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Ce que le réel révèle: la fracture, la peur, le déni — ou l’insoutenable légèreté de l’élite française

Séparatisme. La France est entrée dans l’ère du mensonge poli, où les mots sont devenus suspects.


Il y a dans le regard que la France porte sur elle-même quelque chose d’exténué, de trouble, comme si, à force de nier le réel, elle avait fini par s’exiler d’elle-même.

La surdité tranquille

Depuis des décennies, les classes populaires — cette France périphérique que l’on ne nomme plus que pour s’en prémunir — cherchent à dire quelque chose, à articuler une plainte sourde, un cri contenu, un refus d’être reléguées à l’invisible. Leur voix, trop longtemps tenue pour vulgaire ou dangereuse, s’est portée sur un vote que l’on dit « extrême », faute de mieux, mais qui n’est que le dernier refuge d’une parole qui ne trouve plus d’asile dans les salons républicains.

Ce vote n’est ni nostalgique ni haineux, pas plus qu’il n’est le symptôme d’une quelconque pathologie morale : il est d’abord un appel à la reconnaissance. Mais les élites, qui vivent hors-sol, dans une République désincarnée, n’ont voulu y voir qu’une rechute du Mal. Elles ont disqualifié, injurié, psychiatrisé — tout ce qui permet d’éviter d’écouter. La sociologie, devenue prêche idéologique, s’est érigée en douane morale, rejetant toute inquiétude populaire au rang de préjugé, toute angoisse identitaire au rang de xénophobie.

Ainsi s’est installée une surdité tranquille. On s’est moqué du « sentiment d’insécurité ». On a ri, dans les amphis et les chaînes publiques, de ceux qui voyaient leur quartier changer de visage, leur langue devenir étrangère, leur culture minoritaire. La peur, pourtant fondée, a été traitée comme une faute. Et le réel, ce réel que la littérature n’a jamais cessé d’habiter, fut relégué dans l’indicible.

Nouvelle morale

La gauche, ivre de sa morale post-coloniale, s’est enfermée dans une grille de lecture binaire, brutale, presque théologique : les dominés ont raison, les dominants ont tort. Cette foi aveugle a engendré une lâcheté nouvelle — celle qui, au nom du Bien, refuse de voir le Mal. L’islamisme, pourtant quotidien, palpable, n’était qu’une « invention médiatique ». Le voile n’était pas un symptôme mais une « liberté ». La République n’était plus qu’un mot, vidé de sa substance, réduit à quelques incantations sans force.

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Plus grave encore : certains ont pactisé. La France Insoumise, par électoralisme ou par fascination pour l’Autre, a cédé aux sirènes du communautarisme, trahissant la laïcité au nom d’un peuple fantasmatique. Ce n’est plus seulement un aveuglement : c’est une complicité tranquille, un renoncement travesti en courage.

Et pendant ce temps, une partie des élites juives françaises, pétrie de mémoire, hantée par les spectres du XXe siècle, n’a vu dans la montée du RN qu’un retour du passé. Leur peur, si compréhensible soit-elle, les a enfermées dans un antiracisme désincarné, devenant parfois les otages involontaires d’un discours qui nie les nouvelles formes de haine — celles qui ne viennent pas de l’extrême droite, mais des franges radicalisées d’un islam politique conquérant.

Les mots deviennent suspects

Nous vivons une ère du mensonge poli. La violence, le repli, la sécession territoriale ne sont plus des fantasmes : ce sont des réalités, perceptibles par tous ceux qui n’ont pas le luxe de les fuir. Mais les mots, eux, sont devenus suspects. Dire, c’est déjà trahir.

Alors la confiance se délite. Le peuple, abandonné, se retire dans un silence lourd, ou dans un vote que l’on appelle « populiste » pour ne pas dire « désespéré ». Ce ne sont pas les partis extrêmes qui minent la démocratie : c’est l’abandon du réel, la peur de nommer, l’extinction du courage.

George Orwell, ce pessimiste lucide, l’avait vu venir : les élites, lorsqu’elles préfèrent l’idéologie à l’expérience, deviennent ennemies du peuple. Nous y sommes. Et c’est pourquoi la fracture n’est pas simplement politique : elle est existentielle. Elle dit le divorce entre ceux qui vivent le réel et ceux qui l’exècrent.

Il faut, non pas réenchanter le monde, comme le répètent les poètes subventionnés, mais réapprendre à nommer. A regarder ce qui est, non ce qu’on voudrait qu’il soit. Et cela suppose une parole débarrassée de ses fictions morales, une parole nue, risquée, — la seule qui puisse encore rassembler ceux qui le peuvent.

Jean-Luc Mélenchon, un intellectuel qui se trompe…

Notre chroniqueur relève chez le leader de la France Insoumise une posture d’intellectuel peu reluisante, qui lui fait penser à celle récemment mise en lumière par Samuel Fitoussi dans son ouvrage Pourquoi les intellectuels se trompent. Enfermé dans sa propre fiction politique, le chef de file de l’extrême gauche semble chaque jour s’enfoncer davantage — jusqu’à oser comparer Rima Hassan à Victor Hugo !


Jean-Luc Mélenchon, le gourou de La France Insoumise, m’est toujours apparu, depuis qu’il a dépouillé sa défroque conventionnelle de socialiste et d’admirateur éperdu de François Mitterrand, comme une personnalité à double-face : l’extrémiste jouant à la révolution et l’intellectuel qui théorise. Il me semble que les absurdités du premier lui sont souvent pardonnées grâce à la prime donnée au second.

LFI se ridiculise

Quand Jean-Luc Mélenchon ose comparer le retour de Rima Hassan en France à Victor Hugo revenant de Guernesey, il devrait nous faire exploser de rire ou nous étouffer d’indignation. Si on s’est moqué de lui et de son tweet, c’est peu par rapport à ce qu’une telle insanité aurait dû susciter qui dévoie la vie politique, l’écrivain emblématique et ses combats partie intégrante de la légende de notre pays.

Comble d’indécence qui ose comparer cette équipée touristique de quelques heures à peine entravée par une nation démocratique avec le destin exceptionnel d’un géant. Décidément LFI manque d’une qualité essentielle que l’affrontement des oppositions et le heurt des idéologies ne devraient pas supprimer : le sens du ridicule.

Je me suis penché sur cet épisode burlesque et la leçon grotesque qu’en a tirée Jean-Luc Mélenchon parce que j’ai été inspiré par Samuel Fitoussi dont le dernier livre : Pourquoi les intellectuels se trompent, dénonce « les mécanismes sociaux, culturels et cognitifs qui conduisent les intellectuels à l’aveuglement… ».

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George Orwell n’avait-il pas écrit « que certaines idées sont tellement absurdes que seuls les intellectuels peuvent y croire » ? Pour Samuel Fitoussi « non seulement l’intelligence ne protège pas de l’erreur mais elle peut y prédisposer ».

Un intellectuel est voué à dépeindre la réalité comme un enfer

À dire vrai, avant d’avoir pu écouter et questionner Samuel Fitoussi sur le plateau de Midi News sur CNews, j’avais seulement été un lecteur assidu de ses chroniques souvent hilarantes du lundi dans Le Figaro, dont une merveille amère et sarcastique, malheureusement plausible, de la soirée du 31 mai, pastiche de Mediapart.

Sur CNews j’avais eu tendance à minimiser le caractère novateur de son ouvrage – je ne l’avais pas encore lu – parce qu’il me paraissait s’inscrire dans la lignée d’un chef-d’oeuvre, L’Opium des intellectuels, dans lequel Raymond Aron pourfendait avec brio les intellectuels et les philosophes de gauche et d’extrême gauche saisis par le marxisme. Or, par certains côtés, l’ouvrage de Samuel Fitoussi va plus loin, déborde le cadre purement idéologique et montre comme la qualité d’intellectuel et le statut d’excellence qui lui est donné par principe en France constituent presque structurellement des opportunités pour les erreurs, les préjugés, les partialités, les occultations du réel et une vision implacablement misérabiliste et hémiplégique de la société où les riches et les puissants sont stigmatisés, la lutte des classes encensée et la révolution détestée autant que le réformisme est méprisé.

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Ce qui est très éclairant dans la réflexion de Samuel Fitoussi est qu’elle s’appuie sur un certain nombre de travaux scientifiques et sociologiques dont les conclusions sont unanimes : un intellectuel est voué à dépeindre la réalité comme un enfer pour justifier ainsi le rôle qu’il se prête – devenir le justicier qu’on espérait pour rénover de fond en comble une société insupportable. S’il la voyait, il ne pourrait plus l’annoncer !

Si les intellectuels ne se trompaient pas et prenaient l’existence collective comme elle est, sans enlever la complexité des choses et des êtres, leur rôle serait moindre. Il y a dans l’approche de Samuel Fitoussi une sorte de compréhension résignée à leur égard : il faut leur pardonner car à quelques exceptions près (Orwell et Aron par exemple) ils ne pouvaient faire autrement. Jean-Paul Sartre et surtout Simone de Beauvoir sont de parfaites illustrations de cette cécité internationale.

Je ne fais donc pas un rapprochement incongru avec Jean-Luc Mélenchon quand j’appréhende une part de celui-ci comme celle d’un intellectuel qui, ayant quitté le terrain solide du fait et des contraintes, s’acharne à les nier pour se livrer à des fulgurances souvent odieuses mais couvertes par une immunité spécifique : pour nous faire espérer le grand soir, il faut bien que le jour il ne voie rien !

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Pourquoi les intellectuels se trompent

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Bienvenue aux visages pâles

Fuyant l’insécurité et les politiques de redistribution foncière en Afrique du Sud, des Afrikaners trouvent refuge aux États-Unis. Un exil diversement commenté, entre nostalgies coloniales, accusations de racisme inversé et récupération politique


Alors que Donald Trump a déclaré la guerre aux migrants, des réfugiés d’un genre nouveau ont atterri aux États-Unis : les Afrikaners. Traditionnellement experts en agriculture, ces descendants de colons hollandais ont été pris sous l’aile du président américain.

Terre promise

À l’origine de cette vague de migrants pas comme les autres, une loi d’expropriation de terrains votée par le gouvernement de l’ANC (Congrès national africain) le 23 janvier et qui fait craindre à ses détracteurs des expropriations de fermiers blancs sans compensations. Si l’accusation, forgée par Elon Musk et reprise par Trump, d’un « génocide des Blancs » est démentie par AfriForum, principale organisation de défense des Afrikaners, le fait est qu’une partie de ces quelque 3 millions de descendants de pionniers ne se sent plus à sa place dans l’Afrique du Sud contemporaine : outre la criminalité, le taux de chômage des actifs est de 32 %, les services publics s’effondrent et les citoyens se plaignent de payer beaucoup d’impôts.

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L’Amérique de Trump a donc des airs de terre promise et le lundi 12 mai, 49 « réfugiés » sont arrivés par charter à Washington. Ces migrants à la peau claire et volontiers vêtus comme des « rednecks » seront-ils accueillis à bras ouverts par les associations de défense des migrants ? On peut en douter, car outre le crime d’être dans les petits papiers de Trump, qui a signé une ordonnance permettant « la réinstallation des réfugiés afrikaners fuyant la discrimination raciale parrainée par le gouvernement », ils sont souvent perçus comme des nostalgiques de l’apartheid.

