Entretien avec Aurélien Pradié, député du Lot et Secrétaire général des Républicains


Causeur. Il y a quelques mois, vous avez exclu des Républicains un militant partisan de l’union de droites. Que répondez-vous aux électeurs de droite qui vous reprochent de recentrer LR sur une ligne macron-compatible ?

 

Aurélien Pradié. Ça fait dix ans que je suis élu dans le Lot. Alors que je viens d’une famille ni de droite ni de gauche, j’ai toujours fait le choix d’être de droite sur la terre de gauche qu’est le Lot. Et je n’ai jamais baissé la voilure sur mon étiquette. Aux dernières élections législatives, j’ai été élu député avec l’étiquette Les Républicains. Alors que beaucoup de ceux qui me donnent aujourd’hui des leçons de « pureté politique » avaient planqué leur étiquette !

 

Il faudrait nécessairement être ou progressiste ou conservateur, ou macroniste  ou lepéniste ?! La vie politique et la pensée politique valent mieux que cette stérilité, cette dualité consternante

 

Lorsqu’un élu local LR s’allie avec LREM comme le maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc, vous le laissez faire. Pourquoi ce deux poids deux mesures ?

 

Jean-Luc Moudenc est maire sortant de Toulouse. Il a une légitimité électorale forte. C’est à lui de constituer son équipe, pas à nous  Il a toujours soutenu LR. Il continuera de le faire. C’est certain. 

Beaucoup des théoriciens des alliances locales, qui hurlent au loup, n’ont jamais gagné d’élections. Ils parlent fort mais ne se frottent pas au suffrage universel. Je veux bien qu’on théorise la politique en dehors de la réalité électorale, mais il y a tout de même un moment de vérité : les élections. Les élections municipales restent ensuite des élections locales et pas nationales. Quand j’étais maire d’une commune, mon équipe municipale rassemblait des gens de droite et des gens de gauche. J’étais le maire de tous les habitants. Pas un chef de clan. Pour autant, personne n’a jamais douté de mon appartenance politique sincère et profonde. 

 

Justement, d’aucuns vous soupçonnent d’être ni de droite ni de droite. Autrement dit, de vouloir renouer avec une certaine droite chiraquienne s’excusant perpétuellement de ne pas être de gauche. Assumez-vous la part de conservatisme inhérente à l’ADN de la droite ?

 

Mesurez-vous le niveau de bêtise intellectuelle et politique auquel nous en sommes venus ? Il faudrait nécessairement être ou progressiste ou conservateur, ou macroniste  ou lepéniste ?! La vie politique et la pensée politique valent mieux que cette stérilité, cette dualité consternante. Ce piège des « progressistes » et des « conservateurs » a d’ailleurs d’abord été tendu par Emmanuel Macron lui-même ! Une telle bipolarisation de la pensée politique signera la mort de la pensée politique. A 33 ans, je ne sais pas si je suis chiraquien, mais je suis fier de ce que Jacques Chirac a laissé à notre pays. Chirac s’est battu contre les vieux hiboux du musée du Louvre qui méprisaient les arts premiers. Est-ce qu’aujourd’hui l’un d’entre nous en serait arrivé au point de dire que le musée du quai Branly est une aberration et que les arts premiers n’ont pas de sens ? Bien sûr que non, c’est notre bel héritage et nous l’assumons.

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Ces dernières années, la droite s’est appuyée sur une jeune garde d’intellectuels conservateurs souvent issus de la Manif pour tous. Rejetez-vous ce legs ?

 

Je ne crois pas en la métapolitique. Celle des théories et non des actes. Le legs de la Manif pour tous ? Pardon de vous dire que je ne vois pas très bien en quoi cet épisode a marqué notre histoire politique et intellectuelle… Cela passionne peut-être beaucoup de monde dans les salons parisiens mais pardon de vous dire que je m’en contrefous … La pensée politique est un peu plus large que cela il me semble. Cela n’intéresse que quelques petits penseurs parisiens qui se distraient avec ces sujets. Avec tout le respect que je leur dois, j’aimerais qu’ils viennent passer une semaine dans le Lot. Ils verront à quel point tout le monde se fout de l’idéologie  post-Manif pour tous … Tout simplement parce que personne ne sait ce que cela veut dire. D’ailleurs les manifestants de cette époque, que je respecte vivement pour leurs convictions, ne peuvent pas résumer leur pensée politique à cette seule prise de position. D’une manière générale, je trouve devenu d’un conformisme banal que d’être anticonformiste sur tout. Je ne me sens ni attiré par le conformisme mou ni par l’anticonformisme permanent. C’est devenu une facilité d’être conservateur, comme c’est devenu une facilité d’être progressiste. Une flemme intellectuelle. C’est la réponse d’une mode à une autre mode. Sur bien des sujets je me sens conservateur. Sur d’autres non. Bref, une pensée politique ce n’est pas blanc ou noir. Cela me semble pouvoir être un peu plus complexe… du moins je le souhaite. 

