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Dijon: Chercheur·euse·s indigné·e·s

Censeur inclusif

Dijon: Chercheur·euse·s indigné·e·s
© D.R.

Tous les intervenants ne sont pas les bienvenus dans le milieu universitaire. La vague d’indignation a encore frappé.


La grève des trains n’a pas fait que des malheureux. Le 10 décembre dernier, faute de TGV Paris-Dijon, le professeur de linguistique Jean Szlamowicz n’a pu se rendre à l’université de Bourgogne… à la grande satisfaction du doyen de l’UFR lettres et philosophie, Henri Garric. Ce dernier avait en effet découvert avec effroi qu’un de ses professeurs invitait Szlamowicz, adversaire affiché de l’écriture inclusive, à intervenir dans son séminaire.

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Par politesse, Szlamowicz s’est décommandé la veille par courriel, tout en faisant état des bruits qui lui étaient parvenus : grève ou pas, il ne serait pas le bienvenu dans l’établissement. Mail pour mail, dent pour dent, la réponse carabinée du doyen Garric vaut son pesant de bile : « J’ai été saisi par de nombreuses collègues qui étaient scandalisées que vous soyez invité – en particulier par des collègues qui ont travaillé scientifiquement sur cette question sur laquelle vous exprimez votre opinion, […] enfin le fait que vous soyez rédacteur de ce torchon sexiste et raciste qu’est Causeur vous discrédite d’un point de vue scientifique. » S’attribuant le monopole de la scientificité, le mandarin balaie tous les arguments de Szlamowicz, pourtant auteur de l’essai très argumenté Le Sexe et la Langue : petite grammaire du genre en français, où l’on étudie écriture inclusive, féminisation et autres stratégies militantes de la bien-pensance. Que les militants de l’écriture inclusive se rassurent, Garric promet d’« organiser une journée d’étude qui invitera de vrai·e·s chercheur·euse·s ayant travaillé sur la question ». On l’aura noté, ce chantre de la tolérance prend prétexte des quelques articles publiés par Szlamowicz dans Causeur pour l’accuser de compromission avec la bête immonde. Heureusement, la grande majorité des linguistes se range du côté du professeur injurié, rappelant que recherche et militantisme font mauvais ménage. Mais en ces temps de grégarisme 2.0, Garric a fait des petits. Sur la Toile, des étudiants dijonnais chauffés à blanc dénoncent « un prof sexiste qui ne croit pas à l’écriture inclusive » (pouah !) et lui promettent une sanction sans appel : « grave le fumer ». L’inclusisme, ça fait du mal par où ça passe !

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Février 2020 - Causeur #76

Article extrait du Magazine Causeur


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est journaliste.

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