Il en faudra plus pour les assommer. Entre 1835 et 1840, près de 14 000 d’entre eux fuyaient l’impérialisme anglais au Cap pour aller peupler, en caravane et avec leur bétail, le nord et l’est de l’Afrique du Sud, un exode nommé le « Grand Trek ». Le 21 mai, Ramaphosa a réclamé du Starlink et des drones auprès de Trump pour lutter contre l’insécurité. Pas sûr que ça fasse revenir les 49 Afrikaners au bercail.

Israël contre l’islamisme: un réveil pour la France endormie?

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Selon notre chroniqueur, la lucidité d’Israël contraste avec l’aveuglement de la France


Message pour les Français inquiets : un peuple qui ne veut pas disparaître ne peut continuer à somnoler. Israël donne l’exemple en s’attaquant, depuis vendredi, au régime apocalyptique des mollahs iraniens et à ses sites nucléaires.

Téhéran, 13 juin 2025 © Vahid Salemi/AP/SIPA

Menace existentielle

Certes, la menace existentielle qui pèse sur l’État hébreu est physiquement plus grave que celle qui rode sur la France ouverte et oublieuse d’elle-même. Cependant, la sous-évaluation des vulnérabilités nationales est la même. « On s’est endormis », m’avait expliqué un responsable du renseignement militaire, rencontré à Tel Aviv après le pogrom du 7 octobre 2023. Depuis, le Hamas et le Hezbollah ont été mis KO par Tsahal et le Mossad, et avec eux Daesch et l’État islamique. Un sort similaire semble promis aux ayatollahs qui, depuis 1979, rêvent d’anéantir le paria satanisé. La bombe nucléaire, dont l’Agence internationale de l’énergie atomique a confirmé jeudi qu’elle était à portée de main, est l’instrument d’épuration de cette théocratie irrationnelle. De ce point de vue, la complaisance avec l’islamisme dingo se confirme quand Le Monde écrit, samedi, que la menace existentielle ne serait qu’une « idée fixe » de Benyamin Netanyahou, résultat de sa « conviction messianique ». Gilles Kepel s’est pareillement laissé aller à ce raisonnement paresseux (Le Figaro, samedi) en réduisant la stratégie du Premier ministre à une « fuite en avant pour sauver son poste ».

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Netanyahou aura à s’expliquer pour n’avoir pas vu venir le 7-Octobre. Mais lui reprocher de protéger son pays de la dictature islamique est une lâcheté. La chute des mollahs serait une superbe victoire dont bénéficieraient les Iraniens oppressés et le monde libre pusillanime.

Moralisme capitulard

Les dirigeants français ont-ils cette même vitalité ? Hélas, non.

Cinquante ans de tyrannie du politiquement correct, ce moralisme capitulard construit sur le rejet du conflit et la quête de l’apaisement, ont désarmé les « élites » confrontées à cette même conquête islamiste. L’angélisme de l’indifférenciation des cultures reste leur religion. Si Jean-Noël Barrot reconnait (sur RTL, dimanche) que le projet nucléaire iranien est « une menace existentielle pour Israël mais aussi pour la sécurité européenne », le ministre des Affaires étrangères préfère appeler à la « retenue » et à la reconnaissance d’un Etat palestinien – « dynamique inarrêtable » lancée Emmanuel Macron -, dans une flatterie non assumée de la « rue arabe ». En revanche, Barrot attise les feux en Ukraine en assurant que la Russie « présente un danger de vie ou de mort ». Jean-Luc Mélenchon n’a pas ces pudeurs ni ces incohérences quand il réclame, vendredi, l’arrestation de Netanyahou et dénonce son « agression militaire » contre l’Iran. À ce stade reconnaissons à Israël, au-delà de sa résistance acharnée, d’avoir dévoilé la pleutrerie des uns, la soumission des autres devant le totalitarisme de la charia. Elle impose en Iran un ordre stalinien. Son sectarisme attire, avec LFI, les nostalgiques de la schlague. Sa judéophobie convainc ceux qui, également à droite, veulent voir mordicus dans la démocratie israélienne un « sionisme génocidaire » protégé par un lobby. « Mélenchon est un salopard antisémite », a pourtant accusé samedi le député PS, Jérôme Guedj, devant le congrès du PS[1]. Heureusement, le courage peut renaître. Même à gauche…


[1] https://www.causeur.fr/melenchon-devenu-un-salopard-d-antisemite-311620

«Red Carpet»: l’écrin vaut mieux que le joyau…

À l’Opéra de Paris, des interprètes remarquables au service d’une chorégraphie vide.


Des danseurs magnifiques défendant leurs rôles avec cette rage de bien faire qui porte à l’excellence ; des lumières somptueuses jouant entre la couleur du sang et celle du deuil et se frayant un passage dans une obscure clarté parfaitement irréelle ; un jeu complexe de lourds rideaux grenat qui morcelle le spectacle en cent séquences d’inégales durées et définit des espaces immenses ou resserrés jusqu’à l’étouffement. Et pour tout élément de décor, un lustre unique, mais monumental et portant mille feux, bien fait pour rappeler que l’on est ici à l’Opéra de Paris, le vrai, celui de Napoléon III. Dans cette pièce signée par l’Israélien Hofesh Shechter, tout est remarquablement sophistiqué, tout… sauf la chorégraphie qui est d’un vide abyssal.

Noceurs décadents

Certes elle est spectaculaire, cette chorégraphie qui fait penser, et ne fait penser à rien d’autre qu’une soirée dansante entre noceurs décadents. Elle exige de la part de ses interprètes, 13 danseurs du Ballet de l’Opéra de Paris, un engagement sans faille tant ce travail de groupe, ces ensembles mouvants et sinueux doivent être périlleux à exécuter en bonne intelligence, tant le rythme en est diabolique, les contorsions des corps infernales alors que les bras sont devenus serpents et que les mains sont métamorphosées en flammes.

Mais, de bout en bout, la gestuelle semble ne pas évoluer. Ou plus exactement, elle paraît obéir inlassablement aux mêmes procédés. L’agitation n’en masque pas la vacuité.

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Elle ennuie à force d’uniformité. Et quand bien même il ne dure qu’un peu plus d’une heure, le spectacle apparaît comme interminable.

Hofesh Shechter lance les danseurs dans une tempête de mouvements sans d’autre motif que d’occuper l’espace et de vous en mettre plein la vue. Et ce n’est pas l’épais programme édité par l’Opéra et ses commentaires savants qui parviennent à donner de l’épaisseur à un ouvrage qui en manque absolument.  

L’inanité de l’écriture

Une fois encore, et c’est vraiment dans l’air du temps, on se retrouve confronté à un ouvrage bien ficelé, accompagné de lumières somptueuses, travaillées avec un art consommé par l’éclairagiste Tim Visser, et qui semblent être le clou du spectacle ; à des costumes élégants, mais sans caractère aucun, à l’exception d’une redingote délirante, des robes du soir, des tenues parfaitement taillées, mais ne dégageant strictement rien d’intéressant pour le théâtre. Toutefois ils sont signés par la maison Chanel ce qui fait office de sésame dans une société qui adule les marques de luxe et pour qui en porter est une fin en soi.      

La musique, où l’on sent des réminiscences du Moyen-Orient, a été composée par le chorégraphe lui-même. Exécutée par deux instruments à cordes, un instrument à vent et une batterie juchés dans le lointain de la scène, hurlante parfois comme il se doit, elle n’est pas désagréable à entendre à condition sans doute que ce ne soit qu’une seule fois. Et elle accompagne plutôt bien cette pièce où vélocité et virtuosité des danseurs masquent l’inanité de l’écriture.

Cet intitulé aux sonorités vulgaires

Mais comme cela bondit, tourbillonne et galope, épaté par l’abattage des exécutants le public applaudit bien fort. Pas trop longtemps tout de même, comme s’il réalisait en son for intérieur que Red Carpet n’est au fond pas grand chose. C’est cet intitulé aux sonorités vulgaires (le mot carpette a pour nous des consonances fâcheuses) qui scelle la chorégraphie. Et l’on se demande pourquoi un titre en anglais pour un ouvrage commandé et financé par l’Opéra de Paris, conçu par un Israélien, exécuté par des danseurs français pour un public francophone. Comme si l’usage du français était chose ringarde, sinon déshonorante. Tapis rouge eut résonné avec plus d’élégance, de références flatteuses. Et de légitimité.


Red Carpet. Par le Ballet de l’Opéra de Paris. Opéra Garnier. Jusqu’au 14 juillet 2025.

La gauche mollah

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Selon le grand homme de paix Jean-Luc Mélenchon, « l’agression de Nétanyahou contre l’Iran est inadmissible ».


LFI prend le parti de l’Iran, cela vous étonne ?
J’attends le pire de leur part, et leur dérive fascistoïde continue à me sidérer et m’inquiéter.
Je pensais que les Insoumis éviteraient prudemment de défendre un régime vomi par sa jeunesse. Et non !
Ils affirment que non, bien sûr, nous ne sommes pas pour ce régime. Mais déjà place de la République à Paris, des militants viennent bien proclamer leur soutien au pauvre petit Etat agressé par les sionistes-fascistes.

L’antisionisme, unique boussole politique de Mélenchon ?

Les Insoumis éructent contre Macron qui reconnaît le droit d’Israël à se défendre, braillent que c’est Israël qui a attaqué le premier, en oubliant que depuis 40 ans, l’Iran attaque continuellement des villes israéliennes par proxys interposés (cela s’appelle même l’axe de la résistance, et cela n’a qu’une raison sociale : la destruction d’Israël !) et qu’il est proche de la bombe nucléaire – l’AIEA l’a déclaré il y a quelques jours.

A lire aussi: Causeur #135: A-t-on le droit de défendre Israël?

L’unique boussole de Mélenchon, c’est sa haine de l’Etat juif. Il prétend qu’il n’est pas antisémite, chacun jugera à la liste de ses saillies facile à retrouver. Mais son « antisionisme » ressuscite les mêmes fantasmes de complot et stéréotypes que l’antisémitisme ancien. Quiconque défend Israël est ainsi le valet du Mossad ou du CRIF. C’est le Protocole de sages de Sion revisité. Le leader de l’extrême gauche s’intéresse aux victimes seulement quand les agresseurs sont juifs. Les Palestiniens tués par Assad ou les musulmans tués par toutes sortes d’autres régimes, il s’en fiche. Les Insoumis ont tambouriné sur la flottille pour Gaza, cette pantalonnade navale relookée en haut fait d’armes, mais concernant la flottille terrestre accueillie sans petits pains ni bouteilles d’eau à coups de pierres  en Egypte – et parfois de fouet -, silence.
Résultat, sympathisants ou responsables LFI pleurnichent pour un régime qui pend les homosexuels, voile les femmes et tue ses opposants. Elle a bonne mine la convergence des luttes.

Tout ce qui est excessif est insignifiant, non ?

