Accueil Site Page 213

Nogent: la piste du crime gratuit ?

Contrairement à d’autres commentateurs, Elisabeth Lévy refuse d’accabler le gouvernement après le meurtre au couteau dramatique de la surveillante du collège de Haute-Marne. Nous vous proposons d’écouter sa chronique radio. Devant les enquêteurs, l’adolescent meurtrier n’exprime ni regrets ni compassion.


Plus on en sait sur le meurtrier de Mélanie, moins on comprend son acte. C’est d’autant plus inquiétant et vertigineux. Sous réserve des informations qui viendront peut-être infirmer les hypothèses actuelles, à l’écoute de l’avocat de ce garçon, ou du procureur, cela ressemble de plus en plus à un meurtre sans pourquoi. Ce qui se rapproche le plus d’un crime gratuit.

Derrière les apparences…

  • Il n’y avait apparemment aucun contentieux entre la victime et le tueur. Visiblement, il n’aurait pas supporté d’être recadré quelques jours plus tôt, pour une histoire d’embrassade dans le collège ;
  • Il n’y a pas d’explication sociologique ou culturelle : le père de Quentin n’est pas alcoolique, il n’a pas été élevé dans la haine de la France, ni dans une famille déstructurée ;
  • Quentin n’était pas scolarisé dans un collège violent, et n’habitait pas non plus dans un quartier prioritaire de la politique de la ville. Et le drame s’est produit en présence des gendarmes, donc on ne peut pas non plus mettre en cause le laxisme de l’Éducation nationale ;
  • Enfin, Quentin était inconnu des services de police, donc il n’y a pas de défaillance de la justice non plus.

A lire aussi, Ivan Rioufol: Déconstruction, le jour d’après

Certes, il a été exclu deux fois pour violences.
Il est facile de dire aujourd’hui qu’on aurait dû détecter un risque plus grave. Mais il n’y a pas de science exacte pour anticiper les passages à l’acte. Et on ne peut pas psychiatriser l’ensemble de la jeunesse. Résultat, et c’est le plus déconcertant : nous n’avons pas de coupable à accabler. On ne peut pas accuser l’État, le gouvernement ou je-ne-sais quel ministre.

Si ce n’est la faute de personne, peut-on parler de fait divers ?

Non, pas complètement. Car la récurrence de ces violences inexpliquées en fait un phénomène de société. Le nombre d’adolescents poursuivis pour assassinat, meurtre, coups mortels ou violence aggravée a doublé depuis 2017, passant de 1207 à 2095 en 2023. Cette violence gratuite et totalement disproportionnée par rapport à l’enjeu de départ devient banale. Un couteau peut sortir pour une casquette volée, une cigarette refusée ou une fille convoitée.
Il n’y a pas de responsabilité politique, mais peut-être une responsabilité collective. Chaque parent éduque ses enfants, mais c’est la société tout entière qui fabrique un état d’esprit, peut-être une anthropologie.

Éloignons-nous du cas de Quentin…

L’école ne valorise pas l’effort, déteste la verticalité et la hiérarchie. L’air du temps encourage la plainte et la victimisation. On apprend tout sur les droits, rien sur les devoirs. Si les jeunes ont des mentalités de créanciers à qui tout est dû, c’est peut-être aussi parce que cet état d’esprit s’est répandu chez leurs parents.

A lire aussi: Laure Murat: la défense des œuvres contre les ravages du «wokisme»

Qui s’interroge aujourd’hui dans la société sur ses responsabilités dans ce qui lui arrive ? C’est toujours la faute des autres.
À force de sacraliser le ressenti, la spontanéité, on fabrique des générations sans Surmoi, des jeunes hommes qui ne s’empêchent pas. Comme le disait Zemmour, il ne s’agit plus de se demander quel monde nous laisserons à nos enfants, mais quels enfants nous laisserons à ce monde.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

Un grand ministre doit-il être contre ?

Gérald Darmanin s’impose à la tête d’un chantier au cœur du débat public: une grande réforme radicale de la justice. En lançant ce 12 juin une vaste consultation préalable au projet de loi prévu en septembre — suppression du sursis, peines minimales, catégorisation des détenus, plaider-coupable criminel —, il défie l’inertie du corps judiciaire tout en surfant sur l’exaspération citoyenne née des violences post-PSG.


On ne cesse de dénoncer la médiocrité de la classe politique et je suis persuadé que cette hostilité globale et compulsive n’est pas sans incidence sur la dégradation de la démocratie, en mêlant de manière systématique les ombres et les lumières.
Je songe cependant au sentiment majoritaire qui regrette que nous ne soyons plus gouvernés par des ministres à la compétence et à l’aura indiscutables. Par ce qu’on pourrait appeler communément de grands ministres.

Où sont passés les grands ministres ?

Je n’ai jamais accepté cette aberration surgie de la tête du couple présidentiel, qui a consisté à choisir un garde des Sceaux absolument hostile à l’univers professionnel dont il allait avoir la charge. Je continue à ne pas comprendre, même si le sujet n’est plus d’actualité puisque Éric Dupond-Moretti envisage de redevenir avocat – alors qu’il l’avait exclu quand il était ministre. Il était insensé pourtant d’imaginer une concorde entre la magistrature et celui qui, au barreau, l’avait pourfendue avec une dérision blessante.
Cette absurdité de promouvoir une personnalité aux antipodes de l’élémentaire empathie qu’il convient d’éprouver pour le monde au service duquel on devra agir, n’est pas contradictoire avec le constat dont l’histoire politique démontre assez souvent la validité. Le ministre exemplaire est aussi celui qui va savoir être « contre », dans ses projets comme dans ses entreprises.

Gouverner contre les habitudes

Pas tout le temps naturellement, mais lors de ces moments capitaux où, pour fuir une gestion tiède et sans risque, il conçoit un futur qui, parce qu’il est intelligemment transgressif, va le mettre au moins partiellement en opposition avec la majorité conservatrice de ses troupes. Non pas forcément dans sa seule définition politique mais en raison de cette pente qui souhaite, tout en réclamant du changement, que surtout il n’ait pas lieu. On aime bien les ministres qui évoquent des avancées mais ne mettent pas tout leur acharnement à les concrétiser.
Gabriel Attal, par exemple, était parti pour être, dans ce registre de l’opposition, un grand ministre de l’Éducation nationale. Mais trop rapidement nommé Premier ministre !

À lire aussi, Philippe Bilger : Non, le climat n’est pas « malsain » à CNews !

Récemment, on a évoqué, comme si c’était une catastrophe, le début d’hostilité entre le ministre de la Justice Gérald Darmanin et les magistrats à cause des annonces du premier qui a l’intention de faire approuver quelques mesures essentielles et novatrices relevant à la fois du bon sens et d’une efficacité tirant les leçons des dysfonctionnements passés.

Darmanin, l’offensive judiciaire

Largement approuvées par les citoyens, elles sont accueillies avec méfiance par le corps judiciaire. Il est fondamental non seulement de ne pas s’en étonner mais de soutenir Gérald Darmanin dans sa résolution d’imposer ce qu’il estime nécessaire à une meilleure administration de la Justice. Il est évident que l’arbitrage à effectuer appelle une conclusion sans équivoque. Plutôt le service du peuple que l’adhésion à la cause corporatiste.
Il ne faut pas se leurrer. Jamais on ne pourra mettre en œuvre, dans quelque ministère que ce soit, la politique de rupture justifiée par son état présent en obtenant facilement l’assentiment de ceux qui auront la mission de la réaliser. Il y a toujours, pour un ministre qui a l’ambition d’avoir une action remarquable, un passage obligé vers une forme d’autorité pour le meilleur, de résistance à l’égard des pesanteurs et des habitudes reposantes et d’entêtement pour aboutir contre vents et marées. Ce processus n’a de sens que si la personnalité publique est assurée du soutien des citoyens.
On comprendra donc qu’entre les nominations aberrantes de ministres et l’immobilisme de certains, il y a un espace.
Sur le plan régalien, Gérald Darmanin et Bruno Retailleau l’occupent heureusement aujourd’hui.

Nicolas Bedos ou l’ange déchu du Vieux Monde

Le néoféminisme et le wokisme, loin d’être des avancées, sont une sorte de résurgence de la foi — mais sans transcendance, sans pardon, sans salut… Bienvenue dans l’ère ennuyeuse et glaciale du « consentement normé » !


Il est des condamnations plus définitives que celles prononcées dans les prétoires. L’homme moderne, surtout s’il est célèbre, tombe moins par le glaive de la justice que par le venin de la morale sociale, diffusé en continu par des armées sans visage mais non sans dogme. Nicolas Bedos a été condamné : non pas tant pour des gestes que l’on qualifierait, dans un monde encore sensé, d’indélicats ou de déplacés, mais parce qu’il est devenu, aux yeux du nouveau clergé, l’archétype de ce que l’époque cherche à rayer de sa mémoire : le mâle blanc occidental, trop libre, trop brillant, trop sûr de son charme.

Terrain miné

Ce qui fut jadis le terreau ambigu de la séduction est désormais un terrain miné, quadrillé par la police des corps et des mots. Le simple fait d’adresser la parole, de regarder, de toucher même légèrement, devient matière à procédure. L’amour, ou ce qu’il en reste, a été soumis à une régulation maniaque, comme si toute initiative devait être encadrée par un code pénal. Nous ne nous aimons plus, nous nous auditons. Le désir, ce feu dont naissait la littérature, la musique, la guerre parfois, se voit réduit à une simple variable juridique.

Mais sous cette obsession du consentement normé, sous cette volonté de transparence absolue des rapports, se cache une autre vérité : la régression religieuse du monde occidental. Le wokisme, loin d’être une avancée de la conscience, est une résurgence de la foi — mais sans transcendance, sans pardon, sans salut. Un puritanisme sans Dieu, où les fidèles sont appelés à dénoncer les impurs, à s’auto-flageller, à montrer patte blanche, à chaque instant. Les réseaux sociaux sont devenus les nouvelles sacristies. On y confesse, on y excommunie, on y lapide, avec une ferveur qui n’a rien à envier aux pires inquisitions.

Abdication de l’homme occidental

Ce qui frappe, c’est la manière dont cette religion séculière s’est imposée, non par la force, mais par la honte. L’homme occidental s’est convaincu de sa faute originelle — coloniale, patriarcale, culturelle — et, en bon chrétien sans Évangile, il cherche à se racheter. Il abdique, il s’efface, il renonce à lui-même. Il rêve de devenir une figure neutre, transparente, inoffensive. Il devient un eunuque moral, un spectre docile dans une société qui prétend n’avoir plus besoin de lui.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Rendez-nous Nicolas Bedos !

Et pourtant, jamais la solitude n’a été aussi criante. L’hyperconnexion masque mal le désert. Les hommes n’osent plus aimer ; les femmes ne savent plus être aimées autrement que comme des vestales. Le couple s’effondre sous le poids de la suspicion mutuelle. Le flirt est une prise de risque. L’attirance, un procès en germe. Chacun se replie, s’isole, se dépolitise par peur de heurter. On vit à distance, protégés par des écrans, des codes, des lois. Et dans cet isolement affectif organisé, c’est toute une civilisation qui se meurt — non dans la violence, mais dans la stérilité.

Haine de soi

L’amour, naguère moteur du monde, n’est plus qu’un champ de ruines, cerné de jurisprudences et de tweets indignés. À force de vouloir prévenir tout abus, nous avons tué tout élan. L’homme, dévirilisé, surveillé, culpabilisé, ne tente plus rien. Et dans cette vacance, d’autres s’engouffrent, porteurs d’une vitalité brute, parfois brutale, mais assumée. Ce n’est pas un remplacement : c’est une substitution active de la pulsion de vie. Et c’est cela, précisément, que notre époque ne veut pas voir : ce n’est pas la justice qui progresse, c’est la libido occidentale qui s’éteint.

L’affaire Bedos n’est pas une péripétie médiatique de plus. C’est un symptôme. Le symptôme d’un monde occidental qui, rongé par la haine de soi, a remplacé la civilisation par le règlement, la littérature par l’indignation, la séduction par la contrainte. Un monde qui préfère détruire ses créateurs plutôt que d’assumer leur complexité. Un monde qui ne croit plus en l’homme, mais en sa correction.

Dans ce monde-là, il n’y aura plus d’art, plus d’amour, plus de tragédie, donc plus de beauté. Il n’y aura que des comportements licites, des existences sans aspérité, des fantômes certifiés inoffensifs.

Et c’est peut-être cela, la vraie condamnation de Nicolas Bedos : non pas la prison, non pas le bracelet, mais d’avoir incarné, jusqu’au bout, une liberté que notre époque veut abolir.

La soif de honte

Price: ---

0 used & new available from

Partenariat stratégique UE-Asie centrale: quand la Commission européenne ignore la leçon du Mercosur…

Le partenariat entre l’Union européenne et les pays d’Asie centrale, présenté comme un accord économique, constitue en réalité une nouvelle menace potentielle pour notre agriculture, en ouvrant la voie à une concurrence déloyale.


Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizistan, Tadjikistan, Turkménistan… Ces cinq noms au suffixe commun – « stan », qui signifie « pays » – ont quelque chose d’exotique. Les pays qu’ils désignent nous semblent bien lointains. Et pourtant, ils ne se trouvent qu’à quelques heures d’avion de la France. Et ce qui s’y passe pourrait bien, un jour, influer sur notre destin. Et notamment, celui de nos agriculteurs. Comme s’ils avaient besoin de cette menace supplémentaire…

En effet, il y a quelques semaines, l’Union européenne y a scellé avec les pays d’Asie centrale un partenariat stratégique. Présenté comme un simple accord de coopération économique et politique, il s’agit en réalité d’un jalon de plus dans le processus d’ouverture commerciale aux quatre vents que la Commission de Bruxelles poursuit en roue libre, malgré la nette opposition des peuples européens. Certes, les matières premières agricoles ne sont pas, à ce stade, incluses dans cet accord – mais qui peut garantir qu’il en sera toujours ainsi ?

