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De sexe et d’âme

Mario Vargas Llosa a débité pas mal de banalités sur la liberté, l’oppression, la barbarie et l’engagement politique de l’intellectuel. Mais dans ses romans, le prix Nobel de littérature a aussi écrit des pages magnifiques sur les liens qui unissent l’homme et la femme, dont des passages furieusement érotiques


Il en a parlé jusque dans son dernier roman (2023), sur fond de valse péruvienne, en prenant garde, cette fois, de ne choquer « ni les grand-mères ni les curés ». En 2021, dans un petit ouvrage facétieux sur la débandade de la vieillesse (Les Vents), il se disait effrayé de voir que les jeunes adultes n’accordaient plus à l’amour physique la place qu’il lui avait donnée à leur âge. Une dizaine d’années plus tôt encore, il avait eu cette comparaison flaubertienne mâtinée de sex-appeal latino en recevant le prix Nobel de littérature (2010) : « Écrire, c’est comme faire l’amour avec la femme aimée, des semaines et des mois durant. »

Le 13 avril 2025 mourait à 89 ans le grand romancier péruvien Mario Vargas Llosa, né en 1936 à Arequipa, dernier représentant de ce que l’on a appelé, dans les années 1960 et 1970, le « boom » littéraire latino-américain. Entre pas mal de banalités sur la liberté, l’oppression, la civilisation, la barbarie et l’engagement politique de l’intellectuel, toutes débitées sur le ton charmant de la narration et, pour bon nombre d’entre elles, copieusement étalées pendant trente ans dans le quotidien espagnol El País, Mario Vargas Llosaécrivit dans ses romans de magnifiques pages sur l’homme, la femme et le lien de sexe et d’âme qui les unit parfois. Des pages à faire pâlir d’effroi les surfeuses et surfeurs de la vague #MeToo, les signataires du consentement avec accusé de réception, les bruyants dignitaires de la sexualité préfixielle (a-, trans-, bi- et autres pansexuels), ainsi que la petite troupe de diplômés ès troubles identitaires à l’affût de l’ultime coït hétérosexuel occidental.

Premiers émois d’un futur Nobel

Ses premiers écrits érotiques, Mario Vargas Llosa les rédigea, adolescent, au collège militaire Leoncio Prado de Lima, un lieu âpre où il s’agissait de « penser à ses couilles avant de penser à son âme » (La Ville et les Chiens). Un peu sommaires, ils lui firent toutefois gagner des cigarettes en douce ainsi qu’une solide réputation de poète auprès de ses camarades : « La femme gémissait, se tirait les cheveux, disait “assez, assez”, mais l’homme ne la lâchait pas ; de sa main nerveuse il continuait d’explorer son corps, il la déchirait, il la pénétrait […]. La femme pensa que ce qu’il y avait eu de meilleur, c’était les morsures finales et elle se réjouit en se rappelant que l’homme reviendrait le lendemain. » Le futur Prix Nobel et académicien jugea probablement nécessaire, par la suite, de peaufiner sa verve érotique et de donner à l’âme un rôle un peu plus substantiel dans cette affaire. La vie et la fiction passèrent par là, les deux se mêlant avec bonheur chez cet écrivain pour qui la bonne littérature est toujours « un défi au réel » (Dictionnaire amoureux de l’Amérique latine) et chez cet homme dont la vie fut plutôt romanesque. De la prostituée brésilienne à qui il doit « ses premiers pas au labyrinthe mystérieux du désir » (Le Poisson dans l’eau), jusqu’à ses amours tardives avec la très médiatique Isabel Preysler, en passant par sa tante Julia et sa cousine Patricia qu’il épousa successivement au mépris de l’émotion familiale et des cinq balles dans la peau que son père lui promit en cadeau de mariage, Mario Vargas Llosa aima les femmes, « fantasma sur elles sans éprouver de gêne ou de culpabilité », et n’eut de cesse de l’écrire dans ses romans.

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Ce qu’il a couché sur le papier sent le corps avec un supplément d’âme. Avec lui, l’homme ne se contente pas d’une « relation sentimentale un peu terne avec une femme séduisante, sympathique, abstème, végétarienne et catholique convaincue » (Tours et détours de la vilaine fille). Il veut tenir la femme dans ses bras, l’embrasser, la mordre, lui faire l’amour dans « une chambre étroite aux murs roses piquetés d’images pornographiques et religieuses » et « la faire rougir comme une paysanne ». Il veut « respirer son odeur », « boire sa salive », « lécher son palais et ses gencives », « coller son oreille à son nombril pour écouter les rumeurs profondes de son corps », « sentir la secrète vie de ses veines et sa peau tiède battre sous ses lèvres », la faire jouir étendue sur le dos, « les cuisses ouvertes pour faire une place à sa tête », « savourer la fragrance qui sourd de son ventre ». Bref, « l’aimer comme un homme et se foutre de tout le reste ». L’amoureux est un sentimental qui hésite entre se rendre intéressant avec deux-trois théories érotico-biologiques sur le désir instinctif (La Tante Julia et le Scribouillard) et déclarer à la femme aimée : « Je te veux et te désire de toute mon âme, de tout mon corps » (Tours et détours…). Dans les deux cas, il est le strict opposé du tyran, de l’homme de pouvoir, de celui qui, comme le dictateur dominicain Rafael Trujillo (1891-1961) dont il brosse le portrait grandiose dans La Fête au Bouc, a des « couilles glacées » quand il s’agit de faire tuer Untel, mais des « testicules en ébullition » à l’idée de pouvoir encore, malgré « l’urine qui glisse de sa vessie sans demander l’autorisation de sa prostate morte », enfoncer sa « petite pointe visqueuse et chaude » dans la bouche d’une « belle poupée défaillant de plaisir dans ses bras » et « faire crier comme autrefois une petite femelle » dans le lupanar de la Maison d’Acajou.

L’écrivain démasqué ?

La question n’est pas de savoir si Mario Vargas Llosa a été l’homme de ses livres. Il l’a joliment formulé : l’écriture d’un roman est un strip-tease à l’envers, le romancier fait croire qu’il se met à nu alors même qu’il se déguise. Qu’on l’imagine en fou d’amour si l’on veut, en sentimental romantique ou fleur bleue, en vassal aux pieds d’une souveraine indifférente à ses mièvreries ou juste amoureux de Dorothy « parce qu’elle est très compréhensive et le laisse chanter au lit » (Les Cahiers de don Rigoberto). Les plaisantins qui l’ont rebaptisé « Mario Viagra Llosa », suite à sa toquade pour la reine de la presse du cœur, ne l’ont pas davantage décontenancé : héritier de la grande tradition baroque espagnole, de son obsession de la finitude et de la décomposition, il leur a répondu avec un humour ravageur en se présentant dans Les Vents comme « l’homme-caca », un vieillard gâteux, incontinent, incapable de retrouver son chemin et radotant inlassablement les mêmes histoires.

Au lendemain de la mort du romancier, le lyrisme présidentiel français – que doivent redouter tous ceux qui pourraient prétendre, par un malheureux hasard du calendrier, à un tweet funèbre de ce cru – dit de celui qui regrettait de ne pas voir les présidents s’afficher avec des écrivains ou des philosophes, qu’il avait opposé « la liberté au fanatisme, l’ironie aux dogmes et un idéal farouche aux orages du siècle ». La liste est incomplète : Mario Vargas Llosa opposa aussi l’érotisme au sexe contemporain qui lui semblait trop facile d’accès pour être désirable. Un érotisme dont il nous a laissé une belle définition dans son essai sur La Civilisation du spectacle et dans l’ensemble de sa création romanesque : ou comment faire de l’amour physique une œuvre d’art.

L’érotisme contemporain, entre fluidité et incertitude

L’érotisme a-t-il encore sa place dans une société comme la nôtre ? Pas sûr que l’exploration secrètement virtuose du labyrinthe du désir soit compatible avec l’impératif de bien-être, y compris sexuel, venu compléter la liste des fameuses « cases à cocher » pour prétendre jouir dans la dignité. Pas sûr non plus que le goût de l’autre soit au bout de l’exténuante aventure ascético-égoïste qu’on nous vend sous le nom frauduleux (et laid) de « lâcher-prise », avec son régime « Comme j’aime », sa séance de gymnastique spirituelle et son « atelier masturbation ». Pas sûr enfin que la jeunesse, biberonnée dès l’enfance aux images pornographiques (40 % des enfants y sont confrontés avant la fin du primaire et quasiment 100 % à la fin du collège selon un rapport sénatorial de 2021), mais sevrée depuis belle lurette de « l’orgie perpétuelle » (Gustave Flaubert) des grands textes littéraires, donne à la définition de l’érotisme le même sens que Mario Vargas Llosa. Société de « l’épuisement du désir » (Michela Marzano), société schizophrène du « revenge porn » et de la « gênance » : les images pornographiques se sont naturellement invitées dans le harcèlement entre adolescents, mais un baiser donné entre deux lignes d’un roman a de fortes chances d’être jugé « gênant » par une majorité d’élèves. Rassurons-nous, l’enquête « Envie », récemment menée par la sociologue Marie Bergström et réalisée auprès d’un échantillon d’environ 10 000 personnes âgées de 18 à 29 ans en France métropolitaine, montre que la « sexualité qui vient » contredit autant l’idée reçue d’hypersexualité (génération Tinder) que celle de récession sexuelle (génération No Sex). Elle revendiquerait plutôt une plus grande fluidité dans les relations amoureuses – du « crush » (amour fantasmé) à la « rencontre IRL » (« In Real Life ») – et dans la manière de « faire couple » (sans « mise en union cohabitante » systématique).

La voilà enfin notre définition contemporaine de l’érotisme.

À lire parmi les œuvres de Mario Vargas Llosa

La Ville et les Chiens (La ciudad y los perros, 1963, trad. Bernard Lesfargues), Gallimard, 1966, 528 pages.
La Tante Julia et le Scribouillard (La tía Julia y el escribidor, 1977, trad. Albert Bensoussan), Gallimard, 1979, 400 pages.
La Fête au Bouc (La fiesta del Chivo, 2000, trad. Albert Bensoussan), Gallimard, 2004, 592 pages.
Les Vents (Los vientos, 2021, trad. Albert Bensoussan), L’Herne, 2023, 184 pages.
Dictionnaire amoureux de l’Amérique latine, Plon, 2005, 756 pages.
À paraître à l’automne, la traduction française de Le dedico mi silencio, 2023, 312 pages.

Ou ne pas lire

Marie Bergström (dir.), La sexualité qui vient : jeunesse et relations intimes après #MeToo, La Découverte, 2025, 392 pages.


La ville et les chiens

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La tante Julia et le scribouillard

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La fête au Bouc

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Le dedico mi silencio

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Israël respecté !

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Dans un ouvrage paru il y a quelques semaines, Stéphane Simon et Pierre Rehov analysaient en profondeur la stratégie militaire multifronts menée par l’Etat juif depuis le 7-Octobre et prophétisaient une attaque massive contre l’Iran. « Quarante-cinq ans de dictature islamique sont au bout du viseur » écrivaient-ils. Avec le déclenchement de l’offensive « Rising Lion » ce 13 juin, les faits viennent de leur donner raison.


Comme son titre l’indique, 7 octobre – La Riposte ne cherche pas à retracer l’histoire des conflits au Moyen-Orient dans sa complexité et sa longueur, ni à équilibrer les points de vue. Et même si l’attaque terroriste du 7 octobre 2023 y est relatée avec force détails, l’ambition principale des auteurs est de montrer, avec un regard exclusivement israélien assumé, la reprise de l’initiative tactique, stratégique et psychologique intervenue dès le 8 octobre contre l’« Axe de la résistance » pro-iranien.

