La droite devrait se presser de trouver un moyen de parler aux Français musulmans, énorme potentiel électoral. Quitte à faire sa révolution ! Sinon, les vrais partis musulmans s’organiseront et remporteront la mise en tablant sur la thématique religieuse…


Bientôt, personne ne sait quand exactement, le vote immigré se transformera en un vote musulman au bénéfice de partis musulmans qui défendront des thématiques à connotation morale et religieuse. Le communautarisme aura enfin une traduction palpable et pérenne sur le plan électoral. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce cataclysme pourrait représenter une aubaine pour la droite française qui, si elle s’en donne les moyens, pourrait faire jouer les bouleversements démographiques à son profit.

L’heure du réveil a sonné

Jusqu’à présent le vote immigré allait massivement à gauche. Il était animé par trois émotions simultanées : la peur du renvoi dans les pays d’origine, la crainte d’un démantèlement du regroupement familial et l’ivresse causée par les largesses de l’Etat-Providence. La gauche a magistralement exploité le filon pour en faire un vote captif, prévisible et « pas cher ». Il a suffi d’associer l’immigré à la figure du damné de la terre et de l’assisté.

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Le vote musulman ne sera pas un vote ouvrier stricto sensu c’est-à-dire qu’il se portera d’abord sur le terrain des mœurs et non de la redistribution. Ça c’est la bonne nouvelle. En revanche, ce vote cherchera, par tous les moyens, à renégocier le pacte républicain afin de faire une place à l’Islam dans la vie publique. Que l’Islam « respire » enfin sur les terres françaises en exerçant sa vocation inaliénable de religion civile. Ça c’est la mauvaise nouvelle.

La fake news la plus répandue à gauche

La droite a toujours tourné le dos à l’Islam. Il le lui rend bien aussi, à vrai dire. Cela n’a pas toujours été comme ça car les musulmans algériens se sont battus, par centaines de milliers, pour que le drapeau français continue à flotter de Tlemcen à Tamanrasset. Ces harkis et autres supplétifs ont servi un gouvernement de droite et un idéal de droite. Nous savons tous comment la droite gaulliste les a récompensés…

Il est temps de tourner cette page douloureuse. Un proverbe marocain dit justement que « nous sommes les enfants de demain ». La droite doit faire son reset et cesser de voir l’Islam comme une nuisance. Et puisse l’exemple des harkis la convaincre que la loyauté des musulmans ne va pas automatiquement aux moudjahidines (FLN) d’hier et aux jihadistes d’aujourd’hui.

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Pour espérer être en mesure un jour de capter cet énorme potentiel électoral, il faudrait s’immiscer dans l’univers mental des musulmans de France. Issus du Maghreb dans leur grande majorité, ils ont amené avec eux les espoirs, les angoisses et les coutumes des peuples d’Afrique du Nord. Les hommes émigrent en emportant avec eux leur civilisation. La gauche nous dit le contraire depuis quarante ans, elle qui ne cesse de minimiser l’ampleur des chamboulements induits par l’immigration (je ne connais pas d’exemple plus abouti de fake news !).

Honneur et Justice

L’univers mental des Maghrébins est habité par deux valeurs fondamentales : l’Honneur et la Justice. Il est relativement étanche aux thèmes de la Liberté et de l’Egalité. Il n’y a rien de surprenant à cela quand on se penche sur la formation des peuples et des mentalités en Afrique du Nord. Les Maghrébins ont en commun l’expérience d’un monde dangereux où l’Etat de Droit est inexistant ou très éloigné. Vivre dans le Constantinois du XVIIIe ou dans le Rif du XIXe siècle, c’est lutter 7j/7 pour ne pas être opprimé et asservi par plus fort que soi. D’où le recours à l’honneur comme une référence essentielle qui permet de justifier le pouvoir des uns (les caïds, les scheiks, les émirs) par la protection qu’ils offrent aux autres. Le rôle de la tribu ne se comprend pas autrement : elle était une « marketplace » où les individus troquaient leur soumission contre de la protection et donc la préservation de l’honneur.

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Dans ce contexte, la passion par excellence au Maghreb est l’amour de la justice. Tous les Africains du Nord ont le mot « hogra » à la bouche c’est-à-dire l’injustice. En effet, seul le faible réclame justice, le fort lui ne veut aucune limite à sa puissance. La demande de justice arrive en tête des aspirations collectives. Les gens n’ont que faire de l’égalité, ils veulent la sécurité que seuls des privilégiés peuvent leur garantir du fait de leur esprit guerrier et de leur capacité à mobiliser une violence légitime (confédération tribale, confrérie religieuse etc.).

Mes propos peuvent étonner

Il n’y a non plus aucune place pour la liberté. Liberté de quoi ? De maltraiter plus faible que soi, de désobéir à Dieu et à ses enseignements ?