Pas toujours, en politique. L’histoire est faite par des minorités déterminées. Les Insoumis et la jeunesse militante qu’ils agrègent ne sont pas seulement des révolutionnaires de salon. S’ils peuvent semer le chaos dans la rue et dans les esprits, le Grand soir n’est cependant pas pour demain. Mais ils embobinent la jeunesse des quartiers et celle des campus de sciences humaines. Et ils menacent physiquement leurs contradicteurs (M. Delogu vient de publier un tweet menaçant en direction de Jérôme Guedj), et mobilisent des foules certes petites mais fanatisées et effrayantes. Et il ne faut pas oublier ce mélenchonisme d’atmosphère dans nombre de rédactions de nos médias. Samedi matin sur France Inter, on nous expliquait que Netanyahou torpille la détente en cours. J’ai cru que c’était l’heure du comique.

Que la gauche fanatique adore des dictatures islamistes, c’est raccord avec son histoire. Mais jusqu’à ce que le PS baise la bague de Don Mélenchon, il existait une gauche de la liberté. C’est terminé.

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Après avoir juré que Mélenchon, plus jamais, Olivier Faure envisage un rapprochement, avec l’alibi éternel de l’extrême droite dangereuse. Le Premier secrétaire du PS n’a d’ailleurs pas dit un mot sur l’Iran ce week-end. Sans doute ne veut-il pas aller jusqu’à soutenir les assassins de Mahsa Amini, mais il ne faudrait tout de même pas qu’il soit suspecté de dérive sioniste…


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

De l’euthanasie rentable au complotisme décomplexé

Je ne vous parlerai ni de l’entrisme islamiste, ni de l’interdiction du voile aux moins de 15 ans, encore moins du match entre Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez. Ce mois-ci, j’ai choisi l’euthanasie, le débat télévisé du chef de l’État et le complotisme d’Aymeric Caron… Sans oublier Béziers, bien sûr !


Pied dans la porte

La théorie du « pied dans la porte » est développée par le Pr Jean-Louis Touraine, médecin, ancien député et ardent défenseur de l’euthanasie. Le concept est simple : « Une fois qu’on aura mis le pied dans la porte, il faudra revenir tous les ans […]. Parce que dans la première loi, il n’y aura pas les mineurs, les maladies psychiatriques et même pas les maladies d’Alzheimer. Mais, dès qu’on aura au moins obtenu une loi pour ceux qui ont la maladie de Charcot […], on pourra étendre les choses en disant que ce n’est quand même pas normal qu’il y ait des malades [qui y ont droit] parce qu’ils ont telle forme de maladie et puis d’autres qui n’y ont pas droit. » Au Québec, l’euthanasie représente aujourd’hui plus de 7 % des décès. Et la question est désormais posée : sa légalisation, présentée au départ comme l’« ultime recours », ne serait-elle pas devenue l’alternative bien commode à un système de santé défaillant ? Certains vont même plus loin et se posent la question de l’euthanasie pour « raisons sociales, quand les gens n’ont pas les moyens financiers ». En France, et selon une enquête de la Fondapol, la loi qui vient d’être votée à l’Assemblée permettrait une économie de 1,4 milliard d’euros par an. À méditer…

Médusé

C’est évident, je ne suis absolument pas objective sur le sujet. Le sujet étant mon mari, Robert Ménard, face au Chef de l’État dans l’émission de TF1 le 13 mai dernier. Après presque deux heures de ronron sans beaucoup d’intérêt, le maire de Béziers aura pour le moins réussi à réveiller les téléspectateurs assoupis. Et surtout à parler au nom de ces gens ordinaires, « ceux qu’on n’entend pas, parce qu’ils ne protestent pas, qu’ils ne manifestent pas. Ceux qui paient leurs impôts. Ceux qui s’arrêtent au stop. Bref, ceux qui respectent les règles mais qui en prennent plein la gueule tous les jours. » Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a secoué le chef de l’État. Lequel a acquiescé à tout : d’accord pour donner plus de pouvoirs aux polices municipales ; d’accord pour louer des places de prison à l’étranger ; encore d’accord pour limiter l’immigration ; et d’accord enfin pour que les maires ne soient pas obligés de marier un étranger en situation irrégulière… Que ne l’a-t-il fait avant, depuis huit années qu’il est président de la République ? Nous ne le saurons probablement jamais. Je crois connaître suffisamment Robert pour savoir qu’il ne se réjouit pas d’avoir gagné le match face au président. Il s’inquiète plutôt de promesses une nouvelle fois sans lendemains. Car si Emmanuel Macron était médusé, les Français, eux, sont définitivement désabusés…

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Is’Hac

Coup de tonnerre à Béziers. Le 6 mai dernier, Robert [Ménard] reçoit un appel téléphonique pour le prévenir que le petit Is’Hac, 14 ans, a été retrouvé pendu dans sa chambre. Il était scolarisé en 3e au collège de La Dullague. Un établissement qui est loin de m’être étranger, puisque j’ai été amenée à intervenir en sa faveur à de nombreuses reprises auprès des différents ministres de l’Éducation nationale lorsque j’étais député. J’ai même écrit à Brigitte Macron, excédée de n’avoir aucune réponse de Pap Ndiaye – que l’on disait son protégé –, à l’époque, qui avait l’air de se ficher comme d’une guigne de ce collège en difficulté… Depuis, un drame est arrivé. Le pire est arrivé. L’émotion et la colère suscitées par cette catastrophe ne retomberont pas de sitôt. La maman d’Is’Hac, que nous avons rencontrée à plusieurs reprises, a évoqué des faits de harcèlements depuis le CE2 à l’encontre de son fils. Certains enseignants, avec qui j’ai pu m’entretenir, estiment que la structure de l’établissement n’était pas à même d’accueillir dans de bonnes conditions cet élève au profil « atypique » et qu’ils n’étaient pas eux-mêmes formés à cet accueil. Je ne sais pas comment sa maman tient le coup. Une femme forte, admirable. Elle m’a expliqué qu’elle encourageait son fils à tenir bon face aux moqueries et aux sarcasmes, qu’au lycée, tout s’arrangerait. Il lui restait sept semaines à tenir…

Anna Politkovskaïa

Elle a été l’une des premières. Peut-être la première. La première à dénoncer les crimes de Vladimir Poutine. C’était il y a longtemps, en 1999. Anna Politkovskaïa était journaliste dans ce très beau journal russe, libre et indépendant, Novaïa Gazeta. Avant tout le monde, elle a compris ce qu’était le régime du président russe. Et n’a eu de cesse de décrypter le mécanisme infernal mis en place pour s’accaparer tous les pouvoirs. À partir de 2002, la vie d’Anna est devenue difficile, impossible. Elle a été arrêtée, puis relâchée. Ses enfants menacés. On a tenté de l’empoisonner. Mais elle n’a pas cédé.

Le samedi 7 octobre 2006, en fin d’après-midi, son corps a été retrouvé dans l’ascenseur de son immeuble à Moscou. Criblé de balles. Anna a été exécutée le jour de l’anniversaire de Poutine. Infâme ironie. À Béziers, le 27 mai dernier, à l’occasion de la journée nationale de la Résistance, nous avons inauguré un buste en la mémoire de ce petit bout de femme au courage d’acier qui n’a jamais baissé le regard. Hommage…

Complot juif

« Pendant que les propagandistes d’Israël truquaient le vote à l’Eurovision pour faire gagner leur candidat qui n’avait rien à y faire, leur armée tuait encore des innocents à Gaza », a écrit Aymeric Caron, député apparenté LFI sur X dans la nuit de samedi à dimanche 18 mai. Pour ceux qui n’auraient pas suivi, la candidate israélienne au concours de l’Eurovision 2025 est une rescapée du massacre du 7 octobre 2023 commis par le Hamas. Yuval Raphael a terminé à la deuxième place du concours musical en interprétant New Day Will Rise (« Un jour nouveau se lèvera »). Israël a remporté le vote du public sur l’ensemble des 38 pays votants. Aucun des 70 professionnels qui surveillaient les opérations de vote en direct n’a relevé la moindre anomalie. Mais Aymeric Caron a une obsession : colporter la haine des juifs et d’Israël. Triste sire.

Vu d’ailleurs

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Monsieur Nostalgie, qui aime les rencontres éditoriales déroutantes, nous parle ce dimanche de deux livres : les chroniques de guerre de Thierry Marignac et les saveurs du Levant de Noha Baz. Voyage improbable de l’intérieur de la Russie jusqu’à Alep…


La littérature autorise les rapprochements et le télescopage de livres qui, sur le papier, n’ont rien à voir. Le critique a tous les droits surtout celui de distinguer des ouvrages qui plaisent intimement, dont l’écriture charme bien que de prime abord, dans un premier élan, les sujets traités ici pourraient rebuter, acculer à la déprime et au défaitisme. La guerre en Ukraine et le chaos qui règne au Levant sont de puissants tue-l’amour. Avons-nous envie de nous coltiner des écrits qui sont parasités par les images véhiculées, du matin au soir, par les satellites ? Notre libre-arbitre est hors-jeu. Il a déclaré forfait depuis longtemps. Avons-nous encore la force mentale et serons-nous surtout en mesure de laisser notre esprit s’imprégner d’autres sons, d’autres réalités et d’autres discours qui viendraient perturber notre prêt-à-mâcher ? Nous sommes formatés à superposer maladroitement des impressions qui nous sont vendues « clé en main » et peu enclins à écouter, à vraiment entendre, la complexité des Hommes. Leur rapport à l’Histoire et la sédimentation de leur pensée. On approche donc, avec méfiance, un brin de lassitude et d’incompréhension sur ces terres hostiles. D’un côté, Thierry Marignac, un journaliste connaissant son sujet (c’est assez rare pour le souligner), écrivain et traducteur avant tout, compagnon de route d’Édouard Limonov, non-aligné et averti des soubassements du monde, voilà pour le pedigree, nous emmène dans le camp ennemi, en immersion, dans cette Russie aujourd’hui interdite, au contact direct des protagonistes d’un conflit qui nous échappe et dont nous sommes ignorants. Là-bas, il a rencontré des soldats, des civils, des partisans et des opposants à cette guerre. Il ramène des témoignages, des atmosphères, des interrogations, des peurs et des vérités qui vont bien au-delà d’une galerie de portraits, d’une investigation journalistique à but didactique et bêcheuse, du reportage d’un envoyé spécial. Marignac n’est pas un professeur de morale à la solde d’un dessein particulier, il est un écrivain de la déroute, capable par sa plume, de prendre le pouls d’une guerre moderne, d’en déceler toutes les contradictions et les emballements, de montrer les alliances de circonstance et la fermentation des idées. Sortent alors de l’ombre, c’est la magie de la littérature, des gueules pas possibles, des décors décharnés, des froidures matinales, une violence sous-jacente et aussi une vie quotidienne à la normalité presque inquiétante, jeunes qui dansent et boivent, intellectuels et littérateurs qui s’autocongratulent. Des commerces florissants, des SUV dernier cri sur des parkings patibulaires et des rancœurs vitrifiées. Dans Vu de Russie paru à la Manufacture de livres, Marignac tente non pas d’instrumentaliser ou de morigéner, mais d’écrire librement dans une zone de turbulences extrêmes où la désinformation et le mensonge sont des armes de dissuasion massive. Il ne s’érige pas en porte-parole ou en vaguemestre servile, il nous fait pénétrer dans la tête de ces combattants et de ces réfractaires, dans un pays qui nous est de plus en plus inconnu.

