeunes. » On se demande pourquoi Christine Lagarde se donne tant de mal à exorciser les statistiques issues de ses propres services. Franchement, c’est pas la peine d’en rajouter : avec l’attribution de l’Euro 2016 à la France, très bientôt, n’en doutons pas, la récession ne sera plus qu’un mauvais souvenir…

L’iceberg en flammes de la timidophobie

Coeur
Photo Flickr / Thomas Hawk

Comme toutes les autres phobies, la timidophobie n’est pas une phobie comme les autres.
J’aborderai en premier lieu la part émergée de cet iceberg ultra-dérapant et chaque jour plus brûlant, hélas, d’actualité : la timidophobie que les timidologues ont coutume de désigner schématiquement comme timidophobie « du Sud » ou « à l’ancienne ».

Rappelons aux timido-sceptiques quelques faits têtus et accablants : dans 217 pays dans le monde, la timidité demeure illégale et est encore punie, en 2010, par des peines allant de dix-sept ans de prison à la peine de mort. En Malaisie, aux Bermudes et au Mozambique, la timidité est punie par la flagellation. Au Zimbabwe, à Samoa et sur les îles Fidji, les personnes à sensibilité timide sont tout bonnement lapidées. En Chine, aux Galapagos et à Trinité-et-Tobago, comme du reste en Arkansas et dans le Missouri, les timides sont condamnés à la peine de mort par estrapade. Au Pérou enfin, qui constitue aujourd’hui encore le must de la timidophobie à l’ancienne, les personnes timides sont enduites de miel et léchées par de vieux pangolins malades, selon un rituel immémorial, avant d’être brûlées vives. À Taïwan et en Inde, on enregistre cependant un léger recul de la timidophobie. Depuis 2007, la timidité y est illégale seulement dans la police, dans la poissonnerie et dans l’armée.

[access capability= »lire_inedits »]Les timides, créatures diaboliques et malfaisantes

Nous en convenons : toutes ces violences ne sont pas entièrement négligeables. Pourtant elles nécessitent, bien plus qu’une condamnation morale aveugle, avant tout l’explication et la compréhension. Dans ces 217 pays, les personnes timides sont traditionnellement considérées comme des créatures diaboliques et malfaisantes. Cela s’explique aisément, dans la plupart des cas, par la prédominance de cultures orales dans lesquelles la totalité de l’existence sociale et symbolique (et peut-être même sociétale) passe par la prise de parole publique. Quoi de plus naturel, dès lors, que le « sans-parole » y soit aussi le démoniaque ?

Une lutte éclairée contre la timidophobie ne saurait en aucune manière pactiser avec le rejet méprisant et colonialiste de la différence des cultures de la parole. Nous n’avons pas le droit de juger ces violences timidophobes du Sud complaisamment et inlassablement montrées du doigt par toutes les mains réactionnaires. Sans démagogie ni relativisme, j’accomplirai même un dernier pas en posant une question qui risque de briser bien des tabous de la lutte contre la timidophobie : qu’est-ce qui nous prouve, après tout, que, dans leur univers culturel propre, les timides du Sud jetés au bûcher ne sont pas réellement diaboliques et malfaisants ?

D’une manière très malsaine, les anti-timidophobes réactionnaires ont fait de ces 217 pays leur éternel cheval de bataille. Par ce tour de passe-passe nauséabond, ils entendent escamoter le cœur de la question timidophobe, la part immergée de l’iceberg : la bonne vieille timidophobie du Nord, la timidophobie bien de chez nous ! Son maître-mot : l’indifférence. Combien de fois, nous autres timides du Nord, avons-nous entendu la même rengaine destructrice soi-disant anodine : « Oh, excusez-moi, je ne vous avais pas vu ! » « Pouvez-vous répéter un peu plus fort ? » « Pardon, je ne vous avais pas remarqué ! » Disons-le sans détour : l’indifférence est notre lapidation de chaque jour. Et la brûlure de la honte est plus dévorante que tous les bûchers péruviens.[/access]

Un petit boulot pour Nicolas « Char-queue-zi »

Le Parlement hongrois, dominé par les conservateurs nationalistes du Fidesz, vient de voter un amendement à la Constitution permettant à tous les Hongrois ethniques vivant hors des frontières du pays d’en obtenir la nationalité. Cela va mettre un souk pas possible avec les pays voisins où vivent des minorités magyares : Roumanie, Slovaquie, Serbie. La Hongrie n’a jamais pu digérer le traité de Trianon du 4 juin 1920, amputant de provinces où les Hongrois étaient en majorité le territoire qui lui était accordé par les puissances victorieuses de la Première Guerre mondiale. L’Union européenne, à laquelle appartiennent tous les pays concernés, à l’exception de la Serbie, est, comme qui dirait, bien emmerdée. Que faire ? Tancer les Hongrois ? Câliner les Slovaques ? Payer les Roumains pour qu’ils s’écrasent ? Ne serait-il pas plus judicieux de confier au président de la République française, Nicolas Sarkozy, dit « Char-queue-zi » à Budapest, une mission de conciliation dont il pourrait sortir auréolé d’une gloire que la France semble réticente à lui accorder ?

Taser, un choc salutaire

Le « Taser », une chance pour les délinquants ? La question est évidemment scandaleuse pour les professionnels de l’indignation qui n’ont pas manqué de dénoncer en boucle la décision du ministre de l’Intérieur d’autoriser la police municipale à s’équiper de « pistolets à impulsion électrique ».

Il est vrai que le moment choisi pour publier le décret au JO – au lendemain des obsèques de la jeune policière municipale tuée à Villiers sur Marne – n’est pas du meilleur goût. On peut déplorer que le gouvernement surfe sur l’émotion provoquée par ce fait divers pour faire passer cette mesure controversée. Sans doute espérait-il éviter ainsi le chœur des pleureuses toujours promptes à dénoncer l’Etat répressif et les violences policières. C’est raté. La Ligue des Droits de l’Homme s’insurge contre la « politique de la peur », tandis qu’Amnesty International souligne à nouveau « le risque de non respect des normes internationales relatives au recours à la force ainsi que de la Convention des Nations unies contre la torture ».

Coïncidence malencontreuse, c’est également hier qu’était publié le rapport 2010 dans lequel Amnesty déplore, sans rire, que la situation des droits de l’homme n’évolue pas en France. Au chapitre « violences policières », l’association évoque le cas d’un homme mort en 2009 dans un commissariat. Certes, c’est un de trop. Mais quand la police se fait insulter, agresser à coups de projectiles et tirer dessus, il faut peut-être se féliciter qu’il y en ait un seul. La réalité, c’est que notre police est républicaine dans un contexte qui l’est de moins en moins.

Cela dit, le décret « Taser » ne satisfera pas ceux à qui il s’adresse, les policiers municipaux. En effet, face à des malfrats prêts à tuer, la seule solution, ce sont des policiers bien formés et autorisés à se défendre. Or, l’affaire de Villiers-sur-Marne montre qu’on risque de voir se constituer une police à deux vitesses. On comprend mal pourquoi 30 % des policiers municipaux sont armés : soit ils sont là pour aider les vieilles dames à traverser et mettre des PV, auquel cas ils n’ont pas à être armés du tout, soit ils font le même boulot que leurs collègues de la Police nationale et ils doivent bénéficier de la même formation et des mêmes outils.

De fait, la sécurité fait partie des missions régaliennes de l’Etat et on préfèrerait nettement que, face à la violence criminelle, l’Etat demeure le seul détenteur de la violence légitime. Reste qu’on ne reviendra pas en arrière. Et les voyous, eux, ne font pas la différence entre les uniformes. Municipal ou national, pour eux, un flic est un flic.