A lire aussi: Sertraline: une seule molécule vous manque, et le monde est dépeuplé

Chat échaudé craint l’eau froide… L’accord UE-Mercosur nous a servi de leçon. Au départ, certains produits agricoles sensibles, tels que la viande bovine et l’éthanol, en étaient exclus. Puis les « négociateurs » les ont réintroduits, à la faveur de négociations opaques. Cette méthode des « petits pas », vantée par Jean Monnet, repose sur cette ambiguïté : les textes initiaux semblent inoffensifs, mais ils portent en germe des évolutions désastreuses.

Or, ce partenariat, qui n’a pas fait grand bruit (à dessein ?), est tout sauf anodin : les pays d’Asie centrale, soutenus par des investissements internationaux, sont des puissances agricoles émergentes. En 2024, le Kazakhstan a produit 25,2 millions de tonnes de céréales (dont 18 millions de tonnes de blé, en hausse de 49 % par rapport à l’année précédente), l’Ouzbékistan 8,4 millions de tonnes de blé, 11,6 millions de tonnes de légumes et 3,6 millions de tonnes de pommes de terre. Les exportations agricoles ouzbèkes dépassent les 2 millions de tonnes, pour 1,5 milliard de dollars. S’agissant des produits d’élevage, les chiffres sont tout aussi impressionnants – et inquiétants : en janvier 2023, la production de viande (abattage ou vente pour abattage) au Kazakhstan a augmenté de 4,8 % par rapport à l’année précédente, tandis que la production de lait a augmenté de 3 %. Au Tadjikistan, depuis 2009, le cheptel bovin a augmenté de 35 % et celui des petits ruminants de 44 %. Évidemment, ce surplus de production n’est pas absorbé par la consommation intérieure ; il est destiné à l’exportation.

Ce dynamisme pourrait donc rapidement se transformer en concurrence directe pour les filières européennes, notamment dans les secteurs des céréales, des fruits et des légumes. Les producteurs européens, astreints à des normes environnementales et sanitaires strictes, ne peuvent rivaliser avec des systèmes de production à faible coût, soumis à peu de contraintes réglementaires. Les agriculteurs de ma circonscription ne cessent de me le répéter : « Nous jouons sur le même terrain que les autres mais l’arbitre ne surveille que nous ! »

A lire aussi, Thomas Montagne: Les fruits amers du «Pacte vert européen»

En tant que député, je refuse de considérer ces accords comme des fatalités techniques. Si elle ne peut peser sur la négociation et la signature de ce type de partenariats, conclus au niveau européen, l’Assemblée nationale peut — et doit — jouer son rôle de contre-pouvoir. Le gouvernement doit rendre des comptes sur la position qui a été la sienne à propos de cet accord : l’exclusion formelle des matières premières agricoles des futurs élargissements de l’accord a-t-elle été posée comme ligne rouge ? à défaut, des garanties fermes (clauses miroirs, clauses de sauvegarde) ont-elles été exigées pour les prochaines phases de mise en œuvre ? une évaluation systématique des risques pour chaque filière concernée a-t-elle été menée ?

À court terme, les Français doivent savoir. Et à moyen et long terme, ils doivent décider. Décider, en toute connaissance de cause, démocratiquement, de ce qu’il doit advenir du modèle agricole français. Au Rassemblement national, la politique que nous proposons est claire : exclure l’agriculture du champ des traités de libre-échange. Car, pour reprendre les mots de Marine Le Pen, « les produits agricoles ne sont pas des biens comme les autres : ils sont liés à la santé humaine et sont un élément essentiel de la souveraineté. »

À Bruxelles, des militants propalestiniens reconstituent les massacres du 7-Octobre en toute impunité

Dans la capitale belge minée par le communautarisme, l’infâme n’a plus de limites.


En fin de semaine dernière, des militants pro-palestiniens, ou devrais-je écrire pro-Hamas, ont reproduit de façon scénarisée le pogrom du 7-Octobre dans les rues de Bruxelles à l’occasion d’un « Festival de la Résistance ». Dans une vidéo qui circule sur les réseaux sociaux, à défaut d’être largement diffusée et commentée dans les médias traditionnels, sans doute complices, on peut voir de jeunes hommes, visages masqués par des keffiehs et fausses armes à la main, s’ambiancer sur les corps d’hommes au sol que l’on devine être des victimes israéliennes. En fond sonore : « From the river to the sea ». Accroché sous une tonnelle : le drapeau palestinien.

Toujours, on pense que l’infâme a atteint ses limites, et toujours il les repousse, cherche de nouveaux horizons et teste nos limites. Mais les défenses sont faibles lorsqu’au pouvoir, les islamo-gauchistes laissent faire. Ainsi en est-il du bourgmestre socialiste de la commune bruxelloise de Saint-Gilles où a eu lieu le simulacre de massacre sur la Place de… Bethléem. Jean Spinette s’est dit « indigné » à la vue des images, tel l’homme qui pleure les conséquences des faits dont il chérit les causes, c’est-à-dire l’immigration massive – d’où sont issus nombre de ses électeurs -, l’islamisation galopante et le laxisme. Le maïeur avait prévenu les organisateurs qu’il ne voulait pas de références au Hamas ou au Hezbollah et a cru que les fedayins du coin allaient l’écouter.

A lire aussi: Causeur #135: A-t-on le droit de défendre Israël?

Les organisateurs, parlons-en. Selon l’ambassadrice d’Israël en Belgique, Idit Rosenzweig-Abu, il s’agit de l’organisation Samidoun, groupe luttant officiellement pour la « liberté du peuple palestinien », mais qui sert en réalité de puissant relai aux idées nauséabondes du Hamas, sans que personne ne songe réellement à en interdire les activités.  

La même semaine, dimanche, une manifestation, semblable à celle tenue sur la Place de la République en France, a eu lieu à la Bourse de Bruxelles. Sur place, entre appels au boycott d’Israël, dénonciation d’un prétendu génocide et insultes envers l’Etat hébreu, on a pu entendre des incitations à mener une intifada. Au moment de la dispersion, des échauffourées ont éclaté. Moi-même, revenant d’un meeting politique en France, je me trouvai, veste de costume sur le dos et valise à la main, face à des hordes de fanatiques se dirigeant vers le Parlement européen. Pris dans les effluves de gaz lacrymogènes, je compris ce qui venait de se passer. Sans la vidéo prise par un citoyen et relayée sur X, je n’aurais pas eu davantage d’informations, car les médias sont restés bouche cousue. 

Plus le temps passe, plus une évidence s’impose : les Palestiniens ont bien un Etat ; ils en ont même plusieurs ; il s’agit des capitales européennes, au premier rang desquelles figure Bruxelles, la nouvelle bande de Gaza.   

« Mission impossible, The Final Reckoning » : Ne boudons pas notre plaisir !

Nous savions notre chroniqueur grand fan des exploits de Tom Cruise, qui le détendent manifestement après tant d’années passées à pleurer sur l’Ecole. Mais là, en trouvant un aspect métaphysique au dernier opus de la « franchise », comme on dit dans l’industrie cinématographique, n’envoie-t-il pas le bouchon un peu loin ?


Ça virevolte dans tous les sens, y compris au sens propre. Ethan Hunt / Tom Cruise va, court, vole et nous venge du méchant complot fomenté par Gabriel, un Méchant majuscule qui prétend s’inféoder l’Entité, une Intelligence Artificielle majuscule capable de phagocyter tous les sites nucléaires de la planète et de déclencher un tir croisé de missiles qui anéantira la Terre — rien que ça.

Il lui faut donc récupérer, par 150 m de fond, un boitier secret, à bord d’un sous-marin russe coulé quelques temps auparavant, le connecter à un élément externe et y insérer un poison concocté par Luther, lui-même en phase terminale, mais bon, on ne recule devant rien pour sauver les amis et les inconnus : il est quand même question de sacrifier 7 milliards d’individus, rien que ça. L’Apocalypse est au bout de la Quête — ou la Rédemption de l’humanité tout entière.

À lire aussi, Julien San Frax : Tom a rempilé: la dernière?

C’est très rusé : le film est fort long, mais chaque séquence joue sur des unités de temps brévissimes, quelques minutes, quelques secondes — et « 100 milli-secondes » pour finir. C’est la clé même du suspense : tout se joue dans une temporalité ramassée, où les événements doivent se succéder selon un rythme précis, et l’intervention du héros se calcule en fractions infinitésimales.

On l’aura compris : le scénario, juste assez embrouillé pour qu’on ne prenne pas la peine de s’y intéresser dans le détail, est le véhicule d’une ambition filmique métaphysique dont chaque détail peut évoquer, dans la conscience imbibée de bière et de Bible des Américains, maint passage des Ecritures.

La lutte d’Ethan et de l’Entité, c’est celle du Christ et du Démon. L’assimilation de Tom Cruise au Sauveur est patente : comme le Christ, il meurt et ressuscite, comme lui il grimpe au plus haut des cieux — au sens propre : la séquence aéronautique, outre le fait qu’elle est bluffante (et accessoirement qu’elle est un clip publicitaire géant pour Pataugas), amène le héros à défier les lois de la gravité et à se porter victorieux au plus haut des cieux, alléluia.

Et l’humanité sera sauvée de la fin du monde par le porte-parole mondial de la Scientologie.

On comprend que des sectes para-chrétiennes s’implantent avec facilité aux Etats-Unis. Elles tombent dans un terroir riche en références religieuses, et toute proposition nouvelle n’a qu’à s’appuyer sur les métaphores bibliques qui traversent là-bas la conscience de Monsieur Tout-le-Monde.

Rappelez-vous un excellent western de et avec Clint Eatswood, intitulé Pale Rider. Pour saisir le titre — et l’essentiel du film — il faut se rappeler que ce « cheval pâle » est, dans l’Apocalypse de saint Jean, celui que monte la Mort. Ou ce joli dessin animé, Le Petit Dinosaure, dont l’intrigue entière est empruntée à la sortie des Juifs d’Egypte…

Si ! Allez-y voir si vous doutez, Le T. Rex — Rex comme Pharaon — qui poursuit le petit héros (orphelin comme Moïse), est englouti dans un flot de lave — autrement dit une Mer rouge… — et tout s’achève dans une vallée fleurie, c’est-à-dire une Terre promise.

Même souci ici de rappeler inconsciemment aux spectateurs le texte (ou le sous-texte) de tel sermon ingurgité à l’office du dimanche. Et de le diriger, in fine, vers la secte créée par Ron Hubbard.

De surcroît, que le Malin soit une Entité électronique n’est pas innocent : le discours actuel sur l’IA tend à représenter un outil (fort imparfait au demeurant) comme le recours suprême, autrement dit une forme avancée, voire ultime, de la Divinité. Le vrai croyant (et le vrai incroyant, quelqu’un dans mon genre) ne se laisse pas séduire par ce discours corrupteur… Vade retro, Intelligentia Artificialis !

Pour faire passer son message publicitaire, Cruise, qui est co-producteur du film, a englouti quelques centaines de millions de dollars dans l’entreprise : rappelons que contrairement à tous les autres membres de la Scientologie, il est dispensé de payer son obole à l’organisation, dans la mesure où il est le porte-parole mondial du Culte. Les divers opus successifs de Mission impossible sont autant de véhicules de propagande tendant vers ce final apocalyptique, au même titre que John Wayne jadis, après nous avoir expliqué comment l’Ouest fut conquis, a carrément mis les pieds dans le foutoir indochinois pour sauver la politique de Lyndon Johnson : voir Les Bérets verts, hymne de soutien à la guerre du Vietnam, sorti en 1968. Dix ans plus tard, Le Merdier, avec Burt Lancaster, l’un des plus grands films de guerre jamais réalisés, donnait un tout autre son de cloche. Et je passe sur Apocalypse now, Platoon, Voyage au bout de l’enfer ou Full Metal Jacket, qui tous prêchaient au fond pour l’autre camp.

Il y a une analyse idéologique profonde à faire de tous ces divertissements, qui, au sens propre, nous dispensent de penser à l’actualité, et surtout de penser avec nuance. Tout comme Molière, Racine ou Boileau chantaient la gloire du « plus grand roi du monde », Tom Cruise fait avec talent la propagande de la meilleure usine à ne plus penser que jamais la Foi ait engendrée — l’islam mis à part.

Macron en Don Quichotte

Pendant que notre bon président s’inquiète du devenir des épatantes navigatrices Rima Hassan et Greta Thunberg (et qui va payer pour leur rapatriement ?), M. Bayrou s’attaque à la « culture du couteau ». Allez, ne soyons pas trop sévères… Après tout, si ça continue comme ça, Rima Hassan sera bientôt nommée secrétaire d’État aux couteaux. Et elle s’y connaît très bien en lames… de fond médiatique.


Monsieur Macron ayant à peu près tout raté de ce qu’il a entrepris sur la terre ferme s’en va à présent gratifier les immensités et profondeurs océanes de son incurable impéritie. Tel Don Quichotte, il s’est trouvé de nouveaux moulins à vent à combattre cela à grand renfort moulinets d’une illusoire hallebarde en papier mâché. C’est qu’il se veut vigoureux, ce grand calamiteux ! On l’a vu intraitable pour exiger de l’État d’Israël qu’il « libère » sans délai la porte serpillière du Hamas Rima Hassan et la gorgone écolo reconvertie en militante islamisée Greta Thunberg. Gesticulation ridicule car on ne voit pas très bien Israël, non plus d’ailleurs qu’aucune autre nation de par le monde, chercher à s’encombrer durablement de ces oiseaux-là. Mais il se peut que M. Macron, à l’imagination politique si fertile, ait derrière la tête une de ses idées qui n’ont cessé de nous fasciner depuis huit ans qu’il est là où il se trouve : faire entrer ces fabuleuses personnalités dans son gouvernement. Il est vrai qu’elles n’y feraient pas vraiment tache, à considérer la fine équipe que nous subissons en ce moment.

