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Tant qu’il y aura des films

N’en déplaise à ses détracteurs, le cinéma d’auteur français n’est pas à la dérive. Il est tout simplement éclectique et offre par conséquent le pire comme le meilleur.


À la Maupassant

La Condition, de Jérôme Bonnell

Sortie le 10 décembre

On parierait que La Condition, le nouveau film du talentueux Jérôme Bonnell, est tiré d’une de ces nouvelles ancillaires de Maupassant dont on raffole. En réalité, le livre qu’il transpose sur grand écran, Amours de Léonor de Récondo, date de 2015 et son action se situe en 1908, date postérieure à la mort du grand écrivain. Et pourtant, la filiation avec l’auteur de Boule de suif ne se dément pas. Jugez plutôt : « C’est l’histoire de Céleste (Galatéa Bellugi), jeune bonne employée chez Victoire (Louise Chevillotte) et André (Swann Arlaud). C’est l’histoire de Victoire, de l’épouse modèle qu’elle ne sait pas être. Deux femmes que tout sépare mais qui vivent sous le même toit, défiant les conventions et les non-dits. » À travers ses sept films précédents, Bonnel nous avait habitués à des récits contemporains, à l’instar du très réussi J’attends quelqu’un qui décrivait avec une infinie délicatesse la longue relation entre une prostituée (Florence Loiret-Caille) et son client régulier (Jean-Pierre Darroussin). Il signe son premier film en costumes et sa première adaptation littéraire sans rien perdre de son brio et de sa singularité.

C’est avec une délectation non feinte et une précision malicieuse que Bonnell prend pour cible une certaine bourgeoisie française qui se voit alors comme une nouvelle aristocratie imposant son conformisme et son hypocrisie. Dans la pure tradition de la meilleure littérature hexagonale du xixe siècle, on retrouve un personnage central récurrent aussi bien chez Balzac, Flaubert ou Zola : le lieu, sinon du crime, du moins de l’étouffement familial et amoureux puisque tout ou presque s’y déroule à huis clos. Dans le cas présent, il s’agit d’une grande demeure bourgeoise et provinciale à la géographie intérieure parfaitement calquée sur l’ordre établi : chacun à sa place, comme chez le Renoir de La Règle du jeu. Mais la « condition » trouve une tout autre traduction au fil de l’histoire. Maîtres et valets vivent dans ce décor codifié où chaque chambre ou presque semble contenir un secret, où un pas de côté est une déviance. À l’image de cet austère bureau de notaire dans lequel le maître de maison, époux repoussé, doit dormir sur un lit de camp aussi triste que sommaire. À l’image également d’une autre chambre, celle occupée par la mère d’André et que joue à la perfection la toujours surprenante Emmanuelle Devos. On l’avait connue sourde dans Sur mes lèvres chez Jacques Audiard, elle est ici mutique et alitée en permanence, livrant de bout en bout une incroyable performance d’actrice. D’autant plus qu’il s’agit de camper une « méchante », comme la voit son entourage, y compris son propre fils. Or, derrière sa brutalité se dissimulent une franchise et une sincérité qui détonnent dans ce monde feutré où tout se dit à demi-mot dans un hypothétique mentir-vrai érigé en règle d’or indépassable.

Une fois posés le décor et les personnages, le film peut dérouler son récit, celui d’un « arrangement » où se mêlent viol domestique, grossesse et « adoption » dans un étonnant ballet de dupes. L’alliance qui se noue alors entre la maîtresse et sa servante prend des allures de pied de nez aux usages et autres convenances. Jérôme Bonnell excelle à rendre compte d’un pacte implicite où les mots sont rares, où tout se joue entre respectabilité sociale et désir d’émancipation.

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À la Kechiche

Mektoub, My Love: canto due, d’Abdellatif Kechiche

Sortie le 3 décembre

On n’y croyait plus. On pensait que les diverses accusations portées contre le cinéaste Abdellatif Kechiche (La Graine et le Mulet, La Vie d’Adèle…) avaient définitivement eu raison de lui et de son cinéma. Il était devenu l’une des bêtes noires des ultra-féministes du milieu artistique, devant répondre aussi bien de son attitude sur les plateaux de tournage que du prétendu sexisme de ses films. Jusqu’à provoquer d’ailleurs chez lui un AVC aux lourdes séquelles. On se réjouit d’autant plus d’assister à la sortie de son nouvel opus, Mektoub, My Love: canto due, deuxième volet d’une trilogie sur la jeunesse, qu’un formidable intermède entre les deux premiers films (intitulé comme il se doit Intermezzo) était passé à la trappe, pour d’obscures raisons musicales et une véritable censure artistique. Ne boudons pas notre plaisir de retrouver l’allant et l’énergie du cinéma de Kechiche toujours prompt à filmer les âmes, les corps et les cœurs de personnages à la fois singuliers et familiers.

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À la n’importe quoi

Vade retro, d’Antonin Peretjatko

Sortie le 31 décembre

On avait pu s’amuser en son temps des facéties politiques et amoureuses d’un premier film intitulé La Fille du 14 juillet. Quelques autres films plus tard, Antonin Peretjatko, son réalisateur, nous revient avec l’improbable Vade retro. Depuis le pur chef-d’œuvre qu’est le Nosferatu tourné par Murnau en 1922, on connaît le goût du cinéma pour les vampires. Cette année encore, l’inoxydable Luc Besson a jugé utile de nous en donner sa propre (et pitoyable) version. Il est donc rejoint hélas par cette énième mouture des « dents de la terre ». Sous couvert de secouer quelques clichés actuels, ce film mal filmé et mal joué décourage toute bienveillance. Rien ne tient. En comparaison, même le plus raté des films brinquebalants de Mocky est une réussite splendide. Il faut à vrai dire se frotter les yeux pour comprendre comment un tel objet a pu se frayer un chemin jusqu’aux salles obscures. Brandissons quelques gousses d’ail et passons notre chemin.

Kigali, ou l’Europe après l’Europe

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Au Rwanda, l’Etat ne craint pas d’imposer la paix et l’ordre par la force. Certes, cela peut scandaliser un Européen, mais en Europe nous sommes allés trop loin dans l’autre direction. Nous n’avons même plus le courage de défendre la liberté. Le témoignage de Charles Rojzman.


Kigali ne promet rien. Elle ne console pas. Elle n’explique pas. Elle impose. On y marche comme sur une terre lavée après le massacre, quand les corps ont disparu mais que le sol se souvient. Tout y est calme — non pas d’un calme aimable, mais d’un calme tenu, serré, presque militaire. Rien ne traîne. Ni les déchets, ni les regards, ni les vies inutiles.

Je m’y suis promené avec cette gêne particulière que l’on éprouve lorsqu’une ville vous enlève vos excuses. Pas de drogue visible, pas de dealers régnant sur le trottoir, pas de misère agressive, pas de harcèlement, pas de peur rampante. Cette peur européenne — quotidienne, honteuse, intériorisée — n’a pas droit de cité ici. Même la nuit semble surveillée par une volonté supérieure.

La police n’y est pas un sujet de débat. Elle est un fait. Et chacun le sait : toute attaque contre un policier appelle une réponse immédiate, radicale, sans pitié ni concession. On ne teste pas la loi. On ne la provoque pas. On ne l’insulte pas pour éprouver ses nerfs. Celui qui s’y risque ne rencontre ni psychologue, ni sociologue, ni juge indulgent. Il rencontre l’État. Nu. Décidé.

Cette certitude suffit. La violence est arrêtée avant même d’avoir été pensée. Là où l’Europe multiplie les mots pour masquer son impuissance, le Rwanda tranche. Et parce qu’il tranche, il n’a presque jamais besoin de frapper.

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Mais l’ordre rwandais ne s’arrête pas à la rue. Toute opposition sérieuse y est sévèrement sanctionnée. Contester n’est ni un sport institutionnel ni une posture morale : c’est un risque. Le Rwanda gouverne par la cicatrice. Il a vu l’État s’effondrer, la société devenir meute, les voisins s’égorger. Depuis, il ne croit plus aux demi-mesures. Il a choisi la continuité contre la liberté, la survie contre le débat, l’ordre contre la parole. Ce choix est brutal, parfois criminel. Mais il est assumé.

C’est précisément cela qui scandalise l’Européen — et qui le condamne.

Car moi, Européen tardif, pacifiste par tempérament, j’ai cru à la parole qui désarme, à la rencontre qui apaise, au lien qui sauve. Dans mon travail, j’ai réuni des ennemis et des antagonistes. J’ai vu la haine reculer lorsque la peur cessait d’être niée, lorsqu’elle devenait dicible, partageable, humaine. J’ai vu l’ennemi cesser d’être une abstraction pour redevenir un visage. J’ai vu des hommes déposer leurs armes intérieures. J’ai vu, parfois, la paix commencer — non comme un miracle, mais comme un effort.

Mais cette paix n’a jamais été collective. Elle a toujours été fragile, individuelle, groupale. Elle exigeait du temps, de la présence, du courage intime. Et surtout, elle se faisait contre quelque chose : contre la pression de la tribu, contre la force de la communauté lorsqu’elle se referme sur elle-même, dirigée par des chefs, des idéologues, des gardiens de la pureté qui ne veulent aucun dialogue. J’ai vu ceux qui osaient normaliser l’ennemi devenir des traîtres aux yeux des leurs. J’ai vu des hommes et des femmes punis, menacés — parfois assassinés — pour avoir parlé. La paix individuelle devenait alors une faute collective. Le courage du dialogue se payait comme une trahison.

C’est là que se brise l’illusion occidentale la plus dangereuse : croire que la parole suffit là où règne la loi de la tribu. La haine peut être désarmée chez un individu ; elle renaît aussitôt dans le corps collectif lorsque celui-ci est gouverné par la peur, l’humiliation et le mythe identitaire. Là où l’État est faible, la communauté devient souveraine. Et la communauté, lorsqu’elle est blessée, ne pardonne pas à ceux qui désarment.

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Kigali rend cette vérité visible avec une cruauté insupportable. Le Rwanda a choisi de neutraliser la tribu par la force de l’État. Il étouffe la haine non par la parole, mais par la contrainte. Ce choix écrase des libertés, détruit des oppositions, élimine parfois ceux qui parlent trop. Mais il empêche la communauté de redevenir meute.

Pendant ce temps, l’Europe se défait.

Elle se défait avec élégance. Elle appelle cela des valeurs. Elle a désarmé l’État, humilié la loi, transformé la sanction en débat. Elle a laissé la drogue coloniser ses quartiers, la rue devenir un territoire disputé, la violence redevenir un langage. Elle a appris aux femmes à baisser les yeux, aux vieux à rentrer plus tôt, aux honnêtes gens à se taire.

Elle a ouvert ses frontières sans pensée politique, confondant l’hospitalité avec l’abdication. Elle a accueilli sans exiger, protégé sans intégrer, expliqué sans décider. Elle a reçu des hommes qui la méprisent et haïssent ce qu’elle est, tout en jouissant de ce qu’elle offre. Et dans ce vide ont reparu les haines anciennes — l’antisémitisme surtout, fidèle comme toujours lorsque l’autorité se retire.

Le Rwanda gouverne par la peur. L’Europe gouverne par la honte.

Le Rwanda tranche pour prévenir. L’Europe explique pour excuser.

Il ne s’agit pas de devenir le Rwanda. Ce serait une autre mort. Il s’agit de savoir si l’Europe veut encore vivre.

Car voici la vérité que Kigali nous inflige comme une gifle : toute civilisation choisit le prix de sa paix. L’ordre a un coût. Le désordre aussi. La liberté sans autorité n’est pas une liberté, mais un abandon. Et l’État qui n’ose plus dire « non » prépare la victoire de ceux qui ne diront jamais « oui ».

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Ceci est peut-être un texte de trop. Peut-être un testament. Celui d’un Européen qui a cru à la réconciliation des êtres et qui voit sa civilisation se dissoudre faute d’avoir su protéger ceux qui osaient parler à l’ennemi. Nous n’avons pas perdu la paix : nous avons perdu le courage d’en assumer les conditions.

Et l’Histoire, elle, ne nous pardonnera pas d’avoir préféré la bonne conscience à la survie.

La société malade

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Noël honteux, pays peureux

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Noël est en train d’être effacé au profit de quelque vague « fête d’hiver » qui n’a rien de traditionnel. Car nous avons peur de la tradition, peur de tout ce qui fonde notre identité sur le plan historique et culturel. Notre religion aujourd’hui, c’est celle du rien offensant. Tribune.


La France est un bien beau pays, Noël y a lieu. Il figure encore dans les agendas, sur les relevés bancaires, dans les conversations prudentes. Mais Noël y a changé de nature. C’est maintenant une fête qui s’excuse d’exister, un marqueur politique. 

Alors on ne dit plus “Noël”, on dit “les fêtes”. C’est plus doux, plus flou, plus conforme à l’époque, une époque qui préfère les périphrases aux racines et les intentions aux héritages. On allume les sapins comme on poserait un disclaimer. Surtout, ne rien affirmer.

La société multiculti a inventé un Noël sans origine, dégraissé de son histoire, désinfecté de son sens, recyclable à l’envi. On garde le décor (l’économie y tient), mais on enlève la crèche – trop connotée – car la conscience susceptible de nos contemporains s’en méfie. On célèbre, oui, mais à condition de ne surtout pas savoir quoi.