Personne ne croit, du moins faut-il l’espérer, que le « Taser » fera des miracles. On voit mal à quoi il servirait contre des individus équipés d’armement lourd. Pour autant, on ne saurait conclure à son inutilité. En effet, les malfaiteurs prêts à devenir des meurtriers – et meurtriers de policiers – pour échapper à la prison restent heureusement l’exception. Du reste, au-delà de leur médiatisation compréhensible, les morts de policiers en service sont, sur la longue période, plutôt en diminution. En revanche, ce qui disparaît de notre univers mental, c’est la peur du gendarme. On ne respecte plus l’uniforme : certains trouvent cette évolution réjouissante ; elle est plutôt terrifiante. Même les Bobbies anglais, symboles d’une société si policée qu’elle pouvait presque se passer de police, ont dû se résoudre à s’armer. Dans un monde civilisé, la peur de l’autorité suffisait : celle-ci n’avait pas à s’exercer par balles. Dans un monde qui s’ensauvage, c’est le « Taser » qui est une arme civilisée.

Face à la rébellion, que peuvent et que doivent faire les policiers ? Est-il préférable qu’ils tirent à balles réelles ou qu’ils neutralisent les récalcitrants ? Aujourd’hui, ils ne peuvent rien faire. Résultat, les atteintes à l’autorité, en particulier les refus d’obtempérer, ont augmenté de 43 % entre 2003 et 2008 et les violences physiques contre la police nationale de 34 %.

Nous avons la chance de vivre dans un pays de libertés. Et ces libertés ne sont pas menacées par les caméras de surveillance mais par ceux qu’elles surveillent. Les honnêtes gens n’ont pas peur de la police, ils ont peur des voyous. Il faut que les voyous aient peur de la police et si le « Taser » leur fait peur, tant mieux. Ceux qui criaient hier « police partout justice nulle part » devront bien admettre que quand la police n’est nulle part, c’est la barbarie qui est partout.

Téléphone insupportable

L’usine du groupe Taïwanais Foxconn Technology de Shenzen, en Chine, est confrontée à une vague de suicides depuis le début du mois de janvier. Une bonne douzaine d’employés se sont jetés dans le vide en laissant des lettres sans équivoque sur les raisons de leur défenestration. Foxconn qui assemble notamment les composants de la nouvelle génération d’iPhone a réagi par la personne de son président Terry Gou (à ne pas confondre avec John Woo, qui, lui, ne met des massacres en scène qu’au cinéma), a déclaré : « Nous ne dirigeons pas des usines à sueur et à sang. » Cela n’a pas empêché le gouvernement de Pékin d’exprimer ses plus vives inquiétudes. De son côté, France Telecom a démenti toute rumeur de prise de participation dans le capital de Foxconn Technology, même si certains responsables trouvent intéressantes et stimulantes les pistes ouvertes par monsieur Gou dans ses méthodes de management.

Histoire de Vampires Chinois

Festival d'art de Pékin, Dahanzi.

Quand on connait un peu la prose cauteleuse ou zélatrice de la plupart des spécialistes de la Chine en France, on ne peut qu’apprécier l’énergie courageuse avec laquelle Luc Richard, qui vit en Chine, et Philippe Cohen, rédacteur en chef de Marianne2, décrivent la montée en puissance de l’Empire du Milieu, rebaptisé pour le besoin de leur démonstration « Vampire du Milieu ». Après leur essai au vitriol de 2005, La Chine sera-t-elle notre cauchemar ?, les deux compères en remettent une couche aujourd’hui, et quelle couche ! De l’exploitation féroce de sa population jusqu’à l’enthousiaste complaisance occidentale, et singulièrement française, pour la propagande chinoise, en passant par le pillage néo-colonialiste de l’Afrique, tout y passe, et contribue à dresser le tableau d’une Chine capitaliste et dictatoriale qui constituerait autant qu’un pays, un produit monstrueux de la mondialisation post-occidentale. La création un peu partout dans le monde, y compris en France, de communautés chinoises qui vivent chichement et besogneusement sur la bête locale, mais culturellement « hors-sol », est à cet égard révélatrice d’une certain état d’esprit propre à la mondialisation économique et financière: on nomadise, à coup de voyages en avion, de téléphone portable et de transactions commerciales ou financières, mais en aucun cas on ne se mélange. On reste plus que jamais sur son quant-à-soi identitaire. Au-delà d’un exotisme de pacotille qui ailleurs que dans les cœurs occidentaux s’essouffle rapidement, le temps de la fascination ouverte pour les cultures autres est passé. En ce début de XXIe siècle marqué par le triomphe de la mondialisation (ce vieux produit de l’esprit d’aventure européen qui remonte au moins au XVIe siècle) si tout le monde ou presque souhaite vivre en Occident, personne ne veut plus, au moins explicitement, « devenir occidental », malgré le mot d’ordre du grand penseur japonais Fukuzawa Yukichi, qui en 1885 promettait au Japon de quitter l’Asie arriérée pour rejoindre le courant civilisateur européen.
 
Pays riche, armée puissante

C’est aujourd’hui un autre mot d’ordre de l’époque Meiji japonaise que les Chinois ont adopté : « Fukoku Kyohei », ou « Pays riche, armée puissante ». Ce slogan, s’il est indubitablement passé par le Japon, trouve son origine dans les chroniques chinoises anciennes, et l’honneur de l’empire du milieu, qui ne supporte guère que l’on souligne ses multiples emprunts au modèle japonais est ainsi sauf. « Pays riche, armée puissante », tel est donc le programme crypto-japonais de la Chine contemporaine, qui trancherait drôlement parmi une réunion d’eurocrates à Bruxelles. Mais les auteurs de cette implacable réquisitoire contre la « sino-béattitude » qu’est « le Vampire du Milieu » soulignent à quel point cette nouvelle richesse ne saurait être considérée comme celle du peuple chinois : le régime communiste accapare presque systématiquement, aujourd’hui encore, les produits de l’ouverture du pays aux investissements étrangers. Depuis longtemps on s’imagine en Occident que les Chinois suivront ce que nous considérons être notre modèle politique, démocratique et (relativement) égalitaire. Mais ce n’est pas ce que les « pays émergents », que nous devrons bientôt rebaptiser, nous autres membres de pays aux économies exsangues, « pays submergeants », voient d’abord en nous. Ceux-ci nous considèrent avant tout comme des pays ayant développé leur puissance technologique, militaire et économique au-delà de tout ce que l’humanité avait connu jusque là. Et c’est cela que la Chine se propose aujourd’hui d’imiter « avec des caractéristiques chinoises », c’est-à-dire sans la démocratie. Seule notre puissance lui paraît digne d’imitation, nos institutions ne sont pour le régime chinois qu’un modèle à ne pas suivre, qui mène aujourd’hui la Thaïlande (par exemple) au bord de l’anarchie. Il ne faut vraisemblablement pas compter sur le peuple chinois pour que s’impose en Chine une démocratisation à l’occidentale : contrairement à ce qui se passe en France la pensée dominante y est au diapason du pouvoir, et la critique des gouvernants (chinois) est un sport peu pratiqué de nos jours place Tiananmen. En Chine, depuis 1989, la peur s’est substituée à l’esprit critique.
 
Le péril est-il jaune ?

Dans leur ouvrage précédent, Richard et Cohen ne se faisaient guère d’illusion sur la démocratisation et l’augmentation du niveau de vie en Chine que les chantres de la mondialisation heureuse nous promettaient. On ne peut pas dire que depuis 2005 l’évolution du mastodonte chinois leur ait donné tort. A l’époque, les illusions relatives à une hypothétique convergence démocratique et économique de la Chine avec l’Occident étaient largement répandues parmi les opinions publiques occidentales, les économistes mainstream et même la plupart des spécialistes de la Chine. Cela allait de soi : avec le temps les Chinois nous ressembleraient, ils deviendraient de gentils citoyens du monde rassasiés qui voteraient social ou libéral-démocrate aux élections et délocaliseraient leur production dans les pays pauvres avant de fonder une ONG de protection des éléphants d’Afrique et du thon rouge de méditerranée. Que reste-t-il de ces belles illusions? Pas grand-chose. Aujourd’hui chacun assiste effaré ou enthousiaste au tsunami chinois (ça se dit haixiao en bon mandarin) dans les domaines économique, diplomatique, et culturel. La Chine devient un acteur écrasant de la mondialisation et on ne peut pas dire que son soft power soit très soft. Encore quelques années de Hu Jintao ou de son successeur probable Xi Jinping[1. Sans langue de bois excessive, il « stigmatisait » l’année dernière lors d’un déplacement en Amérique centrale, ces « étrangers gavés qui critiquent la Chine ».] et les plus antiaméricains des altermondialistes finiront par regretter la superpuissance bushienne.
 