(Futures) électrices de Jean-Luc Mélenchon réunies Place de la République à Paris pour réclamer le retour de Rima Hassan et de la « flotille de la liberté », 9 juin 2025. Stefano Lorusso/ZUMA/SIPA

Bayrou tient le coupable

Car si nous avons notre Don Quichotte, nous avons aussi notre Sancho Panza en la personne de notre si réjouissant Premier ministre. Il était hier soir l’invité de TF1, pour le 20 heures. Plutôt fatigué, l’invité, cherchant ses mots, manifestement accablé du surpoids d’un désastre national que, à l’image de son maître, il est parfaitement incapable non seulement d’endiguer mais même de diagnostiquer pour de bon.

A ne pas manquer: Causeur #135: A-t-on le droit de défendre Israël?

En fait, là je me montre quelque peu injuste, car notre Sancho Panza est venu dire à la télé, entendant probablement rassurer les populations atterrées, qu’il avait parfaitement identifié le coupable dans ces terrifiants assassinats à l’arme blanche commis par des gamins. Le coupable, braves gens, n’est autre que le couteau. Non pas la main qui le manie et en use pour tuer, mais le couteau. D’où les décisions assez pitoyables qu’il a cru bon d’annoncer. Mieux en contrôler l’accès à la vente sur internet, la possession et le transport, et patati et patata… Toutes mesures dont on connaît les éblouissants résultats obtenus en matière de drogue et d’armes à feu. Interdites elles aussi et pourtant à peu près omniprésentes sur le territoire, avec il est vrai des zones de prédilection. On sait lesquelles.

L’homme de Matignon a évoqué une « culture du couteau ». Soit.  Elle serait plutôt récente chez nous. Y aurait-il dans cette mode une part d’effet d’importation ? La question mérite d’être posée.

B.A BA de « vivre ensemble »

Chez nous, autrefois, la culture qu’on inculquait de gré ou de force – je dis bien de gré ou de force aux têtes blondes – relevait d’une morale, certes d’origine biblique et religieuse mais que le monde profane, laïque avait fait sienne, et qui tenait en une phrase. Quelques mots que les maîtres d’école avaient soin d’écrire sur le tableau noir chaque matin, lorsque la journée scolaire devait impérativement commencer par une leçon de morale : « Tu ne tueras pas. » Une interrogation : quand et où les gamins d’aujourd’hui ont-ils bien pu entendre cette injonction de simple bon sens ? L’entendre ne serait-ce qu’une seule fois ? Quand et où s’est-on fait un devoir de la leur fourrer dans le crâne ?

Et si nous commencions par-là, dès demain matin. Cela ne coûterait rien et dispenserait Madame la ministre de l’Éducation nationale de continuer à perdre un temps précieux à s’inventer elle aussi des moulins à combattre, démarche d’une parfaite inutilité et d’un cynisme stupéfiant en regard de la gravité de la situation.

« Tu ne tueras pas ». Le B.A BA de « vivre ensemble » comme ils disent. Cela aura été le fonds de notre culture commune durant des millénaires. Certes, il ne faudrait pas en attendre des miracles, mais ce serait au moins un premier pas. Et, en filigrane, la reconnaissance du fait incontournable que le coupable n’est pas l’outil, le couteau, mais bel et bien l’individu qui l’a en main.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

Price: ---

0 used & new available from

Meurtre d’une surveillante de collège: le réel humilie le pouvoir

0

L’exécutif, en profond décalage, apparait comme désemparé et sidéré face à la prolifération des couteaux dans les établissements scolaires.


– Selon les autorités, le meurtrier, Quentin G. était scolarisé en 3e dans l’établissement scolaire et inconnu de la police. Les motifs de son geste étaient inconnus au moment où nous rédigeons cette analyse. Ses deux parents travaillent, il ne présentait plus de difficultés particulières, et était même « ambassadeur harcèlement » après avoir pourtant fait l’objet de deux exclusions scolaires l’année passée pour des perturbations en classe.
– N’écartant pas hier la possibilité d’une question de santé mentale concernant ce drame, le ministre de l’Intérieur Retailleau a affirmé : « J’ai souvent dit qu’une société laxiste qui avait déconstruit tous les repères et tous les cadres communs avait engendré parfois finalement une fabrique de barbares ».
« Ce n’est pas seulement un fait isolé, c’est une dérive de la société (…) c’est une décomposition de la société dans laquelle nous vivons. (…) Nous ne pouvons pas demeurer les bras baissés devant ce qui est en train de se passer ; il va falloir durcir la réglementation et travailler sur les portiques à l’entrée des établissements » a déclaré le Premier ministre Bayrou à l’Assemblée nationale.

Hier, en fin de matinée, l’annonce de l’information tragique a tout emporté. À Nogent (52), au collège Françoise Dolto, une jeune surveillante de 31 ans, Mélanie G. est morte sous les coups de couteau d’un jeune garçon de 14 ans, au moment d’un contrôle des sacs effectué par des gendarmes. La nouvelle a choqué par sa violence et sa brutalité. Le jeune âge de l’auteur du crime, le fait que l’institution scolaire soit une fois de plus endeuillée, qu’un de ses membres soit tué dans l’exercice de fonctions qui, en principe, n’impliquent pas de tels dangers, et la répétition de faits divers atroces sur notre territoire — tout concourt à frapper les esprits. Mais si ce drame est aussi significatif, c’est aussi parce qu’il vient clore de façon tragique une séquence politique où la posture présidentielle récente, qui nie la montée de la violence, termine humiliée par le réel.

Le contretemps fâcheux d’Emmanuel Macron

Cette séquence s’ouvre par un entretien donné par Emmanuel Macron à la presse régionale le 7 juin. Entretien au cours duquel il déplore le manque d’intérêt que suscite le sommet de l’ONU sur les océans et s’en prend à « ceux qui préfèrent brainwasher sur l’invasion du pays et les derniers faits divers ». Le problème, c’est que l’immigration et les questions soulevées par ces faits de société sont au cœur des préoccupations des Français et qu’ils ne les considèrent pas comme secondaires. Une fois de plus les propos du président sont vécus comme insultants pour les citoyens, manquant de compassion pour les victimes et les familles, inutilement agressifs et politiquement contreproductifs.

Face à la polémique, Emmanuel Macron se raidit et envoie au front Elisabeth Borne. S’il s’agit de séduire les Français afin de retisser le lien, le choix du médiateur est curieux ; il donne d’ailleurs les résultats auxquels on pouvait s’attendre : chargée d’incarner la voix de son maître, elle donne aussi dans le mépris technocratique et l’absence d’empathie. Pire même, lors d’une séquence lunaire, elle explique que l’on ne peut légiférer sous le coup de l’émotion… De quoi sidérer des Français qui pensent qu’en matière d’ensauvagement et de violence des mineurs, les constats sont posés, que des solutions existent mais que le vrai problème est le refus d’agir, le déni politique. Dans l’absolu, tout le monde comprend que réagir à chaud n’est pas bon, mais là ce qui indigne, c’est la multiplication des alertes, le temps depuis lequel une réaction politique est attendue, les mots tonitruants qui accompagnent chaque mort, mais l’absence dans les faits de toute volonté réelle et de résultats. La crise d’Emmanuel Macron et d’Elisabeth Borne apparaît donc pour ce qu’elle est, un trépignement d’enfants frustrés qui ne pèsent plus sur la marche du monde, dont la voix ne porte plus dans les débats qui vont structurer la prochaine présidentielle. Ils en sont réduits à se servir de leur position de pouvoir pour disqualifier ce sur quoi ils n’ont finalement plus de prise. Car la vérité est que leur parole ne compte plus.

A lire aussi, Marlène Giol : Violences de rue : au-delà de la sanction légitime, quelle politique jeunesse ?

Elle ne compte plus, mais elle blesse encore. Et elle a blessé la mère d’Elias, ce jeune garçon de 14 ans férocement attaqué à coups de machette à Paris par des jeunes délinquants laissés en liberté. Celle-ci a vécu une première violence dans la façon dont l’histoire du meurtre de son enfant a été racontée. Parce que ces jeunes étaient issus de la diversité, à cause de la gratuité de l’attaque, de la nature de l’arme utilisée, de la violence des coups, une partie de la presse a eu peur que cela n’alimente les commentaires de l’extrême-droite, selon ses justifications, et a choisi de raconter une version mensongère de cette histoire. À cette injustice s’est ajouté le fait que le meurtre d’Elias a été cité par Elisabeth Borne comme un de ces faits divers, susceptible d’alimenter une réaction « à chaud » alors que ces situations méritent des réflexions plus approfondies. La réponse de la mère d’Elias est cinglante. Invitée sur BFM TV ce mardi 10 juin, dans la matinale, elle était venue expliquer pourquoi la prise de parole d’Elisabeth Borne l’avait choquée et est revenue longuement sur l’emploi par celle-ci du mot « fait divers » et « réfléchir ». Elle a compris que réduire le crime commis sur son fils à un fait divers, c’est le rendre insignifiant, donc ne nécessitant pas de réponse politique dans le fond. Quant à son rejet de l’utilisation par la ministre du terme « réfléchir », ce n’était pas un refus de la connaissance ou de l’analyse qui s’exprimait, pas non plus une colère qui se déversait. Non, c’était l’expression d’une profonde lassitude. Elle a parfaitement compris que ce mot est dans la bouche d’Elisabeth Borne, une manœuvre dilatoire. C’est contre cette façon de draper dans une apparence de vertu, une réalité d’impuissance et de refus d’agir que la mère d’Elias s’est élevée, avec justesse et dignité.

Le gouvernement mobilisé

Or la réalité de cette souffrance n’a fait qu’accentuer le sentiment qu’en matière de sécurité, le chef de l’État et une partie de ses ministres faisaient le choix du déni ou du moins du désaveu des personnalités les plus en pointe sur cette question. Cette prise de parole courageuse de la mère d’une victime de la montée de cette violence gratuite avait déjà dynamité la posture désastreuse du président et de sa ministre quand la nouvelle du meurtre à coups de couteau de la jeune femme surveillante de collège en Haute-Marne est tombée. Emmanuel Macron a vu se retourner contre lui sa tentative d’accuser ses contestataires de commettre un lavage de cerveau sur une population sans défense, simplement parce qu’ils répondaient aux aspirations de la population en matière de sécurité. Le tragique rend insupportable la posture.

A lire aussi, Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques: Les Frères sous le tapis

Et justement, voilà que face au drame qui vient de se dérouler à Nogent, les citoyens ont droit à leur lot de paroles exaltées et définitives. Le président tweete donc que « la nation est en deuil et le gouvernement mobilisé pour faire reculer le crime ». Elisabeth Borne explique en bonne technocrate qu’ « il faut une réponse globale notamment sur une meilleure régulation de la vente des armes blanches ». Qui croit encore que la réponse peut venir d’un président ambigu en matière de sécurité, et qui au terme d’une prise de parole mal gérée, voit un nouveau drame démentir son discours ? Personne. Les Français n’attendent plus rien de leur président. Ou plutôt si, la fin de son mandat. Ils espèrent qu’en 2027 ils auront à nouveau une campagne présidentielle qui pourrait renouer avec ce qui fait le fondement de la cinquième république, la rencontre entre un homme, le peuple et un projet d’avenir. En attendant, ils voient les tweets politiques compassionnels s’accumuler après une nouvelle tragédie tout en sachant qu’aucune décision forte n’interviendra. Et ils pensent peut-être aussi que nos problèmes résident moins dans la question temporaire de l’absence de majorité législative que dans celle plus structurelle du manque de courage d’une partie de leurs représentants…

Les «Très Riches Heures» du Duc de Berry, l’exposition évènement

Le Saint-Graal de l’enluminure gothique en majesté, à Chantilly


Le Gotha du Gothique international, gratin des conservateurs, des chartistes, historiens, sponsors prestigieux, se sont retrouvés samedi 7 juin à Chantilly pour honorer les Très Riches Heures du Duc de Berry. L’exposition de la décennie, du siècle peut-être, à ne rater sous aucun prétexte (jusqu’au 5 octobre), est portée depuis quinze ans par Mathieu Deldicque, directeur du Musée Condé, assisté de Marie-Pierre Dion, conservatrice générale des bibliothèques. Jamais nous ne reverrons de notre vivant une telle densité de manuscrits enluminés sublimant l’âge d’or du mécénat princier à la cour de Charles V, des ducs de Berry, de Bourgogne et d’Anjou.

C’est aussi l’occasion de (re)venir admirer le château, les Raphaël, Poussin, Ingres, Delacroix, Clouet du musée Condé, le fantôme de La Bruyère devisant avec Madame de Sévigné dans les jardins de Le Nôtre, sans oublier l’extraordinaire cabinet des livres du Prince des bibliophiles, Henri d’Orléans. Le duc d’Aumale chérissait les Très Riches Heures, joyau de sa collection, achetées en Italie en 1856. «Ce livre tient une grande place dans l’histoire de l’art ; j’ose dire qu’il n’a pas de rival ». À l’exception, peut-être, du Book of Kells, il ne se trompait pas.

Un « livre monde », chef-d’œuvre absolu

L’homme zodiacal, les scènes de vie paysanne sous la neige, les semailles, vendanges, châteaux disneyens, belles dames du temps jadis, bordures d’acanthes et fleurs d’ancolie, nous les avons tous entrevus, dans le Lagarde et Michard du Moyen âge, des albums, décors de cinéma ; mais jamais nous n’avons eu l’occasion de les admirer de visu. C’est maintenant ou jamais. Temporairement déreliés dans le cadre d’une campagne de restauration pilotée par l’atelier Coralie Barbe, les bifeuillets du calendrier sont exposés dans d’élégants caissons de présentation.

Mécène pieux et avisé, le Duc de Berry commanda les Très Riches Heures aux frères Limbourg (originaires de Nimègue) en 1411, dans un contexte troublé par la guerre de Cent Ans, l’opposition des Armagnacs et Bourguignons. Au mitan du siècle, Barthélémy d’Eyck complète cinq feuillets du calendrier. Jean Colombe parachève le manuscrit, à Bourges, en 1485. 206 folios, 66 grandes compositions, 65 à quart de page, des péricopes des Evangiles, les Heures de la Vierge, l’office des morts… les Très Riches Heures ne se réduisent pas à la féérie du calendrier. Trois maîtres rivalisant de raffinement ont accouché d’un chef-d’œuvre absolu, un « livre monde » aux sources d’inspiration septentrionales et italiennes. Léopold Delisle, Paul Durrieu, plus tard Millard Meiss ou Patricia Stirnemann ont su donner au livre la place qu’il mérite, la première.