Guerre existentielle

Débutant leur récit par la journée qui a marqué le monde par sa violence inédite, le journaliste sur Sud Radio Stéphane Simon et le reporter de guerre Pierre Rehov chroniquent avec précision les opérations militaires, diplomatiques et psychologiques qui ont depuis été menées par l’Etat juif. Au fil des pages, ils reconstituent l’engrenage de la riposte israélienne multiforme avec tout ce que ces événements impliquent comme dilemmes pour les États voisins et comme mobilisations internationales, mais aussi comme drames humains. En articulant témoignages, analyses stratégiques et données factuelles, ils décrivent en particulier la mutation profonde de la doctrine israélienne de défense.

A lire aussi, du même auteur: Iran: frappes massives d’Israël contre le régime

Après des décennies d’endiguement, à la fois face au Hezbollah et au Hamas, l’État juif a rompu avec sa logique de riposte ponctuelle et circonscrite, de représailles calibrées ou de réponses proportionnées. Il entre à présent dans une guerre existentielle, conduite à la fois au grand jour et dans les replis invisibles du renseignement. Et surtout, dans un conflit long, sans fin, une lutte de volontés entre deux peuples. « Cette guerre, écrivent Simon et Rehov, redessine sous nos yeux la carte de toute la région », et transforme le choc initial en une contre-offensive d’une intensité inédite, conçue pour frapper l’ennemi au cœur, l’affaiblir dans ses bastions, le désarticuler dans ses structures.

Des opérations ciblées spectaculaires

À travers une succession d’opérations spéciales, d’assassinats ciblés et de frappes chirurgicales menés par le Mossad, le Shin Bet, l’unité 8200 et les forces de Tsahal, Israël a peut-être non seulement restauré sa capacité de dissuasion, mais brisé la dynamique d’encerclement menée depuis des années par l’axe iranien. L’élimination du chef du Hamas, Ismaël Haniyeh, à Téhéran, dans une résidence ultrasécurisée attenante au palais présidentiel, est racontée comme un drame haletant et spectaculaire : les services israéliens auraient infiltré jusqu’au sommet du pouvoir iranien.

De même, l’opération « Pager » contre le Hezbollah, durant laquelle près de 4 000 dispositifs individuels de communication analogiques ont été détruits à distance après avoir soigneusement été piégés et vendus au mouvement terroriste par des entreprises-écrans créées par Israël, révèle une capacité de guerre électronique et de manipulation technologique proprement stupéfiante.

L’un des épisodes les plus captivants du livre reste néanmoins l’élimination presque fortuite de Yahya Sinwar, cerveau des attaques du 7-Octobre, tué lors d’un simple accrochage accidentel avec de jeunes soldats israéliens à Rafah. Cette scène, où l’improvisation se mélange avec le destin, parle autant du hasard de la guerre que de la situation tragique sur le front gazaoui.

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Toutefois, le propos central des auteurs est ailleurs. Selon eux, la riposte israélienne ne vise pas uniquement à démanteler le Hamas, mais s’étend à l’ensemble de ce qu’on appelle les « proxys » de l’Iran : le Hezbollah, les milices chiites en Syrie et en Irak, les Houthis au Yémen. Il ne s’agit plus seulement de se défendre, mais de remodeler, à long terme, le paysage géopolitique du Moyen-Orient. Simon et Rehov vont jusqu’à écrire que « quarante-cinq ans de dictature islamique sont au bout du viseur des services israéliens », affirmant ainsi que l’objectif final, assumé sinon proclamé par l’État hébreu, est l’ébranlement – et pourquoi pas, la chute – du régime des mollahs à Téhéran.

En ce sens, l’ouvrage ne se limite pas au travail d’enquête, mais formule un plaidoyer stratégique pour transformer la meurtrissure du 7-Octobre en une force d’action, une dynamique de reconquête, voire en ce que les auteurs qualifient de « vengeance légitime ». Ce livre est en somme un manifeste en faveur d’un Israël redevenu maître de son récit, de son territoire et de son avenir.

Stéphane Simon, Pierre Rehov, 7 octobre – La Riposte : Israël-Iran, la guerre secrète, Fayard 400 pages

Discrimination positive: aux Etats-Unis, la fin du mythe de l’«affirmative action»

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Alors que la Cour suprême des États-Unis a récemment mis un terme à la discrimination positive dans l’enseignement supérieur, un débat profond resurgit sur l’efficacité et les effets réels de cette politique. Jason Riley, dans la lignée de penseurs comme Thomas Sowell, démonte un demi-siècle de récits dominants, chiffres et histoire à l’appui. Loin d’avoir été un moteur de progrès, l’affirmative action aurait, selon lui, contribué à freiner la réussite des Noirs américains, en délégitimant leurs succès et en les enfermant dans une logique de dépendance. Retour sur une politique aussi symbolique que controversée, et sur une vérité moins consensuelle: les Noirs ont avancé sans elle – parfois même bien davantage


L’auteur Jason L. Riley

Après que neufs États ont prohibé l’Affirmative Action (discrimination positive), l’arrêt de la Cour Suprême de 2023 – Students for fair admission v. Harvard (SFFA)– l’interdit à son tour dans le pays tout entier. Les termes du président de la Cour ne pouvaient être plus clairs : « éliminer la discrimination raciale c’est l’éliminer entièrement ».

Cette décision, si elle a déplu aux élites progressistes, s’accorde avec l’opinion publique, Noirs compris, pourvu qu’on lui formule explicitement en quoi elle consiste au lieu de s’en tenir à l’expression « Affirmative Action ». En effet son sens a évolué au fil du temps depuis la mobilisation pour les droits civiques. Assimilée alors à une indifférence à la race, elle a évolué vers une exigence numérique dans les années 1970. Le livre de Jason J. Riley se focalise sur la version actuelle de la discrimination positive, pervertie et très éloignée de son sens initial. Il cherche à répondre aux questions suivantes : Dans quelle mesure les différences de résultats sont principalement dues à un racisme récurrent comme il est soutenu aujourd’hui ? D’autres facteurs ont-ils été sciemment oubliés ?

Une politique active de responsabilisation

Après Thomas Sowell, Shelby Steele et d’autres, Jason Riley rappelle les progrès prodigieux des Noirs réalisés avant même que l’on évoque la discrimination positive. Un indicateur parlant est le taux de pauvreté des Noirs qui passa de 87 % en 1940 à 47 % en 1960. Des Noirs ont magnifiquement réussi avant même la loi sur les droits civiques. Trois femmes noires furent ainsi des scientifiques qui participèrent au programme d’exploration spatiale de la Nasa. Pour les leaders noirs des premières décennies du 20ème siècle, les Noirs devaient chercher à améliorer leur situation grâce à l’éducation et un travail acharné en adoptant les normes de la classe moyenne. Des publications et les organisations des droits civiques expliquaient ce qu’il fallait faire et ne pas faire. Lors de l’afflux de Noirs du Sud vers le Nord, ces derniers, instruits par ceux qui étaient déjà là, furent incités à adopter une politique de respectabilité : insistance sur la morale, les manières, le vêtement, tout en poursuivant des actions pour plus de justice. Cette manière de voir était aussi celle de Martin Luther King. Après la conquête de droits civiques, cette politique de la respectabilité tomba en disgrâce auprès des jeunes Noirs, toute responsabilité revenant aux Blancs. Ceux qui poursuivirent cette politique furent accusés d’agir comme des Blancs. Ce qui fut un facteur d’estime de soi était désormais perçu comme une trahison. Pourtant, comme l’écrit l’auteur « conditionner la réussite des Noirs à la disparition du racisme et des préjugés, c’est la faire dépendre de quelque chose que l’humanité n’a jamais accompli, tout en laissant dans l’oubli tous ces groupes minoritaires qui ont réussi malgré ces obstacles ». Les militants noirs minimisèrent l’importance de la famille traditionnelle et l’évolution de l’opinion des Blancs. De 1944 à 1963, la proportion de Blancs qui pensent que les Noirs doivent avoir la même chance d’obtenir un emploi que les Blancs était déjà passée de 42 % à un peu plus de 80 %.

Une lente évolution vers une politique d’égalité de résultats

La pression contre une politique discriminatoire, qui commença à faire sentir ses effets sous Roosevelt, fut poursuivie par ses successeurs, à travers des décrets, en raison d’une opposition du Congrès sur le sujet. Cette politique fut également contestée devant la justice jusqu’à l’arrêt Brown de 1954 qui mit fin à la ségrégation scolaire. Le président de la Cour suprême évita d’attaquer de front l’arrêt Plessy sur la ségrégation de 1896, pour invoquer l’estime de soi des Noirs considérés comme des êtres inférieurs. Il lui fallait ménager les juges du Sud pour parvenir à un verdict unanime et éviter les blocages. Mais blocages il y eut et, en 1964, dix ans après l’arrêt Brown, seulement 3 % des Noirs du Sud fréquentaient des classes où il y avait aussi des Blancs. En nombres absolus, il y avait plus de Noirs qui fréquentaient des écoles ségréguées en 1964 qu’en 1954. Pour accélérer la déségrégation et l’étendre à l’emploi et au logement, le Congrès vota la loi sur les droits civiques, après avoir reçu des assurances qu’elle ne conduirait jamais à un équilibre racial mais à un traitement égalitaire. Seule la discrimination intentionnelle était visée.

Pourquoi travailler avec acharnement à l’école si les exigences sont abaissées?

Mais, malgré une opinion publique défavorable à un traitement différentiel (62 % à 72 % selon les années dans les quinze enquêtes du Pew Research Center de 1987 à 2012), les bonnes intentions de départ furent perverties par des initiatives administratives et judiciaires. L’Office of Education se mit à produire des directives, intégrées ensuite par le pouvoir judiciaire. L’arrêt Green de 1968 de la Cour suprême fait de l’élimination d’un système scolaire dual une obligation positive, recourant pour la 1ère fois aux statistiques. De même, l’EEOC (Equal Employment Opportunity Commission), pourtant créée en 1964, révisa les normes légales et introduisit le concept de « disparate impact » (impact disproportionné) en fondant son évaluation des entreprises sur des données statistiques du bassin d’emploi. En 1978, si l’arrêt Bakke jugea les quotas à l’admission à l’Université inconstitutionnels, il admit que la race pouvait être prise en compte si c’était pour promouvoir la diversité des étudiants. Une discrimination positive pouvait ainsi trouver sa voie légale, même si elle était contraire à la formulation du titre VII de la loi de 1964.

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La question des réparations

C’est un serpent de mer qui n’a guère convaincu les dirigeants politiques, mêmes démocrates. Barack Obama y était opposé comme Hillary Clinton et Bernie Sanders avant lui. Si la question fut soulevée par James Forman dans son « Black Manifesto » publié en 1969, elle réapparut en 1988 lors du vote au Congrès d’une loi dédommageant les Japonais retenus dans les camps d’internement pendant la guerre ou les membres de leur famille. Le projet 1619 de Nikole Hannah-Jones a relancé la question en soutenant que la nation avait été fondée sur une « esclavocratie » qui serait à l’origine de la puissance économique et industrielle des États-Unis. L’esclavage expliquerait encore aujourd’hui les écarts de revenus, de santé et d’éducation. L’esclavage ayant d’abord été pratiqué dans l’entre-soi racial, « faire du racisme la force motrice de l’esclavage, c’est faire d’un facteur historiquement récent la cause d’une institution qui a vu le jour des milliers d’années plus tôt » écrit Thomas Sowell. L’exigence de réparations est fondée idéologiquement sur une lecture ahistorique du passé. L’idée d’un trauma héréditaire n’a pas plus de sens qu’une culpabilité héréditaire. Le recul de la condition des Noirs (criminalité, dépendance aux aides sociales et taux d’emploi) date des années post-1960s, suggérant que d’autres facteurs sont en jeu.