Le bon Philippe Muray aurait esquissé ce sourire fatigué de ceux qui ont vu venir la chose. “Homo festivus” décrivait déjà cette humanité joyeuse par obligation, festive par principe, incapable de supporter ce qui fonde et oblige. Une société qui fête tout, tout le temps, précisément pour n’avoir plus rien à transmettre.

Bienvenue donc dans notre société délicieusement postmoderne qui confond l’inclusion avec l’effacement, qui croit accueillir en se retirant, qui pense être universelle en devenant vague. Recevoir un héritage est désormais suspect, transmettre presque indécent. Alors on remplace la mémoire par l’émotion, la culture par le ressenti, la continuité par une ambiance de flonflons. On se réunit, on sourit, on consomme, et l’on évite soigneusement toute idée qui pourrait ressembler à une identité.

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Ce Noël chichiteux n’est ni modeste ni généreux. Il est inquiet, il a peur d’être accusé, peur d’être mal compris, peur surtout d’assumer une existence sans mode d’emploi validé par avance. Pourtant Noël n’a jamais obligé personne à croire. Il oblige seulement à reconnaître d’où l’on vient, où l’on vit. Visiblement, cela est devenu trop lourd à porter dans la France molle du “en même temps”.

Noël n’est pas menacé par les autres. Il est miné de l’intérieur, par une fatigue civilisationnelle avancée, par cette religion du rien offensant, par cette idée très “fashion” selon laquelle toute affirmation serait déjà une violence.

Nous ne vivons plus dans une société qui doute. Nous vivons dans une société qui s’excuse de son histoire, de ses fêtes, de sa continuité, de son existence même.

À force de neutraliser, de désinfecter, de déminer symboliquement chaque mot, chaque rite, chaque héritage, on ne pacifie rien, on stérilise. On ne rassemble pas, on vide. On ne protège pas, on abdique. Ce n’est pas l’Autre qui nous efface, c’est nous qui avons pris goût à disparaître proprement, poliment, en musique, sous les guirlandes.

Quand un pays en arrive à rougir de Noël, ce n’est pas Noël qui est en trop, c’est le pays qui commence à manquer de lui-même.

Le Premier ministre australien est propalestinien, et alors ?

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Anthony Albanese, le chef du gouvernement socialiste en Australie, est typique de ces femmes et hommes politiques de gauche qui prennent fait et cause pour les Palestiniens au point d’oublier de protéger leurs concitoyens juifs. Tribune.


Des images présentées dans un reportage de la chaîne Sky News Australia il y a deux ans viennent de refaire surface. Diffusées sur les réseaux sociaux, elles montrent le Premier ministre australien, Anthony Albanese, sous une banderole « Arrêtez le massacre israélien, libérez la Palestine », lors d’un rassemblement propalestinien à l’époque de la deuxième intifada (2000-2005).

Circonstances atténuantes ? 

Ce énième épisode de violences palestino-israéliennes avait commencé, selon les versions, par la visite du député Ariel Sharon sur le Mont du Temple (de Salomon) le 28 septembre 2000, ou le surlendemain, par la diffusion mondiale (et gratuite) par France 2 d’une accusation de meurtre contre un enfant au moyen de balles israéliennes.

Dans le premier cas, le passage sans incident d’un Israélien à kippa sur ce que l’Autorité palestinienne (AP) et les médias français appellent « l’Esplanade des mosquées » depuis que les lieux ont été libérés de l’occupation jordanienne a été considéré, après-coup, comme une provocation insupportable : « La mosquée Al-Aqsa est à nous. L’église du Saint-Sépulcre est également à nous. Les Juifs n’ont pas le droit de profaner la mosquée avec leurs pieds fétides, nous ne les laisserons pas faire. » (Mahmoud Abbas, 17/09/2015)

La version « provocation » a été contredite à plusieurs reprises par Yasser Arafat, alors Président de l’AP, par son ministre de la communication, Imad Faludji, puis par sa veuve Suha, qui a déclaré avoir essayé de le convaincre de ne pas torpiller les Accords d’Oslo, quand il lui avait déclaré : « Je vais lancer une intifada. Ils veulent que je trahisse la cause palestinienne. Ils veulent que je renonce à nos principes, mais je ne le ferai pas ». Les principes en question étaient la violence et les négociations de paix.

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Que ce soit du fait des reportages citant les quelques minutes d’Ariel Sharon sur le Mont du Temple (en territoire israélien, donc) comme un casus belli incontestable ou « grâce à » la campagne mondiale anti-israélienne menée sous l’effigie du petit Mohammed al-Dura, il fallait être un polyglotte d’une curiosité insatiable pour connaître les faits (par opposition aux émotions idéologiquement enrobées) et ne pas haïr la soldatesque universellement accusée d’assassinat volontaire.

On ne comprend donc pas pourquoi, après les meurtres de Bondi Beach, il est reproché à Albanese son enthousiasme de jeunesse. Y aurait-il autre chose ?

Propalestinien ou anti-judéo-israélien ?

D’aucuns comparent aujourd’hui Albanese Anthony à son homonyme Albanese Francesca, championne olympique de la discipline Israel-bashing. Beaucoup de manifestants ignorent la différence entre propalestinisme et antisémitisme et entre antisionisme et hitlérisme. En témoigne la vidéo tournée par la mission « Canari dans la mine » et titrée « le mouvement « pro-Palestine » souffre du virus Hitler ». On y voit des manifestants en keffieh faire le salut hitlérien en se vantant de « ne pas avoir peur de leurs opinions », pendant que d’autres se contentent d’alterner les slogans : un coup « Free Palestine », un coup « A-dolf-Hi-tler, A-dolf-Hi-tler ! » et pour les participants, souhaiter « qu’on tue tous les Juifs » semble aller de soi.

Soyons lucides : si les gouvernements occidentaux protègent les synagogues et les écoles juives, c’est qu’ils savent que l’anti-israélisme n’est rien d’autre qu’un banal antisémitisme. Partout, dans notre pays comme aux antipodes. « Down under », là-bas tout au sud, l’incitation à la haine a été tolérée, minimisée ou ignorée par le gouvernement fédéral d’Albanese qui ne voyait que des tensions intercommunautaires. Mais il n’y avait pas deux communautés face à face, seulement la discrimination raciale d’un tout petit groupe (environ 100 000 individus sur une population totale de 27 millions), par un nombre d’agresseurs en croissance exponentielle.

Albanese est, comme tous les dirigeants, sensible aux réservoirs de suffrages. C’est là que son tropisme palestiniste entre en ligne de compte dans sa réaction à la possibilité d’un pogrom contre les Juifs australiens : lorsque, le surlendemain du 7-octobre, une foule d’excités a envahi l’Opéra de Sydney, brûlant des drapeaux israéliens et scandant des menaces contre les Juifs, pas contre les Autorités israéliennes, la consigne donnée à la police n’a pas été de disperser les manifestants, mais de conseiller le calme à la communauté juive.

De l’huile sur le feu

Anthony Albanese n’a rien fait pour protéger ses concitoyens juifs. Au contraire, il a jeté de l’huile sur le feu, en condamnant Israël. Son ministre des Affaires étrangères, Penny Wong, et celui de l’Emploi et des relations au travail, Tony Burke, tous deux appartenant à son parti socialiste, l’ont aidé à porter les seaux de combustible, en accusant Israël de génocide, alors même que la population de Gaza a augmenté pendant les deux ans de guerre, comme le compile le CIA World Factbook.

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L’attentat de Bondi n’était pas une déclaration politique. Il ne s’agissait pas d’une attaque de « Palestiniens » contre des « Israéliens », mais d’antisémites qui ont attaqué des Juifs. Le Président et le ministre des Affaires étrangères israéliensavaient averti à de nombreuses reprises le gouvernement Albanese de ce qui risquait d’arriver. La communauté juive a plaidé pendant deux ans pour des actions soient entreprises et, comme l’ont fait les Juifs français auprès de Macron, a souligné qu’Albanese récompensait le terrorisme en reconnaissant la Palestine juste après le pogrom du Hamas. 

En effet, c’est ce qu’il faisait et il ne pouvait pas l’ignorer : il n’y a pas de raison qu’il ait été plus bête ou plus mal informé que les citoyens juifs de France ou d’Australie ! Quand c’est arrivé, Netanyahou l’a accusé d’avoir encouragé l’antisémitisme en reconnaissant la Palestine, dans une politique de « faiblesse et d’apaisement ». L’accusé a estimé qu’il n’existait aucun lien entre les deux. Anthony Albanese est certes « propalestinien » mais il a « oublié » de protéger les juifs.

Chroniques de la guerre des pacifistes: 2025

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La Légende dorée de Notre-Dame de Paris

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Cette année, Marie-Hélène Verdier a publié un livre qui est une véritable lettre d’amour – d’amour sacré – à Notre-Dame de Paris, cette cathédrale qui, bien que toujours en chantier à l’heure actuelle, a survécu à l’incendie de 2019, comme à d’autres menaces telles que la Révolution et les guerres.


Marie-Hélène Verdier est connue des lecteurs de Causeur, à la fois pour ses contributions à notre journal et pour ses livres, tels que ses essais défendant la langue française ou l’éducation traditionnelle, sans compter la poésie et la fiction. Son volume le plus récent, Les Belles Heures de Notre-Dame, sorti à l’automne, est une série de méditations et de souvenirs inspirés par la cathédrale. L’auteur parle de son livre comme d’« une légende dorée de Notre-Dame » commencée au lendemain de l’incendie de 2019 et poursuivie à travers la période de la pandémie jusqu’à la « résurrection » de ce haut lieu. Habitant à proximité de la cathédrale, elle nous la présente aux différentes heures de la journée, souvent à travers de belles vignettes descriptives : « Solide sur le porche, aérienne au chevet, Notre-Dame est sans pareille. Enracinée, avec ses formes qui tiennent du cercle et du carré, de la rotondité et de la quadrature. Aérienne avec sa poussée d’ogives […] elle tient du ciel et de la terre et de l’aile, de la charrue et du bateau, de la coque et de la plume ».

On peut lire ce livre dans l’ordre qu’on veut, en picorant ici et là. La lecture coule tranquillement comme la Seine. Mais il y a une architecture subtile. Le texte commence dans la joie du 2 février 2013, quand on célébrait le 850e anniversaire de la cathédrale par la bénédiction de huit cloches nouvelles. Sans savoir que la nouvelle voix sonore de Notre-Dame allait se taire. « Six ans plus tard, sous l’effet d’un incendie gigantesque, la croisée du transept de Notre-Dame s’effondrait. Le 15 avril 2019, à vingt heures, le bourdon et les cloches cessèrent de sonner : c’était un lundi, à la veille de la semaine sainte ». La force symbolique de cette date allait s’exprimer, d’abord dans la résurrection des cloches : le grand bourdon nommé Emmanuel, intouché par le feu, sonne de nouveau, un an après l’incendie, le 15 avril 2020. Ensuite, par la résurrection – et la réouverture – de la cathédrale elle-même, les 7 et 8 décembre 2024. L’auteur se souvient du traumatisme, partagé par des internautes autour de la planète, inspiré par le spectacle de la chute d’un des chefs-d’œuvre de Viollet-le Duc : « La flèche, inclinée, se détache, s’arrache, sombre dans le vide, brisant la clé de voûte ». Le choc rappelle celui du 11 septembre 2001, mais ce dernier est l’œuvre de certains hommes qui se sont mis au service du mal. Grâce à la générosité de ceux qui ont donné de l’argent pour financer les travaux, grâce à la patience et au savoir-faire de ceux qui ont accompli la mission de reconstruction, la cathédrale allait renaître dans la joie et l’allégresse. 

Certes, il y a des choses dans la vie qui passent et disparaissent. L’auteur regrette la fermeture de la librairie L’Escalier, un petit haut lieu de la culture parisienne située rue Monsieur-le-Prince. Marie-Hélène Verdier regrette aussi que les carillons n’ont plus la place dans notre vie quotidienne qu’ils avaient autrefois. « On n’entend plus guère, dans nos villes et nos campagnes, le son des cloches unissant ciel et terre ». Pourtant, la continuité de Notre-Dame de Paris reste un point de repère essentiel pour les Français et le monde. Cette continuité est soulignée dans le livre par l’érudition historique et culturelle de son auteur, érudition qui n’est pas là pour impressionner le lecteur, mais pour montrer la centralité et la permanence de la cathédrale qui est le cœur battant de la France. Toute l’histoire de Notre-Dame, du Moyen Âge à nos jours, est présente à la fois. Tantôt on remonte à 1163 quand le pape Alexandre III pose la première pierre de l’édifice, tantôt on s’attarde à l’époque de la Révolution où, profanée et humiliée, Notre-Dame a été transformée en temple du culte de la Raison robespierriste et ses cloches fondues pour en faire des canons. Comme la France, elle a traversé ces épreuves et en est ressortie. En explorant la richesse de l’histoire de Notre-Dame, on se plonge dans celle de son symbolisme. A cette fin, toute une série d’artistes sont convoqués par le texte, de Piero della Francesca à Gustave Doré, en passant par Delacroix, Méryon, et Viollet-le-Duc lui-même, dont les œuvres constituent des créations artistiques et pas seulement des bricolages d’antiquaire. Certains feraient mieux d’y réfléchir à l’heure où on propose de remplacer ses vitraux. Il y a une mention spéciale ici pour les « Mays », ces grands tableaux commandés chaque année (sauf deux fois) entre 1630 et 1707 par la corporation des orfèvres pour rendre hommage à la Vierge.