« La vue ou l’audition des choses très-parfaites cause une certaine souffrance. Dans le cas de ces miniatures, n’est-on pas comme brûlé par une fine pluie de feu ? De telles œuvres sont pareilles au foyer d’une lentille qui rassemble en un point ardent la lumière de tout l’espace. Par une concentration éperdue elles tirent du monde des formes une sorte de joyau, une chose-fée » (Adrienne Monnier).

Photo: J.Houyvet

L’exposition du siècle

Pour honorer comme il se doit les Très Riches Heures, contextualiser leur genèse et leur influence exceptionnelle dans l’histoire de l’art, les commissaires de l’exposition ont convié le nec plus ultra de l’enluminure gothique. La grande fratrie des livres d’Heures, psautiers, bréviaires du Duc, bien sûr, mais aussi une ribambelle d’illustres cousins éloignés : une Cité de Dieu, des Grandes chroniques de France, Antiquités judaïques. Les codex somptueux mettent en scène des modèles de sagesse, de piété, de sainteté, David, Salomon, Constantin, Augustin…

Nous cheminons dans une forêt de miniatures saturées de lapis lazuli, vermillon, ocre-jaune, des armoiries d’azur semé de fleurs de lis d’or à la bordure engrelée de gueules. Les symboles, devises, enluminures, se répondent dans une profonde unité, chantent la gloire de Dieu, des alliances matrimoniales. Nous admirons d’insignes trésors patrimoniaux : la coupe de Sainte Agnès, une croix d’assermentation de l’ordre de la toison d’or, la douceur infinie de la vierge à l’enfant de Jean de Cambrai. Vandalisé en 1793, le gisant de Jean de Berry veillé par un ours (son animal totem) a fait le voyage depuis Saint-Etienne de Bourges. « Le temps a laissié son manteau »…

Au fil des siècles, les Très Riches Heures sont restées un talisman national, iconique, rassurant. Le 1er juin 1940, la France est au bord de l’abîme. Dans la revue « Verve », pour conjurer le désastre annoncé, Adrienne Monnier cherche le visage de la France. « Devant les Très Riches Heures du Duc de Berry il me semblait apercevoir, à travers une émeraude magique, la nature même de la France… notre terre et ses gens vêtus de couleurs franche, les gestes de travail purs comme ceux des messes, dames aux robe-fleurs, fanfare du loisir, l’eau vive, la ramure, les désirs, les amours, de beaux châteaux lointains, un ciel qui nous rassure, nos bêtes près de nous, des jours teints d’espérance et finement tissés ». Ironie de l’histoire, deux ans plus tard, « Les Visiteurs du soir » nous transportent dans un Moyen Âge directement inspiré de l’iconographie des Très Riches Heures. L’or du temps.

Les cœurs battent, battent sous la pierre, dans « le bleu des soirs d’Île-de-France » et les enluminures des frères Limbourg. Tout est bien qui finit bien. As Time Goes By« We’ll always have Chantilly ».


Au château de Chantilly. Entrée : 21 €.

L’ouvrage est consultable également sur internet sur le lien suivant.

Trois mousquetaires (au féminin singulier) ont lancé un appel le 4 juin…

Islamisme. À l’Assemblée nationale, Mona Jafarian, Fadila Maaroufi et Lara Fatimi (de gauche à droite sur notre illustration) ont appelé à un sursaut collectif. Qui sont-elles ?


Pendant que Greta et Rima, les célèbres duettistes, faisaient des selfies sur leur yacht en direction de Gaza, d’authentiques héroïnes ont lancé un appel contre un danger véritable. Peut-être un peu comme l’a été celle du 18 juin 40, il est probable que l’importance de l’appel du 4 juin ne sera reconnue que bien plus tard. Ce qui importe, c’est que cet appel a été solennellement lancé au Palais Bourbon, lors d’une conférence sur la liberté des femmes menacée par l’islamisation de la société, par trois femmes exceptionnelles, en présence de Constance Le Grip, députée, et de Paul Amar, journaliste, modérateur de la conférence.

Photo : Liliane Messika

Mona Jafarian

À la différence des touristes humanitaires citées plus haut, Mona Jafarian mérite le titre d’activiste, qui vient du mot « action ».
La révolution de 1979, qui a installé la charia dans l’Iran laïque, avait trois ans quand Mona est née. Venue en France bébé avec sa mère, elle a fait, jusqu’à sa majorité, des allers et retours réguliers avec son pays d’origine pour y visiter son père, incapable de couper ce cordon-là. C’est pourquoi elle y a encore une relation charnelle avec le pays, la langue, les amis et les amies.
« Tout ce qui compose la République islamique ne sème que la mort, la destruction et la faillite », écrit-elle dans Mon Combat.
Son activisme véritable a commencé le 17 septembre 2022, le lendemain de la mort, à Téhéran, de Mahsa Amini, à l’âge de 22 ans. Cette étudiante iranienne d’origine kurde avait été arrêtée trois jours plus tôt par la police de la vertu pour « port de vêtements inappropriés ». Les manifestations monstres qui ont aussitôt érupté ont convaincu la Franco-iranienne que « ce qui se passait était différent. La révolution avait commencé (…) et elle ne s’arrêterait plus jusqu’à la victoire. »

A lire aussi, Gil Mihaely: Al-ikhwān: les Frères, nos ennemis

Mona Jafarian connaissait les violences quotidiennes subies par les femmes iraniennes, elle savait que des milliers d’étudiants avaient été tués pour avoir scandé « Où est mon vote ? » lors des révoltes de 2009, « après l’élection frauduleuse de Mahmoud Ahmadinejad ». Cette révolte, comme celle de 2019, avait été noyée dans le sang des protestataires.

Le mouvement Femme-Vie-Liberté est né de la mort de Mahsa Amini et il a grandi à la vitesse du son et de la lumière dans tout le pays, parce qu’il était porté par les femmes, soutenues par tout un peuple, conscient de son identité (persane), de la singularité de sa religion (zoroastrienne), de sa langue (le farsi) et de son Histoire (deux millénaires de civilisation interrompus lors la colonisation arabo-islamique, il y a 14 siècles, puis partie en marche arrière depuis 1979).
Mais dans sa France d’adoption, tout le monde ignorait aussi bien l’Histoire que l’histoire du voile et de l’islamophobie, inventés par l’ayatollah Khomeiny pour soumettre les femmes (le premier) et les opposants (la seconde).
Ce n’est pas de l’ignorance, c’est une trahison. Elle a été suivie par bien d’autres, notamment celle des médias, qui expliquaient, en commentant les rues noires de manifestants, que la majorité des Iraniens était opposée à cette révolution.

A lire aussi, Charles Rojzman: Islam: obsession ou présence obsédante?

Trahison au carré : le jour où une troisième femme iranienne éprise de liberté a été tuée par la répression, Macron, à New York, a serré chaleureusement la main du « boucher de Téhéran », alias Ebrahim Raïssi, président de la République islamique, devant les caméras.
Trahison au cube, celle des néo-féministes, qui ont choisi de taire la révolution des femmes iraniennes, comme elles ont nié les viols des femmes israéliennes, parce qu’il vaut mieux voir des femmes mourir plutôt que des musulmans accusés. 
Alors Mona s’est lâchée : « Je ne pouvais rester silencieuse face à l’inaction, voire la complaisance des pays dits libres, dont la France, envers nos bourreaux. (…) je ne pouvais passer sous silence ma colère face à la fausse bien-pensance d’extrême gauche, les accusations d’islamophobie pour faire taire les activistes, les menaces de mort et les insultes quotidiennes (…) j’appelle à un sursaut collectif (…) pour ne pas normaliser ce qui va à l’encontre de nos valeurs, et ne plus trembler à l’idée d’être étiquetés islamophobes ou fascistes quand on dénonce une idéologie qui tue en masse. »

Fadila Maaroufi

Née à Bruxelles, dans une famille marocaine habitant un quartier mitoyen de Molenbeek, Fadila Maaroufi a vécu une enfance tissée de violences physiques et psychologiques. Et de viols répétés.
Si elle se consacre, aujourd’hui, à la lutte contre le voile, c’est qu’elle tient son expérience de l’inégalité homme-femmes de première main. Son premier souvenir est celui de son premier viol par un oncle. Elle avait deux ans et savait déjà qu’elle avait participé à un acte impur, qu’Allah ne lui pardonnerait jamais. Dans un rapport sexuel, un homme musulman ne peut pas être coupable. Seule une femme l’est. Même si elle a deux ans. « Il n’y avait pas d’échappatoire : vivante, j’avais peur du châtiment des hommes, morte, c’était l’enfer éternel. »
Quand elle était enfant, Fadila allait à l’école publique, où elle jouait le rôle qu’on attendait d’elle, un rôle bien différent de celui qu’elle tenait à la maison, où il s’agissait d’encaisser et de se taire. Excellente élève, sérénité factice, silence sur l’enfer familial, l’école était son sanctuaire, le seul endroit où elle osait sourire, voire rire.
La famille était un lieu de blessure sans nulle occasion de déverrouiller ses zygomatiques. C’était littéralement une prison, où la vie des filles était faite de contraintes, de douleur, de corvées, de soumission, le tout sans la moindre perspective d’autonomie.
Fadila Maaroufi est une survivante : de cette enfance broyée, d’un mariage forcé à 17 ans avec un cousin de 32 ans, pour qui une épouse n’était qu’un ventre doublé d’une batterie de casseroles, d’un enfermement sectaire dans une religion inhumaine.
Elle a tiré de son expérience mortifère une motivation résolue pour aider les femmes à sortir de la soumission, une motivation qu’elle essaie de transmettre aux Français placides et passifs.
« Si vous voulez savoir à quoi ressemblera Paris dans cinq ans, allez à Bruxelles » répète-t-elle aux islamolâtres parisiens, qui la snobent en s’exhibant, vêtues de burqa griffées Dior et qui caquètent un gloubi-boulga de vivrensemble hors-sol.

Lara Fatimi

Née en France d’une mère catholique et d’un père musulman, Lara Fatimi a eu la chance de bénéficier de l’addition de ses deux cultures. Cette tolérance rare la rend d’autant plus sensible à la réalité du multiculturalisme à la française, où la religion exogène étouffe peu à peu la culture indigène, comme le lierre étouffe les arbres qu’il parasite.

A lire aussi, du même auteur: Londres: tout, sauf froisser l’exquise sensibilité du Hezbollah

Lara Fatimi est avocate au barreau de Paris, dans le cabinet de Thibault de Montbrial, qui défend les droits de l’Homme, et particulièrement ceux d’une catégorie oubliée par les défenseurs habituels de ces droits : les Français et même les policiers français. Il représentait la famille de Jessica Schneider, policière assassinée avec son compagnon Jean-Baptiste Salvaing, en 2016, sous les yeux de leur fils, alors âgé de trois ans. Lors du procès, en 2023, Maître de Montbrial a été menacé de mort par le frère d’un des complices de l’assassin.
En octobre 2020, quand un Tunisien, Brahim Aouissaoui a poignardé trois personnes à la cathédrale de Nice, il a été neutralisé par des policiers municipaux. Leur syndicat, le SDPM, s’est constitué partie civile et c’est Lara Fatimi qui l’a représenté au procès. « Nous sommes plongés dans une guerre civilisationnelle profonde dont le niveau de haine à notre endroit relève pour partie d’une guerre de religion », a-t-elle rappelé à la Cour : « Les policiers municipaux sont désormais des cibles notoires – tout comme les juifs et les chrétiens ». Elle milite pour que les policiers municipaux soient armés, « parce qu’il faut protéger notre société, protéger ceux qui nous protègent.[1] »

L’appel du 4 juin 2025

À l’issue de la conférence du 4 juin dernier, un appel solennel a été lancé par les trois intervenantes, demandant aux parlementaires de légiférer sur cinq mesures concrètes :
1. Dissolution de l’association des Musulmans de France (ex-UOIF) et suppression des subventions des associations fréristes identifiées par le rapport Frères musulmans et islamisme politique en France.  
2. Application ferme de la loi sur l’interdiction des prières de rue et du prosélytisme religieux en cas de trouble à l’ordre public.        
3. Fermeture de tous les lieux de cultes prêchant des principes contraires aux droits humains, notamment les droits des femmes.
4. Interdiction du voile aux mineures. Interdiction du voile dans l’enseignement supérieur public et privé. Interdiction du voile dans le sport (pratique et compétitions sportives).
5. Fermeture des comptes sur les réseaux sociaux des influenceurs islamiques et des imams dont les prêches et les discours sont contraires aux droits humains, en particulier ceux visant les droits des femmes.

Mona Jafarian, Fadila Maaroufi et Lara Fatimi ont reçu une standing ovation de plusieurs minutes. Seront-elles, serons-nous entendues par leurs/nos représentants à l’Assemblée nationale ?


[1] www.sdpm.net/2025/02/police-municipale-plaidoirie-de-maitre-lara-fatimi-la-cour-d-assises-de-paris-attentat-basilique-de-nice.html

Nogent: la piste du crime gratuit ?

0
Une minute de silence après le meurtre de l'assistant d’éducation Mélanie survenu dans un lycée à Nogent – Questions au gouvernement à l’Assemblée nationale à Paris, le 10 juin 2025 © Stephane Lemouton/SIPA

Contrairement à d’autres commentateurs, Elisabeth Lévy refuse d’accabler le gouvernement après le meurtre au couteau dramatique de la surveillante du collège de Haute-Marne. Nous vous proposons d’écouter sa chronique radio. Devant les enquêteurs, l’adolescent meurtrier n’exprime ni regrets ni compassion.


