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Commission Alloncle: le rapport consenti!

« Causeur » propose un dossier de 30 pages sur le rapport Alloncle


Commission Alloncle: le rapport consenti!
Charles Alloncle, rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, Assemblée nationale, Paris, 8 avril 2026. © Stephane Lemouton/SIPA

À en juger par les jérémiades et criailleries que son rapport a suscitées, on dirait que Charles Alloncle a levé de sacrés lièvres. Il a en tout cas exposé des problèmes de gestion à France Télévisions et confirmé le défaut de pluralisme à Radio France. Pour une partie de la classe politique, il est scandaleux, voire honteux, de permettre aux Français de soulever le capot de l’audiovisuel public. Il est peu probable que cela aboutisse à de grands changements.


On savait déjà que la télé rend dingues ceux qui la font, parfois ceux qui la regardent. On a maintenant la preuve qu’elle rend mabouls ceux qui la contrôlent. Le 27 avril, quand les membres de la commission d’enquête parlementaire consacrée à l’audiovisuel public se réunissent à huis clos à l’Assemblée nationale, un parfum de folie flotte dans l’air. Alors qu’il s’agit simplement ce jour-là d’accomplir une formalité – autoriser la publication des conclusions du rapporteur Charles Alloncle –, la séance va durer près de cinq heures. Le texte pourtant ne les engage à rien et n’a aucune force contraignante. Dans l’assistance, chacun sait bien du reste qu’il lui sera parfaitement loisible de s’en démarquer et de l’étriller publiquement dès sa parution.

Seulement, pour les dix élus de gauche présents dans la salle (sur trente membres en tout), le simple fait qu’Alloncle, député UDR – c’est-à-dire allié du RN – , ait pu consigner dans un document officiel ses réflexions sur la radio et la télévision publiques est inacceptable. « On doit avoir un geste de courage qui est de censurer Charles Alloncle pour l’ensemble de son œuvre », déclare carrément l’écologiste Jérémie Iordanoff avant que les portes se ferment, et que les Insoumis, les Verts et les socialistes se défoulent successivement sur l’élu ciottiste en lui assénant tout le mal qu’ils pensent de lui, de son usage compulsif des réseaux sociaux, de son obsession populiste pour les sommes « empochées » par les producteurs et de ses passages répétés sur les médias de Vincent Bolloré. Quitte à l’accuser d’être sous « l’influence » et « l’ingérence » de l’homme d’affaires breton, et même d’œuvrer à la « trumpisation » de la France.

Un projecteur braqué sur l’audiovisuel public

Drôle de conception du courage. En réalité, l’enterrement du rapport Alloncle, qui n’a finalement pas eu lieu, aurait constitué un fâcheux précédent, évidemment contraire à l’esprit des lois et en particulier aux droits d’expression des oppositions. Jusqu’à présent, seul un rapport d’enquête parlementaire est resté confidentiel dans l’histoire de la Ve République : celui qui portait en 2011 sur le financement des syndicats (il sera consultable en 2036). Mais, à la différence de la commission sur l’audiovisuel public, les auditions s’étaient tenues à huis clos. Dès le départ, il était donc envisagé que les informations récoltées restent couvertes par le secret pendant une période donnée. Rien à voir donc avec le travail mené à ciel ouvert par Alloncle et son collègue philippo-macroniste Jérémie Patrier-Leitus, président de la commission.

Un travail titanesque. Plus de deux cents heures d’auditions et 230 personnes interrogées. Et deux sujets principaux en ligne de mire : la neutralité et le financement de l’audiovisuel public. L’un et l’autre étant notoirement sujets à critiques. Surtout depuis septembre dernier, quand, coup sur coup, deux affaires ont gâché la rentrée des dirigeants de Radio France et France Télévisions. Tout d’abord le scandale Legrand-Cohen, déclenché par la mise en ligne de la vidéo de L’Incorrect où l’on voit les deux vedettes du commentaire politique sur France Inter et France 5 s’entendre comme larrons en foire avec deux éminences grises du Parti socialiste. Ensuite, la parution d’un rapport de la Cour des comptes, qui déplore une situation financière « lourdement dégradée » à France Télévisions et enjoint le groupe dirigé par Delphine Ernotte-Cunci de mener des « réformes structurelles sans délai ».

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Il était donc légitime, et même nécessaire, qu’un coup de projecteur soit braqué sur l’audiovisuel public. Et que les questions qui intéressent légitimement les Français soient soumises à ses dirigeants. Comment expliquer que le salaire moyen soit plus élevé dans ces entreprises paraétatiques que chez les concurrents du privé (bien que les dirigeants y soient, en revanche, moins payés que dans le privé). Quelles mesures ont-elles été prises pour empêcher les copinages avec les sociétés de production extérieures ? Doit-on accepter que les antennes de Radio France et France Télévisions penchent autant à gauche, comme le démontre impeccablement Gilles-William Goldnadel dans notre dossier du mois? Toutefois, tout téléspectateur-auditeur-payeur peut le constater : sur France Télévisions, les entorses à la neutralité sont moins nombreuses, et souvent moins flagrantes, qu’à Radio France où nul n’essaie de cacher qu’il est en croisade civilisatrice contre l’extrême droite. Si Delphine Ernotte-Cunci a gaffé – en accusant CNews d’être d’extrême droite, elle a laissé penser qu’elle mène un combat politique –, Stéphane Sitbon-Gomez ne se fait pas avoir à ce petit jeu : il n’oublie jamais de rappeler que les électeurs du RN regardent ses chaînes et qu’il le sait.