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De l’autre côté, Noha Baz, médecin pédiatre née à Alep, exerçant à Beyrouth et à Paris exalte les saveurs, les parfums et les mirages dans une zone elle aussi déchirée, où le tumulte semble être la normalité. Dans Le Levant – Les saveurs de l’aube publié dans la collection « L’âme des peuples », cette érudite et fine gastronome, évoque un périple commencé à Beyrouth au Nouvel an 2000 qui conduisit son groupe à travers la vallée de la Bekaa, la vieille ville de Damas ou l’entrée dans Tripoli. Ce voyage « lunaire » dans un paysage fragmenté par les religions et les civilisations offre une perception nouvelle. Sans rien cacher des fractures et des escalades mortifères, ce récit s’attache à faire miroiter les miracles culinaires et architecturaux de la région. Ce Levant dont l’auteur dit elle-même que durant l’écriture de son livre personne ne s’est mis d’accord sur ses frontières. « Pour certains, il s’agit de la Méditerranée orientale qui s’étend de l’Anatolie à l’Égypte. Pour d’autres, il englobe Chypre et même quelques kilomètres d’Irak » écrit-elle, s’amusant de ces controverses. Dans ces contrées où les armes et les vestiges se font face, où les chants et les mets enivrent, les pauses de Noha Baz enchantent les papilles lorsqu’elle décrit le kebbé  (spécialité typiquement levantine revendiquée par la cuisine libanaise […] Il est confectionné avec du boulgour et de la viande d’agneau hachée […] Selon la tradition, il est confectionné dans un jurn, un mortier en marbre dans lequel ses ingrédients sont longtemps battus à la main pour les mélanger intimement et en faire ressortir toutes les saveurs). Dans ces deux carnets de voyage, très différents et personnels, résonne pourtant le lointain souvenir d’une France fantasmée, littéraire et attrayante, le prestige de notre langue auprès de ces peuples amis, la trace peut-être de notre génie disparu.


Vu de Russie – Thierry Marignac – La manufacture de livres 192 pages

Le Levant – Les saveurs de l’aube – Noha Baz – éditions Nevicata – Collection L’âme des peuples 150 pages

Vu de Russie: Chroniques de guerre du camp ennemi

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Le Levant

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La boîte du bouquiniste

« Paris est la seule ville du monde où coule un fleuve encadré par deux rangées de livres », dixit Blaise Cendrars. Causeur peut y dénicher quelques pépites…


« J’adore le passé, c’est tellement plus reposant que le présent et tellement plus sûr que l’avenir », dit Anton Walbrook dans La Ronde, le film de Max Ophuls.

Certains font aussi profession de raconter le passé, ce sont des historiens. Encore faut-il savoir ce qu’est l’histoire, la comprendre avant de l’interpréter. C’est l’objet d’une petite plaquette publiée en 1933 par la Société des écrivains amis des livres. Elle rassemble quatre discours : deux prononcés en 1931 par l’académicien Gabriel Hanotaux – lors du congrès international d’histoire coloniale, puis à la Sorbonne ; celui d’un autre académicien, Paul Valéry, à l’occasion d’une distribution de prix en 1932 ; et celui de Maurice Courtois-Suffit, jeune membre de cette Société des écrivains.

Selon Hanotaux, « l’histoire, d’abord, est une nécessité ; nous ne pouvons lui échapper : elle nous tient et nous ligote de son accablante compagnie. Voltaire, en son bon sens dépouillé, dit : “Les premiers fondements de toute histoire sont les récits des pères aux enfants, transmis d’une génération à une autre…” Le père parle ; les enfants écoutent ; les fils parleront ; leurs enfants écouteront. Et voilà ! l’histoire est née. Qui coupera le fil des générations rattachées les unes aux autres par le souvenir et le récit ? » Il pose la question, mais reconnaît que « l’histoire n’est pas à la mode en ce moment », pire, qu’elle « passe un mauvais quart d’heure : elle est devenue la maîtresse des erreurs, la cause des guerres, la propagatrice des violences et des tyrannies, le principe de tout mal. »

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Vouloir toutefois la supprimer serait vain, dit Courtois-Suffit, bien qu’on puisse « l’anéantir momentanément. Nous en voyons l’exemple en Russie. Mais elle renaîtra bientôt. Un jour ou l’autre, on la laissera tranquille. » Tranquille ? Rien n’est moins sûr, estime Valéry, car par leur travail et leurs désaccords, les historiens bousculent l’histoire. « On a beau faire croître l’effort, varier les méthodes, élargir ou resserrer le champ de l’étude, dépouiller les archives des particuliers, les journaux du temps, les arrêtés municipaux ; ces divers développements ne convergent pas, ne trouvent point une idée unique pour limite. Ils ont chacun pour terme la nature et le caractère de leurs auteurs, et il n’en résulte jamais qu’une évidence, qui est l’impossibilité de séparer l’observateur de la chose observée, et l’histoire de l’historien. »

Il est cependant des faits sur lesquels tout le monde s’accorde, « ce sont des coups heureux, de véritables accidents ; et c’est l’ensemble de ces accidents qui constitue la partie incontestable de la connaissance du passé ». Mais à quoi bon ce savoir, s’inquiète Courtois-Suffit, puisque « les majorités ne sont pas intellectuelles, et les passions des majorités méprisent les leçons de l’histoire », tout comme les responsables politiques : « Nous ne pouvons rien contre les dangers de la politique, et la politique pourrait bien nous envoyer nous faire tuer, un jour ou l’autre, même si nous avons prévu ce fâcheux dénouement à tous nos problèmes. » L’histoire n’empêche pas les historiens d’aller se faire tuer, et elle survit même à ceux qui prédisent sa fin.

Gabriel Hanotaux, Paul Valéry et Maurice Courtois-Suffit, À propos de l’histoire, Société des écrivains amis des livres, 1933.

C’est toujours Noël en Somme

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


Il est des éditeurs pusillanimes qui répugnent à prendre des risques et qui, contrairement à la jolie chanson d’Enrico Macias, ont dans le cœur tous les euros des réassorts. A l’opposé, d’autres n’ont peur de rien ; ils se lancent dans de véritables aventures artistiques, littéraires, poétiques, sans trop se soucier des futurs chiffres de ventes. C’est le cas des éditions Cadastre8Zéro d’Amiens qui viennent de publier deux livres du regretté Bernard Noël. Ce sont leurs dernières publications : Le Chemin d’encre, et Ecrits en regard, De la peinture de François Rouan.

Je connais depuis de longues années leurs fondateurs, Mireille et Philippe Béra. Celui-ci était conseiller artistique à la Direction régionale des affaires culturelles de Picardie (DRAC), et son épouse a longtemps dirigé d’Institut médicoéducatif de Grand-Laviers, dans la Somme où elle invitait régulièrement écrivains, artistes et musiciens à animer des ateliers au profit des élèves. Il y a peu, je les ai retrouvés au Café, chez Pierre, à Amiens ; ils voulaient me présenter leurs deux derniers ouvrages.

Pour une fois, ma Sauvageonne adorée, mon ébouriffée aux yeux verts, verts de Vesle, n’était pas à mes côtés. Était-elle en train de prendre un café en compagnie de Rickybanlieue, l’un de ses plus fervents admirateurs qui l’a fait savoir récemment à la faveur d’un texte publié dans le courrier des lecteurs du site Causeur ? Non, je ne le pense pas. Depuis qu’elle s’est racheté des toiles, elle devait peindre, joyeuse, et si mignonne dans sa blouse jaune maculée de peinture acrylique.

© Philippe Lacoche

À lire aussi, Philippe Lacoche : De la Vesle à la Nièvre ou le temps qui fuit

Cadastre8Zéro est une maison associative fondée en 2005. Elle a publié une cinquantaine d’ouvrages d’écrivains, d’artistes et de photographes tels que Denis Dormoy, Maxime Godard, Clément Foucard, Sylvie Payet, Michel Butor, Arrabal, Jean-Pierre Cannet, Roger Wallet, Bernard Noël, bien sûr, etc. « Bernard Noël rencontra le peintre François Rouan en 1976 pour un entretien dont La Quinzaine Littéraire publia la transcription », explique Philippe Béra dans un texte de présentation de l’opus Le Chemin d’encre. « Trente ans plus tard, à l’initiative des éditions Cadastre8Zéro, Bernard Noël retrouva François Rouan dans son atelier de Laversine. Les deux amis décidèrent alors de faire un livre à partir d’un texte dont Bernard Noël avait entrepris l’écriture. C’est ainsi que Cadastre8Zéro édita en 2011 un premier ouvrage dans une version bilingue français-espagnol qui comprenait cinq séquences de sept strophes, sous le titre de Ce jardin d’encre (…). Bernard Noël nous annonça qu’il poursuivait l’écriture de Ce jardin d’encre et que seule sa propre fin, la sienne, disait-il, en arrêterait le cours… Mise en place d’une expérience que l’écrivain « n’avait jamais vécue aussi clairement auparavant » (…) A l’issue de cette expérience, nous avons exprimé à Bernard Noël notre souhait d’éditer séparément la version complète de son texte en tant que dernier et 11e titre de la collection « Donc » qu’il dirigea durant 11 ans. Bernard Noël nous indiqua alors qu’il reviendrait aux éditions Cadastre8Zéro de prendre cette initiative après « sa fin » qui intervint le 13 avril 2021. »

Quant à Ecrits en regard, De la peinture de François Rouan, Philippe Béra raconte que durant tout le temps de leur correspondance du Chemin d’encre, Bernard Noël est allé dans l’atelier François Rouan plusieurs fois. « Il a écrit cette correspondance en regard de sa peinture. Il voulait écrire un quatrième livre : jamais il n’a pu se rendre dans l’atelier pour le faire car il est mort. On a donc décidé de publier ces textes-là après son décès. On a mis la transcription de ce premier et à la fin une lettre verticale qu’il a écrite à François Rouan en 2020. Le premier texte est un entretien ; le dernier c’est une lettre. Au milieu il y a trois textes que l’on peut qualifier de critiques. » Et Mireille Béra d’ajouter : « Bernard Noël était un individu qui ne se laissait pas facilement approcher mais il était d’une générosité et d’une fidélité rares en amitié. Il nous avait tellement apporté qu’on a eu envie de terminer avec lui de façon à lui rendre hommage. » Un bel hommage en effet.

Ce que le réel révèle: la fracture, la peur, le déni — ou l’insoutenable légèreté de l’élite française

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DR.

Séparatisme. La France est entrée dans l’ère du mensonge poli, où les mots sont devenus suspects.


Il y a dans le regard que la France porte sur elle-même quelque chose d’exténué, de trouble, comme si, à force de nier le réel, elle avait fini par s’exiler d’elle-même.