Plus on en sait sur le meurtrier de Mélanie, moins on comprend son acte. C’est d’autant plus inquiétant et vertigineux. Sous réserve des informations qui viendront peut-être infirmer les hypothèses actuelles, à l’écoute de l’avocat de ce garçon, ou du procureur, cela ressemble de plus en plus à un meurtre sans pourquoi. Ce qui se rapproche le plus d’un crime gratuit.

Derrière les apparences…

  • Il n’y avait apparemment aucun contentieux entre la victime et le tueur. Visiblement, il n’aurait pas supporté d’être recadré quelques jours plus tôt, pour une histoire d’embrassade dans le collège ;
  • Il n’y a pas d’explication sociologique ou culturelle : le père de Quentin n’est pas alcoolique, il n’a pas été élevé dans la haine de la France, ni dans une famille déstructurée ;
  • Quentin n’était pas scolarisé dans un collège violent, et n’habitait pas non plus dans un quartier prioritaire de la politique de la ville. Et le drame s’est produit en présence des gendarmes, donc on ne peut pas non plus mettre en cause le laxisme de l’Éducation nationale ;
  • Enfin, Quentin était inconnu des services de police, donc il n’y a pas de défaillance de la justice non plus.

A lire aussi, Ivan Rioufol: Déconstruction, le jour d’après

Certes, il a été exclu deux fois pour violences.
Il est facile de dire aujourd’hui qu’on aurait dû détecter un risque plus grave. Mais il n’y a pas de science exacte pour anticiper les passages à l’acte. Et on ne peut pas psychiatriser l’ensemble de la jeunesse. Résultat, et c’est le plus déconcertant : nous n’avons pas de coupable à accabler. On ne peut pas accuser l’État, le gouvernement ou je-ne-sais quel ministre.

Si ce n’est la faute de personne, peut-on parler de fait divers ?

Non, pas complètement. Car la récurrence de ces violences inexpliquées en fait un phénomène de société. Le nombre d’adolescents poursuivis pour assassinat, meurtre, coups mortels ou violence aggravée a doublé depuis 2017, passant de 1207 à 2095 en 2023. Cette violence gratuite et totalement disproportionnée par rapport à l’enjeu de départ devient banale. Un couteau peut sortir pour une casquette volée, une cigarette refusée ou une fille convoitée.
Il n’y a pas de responsabilité politique, mais peut-être une responsabilité collective. Chaque parent éduque ses enfants, mais c’est la société tout entière qui fabrique un état d’esprit, peut-être une anthropologie.

Éloignons-nous du cas de Quentin…

L’école ne valorise pas l’effort, déteste la verticalité et la hiérarchie. L’air du temps encourage la plainte et la victimisation. On apprend tout sur les droits, rien sur les devoirs. Si les jeunes ont des mentalités de créanciers à qui tout est dû, c’est peut-être aussi parce que cet état d’esprit s’est répandu chez leurs parents.

A lire aussi: Laure Murat: la défense des œuvres contre les ravages du «wokisme»

Qui s’interroge aujourd’hui dans la société sur ses responsabilités dans ce qui lui arrive ? C’est toujours la faute des autres.
À force de sacraliser le ressenti, la spontanéité, on fabrique des générations sans Surmoi, des jeunes hommes qui ne s’empêchent pas. Comme le disait Zemmour, il ne s’agit plus de se demander quel monde nous laisserons à nos enfants, mais quels enfants nous laisserons à ce monde.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

Un grand ministre doit-il être contre ?

0
Le ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, lors de la séance hebdomadaire des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale à Paris le 3 juin © Jacques Witt/SIPA

Gérald Darmanin s’impose à la tête d’un chantier au cœur du débat public: une grande réforme radicale de la justice. En lançant ce 12 juin une vaste consultation préalable au projet de loi prévu en septembre — suppression du sursis, peines minimales, catégorisation des détenus, plaider-coupable criminel —, il défie l’inertie du corps judiciaire tout en surfant sur l’exaspération citoyenne née des violences post-PSG.


On ne cesse de dénoncer la médiocrité de la classe politique et je suis persuadé que cette hostilité globale et compulsive n’est pas sans incidence sur la dégradation de la démocratie, en mêlant de manière systématique les ombres et les lumières.
Je songe cependant au sentiment majoritaire qui regrette que nous ne soyons plus gouvernés par des ministres à la compétence et à l’aura indiscutables. Par ce qu’on pourrait appeler communément de grands ministres.

Où sont passés les grands ministres ?

Je n’ai jamais accepté cette aberration surgie de la tête du couple présidentiel, qui a consisté à choisir un garde des Sceaux absolument hostile à l’univers professionnel dont il allait avoir la charge. Je continue à ne pas comprendre, même si le sujet n’est plus d’actualité puisque Éric Dupond-Moretti envisage de redevenir avocat – alors qu’il l’avait exclu quand il était ministre. Il était insensé pourtant d’imaginer une concorde entre la magistrature et celui qui, au barreau, l’avait pourfendue avec une dérision blessante.
Cette absurdité de promouvoir une personnalité aux antipodes de l’élémentaire empathie qu’il convient d’éprouver pour le monde au service duquel on devra agir, n’est pas contradictoire avec le constat dont l’histoire politique démontre assez souvent la validité. Le ministre exemplaire est aussi celui qui va savoir être « contre », dans ses projets comme dans ses entreprises.

Gouverner contre les habitudes

Pas tout le temps naturellement, mais lors de ces moments capitaux où, pour fuir une gestion tiède et sans risque, il conçoit un futur qui, parce qu’il est intelligemment transgressif, va le mettre au moins partiellement en opposition avec la majorité conservatrice de ses troupes. Non pas forcément dans sa seule définition politique mais en raison de cette pente qui souhaite, tout en réclamant du changement, que surtout il n’ait pas lieu. On aime bien les ministres qui évoquent des avancées mais ne mettent pas tout leur acharnement à les concrétiser.
Gabriel Attal, par exemple, était parti pour être, dans ce registre de l’opposition, un grand ministre de l’Éducation nationale. Mais trop rapidement nommé Premier ministre !

À lire aussi, Philippe Bilger : Non, le climat n’est pas « malsain » à CNews !

Récemment, on a évoqué, comme si c’était une catastrophe, le début d’hostilité entre le ministre de la Justice Gérald Darmanin et les magistrats à cause des annonces du premier qui a l’intention de faire approuver quelques mesures essentielles et novatrices relevant à la fois du bon sens et d’une efficacité tirant les leçons des dysfonctionnements passés.

Darmanin, l’offensive judiciaire

Largement approuvées par les citoyens, elles sont accueillies avec méfiance par le corps judiciaire. Il est fondamental non seulement de ne pas s’en étonner mais de soutenir Gérald Darmanin dans sa résolution d’imposer ce qu’il estime nécessaire à une meilleure administration de la Justice. Il est évident que l’arbitrage à effectuer appelle une conclusion sans équivoque. Plutôt le service du peuple que l’adhésion à la cause corporatiste.
Il ne faut pas se leurrer. Jamais on ne pourra mettre en œuvre, dans quelque ministère que ce soit, la politique de rupture justifiée par son état présent en obtenant facilement l’assentiment de ceux qui auront la mission de la réaliser. Il y a toujours, pour un ministre qui a l’ambition d’avoir une action remarquable, un passage obligé vers une forme d’autorité pour le meilleur, de résistance à l’égard des pesanteurs et des habitudes reposantes et d’entêtement pour aboutir contre vents et marées. Ce processus n’a de sens que si la personnalité publique est assurée du soutien des citoyens.
On comprendra donc qu’entre les nominations aberrantes de ministres et l’immobilisme de certains, il y a un espace.
Sur le plan régalien, Gérald Darmanin et Bruno Retailleau l’occupent heureusement aujourd’hui.

Nicolas Bedos ou l’ange déchu du Vieux Monde

0
Des militantes du collectif "Nous toutes" vandalisent la maison d'édition de Nicolas Bedos à Paris, le 23 mai 2025 © Arnaud VILETTE / OLA NEWS/SIPA

Le néoféminisme et le wokisme, loin d’être des avancées, sont une sorte de résurgence de la foi — mais sans transcendance, sans pardon, sans salut… Bienvenue dans l’ère ennuyeuse et glaciale du « consentement normé » !


Il est des condamnations plus définitives que celles prononcées dans les prétoires. L’homme moderne, surtout s’il est célèbre, tombe moins par le glaive de la justice que par le venin de la morale sociale, diffusé en continu par des armées sans visage mais non sans dogme. Nicolas Bedos a été condamné : non pas tant pour des gestes que l’on qualifierait, dans un monde encore sensé, d’indélicats ou de déplacés, mais parce qu’il est devenu, aux yeux du nouveau clergé, l’archétype de ce que l’époque cherche à rayer de sa mémoire : le mâle blanc occidental, trop libre, trop brillant, trop sûr de son charme.

Terrain miné

Ce qui fut jadis le terreau ambigu de la séduction est désormais un terrain miné, quadrillé par la police des corps et des mots. Le simple fait d’adresser la parole, de regarder, de toucher même légèrement, devient matière à procédure. L’amour, ou ce qu’il en reste, a été soumis à une régulation maniaque, comme si toute initiative devait être encadrée par un code pénal. Nous ne nous aimons plus, nous nous auditons. Le désir, ce feu dont naissait la littérature, la musique, la guerre parfois, se voit réduit à une simple variable juridique.

Mais sous cette obsession du consentement normé, sous cette volonté de transparence absolue des rapports, se cache une autre vérité : la régression religieuse du monde occidental. Le wokisme, loin d’être une avancée de la conscience, est une résurgence de la foi — mais sans transcendance, sans pardon, sans salut. Un puritanisme sans Dieu, où les fidèles sont appelés à dénoncer les impurs, à s’auto-flageller, à montrer patte blanche, à chaque instant. Les réseaux sociaux sont devenus les nouvelles sacristies. On y confesse, on y excommunie, on y lapide, avec une ferveur qui n’a rien à envier aux pires inquisitions.

Abdication de l’homme occidental

Ce qui frappe, c’est la manière dont cette religion séculière s’est imposée, non par la force, mais par la honte. L’homme occidental s’est convaincu de sa faute originelle — coloniale, patriarcale, culturelle — et, en bon chrétien sans Évangile, il cherche à se racheter. Il abdique, il s’efface, il renonce à lui-même. Il rêve de devenir une figure neutre, transparente, inoffensive. Il devient un eunuque moral, un spectre docile dans une société qui prétend n’avoir plus besoin de lui.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Rendez-nous Nicolas Bedos !

Et pourtant, jamais la solitude n’a été aussi criante. L’hyperconnexion masque mal le désert. Les hommes n’osent plus aimer ; les femmes ne savent plus être aimées autrement que comme des vestales. Le couple s’effondre sous le poids de la suspicion mutuelle. Le flirt est une prise de risque. L’attirance, un procès en germe. Chacun se replie, s’isole, se dépolitise par peur de heurter. On vit à distance, protégés par des écrans, des codes, des lois. Et dans cet isolement affectif organisé, c’est toute une civilisation qui se meurt — non dans la violence, mais dans la stérilité.

Haine de soi

L’amour, naguère moteur du monde, n’est plus qu’un champ de ruines, cerné de jurisprudences et de tweets indignés. À force de vouloir prévenir tout abus, nous avons tué tout élan. L’homme, dévirilisé, surveillé, culpabilisé, ne tente plus rien. Et dans cette vacance, d’autres s’engouffrent, porteurs d’une vitalité brute, parfois brutale, mais assumée. Ce n’est pas un remplacement : c’est une substitution active de la pulsion de vie. Et c’est cela, précisément, que notre époque ne veut pas voir : ce n’est pas la justice qui progresse, c’est la libido occidentale qui s’éteint.

L’affaire Bedos n’est pas une péripétie médiatique de plus. C’est un symptôme. Le symptôme d’un monde occidental qui, rongé par la haine de soi, a remplacé la civilisation par le règlement, la littérature par l’indignation, la séduction par la contrainte. Un monde qui préfère détruire ses créateurs plutôt que d’assumer leur complexité. Un monde qui ne croit plus en l’homme, mais en sa correction.

Dans ce monde-là, il n’y aura plus d’art, plus d’amour, plus de tragédie, donc plus de beauté. Il n’y aura que des comportements licites, des existences sans aspérité, des fantômes certifiés inoffensifs.

Et c’est peut-être cela, la vraie condamnation de Nicolas Bedos : non pas la prison, non pas le bracelet, mais d’avoir incarné, jusqu’au bout, une liberté que notre époque veut abolir.

La soif de honte

Price: ---

0 used & new available from

Partenariat stratégique UE-Asie centrale: quand la Commission européenne ignore la leçon du Mercosur…

0
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, arrive pour participer au premier sommet entre les dirigeants de l’Union européenne et les cinq pays d’Asie centrale à Samarcande, en Ouzbékistan, le 4 avril 2025 © SPUTNIK/SIPA

Le partenariat entre l’Union européenne et les pays d’Asie centrale, présenté comme un accord économique, constitue en réalité une nouvelle menace potentielle pour notre agriculture, en ouvrant la voie à une concurrence déloyale.


Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizistan, Tadjikistan, Turkménistan… Ces cinq noms au suffixe commun – « stan », qui signifie « pays » – ont quelque chose d’exotique. Les pays qu’ils désignent nous semblent bien lointains. Et pourtant, ils ne se trouvent qu’à quelques heures d’avion de la France. Et ce qui s’y passe pourrait bien, un jour, influer sur notre destin. Et notamment, celui de nos agriculteurs. Comme s’ils avaient besoin de cette menace supplémentaire…

En effet, il y a quelques semaines, l’Union européenne y a scellé avec les pays d’Asie centrale un partenariat stratégique. Présenté comme un simple accord de coopération économique et politique, il s’agit en réalité d’un jalon de plus dans le processus d’ouverture commerciale aux quatre vents que la Commission de Bruxelles poursuit en roue libre, malgré la nette opposition des peuples européens. Certes, les matières premières agricoles ne sont pas, à ce stade, incluses dans cet accord – mais qui peut garantir qu’il en sera toujours ainsi ?