Mais ceux qui comme Luc Richard et Philippe Cohen décrivent sans fard la montée en puissance de la Chine s’exposent à une critique redoutablement efficace : celle de verser dans ce qu’on a appelé au début du XXe siècle « le péril jaune ». Dans un chapitre très éclairant les auteurs décrivent ainsi leurs déboires à la sortie de leur précédent livre. Lorsqu’ils détaillaient dans les médias la montée en puissance chinoise, ils devaient souvent faire face à un interlocuteur qui les « regardait avec un petit sourire entendu, un sourire de psy au coin des lèvres : « Ah, je vois, le péril jaune ». Ce que je vois pour ma part grâce à Cohen et Richard c’est à quel point aujourd’hui, dans les relations entre la Chine et l’Occident notamment, l’antiracisme routinier empêche de penser. La Chine aujourd’hui est obsédée par la puissance et le rattrapage de l’Occident. Ce n’est pas être xénophobe que de le constater. Prédation économique, intimidation diplomatique ou militaire, les moyens de la puissance importent peu, tant que cela marche. Un partie de l’Europe, celle, mondialisée, qui a l’illusion d’en être, est quant à elle paralysée par une forme de fascination un peu naïve, coupable à force d’être naïve, pour cet « eldorado chinois ». Les 700 000 ouvriers, agents de maitrise et cadres qui ont perdu leur emploi en France dans le secteur industriel du fait des délocalisations en Chine depuis dix ans sont vraisemblablement un peu moins enthousiastes.
 
L’offensive chinoise

Cohen et Richard décrivent l’offensive d’une ampleur incroyable à laquelle se livrent les services de renseignements chinois pour capter la technologie occidentale et influencer les esprits de nos pays. Des politiques, des économistes de premier plan et d’innombrables cadres supérieurs font l’objet d’approches de la part des espions chinois qui sont parvenus en quelques années à faire de belles prises parmi les élites occidentales. Mais l’amour de la Chine de ceux que les auteurs appellent les « sino-béats » ne doit pas tout à l’efficacité des services chinois. Il entre aussi beaucoup de snobisme antifrançais dans ce phénomène. L’attachement à la France a été depuis quelques décennies ringardisée et le maoïsme des élites étudiantes et universitaires de Mai-68 s’est peu à peu diffusée dans la société pour culminer dans la sinophilie un peu niaise du manager en voyage d’affaires. Si le prix d’un voyage en business class doit être une ultime délocalisation en Chine, peu importe. Les beaufs français ne se trouveront pas plus mal en préretraite qu’à râler devant des machines obsolètes pour un salaire d’au moins mille euros, exorbitant selon les normes chinoises. Et les Chinois, n’est-ce pas, ne méritent pas moins que nos grands pères de trimer sur des lignes de production pour des salaires de misère. On connait la chanson.
 
Une nouvelle trahison des élites françaises ?
La rationalité économique, celle qui met en avant les faibles coûts de la main d’œuvre chinoise, ne constitue qu’un aspect de « l’aventure chinoise » que se raconte les hommes d’affaires des groupes industriels. Chesterton décrit dans son ouvrage récemment réédité Hérétiques à quel point il est difficile de composer avec l’humanité proche, la famille, nos compatriotes anonymes. Les hommes d’affaires qui dirigent les groupes industriels qui investissent en Chine, ne sont rien d’autre dans une perspective chestertonienne, que des lâches qui fuient « la rue où ils sont nés » pour les facilités de l’exotisme chinois. Au loin leur vie devient intéressante. Dans le contact avec celui qui nous est proche et de ce fait même douloureusement différent, nous apprenons les leçons « amères et fortifiantes » enseignés par le commerce avec autrui. Dans l’exotisme de la différence radicale et des images d’Epinal l’humanité concrète disparait, et nous nous reposons. Mais le réveil risque d’être brutal, et les mésaventures récentes de Danone ou de Schneider sont là pour en témoigner. André Gorz a décrit le processus par lequel le capitalisme s’est renouvelé dans les services au cours des années 1970 : l’entreprise industrielle, dans laquelle cohabite de façon hiérarchique l’ouvrier, l’agent de maitrise et le cadre est devenue peu à peu invivable en Occident. La diversité qu’un hasard que Chesterton appelle divin nous a imposée, nous la célébrons abstraitement, mais nous la détestons dans la vie concrète. Il nous faut fuir par tous les moyens la triviale réalité des négociations syndicales et des mesquineries de la vie de bureau : « l’aventure chinoise » de nos business men est l’un d’entre eux. Cette scission psychologique de l’élite à l’égard du peuple français qui se traduit concrètement sur le plan politique par la création de l’Europe, signe la disparition de l’entreprise industrielle qui reprenait (en l’adoucissant, grâce à la promotion) à travers ses structurations hiérarchiques le monde l’Ancien Régime. En fuyant dans les réseaux numériques, qui n’ont de sociaux que le nom, en idolâtrant le lointain abstrait et en ringardisant le proche concret, nous disons adieu au monde incarné qui fut le nôtre pendant des millénaires. C’est aussi une explication des délocalisations chinoises. Nous nous laissons aspirer par cet « empire du milieu » qui est pour nous un milieu hors-sol, désincarné. La rhétorique des cadres et patrons sino-béats est à cet égard édifiante. Leur discours est plein d’exclamations trahissant une admiration bêtasse pour les buildings très très hauts et les autoroutes très très longues que construit la Chine aujourd’hui, comme s’il s’agissait de fuir le monde réel et de se réfugier dans un monde infantile fait de maquettes futuristes et d’abstractions mortifères.

LE VAMPIRE DU MILIEU: Comment la Chine nous dicte sa loi

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Pulvériser les discours lyriques sur l’ouverture de la Chine pour donner à voir la réalité de ce pays, c’est la grande vertu de l’ouvrage de Cohen et Richard.

L’État, une mère abusive ?

Soldats
On connaissait la Grande boucherie. Voici venu le temps de la Grande nurserie.

Le cendrier volcanique qui s’est déversé dans notre ciel a eu nombre de mérites, dont celui de rappeler que le tourisme de masse n’est pas l’avenir de l’homme. Autre bienfait : il est désormais permis de critiquer le sacro-saint principe de précaution. Sous la fumée pourrait naître un débat.

Mathieu Laine y apporte sa pierre dans un essai percutant intitulé La Grande nurserie. Dans la nouvelle édition, récemment parue en poche chez Lattès, il n’est pas question du volcan, mais des progrès de la religion du « risque zéro ». Il y recense avec drôlerie les injonctions et interdits qui bétonnent nos existences jusqu’à l’absurde, s’amuse du calendrier des bons sentiments qui comporte −le saviez-vous ?− une Journée de la gentillesse et une pour la courtoisie au volant.

[access capability= »lire_inedits »]Mathieu Laine n’est pas un anarchiste primaire. Ce jeune homme au cerveau bien fait a la particularité d’être un libéral assumé. On soupçonne parfois chez lui un fond de darwinisme social dénué de tendresse pour les éclopés. Il s’en défend. D’accord pour que la puissance publique aide les plus faibles et même pour une interruption temporaire du trafic aérien. Pas pour que la précaution devienne, sous la tendre surveillance d’un État aussi abusif qu’une mère, la maxime de nos conduites privées et de notre vie publique.

C’est contre cette sollicitude que Mathieu Laine ferraille avec ironie. À force de régenter nos comportements, l’État en vient à vouloir contrôler nos pensées − sous couvert d’extirper de nous les mauvaises, bien sûr. Ce n’est plus à Dieu que nous demandons de nous délivrer du mal, mais à l’Etat-nounou.

Nous avons voulu la Grande nurserie

Il y a dans tout cela une grande injustice. Du sexe au tabac, de la vitesse à la paresse, vous pouvez cesser toute activité répréhensible et délicieuse, faire de votre vie une perfection dans la précaution, vous ne gagnerez pas. Vous fumez, vous mourrez. Vous ne fumez pas, vous mourrez quand même.

