Benjamin Griveaux aurait dû assumer les photos volées diffusées sur les réseaux sociaux la nuit dernière. Et les internautes sur Twitter feraient mieux de s’indigner d’autres trahisons…


Le compteur de nombre de vues n’en finit pas de tourner depuis hier sur la page qui a illégalement publié les sextos de Benjamin Griveaux.

Dans mon monde, on aura plus commenté la taille de son engin, la décoration de sa cuisine et l’absence d’abdominaux que ses capacités à diriger la mairie de Paris.

Benjamin Griveaux n’est pas un bon candidat dans mon monde, nous sommes assez unanimes dessus et ce n’est pas le sujet aujourd’hui.

Le sujet c’est le coup de théâtre ce matin : Griveaux n’est plus candidat à la mairie de Paris. Il est treize heures et les notifications de mon téléphone continuent de s’emballer.

Si je ne suis pas fan de Griveaux, je suis abasourdie de cette décision, des commentaires de félicitations et de soulagement qui font suite à son retrait et du message que ce retrait dit de la politique française et de ce que l’on conçoit comme intérêt général.

Je naime pas Griveaux mais sil avait assumé, je laurais applaudi et je n’aurais pas été seule à le faire

Nostalgie d’abord, effroi mais aussi désespoir. Voilà ce que le désormais célèbre #GriveauxGate m’inspire.

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Nostalgie car ce retour du puritanisme semble en conforter plus d’un, dans ce pays où un président a eu une double vie, des enfants cachés, on s’émeut qu’un homme, aussi marié soit-il, envoie des vidéos de son pénis à une adulte consentante, on s’indigne qu’il en désire une autre pendant que son épouse « coucherait les enfants ». J’avoue que pour avoir été bercée par des histoires à n’en plus finir des coucheries d’après-guerre dans les villages de France, les vidéos de Griveaux m’ont plus arraché des sourires voire des rires.

Paris, ville autrefois de fête

Effroi car il semblerait que l’intrusion dans la vie privée, la vie sexuelle d’un homme peut maintenant être considérée comme de l’art et de l’activisme politique, et que cela aboutisse en plus à une victoire. Celle de le voir abdiquer.

Le retrait de Benjamin Griveaux est un énième indicateur du fait qu’il n’était pas le bon candidat pour LREM mais surtout le mauvais candidat pour Paris, cette ville autrefois de fête, cette ville autrefois insolente et élégante à la fois.

C’est un candidat pudibond qui faisait campagne pour Paris, exhibant une famille tout droit sortie d’une banlieue riche de la côte ouest des États-Unis à des électeurs surmenés, toujours pressés, débordés, en recherche éternelle de nounous et de professeurs particuliers mais qui s’accrochent tant bien que mal et malgré l’état sécuritaire calamiteux de leur ville, à la faire vivre.

Et voilà que l’on découvre à travers ce crime odieux, ignoble que la famille Griveaux n’est pas aussi parfaite qu’elle le laisse entendre. Griveaux séduit, Griveaux sextote, Griveaux ne fait peut-être pas tout avec l’accord de son épouse que visiblement il trompe, Griveaux est léger, Griveaux est faible quand il s’agit de plaisirs charnels, Griveaux est infidèle, Griveaux est grivois.

J’ignore qui gère sa campagne mais je n’ai aucun doute sur le fait que lui aussi a été aussi mal choisi que celui dont il sert les intérêts.

L’ex candidat a été victime d’un crime, et sa vie et son pénis ainsi exposés à la vue de tous sont certainement la dernière chose qui refroidiraient les Parisiens, ils en ont vu d’autres, certains mêmes se sont reconnus en lui ou en son interlocutrice, moi la première.

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Il n’aurait pas dû se retirer pour cela, il aurait pu même continuer sa campagne de mari et de père parfait car échanger des SMS coquins et des dickpics avec une femme sur Instagram ou Telegram n’est pas incompatible avec notre capacité à être un bon parent et un bon époux. Cela rend même l’image de son couple bien plus humain qu’on ne le pensait et bien plus en phase avec les couples parisiens que nous sommes si nombreux à être et à fréquenter !

Les acharnés de l’exemplarité nous gonflent

J’espère que c’est bien cela que l’entourage de l’ex-future première dame de Paris lui répète en tout cas. À madame Griveaux, j’espère que l’on n’adresse pas des SMS et des mails de condoléances, des regards de pitié et de compassion. Je n’ose imaginer ce dont on la couvre et la recouvre depuis hier, le sentiment d’humiliation que l’on doit projeter sur elle. Alors qu’il suffirait qu’elle passe une soirée en compagnie de tant de Parisiennes que je côtoie pour qu’elle en rie elle-même. On lui raconterait comment nos hommes ne sont pas plus exemplaires que le sien et comment nous ne le sommes pas non plus, que non seulement ce n’est pas la fin du monde, mais que ça ne l’entache en rien, du tout.

Je n’aime pas Griveaux mais s’il avait assumé, je l’aurais applaudi et je n’aurais pas été seule à le faire.

En fait, ce qui est encore plus alarmant avec cette histoire, ses conséquences et la couverture que l’on en fait c’est qu’hier, Jean-Christophe Lagarde, lui, n’a pas démissionné à la suite des révélations graves dans le livre d’Ève Szeftel Le Maire et les Barbares. Pourtant, elle y détaille comment « un pouvoir municipal s’est allié à des islamistes et des criminels du grand banditisme pour gérer une ville démunie ». Comment le mal qui ronge plus de 150 quartiers en France s’installe et comment on y efface les valeurs de la République pour des voix.

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Cela n’a pas fait trembler Twitter, le poids des accusations et des preuves n’a pas couvert de honte le député de la 5e circonscription de la Seine-Saint-Denis, pas assez pour démissionner ne serait-ce que le temps que l’on y voit plus clair. Ce n’est pas sur l’article qui dénonce la genèse d’une trahison de la République que le compteur des vues a explosé, ce n’est pas le #LagardeGate qui est en « Tendance Twitter » nationale.

C’est de Griveaux dont on parle, c’est Griveaux qui démissionne parce qu’il a envoyé sa queue en MMS. Désormais en France, trahir la République c’est moins grave que de tromper sa femme, encore une raison de se croire vivre sous l’Inquisition. Ou sous le joug du KGB, vu l’auteur de ce crime, qui a d’ailleurs fui un pays qu’il dit liberticide tout en y important les pratiques fascistes. C’est ça la politique française, c’est ça le nouvel intérêt général, c’est ça qui doit provoquer notre désespoir.

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