A lire aussi: Sertraline: une seule molécule vous manque, et le monde est dépeuplé

Chat échaudé craint l’eau froide… L’accord UE-Mercosur nous a servi de leçon. Au départ, certains produits agricoles sensibles, tels que la viande bovine et l’éthanol, en étaient exclus. Puis les « négociateurs » les ont réintroduits, à la faveur de négociations opaques. Cette méthode des « petits pas », vantée par Jean Monnet, repose sur cette ambiguïté : les textes initiaux semblent inoffensifs, mais ils portent en germe des évolutions désastreuses.

Or, ce partenariat, qui n’a pas fait grand bruit (à dessein ?), est tout sauf anodin : les pays d’Asie centrale, soutenus par des investissements internationaux, sont des puissances agricoles émergentes. En 2024, le Kazakhstan a produit 25,2 millions de tonnes de céréales (dont 18 millions de tonnes de blé, en hausse de 49 % par rapport à l’année précédente), l’Ouzbékistan 8,4 millions de tonnes de blé, 11,6 millions de tonnes de légumes et 3,6 millions de tonnes de pommes de terre. Les exportations agricoles ouzbèkes dépassent les 2 millions de tonnes, pour 1,5 milliard de dollars. S’agissant des produits d’élevage, les chiffres sont tout aussi impressionnants – et inquiétants : en janvier 2023, la production de viande (abattage ou vente pour abattage) au Kazakhstan a augmenté de 4,8 % par rapport à l’année précédente, tandis que la production de lait a augmenté de 3 %. Au Tadjikistan, depuis 2009, le cheptel bovin a augmenté de 35 % et celui des petits ruminants de 44 %. Évidemment, ce surplus de production n’est pas absorbé par la consommation intérieure ; il est destiné à l’exportation.

Ce dynamisme pourrait donc rapidement se transformer en concurrence directe pour les filières européennes, notamment dans les secteurs des céréales, des fruits et des légumes. Les producteurs européens, astreints à des normes environnementales et sanitaires strictes, ne peuvent rivaliser avec des systèmes de production à faible coût, soumis à peu de contraintes réglementaires. Les agriculteurs de ma circonscription ne cessent de me le répéter : « Nous jouons sur le même terrain que les autres mais l’arbitre ne surveille que nous ! »

A lire aussi, Thomas Montagne: Les fruits amers du «Pacte vert européen»

En tant que député, je refuse de considérer ces accords comme des fatalités techniques. Si elle ne peut peser sur la négociation et la signature de ce type de partenariats, conclus au niveau européen, l’Assemblée nationale peut — et doit — jouer son rôle de contre-pouvoir. Le gouvernement doit rendre des comptes sur la position qui a été la sienne à propos de cet accord : l’exclusion formelle des matières premières agricoles des futurs élargissements de l’accord a-t-elle été posée comme ligne rouge ? à défaut, des garanties fermes (clauses miroirs, clauses de sauvegarde) ont-elles été exigées pour les prochaines phases de mise en œuvre ? une évaluation systématique des risques pour chaque filière concernée a-t-elle été menée ?

À court terme, les Français doivent savoir. Et à moyen et long terme, ils doivent décider. Décider, en toute connaissance de cause, démocratiquement, de ce qu’il doit advenir du modèle agricole français. Au Rassemblement national, la politique que nous proposons est claire : exclure l’agriculture du champ des traités de libre-échange. Car, pour reprendre les mots de Marine Le Pen, « les produits agricoles ne sont pas des biens comme les autres : ils sont liés à la santé humaine et sont un élément essentiel de la souveraineté. »

À Bruxelles, des militants propalestiniens reconstituent les massacres du 7-Octobre en toute impunité

0
DR.

Dans la capitale belge minée par le communautarisme, l’infâme n’a plus de limites.


En fin de semaine dernière, des militants pro-palestiniens, ou devrais-je écrire pro-Hamas, ont reproduit de façon scénarisée le pogrom du 7-Octobre dans les rues de Bruxelles à l’occasion d’un « Festival de la Résistance ». Dans une vidéo qui circule sur les réseaux sociaux, à défaut d’être largement diffusée et commentée dans les médias traditionnels, sans doute complices, on peut voir de jeunes hommes, visages masqués par des keffiehs et fausses armes à la main, s’ambiancer sur les corps d’hommes au sol que l’on devine être des victimes israéliennes. En fond sonore : « From the river to the sea ». Accroché sous une tonnelle : le drapeau palestinien.

Toujours, on pense que l’infâme a atteint ses limites, et toujours il les repousse, cherche de nouveaux horizons et teste nos limites. Mais les défenses sont faibles lorsqu’au pouvoir, les islamo-gauchistes laissent faire. Ainsi en est-il du bourgmestre socialiste de la commune bruxelloise de Saint-Gilles où a eu lieu le simulacre de massacre sur la Place de… Bethléem. Jean Spinette s’est dit « indigné » à la vue des images, tel l’homme qui pleure les conséquences des faits dont il chérit les causes, c’est-à-dire l’immigration massive – d’où sont issus nombre de ses électeurs -, l’islamisation galopante et le laxisme. Le maïeur avait prévenu les organisateurs qu’il ne voulait pas de références au Hamas ou au Hezbollah et a cru que les fedayins du coin allaient l’écouter.

A lire aussi: Causeur #135: A-t-on le droit de défendre Israël?

Les organisateurs, parlons-en. Selon l’ambassadrice d’Israël en Belgique, Idit Rosenzweig-Abu, il s’agit de l’organisation Samidoun, groupe luttant officiellement pour la « liberté du peuple palestinien », mais qui sert en réalité de puissant relai aux idées nauséabondes du Hamas, sans que personne ne songe réellement à en interdire les activités.  

La même semaine, dimanche, une manifestation, semblable à celle tenue sur la Place de la République en France, a eu lieu à la Bourse de Bruxelles. Sur place, entre appels au boycott d’Israël, dénonciation d’un prétendu génocide et insultes envers l’Etat hébreu, on a pu entendre des incitations à mener une intifada. Au moment de la dispersion, des échauffourées ont éclaté. Moi-même, revenant d’un meeting politique en France, je me trouvai, veste de costume sur le dos et valise à la main, face à des hordes de fanatiques se dirigeant vers le Parlement européen. Pris dans les effluves de gaz lacrymogènes, je compris ce qui venait de se passer. Sans la vidéo prise par un citoyen et relayée sur X, je n’aurais pas eu davantage d’informations, car les médias sont restés bouche cousue. 

Plus le temps passe, plus une évidence s’impose : les Palestiniens ont bien un Etat ; ils en ont même plusieurs ; il s’agit des capitales européennes, au premier rang desquelles figure Bruxelles, la nouvelle bande de Gaza.   

« Mission impossible, The Final Reckoning » : Ne boudons pas notre plaisir !

0
Tom Cruise dans le film Mission Impossible : The Final Reckoning © Paramount Pictures

Nous savions notre chroniqueur grand fan des exploits de Tom Cruise, qui le détendent manifestement après tant d’années passées à pleurer sur l’Ecole. Mais là, en trouvant un aspect métaphysique au dernier opus de la « franchise », comme on dit dans l’industrie cinématographique, n’envoie-t-il pas le bouchon un peu loin ?


Ça virevolte dans tous les sens, y compris au sens propre. Ethan Hunt / Tom Cruise va, court, vole et nous venge du méchant complot fomenté par Gabriel, un Méchant majuscule qui prétend s’inféoder l’Entité, une Intelligence Artificielle majuscule capable de phagocyter tous les sites nucléaires de la planète et de déclencher un tir croisé de missiles qui anéantira la Terre — rien que ça.

Il lui faut donc récupérer, par 150 m de fond, un boitier secret, à bord d’un sous-marin russe coulé quelques temps auparavant, le connecter à un élément externe et y insérer un poison concocté par Luther, lui-même en phase terminale, mais bon, on ne recule devant rien pour sauver les amis et les inconnus : il est quand même question de sacrifier 7 milliards d’individus, rien que ça. L’Apocalypse est au bout de la Quête — ou la Rédemption de l’humanité tout entière.

À lire aussi, Julien San Frax : Tom a rempilé: la dernière?

C’est très rusé : le film est fort long, mais chaque séquence joue sur des unités de temps brévissimes, quelques minutes, quelques secondes — et « 100 milli-secondes » pour finir. C’est la clé même du suspense : tout se joue dans une temporalité ramassée, où les événements doivent se succéder selon un rythme précis, et l’intervention du héros se calcule en fractions infinitésimales.

On l’aura compris : le scénario, juste assez embrouillé pour qu’on ne prenne pas la peine de s’y intéresser dans le détail, est le véhicule d’une ambition filmique métaphysique dont chaque détail peut évoquer, dans la conscience imbibée de bière et de Bible des Américains, maint passage des Ecritures.

La lutte d’Ethan et de l’Entité, c’est celle du Christ et du Démon. L’assimilation de Tom Cruise au Sauveur est patente : comme le Christ, il meurt et ressuscite, comme lui il grimpe au plus haut des cieux — au sens propre : la séquence aéronautique, outre le fait qu’elle est bluffante (et accessoirement qu’elle est un clip publicitaire géant pour Pataugas), amène le héros à défier les lois de la gravité et à se porter victorieux au plus haut des cieux, alléluia.

Et l’humanité sera sauvée de la fin du monde par le porte-parole mondial de la Scientologie.

On comprend que des sectes para-chrétiennes s’implantent avec facilité aux Etats-Unis. Elles tombent dans un terroir riche en références religieuses, et toute proposition nouvelle n’a qu’à s’appuyer sur les métaphores bibliques qui traversent là-bas la conscience de Monsieur Tout-le-Monde.

Rappelez-vous un excellent western de et avec Clint Eatswood, intitulé Pale Rider. Pour saisir le titre — et l’essentiel du film — il faut se rappeler que ce « cheval pâle » est, dans l’Apocalypse de saint Jean, celui que monte la Mort. Ou ce joli dessin animé, Le Petit Dinosaure, dont l’intrigue entière est empruntée à la sortie des Juifs d’Egypte…

Si ! Allez-y voir si vous doutez, Le T. Rex — Rex comme Pharaon — qui poursuit le petit héros (orphelin comme Moïse), est englouti dans un flot de lave — autrement dit une Mer rouge… — et tout s’achève dans une vallée fleurie, c’est-à-dire une Terre promise.

Même souci ici de rappeler inconsciemment aux spectateurs le texte (ou le sous-texte) de tel sermon ingurgité à l’office du dimanche. Et de le diriger, in fine, vers la secte créée par Ron Hubbard.

De surcroît, que le Malin soit une Entité électronique n’est pas innocent : le discours actuel sur l’IA tend à représenter un outil (fort imparfait au demeurant) comme le recours suprême, autrement dit une forme avancée, voire ultime, de la Divinité. Le vrai croyant (et le vrai incroyant, quelqu’un dans mon genre) ne se laisse pas séduire par ce discours corrupteur… Vade retro, Intelligentia Artificialis !

Pour faire passer son message publicitaire, Cruise, qui est co-producteur du film, a englouti quelques centaines de millions de dollars dans l’entreprise : rappelons que contrairement à tous les autres membres de la Scientologie, il est dispensé de payer son obole à l’organisation, dans la mesure où il est le porte-parole mondial du Culte. Les divers opus successifs de Mission impossible sont autant de véhicules de propagande tendant vers ce final apocalyptique, au même titre que John Wayne jadis, après nous avoir expliqué comment l’Ouest fut conquis, a carrément mis les pieds dans le foutoir indochinois pour sauver la politique de Lyndon Johnson : voir Les Bérets verts, hymne de soutien à la guerre du Vietnam, sorti en 1968. Dix ans plus tard, Le Merdier, avec Burt Lancaster, l’un des plus grands films de guerre jamais réalisés, donnait un tout autre son de cloche. Et je passe sur Apocalypse now, Platoon, Voyage au bout de l’enfer ou Full Metal Jacket, qui tous prêchaient au fond pour l’autre camp.

Il y a une analyse idéologique profonde à faire de tous ces divertissements, qui, au sens propre, nous dispensent de penser à l’actualité, et surtout de penser avec nuance. Tout comme Molière, Racine ou Boileau chantaient la gloire du « plus grand roi du monde », Tom Cruise fait avec talent la propagande de la meilleure usine à ne plus penser que jamais la Foi ait engendrée — l’islam mis à part.

Macron en Don Quichotte

0
Emmanuel Macron et Ursula Von der Leyen à Nice, 9 juin 2025 © Bianca Otero/ZUMA/SIPA

Pendant que notre bon président s’inquiète du devenir des épatantes navigatrices Rima Hassan et Greta Thunberg (et qui va payer pour leur rapatriement ?), M. Bayrou s’attaque à la « culture du couteau ». Allez, ne soyons pas trop sévères… Après tout, si ça continue comme ça, Rima Hassan sera bientôt nommée secrétaire d’État aux couteaux. Et elle s’y connaît très bien en lames… de fond médiatique.


Monsieur Macron ayant à peu près tout raté de ce qu’il a entrepris sur la terre ferme s’en va à présent gratifier les immensités et profondeurs océanes de son incurable impéritie. Tel Don Quichotte, il s’est trouvé de nouveaux moulins à vent à combattre cela à grand renfort moulinets d’une illusoire hallebarde en papier mâché. C’est qu’il se veut vigoureux, ce grand calamiteux ! On l’a vu intraitable pour exiger de l’État d’Israël qu’il « libère » sans délai la porte serpillière du Hamas Rima Hassan et la gorgone écolo reconvertie en militante islamisée Greta Thunberg. Gesticulation ridicule car on ne voit pas très bien Israël, non plus d’ailleurs qu’aucune autre nation de par le monde, chercher à s’encombrer durablement de ces oiseaux-là. Mais il se peut que M. Macron, à l’imagination politique si fertile, ait derrière la tête une de ses idées qui n’ont cessé de nous fasciner depuis huit ans qu’il est là où il se trouve : faire entrer ces fabuleuses personnalités dans son gouvernement. Il est vrai qu’elles n’y feraient pas vraiment tache, à considérer la fine équipe que nous subissons en ce moment.