Reste un angle mort qui sera peut-être le sujet du prochain livre de Mathieu Laine. Cette Grande nurserie ne nous a pas été imposée d’en haut. Nous l’avons voulue, et même exigée démocratiquement. Les grenouilles veulent un roi et le citoyen vertueux d’aujourd’hui veut une nanny qui le protège de lui-même tout en accédant à tous ses désirs. Il aspire à persister dans l’être prétendument bienheureux de l’enfance. Cette détestation de l’âge adulte n’est pas inscrite dans la Constitution. Mais nous n’avons pas fini d’en vivre les effroyables conséquences. À moins que nous décidions d’en finir avec la Grande nurserie.

La grande nurserie

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Festival de Cannes, 2035

En 2035, il y aura toujours des starlettes. Photo Flickr / Luciano Consolini.
En 2035, il y aura toujours des starlettes. Photo Flickr / Luciano Consolini.

La Palme d’or : Autant en emporte le Klan de Jim Schwarzenegger.

Cette palme d’or est largement méritée. Pour sa première réalisation, le petit-fils de l’acteur et ancien gouverneur de Californie a réussi une de ces fresques dont le Hollywood de la République Bolivarienne de Californie semblait avoir perdu le secret. La reconstitution historique des années 2014-2018, qui virent l’assassinat du président Obama lors de son second mandat, et des guerres ethniques qui s’ensuivirent est parfaite. La ruine des USA, la sécession de nombreux Etats et l’édification d’une Californie socialiste sont parfois représentées d’une manière un peu édifiante mais le souffle épique est ici incontestable. La scène de l’assaut de la Maison Blanche par les troupes du Klan et les milices survivalistes du Montana ainsi que la résistance désespérée des agents du Secret Service et des volontaires vénézuéliens est un hommage explicite à la Horde Sauvage du grand Sam Peckinpah.

Le Grand Prix du Festival : L’amour à Naplouse de Marwan Gitaï

Le film sans doute le plus charmant de la sélection a reçu une distinction qui a fait l’unanimité. Cette chronique familiale, drôle et sensible, prouve la vitalité du cinéma de la Confédération israélo-palestinienne. Quand trois générations se retrouvent pour un mariage entre le jeune Yitzhak, jeune ministre prometteur aux Affaires Sociales, et la belle Leïla, professeur de physique atomique à l’université de Jéricho, le cinéaste Marwan Gitaï, déjà Lion d’argent à Venise il y a deux ans pour son film historique, 2024, année zéro, racontant les début de la Confédération, le montre aussi à l’aise dans le registre intimiste que dans le registre épique. Marwan Gitaï, menacé de mort par les irrédentistes du Hamas et de la fraction armée Meir Kahane (ex-Hazit) est néanmoins venu recevoir lui-même son prix, en ne s’annonçant qu’à la dernière minute.

Le prix d’interprétation masculine : Mélenchon for president

Se confronter à un rôle aussi difficile que celui de Jean-Luc Mélenchon pour le biopic Le président était un véritable défit pour Gaspard Juin, encore largement méconnu du grand public. Il n’est néanmoins parfaitement crédible. Dans sa réaction à sa victoire surprise de 2012 face à Xavier Bertrand ou à sa réélection en 2019 face à Marine Le Pen, Gaspard Juin rend palpable les doutes mais aussi les convictions de l’homme qui assura la transition douce vers le socialisme, dut faire face à la lutte à mort déclenchée par le Medef avant le suicide collectif de ses dirigeants et l’attentat du 12 septembre 2013 sur la Tour Montparnasse. Il reste crédible même dans des scènes critiquées du film, comme l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn pour haute trahison à laquelle tous les historiens s’accordent à penser que le président Mélenchon ne prit pas part personnellement.

Le prix d’interprétation féminine : Chavez in memoriam

On dit que les peuples heureux n’ont pas d’histoire. Cela ne les empêche pas d’avoir un bon cinéma. Miss Univers 2034, la vénézuélienne Kristina Delrio, incarne à merveille le rôle principal du film Danse avec Hugo. Quand on est parfaitement heureux dans un pays qui entre dans son demi-siècle d’épanouissement social et que la figure du vieux leader Chavez vient de disparaître, quel idéal, quelle nouvelle frontière pour une jeunesse privée de destin ? Kristina Delrio rend parfaitement, dans ce film tourné caméra à l’épaule en temps réel, le temps d’une après-midi d’été à Caracas, une certaine mélancolie hégélienne, celle du dimanche de la vie.

Prix du meilleur court-métrage : Ma vie mon œuvre par Jean Sarkozy.

Film haïku, conceptuel, il dure moins de cinquante secondes. Un superbe exploit formel.

Cachez ce drapeau…

Les deux piliers de la vie sociale britannique, la très puissante British beer and pub association et la non moins puissante Football supporters federation respirent, la MET (London metropolitan police) a démenti avoir demandé aux gérants de pub de refuser de servir les porteurs de T-shirts anglais pendant la Coupe du Monde et de ne pas décorer leurs établissements du drapeau national.

L’affaire a vite pris des proportions énormes dans un pays où le football est une véritable religion qu’on pratique en famille, entre amis, entre supporters du meilleur championnat du monde, sans distinction d’âge, de sexe, ou d’origine sociale… Du prolo syndiqué au trader en casual wear, tous au pub le samedi soir pour vider des pintes et soutenir Chelsea, Arsenal, Everton ou Fulham.

En quelques jours, pas moins de 60 000 supporters se sont émus sur Facebook, via un groupe baptisé « I am against the ban on England Shirts during the World cup »…

La MET a-t-elle craint la résurgence de ces manifestations xénophobes qui ont empoisonné le monde du ballon rond anglais dans les années 70 ? A coups de vidéosurveillance, de numéros verts pour dénoncer tout fait suspect, de prise en main des gradins directement par les clubs, d’incrimination vigoureuse des injures racistes, d’augmentation vertigineuse des prix des billets et d’imposition des minorités dans les équipes et les instances dirigeantes, la Football Association a vaincu le racisme dans les stades plus efficacement qu’aucune autre entre Europe. Nos amis italiens ou espagnols pourraient d’ailleurs utilement s’en inspirer.

Très embarrassée, la MET a admis avoir bien glissé quelques conseils facultatifs de dress code aux tenanciers, tout en protestant de son patriotisme entre « supporters raisonnables ».

En a-t-elle fait un peu trop ? Un T-shirt marqué d’une croix de Saint André rouge met-il en péril le multiculturalisme qui fait loi ici ? Dans l’autoproclamé Royaume-Uni, le ridicule est pavé de bonnes intentions et la frontière entre antiracisme et politiquement correct absurde parfois bien floue.

Artistes à la rue

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Heureuse surprise à Manchester : des ouvriers auraient mis à jour par le plus grand des hasards une fresque réalisée par l’artiste de rue Bansky il y a une dizaine d’années, et recouverte en 2002 par un mur végétalisé. Depuis cette époque lointaine où il n’était qu’un graffiteur parmi d’autres, les œuvres de Bansky battent régulièrement des records aux enchères, et il ne viendrait plus à l’idée de personne de les recouvrir de lierre pour faire plus beau. Enfin presque… Il y a un mois, à Melbourne, des employés municipaux ont effacé un pochoir du même Bansky, représentant un rat en parachute. La Ville s’est excusée platement de ce gommage iconoclaste. Les travailleurs de la voirie, eux, affirment qu’on ne saurait leur reprocher d’avoir appliqué à la lettre le règlement municipal anti-graffitis…

Chômage : mauvais chiffres ou mauvaise foi ?

