Une irresponsable qui danse sur un volcan. La France de 2026 se rapproche de la Grèce de 2008. Le monstrueux déficit budgétaire de l’État risque de tout engloutir, mais aucun candidat à la présidentielle n’aura les tripes d’en parler. De toute façon, les Français ne veulent pas le savoir.
On évoque souvent la « déconnexion » des élites, mais elle n’est rien en comparaison de celle de l’ensemble des Français en matière d’économie. La campagne présidentielle qui va s’ouvrir après les élections municipales sera sans doute l’occasion pour certains candidats de tenter de les dessiller – à leurs risques et périls. On parle bien sûr uniquement des aspirants du « bloc central » ou de « l’ultra-droite ». En ce qui concerne le RN, le projet est limpide – les immigrés paieront, pas les électeurs. Pour la gauche, le programme est également déjà affiché : dépenser plus et taxer les riches qui, c’est bien connu, ne paient pas d’impôts. 53 % des Français vivant aux crochets des 47 % qui bossent dur, on en vient d’ailleurs à se demander qui finance notre modèle social. Foin de cette minable démagogie, intéressons-nous à l’une des choses les mieux dissimulées sous nos cieux : la réalité.
Le tournant de la rigueur au Sud
Réalité des déficits, de l’endettement, de la croissance et des défis à relever – du réarmement au vieillissement de la population en passant par la relance du nucléaire. Un voyage à l’étranger ne ferait pas de mal à nos candidats putatifs. Ils pourraient ainsi visiter la Grèce, le Portugal ou l’Espagne. Voici des pays qui affichaient il y a une dizaine d’années des déficits publics records, un taux d’endettement en hausse constante et une croissance faible, voire négative. C’est justement l’inquiétante situation de la France en 2026. Alors qu’au sud, tout va mieux. La Grèce emprunte désormais à des taux plus favorables que notre arrogant pays. Qui plus est, à écouter nos plus hauts responsables (ce que peu font et on les comprend), l’ensemble des objectifs qu’ils affichent – relancer la croissance, baisser les déficits ou la charge de la dette – sont exactement les résultats obtenus là-bas. Une âme simple en déduirait que les politiques mises en œuvre par Athènes, Lisbonne ou Madrid ne peuvent être à des années-lumière de ce que le futur président de la République devrait proposer aux Français. Avant d’applaudir, passons en revue quelques ingrédients de la potion que nos voisins hâlés ont dû avaler.
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Tous ont commencé par repousser l’âge de départ à la retraite – passage de 60 à 67 ans en Grèce, et d’un coup en plus. Les Hellènes touchant une pension supérieure à 1 200 euros ont vu celle-ci amputée de 20 à 40 % et les « riches » pensionnés portugais ont subi jusqu’à 10 % d’imposition supplémentaire. Inutile d’espérer non plus, à Lisbonne, une revalorisation annuelle des pensions au-delà de 0,25 % – perte garantie du totémique « pouvoir d’achat » pour les seniors. Le salaire des fonctionnaires a partout été gelé, voire diminué (de 2,5 à 12 % chez les rudes Ibères). Toujours au Portugal, le salaire minimum a été figé et le temps de travail augmenté de 35 à 40 heures. La TVA y est incidemment passée à 23 %. En Espagne, le marché du travail a été réformé pour faciliter les licenciements et favoriser la compétitivité. Cerise sur le gâteau, les dépenses de santé ont été plafonnées en Grèce à 6 % du PIB. Elles représentent à ce jour en France… 12 %. La salle se tétanise ; les applaudissements envisagés se muent en huées. « Mais cela reviendrait à rembourser l’argent magique du quoi qu’il en coûte !? » hurle un indigné. Voilà mon grand, tu as compris. Et pendant une dizaine d’années.
Thérapie fiscale
Revenons à 2027 et aux programmes que nos candidats préparent en faisant de l’huile (d’olive ?). En 2017, un certain François Fillon promettait déjà un « choc de compétitivité ». Suppression de 500 000 postes de fonctionnaires, réduction sur cinq ans des dépenses publiques de 100 milliards d’euros, abrogation des 35 heures, retraite à 65 ans, le tout pimenté d’une hausse de la TVA de deux points (sans parler de ses mesures – ignobles – visant à tenter de contrôler islam et immigration). Outre la justice, les syndicats, les médias, bref, le cœur des vierges, même Nicolas Sarkozy s’était montré dubitatif sur sa capacité à se faire élire avec une telle médication du corps social français. Il était pourtant déjà gravement malade, mais beaucoup moins que sous l’ère Macron. Abominable projet en 2017 – conviction du PNF, à l’évidence, qui l’a disqualifié –, ce programme fait aujourd’hui figure de bonbon sucré.
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En effet, le plan Fillon appliqué en 2027 ne suffirait tout simplement pas à nous sortir du gouffre dans lequel « les partis de gouvernement » nous ont menés. Ce n’est plus 100 milliards d’économies, mais 150 à 180 qu’il faut désormais viser. Car les taux d’intérêt ont augmenté et fait exploser la charge de la dette – 41 milliards en 2017, 85 en 2026. S’il y a dix ans Sarkozy avait déclaré « On ne peut pas gagner une élection en promettant du sang et des larmes », quel suicidaire candidat se fera en 2027 le héraut d’un tel tsunami programmatique ? Un ou deux sans doute. De là à se faire élire…
L’aumône des marchés
Le plus vraisemblable demeure que le futur locataire de l’Élysée fasse comme ses prédécesseurs : rien qui puisse conduire à une révolte sociale. Contrairement aux pays du Sud, la France dispose, il est vrai, d’atouts et notamment d’un pouvoir de nuisance très supérieur à ses voisins jadis impécunieux. Bien à l’abri du risque systémique que représente la France pour l’euro et la finance mondiale, il persistera à faire peser la menace nucléaire d’un défaut de la France pour que les marchés continuent à nous faire l’aumône – mais à des taux usuraires. Il les rassurera avec la formidable richesse accumulée par les ménages français qui savent, en leur for intérieur, que le manège finira bien par s’arrêter de tourner un jour. Leurs 6 000 milliards d’épargne constituent désormais une garantie plus forte que les serments de nos politiciens démonétisés. Notre futur président ne se privera d’ailleurs pas d’en ponctionner une partie pour pouvoir payer les ronds-de-cuir qui roupillent dans les rectorats ou les différentes strates des administrations territoriales. Il parlera croissance, mais n’en verra jamais la couleur puisqu’avec des taux à 3,5 %, très supérieurs à l’anémique croissance de 1 %, celle-ci restera un rêve inaccessible.
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Si les Français se connectaient enfin à la dure réalité, ils réaliseraient la prophétie infatuée de François Mitterrand – « Après moi, il n’y aura que des comptables ». Il n’y a malheureusement eu que des couilles molles qui ne savent pas compter. Tiens, il paraît que l’Allemagne envisage de repousser la retraite à 70 ans. N’importe quoi.