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Les références aux arts visuels sont accompagnées par des références littéraires qui servent, elles aussi, à faire valoir l’intemporalité de Notre-Dame : de Villon à Bernanos en passant par Molière, Goethe, Claudel, Péguy, Chateaubriand, Victor Hugo, Baudelaire, Huysmans, Proust, ou Gide. On trouve les grands poètes chrétiens que sont Patrice de La Tour du Pin et Pierre Emmanuel et même l’Aragon du Paysan de Paris. J’ai personnellement découvert pour la première fois le roman Rue Notre-Dame de Daniel Pézeril, écrit en 1950. On y trouve, comme le dit Marie-Hélène Verdier, « une saveur, un enseignement, une poésie » surprenants. L’auteur, un prêtre et un Juste parmi les nations, est devenu évêque auxiliaire de Paris dans les années 1960. 

Il y a aussi la figure sacrée de Saint Ambroise qui, en tant que poète, est le fondateur de l’hymnodie latine. Et de tous les arts, la musique – surtout à travers la liturgie mais pas seulement – joue un rôle spécial dans la vie et la résurrection de la cathédrale. Comme le grand bourdon, comme la Croix dorée au fond de la nef, comme le trésor, l’orgue est demeuré intact après l’incendie et on entendra de nouveau sa voix le 8 décembre 2025. 

Marie-Hélène Verdier célèbre les musiciens qui ont contribué à la magie de Notre-Dame, comme le maître de chapelle Jehan Revers, l’organiste Thierry Escaich, ou le chef de chœur et d’orchestre Nicole Corti. Les grands compositeurs défilent, de Pérotin, qui représente justement l’École dite « de Notre-Dame » au Moyen Âge, à Arvo Pärt, en passant par Monteverdi, Schütz, André Campra, Purcell, Rameau, Pergolèse, J. S. Bach, Brahms, César Franck, Debussy, Louis Vierne, ou Frank Martin. Une petite place à part est réservée pour ce grand compositeur catholique du XXe siècle, Olivier Messiaen, dont la « musique est faite de silence et d’infini, de méditation et de joie parfaite ». Notre-Dame n’est pas seulement un lieu de tourisme où le domaine réservé des grandes cérémonies solennelles, c’est aussi un lieu de musique et de liesse. 

Il y a une présence particulière au cœur de ce livre, celle du cardinal Lustiger, archevêque de Paris de 1981 à 2005. C’est lui qui a voulu la Croix dorée, installée en 1994, qui a survécu à la catastrophe de 2019. C’est lui qui a voulu aussi le Collège des Bernardins, ce nouveau centre spirituel qui maintient la grande tradition théologique de Paris. Marie-Hélène Verdier se souvient des obsèques du cardinal en 2007 et a gardé précieusement le livret de la messe célébrée en son honneur. Le texte des Belles Heures de Notre-Dame est émaillé d’un certain nombre de souvenirs autobiographiques qui restent modestes mais suffisent pour montrer comment l’histoire d’un haut lieu spirituel peut interagir avec la vie d’un individu. 

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Ce livre est évidemment l’œuvre de quelqu’un qui a la foi. Mais si le lecteur n’a pas la foi – ou pas cette foi-là – il peut toujours goûter la dimension historique de cet édifice hors du commun, même comparé à d’autres constructions ecclésiastiques. Car le sursaut judéo-chrétien que certains appellent de leurs vœux – et non sans raison – peut être un retour aussi bien aux sources culturelles de notre civilisation qu’aux croyances qui l’ont soutenue pendant si longtemps. 

Marie-Hélène Verdier, Les Belles Heures de Notre-Dame (L’Harmattan, coll. « Histoire de Paris », 2025), 140pp., 16€.

Les Belles Heures de Notre-Dame

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Les vertiges de Paris

Traverser l’histoire de la capitale au fil des siècles comme si on y était est désormais possible. Cette immersion totale en « réalité virtuelle » permet de partager les joies et les atrocités qui ont émaillé le quotidien des Parisiens d’actant. Sans quitter les rivages de Paris-Plage, le dépaysement est garanti.


Longtemps, les curieux et les amateurs de l’histoire parisienne ont pu « seulement » dévorer des livres, courir les expositions du musée Carnavalet, arpenter les vieilles rues et sillonner la Seine en Bateau-Mouche. Mais depuis peu, ils peuvent ajouter à cet arsenal un nouvel outil de découverte : un parcours guidé en « réalité virtuelle » à ciel ouvert – une première mondiale – pour parcourir les siècles qui ont façonné la capitale, et vivre, comme si on y était, des événements historiques. Le terme expérience n’est pas ici galvaudé, tant les impressions qui se succèdent durant cette balade 3.0 le long des quais sont inédites. 

Le rendez-vous est donné sur les berges de la Seine, à l’aplomb du pont Louis-Philippe, côté rive droite. Sur les terres de Paris-Plage, un conteneur aux couleurs des « Origines de Paris » s’est fait une petite place afin d’accueillir ses visiteurs. Il leur est distribué des écouteurs, à mettre sur les oreilles, et un « casque immersif », à tenir suspendu autour du coup comme des jumelles – on l’appelle d’ailleurs des « jumelles virtuelles ». La traversée dans le temps peut commencer.

Il faut suivre le guide, qui joue surtout le rôle d’ange gardien, pour éviter les charges répétées des soldats de la mobilité douce – joggeurs en ligne droite et vélos en roue libre. L’exercice est amusant : tout en gardant les pieds dans l’ère Hidalgo, la découverte du Paris des temps anciens se fait en pointillés, au fil de dix-sept stations, de haltes, lors desquelles, invité à regarder dans ses jumelles, on est progressivement plongé dans le passé. La voie Pompidou et ses silhouettes fluo s’estompent, puis apparaissent les roseaux des marécages qui bordaient la Seine il y a deux mille ans. Durant quelques minutes, l’immersion est totale, où qu’on regarde, de haut en bas et de droite à gauche en tournant sur soi-même, on entend le clapotis de l’eau et on patauge dans la boue du fleuve qu’ont connu ceux qu’on n’appelait pas encore Parisiens.

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Retour à l’asphalte et aux selfies. Quelques pas plus loin, rivé à son viseur, on assiste impuissant à l’assaut des murailles de la Cité par les Vikings – à bord d’un drakkar en mouvement, puis d’une fenêtre de la ville assiégée. Certains détails sont saisissants, tels les murs suintant d’humidité ou le sol jonché de paille de la tour défensive dans laquelle on se trouve.

D’étape en étape, toujours à hauteur d’homme, on est embarqué sur un corbeillard (ces barges venues de Corbeil qui approvisionnaient la ville en pain et qui ont été réquisitionnées en 1348 pour évacuer les morts de la grande peste noire – d’où le mot corbillard) ; on admire la construction de Notre-Dame dans la poussière du chantier ; on traverse la place de Grève où une exécution publique n’empêche en rien les bateaux, qui ont accosté au port en contrebas, de décharger leurs marchandises ; on se faufile dans la cohue du Pont-au-Change, alors bordé d’immeubles comme tous les ponts de Paris, avant d’être le témoin de son incendie en 1621 ; on échappe à une mauvaise rencontre sous les arcades des cagnards, ce sinistre passage poisseux sous l’ancien Hôtel-Dieu synonyme de coupe-gorge… Le Paris d’antan n’est pas un paradis perdu. Mais lorsqu’on recligne des yeux, les installations en matériaux recyclés qui meublent les quais et les panneaux municipaux qui sensibilisent à l’écologie conviviale prouvent qu’un paradis parisien n’est pas de ce monde. Autant poursuivre le dépaysement historique. Face à la Conciergerie, on est happé par une foule de révolutionnaires survoltés : Marie-Antoinette passe là, sous nos yeux, à quelques mètres, dans la charrette qui l’emporte à l’échafaud le 16 octobre 1793.

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L’histoire de Paris n’est pas rose, mais tout n’est pas noir durant cette visite d’un genre nouveau. Ainsi se plaît-on à sourire au spectacle de ces enfants patinant sur la Seine gelée, un hiver des années 1880 ; ou aux côtés de ce couple Belle Époque enlacé, sur le Pont-Neuf, devant la façade entièrement vitrée de l’ancienne Samaritaine. Et puis il y a ce fleuve omniprésent autour duquel, à partir duquel, s’est fondée cette ville. Mais cet axe vital lui-même intensément vivant – on n’image pas avant de l’avoir vu l’intensité du trafic fluvial durant des siècles – a été dévitalisé pour devenir une aire de baignade éphémère. Les nautes gaulois seraient fâchés de voir ce qu’est devenue la Seine.

Et de temps en temps, d’un bond, on s’envole pour admirer Paris depuis les airs ; de plus haut qu’un oiseau. L’expérience, pour les non-initiés à la « réalité virtuelle », peut faire perdre l’équilibre. C’est ainsi qu’on gagne le Champ-de-Mars le jour de l’inauguration de la tour Eiffel. Le surplomb des pavillons de l’Expo de 1889 est saisissant. Et l’élévation finale, qui permet de suivre les différents états de la tour au fil des ans jusqu’à aujourd’hui, de ses pieds à la pointe de son antenne, est vertigineuse.

Fin du voyage au Pont-Neuf. Une heure s’est écoulée ; 1,2 kilomètre a été parcouru ; deux mille ans d’histoire de Paris ont été explorés ; retour à l’ère Hidalgo. Fin de l’histoire ? 

À voir: Les Origines de Paris

Renseignements et réservations : originesdeparis.com.

Tarifs: de 19€ (enfants) à 28€.

Un Noël sans Père Noël

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Bienvenue dans le monde des « enfants-adultes » et des « adultes-enfants ».


Après avoir « nazifié » les marchés de Noël, voilà que le Père Noël passe à la barre du tribunal du progressisme décérébré. Un gros monsieur rouge à barbe blanche bien garnie qui fait asseoir des enfants sur ses genoux ? C’est bien trop suspect pour un regard obsédé par les violences sexistes et sexuelles, toujours vigilant dès qu’il s’agit d’un mâle blanc de plus de 50 ans et beaucoup moins lorsqu’il s’agit d’autres profils…

C’est ce que nous révèle une chronique de France Info. La question « Faut-il continuer de faire croire aux enfants au Père Noël ? » enflammerait les réseaux sociaux. À écouter certains parents, l’esprit de Noël serait un mensonge toxique. Pas question de mentir aux enfants : il faut leur dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Le Père Noël n’existe pas, point barre. 

Cette volonté d’en finir avec la magie fait écho à la grande croisade pour la conscientisation des discriminations et violences sexistes et sexuelles dès le plus jeune âge : les EVARS, programmes d’éducation affective et sexuelle, initient désormais dès la maternelle aux « émotions », aux « relations », au « consentement », bien avant que l’enfant n’ait l’âge d’en comprendre le sens.

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Ainsi, ceux qui redoutent qu’une fable comme celle du Père Noël perturbe un enfant trouvent normal de lui expliquer, à six ans, comment on fait un bébé et comment repérer une relation toxique.

Le merveilleux disparaît, remplacé par la réalité nue, sérieuse et complexe et l’on s’étonne après que ces enfants « éveillés » trop tôt deviennent anxieux. 

Ce n’est pas le Père Noël que l’on « cancel ». C’est l’enfance elle-même. Car un enfant a besoin d’histoires, de contes, de croire qu’un traîneau vole dans le ciel étoilé chargé de cadeaux, et que la nuit du 24 décembre échappe au réel. L’imaginaire est son premier outil pour apprivoiser le monde, pour développer sa sensibilité et sa créativité. Le priver de cela, c’est empiéter sur son humanité.

Pendant que l’on accélère la maturité des enfants, les adultes, eux, régressent gaiement. 

Le phénomène porte un nom : les kidultes. Ils représentent désormais 36 % des ventes de jouets en 2025. La natalité baisse ? Qu’importe : on a trouvé de nouveaux enfants. Lego premium, figurines collector, peluches Jellycat en forme de pâtisserie : voici les jouets de ces kidultes. 

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Ajoutons à la liste les tétines anti-stress, les trottinettes pour aller au bureau, les chiens et chats promenés en poussette ou portés en porte-bébé comme de vrais nourrissons. Et dans cette grande confusion des genres, les bébés sont remplacés par des poupées, comme avec les « bébés reborn » : ces nourrissons en silicone exhibés sur TikTok par de jeunes femmes qui simulent un accouchement, puis langent leur poupée dans des espaces publics, parfois au détriment de vraies mères cherchant une place pour leur vrai bébé.

Ce marché de la régression infantile est d’ailleurs encouragé par certains psychologues qui recommandent un doudou pour « améliorer le sommeil » ou du coloriage pour « apaiser l’anxiété ».
À cette infantilisation marketée répond celle de l’État, avec les injonctions écologiques de l’ADEME qui nous explique combien de fois il faut laver tel ou tel vêtement pour ne pas nuire à la planète et nous rappelle de fermer les volets lorsque la nuit tombe.

Ainsi va notre époque :  On veut supprimer la magie de Noël pour les enfants et on laisse les adultes régresser sans complexe. Une confusion des âges aussi troublante qu’inquiétante.


Cuisine italienne: on raconte des salades?

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Si aujourd’hui la cuisine italienne est portée aux nues, la notion d’une grande tradition de gastronomie péninsulaire semble plutôt une invention récente – comme tant d’autres traditions modernes.


Le 3 décembre 2025, la cuisine italienne est inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, première cuisine au monde reconnue dans son intégralité. L’UNESCO consacre ainsi non seulement la richesse d’un répertoire culinaire célébré dans le monde entier, mais aussi l’idée d’une « cuisine italienne » conforme à l’imaginaire contemporain, avec pizza, pasta, risotti, tiramisù et espresso. Pourtant, cette unité gastronomique est une construction récente.