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Selon les chiffres publiés hier par Bercy, le nombre de chômeurs inscrits au Pôle emploi en catégorie A (sans aucune activité) a augmenté de 0,6 % au mois d’avril. En y incluant en plus les catégorie B et C (temps partiel non choisi), la hausse atteint 0,9 % par rapport au mois précédent. En un an, les chiffres du chômage se sont accrus de 10,5 %, principalement au détriment des jeunes. En conséquence de quoi, la ministre de l’économie a aussitôt déclaré : « Cette hausse en avril n’interrompt pas la tendance observée depuis plusieurs mois à la stabilisation du marché du travail, notamment pour les jeunes. » On se demande pourquoi Christine Lagarde se donne tant de mal à exorciser les statistiques issues de ses propres services. Franchement, c’est pas la peine d’en rajouter : avec l’attribution de l’Euro 2016 à la France, très bientôt, n’en doutons pas, la récession ne sera plus qu’un mauvais souvenir…

L’iceberg en flammes de la timidophobie

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Coeur
Photo Flickf / Thomas Hawk
Coeur
Photo Flickr / Thomas Hawk

Comme toutes les autres phobies, la timidophobie n’est pas une phobie comme les autres.
J’aborderai en premier lieu la part émergée de cet iceberg ultra-dérapant et chaque jour plus brûlant, hélas, d’actualité : la timidophobie que les timidologues ont coutume de désigner schématiquement comme timidophobie « du Sud » ou « à l’ancienne ».

Rappelons aux timido-sceptiques quelques faits têtus et accablants : dans 217 pays dans le monde, la timidité demeure illégale et est encore punie, en 2010, par des peines allant de dix-sept ans de prison à la peine de mort. En Malaisie, aux Bermudes et au Mozambique, la timidité est punie par la flagellation. Au Zimbabwe, à Samoa et sur les îles Fidji, les personnes à sensibilité timide sont tout bonnement lapidées. En Chine, aux Galapagos et à Trinité-et-Tobago, comme du reste en Arkansas et dans le Missouri, les timides sont condamnés à la peine de mort par estrapade. Au Pérou enfin, qui constitue aujourd’hui encore le must de la timidophobie à l’ancienne, les personnes timides sont enduites de miel et léchées par de vieux pangolins malades, selon un rituel immémorial, avant d’être brûlées vives. À Taïwan et en Inde, on enregistre cependant un léger recul de la timidophobie. Depuis 2007, la timidité y est illégale seulement dans la police, dans la poissonnerie et dans l’armée.

[access capability= »lire_inedits »]Les timides, créatures diaboliques et malfaisantes

Nous en convenons : toutes ces violences ne sont pas entièrement négligeables. Pourtant elles nécessitent, bien plus qu’une condamnation morale aveugle, avant tout l’explication et la compréhension. Dans ces 217 pays, les personnes timides sont traditionnellement considérées comme des créatures diaboliques et malfaisantes. Cela s’explique aisément, dans la plupart des cas, par la prédominance de cultures orales dans lesquelles la totalité de l’existence sociale et symbolique (et peut-être même sociétale) passe par la prise de parole publique. Quoi de plus naturel, dès lors, que le « sans-parole » y soit aussi le démoniaque ?

Une lutte éclairée contre la timidophobie ne saurait en aucune manière pactiser avec le rejet méprisant et colonialiste de la différence des cultures de la parole. Nous n’avons pas le droit de juger ces violences timidophobes du Sud complaisamment et inlassablement montrées du doigt par toutes les mains réactionnaires. Sans démagogie ni relativisme, j’accomplirai même un dernier pas en posant une question qui risque de briser bien des tabous de la lutte contre la timidophobie : qu’est-ce qui nous prouve, après tout, que, dans leur univers culturel propre, les timides du Sud jetés au bûcher ne sont pas réellement diaboliques et malfaisants ?

D’une manière très malsaine, les anti-timidophobes réactionnaires ont fait de ces 217 pays leur éternel cheval de bataille. Par ce tour de passe-passe nauséabond, ils entendent escamoter le cœur de la question timidophobe, la part immergée de l’iceberg : la bonne vieille timidophobie du Nord, la timidophobie bien de chez nous ! Son maître-mot : l’indifférence. Combien de fois, nous autres timides du Nord, avons-nous entendu la même rengaine destructrice soi-disant anodine : « Oh, excusez-moi, je ne vous avais pas vu ! » « Pouvez-vous répéter un peu plus fort ? » « Pardon, je ne vous avais pas remarqué ! » Disons-le sans détour : l’indifférence est notre lapidation de chaque jour. Et la brûlure de la honte est plus dévorante que tous les bûchers péruviens.[/access]

Un petit boulot pour Nicolas « Char-queue-zi »

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Le Parlement hongrois, dominé par les conservateurs nationalistes du Fidesz, vient de voter un amendement à la Constitution permettant à tous les Hongrois ethniques vivant hors des frontières du pays d’en obtenir la nationalité. Cela va mettre un souk pas possible avec les pays voisins où vivent des minorités magyares : Roumanie, Slovaquie, Serbie. La Hongrie n’a jamais pu digérer le traité de Trianon du 4 juin 1920, amputant de provinces où les Hongrois étaient en majorité le territoire qui lui était accordé par les puissances victorieuses de la Première Guerre mondiale. L’Union européenne, à laquelle appartiennent tous les pays concernés, à l’exception de la Serbie, est, comme qui dirait, bien emmerdée. Que faire ? Tancer les Hongrois ? Câliner les Slovaques ? Payer les Roumains pour qu’ils s’écrasent ? Ne serait-il pas plus judicieux de confier au président de la République française, Nicolas Sarkozy, dit « Char-queue-zi » à Budapest, une mission de conciliation dont il pourrait sortir auréolé d’une gloire que la France semble réticente à lui accorder ?

Taser, un choc salutaire

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Le « Taser », une chance pour les délinquants ? La question est évidemment scandaleuse pour les professionnels de l’indignation qui n’ont pas manqué de dénoncer en boucle la décision du ministre de l’Intérieur d’autoriser la police municipale à s’équiper de « pistolets à impulsion électrique ».

Il est vrai que le moment choisi pour publier le décret au JO – au lendemain des obsèques de la jeune policière municipale tuée à Villiers sur Marne – n’est pas du meilleur goût. On peut déplorer que le gouvernement surfe sur l’émotion provoquée par ce fait divers pour faire passer cette mesure controversée. Sans doute espérait-il éviter ainsi le chœur des pleureuses toujours promptes à dénoncer l’Etat répressif et les violences policières. C’est raté. La Ligue des Droits de l’Homme s’insurge contre la « politique de la peur », tandis qu’Amnesty International souligne à nouveau « le risque de non respect des normes internationales relatives au recours à la force ainsi que de la Convention des Nations unies contre la torture ».

Coïncidence malencontreuse, c’est également hier qu’était publié le rapport 2010 dans lequel Amnesty déplore, sans rire, que la situation des droits de l’homme n’évolue pas en France. Au chapitre « violences policières », l’association évoque le cas d’un homme mort en 2009 dans un commissariat. Certes, c’est un de trop. Mais quand la police se fait insulter, agresser à coups de projectiles et tirer dessus, il faut peut-être se féliciter qu’il y en ait un seul. La réalité, c’est que notre police est républicaine dans un contexte qui l’est de moins en moins.

Cela dit, le décret « Taser » ne satisfera pas ceux à qui il s’adresse, les policiers municipaux. En effet, face à des malfrats prêts à tuer, la seule solution, ce sont des policiers bien formés et autorisés à se défendre. Or, l’affaire de Villiers-sur-Marne montre qu’on risque de voir se constituer une police à deux vitesses. On comprend mal pourquoi 30 % des policiers municipaux sont armés : soit ils sont là pour aider les vieilles dames à traverser et mettre des PV, auquel cas ils n’ont pas à être armés du tout, soit ils font le même boulot que leurs collègues de la Police nationale et ils doivent bénéficier de la même formation et des mêmes outils.

De fait, la sécurité fait partie des missions régaliennes de l’Etat et on préfèrerait nettement que, face à la violence criminelle, l’Etat demeure le seul détenteur de la violence légitime. Reste qu’on ne reviendra pas en arrière. Et les voyous, eux, ne font pas la différence entre les uniformes. Municipal ou national, pour eux, un flic est un flic.