L’histoire d’une réussite avant la discrimination positive

50 ans de discrimination positive ont donné la fausse impression que les progrès des Noirs dépendent des politiques préférentielles. Pourtant, les Noirs ont connu des progrès significatifs sans elles. Dès avant la fin de l’esclavage. En 1850, 434 000 Noirs libres avaient été recensés. 59 % d’entre eux savaient lire et écrire et avaient appris dans des écoles privées dont certaines étaient clandestines. Ces écoles privées jouèrent un rôle essentiel dans la scolarisation des Noirs jusqu’au 20ème siècle. Il faudra attendre 1916 pour que le nombre de Noirs fréquentant une école publique égale celui des Noirs en école privée. Une agence fédérale, le Bureau des réfugiés, des affranchis et des terres abandonnées, fondée en 1865, fut à l’origine de la création de 4000 écoles d’ici la fin de 1866. Dix ans plus tard, la moitié des enfants blancs et 40 % des enfants noirs étaient scolarisés. Mais, après le départ des troupes fédérales en 1877, la suprématie blanche reprit dans le Sud avec menaces sur les professeurs, meurtres et lynchages. Malgré cet environnement hostile, mais aussi grâce à l’aide de philanthropes tel que Julius Rosenwald qui contribua à la création de près de 5 000 écoles privées d’une capacité de 600 000 élèves, l’alphabétisation progressa fortement. Comme l’écrit l’auteur, le besoin le plus pressant des Noirs n’était pas d’avoir des camarades de classe blancs mais des écoles de qualité. En 1940, dans le Nord, les Blancs âgés de 25-29 ans avaient 3,6 ans de scolarité en plus que les Noirs. En 1960, 1,7 seulement. Des progrès furent aussi accomplis dans le Sud où l’oppression raciale était plus forte. C’est la mise en place des politiques préférentielles qui freina le mouvement de convergence observé depuis près d’un siècle. Ce fut la même chose en matière de revenus. Le taux de pauvreté des Noirs ne baissa que de 10 points dans les années 1960 et de 1 point dans les années 1970-1980, les deux premières décennies de la discrimination positive. L’écart Noirs/Blancs en matière de revenus est en 2018, pratiquement le même qu’en 1968. Pour continuer de croire au rôle positif des politiques préférentielles dans l’avancement des Noirs, on est prêt à ignorer ce qu’ils ont accompli sans elles. Dans les années récentes, l’essentialisme racial a progressé grâce aux avocats de la justice sociale. 

Discrimination positive : l’histoire d’une régression

La discrimination positive a jeté la suspicion sur les compétences des Noirs, toujours suspectés d’avoir été recrutés parce que Noirs, et délégitimé leur réussite académique. Ce fut le cas de Clarence Thomas diplômé de Yale en 1974, juge à la Cour suprême depuis 1991 qui fut qualifié d’hypocrite en raison de son opposition aux politiques préférentielles. Ces politiques ont eu des conséquences psychologiques sur la manière dont les Noirs sont vus et se perçoivent eux-mêmes. Pourquoi travailler avec acharnement à l’école si les exigences sont abaissées? Pourquoi exiger autant des Noirs que des Blancs si des performances moindres leur donnent accès à l’Université ?

En 2013, le recours SFFA demandait seulement des explications sur la sous-admission des étudiants asiatiques à Harvard1 : combien d’Asiatiques avaient postulé ? Quels étaient leur score aux tests SAT (Scholastic Assessment Test) et les informations entrant dans leur évaluation, comparés à ceux des autres admis ? Les Universités ont tout fait pour dissimuler leurs pratiques2. Un exemple ancien fut fourni par Thimoty Maguire, étudiant en droit à Georgetown. En travaillant au service des archives, il découvrit que les Noirs étaient admis avec des résultats aux tests LSAT (Law Scholastic Assessment Test) moins bons en moyenne que ceux des Blancs. Lorsqu’il publia ses résultats dans le journal étudiant, le doyen nia la véracité de son constat et ordonna la confiscation de tous les exemplaires. S’il ne fut pas expulsé, c’est grâce à l’intervention de son avocat. La politique universitaire de la diversité reposait donc sur la suppression de toute critique, à Georgetown comme ailleurs.

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Pourtant, ces tests d’entrée à l’université utilisés depuis des décennies sont fortement corrélés aux performances futures à l’université et dans l’emploi. Plus récemment, lors de l’affaire George Floyd, ces tests furent déclarés racistes. Pour preuve, la meilleure réussite des Blancs. Mais alors comment expliquer que les Asiatiques font mieux qu’eux ? On invoqua aussi les biais liés à la classe sociale alors même que les Asiatiques de familles à bas revenus les réussissent mieux que les Blancs à haut revenu. Pour le psychologue social, Claude Steele, les scores d’entrée des Noirs en primaire étant très proches de ceux des Blancs, c’est après que les choses se dégradent, ce qui se retrouve au lycée et à l’entrée à l’Université. Le but devrait donc être d’améliorer les performances de ces enfants au primaire au lieu de chercher à bannir les tests ou de les admettre plus tard dans des universités d’élite où ils échouent en nombre, privant ainsi les universités moins cotées d’étudiants noirs ayant le niveau (effet mismatch, voir l’étude de Richard Sander et Stuart Taylor3). Les Noirs qui n’abandonnent pas leurs études sont souvent obligés de se rabattre sur une spécialité moins difficile en cours d’études alors qu’ils auraient pu se maintenir dans une université moins prestigieuse. Les doyens des facultés d’élite restent très taiseux sur le sujet. Ils veulent bien faire valoir leur performance en termes de diversité à l’admission, mais sans divulguer ce qui arrive ensuite aux étudiants ayant bénéficié de leur politique préférentielle. On se retrouve avec des militants de la justice sociale qui pleurent la pénurie d’ingénieurs, d’informaticiens et d’économistes noirs à laquelle la discrimination positive qu’ils promeuvent a contribué. Si les étudiants noirs de la George Mason University’ Law School, qui utilise les préférences raciales, ont de meilleurs scores aux tests que ceux de de l’université historiquement noire Howard University School of Law, seulement 30 % des 1ers sortent diplômés avec l’examen du barreau du 1ercoup, contre 57% des seconds. Les universités d’élite (une centaine) produisent seulement 4 % des Noirs diplômés du 1ercycle. De 2009 à 2019 deux universités de médecine historiquement noires ont diplômé plus d’étudiants noirs que celles principalement blanches. Après l’adoption de la proposition 2009 en Californie en 1996, les Noirs ont été moins nombreux dans les universités d’élite mais ont mieux réussi dans celles qui correspondaient mieux à leur niveau, y compris dans les disciplines les plus difficiles. Démonstration in vivo des effets néfastes d’une politique censée leur bénéficier.

Les « vérités poétiques » contre le réel

Shelby Steele parle de « vérités poétiques » à propos de la discrimination positive. Ceux qui la défendent savent qu’ils mentent mais arrivent à se persuader qu’ils agissent pour le bien commun et se déguisent ainsi en défenseurs de la justice sociale. Reconnaître les progrès accomplis sur la question raciale reviendrait à délégitimer les efforts déployés pour encourager la colère des Noirs, à la base de la stratégie électorale des Démocrates, explique Jason Riley. Cela obligerait à reconnaître que la discrimination positive a été une politique nuisible à la cause des Noirs. Elle a rendu aveugle sur la régression qui a accompagné sa mise en place en même temps qu’une forte extension de l’État-providence qui a miné l’autonomie et la cellule familiale. Les Noirs d’aujourd’hui qui défendent normes et décence qui ont réussi aux Noirs jusqu’aux années 1960 passent pour des traitres. Trop d’intellectuels et leaders noirs prétendent qu’il faut d’abord en finir avec le racisme avant de tenir compte de la responsabilité individuelle. De jeunes hommes noirs voient dans leurs comportements destructeurs un signe d’authenticité. Les élites noires ont intellectualisé leurs pratiques antisociales en prétendant qu’elles étaient normales, qu’il ne fallait pas les juger, ignorant ainsi les études qui montraient qu’elles empêchaient l’amélioration de la condition des Noirs. Il faut dire que la réception au vitriol du rapport de Daniel Patrick Moynihan sur les conséquences sociales des familles noires sans père en 1965 en a découragé plus d’un de se lancer dans l’étude de l’effet des comportements des Noirs sur les inégalités. S’en tenir au racisme comme cause fondamentale était plus sûr. Avec l’hégémonie DEI (diversité, équité, inclusion) des années récentes dans le parti démocrate mais aussi dans les principaux médias et les universités, la cause des Noirs est mal partie. Tout est encore la faute des Blancs. Comme la discrimination positive, le catéchisme DEI sape le développement de comportements nécessaires à l’amélioration de la condition des Noirs et remplit leur cerveau de mensonges qui entravent leur réussite. Si l’on peut célébrer la fin de la discrimination positive, peut-être en vue grâce à l’arrêt de la Cour Suprême de 2023, la relève DEI a de quoi inquiéter ceux qui ont à cœur d’améliorer l’avenir des Noirs défavorisés aux États-Unis.

The affirmative action myth. Why Blacks Don’t Need Racial Preferences to Succeed. Jason L. Riley, Basic Books, 2025, 288 pages.


  1. https://www.micheletribalat.fr/politiques-pr-f-rentielles/les-am-ricains-et-la-m-ritocratie ↩︎
  2. https://www.micheletribalat.fr/politiques-pr-f-rentielles/434797230?t=1749551511128 ↩︎
  3. Il existe bien une base de données statistique créée par la Mellon Foundation en 1990, mais elle n’est accessible qu’aux chercheurs non critiques à l’égard de la discrimination positive. https://www.micheletribalat.fr/politiques-pr-f-rentielles/434797230?t=1749551511128 ↩︎

Avant-Garde

Il y a vingt ans, le wokisme pointait déjà le bout de son mufle…


D’un geste las, Félix Lassalle repoussa le journal sur le guéridon de marbre. Au risque de renverser le verre auquel il n’avait pas touché, quand ses amis en étaient à leur troisième tournée. Il avait la mine défaite.

  – Je suis sonné, dit-il.

Précision inutile. Ses yeux hagards (ceux d’un boxeur au bord du KO) disaient assez l’étendue du désastre.

  – Allons, Félix, ressaisis-toi ! C’est toi le maire, non ? Il est normal que tu sois en première ligne quand il y a des coups à prendre. Et puis qui attache de l’importance à cette feuille de chou ?

André le pharmacien essaie de dédramatiser. Sans conviction excessive. Derrière le maire, c’est l’adjoint à la culture qui est visé. Et il est adjoint à la culture.

 Félix a repris le journal. Une fois de plus il relit l’article. A haute voix. Comme une réalité qu’il se refuse encore à admettre.