En 1881, lorsque Carlo Collodi publie Les Aventures de Pinocchio, l’Italie politique vient à peine de s’unifier et son identité culinaire n’existe pas encore. Le repas de l’Osteria del Gambero Rosso en témoigne : truite à l’huile, sardines en carpione, poulet « à la manière du pays », raisins secs et noix. Rien qui évoque la cuisine italienne d’aujourd’hui, mais un reflet fidèle de traditions locales profondément enracinées dans leurs terroirs — poissons d’eau douce alpins, marinades piémontaises, volailles rustiques, desserts de fruits secs.

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La même année que Collodi, Giovanni Verga publie I Malavoglia, récit d’une famille de pêcheurs siciliens. Là encore, la nourriture est un révélateur social plutôt qu’un marqueur identitaire. Poissons séchés au vinaigre, pain noir dur, légumes bouillis, soupes épaisses d’herbes sauvages, pâtes grossières réservées aux occasions : rien n’annonce les icônes gastronomiques qu’un siècle plus tard l’Italie offrira au monde. Le XXᵉsiècle aura été celui où l’humanité atteindra le sommet de sa capacité de production, y compris dans l’art d’inventer ses propres traditions.

Plongée (hispanique) en eaux troubles : vertigineux

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Los tigres, le nouveau film du cinéaste espagnol Alberto Rodriguez, réussit à mélanger deux genres, à la fois un « film social » sur le milieu des plongeurs professionnels et un thriller non dépourvu de réflexions sur les rapports familiaux et le vieillissement. En salles, le 31 décembre.


Au début, on est un peu noyé : mais à quoi s’activent donc ces scaphandriers ? Et puis, de minute en minute, l’intrigue s’éclaire – et s’étoffe. « El gordo » (le gros), patron ventru et sémillant (Joaquin Nunez) protège et galvanise sa petite équipe de plongeurs qui, depuis son rafiot, descendent en eaux profondes pour assurer de menues réparations sur les câbles sous-marins ou sur la coque des pétroliers qui relâchent en rade d’un port espagnol riverain d’une énorme installation pétrochimique. Sur ce secteur de la maintenance, la concurrence étrangère se fait rude. Antonio (Antonio de la Torre), dit « El Tigre », a de la bouteille : il est le vétéran barbu de ces travailleurs risque-tout qui, tout comme lui, peinent à joindre les deux bouts. 

Après tant d’années en apnée, la santé d’Antonio commence à donner des signes d’inquiétude. D’autant que Cinta, sa femme, dont il est séparé – petit rôle antipathique assumé par Silvia Acesta – n’arrange pas la situation :  intraitable, sous la menace d’un juge s’il ne lui paye pas la pension qu’elle exige de lui, ce dragon-femelle le prive de son droit de visite auprès des deux gosses qu’ils ont eus ensemble. Au bout du rouleau, Antonio s’accroche, soutenu par sa petite sœur Estrella (Barbara Lennie), également plongeuse, avec qui il partage gîte et couvert. 

Or, voilà que, dissimulées dans les cales d’un pétrolier qui accoste ici toutes les trois semaines avec une régularité métronomique, il a par hasard identifié des cargaisons de « poudre ». Dans la cervelle de ce « Tigre » bien fatigué et de l’imaginative Estrella, sa sœur en meilleure forme que lui, germe une idée : profiter d’une plongée pour percer discrètement les colis, aspirer sous vide dans chacun d’entre eux une quantité négligeable de drogue, trop peu pour que le vol soit repérable par les trafiquants, et la revendre sur le marché local, où Estrella possède les bons contacts. Comme on s’en doute, les choses ne tarderont pas à se compliquer… 

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Alberto Rodriguez témoigne d’un talent irréprochable dans une combinaison habilement dosée : d’un côté de la balance,  un « film social » sur la condition précaire de ces « petites mains » qui, invisibles autant qu’indispensables, font tourner la puissante machine industrielle à leurs risques et périls ; de l’autre, la restitution quasi documentaire de ces « interventions » dangereuses en milieu aquatique ( tournage probablement coriace, d’autant que la prise de vue prend manifestement grand soin d’éviter le double écueil, et de la joliesse paysagiste, et du spectaculaire hollywoodien) ; et enfin, sous l’alibi du thriller (au suspense haletant parfaitement maîtrisé), un regard sensible porté sur le rapport à la famille et aux siens, au vieillissement, à la mémoire de l’enfance, au pressentiment de l’avenir… D’un bout à l’autre, Los Tigres est sous tension. 

Il est vrai qu’Alberto Rodriguez n’est pas né de la dernière pluie. Très attendu, Los Tigres appareille dans le sillage ouvert par Groupe d’élite (2012), La Isla minima (2014), L’homme aux mille visages (2016)… Votre serviteur vous invite toutes affaires cessantes à visionner sur Arte TV, en accès libre actuellement, un film plus ancien du cinéaste, Les 7 vierges (2004) : portrait acide, cru et tendre à la fois de la délinquance juvénile à la sauce espagnole. Le moins qu’on puisse en dire, c’est que le tableau, en 2025, n’a pas pris une ride. D’un vérisme sauvage, le film est aussi captivant, aussi novateur que purent l’être en leur temps quelques perles du néo-réalisme italien. 

A noter également qu’Alberto Rodriguez vient de réaliser cette année, sous forme de mini-série, l’adaptation éponyme du roman-essai de l’écrivain espagnol Javier Cercas paru en 2009, Anatomia de un instante : celle-ci revient sur la tentative de coup d’État perpétrée à Madrid, le 23 février 1981, par des officiers nostalgiques de Franco. Putsch que fit avorter, comme l’on sait, la détermination du roi Juan Carlos 1er.  Sachez enfin qu’on reverra bientôt sur grand écran Barbara Lennie, comédienne très convaincante : ce sera dans le prochain Almodovar, Amarga navidad – sortie prévue en 2026.            

Los Tigres. Film d’Alberto Rodriguez. Avec Antonio de La Torre, Barbara Lennie, Joaquim Nunez… 

Espagne, couleur, 2025. Durée : 1h49

En salles le 31 décembre 2025

Juif, avec un F majuscule

Dans son Dictionnaire amoureux des juifs de France, Denis Olivennes retrace deux mille ans d’une histoire extraordinaire, ou comment les enfants d’Israël se sont retrouvés chez eux sous le ciel gaulois. Il salue la bienveillance de grands auteurs à leur égard et le rôle crucial des Lumières qui ont fait rimer émancipation et assimilation.


Causeur. Dans votre Dictionnaire amoureux des juifs de France, vous montrez la richesse des apports juifs à la culture française, dont on ne saurait nier ce qu’elle doit aussi au christianisme. Certains disent que notre pays a été façonné par une matrice judéo-chrétienne. Reprenez-vous ce terme à votre compte ? Ne passe-t-il pas sous silence la divergence théologique radicale ?

Denis Olivennes. Oui, j’ai essayé de raconter deux mille ans de cette histoire extraordinaire qui réunit les juifs et la France, et qui est je crois sans exemple, en particulier depuis la Révolution et l’émancipation. Judéo-chrétien me paraît cependant réducteur, même si le christianisme vient du judaïsme et si désormais, depuis Vatican II, il s’inscrit dans cette filiation. Parler des racines judéo-chrétiennes, c’est oublier, d’une part, l’apport d’Athènes et de Rome, d’autre part, la dynamique propre des Lumières. Et puis c’est oublier aussi la différence fondamentale entre le judaïsme qui est organisé par la Loi et le christianisme qui l’est par la Foi.

Vous insistez sur les écrits empreints de grande bienveillance envers les juifs que l’on retrouve chez de grands auteurs français chrétiens comme Abélard, Pascal, Péguy ou Chateaubriand. La France est-elle le lieu privilégié du dialogue judéo-chrétien ?

Les chrétiens ont eu à l’égard des juifs un rapport ambivalent. D’un côté, ils vouaient aux gémonies le peuple déicide, aveugle à la vraie foi. De l’autre, ils inscrivaient les juifs dans l’histoire du Salut comme peuple témoin de la vérité du Christ, dont la conversion signerait la fin des temps. Et ils leur accordaient pour cela leur protection. Mais au-delà, oui, il y a eu de grands Français, admirables, issus du christianisme, qui ont fait montre à l’égard des juifs d’une aménité, d’une amitié, d’une fraternité, souvent extraordinaires. Je leur consacre plusieurs notices à proportion de mon admiration pour eux, à commencer par Péguy.

Aujourd’hui, cette notion de judéo-christianisme est récusée par certains qui voient dans cette alliance une arme contre l’islam, et brandie par d’autres pour les mêmes raisons. Mais en dehors de toute polémique, n’y a-t-il pas une parenté culturelle et même anthropologique entre les deux monothéismes bibliques qui ont été le fond de sauce de l’Occident tandis que l’islam, arrivé tardivement, lui, reste culturellement hétérogène ?

La différence vient surtout, me semble-t-il, dans l’un et l’autre cas, de ce que et les chrétiens et les juifs, au prix parfois de moments douloureux comme la séparation de l’Église et de l’État, ont « rendu à César ce qui appartient à César », autrement dit de ce qu’ils ont reconnu la supériorité de la loi nationale sur la particularité de leurs prescriptions religieuses. Cette adaptabilité est très certainement liée au caractère non littéraliste de leur pratique religieuse. Quoique sacré, le texte s’interprète. Je raconte cela pour les juifs : l’émancipation de 1791 et la maxime de Clermont-Tonnerre – « Il faut tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus » ; le Grand Sanhédrin convoqué par Napoléon et l’abandon par les juifs d’un certain nombre de leurs règles. Ce chemin reste à parcourir pour une partie des musulmans en France.

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Estimez-vous cependant que l’islam radical, qui contamine une grande partie de l’islam européen et français, doit être combattu ? Et la mobilisation de notre héritage judéo-chrétien est-elle la bonne arme ?

Bien sûr, il doit être combattu dès lors qu’il est orthogonal aux lois de la République et à ses mœurs – je pense à l’égalité hommes-femmes, aux droits des homosexuels, à la prééminence de la science… Et surtout dès lors qu’il nourrit un projet politique, qu’il veut imposer ses règles propres à la Cité de tous. Mais c’est moins avec notre héritage religieux qu’avec l’esprit de la République, la défense des droits et libertés, la promotion de la laïcité, que nous pouvons combattre cela. En prenant bien soin de ne discriminer personne, de ne stigmatiser personne, de distinguer la critique de la religion de celle des croyants, de protéger le droit de chacun à pratiquer sa religion. Pour moi, les musulmans doivent suivre le chemin d’assimilation emprunté par les juifs.

Nous ne sommes pas rendus… Avez-vous été touché, en tant qu’ami d’Israël, par le soutien de nombreux chrétiens après le 7-Octobre ?

Profondément touché. Cela m’a rappelé que Péguy, qui est au cœur de mon Dictionnaire, n’est pas mort. La manière dont les chrétiens se sont guéris de leur antijudaïsme et considèrent désormais les juifs comme leurs « frères aînés », pour reprendre les termes de Jean Paul II, est magnifique. C’est une immense source d’espérance.

L’antisémitisme décomplexé est aujourd’hui à gauche. Mais avant d’être « déshonoré par Hitler », il était très porté à droite ainsi que dans les rangs catholiques. Avez-vous peur qu’il ressurgisse dans les milieux conservateurs ?

Franchement, aujourd’hui le sujet est à gauche. Certes les électeurs d’extrême droite sont 35 %, contre 25 % en moyenne pour la population, à avoir des préjugés antisémites, mais ils n’acceptent pas la violence antijuive. C’est très important. Les électeurs d’extrême gauche eux, sont 30 % à accepter ou à souhaiter cette violence envers les juifs, contre 10 % des Français. Et ce retournement est spectaculaire : la gauche démocratique est née de son abandon de l’antisémitisme avec l’affaire Dreyfus. En y retournant, elle rompt avec la République. Nous vivons un moment étrange : Marine Le Pen renonce à l’antisémitisme et à l’antisionisme et Jean-Luc Mélenchon les adopte. Sinistre chassé-croisé.

Vous ne croyez pas en Dieu. Mais dès lors, que signifie être juif ?

La fidélité à ma famille et notamment à la mémoire de la Shoah. Le combat sans concession contre l’antisémitisme : je ne baisse certainement pas la tête. L’adhésion philosophique à la conception éthique que fait Levinas de l’homme, qui est d’abord responsabilité pour autrui et dont il dit qu’elle est l’essence du judaïsme. L’attachement à l’existence de l’État d’Israël, même si je critique vertement son gouvernement. Mais une fois tout cela dit, je suis juif certes, mais comme Marc Bloch je suis « avant tout et très simplement Français »

Dictionnaire amoureux des juifs de France, Denis Olivennes, Plon, 2025.

Dictionnaire amoureux des Juifs de France

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Tant qu’il y aura des films

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La condition (c) Diaphana Films

N’en déplaise à ses détracteurs, le cinéma d’auteur français n’est pas à la dérive. Il est tout simplement éclectique et offre par conséquent le pire comme le meilleur.