Personne ne croit, du moins faut-il l’espérer, que le « Taser » fera des miracles. On voit mal à quoi il servirait contre des individus équipés d’armement lourd. Pour autant, on ne saurait conclure à son inutilité. En effet, les malfaiteurs prêts à devenir des meurtriers – et meurtriers de policiers – pour échapper à la prison restent heureusement l’exception. Du reste, au-delà de leur médiatisation compréhensible, les morts de policiers en service sont, sur la longue période, plutôt en diminution. En revanche, ce qui disparaît de notre univers mental, c’est la peur du gendarme. On ne respecte plus l’uniforme : certains trouvent cette évolution réjouissante ; elle est plutôt terrifiante. Même les Bobbies anglais, symboles d’une société si policée qu’elle pouvait presque se passer de police, ont dû se résoudre à s’armer. Dans un monde civilisé, la peur de l’autorité suffisait : celle-ci n’avait pas à s’exercer par balles. Dans un monde qui s’ensauvage, c’est le « Taser » qui est une arme civilisée.

Face à la rébellion, que peuvent et que doivent faire les policiers ? Est-il préférable qu’ils tirent à balles réelles ou qu’ils neutralisent les récalcitrants ? Aujourd’hui, ils ne peuvent rien faire. Résultat, les atteintes à l’autorité, en particulier les refus d’obtempérer, ont augmenté de 43 % entre 2003 et 2008 et les violences physiques contre la police nationale de 34 %.

Nous avons la chance de vivre dans un pays de libertés. Et ces libertés ne sont pas menacées par les caméras de surveillance mais par ceux qu’elles surveillent. Les honnêtes gens n’ont pas peur de la police, ils ont peur des voyous. Il faut que les voyous aient peur de la police et si le « Taser » leur fait peur, tant mieux. Ceux qui criaient hier « police partout justice nulle part » devront bien admettre que quand la police n’est nulle part, c’est la barbarie qui est partout.

Téléphone insupportable

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L’usine du groupe Taïwanais Foxconn Technology de Shenzen, en Chine, est confrontée à une vague de suicides depuis le début du mois de janvier. Une bonne douzaine d’employés se sont jetés dans le vide en laissant des lettres sans équivoque sur les raisons de leur défenestration. Foxconn qui assemble notamment les composants de la nouvelle génération d’iPhone a réagi par la personne de son président Terry Gou (à ne pas confondre avec John Woo, qui, lui, ne met des massacres en scène qu’au cinéma), a déclaré : « Nous ne dirigeons pas des usines à sueur et à sang. » Cela n’a pas empêché le gouvernement de Pékin d’exprimer ses plus vives inquiétudes. De son côté, France Telecom a démenti toute rumeur de prise de participation dans le capital de Foxconn Technology, même si certains responsables trouvent intéressantes et stimulantes les pistes ouvertes par monsieur Gou dans ses méthodes de management.

Histoire de Vampires Chinois

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Festival d'art de Pékin, Dahanzi.
Festival d'art de Pékin, Dahanzi.

Quand on connait un peu la prose cauteleuse ou zélatrice de la plupart des spécialistes de la Chine en France, on ne peut qu’apprécier l’énergie courageuse avec laquelle Luc Richard, qui vit en Chine, et Philippe Cohen, rédacteur en chef de Marianne2, décrivent la montée en puissance de l’Empire du Milieu, rebaptisé pour le besoin de leur démonstration « Vampire du Milieu ». Après leur essai au vitriol de 2005, La Chine sera-t-elle notre cauchemar ?, les deux compères en remettent une couche aujourd’hui, et quelle couche ! De l’exploitation féroce de sa population jusqu’à l’enthousiaste complaisance occidentale, et singulièrement française, pour la propagande chinoise, en passant par le pillage néo-colonialiste de l’Afrique, tout y passe, et contribue à dresser le tableau d’une Chine capitaliste et dictatoriale qui constituerait autant qu’un pays, un produit monstrueux de la mondialisation post-occidentale. La création un peu partout dans le monde, y compris en France, de communautés chinoises qui vivent chichement et besogneusement sur la bête locale, mais culturellement « hors-sol », est à cet égard révélatrice d’une certain état d’esprit propre à la mondialisation économique et financière: on nomadise, à coup de voyages en avion, de téléphone portable et de transactions commerciales ou financières, mais en aucun cas on ne se mélange. On reste plus que jamais sur son quant-à-soi identitaire. Au-delà d’un exotisme de pacotille qui ailleurs que dans les cœurs occidentaux s’essouffle rapidement, le temps de la fascination ouverte pour les cultures autres est passé. En ce début de XXIe siècle marqué par le triomphe de la mondialisation (ce vieux produit de l’esprit d’aventure européen qui remonte au moins au XVIe siècle) si tout le monde ou presque souhaite vivre en Occident, personne ne veut plus, au moins explicitement, « devenir occidental », malgré le mot d’ordre du grand penseur japonais Fukuzawa Yukichi, qui en 1885 promettait au Japon de quitter l’Asie arriérée pour rejoindre le courant civilisateur européen.
 
Pays riche, armée puissante

C’est aujourd’hui un autre mot d’ordre de l’époque Meiji japonaise que les Chinois ont adopté : « Fukoku Kyohei », ou « Pays riche, armée puissante ». Ce slogan, s’il est indubitablement passé par le Japon, trouve son origine dans les chroniques chinoises anciennes, et l’honneur de l’empire du milieu, qui ne supporte guère que l’on souligne ses multiples emprunts au modèle japonais est ainsi sauf. « Pays riche, armée puissante », tel est donc le programme crypto-japonais de la Chine contemporaine, qui trancherait drôlement parmi une réunion d’eurocrates à Bruxelles. Mais les auteurs de cette implacable réquisitoire contre la « sino-béattitude » qu’est « le Vampire du Milieu » soulignent à quel point cette nouvelle richesse ne saurait être considérée comme celle du peuple chinois : le régime communiste accapare presque systématiquement, aujourd’hui encore, les produits de l’ouverture du pays aux investissements étrangers. Depuis longtemps on s’imagine en Occident que les Chinois suivront ce que nous considérons être notre modèle politique, démocratique et (relativement) égalitaire. Mais ce n’est pas ce que les « pays émergents », que nous devrons bientôt rebaptiser, nous autres membres de pays aux économies exsangues, « pays submergeants », voient d’abord en nous. Ceux-ci nous considèrent avant tout comme des pays ayant développé leur puissance technologique, militaire et économique au-delà de tout ce que l’humanité avait connu jusque là. Et c’est cela que la Chine se propose aujourd’hui d’imiter « avec des caractéristiques chinoises », c’est-à-dire sans la démocratie. Seule notre puissance lui paraît digne d’imitation, nos institutions ne sont pour le régime chinois qu’un modèle à ne pas suivre, qui mène aujourd’hui la Thaïlande (par exemple) au bord de l’anarchie. Il ne faut vraisemblablement pas compter sur le peuple chinois pour que s’impose en Chine une démocratisation à l’occidentale : contrairement à ce qui se passe en France la pensée dominante y est au diapason du pouvoir, et la critique des gouvernants (chinois) est un sport peu pratiqué de nos jours place Tiananmen. En Chine, depuis 1989, la peur s’est substituée à l’esprit critique.
 
Le péril est-il jaune ?

Dans leur ouvrage précédent, Richard et Cohen ne se faisaient guère d’illusion sur la démocratisation et l’augmentation du niveau de vie en Chine que les chantres de la mondialisation heureuse nous promettaient. On ne peut pas dire que depuis 2005 l’évolution du mastodonte chinois leur ait donné tort. A l’époque, les illusions relatives à une hypothétique convergence démocratique et économique de la Chine avec l’Occident étaient largement répandues parmi les opinions publiques occidentales, les économistes mainstream et même la plupart des spécialistes de la Chine. Cela allait de soi : avec le temps les Chinois nous ressembleraient, ils deviendraient de gentils citoyens du monde rassasiés qui voteraient social ou libéral-démocrate aux élections et délocaliseraient leur production dans les pays pauvres avant de fonder une ONG de protection des éléphants d’Afrique et du thon rouge de méditerranée. Que reste-t-il de ces belles illusions? Pas grand-chose. Aujourd’hui chacun assiste effaré ou enthousiaste au tsunami chinois (ça se dit haixiao en bon mandarin) dans les domaines économique, diplomatique, et culturel. La Chine devient un acteur écrasant de la mondialisation et on ne peut pas dire que son soft power soit très soft. Encore quelques années de Hu Jintao ou de son successeur probable Xi Jinping[1. Sans langue de bois excessive, il « stigmatisait » l’année dernière lors d’un déplacement en Amérique centrale, ces « étrangers gavés qui critiquent la Chine ».] et les plus antiaméricains des altermondialistes finiront par regretter la superpuissance bushienne.
 
