Le possible retour des dépouilles impériales de Farnborough a provoqué un vaste débat qui divise. Le prince Joachim Murat propose une solution alternative : rapatrier les cœurs de Napoléon III, de l’impératrice Eugénie et du prince impérial afin de concilier mémoire nationale, respect de la sépulture et transmission de l’héritage impérial.
Lors de sa récente rencontre avec l’eurodéputé et président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, le leader et député de Reform UK, Nigel Farage, a évoqué la possibilité, en cas de victoire de son parti aux prochaines élections législatives britanniques, de favoriser le retour en France des dépouilles impériales inhumées à l’abbaye de Farnborough. Une perspective qui, depuis, divise profondément les bonapartistes, les historiens, les politiques et les passionnés du Second Empire.
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Descendant du célèbre maréchal d’Empire Joachim Murat, le prince Joachim Murat, 53 ans, propose une autre voie pour tenter de dépasser cette querelle. Il a accepté de répondre à nos questions.
Causeur. En tant que descendant du maréchal Joachim Murat, roi de Naples, comment la famille Murat regarde-t-elle la perspective d’un retour de ces restes en France ?
Joachim Murat. Je m’exprime à titre personnel. Ma proposition est simple : permettre le retour en France des cœurs de Napoléon III, de l’impératrice Eugénie et du prince impérial, tout en laissant leurs corps réunis à Farnborough. Il faudrait naturellement en établir la possibilité matérielle et les conditions juridiques et religieuses.

Cette solution permettrait de concilier deux fidélités : celle de la France à son histoire et celle due à la nécropole voulue par Eugénie. Je ne souhaite pas que l’on vide Farnborough de sa substance. Une communauté religieuse y veille sur leur mémoire ; cette continuité mérite notre respect.
La France pourrait accueillir leurs cœurs sans arracher à Farnborough sa raison d’être. C’est cette voie que je souhaite voir examinée, sereinement et avec toutes les parties concernées.
Cette sépulture britannique fait-elle désormais partie de leur histoire, ou un retour permettrait-il de réconcilier la France avec ce chapitre de son passé ?
Farnborough appartient pleinement à leur histoire. Ce lieu porte l’exil, le deuil d’une épouse et d’une mère, puis sa volonté de réunir les siens dans une même sépulture. À mes yeux, il faut respecter sa vocation de nécropole impériale permanente.
Il faut également prendre au sérieux sa dimension spirituelle. Les moines y poursuivent une vie quotidienne de prière. Rien ne garantit qu’un transfert en France assurerait une continuité comparable. Pour une famille catholique, cette question compte profondément.
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La réconciliation avec Napoléon III commence aussi par la connaissance de son œuvre. La France doit pouvoir regarder ce règne dans toute son ampleur, avec ses réalisations, ses contradictions et son issue tragique. Un retour des cœurs pourrait accompagner cette reconnaissance. Mais une cérémonie, même magnifique, ne remplacera jamais le travail de transmission.
Si ce retour devait avoir lieu, les Invalides seraient-ils le lieu légitime ?
Les Invalides auraient une légitimité évidente pour accueillir les cœurs : leur portée nationale et leur lien avec la mémoire napoléonienne donneraient à ce geste une grande force. C’est également respectueux de la volonté du prince impérial, qui souhaitait y être inhumé auprès de son père et de son oncle.
Je considère également l’église Saint-Augustin, à Paris, comme une possibilité très sérieuse. Elle appartient au Paris du Second Empire et son histoire est liée aux projets funéraires de la famille impériale. Ce choix aurait donc une cohérence historique et une dimension religieuse particulièrement adaptées.
Les deux lieux méritent d’être examinés. Mon souhait serait d’y réunir les trois cœurs, dans un espace digne, accessible au recueillement et permettant de comprendre leurs destins. Le choix devrait résulter d’un accord avec la famille, les autorités publiques et les autorités religieuses.
Quels obstacles historiques, juridiques ou diplomatiques pourraient encore s’opposer au retour ?
Le premier devoir est de respecter les morts et l’histoire de leur sépulture. On ne peut traiter cette question comme un simple déplacement de monument.