À la Maupassant

La Condition, de Jérôme Bonnell

Sortie le 10 décembre

On parierait que La Condition, le nouveau film du talentueux Jérôme Bonnell, est tiré d’une de ces nouvelles ancillaires de Maupassant dont on raffole. En réalité, le livre qu’il transpose sur grand écran, Amours de Léonor de Récondo, date de 2015 et son action se situe en 1908, date postérieure à la mort du grand écrivain. Et pourtant, la filiation avec l’auteur de Boule de suif ne se dément pas. Jugez plutôt : « C’est l’histoire de Céleste (Galatéa Bellugi), jeune bonne employée chez Victoire (Louise Chevillotte) et André (Swann Arlaud). C’est l’histoire de Victoire, de l’épouse modèle qu’elle ne sait pas être. Deux femmes que tout sépare mais qui vivent sous le même toit, défiant les conventions et les non-dits. » À travers ses sept films précédents, Bonnel nous avait habitués à des récits contemporains, à l’instar du très réussi J’attends quelqu’un qui décrivait avec une infinie délicatesse la longue relation entre une prostituée (Florence Loiret-Caille) et son client régulier (Jean-Pierre Darroussin). Il signe son premier film en costumes et sa première adaptation littéraire sans rien perdre de son brio et de sa singularité.

C’est avec une délectation non feinte et une précision malicieuse que Bonnell prend pour cible une certaine bourgeoisie française qui se voit alors comme une nouvelle aristocratie imposant son conformisme et son hypocrisie. Dans la pure tradition de la meilleure littérature hexagonale du xixe siècle, on retrouve un personnage central récurrent aussi bien chez Balzac, Flaubert ou Zola : le lieu, sinon du crime, du moins de l’étouffement familial et amoureux puisque tout ou presque s’y déroule à huis clos. Dans le cas présent, il s’agit d’une grande demeure bourgeoise et provinciale à la géographie intérieure parfaitement calquée sur l’ordre établi : chacun à sa place, comme chez le Renoir de La Règle du jeu. Mais la « condition » trouve une tout autre traduction au fil de l’histoire. Maîtres et valets vivent dans ce décor codifié où chaque chambre ou presque semble contenir un secret, où un pas de côté est une déviance. À l’image de cet austère bureau de notaire dans lequel le maître de maison, époux repoussé, doit dormir sur un lit de camp aussi triste que sommaire. À l’image également d’une autre chambre, celle occupée par la mère d’André et que joue à la perfection la toujours surprenante Emmanuelle Devos. On l’avait connue sourde dans Sur mes lèvres chez Jacques Audiard, elle est ici mutique et alitée en permanence, livrant de bout en bout une incroyable performance d’actrice. D’autant plus qu’il s’agit de camper une « méchante », comme la voit son entourage, y compris son propre fils. Or, derrière sa brutalité se dissimulent une franchise et une sincérité qui détonnent dans ce monde feutré où tout se dit à demi-mot dans un hypothétique mentir-vrai érigé en règle d’or indépassable.

Une fois posés le décor et les personnages, le film peut dérouler son récit, celui d’un « arrangement » où se mêlent viol domestique, grossesse et « adoption » dans un étonnant ballet de dupes. L’alliance qui se noue alors entre la maîtresse et sa servante prend des allures de pied de nez aux usages et autres convenances. Jérôme Bonnell excelle à rendre compte d’un pacte implicite où les mots sont rares, où tout se joue entre respectabilité sociale et désir d’émancipation.

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À la Kechiche

Mektoub, My Love: canto due, d’Abdellatif Kechiche

Sortie le 3 décembre

On n’y croyait plus. On pensait que les diverses accusations portées contre le cinéaste Abdellatif Kechiche (La Graine et le Mulet, La Vie d’Adèle…) avaient définitivement eu raison de lui et de son cinéma. Il était devenu l’une des bêtes noires des ultra-féministes du milieu artistique, devant répondre aussi bien de son attitude sur les plateaux de tournage que du prétendu sexisme de ses films. Jusqu’à provoquer d’ailleurs chez lui un AVC aux lourdes séquelles. On se réjouit d’autant plus d’assister à la sortie de son nouvel opus, Mektoub, My Love: canto due, deuxième volet d’une trilogie sur la jeunesse, qu’un formidable intermède entre les deux premiers films (intitulé comme il se doit Intermezzo) était passé à la trappe, pour d’obscures raisons musicales et une véritable censure artistique. Ne boudons pas notre plaisir de retrouver l’allant et l’énergie du cinéma de Kechiche toujours prompt à filmer les âmes, les corps et les cœurs de personnages à la fois singuliers et familiers.

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À la n’importe quoi

Vade retro, d’Antonin Peretjatko

Sortie le 31 décembre

On avait pu s’amuser en son temps des facéties politiques et amoureuses d’un premier film intitulé La Fille du 14 juillet. Quelques autres films plus tard, Antonin Peretjatko, son réalisateur, nous revient avec l’improbable Vade retro. Depuis le pur chef-d’œuvre qu’est le Nosferatu tourné par Murnau en 1922, on connaît le goût du cinéma pour les vampires. Cette année encore, l’inoxydable Luc Besson a jugé utile de nous en donner sa propre (et pitoyable) version. Il est donc rejoint hélas par cette énième mouture des « dents de la terre ». Sous couvert de secouer quelques clichés actuels, ce film mal filmé et mal joué décourage toute bienveillance. Rien ne tient. En comparaison, même le plus raté des films brinquebalants de Mocky est une réussite splendide. Il faut à vrai dire se frotter les yeux pour comprendre comment un tel objet a pu se frayer un chemin jusqu’aux salles obscures. Brandissons quelques gousses d’ail et passons notre chemin.

Kigali, ou l’Europe après l’Europe

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Charles Rojzman. Photo: D.R.

Au Rwanda, l’Etat ne craint pas d’imposer la paix et l’ordre par la force. Certes, cela peut scandaliser un Européen, mais en Europe nous sommes allés trop loin dans l’autre direction. Nous n’avons même plus le courage de défendre la liberté. Le témoignage de Charles Rojzman.


Kigali ne promet rien. Elle ne console pas. Elle n’explique pas. Elle impose. On y marche comme sur une terre lavée après le massacre, quand les corps ont disparu mais que le sol se souvient. Tout y est calme — non pas d’un calme aimable, mais d’un calme tenu, serré, presque militaire. Rien ne traîne. Ni les déchets, ni les regards, ni les vies inutiles.

Je m’y suis promené avec cette gêne particulière que l’on éprouve lorsqu’une ville vous enlève vos excuses. Pas de drogue visible, pas de dealers régnant sur le trottoir, pas de misère agressive, pas de harcèlement, pas de peur rampante. Cette peur européenne — quotidienne, honteuse, intériorisée — n’a pas droit de cité ici. Même la nuit semble surveillée par une volonté supérieure.

La police n’y est pas un sujet de débat. Elle est un fait. Et chacun le sait : toute attaque contre un policier appelle une réponse immédiate, radicale, sans pitié ni concession. On ne teste pas la loi. On ne la provoque pas. On ne l’insulte pas pour éprouver ses nerfs. Celui qui s’y risque ne rencontre ni psychologue, ni sociologue, ni juge indulgent. Il rencontre l’État. Nu. Décidé.

Cette certitude suffit. La violence est arrêtée avant même d’avoir été pensée. Là où l’Europe multiplie les mots pour masquer son impuissance, le Rwanda tranche. Et parce qu’il tranche, il n’a presque jamais besoin de frapper.

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Mais l’ordre rwandais ne s’arrête pas à la rue. Toute opposition sérieuse y est sévèrement sanctionnée. Contester n’est ni un sport institutionnel ni une posture morale : c’est un risque. Le Rwanda gouverne par la cicatrice. Il a vu l’État s’effondrer, la société devenir meute, les voisins s’égorger. Depuis, il ne croit plus aux demi-mesures. Il a choisi la continuité contre la liberté, la survie contre le débat, l’ordre contre la parole. Ce choix est brutal, parfois criminel. Mais il est assumé.

C’est précisément cela qui scandalise l’Européen — et qui le condamne.

Car moi, Européen tardif, pacifiste par tempérament, j’ai cru à la parole qui désarme, à la rencontre qui apaise, au lien qui sauve. Dans mon travail, j’ai réuni des ennemis et des antagonistes. J’ai vu la haine reculer lorsque la peur cessait d’être niée, lorsqu’elle devenait dicible, partageable, humaine. J’ai vu l’ennemi cesser d’être une abstraction pour redevenir un visage. J’ai vu des hommes déposer leurs armes intérieures. J’ai vu, parfois, la paix commencer — non comme un miracle, mais comme un effort.

Mais cette paix n’a jamais été collective. Elle a toujours été fragile, individuelle, groupale. Elle exigeait du temps, de la présence, du courage intime. Et surtout, elle se faisait contre quelque chose : contre la pression de la tribu, contre la force de la communauté lorsqu’elle se referme sur elle-même, dirigée par des chefs, des idéologues, des gardiens de la pureté qui ne veulent aucun dialogue. J’ai vu ceux qui osaient normaliser l’ennemi devenir des traîtres aux yeux des leurs. J’ai vu des hommes et des femmes punis, menacés — parfois assassinés — pour avoir parlé. La paix individuelle devenait alors une faute collective. Le courage du dialogue se payait comme une trahison.

C’est là que se brise l’illusion occidentale la plus dangereuse : croire que la parole suffit là où règne la loi de la tribu. La haine peut être désarmée chez un individu ; elle renaît aussitôt dans le corps collectif lorsque celui-ci est gouverné par la peur, l’humiliation et le mythe identitaire. Là où l’État est faible, la communauté devient souveraine. Et la communauté, lorsqu’elle est blessée, ne pardonne pas à ceux qui désarment.

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Kigali rend cette vérité visible avec une cruauté insupportable. Le Rwanda a choisi de neutraliser la tribu par la force de l’État. Il étouffe la haine non par la parole, mais par la contrainte. Ce choix écrase des libertés, détruit des oppositions, élimine parfois ceux qui parlent trop. Mais il empêche la communauté de redevenir meute.

Pendant ce temps, l’Europe se défait.

Elle se défait avec élégance. Elle appelle cela des valeurs. Elle a désarmé l’État, humilié la loi, transformé la sanction en débat. Elle a laissé la drogue coloniser ses quartiers, la rue devenir un territoire disputé, la violence redevenir un langage. Elle a appris aux femmes à baisser les yeux, aux vieux à rentrer plus tôt, aux honnêtes gens à se taire.

Elle a ouvert ses frontières sans pensée politique, confondant l’hospitalité avec l’abdication. Elle a accueilli sans exiger, protégé sans intégrer, expliqué sans décider. Elle a reçu des hommes qui la méprisent et haïssent ce qu’elle est, tout en jouissant de ce qu’elle offre. Et dans ce vide ont reparu les haines anciennes — l’antisémitisme surtout, fidèle comme toujours lorsque l’autorité se retire.

Le Rwanda gouverne par la peur. L’Europe gouverne par la honte.

Le Rwanda tranche pour prévenir. L’Europe explique pour excuser.

Il ne s’agit pas de devenir le Rwanda. Ce serait une autre mort. Il s’agit de savoir si l’Europe veut encore vivre.

Car voici la vérité que Kigali nous inflige comme une gifle : toute civilisation choisit le prix de sa paix. L’ordre a un coût. Le désordre aussi. La liberté sans autorité n’est pas une liberté, mais un abandon. Et l’État qui n’ose plus dire « non » prépare la victoire de ceux qui ne diront jamais « oui ».

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Ceci est peut-être un texte de trop. Peut-être un testament. Celui d’un Européen qui a cru à la réconciliation des êtres et qui voit sa civilisation se dissoudre faute d’avoir su protéger ceux qui osaient parler à l’ennemi. Nous n’avons pas perdu la paix : nous avons perdu le courage d’en assumer les conditions.

Et l’Histoire, elle, ne nous pardonnera pas d’avoir préféré la bonne conscience à la survie.

La société malade

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Noël honteux, pays peureux

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Des personnages de la crèche de Noël sont prêts à être déménagés après la fin d'un marché de Noël, Munich, Allemagne, le 25 décembre 2025. Peter Kneffel/DPA/SIPA

Noël est en train d’être effacé au profit de quelque vague « fête d’hiver » qui n’a rien de traditionnel. Car nous avons peur de la tradition, peur de tout ce qui fonde notre identité sur le plan historique et culturel. Notre religion aujourd’hui, c’est celle du rien offensant. Tribune.


La France est un bien beau pays, Noël y a lieu. Il figure encore dans les agendas, sur les relevés bancaires, dans les conversations prudentes. Mais Noël y a changé de nature. C’est maintenant une fête qui s’excuse d’exister, un marqueur politique. 

Alors on ne dit plus “Noël”, on dit “les fêtes”. C’est plus doux, plus flou, plus conforme à l’époque, une époque qui préfère les périphrases aux racines et les intentions aux héritages. On allume les sapins comme on poserait un disclaimer. Surtout, ne rien affirmer.

La société multiculti a inventé un Noël sans origine, dégraissé de son histoire, désinfecté de son sens, recyclable à l’envi. On garde le décor (l’économie y tient), mais on enlève la crèche – trop connotée – car la conscience susceptible de nos contemporains s’en méfie. On célèbre, oui, mais à condition de ne surtout pas savoir quoi.

Le bon Philippe Muray aurait esquissé ce sourire fatigué de ceux qui ont vu venir la chose. “Homo festivus” décrivait déjà cette humanité joyeuse par obligation, festive par principe, incapable de supporter ce qui fonde et oblige. Une société qui fête tout, tout le temps, précisément pour n’avoir plus rien à transmettre.