Mais ceux qui comme Luc Richard et Philippe Cohen décrivent sans fard la montée en puissance de la Chine s’exposent à une critique redoutablement efficace : celle de verser dans ce qu’on a appelé au début du XXe siècle « le péril jaune ». Dans un chapitre très éclairant les auteurs décrivent ainsi leurs déboires à la sortie de leur précédent livre. Lorsqu’ils détaillaient dans les médias la montée en puissance chinoise, ils devaient souvent faire face à un interlocuteur qui les « regardait avec un petit sourire entendu, un sourire de psy au coin des lèvres : « Ah, je vois, le péril jaune ». Ce que je vois pour ma part grâce à Cohen et Richard c’est à quel point aujourd’hui, dans les relations entre la Chine et l’Occident notamment, l’antiracisme routinier empêche de penser. La Chine aujourd’hui est obsédée par la puissance et le rattrapage de l’Occident. Ce n’est pas être xénophobe que de le constater. Prédation économique, intimidation diplomatique ou militaire, les moyens de la puissance importent peu, tant que cela marche. Un partie de l’Europe, celle, mondialisée, qui a l’illusion d’en être, est quant à elle paralysée par une forme de fascination un peu naïve, coupable à force d’être naïve, pour cet « eldorado chinois ». Les 700 000 ouvriers, agents de maitrise et cadres qui ont perdu leur emploi en France dans le secteur industriel du fait des délocalisations en Chine depuis dix ans sont vraisemblablement un peu moins enthousiastes.
 
L’offensive chinoise

Cohen et Richard décrivent l’offensive d’une ampleur incroyable à laquelle se livrent les services de renseignements chinois pour capter la technologie occidentale et influencer les esprits de nos pays. Des politiques, des économistes de premier plan et d’innombrables cadres supérieurs font l’objet d’approches de la part des espions chinois qui sont parvenus en quelques années à faire de belles prises parmi les élites occidentales. Mais l’amour de la Chine de ceux que les auteurs appellent les « sino-béats » ne doit pas tout à l’efficacité des services chinois. Il entre aussi beaucoup de snobisme antifrançais dans ce phénomène. L’attachement à la France a été depuis quelques décennies ringardisée et le maoïsme des élites étudiantes et universitaires de Mai-68 s’est peu à peu diffusée dans la société pour culminer dans la sinophilie un peu niaise du manager en voyage d’affaires. Si le prix d’un voyage en business class doit être une ultime délocalisation en Chine, peu importe. Les beaufs français ne se trouveront pas plus mal en préretraite qu’à râler devant des machines obsolètes pour un salaire d’au moins mille euros, exorbitant selon les normes chinoises. Et les Chinois, n’est-ce pas, ne méritent pas moins que nos grands pères de trimer sur des lignes de production pour des salaires de misère. On connait la chanson.
 
Une nouvelle trahison des élites françaises ?
La rationalité économique, celle qui met en avant les faibles coûts de la main d’œuvre chinoise, ne constitue qu’un aspect de « l’aventure chinoise » que se raconte les hommes d’affaires des groupes industriels. Chesterton décrit dans son ouvrage récemment réédité Hérétiques à quel point il est difficile de composer avec l’humanité proche, la famille, nos compatriotes anonymes. Les hommes d’affaires qui dirigent les groupes industriels qui investissent en Chine, ne sont rien d’autre dans une perspective chestertonienne, que des lâches qui fuient « la rue où ils sont nés » pour les facilités de l’exotisme chinois. Au loin leur vie devient intéressante. Dans le contact avec celui qui nous est proche et de ce fait même douloureusement différent, nous apprenons les leçons « amères et fortifiantes » enseignés par le commerce avec autrui. Dans l’exotisme de la différence radicale et des images d’Epinal l’humanité concrète disparait, et nous nous reposons. Mais le réveil risque d’être brutal, et les mésaventures récentes de Danone ou de Schneider sont là pour en témoigner. André Gorz a décrit le processus par lequel le capitalisme s’est renouvelé dans les services au cours des années 1970 : l’entreprise industrielle, dans laquelle cohabite de façon hiérarchique l’ouvrier, l’agent de maitrise et le cadre est devenue peu à peu invivable en Occident. La diversité qu’un hasard que Chesterton appelle divin nous a imposée, nous la célébrons abstraitement, mais nous la détestons dans la vie concrète. Il nous faut fuir par tous les moyens la triviale réalité des négociations syndicales et des mesquineries de la vie de bureau : « l’aventure chinoise » de nos business men est l’un d’entre eux. Cette scission psychologique de l’élite à l’égard du peuple français qui se traduit concrètement sur le plan politique par la création de l’Europe, signe la disparition de l’entreprise industrielle qui reprenait (en l’adoucissant, grâce à la promotion) à travers ses structurations hiérarchiques le monde l’Ancien Régime. En fuyant dans les réseaux numériques, qui n’ont de sociaux que le nom, en idolâtrant le lointain abstrait et en ringardisant le proche concret, nous disons adieu au monde incarné qui fut le nôtre pendant des millénaires. C’est aussi une explication des délocalisations chinoises. Nous nous laissons aspirer par cet « empire du milieu » qui est pour nous un milieu hors-sol, désincarné. La rhétorique des cadres et patrons sino-béats est à cet égard édifiante. Leur discours est plein d’exclamations trahissant une admiration bêtasse pour les buildings très très hauts et les autoroutes très très longues que construit la Chine aujourd’hui, comme s’il s’agissait de fuir le monde réel et de se réfugier dans un monde infantile fait de maquettes futuristes et d’abstractions mortifères.

LE VAMPIRE DU MILIEU: Comment la Chine nous dicte sa loi

Prix: 10,09 €

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Pulvériser les discours lyriques sur l’ouverture de la Chine pour donner à voir la réalité de ce pays, c’est la grande vertu de l’ouvrage de Cohen et Richard.

L’État, une mère abusive ?

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Soldats
On connaissait la Grande boucherie. Voici venu le temps de la Grande nurserie.
Soldats
On connaissait la Grande boucherie. Voici venu le temps de la Grande nurserie.

Le cendrier volcanique qui s’est déversé dans notre ciel a eu nombre de mérites, dont celui de rappeler que le tourisme de masse n’est pas l’avenir de l’homme. Autre bienfait : il est désormais permis de critiquer le sacro-saint principe de précaution. Sous la fumée pourrait naître un débat.

Mathieu Laine y apporte sa pierre dans un essai percutant intitulé La Grande nurserie. Dans la nouvelle édition, récemment parue en poche chez Lattès, il n’est pas question du volcan, mais des progrès de la religion du « risque zéro ». Il y recense avec drôlerie les injonctions et interdits qui bétonnent nos existences jusqu’à l’absurde, s’amuse du calendrier des bons sentiments qui comporte −le saviez-vous ?− une Journée de la gentillesse et une pour la courtoisie au volant.

[access capability= »lire_inedits »]Mathieu Laine n’est pas un anarchiste primaire. Ce jeune homme au cerveau bien fait a la particularité d’être un libéral assumé. On soupçonne parfois chez lui un fond de darwinisme social dénué de tendresse pour les éclopés. Il s’en défend. D’accord pour que la puissance publique aide les plus faibles et même pour une interruption temporaire du trafic aérien. Pas pour que la précaution devienne, sous la tendre surveillance d’un État aussi abusif qu’une mère, la maxime de nos conduites privées et de notre vie publique.

C’est contre cette sollicitude que Mathieu Laine ferraille avec ironie. À force de régenter nos comportements, l’État en vient à vouloir contrôler nos pensées − sous couvert d’extirper de nous les mauvaises, bien sûr. Ce n’est plus à Dieu que nous demandons de nous délivrer du mal, mais à l’Etat-nounou.