 – Ce titre, André, ce titre assassin : « La coupable incurie d’un maire »…Et, la suite : « Vierville à vau-l’eau… Faillite culturelle… Aucune ambition… Déclin inéluctable… ». Quant à la chute : « Ainsi, alors que toutes ses voisines ont su se mettre en valeur par l’organisation de manifestations susceptibles d’attirer de nombreux estivants, Vierville végète, Vierville se meurt, abandonnée à son sort lamentable par des édiles dont l’incapacité éclate désormais aux yeux de tous ».

 – Le style en est lourd. Et pompeux.

Monsieur Delprat risque ce commentaire pertinent encore que superfétatoire en semblable circonstance. Parce qu’il faut bien rompre le silence qui devient pesant. Il est vrai que sa qualité de professeur à la retraite lui confère en la matière une indiscutable autorité.

Derrière son bar, Achille, le patron du café du Vieux-Pont, n’a rien perdu de la conversation :

 – Faut bien dire, Monsieur le maire et, sauf votre respect, qu’il ne se passe rien, ici. L’été, pas le moindre touriste. Le commerce en pâtit. Alors qu’ailleurs… Tournoi de pétanque à Orangeris, jumping à Prédailles, son et lumière au château de Machecoul, floralies de Compans-sur-Nère, Chorales à St Prou, théâtre à Villenouvelle, yoga et judo à Montargent, j’en oublie sûrement… Partout, la foule, les terrasses des cafés garnies, la presse, les reportages à la télé. La vie, quoi !

L’expression de la vox populi. Un nouveau coup de poignard. Cette fois, l’opposition en embuscade a les faveurs de la rue. La situation est grave. Assez grave pour exiger un sursaut immédiat.

  Félix se redresse, inspire largement, promène sur l’assistance le regard dominateur du chef blessé mais conscient qu’il doit jusqu’au bout assurer sa mission.

 – Messieurs, c’est dans l’urgence que se révèlent les stratèges, dans l’adversité que l’on reconnaît les cœurs bien trempés. Notre bateau prend l’eau, il n’a pas encore coulé ! Nous sommes en juin, certes, et il nous reste peu de temps pour relever le défi. Mais je vous certifie que l’été ne se passera pas sans que Vierville ne fasse parler d’elle. Il en va de l’honneur d’un maire. Et, bien entendu, de ses collaborateurs. André, dès demain, réunion exceptionnelle du conseil municipal. A huis clos, bien entendu. Nous allons prendre le taureau par les cornes.

Jamais séance n’avait été plus animée. Une ambiance électrique. L’intensité d’un brainstorming auquel chacun avait à cœur de participer, ne fut-ce que pour témoigner à Félix une solidarité bien nécessaire en ces temps de turbulence. Les idées fusaient, chacune suscitant son lot d’objections.

 – Pourquoi pas un feu d’artifice ?

 – Il y en a au moins trois, le 14 juillet dans les bourgs environnants. Et en dehors de cette date, ce serait plutôt incongru !

 – Un concours de majorettes ?

 – Trop commun.

 – Un élection de miss ?

 – En été, toutes les jolies filles de la région transhument vers les plages, vous le savez bien. Si nous nous retrouvons comme candidates avec les quatre laiderons demeurés au pays, nous nous couvrirons de ridicule. Le remède sera bien pire que le mal.

 Sont ainsi évoqués sans plus de succès un tournoi de bridge (trop élitiste), un grand bal champêtre (trop populaire), un baptême de l’air en hélicoptère (trop onéreux), sans compter, une exposition de peinture, une foire à la brocante, une course cycliste, toutes propositions rejetées pour des raisons diverses mais non dépourvues, hélas, de fondements. Le découragement commence à se lire sur les visages.

 – Je vous rappelle, dit Félix, que le temps presse. Si nous ne trouvons rien, si nous ne parvenons pas à mettre sur pied, dans la quinzaine qui vient, une manifestation qui attire à Vierville la grande foule, il ne me restera plus qu’à présenter ma démission. Et la vôtre. Autant dire livrer la mairie à ce grigou de Ferran et à sa bande. Avec tout ce que cela implique.

 Comme chacun médite sur cette sombre perspective, une voix, celle du second adjoint, s’élève du fond de la salle.

 – Ce qu’il nous faut c’est un festival.

 Le mot a un effet magique. Enthousiasme immédiat. Adhésion unanime. Des festivals, la France en compte par milliers. De toute espèce. Pas la moindre bourgade de quelque importance qui ne s’enorgueillisse de posséder le sien. En rejoignant la cohorte, Vierville entrera dans la modernité. Et l’honneur sera sauf.

Reste seulement à imaginer la spécificité de la chose, ce que M. Delprat exprime en une métaphore korzibskienne :

  – Nous avons la carte, il nous faut maintenant le territoire. Un festival, très bien mais un festival de quoi ?

C’est là qu’André manifeste tout son génie :

 – Organisons un festival de jazz !

Le jazz, aucun ici n’en a une notion très claire. Louis Armstrong, certes, mais il paraît qu’il est mort. Sidney Bechet aussi. De toute façon pas question de faire appel à des vedettes, la modicité du budget l’interdit, et l’urgence de l’échéance.

 On ne peut compter que sur les moyens du bord. A savoir le neveu du boucher qui joue de la cornemuse, Roselyne, la fille de l’antiquaire, dotée d’un beau brin de voix, quelques rescapés de la défunte fanfare et le cousin accordéoniste de Félix qui ne se dérobera pas devant le devoir. Le dentiste, féru de musique contemporaine, percussionniste à l’occasion, fera un directeur artistique très convenable.

En un rien de temps, le programme est bouclé.

 – Ça va swinguer ! conclut André au comble du ravissement.

A lire aussi, Thomas Morales: Les flagellants du livre

Si le nez de Cléopâtre avait été plus court, assure Pascal, la face du monde en eût été changée. Saluons, une fois encore, l’intervention de la Providence. Si la voiture de Clément Gironde, en ballade dans la région, n’avait succombé, sur la place de Vierville, à une asphyxie du carburateur, les choses eussent pris un tour bien différent.

Est-il utile de présenter Clément Gironde ? Spécialiste de jazz (mais de quoi, cet esprit éminent, n’est-il pas spécialiste ?), il distille d’une plume absconse, dans le Quotidien du Soir, des avis péremptoires. Tout Paris se range à ses jugements, pour surprenants qu’ils soient souvent.

Une sommité d’autant plus respectée que le paradoxe est son domaine et qu’il a su élever l’amphigouri à la hauteur d’une institution.

Bref, un penseur. Capable de faire ou de défaire une réputation, pour le seul plaisir de choquer le bourgeois. Lequel, c’est bien connu, n’aime rien tant qu’être fouaillé.

Pour l’heure, attablé au café du Vieux-Pont, Gironde trompe son ennui devant un demi de bière, en attendant de pouvoir reprendre la route. Et comme il professe à longueur de colonnes sa proximité avec le peuple, il a cru bon d’engager la conversation avec Achille.

 – Jolie petite ville. Un peu endormie toutefois. Il semble qu’il ne s’y passe pas grand-chose, n’est-ce pas ?

Achille cesse d’astiquer son comptoir. Naguère encore, il eût abondé dans le sens de cet étranger. Mais les choses sont en train de changer. Et son honneur de Viervillois est désagréablement titillé par une estimation qu’il sent plutôt péjorative.

 – Oh, c’était vrai jusqu’ici, répond-il. Mais nous aurons dans huit jours un festival de jazz. (Il prononce « jase » confortant ainsi l’opinion de ceux qui veulent entendre dans ce terme un dérivé du verbe « jaser ») ;

 – De jazz ! très intéressant ! Quel est donc le programme ?

 Achille désigne d’un geste l’affiche placardée au coin du bar.

 – Tous des gens du pays. Excellents musiciens. J’en sais quelque chose : depuis une semaine, ils répètent comme des forcenés dans mon arrière-salle. Vous entendriez la cornemuse ! Et l’accordéon ! Quant à Roselyne, une voix… C’est simple, elle mériterait de passer à la télé.

Déclic. Clément Gironde tient un sujet en or et il doit justement rédiger sa chronique. Pour un peu, il s’écrierait : « Garçon de quoi écrire ! » mais la formule a déjà beaucoup servi. (Elle a même fourni le titre d’un de ses livres à un académicien. Pouah !)

 – Auriez-vous du papier et un crayon ? Merci.


                                               Extrait du Quotidien du soir 

                                               De notre envoyé spécial

Vierville réinvente le jazz !

« Le jazz, je l’ai souvent écrit, surgit où on ne l’attend pas. Ai-je assez vitupéré ces musiciens, nourris de tradition, s’obstinant à respecter les canons surannés d’une musique devenue obsolète, symbole d’un impérialisme culturel contribuant à l’aliénation des masses ! Ai-je assez daubé sur les rassemblements estivaux que je persiste à honorer de ma présence, mais pour mieux les dynamiter ! Ai-je assez appelé de mes vœux un renouvellement, que dis-je, une révolution qui pulvériserait les frontières, rendrait à la créativité son rôle plein et entier !

Cette révolution, il appartenait à la province d’en brandir le flambeau. Vierville l’a compris, qui a mis sur pied, dans l’enthousiasme populaire, le festival de jazz le plus novateur de tous ceux auxquels il nous sera donné d’assister cet été. Bousculées les habitudes, à la trappe les conventions. Du neuf, de l’inédit. Aucune de ces têtes d’affiche que l’on s’arrache ailleurs à prix d’or mais des artistes issus du terroir, porteurs d’une authenticité qui a depuis longtemps déserté les grandes scènes. Emblématique en un mot, de ce jazz vif qui emprunte d’un pied résolu les sentiers de la création.

Ainsi saluera-t-on l’audace des organisateurs qui n’hésitent pas à promouvoir des instruments peu usités ouvrant des voies (et des voix) insoupçonnées à la musique que nous aimons.

La cornemuse est de ceux-là. Qui douterait qu’elle ne porte l’avenir du jazz ? Conjuguée à celle de l’accordéon, qui a déjà fait ses preuves en ce domaine, sa sonorité la désigne incontestablement comme l’instrument le plus apte à traduire la révolte des jeunes générations.

Sans doute quelques grincheux réactionnaires objecteront-ils que faire swinguer une cornemuse relève de la gageure. A ceux-là nous répondrons que l’opinion des grincheux nous importe peu. Aussi peu que le swing. Ils n’ont pas compris, ces ignares obtus, que l’essence de la musique réside dans sa capacité à surprendre. Que le concept de transgression est le moteur de la nouveauté et confère à l’art toute sa puissance contestataire.

Laissons-les à leurs ressassements stériles. Rendons-nous tous à Vierville dont ce premier festival sonnera comme un manifeste : celui d’un jazz enfin libéré de ses carcans, ouvert sur des lendemains radieux, auxquels aspirent tous les amoureux du progrès. »

Clément Gironde


Ils accoururent, par trains spéciaux et même par charters. Envahirent la terrasse du café du Vieux Pont. Se pâmèrent devant le podium érigé sur le terrain de sport. Roselyne glapit, l’accordéon grinça, la cornemuse émit des couinements. Ils adorèrent. On ne pouvait trouver plus « tendance ».

Il paraît, aux dernières nouvelles, que le ministre de la Culture se déplacera bientôt à Vierville. Il tient à remettre, en personne, à Félix Lassalle, les insignes de Chevalier des Arts et Lettres. Chacun ici s’accorde à dire que c’est une distinction bien méritée.