(Futures) électrices de Jean-Luc Mélenchon réunies Place de la République à Paris pour réclamer le retour de Rima Hassan et de la « flotille de la liberté », 9 juin 2025. Stefano Lorusso/ZUMA/SIPA

Bayrou tient le coupable

Car si nous avons notre Don Quichotte, nous avons aussi notre Sancho Panza en la personne de notre si réjouissant Premier ministre. Il était hier soir l’invité de TF1, pour le 20 heures. Plutôt fatigué, l’invité, cherchant ses mots, manifestement accablé du surpoids d’un désastre national que, à l’image de son maître, il est parfaitement incapable non seulement d’endiguer mais même de diagnostiquer pour de bon.

A ne pas manquer: Causeur #135: A-t-on le droit de défendre Israël?

En fait, là je me montre quelque peu injuste, car notre Sancho Panza est venu dire à la télé, entendant probablement rassurer les populations atterrées, qu’il avait parfaitement identifié le coupable dans ces terrifiants assassinats à l’arme blanche commis par des gamins. Le coupable, braves gens, n’est autre que le couteau. Non pas la main qui le manie et en use pour tuer, mais le couteau. D’où les décisions assez pitoyables qu’il a cru bon d’annoncer. Mieux en contrôler l’accès à la vente sur internet, la possession et le transport, et patati et patata… Toutes mesures dont on connaît les éblouissants résultats obtenus en matière de drogue et d’armes à feu. Interdites elles aussi et pourtant à peu près omniprésentes sur le territoire, avec il est vrai des zones de prédilection. On sait lesquelles.

L’homme de Matignon a évoqué une « culture du couteau ». Soit.  Elle serait plutôt récente chez nous. Y aurait-il dans cette mode une part d’effet d’importation ? La question mérite d’être posée.

B.A BA de « vivre ensemble »

Chez nous, autrefois, la culture qu’on inculquait de gré ou de force – je dis bien de gré ou de force aux têtes blondes – relevait d’une morale, certes d’origine biblique et religieuse mais que le monde profane, laïque avait fait sienne, et qui tenait en une phrase. Quelques mots que les maîtres d’école avaient soin d’écrire sur le tableau noir chaque matin, lorsque la journée scolaire devait impérativement commencer par une leçon de morale : « Tu ne tueras pas. » Une interrogation : quand et où les gamins d’aujourd’hui ont-ils bien pu entendre cette injonction de simple bon sens ? L’entendre ne serait-ce qu’une seule fois ? Quand et où s’est-on fait un devoir de la leur fourrer dans le crâne ?

Et si nous commencions par-là, dès demain matin. Cela ne coûterait rien et dispenserait Madame la ministre de l’Éducation nationale de continuer à perdre un temps précieux à s’inventer elle aussi des moulins à combattre, démarche d’une parfaite inutilité et d’un cynisme stupéfiant en regard de la gravité de la situation.

« Tu ne tueras pas ». Le B.A BA de « vivre ensemble » comme ils disent. Cela aura été le fonds de notre culture commune durant des millénaires. Certes, il ne faudrait pas en attendre des miracles, mais ce serait au moins un premier pas. Et, en filigrane, la reconnaissance du fait incontournable que le coupable n’est pas l’outil, le couteau, mais bel et bien l’individu qui l’a en main.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

Price: ---

0 used & new available from

Meurtre d’une surveillante de collège: le réel humilie le pouvoir

0
Capture BFMTV.

L’exécutif, en profond décalage, apparait comme désemparé et sidéré face à la prolifération des couteaux dans les établissements scolaires.


– Selon les autorités, le meurtrier, Quentin G. était scolarisé en 3e dans l’établissement scolaire et inconnu de la police. Les motifs de son geste étaient inconnus au moment où nous rédigeons cette analyse. Ses deux parents travaillent, il ne présentait plus de difficultés particulières, et était même « ambassadeur harcèlement » après avoir pourtant fait l’objet de deux exclusions scolaires l’année passée pour des perturbations en classe.
– N’écartant pas hier la possibilité d’une question de santé mentale concernant ce drame, le ministre de l’Intérieur Retailleau a affirmé : « J’ai souvent dit qu’une société laxiste qui avait déconstruit tous les repères et tous les cadres communs avait engendré parfois finalement une fabrique de barbares ».
« Ce n’est pas seulement un fait isolé, c’est une dérive de la société (…) c’est une décomposition de la société dans laquelle nous vivons. (…) Nous ne pouvons pas demeurer les bras baissés devant ce qui est en train de se passer ; il va falloir durcir la réglementation et travailler sur les portiques à l’entrée des établissements » a déclaré le Premier ministre Bayrou à l’Assemblée nationale.

Hier, en fin de matinée, l’annonce de l’information tragique a tout emporté. À Nogent (52), au collège Françoise Dolto, une jeune surveillante de 31 ans, Mélanie G. est morte sous les coups de couteau d’un jeune garçon de 14 ans, au moment d’un contrôle des sacs effectué par des gendarmes. La nouvelle a choqué par sa violence et sa brutalité. Le jeune âge de l’auteur du crime, le fait que l’institution scolaire soit une fois de plus endeuillée, qu’un de ses membres soit tué dans l’exercice de fonctions qui, en principe, n’impliquent pas de tels dangers, et la répétition de faits divers atroces sur notre territoire — tout concourt à frapper les esprits. Mais si ce drame est aussi significatif, c’est aussi parce qu’il vient clore de façon tragique une séquence politique où la posture présidentielle récente, qui nie la montée de la violence, termine humiliée par le réel.

Le contretemps fâcheux d’Emmanuel Macron

Cette séquence s’ouvre par un entretien donné par Emmanuel Macron à la presse régionale le 7 juin. Entretien au cours duquel il déplore le manque d’intérêt que suscite le sommet de l’ONU sur les océans et s’en prend à « ceux qui préfèrent brainwasher sur l’invasion du pays et les derniers faits divers ». Le problème, c’est que l’immigration et les questions soulevées par ces faits de société sont au cœur des préoccupations des Français et qu’ils ne les considèrent pas comme secondaires. Une fois de plus les propos du président sont vécus comme insultants pour les citoyens, manquant de compassion pour les victimes et les familles, inutilement agressifs et politiquement contreproductifs.

Face à la polémique, Emmanuel Macron se raidit et envoie au front Elisabeth Borne. S’il s’agit de séduire les Français afin de retisser le lien, le choix du médiateur est curieux ; il donne d’ailleurs les résultats auxquels on pouvait s’attendre : chargée d’incarner la voix de son maître, elle donne aussi dans le mépris technocratique et l’absence d’empathie. Pire même, lors d’une séquence lunaire, elle explique que l’on ne peut légiférer sous le coup de l’émotion… De quoi sidérer des Français qui pensent qu’en matière d’ensauvagement et de violence des mineurs, les constats sont posés, que des solutions existent mais que le vrai problème est le refus d’agir, le déni politique. Dans l’absolu, tout le monde comprend que réagir à chaud n’est pas bon, mais là ce qui indigne, c’est la multiplication des alertes, le temps depuis lequel une réaction politique est attendue, les mots tonitruants qui accompagnent chaque mort, mais l’absence dans les faits de toute volonté réelle et de résultats. La crise d’Emmanuel Macron et d’Elisabeth Borne apparaît donc pour ce qu’elle est, un trépignement d’enfants frustrés qui ne pèsent plus sur la marche du monde, dont la voix ne porte plus dans les débats qui vont structurer la prochaine présidentielle. Ils en sont réduits à se servir de leur position de pouvoir pour disqualifier ce sur quoi ils n’ont finalement plus de prise. Car la vérité est que leur parole ne compte plus.

A lire aussi, Marlène Giol : Violences de rue : au-delà de la sanction légitime, quelle politique jeunesse ?

Elle ne compte plus, mais elle blesse encore. Et elle a blessé la mère d’Elias, ce jeune garçon de 14 ans férocement attaqué à coups de machette à Paris par des jeunes délinquants laissés en liberté. Celle-ci a vécu une première violence dans la façon dont l’histoire du meurtre de son enfant a été racontée. Parce que ces jeunes étaient issus de la diversité, à cause de la gratuité de l’attaque, de la nature de l’arme utilisée, de la violence des coups, une partie de la presse a eu peur que cela n’alimente les commentaires de l’extrême-droite, selon ses justifications, et a choisi de raconter une version mensongère de cette histoire. À cette injustice s’est ajouté le fait que le meurtre d’Elias a été cité par Elisabeth Borne comme un de ces faits divers, susceptible d’alimenter une réaction « à chaud » alors que ces situations méritent des réflexions plus approfondies. La réponse de la mère d’Elias est cinglante. Invitée sur BFM TV ce mardi 10 juin, dans la matinale, elle était venue expliquer pourquoi la prise de parole d’Elisabeth Borne l’avait choquée et est revenue longuement sur l’emploi par celle-ci du mot « fait divers » et « réfléchir ». Elle a compris que réduire le crime commis sur son fils à un fait divers, c’est le rendre insignifiant, donc ne nécessitant pas de réponse politique dans le fond. Quant à son rejet de l’utilisation par la ministre du terme « réfléchir », ce n’était pas un refus de la connaissance ou de l’analyse qui s’exprimait, pas non plus une colère qui se déversait. Non, c’était l’expression d’une profonde lassitude. Elle a parfaitement compris que ce mot est dans la bouche d’Elisabeth Borne, une manœuvre dilatoire. C’est contre cette façon de draper dans une apparence de vertu, une réalité d’impuissance et de refus d’agir que la mère d’Elias s’est élevée, avec justesse et dignité.

Le gouvernement mobilisé

Or la réalité de cette souffrance n’a fait qu’accentuer le sentiment qu’en matière de sécurité, le chef de l’État et une partie de ses ministres faisaient le choix du déni ou du moins du désaveu des personnalités les plus en pointe sur cette question. Cette prise de parole courageuse de la mère d’une victime de la montée de cette violence gratuite avait déjà dynamité la posture désastreuse du président et de sa ministre quand la nouvelle du meurtre à coups de couteau de la jeune femme surveillante de collège en Haute-Marne est tombée. Emmanuel Macron a vu se retourner contre lui sa tentative d’accuser ses contestataires de commettre un lavage de cerveau sur une population sans défense, simplement parce qu’ils répondaient aux aspirations de la population en matière de sécurité. Le tragique rend insupportable la posture.

A lire aussi, Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques: Les Frères sous le tapis

Et justement, voilà que face au drame qui vient de se dérouler à Nogent, les citoyens ont droit à leur lot de paroles exaltées et définitives. Le président tweete donc que « la nation est en deuil et le gouvernement mobilisé pour faire reculer le crime ». Elisabeth Borne explique en bonne technocrate qu’ « il faut une réponse globale notamment sur une meilleure régulation de la vente des armes blanches ». Qui croit encore que la réponse peut venir d’un président ambigu en matière de sécurité, et qui au terme d’une prise de parole mal gérée, voit un nouveau drame démentir son discours ? Personne. Les Français n’attendent plus rien de leur président. Ou plutôt si, la fin de son mandat. Ils espèrent qu’en 2027 ils auront à nouveau une campagne présidentielle qui pourrait renouer avec ce qui fait le fondement de la cinquième république, la rencontre entre un homme, le peuple et un projet d’avenir. En attendant, ils voient les tweets politiques compassionnels s’accumuler après une nouvelle tragédie tout en sachant qu’aucune décision forte n’interviendra. Et ils pensent peut-être aussi que nos problèmes résident moins dans la question temporaire de l’absence de majorité législative que dans celle plus structurelle du manque de courage d’une partie de leurs représentants…

Les «Très Riches Heures» du Duc de Berry, l’exposition évènement

0
La Chute des anges rebelles des Frères Limbourg dans Les Très Riches Heures du duc de Berry. Entre 1411 et 1416. DR.

Le Saint-Graal de l’enluminure gothique en majesté, à Chantilly


Le Gotha du Gothique international, gratin des conservateurs, des chartistes, historiens, sponsors prestigieux, se sont retrouvés samedi 7 juin à Chantilly pour honorer les Très Riches Heures du Duc de Berry. L’exposition de la décennie, du siècle peut-être, à ne rater sous aucun prétexte (jusqu’au 5 octobre), est portée depuis quinze ans par Mathieu Deldicque, directeur du Musée Condé, assisté de Marie-Pierre Dion, conservatrice générale des bibliothèques. Jamais nous ne reverrons de notre vivant une telle densité de manuscrits enluminés sublimant l’âge d’or du mécénat princier à la cour de Charles V, des ducs de Berry, de Bourgogne et d’Anjou.

C’est aussi l’occasion de (re)venir admirer le château, les Raphaël, Poussin, Ingres, Delacroix, Clouet du musée Condé, le fantôme de La Bruyère devisant avec Madame de Sévigné dans les jardins de Le Nôtre, sans oublier l’extraordinaire cabinet des livres du Prince des bibliophiles, Henri d’Orléans. Le duc d’Aumale chérissait les Très Riches Heures, joyau de sa collection, achetées en Italie en 1856. «Ce livre tient une grande place dans l’histoire de l’art ; j’ose dire qu’il n’a pas de rival ». À l’exception, peut-être, du Book of Kells, il ne se trompait pas.

Un « livre monde », chef-d’œuvre absolu

L’homme zodiacal, les scènes de vie paysanne sous la neige, les semailles, vendanges, châteaux disneyens, belles dames du temps jadis, bordures d’acanthes et fleurs d’ancolie, nous les avons tous entrevus, dans le Lagarde et Michard du Moyen âge, des albums, décors de cinéma ; mais jamais nous n’avons eu l’occasion de les admirer de visu. C’est maintenant ou jamais. Temporairement déreliés dans le cadre d’une campagne de restauration pilotée par l’atelier Coralie Barbe, les bifeuillets du calendrier sont exposés dans d’élégants caissons de présentation.