 

Au fond, qu’est-ce qui vous distingue d’Emmanuel Macron ?

 

Tout. Depuis le début.  Sa vision de la société  Son mépris du peuple. Sa fatalité dans la vision des relations sociales. Je combats d’ailleurs son projet de société depuis la première heure. Sans faiblir. Il suffit de regarder mes positions et votes à l’Assemblée nationale. Je crois en une stratégie qui entre dans les sujets de fond par des sujets concrets. Une des grandes difficultés que nous avons collectivement est sûrement de tenter de démasquer ce qu’est l’idéologie de la macronie. On peut tenter de la démasquer, en théorisant son rapport au monde, son rapport à l’argent contre lequel je lutte quotidiennement à l’Assemblée nationale depuis que j’y suis. Je souris quand je vois aujourd’hui des pseudo-héros du conservatisme nous expliquer qu’ils luttent pas à pas contre la macronie, alors qu’ils ont voté une majorité des textes du gouvernement … 


A qui pensez-vous ? 

 

Regardez les votes de chacun. Vous verrez que certains très vindicatifs aujourd’hui ont plus souvent voté des textes d’Emmanuel Macron que moi. Lorsqu’on travaille sur la question du handicap, on arrive à démasquer la vision typiquement fataliste qu’Emmanuel Macron a de la société. Il considère que oui, le politique doit faire quelques bricoles sur le handicap, mais qu’il ne pourra pas corriger toutes les injustices du handicap en profondeur et notamment les injustices de la vie. Moi je ne défends ni une vision misérabiliste ni une vision d’exclusion sur le handicap. J’estime que la différence, le handicap en l’occurrence, permet de faire grandir la société. C’est une chance. Et l’action politique doit porter cette chance.


Nous devons avoir la belle ambition de transformer la société autour de ses différences. Aussi, je considère qu’un enfant atteint de dyslexie ou d’une autre forme de handicap est aussi capable de faire grandir la société dans son ensemble. C’est une vision de tolérance au sens le plus noble du terme. Si je prends l’exemple plus parlant des violences conjugales, qu’est-ce que nous avons réussi à démasquer en faisant voter notre loi d’actions à l’unanimité sur ce sujet ? Le vide abyssal de Marlène Schiappa.

Depuis trois ans, elle baratine sur le sujet. Mais lorsqu’on porte une proposition de loi à l’Assemblée, que l’on met le gouvernement au pied du mur, on arrive à démontrer en l’espace de quelques heures que nous faisons les choses et qu’eux se contentent de parler. Les masques tombent par le concret.

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Vous avez cité deux grands chantiers sociétaux. Ne craignez-vous pas d’être en porte à faux avec ce qui reste de l’électorat Les Républicains de droite, qui partage de plus en plus les thèses du RN sur la sécurité et d’immigration ?

 

Traiter de la question du handicap c’est être bon teint ? Traiter de la question des violences conjugales c’est être bon teint ? Franchement. Que pensez-vous qu’attendent nos concitoyens, y compris ceux qui ne votent plus depuis des lustres ? Des grands débats théoriques ou des solutions concrètes. Souvent les solutions concrètes en disent plus long sur notre vision de la société que les débats des salons de thé parisiens… 

 

N’oubliez pas que 65% des Français estiment qu’il y a une immigration trop massive… 

 

Récemment, j’étais dans la fédération LR du Doubs, je m’exprimais pendant deux heures et je n’ai pas prononcé une seule fois le mot « immigration ». Est-ce que pour autant tout le monde est parti frustré ? Pas du tout. On doit parler de tous les sujets. Y compris l’immigration.  Fortement et courageusement. Mais pas seulement. Tous les sujets sont importants pour dire ce que nous espérons faire de notre nation.

Je vous rappelle que LR a testé la stratégie qui consiste à tenter de copier les autres. Et je l’ai soutenue. Elle a échoué aux européennes. C’est une illusion de penser que l’on va copier les autres, Emmanuel Macron sur les sujets économiques ou Marine Le Pen sur les sujets régaliens, pour leur faire concurrence. Plus bien-pensant que Macron ou plus démago que la famille Le Pen ? Ça ne fonctionne pas et c’est nous réduire à devenir le dernier wagon des uns ou des autres. Notre ambition c’est d’être la locomotive. Pas le denier wagon.
Nous, notre chemin, et je sais qu’il est difficile, c’est d’ouvrir une voie. Sans nous vendre à la Macronie ou aux Le Pen & co. Il faut rebâtir la droite républicaine. 

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