Au véritable french tacos

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Israël, de l’État et des états d’âme

Les critiques de Delphine Horvilleur contre Israël mêlent – et emmêlent – position morale et opinion politique. Au-delà de la polémique qu’elles ont suscitée, elles réveillent une querelle plus profonde née de la tension entre deux définitions du judaïsme, théologique et politique, religieuse et nationale. Alors que la synthèse israélienne ne fonctionne plus, il est urgent de penser l’État juif


La tribune dans laquelle Delphine Horvilleur dénonce l’action du gouvernement Nétanyahou à Gaza a suscité au sein de la communauté juive une vive polémique qui mérite mieux que des explications superficielles. Les raisons de la colère sont de deux ordres. D’abord, on reproche à la rabbine d’apporter de l’eau au moulin de ceux qui souhaitent la destruction d’Israël. Cet argument est vrai, mais sans pertinence, car il interdit toute critique de l’État juif à qui que ce soit, même à ceux qui n’ont que de bonnes intentions envers lui. Le deuxième motif de querelle, c’est que ce texte réveille la tension structurelle entre deux définitions du judaïsme – théologique et généalogique. Pour les uns, c’est une religion d’individus et de communautés, pour les autres un peuple (est juif qui naît de mère juive), donc la matrice d’un État-nation, de sorte qu’on peut être juif sans observer le moindre commandement. La synthèse israélienne fait peu ou prou du judaïsme une religion d’État. On connaît la plus brève Constitution du monde : Israël est un État juif et démocratique. Pour cela, il faut d’abord qu’il soit un État.

Le reproche comme preuve d’amour

Commençons par les faits. C’est-à-dire en revenant sur les propos de Delphine Horvilleur en s’efforçant de ne pas les trahir. La rabbine adresse à l’État juif ce qu’elle considère comme la plus haute preuve d’affection : des reproches. C’est par amour, dit-elle, qu’elle interpelle Israël, l’invitant à ouvrir les yeux sur ses fautes. Des fautes qu’elle énumère clairement : l’éloignement des principes de la démocratie libérale, la légitimation de partis politiques à caractère raciste, l’indifférence à la souffrance palestinienne, le refus – risqué pour la vie des otages – d’arrêter la guerre et enfin le rejet de toute perspective d’État palestinien. Enfin, elle dénonce la faim imposée aux civils et la douleur des enfants de Gaza. À travers cette réprobation, elle se réclame de l’exigence éthique du judaïsme, dont elle rappelle qu’il ne peut rester sourd à la souffrance.

Ce réquisitoire n’est pas sans fondement. Nombre de ces sujets divisent aussi la société israélienne, en particulier les réformes institutionnelles menées par Benjamin Nétanyahou. Considérées comme une attaque en règle contre la Cour suprême, dernier contre-pouvoir dans l’équilibre constitutionnel israélien, ces réformes ont été contestées dès leur annonce en janvier 2023 et, selon les sondages, sont rejetées par la majorité des Israéliens.

Ensuite se pose la question des partis racistes et suprémacistes dirigés par les ministres Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich. Horvilleur n’a pas tort de dire que ces deux personnalités politiques marginales sont utilisées par Nétanyahou comme des alliés dans sa stratégie d’affaiblissement de la Cour. Sur ce point, la rabbine prend une position morale, fondée sur des valeurs qu’elle partage avec beaucoup d’Israéliens, peut-être même la majorité (rappelons qu’en novembre 2022, Nétanyahou n’a pas gagné le vote populaire), qui estiment que Nétanyahou n’est plus légitime et qu’il aurait dû démissionner pour laisser aux électeurs le soin d’attribuer les responsabilités dans la débâcle du 7-Octobre.

Une opinion politique plus qu’un impératif moral

Horvilleur traite ensuite les questions liées au conflit israélo-palestinien. Quand elle défend l’existence d’un État indépendant et un horizon politique pour les Palestiniens, elle exprime non pas une position morale, mais une opinion politique. Elle ne peut pas la justifier au nom d’une autorité éthique.

Elle aborde bien sûr la douloureuse question de la famine, ce qu’on appelle la « weaponisation » de l’aide alimentaire et humanitaire dans une logique militaire de siège. Cette question est à la fois politique et morale. Cependant, il faut aussi être rigoureux sur les faits. La famine générale annoncée n’a heureusement pas eu lieu, même si le niveau des réserves est tombé dramatiquement bas. Le Premier ministre israélien manie volontiers la menace, ne serait-ce que pour satisfaire les deux ministres déjà mentionnés, mais heureusement n’emploie le bâton qu’avec une grande retenue. C’est encore lui qui, pendant quatorze ans, a évité une guerre totale avec le Hamas, préférant faire financer l’organisation par le Qatar. C’est toujours lui qui vient d’autoriser l’entrée de l’aide à Gaza quand les stocks, reconstitués pendant le cessez-le-feu de janvier-mars dernier sont de nouveau arrivés à un niveau dangereux.

À lire aussi, Noémie Halioua : La guerre des juifs

Enfin, sur la question des otages, Horvilleur est victime d’un malentendu courant. Dans le passé, Israël a fait des choix variés, parfois contradictoires, face à des situations comparables : opérations commando pour délivrer les otages quand c’était possible, libérations de prisonniers palestiniens, négociations de cessez-le-feu, redéploiements de forces, voire versements de rançons quand aucune option militaire ne s’offrait. Mais Israël n’a jamais accepté d’arrêter une guerre contre des otages. L’objectif stratégique israélien à Gaza est simple : éviter un second 7-Octobre, éradiquer à long terme le Hamas, et empêcher toute tentative de reconstruction militaire de l’organisation. La même logique s’applique au Liban : Israël vise un cessez-le-feu non garanti par un tiers, mais imposé par sa propre force armée. Étrange, sans doute, mais toutes les autres méthodes ont échoué jusqu’à présent.

On peut légitimement s’étonner du fait que les buts de guerre n’aient toujours pas été atteints après dix-huit mois de combats, et se demander logiquement quand ils le seront. À ces excellentes questions on peut répondre que les marins de Christophe Colomb en posaient d’aussi bonnes. Mais on ne peut pas esquiver les interrogations sur l’existence d’objectifs stratégiques cachés, notamment celui d’une occupation permanente de la bande de Gaza et d’un déplacement massif de ses habitants. Soyons honnête : il est possible que ces objectifs existent. Certes, si on s’en tient à ses décisions, Nétanyahou ne compte ni s’approprier Gaza, ni la vider de sa population, mais certains de ses ministres ne cachent nullement avoir ce projet en tête. Or un jeu de dupes s’est installé à ce sujet au sein de la coalition gouvernementale, dont on ne saurait dire pour l’heure qui en sortira vainqueur.

Un pouvoir dirigé par un prince machiavélien

Israël est dirigé par un homme qui pourrait donner des cours particuliers à Machiavel, un homme mis en examen pour corruption. L’état mental de son épouse et de son fils cadet fait les choux gras de la presse. Ce princeps israélien n’aurait jamais dû être au pouvoir le 7 octobre 2023, et certainement pas y rester les six cents jours suivants. Pourtant, il y est, et tout à fait légalement.

Agissant avec un cynisme absolu, méfiant envers les militaires, les espions et les institutions, Nétanyahou n’obéit qu’au rapport de forces. C’est un Prince machiavélien dont l’unique boussole est la raison de l’État juif. Or, l’État est un objet que le judaïsme n’a jamais véritablement pensé. Rappelons que le christianisme, né de l’oppression romaine, a dû se transformer à partir du ive siècle, lorsqu’il est devenu religion d’État : de la main amputée du martyr à celle qui tient le glaive. Dix-sept siècles plus tard, le judaïsme se trouve à son tour face à son Constantin. Or il n’existe pas de philosophie politique juive. Il n’y a pas de « miroirs des princes » rédigés par des rabbins pour un roi ou un dauphin. Pas de saint Augustin pour distinguer la Cité de Dieu de la cité terrestre. Pas de Thomas d’Aquin pour articuler légitimité, bien commun et pouvoir spirituel. Pas même de Bossuet pour tirer une doctrine politique de l’Écriture. Aucun duc juif ne peut envoyer ses condottieri prendre une ville juive assiégée pendant Yom Kippour tombant un Shabbat.

De la communauté à l’État : un saut non résolu

Les Juifs ont rencontré l’État après 1948. Les sionistes, lecteurs de Locke, Hobbes, Jefferson, Machiavel, Marx et Lénine, avaient des repères clairs. Les rabbins et les exégètes des textes hébraïques n’ont eu que des miettes à commenter. Comment passer d’une communauté qui ne décide ni de la guerre ni de la paix, ni de la vie ni de la mort, à une entité politique capable de recruter des soldats et d’user de la violence ? Pendant des siècles, en l’absence d’une collectivité politique juive, la règle était simple : Dina de-malkhuta dina (« la loi de l’État est la loi »). En vertu de ce principe talmudique, les juifs doivent obéir aux lois du pays où ils résident, même si elles ne relèvent pas de la tradition religieuse juive. Ainsi, le respect de l’ordre étatique était la façon juive d’articuler autorité spirituelle et pouvoir temporel. Il faudrait relire Max Weber, pour qui l’acte politique n’est moral que si on accepte d’en porter la charge, y compris celle des conséquences non désirées mais prévisibles. Celui qui appelle à l’arrêt d’un conflit doit aussi considérer ce qui se produira après. Pour reprendre les mots du général de Gaulle, il s’agit de « vouloir les conséquences de ce qu’on veut ». Dans le cas de la guerre à Gaza, cela signifie par exemple ne pas se contenter de dire que la destruction du Hamas est un objectif légitime : il faut aussi se demander à quel prix, avec quels effets sur la population civile, avec quelles répercussions diplomatiques et régionales, et surtout avec quelle sortie politique crédible. Quant aux otages, la notion de pidyon shvuyim (« rachat des captifs »), souvent mentionnée dans le débat sur leur sort, est un parfait exemple de notre problématique. La Bible, évoquant des périodes où les Hébreux mènent une existence qu’on peut qualifier de politique sur leur terre, n’en parle pas. La question se pose au début de l’exil et logiquement la réponse n’est pas celle d’un royaume, mais celle de communautés vivant sous autorité étrangère, répondant à un impératif humanitaire et à la nécessité de solidarité collective. C’est dans les centres talmudiques de Babylonie et ensuite dans les communautés médiévales et jusqu’au xvie siècle que le Choul’han Aroukh codifie cette prescription, précisant qu’il s’agit de la « plus grande mitsva ». Un État juif peut-il agir de la même manière qu’une communauté juive de Worms ou de Meknès ?

Il n’y a pas de solution facile ou évidente à la tension entre l’impératif de ne pas céder à la terreur et celui de ne pas se laisser déshumaniser par elle. Critiquer l’État juif est légitime, mais pas suffisant. Si l’on veut être capable de conjuguer la fidélité au peuple juif et la fidélité à l’idée de justice, il faut aussi penser l’État juif.

Devoir d’incrédulité

Spécialiste de politique étrangère depuis plus de quarante ans, Vincent Hervouët a couvert suffisamment de conflits pour ne pas prendre pour argent comptant la communication des belligérants et se méfier des analyses moralisantes. Une qualité rare au sein d’une profession si conformiste


Causeur. Vous êtes l’un des rares, non le seul éditorialiste à défendre l’État hébreu en rappelant obstinément que la guerre a été déclenchée le 7-Octobre. Le seul aussi à parler des otages. Le 22 mai, dans votre chronique d’Europe 1, vous avez pulvérisé Jean-Noël Barrot soulignant rageusement que notre gouvernement avait exactement la même conception du droit international et le même narratif de la guerre que le Hamas. Peut-être, mais ce n’est pas le gouvernement, dont la lecture prévaut désormais de Harvard au bistrot du coin, qui est isolé. Votre analyse serait-elle influencée par une forme d’élégance (ou de dandysme) ?