Nous avons voulu la Grande nurserie

Il y a dans tout cela une grande injustice. Du sexe au tabac, de la vitesse à la paresse, vous pouvez cesser toute activité répréhensible et délicieuse, faire de votre vie une perfection dans la précaution, vous ne gagnerez pas. Vous fumez, vous mourrez. Vous ne fumez pas, vous mourrez quand même.

Reste un angle mort qui sera peut-être le sujet du prochain livre de Mathieu Laine. Cette Grande nurserie ne nous a pas été imposée d’en haut. Nous l’avons voulue, et même exigée démocratiquement. Les grenouilles veulent un roi et le citoyen vertueux d’aujourd’hui veut une nanny qui le protège de lui-même tout en accédant à tous ses désirs. Il aspire à persister dans l’être prétendument bienheureux de l’enfance. Cette détestation de l’âge adulte n’est pas inscrite dans la Constitution. Mais nous n’avons pas fini d’en vivre les effroyables conséquences. À moins que nous décidions d’en finir avec la Grande nurserie.

La grande nurserie

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Festival de Cannes, 2035

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En 2035, il y aura toujours des starlettes. Photo Flickr / Luciano Consolini.
En 2035, il y aura toujours des starlettes. Photo Flickr / Luciano Consolini.
En 2035, il y aura toujours des starlettes. Photo Flickr / Luciano Consolini.
En 2035, il y aura toujours des starlettes. Photo Flickr / Luciano Consolini.

La Palme d’or : Autant en emporte le Klan de Jim Schwarzenegger.

Cette palme d’or est largement méritée. Pour sa première réalisation, le petit-fils de l’acteur et ancien gouverneur de Californie a réussi une de ces fresques dont le Hollywood de la République Bolivarienne de Californie semblait avoir perdu le secret. La reconstitution historique des années 2014-2018, qui virent l’assassinat du président Obama lors de son second mandat, et des guerres ethniques qui s’ensuivirent est parfaite. La ruine des USA, la sécession de nombreux Etats et l’édification d’une Californie socialiste sont parfois représentées d’une manière un peu édifiante mais le souffle épique est ici incontestable. La scène de l’assaut de la Maison Blanche par les troupes du Klan et les milices survivalistes du Montana ainsi que la résistance désespérée des agents du Secret Service et des volontaires vénézuéliens est un hommage explicite à la Horde Sauvage du grand Sam Peckinpah.

Le Grand Prix du Festival : L’amour à Naplouse de Marwan Gitaï

Le film sans doute le plus charmant de la sélection a reçu une distinction qui a fait l’unanimité. Cette chronique familiale, drôle et sensible, prouve la vitalité du cinéma de la Confédération israélo-palestinienne. Quand trois générations se retrouvent pour un mariage entre le jeune Yitzhak, jeune ministre prometteur aux Affaires Sociales, et la belle Leïla, professeur de physique atomique à l’université de Jéricho, le cinéaste Marwan Gitaï, déjà Lion d’argent à Venise il y a deux ans pour son film historique, 2024, année zéro, racontant les début de la Confédération, le montre aussi à l’aise dans le registre intimiste que dans le registre épique. Marwan Gitaï, menacé de mort par les irrédentistes du Hamas et de la fraction armée Meir Kahane (ex-Hazit) est néanmoins venu recevoir lui-même son prix, en ne s’annonçant qu’à la dernière minute.

Le prix d’interprétation masculine : Mélenchon for president

Se confronter à un rôle aussi difficile que celui de Jean-Luc Mélenchon pour le biopic Le président était un véritable défit pour Gaspard Juin, encore largement méconnu du grand public. Il n’est néanmoins parfaitement crédible. Dans sa réaction à sa victoire surprise de 2012 face à Xavier Bertrand ou à sa réélection en 2019 face à Marine Le Pen, Gaspard Juin rend palpable les doutes mais aussi les convictions de l’homme qui assura la transition douce vers le socialisme, dut faire face à la lutte à mort déclenchée par le Medef avant le suicide collectif de ses dirigeants et l’attentat du 12 septembre 2013 sur la Tour Montparnasse. Il reste crédible même dans des scènes critiquées du film, comme l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn pour haute trahison à laquelle tous les historiens s’accordent à penser que le président Mélenchon ne prit pas part personnellement.

Le prix d’interprétation féminine : Chavez in memoriam

On dit que les peuples heureux n’ont pas d’histoire. Cela ne les empêche pas d’avoir un bon cinéma. Miss Univers 2034, la vénézuélienne Kristina Delrio, incarne à merveille le rôle principal du film Danse avec Hugo. Quand on est parfaitement heureux dans un pays qui entre dans son demi-siècle d’épanouissement social et que la figure du vieux leader Chavez vient de disparaître, quel idéal, quelle nouvelle frontière pour une jeunesse privée de destin ? Kristina Delrio rend parfaitement, dans ce film tourné caméra à l’épaule en temps réel, le temps d’une après-midi d’été à Caracas, une certaine mélancolie hégélienne, celle du dimanche de la vie.

Prix du meilleur court-métrage : Ma vie mon œuvre par Jean Sarkozy.

Film haïku, conceptuel, il dure moins de cinquante secondes. Un superbe exploit formel.

Cachez ce drapeau…

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Les deux piliers de la vie sociale britannique, la très puissante British beer and pub association et la non moins puissante Football supporters federation respirent, la MET (London metropolitan police) a démenti avoir demandé aux gérants de pub de refuser de servir les porteurs de T-shirts anglais pendant la Coupe du Monde et de ne pas décorer leurs établissements du drapeau national.

L’affaire a vite pris des proportions énormes dans un pays où le football est une véritable religion qu’on pratique en famille, entre amis, entre supporters du meilleur championnat du monde, sans distinction d’âge, de sexe, ou d’origine sociale… Du prolo syndiqué au trader en casual wear, tous au pub le samedi soir pour vider des pintes et soutenir Chelsea, Arsenal, Everton ou Fulham.

En quelques jours, pas moins de 60 000 supporters se sont émus sur Facebook, via un groupe baptisé « I am against the ban on England Shirts during the World cup »…

La MET a-t-elle craint la résurgence de ces manifestations xénophobes qui ont empoisonné le monde du ballon rond anglais dans les années 70 ? A coups de vidéosurveillance, de numéros verts pour dénoncer tout fait suspect, de prise en main des gradins directement par les clubs, d’incrimination vigoureuse des injures racistes, d’augmentation vertigineuse des prix des billets et d’imposition des minorités dans les équipes et les instances dirigeantes, la Football Association a vaincu le racisme dans les stades plus efficacement qu’aucune autre entre Europe. Nos amis italiens ou espagnols pourraient d’ailleurs utilement s’en inspirer.

Très embarrassée, la MET a admis avoir bien glissé quelques conseils facultatifs de dress code aux tenanciers, tout en protestant de son patriotisme entre « supporters raisonnables ».

En a-t-elle fait un peu trop ? Un T-shirt marqué d’une croix de Saint André rouge met-il en péril le multiculturalisme qui fait loi ici ? Dans l’autoproclamé Royaume-Uni, le ridicule est pavé de bonnes intentions et la frontière entre antiracisme et politiquement correct absurde parfois bien floue.

Artistes à la rue

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Heureuse surprise à Manchester : des ouvriers auraient mis à jour par le plus grand des hasards une fresque réalisée par l’artiste de rue Bansky il y a une dizaine d’années, et recouverte en 2002 par un mur végétalisé. Depuis cette époque lointaine où il n’était qu’un graffiteur parmi d’autres, les œuvres de Bansky battent régulièrement des records aux enchères, et il ne viendrait plus à l’idée de personne de les recouvrir de lierre pour faire plus beau. Enfin presque… Il y a un mois, à Melbourne, des employés municipaux ont effacé un pochoir du même Bansky, représentant un rat en parachute. La Ville s’est excusée platement de ce gommage iconoclaste. Les travailleurs de la voirie, eux, affirment qu’on ne saurait leur reprocher d’avoir appliqué à la lettre le règlement municipal anti-graffitis…