Bienvenue donc dans notre société délicieusement postmoderne qui confond l’inclusion avec l’effacement, qui croit accueillir en se retirant, qui pense être universelle en devenant vague. Recevoir un héritage est désormais suspect, transmettre presque indécent. Alors on remplace la mémoire par l’émotion, la culture par le ressenti, la continuité par une ambiance de flonflons. On se réunit, on sourit, on consomme, et l’on évite soigneusement toute idée qui pourrait ressembler à une identité.

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Ce Noël chichiteux n’est ni modeste ni généreux. Il est inquiet, il a peur d’être accusé, peur d’être mal compris, peur surtout d’assumer une existence sans mode d’emploi validé par avance. Pourtant Noël n’a jamais obligé personne à croire. Il oblige seulement à reconnaître d’où l’on vient, où l’on vit. Visiblement, cela est devenu trop lourd à porter dans la France molle du “en même temps”.

Noël n’est pas menacé par les autres. Il est miné de l’intérieur, par une fatigue civilisationnelle avancée, par cette religion du rien offensant, par cette idée très “fashion” selon laquelle toute affirmation serait déjà une violence.

Nous ne vivons plus dans une société qui doute. Nous vivons dans une société qui s’excuse de son histoire, de ses fêtes, de sa continuité, de son existence même.

À force de neutraliser, de désinfecter, de déminer symboliquement chaque mot, chaque rite, chaque héritage, on ne pacifie rien, on stérilise. On ne rassemble pas, on vide. On ne protège pas, on abdique. Ce n’est pas l’Autre qui nous efface, c’est nous qui avons pris goût à disparaître proprement, poliment, en musique, sous les guirlandes.

Quand un pays en arrive à rougir de Noël, ce n’est pas Noël qui est en trop, c’est le pays qui commence à manquer de lui-même.

Le Premier ministre australien est propalestinien, et alors ?

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Anthony Albanese, le Premier ministre australien, au Pavillon de Bondi Beach à Sydney, le 15 décembre 2025. DEAN LEWINS/AP/SIPA

Anthony Albanese, le chef du gouvernement socialiste en Australie, est typique de ces femmes et hommes politiques de gauche qui prennent fait et cause pour les Palestiniens au point d’oublier de protéger leurs concitoyens juifs. Tribune.


Des images présentées dans un reportage de la chaîne Sky News Australia il y a deux ans viennent de refaire surface. Diffusées sur les réseaux sociaux, elles montrent le Premier ministre australien, Anthony Albanese, sous une banderole « Arrêtez le massacre israélien, libérez la Palestine », lors d’un rassemblement propalestinien à l’époque de la deuxième intifada (2000-2005).

Circonstances atténuantes ? 

Ce énième épisode de violences palestino-israéliennes avait commencé, selon les versions, par la visite du député Ariel Sharon sur le Mont du Temple (de Salomon) le 28 septembre 2000, ou le surlendemain, par la diffusion mondiale (et gratuite) par France 2 d’une accusation de meurtre contre un enfant au moyen de balles israéliennes.

Dans le premier cas, le passage sans incident d’un Israélien à kippa sur ce que l’Autorité palestinienne (AP) et les médias français appellent « l’Esplanade des mosquées » depuis que les lieux ont été libérés de l’occupation jordanienne a été considéré, après-coup, comme une provocation insupportable : « La mosquée Al-Aqsa est à nous. L’église du Saint-Sépulcre est également à nous. Les Juifs n’ont pas le droit de profaner la mosquée avec leurs pieds fétides, nous ne les laisserons pas faire. » (Mahmoud Abbas, 17/09/2015)

La version « provocation » a été contredite à plusieurs reprises par Yasser Arafat, alors Président de l’AP, par son ministre de la communication, Imad Faludji, puis par sa veuve Suha, qui a déclaré avoir essayé de le convaincre de ne pas torpiller les Accords d’Oslo, quand il lui avait déclaré : « Je vais lancer une intifada. Ils veulent que je trahisse la cause palestinienne. Ils veulent que je renonce à nos principes, mais je ne le ferai pas ». Les principes en question étaient la violence et les négociations de paix.

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Que ce soit du fait des reportages citant les quelques minutes d’Ariel Sharon sur le Mont du Temple (en territoire israélien, donc) comme un casus belli incontestable ou « grâce à » la campagne mondiale anti-israélienne menée sous l’effigie du petit Mohammed al-Dura, il fallait être un polyglotte d’une curiosité insatiable pour connaître les faits (par opposition aux émotions idéologiquement enrobées) et ne pas haïr la soldatesque universellement accusée d’assassinat volontaire.

On ne comprend donc pas pourquoi, après les meurtres de Bondi Beach, il est reproché à Albanese son enthousiasme de jeunesse. Y aurait-il autre chose ?

Propalestinien ou anti-judéo-israélien ?

D’aucuns comparent aujourd’hui Albanese Anthony à son homonyme Albanese Francesca, championne olympique de la discipline Israel-bashing. Beaucoup de manifestants ignorent la différence entre propalestinisme et antisémitisme et entre antisionisme et hitlérisme. En témoigne la vidéo tournée par la mission « Canari dans la mine » et titrée « le mouvement « pro-Palestine » souffre du virus Hitler ». On y voit des manifestants en keffieh faire le salut hitlérien en se vantant de « ne pas avoir peur de leurs opinions », pendant que d’autres se contentent d’alterner les slogans : un coup « Free Palestine », un coup « A-dolf-Hi-tler, A-dolf-Hi-tler ! » et pour les participants, souhaiter « qu’on tue tous les Juifs » semble aller de soi.

Soyons lucides : si les gouvernements occidentaux protègent les synagogues et les écoles juives, c’est qu’ils savent que l’anti-israélisme n’est rien d’autre qu’un banal antisémitisme. Partout, dans notre pays comme aux antipodes. « Down under », là-bas tout au sud, l’incitation à la haine a été tolérée, minimisée ou ignorée par le gouvernement fédéral d’Albanese qui ne voyait que des tensions intercommunautaires. Mais il n’y avait pas deux communautés face à face, seulement la discrimination raciale d’un tout petit groupe (environ 100 000 individus sur une population totale de 27 millions), par un nombre d’agresseurs en croissance exponentielle.

Albanese est, comme tous les dirigeants, sensible aux réservoirs de suffrages. C’est là que son tropisme palestiniste entre en ligne de compte dans sa réaction à la possibilité d’un pogrom contre les Juifs australiens : lorsque, le surlendemain du 7-octobre, une foule d’excités a envahi l’Opéra de Sydney, brûlant des drapeaux israéliens et scandant des menaces contre les Juifs, pas contre les Autorités israéliennes, la consigne donnée à la police n’a pas été de disperser les manifestants, mais de conseiller le calme à la communauté juive.

De l’huile sur le feu

Anthony Albanese n’a rien fait pour protéger ses concitoyens juifs. Au contraire, il a jeté de l’huile sur le feu, en condamnant Israël. Son ministre des Affaires étrangères, Penny Wong, et celui de l’Emploi et des relations au travail, Tony Burke, tous deux appartenant à son parti socialiste, l’ont aidé à porter les seaux de combustible, en accusant Israël de génocide, alors même que la population de Gaza a augmenté pendant les deux ans de guerre, comme le compile le CIA World Factbook.

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L’attentat de Bondi n’était pas une déclaration politique. Il ne s’agissait pas d’une attaque de « Palestiniens » contre des « Israéliens », mais d’antisémites qui ont attaqué des Juifs. Le Président et le ministre des Affaires étrangères israéliensavaient averti à de nombreuses reprises le gouvernement Albanese de ce qui risquait d’arriver. La communauté juive a plaidé pendant deux ans pour des actions soient entreprises et, comme l’ont fait les Juifs français auprès de Macron, a souligné qu’Albanese récompensait le terrorisme en reconnaissant la Palestine juste après le pogrom du Hamas. 

En effet, c’est ce qu’il faisait et il ne pouvait pas l’ignorer : il n’y a pas de raison qu’il ait été plus bête ou plus mal informé que les citoyens juifs de France ou d’Australie ! Quand c’est arrivé, Netanyahou l’a accusé d’avoir encouragé l’antisémitisme en reconnaissant la Palestine, dans une politique de « faiblesse et d’apaisement ». L’accusé a estimé qu’il n’existait aucun lien entre les deux. Anthony Albanese est certes « propalestinien » mais il a « oublié » de protéger les juifs.

Chroniques de la guerre des pacifistes: 2025

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La Légende dorée de Notre-Dame de Paris

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La reconstruction de la cathédrale se poursuit, Paris, 2/10/2025, Amer Ghazzal/Shutterstock/SIPA

Cette année, Marie-Hélène Verdier a publié un livre qui est une véritable lettre d’amour – d’amour sacré – à Notre-Dame de Paris, cette cathédrale qui, bien que toujours en chantier à l’heure actuelle, a survécu à l’incendie de 2019, comme à d’autres menaces telles que la Révolution et les guerres.


Marie-Hélène Verdier est connue des lecteurs de Causeur, à la fois pour ses contributions à notre journal et pour ses livres, tels que ses essais défendant la langue française ou l’éducation traditionnelle, sans compter la poésie et la fiction. Son volume le plus récent, Les Belles Heures de Notre-Dame, sorti à l’automne, est une série de méditations et de souvenirs inspirés par la cathédrale. L’auteur parle de son livre comme d’« une légende dorée de Notre-Dame » commencée au lendemain de l’incendie de 2019 et poursuivie à travers la période de la pandémie jusqu’à la « résurrection » de ce haut lieu. Habitant à proximité de la cathédrale, elle nous la présente aux différentes heures de la journée, souvent à travers de belles vignettes descriptives : « Solide sur le porche, aérienne au chevet, Notre-Dame est sans pareille. Enracinée, avec ses formes qui tiennent du cercle et du carré, de la rotondité et de la quadrature. Aérienne avec sa poussée d’ogives […] elle tient du ciel et de la terre et de l’aile, de la charrue et du bateau, de la coque et de la plume ».

On peut lire ce livre dans l’ordre qu’on veut, en picorant ici et là. La lecture coule tranquillement comme la Seine. Mais il y a une architecture subtile. Le texte commence dans la joie du 2 février 2013, quand on célébrait le 850e anniversaire de la cathédrale par la bénédiction de huit cloches nouvelles. Sans savoir que la nouvelle voix sonore de Notre-Dame allait se taire. « Six ans plus tard, sous l’effet d’un incendie gigantesque, la croisée du transept de Notre-Dame s’effondrait. Le 15 avril 2019, à vingt heures, le bourdon et les cloches cessèrent de sonner : c’était un lundi, à la veille de la semaine sainte ». La force symbolique de cette date allait s’exprimer, d’abord dans la résurrection des cloches : le grand bourdon nommé Emmanuel, intouché par le feu, sonne de nouveau, un an après l’incendie, le 15 avril 2020. Ensuite, par la résurrection – et la réouverture – de la cathédrale elle-même, les 7 et 8 décembre 2024. L’auteur se souvient du traumatisme, partagé par des internautes autour de la planète, inspiré par le spectacle de la chute d’un des chefs-d’œuvre de Viollet-le Duc : « La flèche, inclinée, se détache, s’arrache, sombre dans le vide, brisant la clé de voûte ». Le choc rappelle celui du 11 septembre 2001, mais ce dernier est l’œuvre de certains hommes qui se sont mis au service du mal. Grâce à la générosité de ceux qui ont donné de l’argent pour financer les travaux, grâce à la patience et au savoir-faire de ceux qui ont accompli la mission de reconstruction, la cathédrale allait renaître dans la joie et l’allégresse. 

Certes, il y a des choses dans la vie qui passent et disparaissent. L’auteur regrette la fermeture de la librairie L’Escalier, un petit haut lieu de la culture parisienne située rue Monsieur-le-Prince. Marie-Hélène Verdier regrette aussi que les carillons n’ont plus la place dans notre vie quotidienne qu’ils avaient autrefois. « On n’entend plus guère, dans nos villes et nos campagnes, le son des cloches unissant ciel et terre ». Pourtant, la continuité de Notre-Dame de Paris reste un point de repère essentiel pour les Français et le monde. Cette continuité est soulignée dans le livre par l’érudition historique et culturelle de son auteur, érudition qui n’est pas là pour impressionner le lecteur, mais pour montrer la centralité et la permanence de la cathédrale qui est le cœur battant de la France. Toute l’histoire de Notre-Dame, du Moyen Âge à nos jours, est présente à la fois. Tantôt on remonte à 1163 quand le pape Alexandre III pose la première pierre de l’édifice, tantôt on s’attarde à l’époque de la Révolution où, profanée et humiliée, Notre-Dame a été transformée en temple du culte de la Raison robespierriste et ses cloches fondues pour en faire des canons. Comme la France, elle a traversé ces épreuves et en est ressortie. En explorant la richesse de l’histoire de Notre-Dame, on se plonge dans celle de son symbolisme. A cette fin, toute une série d’artistes sont convoqués par le texte, de Piero della Francesca à Gustave Doré, en passant par Delacroix, Méryon, et Viollet-le-Duc lui-même, dont les œuvres constituent des créations artistiques et pas seulement des bricolages d’antiquaire. Certains feraient mieux d’y réfléchir à l’heure où on propose de remplacer ses vitraux. Il y a une mention spéciale ici pour les « Mays », ces grands tableaux commandés chaque année (sauf deux fois) entre 1630 et 1707 par la corporation des orfèvres pour rendre hommage à la Vierge.