Vincent Hervouët. Je suis breton, j’ai la tête dure et cela m’a valu plusieurs séjours au placard. Sans en tirer gloire, car c’est toujours un échec. Mais vous faites erreur. Je ne suis pas seul. Sur Gaza comme sur le Donbass, la plupart de mes interlocuteurs sont à l’étranger. Ils ont été aux affaires ou ce sont des confrères que je connais depuis longtemps. Ils ont la distance, l’expérience. Ils savent et ils doutent. Mes papiers sont influencés par nos discussions. Et puis, j’ai des confrères ici dont je respecte le courage. Je ne méprise pas la presse française. Mais je la connais. Quand elle s’aveugle, elle s’obstine… et puis, elle oublie. J’ai souvenir d’une consœur débarquant à Pristina pour faire le tour des charniers imaginaires où 100 000 Kosovars avaient été enterrés comme elle le racontait depuis des semaines dans son journal… Elle écoutait l’OTAN. Elle suivait le Quai d’Orsay. Elle aimait Bernard Kouchner. Vingt ans après, la même trouvait qu’Hashim Thaçi était à sa place, aux côtés d’Emmanuel Macron et de Jean-Yves Le Drian, lors des cérémonies marquant le centenaire de 14-18, alors que le président de la Serbie, notre alliée dans la Grande Guerre, était relégué dans une tribune secondaire. Rien compris, rien appris… Depuis que le président kosovar croupit dans une cellule à La Haye, elle n’en parle plus. Mais elle a pris du galon. Elle cultive encore ses bonnes relations au Quai. Sa devise pourrait être : derrière le Barrot, toujours ! Elle ferraille désormais pour Volodymyr Zelensky et contre Benyamin Nétanyahou. Toujours en croisade. Vertueuse. Bien alignée. Si j’hésite à m’enrôler à ses côtés, ce n’est pas du dandysme, mais une prudence élémentaire.

La détestation d’Israël est depuis longtemps le fonds de commerce de l’islamo-gauche. Ce qui est nouveau, c’est que de nombreux Israéliens et amis d’Israël ici rivalisent dans la condamnation et l’indignation. Est-ce comparable à ce qui s’est passé après Sabra et Chatila ?

J’ai passé l’été 1982 au Liban. Je travaillais pour Le Quotidien de Paris. Beyrouth assiégée était la providence des reporters. Il n’y avait pas besoin de se baisser pour trouver une histoire ou des témoins. À l’est, j’ai échappé de très peu à la voiture piégée qui a explosé devant l’Hôtel Alexandre. À l’ouest, ma chambre d’hôtel a été dévastée par une roquette. Les principaux acteurs étaient à portée de main. Tous complotaient et certains racontaient n’importe quoi. C’était le pays des tapis volants. Israël était considéré comme la source de toutes les malveillances. Je me suis laissé intoxiquer sur l’hôpital de Bourj el-Brajné. L’armée israélienne prétendait avoir visé une pièce d’artillerie de l’OLP. En voyant les vieillards blessés dans leur lit, j’étais écœuré, évidemment. Je n’ai pas trouvé trace de la DCA palestinienne. J’en ai déduit qu’il n’y en avait jamais eu. J’avais tort.

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Sur Sabra et Chatila, des responsables m’ont livré plusieurs versions, présentées comme irréfutables, mais impossibles à prouver. Quelle que soit la vérité, le massacre a mis Israël sur la sellette et il a constitué en effet un tournant.

Mais comme l’avait été l’attentat de la rue des Rosiers, un mois plus tôt ! À la veille de cette tuerie, la presse française s’impatientait et dénonçait le siège de Beyrouth qui s’éternisait depuis deux mois. Les navettes diplomatiques américaines de Philip Habib piétinaient. Les téléspectateurs ne supportaient plus ce spectacle de guerre. François Mitterrand promettait de « sauver Beyrouth ». Ronald Reagan surnommait M. Begin, « Bomber Fan ». Aux yeux de tous, Israël était un pays méchant. À l’époque, personne ne dénonçait les « islamo-gauchistes ». Il y avait une appellation officielle, « le camp des islamo-progressistes », le seul honorable pour la presse française. Les tueurs envoyés par Abou Nidal ont retourné l’opinion. Cela a duré le temps que sèche le sang sur le pavé. La Légion étrangère a protégé le repli de l’OLP, Arafat a sauvé sa peau. Béchir Gemayel a été élu, puis assassiné. Le ton général à Paris était à la suspicion : Israël n’a jamais été innocent.

Que l’accusation de génocide soit malfaisante et mensongère, c’est entendu. Cependant, la guerre n’est-elle pas aujourd’hui disproportionnée ?

Gaza est une sale guerre. Comme toutes celles livrées aux terroristes, elle recèle un piège. Finir par ressembler à l’ennemi, épouser son inhumanité. Le Hamas n’avait aucun autre objectif de guerre. Sa seule ambition est d’entraîner son ennemi aux enfers. Les représailles les plus féroces lui permettant de rassembler sa base autour de lui. La solitude d’Israël est la victoire posthume de Yahya Al-Sinwar. Israël a toujours su combien il était vulnérable, gardant le fusil à portée de main. Le 7-Octobre l’a pourtant sidéré comme le 11-Septembre avait stupéfait les États-Unis. Découvrir la haine absolue que l’on suscite et mesurer l’innocence dont on a fait preuve redoublent la douleur. Sur le coup, George Bush avait déclaré « la guerre au terrorisme », promettant l’éradication du mal. On a vu le résultat en Irak comme en Afghanistan… Benyamin Nétanyahou en a fait autant avec la fin du Hamas, en plus de la libération des otages. Cela implique la capitulation de l’ennemi. Là est l’illusion : la guerre asymétrique n’est pas un duel à la loyale, bien ritualisé. Quels que soient les précautions prises et l’honneur des militaires, c’est une mêlée haineuse, un bain de sang avec des fous qui emportent la bataille d’opinion, car ils sont les plus cyniques, poussant les civils en première ligne et devant les caméras. Pour gagner, il faudrait doser la répression implacable contre les terroristes et l’ouverture politique qui les couperait de leur base… C’est la théorie. Cela exige du temps, Benyamin Nétanyahou n’en avait pas. Chacun le sait. Mais cela ne veut pas dire qu’il aurait pu faire autrement. Personne n’a la solution, surtout pas ceux qui lui font la leçon et prétendent que « la violence appelle la violence », parce qu’ils ont oublié le 7-Octobre.

Tsahal n’est-elle pas coupable d’exactions et autres actes inhumains ?

L’armée israélienne n’a pas encore été accusée de pratiquer la torture comme l’avait été l’armée française pendant la bataille d’Alger. Elle n’a pas eu recours aux escadrons de la mort comme les services espagnols face à l’ETA, aux exécutions sommaires d’innocents comme l’armée britannique face à l’IRA, ni à la contre-terreur et aux massacres de représailles comme l’armée algérienne pendant la décennie noire, l’armée russe face aux indépendantistes tchétchènes, l’armée congolaise avec le M23. Elle seule est accusée de génocide. Cela suffit à m’interroger.

Comment faire l’amour dans un monde sans livres ?

Notre chroniqueur est incorrigible. Donnez-lui le plus mince prétexte, quelques lignes tirées du dernier numéro de Causeur (courez l’acheter !), les ratiocinations d’un vieil écrivain sud-américain récemment décédé, additionnez-y quelque souvenir brûlant de sa jeunesse perdue, et aussitôt il se met en ordre de bataille, la lance ou la plume dardée…


Évoquant, dans le dernier numéro de Causeur, l’écrivain sud-américain Mario Vargas Llosa, qui vient de mourir, Georgia Ray écrit ces quelques lignes qui résument admirablement tout ce que l’on peut dire de l’écrivain péruvien — et par ailleurs Académicien français, tant Paris lui fut, toute sa vie, une fête :

« Avec lui, l’homme ne se contente pas d’une « relation sentimentale un peu terne avec une femme séduisante, sympathique, abstème, végétarienne et catholique convaincue » (Tours et détours de la vilaine fille). Il veut tenir la femme dans ses bras, l’embrasser, la mordre, lui faire l’amour dans « une chambre étroite aux murs roses piquetés d’images pornographiques et religieuses » et « la faire rougir comme une paysanne ». Il veut « respirer son odeur », « boire sa salive », « lécher son palais et ses gencives », « coller son oreille à son nombril pour écouter les rumeurs profondes de son corps », « sentir la secrète vie de ses veines et sa peau tiède battre sous ses lèvres », la faire jouir étendue sur le dos, « les cuisses ouvertes pour faire une place à sa tête », « savourer la fragrance qui sort de son ventre ». Bref, « l’aimer comme un homme et se foutre de tout le reste ». L’amoureux est un sentimental qui hésite entre se rendre intéressant avec deux-trois théories érotico-biologiques sur le désir instinctif (La Tante Julia et le scribouillard) et déclarer à la femme aimée : « Je te veux et te désire de toute mon âme, de tout mon corps » (Tours et détours…). Dans les deux cas, il est le strict opposé du tyran, de l’homme de pouvoir, de celui qui, comme le dictateur dominicain Rafael Trujillo (1891-1961), dont il brosse le portrait grandiose dans La Fête au bouc, a des « couilles glacées » quand il s’agit de faire tuer Untel, mais des « testicules en ébullition » à l’idée de pouvoir encore, malgré « l’urine qui glisse de sa vessie sans demander l’autorisation de sa prostate morte », enfoncer « sa petite pointe visqueuse et chaude » dans la bouche d’une « belle poupée défaillant de plaisir dans ses bras », et « faire crier comme autrefois une petite femelle » dans le lupanar de la Maison d’Acajou. »

La fin des bourreaux

Rassurons les féministes déjà outrées à la lecture d’une telle prose. Trujillo meurt mitraillé, sept balles le transpercent tandis qu’il parcourt son île dans sa Chevrolet Bel Air. Ainsi périssent les exploiteurs de la misère féminine.

Surnommé « Mario Viagra Llosa » dans ses dernières années, le romancier péruvien fut un grand amateur de femmes et de littérature — celles qui s’écrient, dans la moiteur du lit, celle qui s’écrit, celle qui se lit. Parce que c’est la même chose : on séduit et on consomme en récitant (ou en se récitant) les fragments de textes, les mots pêchés au hasard des bibliothèques. Entrer dans une bibliothèque comme on entre dans une femme, errer dans l’odeur d’une bibliothèque, voilà une aventure sensuelle que ne comprendront pas les ravagés du radada qui ont eu leurs premiers émois avec Traci Lords ou Tabatha Cash au lieu d’expérimenter la chaleur de leur paume en pensant à Emma Bovary. Ce n’est pas un hasard si Vargas Llosa consacra un essai bouillonnant (L’Orgie perpétuelle, 1975, le texte par lequel j’ai découvert Llosa) à Madame Bovary en particulier et à Flaubert en général, le plus grand érotomane de la littérature française.