Il existe ensuite des procédures britanniques relatives à l’exhumation et au déplacement des restes humains. Les droits des personnes concernées et ceux des responsables de la sépulture doivent être examinés. Une volonté politique française ne suffirait donc pas, à elle seule, à régler la question. La décision finale dépend du Trust et de l’autorité religieuse qui gèrent l’abbaye de Farnborough et revient au ministre de la Justice britannique.
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Ma proposition comporte aussi une question préalable très concrète : dans quel état les cœurs ont-ils été conservés et leur transfert serait-il possible dans des conditions respectueuses ? Il appartient aux spécialistes de l’établir. Je formule une perspective, je ne prétends pas que sa réalisation soit déjà acquise.
Comment expliquer le refus de la Maison impériale Napoléon ?
Je ne suis pas le porte-parole de la Maison impériale et je ne souhaite pas lui attribuer d’intentions. Je comprends parfaitement que l’on soit attaché au respect de la sépulture familiale, à la volonté d’Eugénie et à la continuité de Farnborough. Ces préoccupations sont aussi les miennes.
C’est précisément pourquoi je propose d’examiner une autre possibilité : maintenir les corps dans la nécropole et envisager le retour des cœurs. Cette proposition devrait naturellement être discutée et pourrait elle-même susciter des réserves. Elle cherche simplement à rendre compatibles la préservation de Farnborough et un geste de reconnaissance en France.
Quelle place la famille Murat a-t-elle occupée auprès de Napoléon III et au sein du Second Empire ? Que représente cet héritage aujourd’hui ?
Les Murat sont liés à Napoléon III par une parenté très proche. Caroline Bonaparte, épouse du maréchal Murat, était la sœur de Louis Bonaparte, le père de Napoléon III. Leur fils Lucien Murat était donc le cousin germain de l’empereur.
Lucien, soutien de la première heure des ambitions politiques de son cousin, fut sénateur de 1852 à 1870. Son fils Joachim, petit-fils du roi de Naples, servit dans l’armée du Second Empire, participa à toutes les campagnes et devint général. Notre famille participa ainsi à la vie politique et militaire de ce règne.
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Cette fidélité se prolongea après la chute de l’Empire. Joachim Murat fréquenta régulièrement la famille impériale en exil et fut désigné pour accueillir le cercueil du prince impérial lors de son retour en Angleterre, en 1879. Ce lien donne évidemment une résonance particulière à la question qui nous occupe aujourd’hui.
Comment analysez-vous les divergences au sein du mouvement bonapartiste sur ce projet ?
On peut être profondément attaché à Napoléon III et parvenir à des conclusions différentes sur sa sépulture. Les uns privilégient la reconnaissance nationale que représenterait un retour, les autres insistent sur le respect de Farnborough et de la volonté d’Eugénie. Ces sensibilités peuvent être également sincères.
Je souhaite que nous évitions d’en faire un concours de fidélité. La mémoire de Napoléon III mérite un débat digne, attentif aux faits et respectueux des personnes. Surtout, son œuvre appartient à l’histoire de tous les Français. Aucun parti ne peut en revendiquer l’exclusivité. Sa reconnaissance doit pouvoir réunir bien au-delà des convictions dynastiques ou des appartenances politiques.
Ma proposition de retour des cœurs cherche cet accord possible : un geste fort en France, une nécropole préservée en Angleterre et une même exigence de respect. Nous pouvons honorer Napoléon III sans rouvrir une querelle entre Français.
Que pensez-vous de l’instrumentalisation de la question du retour des dépouilles dans un contexte d’élection présidentielle ?
Toute formation politique est légitime à demander le retour en France de Napoléon III, de l’impératrice Eugénie et du prince impérial. Je regrette toutefois que cette question puisse devenir un gadget polémique dans une campagne présidentielle. Nous avons vu ce qu’il est advenu de Jeanne d’Arc, dont la figure est aujourd’hui largement confisquée par l’extrême droite. Je ne voudrais pas que Napoléon III connaisse le même sort : son histoire appartient à tous les Français.
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Le sujet mérite mieux qu’un slogan. Il touche à la volonté d’Eugénie, à la mémoire de trois personnes et à la vie de l’abbaye de Farnborough. Si nous voulons accomplir un geste fort en France, examinons sérieusement la possibilité d’y accueillir leurs cœurs, dans le respect de leur sépulture et avec l’accord de toutes les parties concernées.




