Donald Trump et le détroit d’Ormuz : une crise géopolitique aux effets climatiques inattendus
C’est un mystère de la sociologie politique des Français. Beaucoup de ceux qui croient au réchauffement climatique ne croient pas au grand remplacement, et inversement. Peut-être qu’il est trop dur à l’esprit d’envisager deux grands malheurs à la fois. Les Français de 1350 affrontaient deux calamités : la Grande Peste Noire et la Guerre de Cent Ans. Un historien découvrira-t-il un jour que nos ancêtres se déchiraient entre ceux qui craignaient avant tout les Perfides Anglois et ceux que terrifiait le bacille de Yersin ?
Punis !
J’ai d’excellentes raisons de croire à la fois au Grand Réchauffement et au Grand Remplacement. Cette croyance ne vient pas des journaux ou des chaînes d’information en continu, elle me saute aux yeux. J’ai vu l’été dernier, pour la première fois de ma vie de vieux jardinier, mes tomates cuire sur leurs plants, et le temps estival qui règne sur le Sud-Ouest depuis le début d’avril ne m’inspire pas confiance. Dès que je vais dans ma minuscule ville périgourdine, je constate que nos chers visiteurs africains se multiplient et ont tendance à prolonger indéfiniment leur séjour touristique. Ne vous inquiétez pas pour moi, ces constatations ne me détruisent pas. Je bénéficie de deux fermes soutiens, le stoïcisme romain et le christianisme, Sénèque et le Christ, Les Lettre à Lucilius et l’Evangile, que je ne mets bien sûr pas sur le même plan. Il y a en Mathieu 6,26 une merveilleuse leçon de flemme et de désinvolture : “Regardez les oiseaux du ciel, ils ne sèment ni ne moissonnent (…) et votre Père céleste les nourrit.” J’ai toujours pensé que la vie n’était pas vivable sans un minimum de jemenfoutisme.
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Il est difficile de faire changer d’avis les climatosceptiques, dont les croyances sont existentielles, selon l’adjectif à la mode. Qu’ils réfléchissent cependant à ces tristes réalités : “Plages englouties, recul des terres : de la Bretagne à la Côte d’Azur, à quoi ressembleront les côtes françaises en 2050 ? “ se demande le Figaro du 19 avril. “En Nouvelle-Aquitaine (…) la côte sableuse perd en moyenne 1 à 3 m. par an”. Tout cela parce que les glaciers du Groenland et ceux de toutes les chaînes de montagnes fondent rapidement et élèvent le niveau des mers. La Conférence internationale de Santa Marta en Colombie qui s’est terminée le 29 avril affirme que “par son utilisation continue des combustibles fossiles (pétrole, gaz, charbon), l’humanité impose à la planète une dangereuse surchauffe” (site du Courrier International).
Jusqu’à présent, toutes les tentatives de stopper la catastrophe se sont révélées vaines : échec de la dernière réunion du COP sur le plan international. Sur le plan national français, échec de l’écologie politique, qui à force de multiplier d’inutiles brimades comme les ZFE est devenue “l’écologie punitive” et a fortement reculé aux élections municipales. On peut sans trop de risque anticiper sa totale disparition aux législatives de 2027.
Un président climatosceptique
Mais l’Histoire des hommes est tissée de surprises. Qui aurait pu penser qu’un début de solution viendrait d’un président américain climatosceptique ? Qui aurait pu penser que le nom de “détroit d’Ormuz”, au lieu de signifier une catastrophe économique planétaire, deviendrait la parole magique capable de ralentir, de stopper peut-être, la descente aux enfers brûlants de notre chère planète ? Depuis le début de la guerre d’Iran, la consommation mondiale de pétrole a reculé d’une quantité estimée entre 2,5 millions de barils par jour et 4 millions. Bravo ! Claire Bouleau, spécialiste des transports chez Challenges annonce que toutes les compagnies aériennes ont annulé des vols. Bravo ! Le patron de Ryan Air annonce qu’il n’aura plus de kérosène en juin, car 40 % du kérosène mondial passe par le détroit d’Ormuz. Bravo. On sait que l’aviation est l’un des principaux empoisonneurs de notre atmosphère. Le site d’Atlantico annonce le 1er mai “qu’il y a une ruée vers les voitures électriques déclenchée par la guerre en Iran”. Bravo.
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Etrange, ce que n’ont pu faire les recommandations internationales et les bêlements aigre-doux de nos écologistes nationaux, un président américain le fait grâce à la collaboration des Iraniens. Je le dis sans ironie : il faut souhaiter que le double blocus du détroit d’Ormuz dure le plus longtemps possible. Coup de chance, Donald Trump mène là-bas une guerre planplan, personne ne meurt ces jours-ci, les soldats américains bronzent sur les porte-avions, les Iraniens fument ou sniffent la contrebande venue d’Afghanistan. Cette béatitude générale peut durer longtemps, Donald ne s’inquiète pas des midterms, il sait bien que tous les présidents en place les perdent. Les peuples démocratiques sont volages.
La haine irraisonnée des Français envers les présidents américains du camp républicain est néfaste à leur intelligence. J’ai vu en 1984 sur les quais de Strasbourg une scène honteuse : le passage sous les huées de la foule du président Ronald Reagan qui se rendait au Conseil de l’Europe. Son crime ? Il voulait déployer des fusées en Allemagne pour répondre aux fusées soviétiques qui menaçaient l’Europe. Peu de temps après, Reagan a provoqué l’effondrement de ce triste tigre en carton, l’Urss, en le ruinant par la course aux étoiles. On sait moins qu’avec l’appui de Margaret Thatcher, il a réussi à interdire internationalement l’usage des gaz qui détruisaient la couche d’ozone. Aujourd’hui on n’entend que des louanges de Ronald Reagan. Vous n’aimez toujours pas Trump ? Pensez qu’il sera parti dans deux ans, alors que Poutine et Xi vous regarderont encore avec leurs sourires vipérins.