À lire aussi, Georgia Ray : De sexe et d’âme

Faire l’amour à travers les mots… Combien de fois ai-je susurré à quelque créature encore alanguie d’une étreinte sublime (forcément sublime, dirait Marguerite Duras) ces mots qui me venaient spontanément aux lèvres — et que j’avais pêchés dans L’Histoire de Juliette : « Je viens de te procurer les deux plus grands plaisirs dont une femme puisse jouir ; il faut que tu me dises franchement duquel des deux tu as été le mieux délectée… » — interrogations très ordinaires auxquelles seules les plus cultivées répondaient, en souriant avec une espièglerie complice : « Ô mon ami! j’avoue, puisqu’il faut que je réponde avec vérité, que le membre qui s’est introduit dans mon derrière m’a causé des sensations infiniment plus vives et plus délicates que celui qui a parcouru mon devant. » Et à ces mots nous éclations de rire.

Les autres, je m’en débarrassais. Comment rester avec quelqu’un qui ne partage pas vos mots ?

Contre la pauvreté pornographique

Bien sûr, ce n’est pas dans les pauvretés pornographiques auxquelles s’abonnent nos bambins (40% en ont fait l’expérience avant le début du collège) que vous trouverez des joliesses de cet acabit. Et les enseignants qui, sous prétexte que la littérature classique use de mots démodés, préfèrent étudier Annie Ernaux qui « venge sa race » en s’offrant de jeunes étalons impécunieux ne savent pas ce qu’ils font perdre à leurs élèves.

Imaginez le cours que l’on peut produire en faisant réfléchir des adolescents sur les quatre lignes suivantes :

« — J’ai tort, j’ai tort, disait-elle. Je suis folle de vous entendre.

— Pourquoi ?… Emma ! Emma !

— Oh ! Rodolphe !… fit lentement la jeune femme en se penchant sur son épaule.

Le drap de sa robe s’accrochait au velours de l’habit. Elle renversa son cou blanc, qui se gonflait d’un soupir ; et, défaillante, tout en pleurs, avec un long frémissement et se cachant la figure, elle s’abandonna. »

Suit une ligne de blanc, blanc comme la peau d’Emma où, en cet instant même, s’aventure Rodolphe…

C’est ainsi que Vargas Llosa est entré en littérature — comme on entre dans les ordres, mais c’est beaucoup plus tumultueux.

Alors, lisez, lisez et faites lire, et écrivez, osez écrire, relisez-vous, corrigez-vous (dans tout auteur il y a un sadique et un masochiste alternativement), lisez à demi-voix, comme au confessionnal, comme dans la semi-obscurité d’une chambre lourde de désirs et de parfums baudelairiens. Lisez et écrivez — il n’y a rien de mieux à faire, en attendant d’arriver à la fin — au mot Fin qui clôt enfin la page et votre aventure terrestre.

La société pornographique

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L'orgie perpétuelle: Flaubert et «Madame Bovary»

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Meloni, Weidel: femmes vraiment libérées, elles…

La chef du gouvernement italien est une femme déconstruite. Quant à la chef de l’extrême droite allemande, elle vit en couple lesbien avec une Sri Lankaise ! Ni wokistes, ni soumises.


Leur vie privée, leurs choix personnels assumés au grand jour, fièrement revendiqués, en rupture cinglante avec les préjugés dont on se plaît à accabler les conservateurs – les femmes surtout, évidemment, notamment quand elles s’investissent dans la dynamique conservatrice, droitière. Pour la gauche, au sens le plus large — du centre bien mou à l’extrême bien ranci —, on les imagine de préférence monoandres, arrivées vierges au mariage (chrétien, bien sûr), devenant à vie la créature d’un seul mâle qu’elles serviraient avec dévotion, trouvant le sommet de leur accomplissement personnel dans de très pieuses œuvres et de très prudes organisations humanitaires.

Meloni, une femme déconstruite

Or, Giorgia Meloni, l’Italienne, et Alice Weidel, l’Allemande, conduisent leur existence comme nombre de femmes confites en progressisme aimerait fort mener la leur, mais s’en abstiennent faute du courage suffisant. Le courage de braver les conventions, de faire fi des on-dit et des insultes, de dominer jusqu’à ce que leur propre famille politique aurait historiquement tendance à tenir pour intangible, inscrit dans le marbre de la règle morale.

Ces deux femmes, têtes politiques de premier plan, ne sont pas seulement des femmes libérées dans leur discours ou la revendication verbeuse de tribunes, elles le sont dans leur vie. Dans leur quotidien. Tranquillement, avec la force sereine dont seuls les vrais caractères sont investis.

Giorgia Meloni apprend sa grossesse le jour de son anniversaire, à trente-neuf ans. Elle vit en couple mais n’est pas mariée. Elle est donc mère célibataire. Fille mère comme on disait voilà peu encore dans les profondeurs de l’Italie très chrétienne. On sait par ailleurs qu’elle eut par le passé des relations avec d’autres hommes, plusieurs, épisodes dont elle ne fit jamais grand mystère.

Lorsque son enfant est venu au monde, elle publia une brève annonce : « Ma fille est née. Ginevra ». Aussitôt, la gauchouillerie aux aguets, dépitée de ne pouvoir l’attaquer sur le fait qu’elle ne fût pas passée devant le maire et le curé, s’empressa de lancer urbi et orbi : « Giorgia Meloni joue la patriote par devant, puis elle va accoucher en Suisse. » Dans leur hâte de nuire, ces fins esprits n’avaient pas compris que Ginevra n’était en aucune façon la bonne ville de Genève, mais tout simplement le prénom de la petite fille.

Alice Weidel, en couple gay interracial

Alice Weidel, elle, leader de l’Afd, l’Alternative pour l’Allemagne, se situe tout autant en rupture avec le rigorisme de mœurs supposé consubstantiel de la droite de la droite germanique. Lesbienne revendiquée, elle est mariée à une Suissesse d’origine Sri Lankaise. Elles ont deux enfants, portés par l’épouse et élevés avec elle en Suisse.

Là aussi, la gauchouillerie n’a pas craint de se donner en ridicule. Parce qu’elle est très farouchement opposée à la théorie du genre, au changement de sexe, elle est régulièrement accusée,  non seulement de transphobie, mais – un comble – d’homophobie. Une homophobie à laquelle les mêmes missionnaires du politiquement correct s’empressent d’associer l’islamophobie, puisque cette responsable politique se déclare adversaire résolue de l’immigration en open bar et de l’islamisation de son pays en quoi, elle voit, à juste titre, la menace homophobe, bien réelle celle-là, pour ce qu’elle est elle-même et tant d’autres personnes outre Rhin, de tous les sexes si je puis ainsi m’exprimer. Ces convictions très affirmées, elle les partage avec sa collègue italienne. De même que la condamnation sans failles de l’obscurantisme woke.

Fortes personnalités

Elles me font penser, ces deux fortes personnalités, à ce qu’étaient chez nous autrefois une George Sand ou mieux encore une Colette qui, quant à elle, affichait haut et clair son aversion pour les bas-bleus suffragettes de l’époque. Ces deux aînées, en effet, n’avaient nullement besoin de se draper dans le militantisme féministe, elles étaient le féminisme.

Tout comme aujourd’hui le sont Giorgia Meloni et Alice Weidel. À aucun moment elles ne se sont dit : « Puisque j’ai des ambitions politiques, qui plus est à droite, faisons comme tant d’autres. Sauvons les apparences et menons la vie qu’on attend de nous. » Jamais ! Elles ont eu l’audace de s’imposer telles qu’elles sont, en rupture avec les conventions, les bons usages, la sacro-sainte règle commune. Et l’audace a payé. Or, c’est évidemment dans ce courage-là, porté dès leurs premiers pas dans la vie publique, qu’elles puisent celui de conduire l’une et l’autre crânement, avec une détermination plutôt rare, leurs combats politiques d’aujourd’hui. Enfin, si on veut bien me permettre une petite note personnelle, j’avouerai que le pied de nez, voire le bras d’honneur, que ces deux femmes de la droite de la droite adressent aux braillardes du néoféminisme progressiste (et non féministe…) me comble de jubilation. Avec elles, désormais, la femme libérée, c’est à droite, dans le camp du conservatisme intelligent, éclairé, qu’il convient de la chercher. J’adore.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Iran: frappes massives d’Israël contre le régime

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Israël a finalement lancé cette nuit un plan mûri depuis trente ans. Les premiers bombardements israéliens sur des sites militaires et nucléaires à Téhéran et à Natanz ont été « couronnés de succès » a déclaré le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou ce matin. « Nous avons frappé le haut commandement, nous avons frappé des scientifiques de haut niveau qui encouragent le développement de bombes atomiques, nous avons frappé des installations nucléaires », a-t-il ajouté. Le grand mystère : la réaction de la rue iranienne.


Dans la nuit du 12 au 13 juin, vers 2h15 du matin, Israël a lancé une série de frappes d’envergure contre des cibles militaires et nucléaires iraniennes, marquant un tournant stratégique majeur au Moyen-Orient. L’opération, selon les sources officielles et des confirmations croisées, visait à désorganiser le programme nucléaire militaire de la République islamique et à décapiter son commandement sécuritaire. Le site d’enrichissement d’uranium de Natanz, plusieurs complexes liés aux missiles balistiques et le quartier général des Gardiens de la révolution à Téhéran figurent parmi les cibles principales.

Impasse diplomatique

Au cœur de cette attaque : l’intention d’Israël de bloquer l’Iran à la veille de son accès à la bombe nucléaire. Selon les autorités israéliennes, Téhéran disposerait désormais de stocks d’uranium enrichi suffisants pour produire jusqu’à quinze têtes nucléaires en l’espace de quelques jours. Cette estimation, combinée à l’impasse diplomatique entre l’Iran et les puissances occidentales, a semble-t-il convaincu Jérusalem qu’il n’était plus possible d’attendre.

A ne pas manquer: Causeur: A-t-on le droit de défendre Israël?

Les pertes du côté iranien sont considérables. Le général Hossein Salami, chef des Gardiens de la révolution, et le général Mohammad Bagheri, chef d’état-major des forces armées, auraient été tués lors des frappes, tout comme deux scientifiques nucléaires de haut niveau, Faridoon Abbasi et Mohammad Tehranchi. Une trentaine d’autres officiers auraient également été tués. Ce ciblage du cœur du dispositif sécuritaire iranien suggère une infiltration préalable des services israéliens, probablement appuyée par un travail de renseignement de longue haleine.

Une attaque attendue depuis des mois

La stratégie israélienne repose ici moins sur l’effet de surprise chronologique – l’attaque était largement anticipée par les observateurs – que sur le choix des cibles. La communication israélienne des jours précédents, marquée par des fuites et des déclarations énigmatiques, aurait pu avoir pour but de pousser les principaux responsables iraniens à se regrouper dans leurs centres de commandement, où ils ont été visés. Cette méthode rappelle les précédentes opérations ciblées israéliennes, y compris l’élimination du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, en septembre dernier.

Cette attaque intervient dans un contexte de tensions croissantes. Quelques heures avant les frappes, les États-Unis ont annoncé l’évacuation partielle de plusieurs de leurs ambassades dans la région, dont celle de Bagdad, ainsi qu’une alerte maximale sur les déplacements vers l’Irak. Bien qu’elle ne soit pas directement impliquée dans l’attaque, Washington semble en avoir validé le principe et se tient prêt à soutenir Israël en cas de représailles.

En réponse, Téhéran a déjà annoncé des mesures de rétorsion. L’Iran prévoit l’ouverture d’un nouveau centre d’enrichissement d’uranium dans une zone sécurisée et entend moderniser le site de Fordow avec des centrifugeuses de dernière génération, capables d’enrichir l’uranium à des taux supérieurs à 60%, seuil sans équivalent dans un usage civil. Ces annonces ont été accompagnées, dans les jours précédents, de discours menaçants du commandement des Gardiens de la révolution, réaffirmant la volonté de l’Iran de se préparer à une confrontation directe.