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Les références aux arts visuels sont accompagnées par des références littéraires qui servent, elles aussi, à faire valoir l’intemporalité de Notre-Dame : de Villon à Bernanos en passant par Molière, Goethe, Claudel, Péguy, Chateaubriand, Victor Hugo, Baudelaire, Huysmans, Proust, ou Gide. On trouve les grands poètes chrétiens que sont Patrice de La Tour du Pin et Pierre Emmanuel et même l’Aragon du Paysan de Paris. J’ai personnellement découvert pour la première fois le roman Rue Notre-Dame de Daniel Pézeril, écrit en 1950. On y trouve, comme le dit Marie-Hélène Verdier, « une saveur, un enseignement, une poésie » surprenants. L’auteur, un prêtre et un Juste parmi les nations, est devenu évêque auxiliaire de Paris dans les années 1960. 

Il y a aussi la figure sacrée de Saint Ambroise qui, en tant que poète, est le fondateur de l’hymnodie latine. Et de tous les arts, la musique – surtout à travers la liturgie mais pas seulement – joue un rôle spécial dans la vie et la résurrection de la cathédrale. Comme le grand bourdon, comme la Croix dorée au fond de la nef, comme le trésor, l’orgue est demeuré intact après l’incendie et on entendra de nouveau sa voix le 8 décembre 2025. 

Marie-Hélène Verdier célèbre les musiciens qui ont contribué à la magie de Notre-Dame, comme le maître de chapelle Jehan Revers, l’organiste Thierry Escaich, ou le chef de chœur et d’orchestre Nicole Corti. Les grands compositeurs défilent, de Pérotin, qui représente justement l’École dite « de Notre-Dame » au Moyen Âge, à Arvo Pärt, en passant par Monteverdi, Schütz, André Campra, Purcell, Rameau, Pergolèse, J. S. Bach, Brahms, César Franck, Debussy, Louis Vierne, ou Frank Martin. Une petite place à part est réservée pour ce grand compositeur catholique du XXe siècle, Olivier Messiaen, dont la « musique est faite de silence et d’infini, de méditation et de joie parfaite ». Notre-Dame n’est pas seulement un lieu de tourisme où le domaine réservé des grandes cérémonies solennelles, c’est aussi un lieu de musique et de liesse. 

Il y a une présence particulière au cœur de ce livre, celle du cardinal Lustiger, archevêque de Paris de 1981 à 2005. C’est lui qui a voulu la Croix dorée, installée en 1994, qui a survécu à la catastrophe de 2019. C’est lui qui a voulu aussi le Collège des Bernardins, ce nouveau centre spirituel qui maintient la grande tradition théologique de Paris. Marie-Hélène Verdier se souvient des obsèques du cardinal en 2007 et a gardé précieusement le livret de la messe célébrée en son honneur. Le texte des Belles Heures de Notre-Dame est émaillé d’un certain nombre de souvenirs autobiographiques qui restent modestes mais suffisent pour montrer comment l’histoire d’un haut lieu spirituel peut interagir avec la vie d’un individu. 

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Ce livre est évidemment l’œuvre de quelqu’un qui a la foi. Mais si le lecteur n’a pas la foi – ou pas cette foi-là – il peut toujours goûter la dimension historique de cet édifice hors du commun, même comparé à d’autres constructions ecclésiastiques. Car le sursaut judéo-chrétien que certains appellent de leurs vœux – et non sans raison – peut être un retour aussi bien aux sources culturelles de notre civilisation qu’aux croyances qui l’ont soutenue pendant si longtemps. 

Marie-Hélène Verdier, Les Belles Heures de Notre-Dame (L’Harmattan, coll. « Histoire de Paris », 2025), 140pp., 16€.

Les Belles Heures de Notre-Dame

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Les vertiges de Paris

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(c) Crédit

Traverser l’histoire de la capitale au fil des siècles comme si on y était est désormais possible. Cette immersion totale en « réalité virtuelle » permet de partager les joies et les atrocités qui ont émaillé le quotidien des Parisiens d’actant. Sans quitter les rivages de Paris-Plage, le dépaysement est garanti.


Longtemps, les curieux et les amateurs de l’histoire parisienne ont pu « seulement » dévorer des livres, courir les expositions du musée Carnavalet, arpenter les vieilles rues et sillonner la Seine en Bateau-Mouche. Mais depuis peu, ils peuvent ajouter à cet arsenal un nouvel outil de découverte : un parcours guidé en « réalité virtuelle » à ciel ouvert – une première mondiale – pour parcourir les siècles qui ont façonné la capitale, et vivre, comme si on y était, des événements historiques. Le terme expérience n’est pas ici galvaudé, tant les impressions qui se succèdent durant cette balade 3.0 le long des quais sont inédites. 

Le rendez-vous est donné sur les berges de la Seine, à l’aplomb du pont Louis-Philippe, côté rive droite. Sur les terres de Paris-Plage, un conteneur aux couleurs des « Origines de Paris » s’est fait une petite place afin d’accueillir ses visiteurs. Il leur est distribué des écouteurs, à mettre sur les oreilles, et un « casque immersif », à tenir suspendu autour du coup comme des jumelles – on l’appelle d’ailleurs des « jumelles virtuelles ». La traversée dans le temps peut commencer.

Il faut suivre le guide, qui joue surtout le rôle d’ange gardien, pour éviter les charges répétées des soldats de la mobilité douce – joggeurs en ligne droite et vélos en roue libre. L’exercice est amusant : tout en gardant les pieds dans l’ère Hidalgo, la découverte du Paris des temps anciens se fait en pointillés, au fil de dix-sept stations, de haltes, lors desquelles, invité à regarder dans ses jumelles, on est progressivement plongé dans le passé. La voie Pompidou et ses silhouettes fluo s’estompent, puis apparaissent les roseaux des marécages qui bordaient la Seine il y a deux mille ans. Durant quelques minutes, l’immersion est totale, où qu’on regarde, de haut en bas et de droite à gauche en tournant sur soi-même, on entend le clapotis de l’eau et on patauge dans la boue du fleuve qu’ont connu ceux qu’on n’appelait pas encore Parisiens.

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Retour à l’asphalte et aux selfies. Quelques pas plus loin, rivé à son viseur, on assiste impuissant à l’assaut des murailles de la Cité par les Vikings – à bord d’un drakkar en mouvement, puis d’une fenêtre de la ville assiégée. Certains détails sont saisissants, tels les murs suintant d’humidité ou le sol jonché de paille de la tour défensive dans laquelle on se trouve.

D’étape en étape, toujours à hauteur d’homme, on est embarqué sur un corbeillard (ces barges venues de Corbeil qui approvisionnaient la ville en pain et qui ont été réquisitionnées en 1348 pour évacuer les morts de la grande peste noire – d’où le mot corbillard) ; on admire la construction de Notre-Dame dans la poussière du chantier ; on traverse la place de Grève où une exécution publique n’empêche en rien les bateaux, qui ont accosté au port en contrebas, de décharger leurs marchandises ; on se faufile dans la cohue du Pont-au-Change, alors bordé d’immeubles comme tous les ponts de Paris, avant d’être le témoin de son incendie en 1621 ; on échappe à une mauvaise rencontre sous les arcades des cagnards, ce sinistre passage poisseux sous l’ancien Hôtel-Dieu synonyme de coupe-gorge… Le Paris d’antan n’est pas un paradis perdu. Mais lorsqu’on recligne des yeux, les installations en matériaux recyclés qui meublent les quais et les panneaux municipaux qui sensibilisent à l’écologie conviviale prouvent qu’un paradis parisien n’est pas de ce monde. Autant poursuivre le dépaysement historique. Face à la Conciergerie, on est happé par une foule de révolutionnaires survoltés : Marie-Antoinette passe là, sous nos yeux, à quelques mètres, dans la charrette qui l’emporte à l’échafaud le 16 octobre 1793.

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L’histoire de Paris n’est pas rose, mais tout n’est pas noir durant cette visite d’un genre nouveau. Ainsi se plaît-on à sourire au spectacle de ces enfants patinant sur la Seine gelée, un hiver des années 1880 ; ou aux côtés de ce couple Belle Époque enlacé, sur le Pont-Neuf, devant la façade entièrement vitrée de l’ancienne Samaritaine. Et puis il y a ce fleuve omniprésent autour duquel, à partir duquel, s’est fondée cette ville. Mais cet axe vital lui-même intensément vivant – on n’image pas avant de l’avoir vu l’intensité du trafic fluvial durant des siècles – a été dévitalisé pour devenir une aire de baignade éphémère. Les nautes gaulois seraient fâchés de voir ce qu’est devenue la Seine.

Et de temps en temps, d’un bond, on s’envole pour admirer Paris depuis les airs ; de plus haut qu’un oiseau. L’expérience, pour les non-initiés à la « réalité virtuelle », peut faire perdre l’équilibre. C’est ainsi qu’on gagne le Champ-de-Mars le jour de l’inauguration de la tour Eiffel. Le surplomb des pavillons de l’Expo de 1889 est saisissant. Et l’élévation finale, qui permet de suivre les différents états de la tour au fil des ans jusqu’à aujourd’hui, de ses pieds à la pointe de son antenne, est vertigineuse.

Fin du voyage au Pont-Neuf. Une heure s’est écoulée ; 1,2 kilomètre a été parcouru ; deux mille ans d’histoire de Paris ont été explorés ; retour à l’ère Hidalgo. Fin de l’histoire ? 

À voir: Les Origines de Paris

Renseignements et réservations : originesdeparis.com.

Tarifs: de 19€ (enfants) à 28€.

Un Noël sans Père Noël

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Course des Santa Claus, Liverpool, Royaume Uni, le 7 décembre 2025. Andy Von Pip/ZUMA/SIPA

Bienvenue dans le monde des « enfants-adultes » et des « adultes-enfants ».


Après avoir « nazifié » les marchés de Noël, voilà que le Père Noël passe à la barre du tribunal du progressisme décérébré. Un gros monsieur rouge à barbe blanche bien garnie qui fait asseoir des enfants sur ses genoux ? C’est bien trop suspect pour un regard obsédé par les violences sexistes et sexuelles, toujours vigilant dès qu’il s’agit d’un mâle blanc de plus de 50 ans et beaucoup moins lorsqu’il s’agit d’autres profils…

C’est ce que nous révèle une chronique de France Info. La question « Faut-il continuer de faire croire aux enfants au Père Noël ? » enflammerait les réseaux sociaux. À écouter certains parents, l’esprit de Noël serait un mensonge toxique. Pas question de mentir aux enfants : il faut leur dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Le Père Noël n’existe pas, point barre. 

Cette volonté d’en finir avec la magie fait écho à la grande croisade pour la conscientisation des discriminations et violences sexistes et sexuelles dès le plus jeune âge : les EVARS, programmes d’éducation affective et sexuelle, initient désormais dès la maternelle aux « émotions », aux « relations », au « consentement », bien avant que l’enfant n’ait l’âge d’en comprendre le sens.

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Ainsi, ceux qui redoutent qu’une fable comme celle du Père Noël perturbe un enfant trouvent normal de lui expliquer, à six ans, comment on fait un bébé et comment repérer une relation toxique.

Le merveilleux disparaît, remplacé par la réalité nue, sérieuse et complexe et l’on s’étonne après que ces enfants « éveillés » trop tôt deviennent anxieux. 

Ce n’est pas le Père Noël que l’on « cancel ». C’est l’enfance elle-même. Car un enfant a besoin d’histoires, de contes, de croire qu’un traîneau vole dans le ciel étoilé chargé de cadeaux, et que la nuit du 24 décembre échappe au réel. L’imaginaire est son premier outil pour apprivoiser le monde, pour développer sa sensibilité et sa créativité. Le priver de cela, c’est empiéter sur son humanité.

Pendant que l’on accélère la maturité des enfants, les adultes, eux, régressent gaiement. 

Le phénomène porte un nom : les kidultes. Ils représentent désormais 36 % des ventes de jouets en 2025. La natalité baisse ? Qu’importe : on a trouvé de nouveaux enfants. Lego premium, figurines collector, peluches Jellycat en forme de pâtisserie : voici les jouets de ces kidultes. 

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Ajoutons à la liste les tétines anti-stress, les trottinettes pour aller au bureau, les chiens et chats promenés en poussette ou portés en porte-bébé comme de vrais nourrissons. Et dans cette grande confusion des genres, les bébés sont remplacés par des poupées, comme avec les « bébés reborn » : ces nourrissons en silicone exhibés sur TikTok par de jeunes femmes qui simulent un accouchement, puis langent leur poupée dans des espaces publics, parfois au détriment de vraies mères cherchant une place pour leur vrai bébé.

Ce marché de la régression infantile est d’ailleurs encouragé par certains psychologues qui recommandent un doudou pour « améliorer le sommeil » ou du coloriage pour « apaiser l’anxiété ».
À cette infantilisation marketée répond celle de l’État, avec les injonctions écologiques de l’ADEME qui nous explique combien de fois il faut laver tel ou tel vêtement pour ne pas nuire à la planète et nous rappelle de fermer les volets lorsque la nuit tombe.

Ainsi va notre époque :  On veut supprimer la magie de Noël pour les enfants et on laisse les adultes régresser sans complexe. Une confusion des âges aussi troublante qu’inquiétante.


Cuisine italienne: on raconte des salades?

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Penne Rigate. 06/02/2006. RICHARD B. LEVINE/NEWSCOM/SIPA

Si aujourd’hui la cuisine italienne est portée aux nues, la notion d’une grande tradition de gastronomie péninsulaire semble plutôt une invention récente – comme tant d’autres traditions modernes.


