Dans une biographie romancée dont elle a le secret, Stéphanie des Horts, reine du genre, évoque le souvenir de Philip Mountbatten (1921-2021), prince sans couronne, époux au long cours d’Elisabeth II, figurant d’un couple entré dans la légende britannique…

Stéphanie des Horts est un écrivain qui déteste les injustices. Elle a un faible pour les grands aristos, vaillants et flamboyants, tenaces et tristes, noceurs et amoureux, les éternels exilés de l’existence. Dans ce bas-monde, on ne pardonne ni la beauté, ni le panache. Il fallait rétablir la vérité sur l’histoire du prince Philip et aller au-delà des raccourcis scénaristiques de la série The Crown, passer ce halo de lumière pour comprendre la vérité d’un homme plongé dans le chaudron de la monarchie. Elle ne s’est pas contentée du reliquat de la presse à scandale. Ces racontars qui salissent et avilissent. Elle a enquêté et amassé une documentation considérable pour s’approcher au plus près de ce prince sans couronne, ce second à trois pas derrière la reine. Elle s’est intéressée à l’enfant, au marin, au mari et à sa place (unique) de guingois dans une organisation « papale ». Philip, cet intrus agile, ombre et miroir, a conquis le cœur de sa Lilibet, il y a fort longtemps maintenant. La future reine n’avait que treize ans, elle l’a aimé de tout son âme, de tout son corps, comme ça, instantanément, passionnément, elle l’a désiré, il fut son ancre et son horizon, sa Tour de Londres, forteresse des tourments intimes ; lui, dix-huit ans fut amusé par cette rencontre arrangée, avant d’être saisi par cette force de la nature. « L’écart est parfait », selon ce roué de Lord Mountbatten, cet oncle qui lui voulait du bien.
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Lilibet, d’une volonté de fer, stratège en diable, maîtresse en son palais, n’a jamais perdu l’essence de sa mission, c’est-à-dire régner. Et cependant, elle l’a aimé toute sa vie. Un historien même honorable aurait péniblement suivi la chronologie des événements mais n’aurait pas réussi à percer le mystère Philip. Stéphanie des Horts est une conteuse hors-pair, elle déplie soyeusement sa toile ; d’un trait de plume, elle trouve l’entrée psychologique de ses personnages, quand elle les fait parler, on les entend. Son art du dialogue a pris une autre dimension dans ce dernier livre Philip, le dernier prince aux éditions Albin Michel. Elle a gardé ce qui fait le charme de son écriture, une vivacité, un esprit très français, un romantisme qui n’est pas mièvre, un goût pour la description tactile, mais cette fois-ci, il y a une gravité nouvelle. Elle s’est mise dans la peau de Philip, a compris ses failles originelles, son ballotement permanent, son envie de prendre la mer et l’inflexibilité de son statut. Elle a effectué cette transposition sans graisse, presque à l’os, en démontant la mécanique complexe de ce jeune homme sans nom, sans patrie, sans le sou avec un sexappeal fou. « Non. Je n’ai pas de maison. Pas de royaume. Rien du tout » lui fait-elle dire.
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L’enfance du petit Philip n’est pas commune. Qui est-il ? Sujet grec, danois ou anglais ? Parentèle foutraque et déracinement constant. Comment s’appelle-t-il vraiment ? Mountbatten ou Battenberg ? Le prince consort était né à Corfou. On l’imagine intrépide et sauvage, à la manière des enfants dans les récits de Gerald Durrell. Comme tout Anglais de haut pedigree qui se respecte, il a eu une éducation parisienne parachevée par une formation militaire sans faille. Philip n’a rien quémandé. Il a offert à la couronne son courage, il le prouvera dans la Royal Navy durant la Seconde Guerre mondiale, sa franchise et sa fidélité à Lilibet. Bien sûr que Philip plaît, les mondaines sont attirées par son aisance hollywoodienne, c’est un athlète accompli, cavalier, barreur, tireur et amateur de voitures. Il est arrivé, un jour, à Buckingham Palace au volant de sa petite MG TC et il n’en est plus reparti. Stéphanie des Horts explique parfaitement que cette greffe fut douloureuse. À Windsor, deux clans s’opposèrent, ce fut pire que la bataille des généraux chez les Français Libres de Londres ou d’Alger. Soit, il avait tous les défauts de la terre, c’était un cavaleur, ses sœurs avaient été mariées à des nazis ; soit, au contraire, c’était un grand gaillard solide qui serait capable de supporter la charge de ne pas être le numéro 1 du couple. Une telle indélicate position imposait, en effet, d’avoir des nerfs d’acier. Comme toujours, Lilibet a tranché, a décidé, manœuvré, elle restera jusqu’à sa mort, la taulière de l’empire. Philip, le dernier prince se veut plus sombre et beau que les autres ouvrages de l’auteur, il a des accents de sincérité et de tiraillements intérieurs. Stéphanie des Horts a notamment écrit un remarquable passage sur les liens amicaux entre Philip et la romancière Daphné du Maurier, tout est dit, avec pudeur et sensitivité, ça s’appelle de la littérature. Il serait temps que l’Académie se penche sur le cas Des Horts pour lui décerner un prix de poids.
Philip, le dernier prince de Stéphanie des Horts – Albin Michel 368 pages
Philip, le dernier prince: La véritable histoire du prince Philip
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