La fourmilière s’en remettra vite

Résumant à grands traits ses découvertes, Charles Alloncle affirme qu’il y a beaucoup d’entorses à la neutralité à Radio France et beaucoup de problèmes de gestion à France TV. Cependant, au cours des auditions, face à un Alloncle dont le phrasé monocorde cache à peine la tonalité offensive, voire inquisitrice des questions, les accusés – pardon les auditionnés – se défendent plutôt bien. L’audiovisuel public est un bastion progressiste et bien nanti certes, mais ce ne sont pas non plus les écuries d’Augias. Le temps des « voleurs de patates » est, semble-t-il, révolu et les règles d’équilibre de la parole politique imposées par l’Arcom, beaucoup plus restrictives qu’autrefois, sont globalement respectées, même si nous pointons d’hallucinants contre-exemples dans ce numéro.

Si les équipes de France Télévisions qui couvrent le Festival de Cannes ont été mises au pain et à l’eau, enfin presque, il est peu probable que les pistes proposées par Alloncle pour réaliser des économies sérieuses seront envisagées. L’idée de fermer ou de vendre une chaîne ou deux n’a trouvé aucun partisan déclaré durant les six mois d’auditions, comme l’a habilement remarqué Delphine Ernotte-Cunci lors de la séance publique de clôture. Il faut dire que cette question, qui animera sans doute la prochaine campagne présidentielle, était un poil hors sujet par rapport à l’objet de la commission. Et que beaucoup de Français sont comme nous terriblement agacés par l’audiovisuel public, mais attachés à l’audiovisuel public.

Osons un pronostic : la fourmilière de l’audiovisuel public, dans laquelle Charles Alloncle a mis un grand coup de pied, s’en remettra très vite. Certes quelques petites évolutions ont déjà été annoncées ici et là, histoire de ne pas renvoyer une impression de totale impunité. Si à Radio France, elles sont plus que discrètes – mais le cas de la Maison ronde est de toute façon désespéré –, à France Télévisions, les dirigeants ont moins fait le dos rond. Face aux révélations sur les suites mises à leur disposition au Majestic lorsqu’ils sont au Festival de Cannes, des consignes de sobriété ont été prises. Le prix maximum des chambres est désormais fixé à 500 euros, excluant donc d’office les établissements de luxe de la Croisette.

Soit dit en passant, les palaces de la Côte, bondés à cette saison, ne sont pas des lieux tellement agréables pendant la Quinzaine et nous n’avons toujours pas compris en quoi il serait choquant que des représentants « officiels » de la culture française soient aussi bien traités que les autres festivaliers. Mais au-delà de cette mesure ultra-symbolique – et un peu démagogique –, c’est sur le plan éditorial que des changements plus sérieux pourraient se profiler. Comme nous l’a confié Stéphane Sitbon-Gomez, numéro deux du groupe, dans notre dossier du mois, une réflexion est en cours sur la place des éditorialistes maison à l’antenne. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour lui ça veut dire beaucoup. Car son pouvoir en la matière est fort mince.

Charles Alloncle a en effet tort de considérer Sitbon-Gomez comme le responsable des journalistes de France Télévisions, même si l’information fait désormais partie de son périmètre. Que ce soit à France Télévisions ou à Radio France, les rédactions et, à FTV, les émissions d’investigation, sont des puissances avec lesquelles les directions doivent composer. À quoi il faut ajouter le pouvoir exorbitant des syndicats. Dans l’audiovisuel public, les véritables chefs des rédactions se trouvent dans les délégations syndicales. Les membres du codir passent, la CGT reste. On a bien vu son pouvoir immense lorsqu’elle a publié un tract assassin contre la reporter Claire Koç en octobre 2025. Celle-ci, réfugiée politique d’origine turque, venait de signer un sujet pour France Info TV sur une exposition artistique organisée à l’occasion des deux ans du 7-Octobre. Autant dire qu’elle avait violé les règles tacites du Politburo ! Le reportage « n’adopte qu’un seul point de vue, celui d’une communauté juive, écrit la CGT, il reprend pour une bonne part les thèses du CRIF ». Questionnés par la commission au sujet de cette abjection, les responsables du syndicat ont reconnu une erreur à mots couverts, mais bien sûr ils n’ont pas présenté d’excuses. Ils se savent intouchables. Ils le savent depuis longtemps. Au moins depuis 2011, date à laquelle la commission d’enquête sur le financement de leurs organisations a été enterrée.

Mai 2026 – #145

Article extrait du Magazine Causeur




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Elisabeth Lévy est directrice de la rédaction de Causeur. Jean-Baptiste Roques est directeur adjoint de la rédaction.

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