Mécène pieux et avisé, le Duc de Berry commanda les Très Riches Heures aux frères Limbourg (originaires de Nimègue) en 1411, dans un contexte troublé par la guerre de Cent Ans, l’opposition des Armagnacs et Bourguignons. Au mitan du siècle, Barthélémy d’Eyck complète cinq feuillets du calendrier. Jean Colombe parachève le manuscrit, à Bourges, en 1485. 206 folios, 66 grandes compositions, 65 à quart de page, des péricopes des Evangiles, les Heures de la Vierge, l’office des morts… les Très Riches Heures ne se réduisent pas à la féérie du calendrier. Trois maîtres rivalisant de raffinement ont accouché d’un chef-d’œuvre absolu, un « livre monde » aux sources d’inspiration septentrionales et italiennes. Léopold Delisle, Paul Durrieu, plus tard Millard Meiss ou Patricia Stirnemann ont su donner au livre la place qu’il mérite, la première.

« La vue ou l’audition des choses très-parfaites cause une certaine souffrance. Dans le cas de ces miniatures, n’est-on pas comme brûlé par une fine pluie de feu ? De telles œuvres sont pareilles au foyer d’une lentille qui rassemble en un point ardent la lumière de tout l’espace. Par une concentration éperdue elles tirent du monde des formes une sorte de joyau, une chose-fée » (Adrienne Monnier).

Photo: J.Houyvet

L’exposition du siècle

Pour honorer comme il se doit les Très Riches Heures, contextualiser leur genèse et leur influence exceptionnelle dans l’histoire de l’art, les commissaires de l’exposition ont convié le nec plus ultra de l’enluminure gothique. La grande fratrie des livres d’Heures, psautiers, bréviaires du Duc, bien sûr, mais aussi une ribambelle d’illustres cousins éloignés : une Cité de Dieu, des Grandes chroniques de France, Antiquités judaïques. Les codex somptueux mettent en scène des modèles de sagesse, de piété, de sainteté, David, Salomon, Constantin, Augustin…

Nous cheminons dans une forêt de miniatures saturées de lapis lazuli, vermillon, ocre-jaune, des armoiries d’azur semé de fleurs de lis d’or à la bordure engrelée de gueules. Les symboles, devises, enluminures, se répondent dans une profonde unité, chantent la gloire de Dieu, des alliances matrimoniales. Nous admirons d’insignes trésors patrimoniaux : la coupe de Sainte Agnès, une croix d’assermentation de l’ordre de la toison d’or, la douceur infinie de la vierge à l’enfant de Jean de Cambrai. Vandalisé en 1793, le gisant de Jean de Berry veillé par un ours (son animal totem) a fait le voyage depuis Saint-Etienne de Bourges. « Le temps a laissié son manteau »…

Au fil des siècles, les Très Riches Heures sont restées un talisman national, iconique, rassurant. Le 1er juin 1940, la France est au bord de l’abîme. Dans la revue « Verve », pour conjurer le désastre annoncé, Adrienne Monnier cherche le visage de la France. « Devant les Très Riches Heures du Duc de Berry il me semblait apercevoir, à travers une émeraude magique, la nature même de la France… notre terre et ses gens vêtus de couleurs franche, les gestes de travail purs comme ceux des messes, dames aux robe-fleurs, fanfare du loisir, l’eau vive, la ramure, les désirs, les amours, de beaux châteaux lointains, un ciel qui nous rassure, nos bêtes près de nous, des jours teints d’espérance et finement tissés ». Ironie de l’histoire, deux ans plus tard, « Les Visiteurs du soir » nous transportent dans un Moyen Âge directement inspiré de l’iconographie des Très Riches Heures. L’or du temps.

Les cœurs battent, battent sous la pierre, dans « le bleu des soirs d’Île-de-France » et les enluminures des frères Limbourg. Tout est bien qui finit bien. As Time Goes By« We’ll always have Chantilly ».


Au château de Chantilly. Entrée : 21 €.

L’ouvrage est consultable également sur internet sur le lien suivant.

Trois mousquetaires (au féminin singulier) ont lancé un appel le 4 juin…

0
DR.

Islamisme. À l’Assemblée nationale, Mona Jafarian, Fadila Maaroufi et Lara Fatimi (de gauche à droite sur notre illustration) ont appelé à un sursaut collectif. Qui sont-elles ?


Pendant que Greta et Rima, les célèbres duettistes, faisaient des selfies sur leur yacht en direction de Gaza, d’authentiques héroïnes ont lancé un appel contre un danger véritable. Peut-être un peu comme l’a été celle du 18 juin 40, il est probable que l’importance de l’appel du 4 juin ne sera reconnue que bien plus tard. Ce qui importe, c’est que cet appel a été solennellement lancé au Palais Bourbon, lors d’une conférence sur la liberté des femmes menacée par l’islamisation de la société, par trois femmes exceptionnelles, en présence de Constance Le Grip, députée, et de Paul Amar, journaliste, modérateur de la conférence.

Photo : Liliane Messika

Mona Jafarian

À la différence des touristes humanitaires citées plus haut, Mona Jafarian mérite le titre d’activiste, qui vient du mot « action ».
La révolution de 1979, qui a installé la charia dans l’Iran laïque, avait trois ans quand Mona est née. Venue en France bébé avec sa mère, elle a fait, jusqu’à sa majorité, des allers et retours réguliers avec son pays d’origine pour y visiter son père, incapable de couper ce cordon-là. C’est pourquoi elle y a encore une relation charnelle avec le pays, la langue, les amis et les amies.
« Tout ce qui compose la République islamique ne sème que la mort, la destruction et la faillite », écrit-elle dans Mon Combat.
Son activisme véritable a commencé le 17 septembre 2022, le lendemain de la mort, à Téhéran, de Mahsa Amini, à l’âge de 22 ans. Cette étudiante iranienne d’origine kurde avait été arrêtée trois jours plus tôt par la police de la vertu pour « port de vêtements inappropriés ». Les manifestations monstres qui ont aussitôt érupté ont convaincu la Franco-iranienne que « ce qui se passait était différent. La révolution avait commencé (…) et elle ne s’arrêterait plus jusqu’à la victoire. »

A lire aussi, Gil Mihaely: Al-ikhwān: les Frères, nos ennemis

Mona Jafarian connaissait les violences quotidiennes subies par les femmes iraniennes, elle savait que des milliers d’étudiants avaient été tués pour avoir scandé « Où est mon vote ? » lors des révoltes de 2009, « après l’élection frauduleuse de Mahmoud Ahmadinejad ». Cette révolte, comme celle de 2019, avait été noyée dans le sang des protestataires.

Le mouvement Femme-Vie-Liberté est né de la mort de Mahsa Amini et il a grandi à la vitesse du son et de la lumière dans tout le pays, parce qu’il était porté par les femmes, soutenues par tout un peuple, conscient de son identité (persane), de la singularité de sa religion (zoroastrienne), de sa langue (le farsi) et de son Histoire (deux millénaires de civilisation interrompus lors la colonisation arabo-islamique, il y a 14 siècles, puis partie en marche arrière depuis 1979).
Mais dans sa France d’adoption, tout le monde ignorait aussi bien l’Histoire que l’histoire du voile et de l’islamophobie, inventés par l’ayatollah Khomeiny pour soumettre les femmes (le premier) et les opposants (la seconde).
Ce n’est pas de l’ignorance, c’est une trahison. Elle a été suivie par bien d’autres, notamment celle des médias, qui expliquaient, en commentant les rues noires de manifestants, que la majorité des Iraniens était opposée à cette révolution.

A lire aussi, Charles Rojzman: Islam: obsession ou présence obsédante?

Trahison au carré : le jour où une troisième femme iranienne éprise de liberté a été tuée par la répression, Macron, à New York, a serré chaleureusement la main du « boucher de Téhéran », alias Ebrahim Raïssi, président de la République islamique, devant les caméras.
Trahison au cube, celle des néo-féministes, qui ont choisi de taire la révolution des femmes iraniennes, comme elles ont nié les viols des femmes israéliennes, parce qu’il vaut mieux voir des femmes mourir plutôt que des musulmans accusés. 
Alors Mona s’est lâchée : « Je ne pouvais rester silencieuse face à l’inaction, voire la complaisance des pays dits libres, dont la France, envers nos bourreaux. (…) je ne pouvais passer sous silence ma colère face à la fausse bien-pensance d’extrême gauche, les accusations d’islamophobie pour faire taire les activistes, les menaces de mort et les insultes quotidiennes (…) j’appelle à un sursaut collectif (…) pour ne pas normaliser ce qui va à l’encontre de nos valeurs, et ne plus trembler à l’idée d’être étiquetés islamophobes ou fascistes quand on dénonce une idéologie qui tue en masse. »

Fadila Maaroufi

Née à Bruxelles, dans une famille marocaine habitant un quartier mitoyen de Molenbeek, Fadila Maaroufi a vécu une enfance tissée de violences physiques et psychologiques. Et de viols répétés.
Si elle se consacre, aujourd’hui, à la lutte contre le voile, c’est qu’elle tient son expérience de l’inégalité homme-femmes de première main. Son premier souvenir est celui de son premier viol par un oncle. Elle avait deux ans et savait déjà qu’elle avait participé à un acte impur, qu’Allah ne lui pardonnerait jamais. Dans un rapport sexuel, un homme musulman ne peut pas être coupable. Seule une femme l’est. Même si elle a deux ans. « Il n’y avait pas d’échappatoire : vivante, j’avais peur du châtiment des hommes, morte, c’était l’enfer éternel. »
Quand elle était enfant, Fadila allait à l’école publique, où elle jouait le rôle qu’on attendait d’elle, un rôle bien différent de celui qu’elle tenait à la maison, où il s’agissait d’encaisser et de se taire. Excellente élève, sérénité factice, silence sur l’enfer familial, l’école était son sanctuaire, le seul endroit où elle osait sourire, voire rire.
La famille était un lieu de blessure sans nulle occasion de déverrouiller ses zygomatiques. C’était littéralement une prison, où la vie des filles était faite de contraintes, de douleur, de corvées, de soumission, le tout sans la moindre perspective d’autonomie.
Fadila Maaroufi est une survivante : de cette enfance broyée, d’un mariage forcé à 17 ans avec un cousin de 32 ans, pour qui une épouse n’était qu’un ventre doublé d’une batterie de casseroles, d’un enfermement sectaire dans une religion inhumaine.
Elle a tiré de son expérience mortifère une motivation résolue pour aider les femmes à sortir de la soumission, une motivation qu’elle essaie de transmettre aux Français placides et passifs.
« Si vous voulez savoir à quoi ressemblera Paris dans cinq ans, allez à Bruxelles » répète-t-elle aux islamolâtres parisiens, qui la snobent en s’exhibant, vêtues de burqa griffées Dior et qui caquètent un gloubi-boulga de vivrensemble hors-sol.

Lara Fatimi

Née en France d’une mère catholique et d’un père musulman, Lara Fatimi a eu la chance de bénéficier de l’addition de ses deux cultures. Cette tolérance rare la rend d’autant plus sensible à la réalité du multiculturalisme à la française, où la religion exogène étouffe peu à peu la culture indigène, comme le lierre étouffe les arbres qu’il parasite.

A lire aussi, du même auteur: Londres: tout, sauf froisser l’exquise sensibilité du Hezbollah

Lara Fatimi est avocate au barreau de Paris, dans le cabinet de Thibault de Montbrial, qui défend les droits de l’Homme, et particulièrement ceux d’une catégorie oubliée par les défenseurs habituels de ces droits : les Français et même les policiers français. Il représentait la famille de Jessica Schneider, policière assassinée avec son compagnon Jean-Baptiste Salvaing, en 2016, sous les yeux de leur fils, alors âgé de trois ans. Lors du procès, en 2023, Maître de Montbrial a été menacé de mort par le frère d’un des complices de l’assassin.
En octobre 2020, quand un Tunisien, Brahim Aouissaoui a poignardé trois personnes à la cathédrale de Nice, il a été neutralisé par des policiers municipaux. Leur syndicat, le SDPM, s’est constitué partie civile et c’est Lara Fatimi qui l’a représenté au procès. « Nous sommes plongés dans une guerre civilisationnelle profonde dont le niveau de haine à notre endroit relève pour partie d’une guerre de religion », a-t-elle rappelé à la Cour : « Les policiers municipaux sont désormais des cibles notoires – tout comme les juifs et les chrétiens ». Elle milite pour que les policiers municipaux soient armés, « parce qu’il faut protéger notre société, protéger ceux qui nous protègent.[1] »

L’appel du 4 juin 2025

À l’issue de la conférence du 4 juin dernier, un appel solennel a été lancé par les trois intervenantes, demandant aux parlementaires de légiférer sur cinq mesures concrètes :
1. Dissolution de l’association des Musulmans de France (ex-UOIF) et suppression des subventions des associations fréristes identifiées par le rapport Frères musulmans et islamisme politique en France.  
2. Application ferme de la loi sur l’interdiction des prières de rue et du prosélytisme religieux en cas de trouble à l’ordre public.        
3. Fermeture de tous les lieux de cultes prêchant des principes contraires aux droits humains, notamment les droits des femmes.
4. Interdiction du voile aux mineures. Interdiction du voile dans l’enseignement supérieur public et privé. Interdiction du voile dans le sport (pratique et compétitions sportives).
5. Fermeture des comptes sur les réseaux sociaux des influenceurs islamiques et des imams dont les prêches et les discours sont contraires aux droits humains, en particulier ceux visant les droits des femmes.

Mona Jafarian, Fadila Maaroufi et Lara Fatimi ont reçu une standing ovation de plusieurs minutes. Seront-elles, serons-nous entendues par leurs/nos représentants à l’Assemblée nationale ?


[1] www.sdpm.net/2025/02/police-municipale-plaidoirie-de-maitre-lara-fatimi-la-cour-d-assises-de-paris-attentat-basilique-de-nice.html