La surdité tranquille

Depuis des décennies, les classes populaires — cette France périphérique que l’on ne nomme plus que pour s’en prémunir — cherchent à dire quelque chose, à articuler une plainte sourde, un cri contenu, un refus d’être reléguées à l’invisible. Leur voix, trop longtemps tenue pour vulgaire ou dangereuse, s’est portée sur un vote que l’on dit « extrême », faute de mieux, mais qui n’est que le dernier refuge d’une parole qui ne trouve plus d’asile dans les salons républicains.

Ce vote n’est ni nostalgique ni haineux, pas plus qu’il n’est le symptôme d’une quelconque pathologie morale : il est d’abord un appel à la reconnaissance. Mais les élites, qui vivent hors-sol, dans une République désincarnée, n’ont voulu y voir qu’une rechute du Mal. Elles ont disqualifié, injurié, psychiatrisé — tout ce qui permet d’éviter d’écouter. La sociologie, devenue prêche idéologique, s’est érigée en douane morale, rejetant toute inquiétude populaire au rang de préjugé, toute angoisse identitaire au rang de xénophobie.

Ainsi s’est installée une surdité tranquille. On s’est moqué du « sentiment d’insécurité ». On a ri, dans les amphis et les chaînes publiques, de ceux qui voyaient leur quartier changer de visage, leur langue devenir étrangère, leur culture minoritaire. La peur, pourtant fondée, a été traitée comme une faute. Et le réel, ce réel que la littérature n’a jamais cessé d’habiter, fut relégué dans l’indicible.

Nouvelle morale

La gauche, ivre de sa morale post-coloniale, s’est enfermée dans une grille de lecture binaire, brutale, presque théologique : les dominés ont raison, les dominants ont tort. Cette foi aveugle a engendré une lâcheté nouvelle — celle qui, au nom du Bien, refuse de voir le Mal. L’islamisme, pourtant quotidien, palpable, n’était qu’une « invention médiatique ». Le voile n’était pas un symptôme mais une « liberté ». La République n’était plus qu’un mot, vidé de sa substance, réduit à quelques incantations sans force.

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Plus grave encore : certains ont pactisé. La France Insoumise, par électoralisme ou par fascination pour l’Autre, a cédé aux sirènes du communautarisme, trahissant la laïcité au nom d’un peuple fantasmatique. Ce n’est plus seulement un aveuglement : c’est une complicité tranquille, un renoncement travesti en courage.

Et pendant ce temps, une partie des élites juives françaises, pétrie de mémoire, hantée par les spectres du XXe siècle, n’a vu dans la montée du RN qu’un retour du passé. Leur peur, si compréhensible soit-elle, les a enfermées dans un antiracisme désincarné, devenant parfois les otages involontaires d’un discours qui nie les nouvelles formes de haine — celles qui ne viennent pas de l’extrême droite, mais des franges radicalisées d’un islam politique conquérant.

Les mots deviennent suspects

Nous vivons une ère du mensonge poli. La violence, le repli, la sécession territoriale ne sont plus des fantasmes : ce sont des réalités, perceptibles par tous ceux qui n’ont pas le luxe de les fuir. Mais les mots, eux, sont devenus suspects. Dire, c’est déjà trahir.

Alors la confiance se délite. Le peuple, abandonné, se retire dans un silence lourd, ou dans un vote que l’on appelle « populiste » pour ne pas dire « désespéré ». Ce ne sont pas les partis extrêmes qui minent la démocratie : c’est l’abandon du réel, la peur de nommer, l’extinction du courage.

George Orwell, ce pessimiste lucide, l’avait vu venir : les élites, lorsqu’elles préfèrent l’idéologie à l’expérience, deviennent ennemies du peuple. Nous y sommes. Et c’est pourquoi la fracture n’est pas simplement politique : elle est existentielle. Elle dit le divorce entre ceux qui vivent le réel et ceux qui l’exècrent.

Il faut, non pas réenchanter le monde, comme le répètent les poètes subventionnés, mais réapprendre à nommer. A regarder ce qui est, non ce qu’on voudrait qu’il soit. Et cela suppose une parole débarrassée de ses fictions morales, une parole nue, risquée, — la seule qui puisse encore rassembler ceux qui le peuvent.

Jean-Luc Mélenchon, un intellectuel qui se trompe…

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Victor Hugo et Rima Hassan © D.R. © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Notre chroniqueur relève chez le leader de la France Insoumise une posture d’intellectuel peu reluisante, qui lui fait penser à celle récemment mise en lumière par Samuel Fitoussi dans son ouvrage Pourquoi les intellectuels se trompent. Enfermé dans sa propre fiction politique, le chef de file de l’extrême gauche semble chaque jour s’enfoncer davantage — jusqu’à oser comparer Rima Hassan à Victor Hugo !


Jean-Luc Mélenchon, le gourou de La France Insoumise, m’est toujours apparu, depuis qu’il a dépouillé sa défroque conventionnelle de socialiste et d’admirateur éperdu de François Mitterrand, comme une personnalité à double-face : l’extrémiste jouant à la révolution et l’intellectuel qui théorise. Il me semble que les absurdités du premier lui sont souvent pardonnées grâce à la prime donnée au second.

LFI se ridiculise

Quand Jean-Luc Mélenchon ose comparer le retour de Rima Hassan en France à Victor Hugo revenant de Guernesey, il devrait nous faire exploser de rire ou nous étouffer d’indignation. Si on s’est moqué de lui et de son tweet, c’est peu par rapport à ce qu’une telle insanité aurait dû susciter qui dévoie la vie politique, l’écrivain emblématique et ses combats partie intégrante de la légende de notre pays.

Comble d’indécence qui ose comparer cette équipée touristique de quelques heures à peine entravée par une nation démocratique avec le destin exceptionnel d’un géant. Décidément LFI manque d’une qualité essentielle que l’affrontement des oppositions et le heurt des idéologies ne devraient pas supprimer : le sens du ridicule.

Je me suis penché sur cet épisode burlesque et la leçon grotesque qu’en a tirée Jean-Luc Mélenchon parce que j’ai été inspiré par Samuel Fitoussi dont le dernier livre : Pourquoi les intellectuels se trompent, dénonce « les mécanismes sociaux, culturels et cognitifs qui conduisent les intellectuels à l’aveuglement… ».

À lire aussi : Mélenchon devenu un «salopard d’antisémite»…

George Orwell n’avait-il pas écrit « que certaines idées sont tellement absurdes que seuls les intellectuels peuvent y croire » ? Pour Samuel Fitoussi « non seulement l’intelligence ne protège pas de l’erreur mais elle peut y prédisposer ».

Un intellectuel est voué à dépeindre la réalité comme un enfer

À dire vrai, avant d’avoir pu écouter et questionner Samuel Fitoussi sur le plateau de Midi News sur CNews, j’avais seulement été un lecteur assidu de ses chroniques souvent hilarantes du lundi dans Le Figaro, dont une merveille amère et sarcastique, malheureusement plausible, de la soirée du 31 mai, pastiche de Mediapart.

Sur CNews j’avais eu tendance à minimiser le caractère novateur de son ouvrage – je ne l’avais pas encore lu – parce qu’il me paraissait s’inscrire dans la lignée d’un chef-d’oeuvre, L’Opium des intellectuels, dans lequel Raymond Aron pourfendait avec brio les intellectuels et les philosophes de gauche et d’extrême gauche saisis par le marxisme. Or, par certains côtés, l’ouvrage de Samuel Fitoussi va plus loin, déborde le cadre purement idéologique et montre comme la qualité d’intellectuel et le statut d’excellence qui lui est donné par principe en France constituent presque structurellement des opportunités pour les erreurs, les préjugés, les partialités, les occultations du réel et une vision implacablement misérabiliste et hémiplégique de la société où les riches et les puissants sont stigmatisés, la lutte des classes encensée et la révolution détestée autant que le réformisme est méprisé.

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Ce qui est très éclairant dans la réflexion de Samuel Fitoussi est qu’elle s’appuie sur un certain nombre de travaux scientifiques et sociologiques dont les conclusions sont unanimes : un intellectuel est voué à dépeindre la réalité comme un enfer pour justifier ainsi le rôle qu’il se prête – devenir le justicier qu’on espérait pour rénover de fond en comble une société insupportable. S’il la voyait, il ne pourrait plus l’annoncer !

Si les intellectuels ne se trompaient pas et prenaient l’existence collective comme elle est, sans enlever la complexité des choses et des êtres, leur rôle serait moindre. Il y a dans l’approche de Samuel Fitoussi une sorte de compréhension résignée à leur égard : il faut leur pardonner car à quelques exceptions près (Orwell et Aron par exemple) ils ne pouvaient faire autrement. Jean-Paul Sartre et surtout Simone de Beauvoir sont de parfaites illustrations de cette cécité internationale.

Je ne fais donc pas un rapprochement incongru avec Jean-Luc Mélenchon quand j’appréhende une part de celui-ci comme celle d’un intellectuel qui, ayant quitté le terrain solide du fait et des contraintes, s’acharne à les nier pour se livrer à des fulgurances souvent odieuses mais couvertes par une immunité spécifique : pour nous faire espérer le grand soir, il faut bien que le jour il ne voie rien !

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Pourquoi les intellectuels se trompent

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Bienvenue aux visages pâles

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© CNP/AdMedia/SIPA

Fuyant l’insécurité et les politiques de redistribution foncière en Afrique du Sud, des Afrikaners trouvent refuge aux États-Unis. Un exil diversement commenté, entre nostalgies coloniales, accusations de racisme inversé et récupération politique


Alors que Donald Trump a déclaré la guerre aux migrants, des réfugiés d’un genre nouveau ont atterri aux États-Unis : les Afrikaners. Traditionnellement experts en agriculture, ces descendants de colons hollandais ont été pris sous l’aile du président américain.

Terre promise

À l’origine de cette vague de migrants pas comme les autres, une loi d’expropriation de terrains votée par le gouvernement de l’ANC (Congrès national africain) le 23 janvier et qui fait craindre à ses détracteurs des expropriations de fermiers blancs sans compensations. Si l’accusation, forgée par Elon Musk et reprise par Trump, d’un « génocide des Blancs » est démentie par AfriForum, principale organisation de défense des Afrikaners, le fait est qu’une partie de ces quelque 3 millions de descendants de pionniers ne se sent plus à sa place dans l’Afrique du Sud contemporaine : outre la criminalité, le taux de chômage des actifs est de 32 %, les services publics s’effondrent et les citoyens se plaignent de payer beaucoup d’impôts.

À lire aussi, Dominique Labarrière : État mental délabré. Et ta sœur ! répond Trump

L’Amérique de Trump a donc des airs de terre promise et le lundi 12 mai, 49 « réfugiés » sont arrivés par charter à Washington. Ces migrants à la peau claire et volontiers vêtus comme des « rednecks » seront-ils accueillis à bras ouverts par les associations de défense des migrants ? On peut en douter, car outre le crime d’être dans les petits papiers de Trump, qui a signé une ordonnance permettant « la réinstallation des réfugiés afrikaners fuyant la discrimination raciale parrainée par le gouvernement », ils sont souvent perçus comme des nostalgiques de l’apartheid.