Le 3 décembre 2025, la cuisine italienne est inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, première cuisine au monde reconnue dans son intégralité. L’UNESCO consacre ainsi non seulement la richesse d’un répertoire culinaire célébré dans le monde entier, mais aussi l’idée d’une « cuisine italienne » conforme à l’imaginaire contemporain, avec pizza, pasta, risotti, tiramisù et espresso. Pourtant, cette unité gastronomique est une construction récente.

En 1881, lorsque Carlo Collodi publie Les Aventures de Pinocchio, l’Italie politique vient à peine de s’unifier et son identité culinaire n’existe pas encore. Le repas de l’Osteria del Gambero Rosso en témoigne : truite à l’huile, sardines en carpione, poulet « à la manière du pays », raisins secs et noix. Rien qui évoque la cuisine italienne d’aujourd’hui, mais un reflet fidèle de traditions locales profondément enracinées dans leurs terroirs — poissons d’eau douce alpins, marinades piémontaises, volailles rustiques, desserts de fruits secs.

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La même année que Collodi, Giovanni Verga publie I Malavoglia, récit d’une famille de pêcheurs siciliens. Là encore, la nourriture est un révélateur social plutôt qu’un marqueur identitaire. Poissons séchés au vinaigre, pain noir dur, légumes bouillis, soupes épaisses d’herbes sauvages, pâtes grossières réservées aux occasions : rien n’annonce les icônes gastronomiques qu’un siècle plus tard l’Italie offrira au monde. Le XXᵉsiècle aura été celui où l’humanité atteindra le sommet de sa capacité de production, y compris dans l’art d’inventer ses propres traditions.

Plongée (hispanique) en eaux troubles : vertigineux

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Los tigres, le nouveau film du cinéaste espagnol Alberto Rodriguez, réussit à mélanger deux genres, à la fois un « film social » sur le milieu des plongeurs professionnels et un thriller non dépourvu de réflexions sur les rapports familiaux et le vieillissement. En salles, le 31 décembre.


Au début, on est un peu noyé : mais à quoi s’activent donc ces scaphandriers ? Et puis, de minute en minute, l’intrigue s’éclaire – et s’étoffe. « El gordo » (le gros), patron ventru et sémillant (Joaquin Nunez) protège et galvanise sa petite équipe de plongeurs qui, depuis son rafiot, descendent en eaux profondes pour assurer de menues réparations sur les câbles sous-marins ou sur la coque des pétroliers qui relâchent en rade d’un port espagnol riverain d’une énorme installation pétrochimique. Sur ce secteur de la maintenance, la concurrence étrangère se fait rude. Antonio (Antonio de la Torre), dit « El Tigre », a de la bouteille : il est le vétéran barbu de ces travailleurs risque-tout qui, tout comme lui, peinent à joindre les deux bouts. 

Après tant d’années en apnée, la santé d’Antonio commence à donner des signes d’inquiétude. D’autant que Cinta, sa femme, dont il est séparé – petit rôle antipathique assumé par Silvia Acesta – n’arrange pas la situation :  intraitable, sous la menace d’un juge s’il ne lui paye pas la pension qu’elle exige de lui, ce dragon-femelle le prive de son droit de visite auprès des deux gosses qu’ils ont eus ensemble. Au bout du rouleau, Antonio s’accroche, soutenu par sa petite sœur Estrella (Barbara Lennie), également plongeuse, avec qui il partage gîte et couvert. 

Or, voilà que, dissimulées dans les cales d’un pétrolier qui accoste ici toutes les trois semaines avec une régularité métronomique, il a par hasard identifié des cargaisons de « poudre ». Dans la cervelle de ce « Tigre » bien fatigué et de l’imaginative Estrella, sa sœur en meilleure forme que lui, germe une idée : profiter d’une plongée pour percer discrètement les colis, aspirer sous vide dans chacun d’entre eux une quantité négligeable de drogue, trop peu pour que le vol soit repérable par les trafiquants, et la revendre sur le marché local, où Estrella possède les bons contacts. Comme on s’en doute, les choses ne tarderont pas à se compliquer… 

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Alberto Rodriguez témoigne d’un talent irréprochable dans une combinaison habilement dosée : d’un côté de la balance,  un « film social » sur la condition précaire de ces « petites mains » qui, invisibles autant qu’indispensables, font tourner la puissante machine industrielle à leurs risques et périls ; de l’autre, la restitution quasi documentaire de ces « interventions » dangereuses en milieu aquatique ( tournage probablement coriace, d’autant que la prise de vue prend manifestement grand soin d’éviter le double écueil, et de la joliesse paysagiste, et du spectaculaire hollywoodien) ; et enfin, sous l’alibi du thriller (au suspense haletant parfaitement maîtrisé), un regard sensible porté sur le rapport à la famille et aux siens, au vieillissement, à la mémoire de l’enfance, au pressentiment de l’avenir… D’un bout à l’autre, Los Tigres est sous tension. 

Il est vrai qu’Alberto Rodriguez n’est pas né de la dernière pluie. Très attendu, Los Tigres appareille dans le sillage ouvert par Groupe d’élite (2012), La Isla minima (2014), L’homme aux mille visages (2016)… Votre serviteur vous invite toutes affaires cessantes à visionner sur Arte TV, en accès libre actuellement, un film plus ancien du cinéaste, Les 7 vierges (2004) : portrait acide, cru et tendre à la fois de la délinquance juvénile à la sauce espagnole. Le moins qu’on puisse en dire, c’est que le tableau, en 2025, n’a pas pris une ride. D’un vérisme sauvage, le film est aussi captivant, aussi novateur que purent l’être en leur temps quelques perles du néo-réalisme italien. 

A noter également qu’Alberto Rodriguez vient de réaliser cette année, sous forme de mini-série, l’adaptation éponyme du roman-essai de l’écrivain espagnol Javier Cercas paru en 2009, Anatomia de un instante : celle-ci revient sur la tentative de coup d’État perpétrée à Madrid, le 23 février 1981, par des officiers nostalgiques de Franco. Putsch que fit avorter, comme l’on sait, la détermination du roi Juan Carlos 1er.  Sachez enfin qu’on reverra bientôt sur grand écran Barbara Lennie, comédienne très convaincante : ce sera dans le prochain Almodovar, Amarga navidad – sortie prévue en 2026.            

Los Tigres. Film d’Alberto Rodriguez. Avec Antonio de La Torre, Barbara Lennie, Joaquim Nunez… 

Espagne, couleur, 2025. Durée : 1h49

En salles le 31 décembre 2025

Juif, avec un F majuscule

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Denis OLIVIENNES. Présentation de Alliance Gravity, Paris, France, le 4 Juillet 2017. Photo de Nicolas Messyasz//NICOLASMESSYASZ_2017_07_04b_249a/Credit:NICOLAS MESSYASZ/SIPA/1707041500

Dans son Dictionnaire amoureux des juifs de France, Denis Olivennes retrace deux mille ans d’une histoire extraordinaire, ou comment les enfants d’Israël se sont retrouvés chez eux sous le ciel gaulois. Il salue la bienveillance de grands auteurs à leur égard et le rôle crucial des Lumières qui ont fait rimer émancipation et assimilation.


Causeur. Dans votre Dictionnaire amoureux des juifs de France, vous montrez la richesse des apports juifs à la culture française, dont on ne saurait nier ce qu’elle doit aussi au christianisme. Certains disent que notre pays a été façonné par une matrice judéo-chrétienne. Reprenez-vous ce terme à votre compte ? Ne passe-t-il pas sous silence la divergence théologique radicale ?

Denis Olivennes. Oui, j’ai essayé de raconter deux mille ans de cette histoire extraordinaire qui réunit les juifs et la France, et qui est je crois sans exemple, en particulier depuis la Révolution et l’émancipation. Judéo-chrétien me paraît cependant réducteur, même si le christianisme vient du judaïsme et si désormais, depuis Vatican II, il s’inscrit dans cette filiation. Parler des racines judéo-chrétiennes, c’est oublier, d’une part, l’apport d’Athènes et de Rome, d’autre part, la dynamique propre des Lumières. Et puis c’est oublier aussi la différence fondamentale entre le judaïsme qui est organisé par la Loi et le christianisme qui l’est par la Foi.

Vous insistez sur les écrits empreints de grande bienveillance envers les juifs que l’on retrouve chez de grands auteurs français chrétiens comme Abélard, Pascal, Péguy ou Chateaubriand. La France est-elle le lieu privilégié du dialogue judéo-chrétien ?

Les chrétiens ont eu à l’égard des juifs un rapport ambivalent. D’un côté, ils vouaient aux gémonies le peuple déicide, aveugle à la vraie foi. De l’autre, ils inscrivaient les juifs dans l’histoire du Salut comme peuple témoin de la vérité du Christ, dont la conversion signerait la fin des temps. Et ils leur accordaient pour cela leur protection. Mais au-delà, oui, il y a eu de grands Français, admirables, issus du christianisme, qui ont fait montre à l’égard des juifs d’une aménité, d’une amitié, d’une fraternité, souvent extraordinaires. Je leur consacre plusieurs notices à proportion de mon admiration pour eux, à commencer par Péguy.

Aujourd’hui, cette notion de judéo-christianisme est récusée par certains qui voient dans cette alliance une arme contre l’islam, et brandie par d’autres pour les mêmes raisons. Mais en dehors de toute polémique, n’y a-t-il pas une parenté culturelle et même anthropologique entre les deux monothéismes bibliques qui ont été le fond de sauce de l’Occident tandis que l’islam, arrivé tardivement, lui, reste culturellement hétérogène ?

La différence vient surtout, me semble-t-il, dans l’un et l’autre cas, de ce que et les chrétiens et les juifs, au prix parfois de moments douloureux comme la séparation de l’Église et de l’État, ont « rendu à César ce qui appartient à César », autrement dit de ce qu’ils ont reconnu la supériorité de la loi nationale sur la particularité de leurs prescriptions religieuses. Cette adaptabilité est très certainement liée au caractère non littéraliste de leur pratique religieuse. Quoique sacré, le texte s’interprète. Je raconte cela pour les juifs : l’émancipation de 1791 et la maxime de Clermont-Tonnerre – « Il faut tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus » ; le Grand Sanhédrin convoqué par Napoléon et l’abandon par les juifs d’un certain nombre de leurs règles. Ce chemin reste à parcourir pour une partie des musulmans en France.

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Estimez-vous cependant que l’islam radical, qui contamine une grande partie de l’islam européen et français, doit être combattu ? Et la mobilisation de notre héritage judéo-chrétien est-elle la bonne arme ?

Bien sûr, il doit être combattu dès lors qu’il est orthogonal aux lois de la République et à ses mœurs – je pense à l’égalité hommes-femmes, aux droits des homosexuels, à la prééminence de la science… Et surtout dès lors qu’il nourrit un projet politique, qu’il veut imposer ses règles propres à la Cité de tous. Mais c’est moins avec notre héritage religieux qu’avec l’esprit de la République, la défense des droits et libertés, la promotion de la laïcité, que nous pouvons combattre cela. En prenant bien soin de ne discriminer personne, de ne stigmatiser personne, de distinguer la critique de la religion de celle des croyants, de protéger le droit de chacun à pratiquer sa religion. Pour moi, les musulmans doivent suivre le chemin d’assimilation emprunté par les juifs.

Nous ne sommes pas rendus… Avez-vous été touché, en tant qu’ami d’Israël, par le soutien de nombreux chrétiens après le 7-Octobre ?

Profondément touché. Cela m’a rappelé que Péguy, qui est au cœur de mon Dictionnaire, n’est pas mort. La manière dont les chrétiens se sont guéris de leur antijudaïsme et considèrent désormais les juifs comme leurs « frères aînés », pour reprendre les termes de Jean Paul II, est magnifique. C’est une immense source d’espérance.

L’antisémitisme décomplexé est aujourd’hui à gauche. Mais avant d’être « déshonoré par Hitler », il était très porté à droite ainsi que dans les rangs catholiques. Avez-vous peur qu’il ressurgisse dans les milieux conservateurs ?

Franchement, aujourd’hui le sujet est à gauche. Certes les électeurs d’extrême droite sont 35 %, contre 25 % en moyenne pour la population, à avoir des préjugés antisémites, mais ils n’acceptent pas la violence antijuive. C’est très important. Les électeurs d’extrême gauche eux, sont 30 % à accepter ou à souhaiter cette violence envers les juifs, contre 10 % des Français. Et ce retournement est spectaculaire : la gauche démocratique est née de son abandon de l’antisémitisme avec l’affaire Dreyfus. En y retournant, elle rompt avec la République. Nous vivons un moment étrange : Marine Le Pen renonce à l’antisémitisme et à l’antisionisme et Jean-Luc Mélenchon les adopte. Sinistre chassé-croisé.

Vous ne croyez pas en Dieu. Mais dès lors, que signifie être juif ?

La fidélité à ma famille et notamment à la mémoire de la Shoah. Le combat sans concession contre l’antisémitisme : je ne baisse certainement pas la tête. L’adhésion philosophique à la conception éthique que fait Levinas de l’homme, qui est d’abord responsabilité pour autrui et dont il dit qu’elle est l’essence du judaïsme. L’attachement à l’existence de l’État d’Israël, même si je critique vertement son gouvernement. Mais une fois tout cela dit, je suis juif certes, mais comme Marc Bloch je suis « avant tout et très simplement Français »

Dictionnaire amoureux des juifs de France, Denis Olivennes, Plon, 2025.

Dictionnaire amoureux des Juifs de France

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