Bien entendu vu de Paris, les Algériens et les Libyens ne rêvent que de démocratie et de liberté. Effectivement, les gens crient « dimokratiya ! » et « huriya ! » (liberté) mais, à l’heure du vote, les suffrages vont toujours aux islamistes qui eux raisonnent en termes d’honneur et de justice.

Il en est de même en France où les mêmes populations se retrouvent et maintiennent une certaine endogamie qui empêche le métissage. Les valeurs se transmettent telles quelles, d’une génération à l’autre, sans altération notable.

A contre-courant des préjugés habituels, le parti de l’ordre se trouve peut-être chez les musulmans de France. Ces propos peuvent étonner, je l’admets. Pour s’en convaincre, il suffirait de se mettre à la place des immigrés qui vivent dans les cités. Ce sont, en bonne partie, des perdants. Ils n’arrivent même pas à se faire obéir de leurs enfants qui ont pris le contrôle de la rue. Que signifie brûler la voiture du voisin si ce n’est hisser le drapeau d’une adolescence toute-puissante et irrévérencieuse ?

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Comprenez cette psychologie de l’opprimé, plongez-vous dans le mental d’un père qui voit son autorité bafouée et vous vous sentirez tout d’un coup extrêmement proche des musulmans de France. Vous verrez en eux leur humanité, faite de fragilités, de souffrances et de moments de grandeur. Et vous verrez peut-être qu’ils ne sont ni des damnés de la terre, ni des assistés, mais des êtres humains qui ont une revanche à prendre. Et le chemin vers la revanche passe par les valeurs et l’estime de soi et non par la Caisse des Allocations Familiales.

Le tabou de la lucidité

Il ne suffit pas de faire du porte-à-porte dans les cités pour parler honneur, justice et conflit générationnel. Il reste à formuler un discours audible et pertinent. Un discours qui articule les valeurs aux émotions qui sont la véritable matière première du changement politique.

Articuler un discours en direction des musulmans de France est une tâche difficile car personne ou presque n’étudie cette population. Tout est sensible, tout prête à polémique. Les indignés professionnels ont la main sur le revolver, prêts à dégainer au moindre éclair de lucidité. Toute vérité énoncée est punie au lance-flammes.

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Jadis, du temps de l’empire colonial et dans les années qui suivirent les indépendances, les Langues O’ et les Affaires Indigènes avaient développé une connaissance fine des mentalités nord-africaines. Ce savoir est perdu ou est devenu confidentiel. Aujourd’hui, on s’en remet à des humouristes, à des rappeurs, à des footballers voire à des représentants des Frères Musulmans pour essayer de décoder ce qui se passe chez les musulmans de France. Quel Progrès !

Pour une droite révolutionnaire

La droite ne peut compter que sur elle-même pour définir un discours qui fasse sens auprès des musulmans.  Elle doit réinventer un savoir enterré vivant par le politiquement correct.

En face, les partis musulmans auront la tâche facile. Ils prendront un raccourci connu à l’avance : la religion. L’Islam a le mérite de répondre aux trois questions essentielles qui structurent l’univers mental de l’électeur : honneur, justice et conflit générationnel. Cette voie étant interdite à la droite, il ne lui reste plus qu’à tendre la main aux musulmans dans l’espoir de les faire parler. S’ils lui font confiance, ils lui donneront peut-être la recette pour remporter la mise.

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Un moyen de faire parler consiste à former, entraîner et confier des responsabilités. Donner une chance à ceux qui n’ont aucun réseau et aucun capital social est un immense gage de bonne volonté. La droite doit être la première à aider celles et ceux qui ont une affinité avec les valeurs du sérieux. Elle doit appuyer les hommes et les femmes sans discrimination aucune. J’insiste, au risque d’aller à contre-courant, qu’il ne faut pas laisser tomber les hommes, car ils cumulent les frustrations à l’égard d’une société qui leur donne l’impression de leur préférer systématiquement leurs sœurs et leurs cousines. Posez-vous la question : combien de ministres femmes issues de la diversité ? Pour combien d’hommes ? Et vous verrez l’anomalie criante.

Il est anormal que la droite passe à côté de la métapolitique. En banlieue, les gens regardent Al Jazeera, ils consultent des pages Facebook communautaires en Arabe, Wolof et en Turc. La droite ne peut plus faire l’économie d’une présence digitale quitte à émettre des messages en une langue autre que le Français. Cette suggestion m’écorche la bouche mais elle n’est que la conséquence logique de l’immigration de masse. Il est trop tard pour s’indigner. Maintenant, il faut gérer.

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La droite après avoir perdu tant d’élections et reçu tant de claques se doit d’être révolutionnaire. Elle n’a plus rien à perdre. Elle peut se permettre le luxe de penser différemment et de voir loin.

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