Il en faudra plus pour les assommer. Entre 1835 et 1840, près de 14 000 d’entre eux fuyaient l’impérialisme anglais au Cap pour aller peupler, en caravane et avec leur bétail, le nord et l’est de l’Afrique du Sud, un exode nommé le « Grand Trek ». Le 21 mai, Ramaphosa a réclamé du Starlink et des drones auprès de Trump pour lutter contre l’insécurité. Pas sûr que ça fasse revenir les 49 Afrikaners au bercail.

Israël contre l’islamisme: un réveil pour la France endormie?

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Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, image d'archives © Gabrielle CEZARD/SIPA

Selon notre chroniqueur, la lucidité d’Israël contraste avec l’aveuglement de la France


Message pour les Français inquiets : un peuple qui ne veut pas disparaître ne peut continuer à somnoler. Israël donne l’exemple en s’attaquant, depuis vendredi, au régime apocalyptique des mollahs iraniens et à ses sites nucléaires.

Téhéran, 13 juin 2025 © Vahid Salemi/AP/SIPA

Menace existentielle

Certes, la menace existentielle qui pèse sur l’État hébreu est physiquement plus grave que celle qui rode sur la France ouverte et oublieuse d’elle-même. Cependant, la sous-évaluation des vulnérabilités nationales est la même. « On s’est endormis », m’avait expliqué un responsable du renseignement militaire, rencontré à Tel Aviv après le pogrom du 7 octobre 2023. Depuis, le Hamas et le Hezbollah ont été mis KO par Tsahal et le Mossad, et avec eux Daesch et l’État islamique. Un sort similaire semble promis aux ayatollahs qui, depuis 1979, rêvent d’anéantir le paria satanisé. La bombe nucléaire, dont l’Agence internationale de l’énergie atomique a confirmé jeudi qu’elle était à portée de main, est l’instrument d’épuration de cette théocratie irrationnelle. De ce point de vue, la complaisance avec l’islamisme dingo se confirme quand Le Monde écrit, samedi, que la menace existentielle ne serait qu’une « idée fixe » de Benyamin Netanyahou, résultat de sa « conviction messianique ». Gilles Kepel s’est pareillement laissé aller à ce raisonnement paresseux (Le Figaro, samedi) en réduisant la stratégie du Premier ministre à une « fuite en avant pour sauver son poste ».

A lire aussi, Gil Mihaely: Israël respecté!

Netanyahou aura à s’expliquer pour n’avoir pas vu venir le 7-Octobre. Mais lui reprocher de protéger son pays de la dictature islamique est une lâcheté. La chute des mollahs serait une superbe victoire dont bénéficieraient les Iraniens oppressés et le monde libre pusillanime.

Moralisme capitulard

Les dirigeants français ont-ils cette même vitalité ? Hélas, non.

Cinquante ans de tyrannie du politiquement correct, ce moralisme capitulard construit sur le rejet du conflit et la quête de l’apaisement, ont désarmé les « élites » confrontées à cette même conquête islamiste. L’angélisme de l’indifférenciation des cultures reste leur religion. Si Jean-Noël Barrot reconnait (sur RTL, dimanche) que le projet nucléaire iranien est « une menace existentielle pour Israël mais aussi pour la sécurité européenne », le ministre des Affaires étrangères préfère appeler à la « retenue » et à la reconnaissance d’un Etat palestinien – « dynamique inarrêtable » lancée Emmanuel Macron -, dans une flatterie non assumée de la « rue arabe ». En revanche, Barrot attise les feux en Ukraine en assurant que la Russie « présente un danger de vie ou de mort ». Jean-Luc Mélenchon n’a pas ces pudeurs ni ces incohérences quand il réclame, vendredi, l’arrestation de Netanyahou et dénonce son « agression militaire » contre l’Iran. À ce stade reconnaissons à Israël, au-delà de sa résistance acharnée, d’avoir dévoilé la pleutrerie des uns, la soumission des autres devant le totalitarisme de la charia. Elle impose en Iran un ordre stalinien. Son sectarisme attire, avec LFI, les nostalgiques de la schlague. Sa judéophobie convainc ceux qui, également à droite, veulent voir mordicus dans la démocratie israélienne un « sionisme génocidaire » protégé par un lobby. « Mélenchon est un salopard antisémite », a pourtant accusé samedi le député PS, Jérôme Guedj, devant le congrès du PS[1]. Heureusement, le courage peut renaître. Même à gauche…


[1] https://www.causeur.fr/melenchon-devenu-un-salopard-d-antisemite-311620

«Red Carpet»: l’écrin vaut mieux que le joyau…

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RED CARPET, Hofesh Shechter © Julien Benhamou OnP

À l’Opéra de Paris, des interprètes remarquables au service d’une chorégraphie vide.


Des danseurs magnifiques défendant leurs rôles avec cette rage de bien faire qui porte à l’excellence ; des lumières somptueuses jouant entre la couleur du sang et celle du deuil et se frayant un passage dans une obscure clarté parfaitement irréelle ; un jeu complexe de lourds rideaux grenat qui morcelle le spectacle en cent séquences d’inégales durées et définit des espaces immenses ou resserrés jusqu’à l’étouffement. Et pour tout élément de décor, un lustre unique, mais monumental et portant mille feux, bien fait pour rappeler que l’on est ici à l’Opéra de Paris, le vrai, celui de Napoléon III. Dans cette pièce signée par l’Israélien Hofesh Shechter, tout est remarquablement sophistiqué, tout… sauf la chorégraphie qui est d’un vide abyssal.

Noceurs décadents

Certes elle est spectaculaire, cette chorégraphie qui fait penser, et ne fait penser à rien d’autre qu’une soirée dansante entre noceurs décadents. Elle exige de la part de ses interprètes, 13 danseurs du Ballet de l’Opéra de Paris, un engagement sans faille tant ce travail de groupe, ces ensembles mouvants et sinueux doivent être périlleux à exécuter en bonne intelligence, tant le rythme en est diabolique, les contorsions des corps infernales alors que les bras sont devenus serpents et que les mains sont métamorphosées en flammes.

Mais, de bout en bout, la gestuelle semble ne pas évoluer. Ou plus exactement, elle paraît obéir inlassablement aux mêmes procédés. L’agitation n’en masque pas la vacuité.

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Elle ennuie à force d’uniformité. Et quand bien même il ne dure qu’un peu plus d’une heure, le spectacle apparaît comme interminable.

Hofesh Shechter lance les danseurs dans une tempête de mouvements sans d’autre motif que d’occuper l’espace et de vous en mettre plein la vue. Et ce n’est pas l’épais programme édité par l’Opéra et ses commentaires savants qui parviennent à donner de l’épaisseur à un ouvrage qui en manque absolument.  

L’inanité de l’écriture

Une fois encore, et c’est vraiment dans l’air du temps, on se retrouve confronté à un ouvrage bien ficelé, accompagné de lumières somptueuses, travaillées avec un art consommé par l’éclairagiste Tim Visser, et qui semblent être le clou du spectacle ; à des costumes élégants, mais sans caractère aucun, à l’exception d’une redingote délirante, des robes du soir, des tenues parfaitement taillées, mais ne dégageant strictement rien d’intéressant pour le théâtre. Toutefois ils sont signés par la maison Chanel ce qui fait office de sésame dans une société qui adule les marques de luxe et pour qui en porter est une fin en soi.      

La musique, où l’on sent des réminiscences du Moyen-Orient, a été composée par le chorégraphe lui-même. Exécutée par deux instruments à cordes, un instrument à vent et une batterie juchés dans le lointain de la scène, hurlante parfois comme il se doit, elle n’est pas désagréable à entendre à condition sans doute que ce ne soit qu’une seule fois. Et elle accompagne plutôt bien cette pièce où vélocité et virtuosité des danseurs masquent l’inanité de l’écriture.

Cet intitulé aux sonorités vulgaires

Mais comme cela bondit, tourbillonne et galope, épaté par l’abattage des exécutants le public applaudit bien fort. Pas trop longtemps tout de même, comme s’il réalisait en son for intérieur que Red Carpet n’est au fond pas grand chose. C’est cet intitulé aux sonorités vulgaires (le mot carpette a pour nous des consonances fâcheuses) qui scelle la chorégraphie. Et l’on se demande pourquoi un titre en anglais pour un ouvrage commandé et financé par l’Opéra de Paris, conçu par un Israélien, exécuté par des danseurs français pour un public francophone. Comme si l’usage du français était chose ringarde, sinon déshonorante. Tapis rouge eut résonné avec plus d’élégance, de références flatteuses. Et de légitimité.


Red Carpet. Par le Ballet de l’Opéra de Paris. Opéra Garnier. Jusqu’au 14 juillet 2025.

La gauche mollah

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Tel Aviv, 16 juin 2025 © Leo Correa/AP/SIPA

Selon le grand homme de paix Jean-Luc Mélenchon, « l’agression de Nétanyahou contre l’Iran est inadmissible ».


LFI prend le parti de l’Iran, cela vous étonne ?
J’attends le pire de leur part, et leur dérive fascistoïde continue à me sidérer et m’inquiéter.
Je pensais que les Insoumis éviteraient prudemment de défendre un régime vomi par sa jeunesse. Et non !
Ils affirment que non, bien sûr, nous ne sommes pas pour ce régime. Mais déjà place de la République à Paris, des militants viennent bien proclamer leur soutien au pauvre petit Etat agressé par les sionistes-fascistes.

L’antisionisme, unique boussole politique de Mélenchon ?

Les Insoumis éructent contre Macron qui reconnaît le droit d’Israël à se défendre, braillent que c’est Israël qui a attaqué le premier, en oubliant que depuis 40 ans, l’Iran attaque continuellement des villes israéliennes par proxys interposés (cela s’appelle même l’axe de la résistance, et cela n’a qu’une raison sociale : la destruction d’Israël !) et qu’il est proche de la bombe nucléaire – l’AIEA l’a déclaré il y a quelques jours.

A lire aussi: Causeur #135: A-t-on le droit de défendre Israël?

L’unique boussole de Mélenchon, c’est sa haine de l’Etat juif. Il prétend qu’il n’est pas antisémite, chacun jugera à la liste de ses saillies facile à retrouver. Mais son « antisionisme » ressuscite les mêmes fantasmes de complot et stéréotypes que l’antisémitisme ancien. Quiconque défend Israël est ainsi le valet du Mossad ou du CRIF. C’est le Protocole de sages de Sion revisité. Le leader de l’extrême gauche s’intéresse aux victimes seulement quand les agresseurs sont juifs. Les Palestiniens tués par Assad ou les musulmans tués par toutes sortes d’autres régimes, il s’en fiche. Les Insoumis ont tambouriné sur la flottille pour Gaza, cette pantalonnade navale relookée en haut fait d’armes, mais concernant la flottille terrestre accueillie sans petits pains ni bouteilles d’eau à coups de pierres  en Egypte – et parfois de fouet -, silence.
Résultat, sympathisants ou responsables LFI pleurnichent pour un régime qui pend les homosexuels, voile les femmes et tue ses opposants. Elle a bonne mine la convergence des luttes.

Tout ce qui est excessif est insignifiant, non ?

Pas toujours, en politique. L’histoire est faite par des minorités déterminées. Les Insoumis et la jeunesse militante qu’ils agrègent ne sont pas seulement des révolutionnaires de salon. S’ils peuvent semer le chaos dans la rue et dans les esprits, le Grand soir n’est cependant pas pour demain. Mais ils embobinent la jeunesse des quartiers et celle des campus de sciences humaines. Et ils menacent physiquement leurs contradicteurs (M. Delogu vient de publier un tweet menaçant en direction de Jérôme Guedj), et mobilisent des foules certes petites mais fanatisées et effrayantes. Et il ne faut pas oublier ce mélenchonisme d’atmosphère dans nombre de rédactions de nos médias. Samedi matin sur France Inter, on nous expliquait que Netanyahou torpille la détente en cours. J’ai cru que c’était l’heure du comique.

Que la gauche fanatique adore des dictatures islamistes, c’est raccord avec son histoire. Mais jusqu’à ce que le PS baise la bague de Don Mélenchon, il existait une gauche de la liberté. C’est terminé.

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Après avoir juré que Mélenchon, plus jamais, Olivier Faure envisage un rapprochement, avec l’alibi éternel de l’extrême droite dangereuse. Le Premier secrétaire du PS n’a d’ailleurs pas dit un mot sur l’Iran ce week-end. Sans doute ne veut-il pas aller jusqu’à soutenir les assassins de Mahsa Amini, mais il ne faudrait tout de même pas qu’il soit suspecté de dérive sioniste…


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

De l’euthanasie rentable au complotisme décomplexé

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Macron débat avec Robert Ménard sur TF1 le 13 mai 2025 © Capture d’écran TF1

Je ne vous parlerai ni de l’entrisme islamiste, ni de l’interdiction du voile aux moins de 15 ans, encore moins du match entre Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez. Ce mois-ci, j’ai choisi l’euthanasie, le débat télévisé du chef de l’État et le complotisme d’Aymeric Caron… Sans oublier Béziers, bien sûr !


Pied dans la porte

La théorie du « pied dans la porte » est développée par le Pr Jean-Louis Touraine, médecin, ancien député et ardent défenseur de l’euthanasie. Le concept est simple : « Une fois qu’on aura mis le pied dans la porte, il faudra revenir tous les ans […]. Parce que dans la première loi, il n’y aura pas les mineurs, les maladies psychiatriques et même pas les maladies d’Alzheimer. Mais, dès qu’on aura au moins obtenu une loi pour ceux qui ont la maladie de Charcot […], on pourra étendre les choses en disant que ce n’est quand même pas normal qu’il y ait des malades [qui y ont droit] parce qu’ils ont telle forme de maladie et puis d’autres qui n’y ont pas droit. » Au Québec, l’euthanasie représente aujourd’hui plus de 7 % des décès. Et la question est désormais posée : sa légalisation, présentée au départ comme l’« ultime recours », ne serait-elle pas devenue l’alternative bien commode à un système de santé défaillant ? Certains vont même plus loin et se posent la question de l’euthanasie pour « raisons sociales, quand les gens n’ont pas les moyens financiers ». En France, et selon une enquête de la Fondapol, la loi qui vient d’être votée à l’Assemblée permettrait une économie de 1,4 milliard d’euros par an. À méditer…

Médusé

C’est évident, je ne suis absolument pas objective sur le sujet. Le sujet étant mon mari, Robert Ménard, face au Chef de l’État dans l’émission de TF1 le 13 mai dernier. Après presque deux heures de ronron sans beaucoup d’intérêt, le maire de Béziers aura pour le moins réussi à réveiller les téléspectateurs assoupis. Et surtout à parler au nom de ces gens ordinaires, « ceux qu’on n’entend pas, parce qu’ils ne protestent pas, qu’ils ne manifestent pas. Ceux qui paient leurs impôts. Ceux qui s’arrêtent au stop. Bref, ceux qui respectent les règles mais qui en prennent plein la gueule tous les jours. » Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a secoué le chef de l’État. Lequel a acquiescé à tout : d’accord pour donner plus de pouvoirs aux polices municipales ; d’accord pour louer des places de prison à l’étranger ; encore d’accord pour limiter l’immigration ; et d’accord enfin pour que les maires ne soient pas obligés de marier un étranger en situation irrégulière… Que ne l’a-t-il fait avant, depuis huit années qu’il est président de la République ? Nous ne le saurons probablement jamais. Je crois connaître suffisamment Robert pour savoir qu’il ne se réjouit pas d’avoir gagné le match face au président. Il s’inquiète plutôt de promesses une nouvelle fois sans lendemains. Car si Emmanuel Macron était médusé, les Français, eux, sont définitivement désabusés…

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Is’Hac

Coup de tonnerre à Béziers. Le 6 mai dernier, Robert [Ménard] reçoit un appel téléphonique pour le prévenir que le petit Is’Hac, 14 ans, a été retrouvé pendu dans sa chambre. Il était scolarisé en 3e au collège de La Dullague. Un établissement qui est loin de m’être étranger, puisque j’ai été amenée à intervenir en sa faveur à de nombreuses reprises auprès des différents ministres de l’Éducation nationale lorsque j’étais député. J’ai même écrit à Brigitte Macron, excédée de n’avoir aucune réponse de Pap Ndiaye – que l’on disait son protégé –, à l’époque, qui avait l’air de se ficher comme d’une guigne de ce collège en difficulté… Depuis, un drame est arrivé. Le pire est arrivé. L’émotion et la colère suscitées par cette catastrophe ne retomberont pas de sitôt. La maman d’Is’Hac, que nous avons rencontrée à plusieurs reprises, a évoqué des faits de harcèlements depuis le CE2 à l’encontre de son fils. Certains enseignants, avec qui j’ai pu m’entretenir, estiment que la structure de l’établissement n’était pas à même d’accueillir dans de bonnes conditions cet élève au profil « atypique » et qu’ils n’étaient pas eux-mêmes formés à cet accueil. Je ne sais pas comment sa maman tient le coup. Une femme forte, admirable. Elle m’a expliqué qu’elle encourageait son fils à tenir bon face aux moqueries et aux sarcasmes, qu’au lycée, tout s’arrangerait. Il lui restait sept semaines à tenir…

Anna Politkovskaïa

Elle a été l’une des premières. Peut-être la première. La première à dénoncer les crimes de Vladimir Poutine. C’était il y a longtemps, en 1999. Anna Politkovskaïa était journaliste dans ce très beau journal russe, libre et indépendant, Novaïa Gazeta. Avant tout le monde, elle a compris ce qu’était le régime du président russe. Et n’a eu de cesse de décrypter le mécanisme infernal mis en place pour s’accaparer tous les pouvoirs. À partir de 2002, la vie d’Anna est devenue difficile, impossible. Elle a été arrêtée, puis relâchée. Ses enfants menacés. On a tenté de l’empoisonner. Mais elle n’a pas cédé.

Le samedi 7 octobre 2006, en fin d’après-midi, son corps a été retrouvé dans l’ascenseur de son immeuble à Moscou. Criblé de balles. Anna a été exécutée le jour de l’anniversaire de Poutine. Infâme ironie. À Béziers, le 27 mai dernier, à l’occasion de la journée nationale de la Résistance, nous avons inauguré un buste en la mémoire de ce petit bout de femme au courage d’acier qui n’a jamais baissé le regard. Hommage…

Complot juif

« Pendant que les propagandistes d’Israël truquaient le vote à l’Eurovision pour faire gagner leur candidat qui n’avait rien à y faire, leur armée tuait encore des innocents à Gaza », a écrit Aymeric Caron, député apparenté LFI sur X dans la nuit de samedi à dimanche 18 mai. Pour ceux qui n’auraient pas suivi, la candidate israélienne au concours de l’Eurovision 2025 est une rescapée du massacre du 7 octobre 2023 commis par le Hamas. Yuval Raphael a terminé à la deuxième place du concours musical en interprétant New Day Will Rise (« Un jour nouveau se lèvera »). Israël a remporté le vote du public sur l’ensemble des 38 pays votants. Aucun des 70 professionnels qui surveillaient les opérations de vote en direct n’a relevé la moindre anomalie. Mais Aymeric Caron a une obsession : colporter la haine des juifs et d’Israël. Triste sire.

Vu d’ailleurs

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Les écrivains Thierry Marignac et Noha Baz © Hannah Assouline / DR.

Monsieur Nostalgie, qui aime les rencontres éditoriales déroutantes, nous parle ce dimanche de deux livres : les chroniques de guerre de Thierry Marignac et les saveurs du Levant de Noha Baz. Voyage improbable de l’intérieur de la Russie jusqu’à Alep…


La littérature autorise les rapprochements et le télescopage de livres qui, sur le papier, n’ont rien à voir. Le critique a tous les droits surtout celui de distinguer des ouvrages qui plaisent intimement, dont l’écriture charme bien que de prime abord, dans un premier élan, les sujets traités ici pourraient rebuter, acculer à la déprime et au défaitisme. La guerre en Ukraine et le chaos qui règne au Levant sont de puissants tue-l’amour. Avons-nous envie de nous coltiner des écrits qui sont parasités par les images véhiculées, du matin au soir, par les satellites ? Notre libre-arbitre est hors-jeu. Il a déclaré forfait depuis longtemps. Avons-nous encore la force mentale et serons-nous surtout en mesure de laisser notre esprit s’imprégner d’autres sons, d’autres réalités et d’autres discours qui viendraient perturber notre prêt-à-mâcher ? Nous sommes formatés à superposer maladroitement des impressions qui nous sont vendues « clé en main » et peu enclins à écouter, à vraiment entendre, la complexité des Hommes. Leur rapport à l’Histoire et la sédimentation de leur pensée. On approche donc, avec méfiance, un brin de lassitude et d’incompréhension sur ces terres hostiles. D’un côté, Thierry Marignac, un journaliste connaissant son sujet (c’est assez rare pour le souligner), écrivain et traducteur avant tout, compagnon de route d’Édouard Limonov, non-aligné et averti des soubassements du monde, voilà pour le pedigree, nous emmène dans le camp ennemi, en immersion, dans cette Russie aujourd’hui interdite, au contact direct des protagonistes d’un conflit qui nous échappe et dont nous sommes ignorants. Là-bas, il a rencontré des soldats, des civils, des partisans et des opposants à cette guerre. Il ramène des témoignages, des atmosphères, des interrogations, des peurs et des vérités qui vont bien au-delà d’une galerie de portraits, d’une investigation journalistique à but didactique et bêcheuse, du reportage d’un envoyé spécial. Marignac n’est pas un professeur de morale à la solde d’un dessein particulier, il est un écrivain de la déroute, capable par sa plume, de prendre le pouls d’une guerre moderne, d’en déceler toutes les contradictions et les emballements, de montrer les alliances de circonstance et la fermentation des idées. Sortent alors de l’ombre, c’est la magie de la littérature, des gueules pas possibles, des décors décharnés, des froidures matinales, une violence sous-jacente et aussi une vie quotidienne à la normalité presque inquiétante, jeunes qui dansent et boivent, intellectuels et littérateurs qui s’autocongratulent. Des commerces florissants, des SUV dernier cri sur des parkings patibulaires et des rancœurs vitrifiées. Dans Vu de Russie paru à la Manufacture de livres, Marignac tente non pas d’instrumentaliser ou de morigéner, mais d’écrire librement dans une zone de turbulences extrêmes où la désinformation et le mensonge sont des armes de dissuasion massive. Il ne s’érige pas en porte-parole ou en vaguemestre servile, il nous fait pénétrer dans la tête de ces combattants et de ces réfractaires, dans un pays qui nous est de plus en plus inconnu.

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De l’autre côté, Noha Baz, médecin pédiatre née à Alep, exerçant à Beyrouth et à Paris exalte les saveurs, les parfums et les mirages dans une zone elle aussi déchirée, où le tumulte semble être la normalité. Dans Le Levant – Les saveurs de l’aube publié dans la collection « L’âme des peuples », cette érudite et fine gastronome, évoque un périple commencé à Beyrouth au Nouvel an 2000 qui conduisit son groupe à travers la vallée de la Bekaa, la vieille ville de Damas ou l’entrée dans Tripoli. Ce voyage « lunaire » dans un paysage fragmenté par les religions et les civilisations offre une perception nouvelle. Sans rien cacher des fractures et des escalades mortifères, ce récit s’attache à faire miroiter les miracles culinaires et architecturaux de la région. Ce Levant dont l’auteur dit elle-même que durant l’écriture de son livre personne ne s’est mis d’accord sur ses frontières. « Pour certains, il s’agit de la Méditerranée orientale qui s’étend de l’Anatolie à l’Égypte. Pour d’autres, il englobe Chypre et même quelques kilomètres d’Irak » écrit-elle, s’amusant de ces controverses. Dans ces contrées où les armes et les vestiges se font face, où les chants et les mets enivrent, les pauses de Noha Baz enchantent les papilles lorsqu’elle décrit le kebbé  (spécialité typiquement levantine revendiquée par la cuisine libanaise […] Il est confectionné avec du boulgour et de la viande d’agneau hachée […] Selon la tradition, il est confectionné dans un jurn, un mortier en marbre dans lequel ses ingrédients sont longtemps battus à la main pour les mélanger intimement et en faire ressortir toutes les saveurs). Dans ces deux carnets de voyage, très différents et personnels, résonne pourtant le lointain souvenir d’une France fantasmée, littéraire et attrayante, le prestige de notre langue auprès de ces peuples amis, la trace peut-être de notre génie disparu.


Vu de Russie – Thierry Marignac – La manufacture de livres 192 pages

Le Levant – Les saveurs de l’aube – Noha Baz – éditions Nevicata – Collection L’âme des peuples 150 pages

Vu de Russie: Chroniques de guerre du camp ennemi

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Le Levant

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La boîte du bouquiniste

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Gabriel Hanotaux, Maurice Courtois-Suffit et Paul Valéry © D.R.

« Paris est la seule ville du monde où coule un fleuve encadré par deux rangées de livres », dixit Blaise Cendrars. Causeur peut y dénicher quelques pépites…


« J’adore le passé, c’est tellement plus reposant que le présent et tellement plus sûr que l’avenir », dit Anton Walbrook dans La Ronde, le film de Max Ophuls.

Certains font aussi profession de raconter le passé, ce sont des historiens. Encore faut-il savoir ce qu’est l’histoire, la comprendre avant de l’interpréter. C’est l’objet d’une petite plaquette publiée en 1933 par la Société des écrivains amis des livres. Elle rassemble quatre discours : deux prononcés en 1931 par l’académicien Gabriel Hanotaux – lors du congrès international d’histoire coloniale, puis à la Sorbonne ; celui d’un autre académicien, Paul Valéry, à l’occasion d’une distribution de prix en 1932 ; et celui de Maurice Courtois-Suffit, jeune membre de cette Société des écrivains.

Selon Hanotaux, « l’histoire, d’abord, est une nécessité ; nous ne pouvons lui échapper : elle nous tient et nous ligote de son accablante compagnie. Voltaire, en son bon sens dépouillé, dit : “Les premiers fondements de toute histoire sont les récits des pères aux enfants, transmis d’une génération à une autre…” Le père parle ; les enfants écoutent ; les fils parleront ; leurs enfants écouteront. Et voilà ! l’histoire est née. Qui coupera le fil des générations rattachées les unes aux autres par le souvenir et le récit ? » Il pose la question, mais reconnaît que « l’histoire n’est pas à la mode en ce moment », pire, qu’elle « passe un mauvais quart d’heure : elle est devenue la maîtresse des erreurs, la cause des guerres, la propagatrice des violences et des tyrannies, le principe de tout mal. »

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Vouloir toutefois la supprimer serait vain, dit Courtois-Suffit, bien qu’on puisse « l’anéantir momentanément. Nous en voyons l’exemple en Russie. Mais elle renaîtra bientôt. Un jour ou l’autre, on la laissera tranquille. » Tranquille ? Rien n’est moins sûr, estime Valéry, car par leur travail et leurs désaccords, les historiens bousculent l’histoire. « On a beau faire croître l’effort, varier les méthodes, élargir ou resserrer le champ de l’étude, dépouiller les archives des particuliers, les journaux du temps, les arrêtés municipaux ; ces divers développements ne convergent pas, ne trouvent point une idée unique pour limite. Ils ont chacun pour terme la nature et le caractère de leurs auteurs, et il n’en résulte jamais qu’une évidence, qui est l’impossibilité de séparer l’observateur de la chose observée, et l’histoire de l’historien. »

Il est cependant des faits sur lesquels tout le monde s’accorde, « ce sont des coups heureux, de véritables accidents ; et c’est l’ensemble de ces accidents qui constitue la partie incontestable de la connaissance du passé ». Mais à quoi bon ce savoir, s’inquiète Courtois-Suffit, puisque « les majorités ne sont pas intellectuelles, et les passions des majorités méprisent les leçons de l’histoire », tout comme les responsables politiques : « Nous ne pouvons rien contre les dangers de la politique, et la politique pourrait bien nous envoyer nous faire tuer, un jour ou l’autre, même si nous avons prévu ce fâcheux dénouement à tous nos problèmes. » L’histoire n’empêche pas les historiens d’aller se faire tuer, et elle survit même à ceux qui prédisent sa fin.

Gabriel Hanotaux, Paul Valéry et Maurice Courtois-Suffit, À propos de l’histoire, Société des écrivains amis des livres, 1933.

C’est toujours Noël en Somme

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Philippe et Mireille Béra © Philippe Lacoche

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


Il est des éditeurs pusillanimes qui répugnent à prendre des risques et qui, contrairement à la jolie chanson d’Enrico Macias, ont dans le cœur tous les euros des réassorts. A l’opposé, d’autres n’ont peur de rien ; ils se lancent dans de véritables aventures artistiques, littéraires, poétiques, sans trop se soucier des futurs chiffres de ventes. C’est le cas des éditions Cadastre8Zéro d’Amiens qui viennent de publier deux livres du regretté Bernard Noël. Ce sont leurs dernières publications : Le Chemin d’encre, et Ecrits en regard, De la peinture de François Rouan.

Je connais depuis de longues années leurs fondateurs, Mireille et Philippe Béra. Celui-ci était conseiller artistique à la Direction régionale des affaires culturelles de Picardie (DRAC), et son épouse a longtemps dirigé d’Institut médicoéducatif de Grand-Laviers, dans la Somme où elle invitait régulièrement écrivains, artistes et musiciens à animer des ateliers au profit des élèves. Il y a peu, je les ai retrouvés au Café, chez Pierre, à Amiens ; ils voulaient me présenter leurs deux derniers ouvrages.

Pour une fois, ma Sauvageonne adorée, mon ébouriffée aux yeux verts, verts de Vesle, n’était pas à mes côtés. Était-elle en train de prendre un café en compagnie de Rickybanlieue, l’un de ses plus fervents admirateurs qui l’a fait savoir récemment à la faveur d’un texte publié dans le courrier des lecteurs du site Causeur ? Non, je ne le pense pas. Depuis qu’elle s’est racheté des toiles, elle devait peindre, joyeuse, et si mignonne dans sa blouse jaune maculée de peinture acrylique.

© Philippe Lacoche

À lire aussi, Philippe Lacoche : De la Vesle à la Nièvre ou le temps qui fuit

Cadastre8Zéro est une maison associative fondée en 2005. Elle a publié une cinquantaine d’ouvrages d’écrivains, d’artistes et de photographes tels que Denis Dormoy, Maxime Godard, Clément Foucard, Sylvie Payet, Michel Butor, Arrabal, Jean-Pierre Cannet, Roger Wallet, Bernard Noël, bien sûr, etc. « Bernard Noël rencontra le peintre François Rouan en 1976 pour un entretien dont La Quinzaine Littéraire publia la transcription », explique Philippe Béra dans un texte de présentation de l’opus Le Chemin d’encre. « Trente ans plus tard, à l’initiative des éditions Cadastre8Zéro, Bernard Noël retrouva François Rouan dans son atelier de Laversine. Les deux amis décidèrent alors de faire un livre à partir d’un texte dont Bernard Noël avait entrepris l’écriture. C’est ainsi que Cadastre8Zéro édita en 2011 un premier ouvrage dans une version bilingue français-espagnol qui comprenait cinq séquences de sept strophes, sous le titre de Ce jardin d’encre (…). Bernard Noël nous annonça qu’il poursuivait l’écriture de Ce jardin d’encre et que seule sa propre fin, la sienne, disait-il, en arrêterait le cours… Mise en place d’une expérience que l’écrivain « n’avait jamais vécue aussi clairement auparavant » (…) A l’issue de cette expérience, nous avons exprimé à Bernard Noël notre souhait d’éditer séparément la version complète de son texte en tant que dernier et 11e titre de la collection « Donc » qu’il dirigea durant 11 ans. Bernard Noël nous indiqua alors qu’il reviendrait aux éditions Cadastre8Zéro de prendre cette initiative après « sa fin » qui intervint le 13 avril 2021. »

Quant à Ecrits en regard, De la peinture de François Rouan, Philippe Béra raconte que durant tout le temps de leur correspondance du Chemin d’encre, Bernard Noël est allé dans l’atelier François Rouan plusieurs fois. « Il a écrit cette correspondance en regard de sa peinture. Il voulait écrire un quatrième livre : jamais il n’a pu se rendre dans l’atelier pour le faire car il est mort. On a donc décidé de publier ces textes-là après son décès. On a mis la transcription de ce premier et à la fin une lettre verticale qu’il a écrite à François Rouan en 2020. Le premier texte est un entretien ; le dernier c’est une lettre. Au milieu il y a trois textes que l’on peut qualifier de critiques. » Et Mireille Béra d’ajouter : « Bernard Noël était un individu qui ne se laissait pas facilement approcher mais il était d’une générosité et d’une fidélité rares en amitié. Il nous avait tellement apporté qu’on a eu envie de terminer avec lui de façon à lui rendre hommage. » Un bel hommage en effet.