L’objectif israélien va toutefois au-delà du simple sabotage technique. Si la destruction d’infrastructures nucléaires permet de gagner du temps, elle ne supprime pas l’expertise ni la volonté politique. À plus long terme, Tel-Aviv semble viser l’affaiblissement durable du régime iranien, voire, selon certains analystes, une transformation politique interne. Le nom de l’opération, Am Kalavi (« Un peuple se lève comme un lion »), reflète une double symbolique : un hommage évident à l’opération militaire lancée par Israël, d’abord, et un clin d’œil au lion, effacé du drapeau iranien depuis 46 ans, ensuite. La question cruciale ce matin est donc de savoir si les Iraniens vont se sentir visés et humiliés ou si, au contraire, ils verront dans cette opération une attaque contre un régime honni et une occasion à passer à l’acte…

Négociations internationales

Les réactions internationales restent prudentes. La plupart des capitales condamnent officiellement l’usage de la force, tout en exprimant officieusement leur inquiétude face à la progression du programme nucléaire iranien. À Washington, l’opération israélienne pourrait être perçue comme un levier diplomatique : si elle affaiblit réellement la position iranienne, elle pourrait être utilisée comme atout dans d’éventuelles négociations à venir. La situation actuelle ne correspond pas encore à une guerre totale et irréversible. Un accord entre Washington et Téhéran demeure envisageable. La voie de la négociation n’est pas entièrement écartée, malgré la nouvelle pression. Le bâton n’élimine pas encore toutes les carottes.

Quoi qu’il en soit, une nouvelle phase s’ouvre. En frappant au cœur du dispositif nucléaire et sécuritaire iranien, Israël a choisi d’assumer une confrontation directe dont l’issue reste incertaine. L’État hébreu engage ses forces non pour retarder, mais pour potentiellement remodeler l’équilibre stratégique régional.

Podcast: Émeutes à Los Angeles et en Irlande du Nord. Iran/États-Unis, l’échec?

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Avec Harold Hyman et Jeremy Stubbs.


En Californie, les opérations des agents de « ICE » (Immigration and Customs Enforcement), l’agence de police douanière et de contrôle des frontières des États-Unis, destinées à arrêter et à expulser les immigrés clandestins, suscitent une opposition parfois violente. La police locale fait son travail, mais Donald Trump a envoyé la Garde Nationale et même des US Marines pour l’aider à maintenir l’ordre et à protéger la propriété fédérale. Ces mesures présidentielles sont-elles nécessaires pour contrer une violence débordante ou servent-elles surtout à renforcer l’autorité fédérale et à saper celle du gouverneur de la Californie, le démocrate, Gavin Newsom?

Israël vient de lancer des frappes contre des sites militaires et nucléaires en Iran. Mais auparavant (cet épisode à a été enregistré jeudi après-midi), les négociations entre les États-Unis et l’Iran sur le nucléaire semblaient au point mort. Trump a-t-il de nouveau perdu patience avec le régime des mollahs?

L’été dernier, l’Irlande du Nord, en même temps qu’un certain nombre de villes en Angleterre, a connu des émeutes violentes provoquées par des tensions entre autochtones et immigrés. Cette semaine, dans deux villes à majorité protestante, de nouvelles scènes de violence ont éclaté après une manifestation pacifique provoquée par l’agression sexuelle présumée d’une jeune fille par deux garçons roms de 14 ans. Certes, l’Irlande du Nord n’est pas étrangère à violence, mais des émeutes similaires ont éclaté à Dublin, dans la République irlandaise, en novembre 2023. Pourquoi les Irlandais protestent-ils aussi violemment contre l’immigration?

Grand expert en relations internationales, Harold Hyman analyse ces actualités en expliquant les contextes historiques, politiques et diplomatiques en question.

De sexe et d’âme

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Mario Vargas Llosa © Samuel Sanchez/Newscom/SIPA

Mario Vargas Llosa a débité pas mal de banalités sur la liberté, l’oppression, la barbarie et l’engagement politique de l’intellectuel. Mais dans ses romans, le prix Nobel de littérature a aussi écrit des pages magnifiques sur les liens qui unissent l’homme et la femme, dont des passages furieusement érotiques


Il en a parlé jusque dans son dernier roman (2023), sur fond de valse péruvienne, en prenant garde, cette fois, de ne choquer « ni les grand-mères ni les curés ». En 2021, dans un petit ouvrage facétieux sur la débandade de la vieillesse (Les Vents), il se disait effrayé de voir que les jeunes adultes n’accordaient plus à l’amour physique la place qu’il lui avait donnée à leur âge. Une dizaine d’années plus tôt encore, il avait eu cette comparaison flaubertienne mâtinée de sex-appeal latino en recevant le prix Nobel de littérature (2010) : « Écrire, c’est comme faire l’amour avec la femme aimée, des semaines et des mois durant. »

Le 13 avril 2025 mourait à 89 ans le grand romancier péruvien Mario Vargas Llosa, né en 1936 à Arequipa, dernier représentant de ce que l’on a appelé, dans les années 1960 et 1970, le « boom » littéraire latino-américain. Entre pas mal de banalités sur la liberté, l’oppression, la civilisation, la barbarie et l’engagement politique de l’intellectuel, toutes débitées sur le ton charmant de la narration et, pour bon nombre d’entre elles, copieusement étalées pendant trente ans dans le quotidien espagnol El País, Mario Vargas Llosaécrivit dans ses romans de magnifiques pages sur l’homme, la femme et le lien de sexe et d’âme qui les unit parfois. Des pages à faire pâlir d’effroi les surfeuses et surfeurs de la vague #MeToo, les signataires du consentement avec accusé de réception, les bruyants dignitaires de la sexualité préfixielle (a-, trans-, bi- et autres pansexuels), ainsi que la petite troupe de diplômés ès troubles identitaires à l’affût de l’ultime coït hétérosexuel occidental.

Premiers émois d’un futur Nobel

Ses premiers écrits érotiques, Mario Vargas Llosa les rédigea, adolescent, au collège militaire Leoncio Prado de Lima, un lieu âpre où il s’agissait de « penser à ses couilles avant de penser à son âme » (La Ville et les Chiens). Un peu sommaires, ils lui firent toutefois gagner des cigarettes en douce ainsi qu’une solide réputation de poète auprès de ses camarades : « La femme gémissait, se tirait les cheveux, disait “assez, assez”, mais l’homme ne la lâchait pas ; de sa main nerveuse il continuait d’explorer son corps, il la déchirait, il la pénétrait […]. La femme pensa que ce qu’il y avait eu de meilleur, c’était les morsures finales et elle se réjouit en se rappelant que l’homme reviendrait le lendemain. » Le futur Prix Nobel et académicien jugea probablement nécessaire, par la suite, de peaufiner sa verve érotique et de donner à l’âme un rôle un peu plus substantiel dans cette affaire. La vie et la fiction passèrent par là, les deux se mêlant avec bonheur chez cet écrivain pour qui la bonne littérature est toujours « un défi au réel » (Dictionnaire amoureux de l’Amérique latine) et chez cet homme dont la vie fut plutôt romanesque. De la prostituée brésilienne à qui il doit « ses premiers pas au labyrinthe mystérieux du désir » (Le Poisson dans l’eau), jusqu’à ses amours tardives avec la très médiatique Isabel Preysler, en passant par sa tante Julia et sa cousine Patricia qu’il épousa successivement au mépris de l’émotion familiale et des cinq balles dans la peau que son père lui promit en cadeau de mariage, Mario Vargas Llosa aima les femmes, « fantasma sur elles sans éprouver de gêne ou de culpabilité », et n’eut de cesse de l’écrire dans ses romans.

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Ce qu’il a couché sur le papier sent le corps avec un supplément d’âme. Avec lui, l’homme ne se contente pas d’une « relation sentimentale un peu terne avec une femme séduisante, sympathique, abstème, végétarienne et catholique convaincue » (Tours et détours de la vilaine fille). Il veut tenir la femme dans ses bras, l’embrasser, la mordre, lui faire l’amour dans « une chambre étroite aux murs roses piquetés d’images pornographiques et religieuses » et « la faire rougir comme une paysanne ». Il veut « respirer son odeur », « boire sa salive », « lécher son palais et ses gencives », « coller son oreille à son nombril pour écouter les rumeurs profondes de son corps », « sentir la secrète vie de ses veines et sa peau tiède battre sous ses lèvres », la faire jouir étendue sur le dos, « les cuisses ouvertes pour faire une place à sa tête », « savourer la fragrance qui sourd de son ventre ». Bref, « l’aimer comme un homme et se foutre de tout le reste ». L’amoureux est un sentimental qui hésite entre se rendre intéressant avec deux-trois théories érotico-biologiques sur le désir instinctif (La Tante Julia et le Scribouillard) et déclarer à la femme aimée : « Je te veux et te désire de toute mon âme, de tout mon corps » (Tours et détours…). Dans les deux cas, il est le strict opposé du tyran, de l’homme de pouvoir, de celui qui, comme le dictateur dominicain Rafael Trujillo (1891-1961) dont il brosse le portrait grandiose dans La Fête au Bouc, a des « couilles glacées » quand il s’agit de faire tuer Untel, mais des « testicules en ébullition » à l’idée de pouvoir encore, malgré « l’urine qui glisse de sa vessie sans demander l’autorisation de sa prostate morte », enfoncer sa « petite pointe visqueuse et chaude » dans la bouche d’une « belle poupée défaillant de plaisir dans ses bras » et « faire crier comme autrefois une petite femelle » dans le lupanar de la Maison d’Acajou.

L’écrivain démasqué ?

La question n’est pas de savoir si Mario Vargas Llosa a été l’homme de ses livres. Il l’a joliment formulé : l’écriture d’un roman est un strip-tease à l’envers, le romancier fait croire qu’il se met à nu alors même qu’il se déguise. Qu’on l’imagine en fou d’amour si l’on veut, en sentimental romantique ou fleur bleue, en vassal aux pieds d’une souveraine indifférente à ses mièvreries ou juste amoureux de Dorothy « parce qu’elle est très compréhensive et le laisse chanter au lit » (Les Cahiers de don Rigoberto). Les plaisantins qui l’ont rebaptisé « Mario Viagra Llosa », suite à sa toquade pour la reine de la presse du cœur, ne l’ont pas davantage décontenancé : héritier de la grande tradition baroque espagnole, de son obsession de la finitude et de la décomposition, il leur a répondu avec un humour ravageur en se présentant dans Les Vents comme « l’homme-caca », un vieillard gâteux, incontinent, incapable de retrouver son chemin et radotant inlassablement les mêmes histoires.

Au lendemain de la mort du romancier, le lyrisme présidentiel français – que doivent redouter tous ceux qui pourraient prétendre, par un malheureux hasard du calendrier, à un tweet funèbre de ce cru – dit de celui qui regrettait de ne pas voir les présidents s’afficher avec des écrivains ou des philosophes, qu’il avait opposé « la liberté au fanatisme, l’ironie aux dogmes et un idéal farouche aux orages du siècle ». La liste est incomplète : Mario Vargas Llosa opposa aussi l’érotisme au sexe contemporain qui lui semblait trop facile d’accès pour être désirable. Un érotisme dont il nous a laissé une belle définition dans son essai sur La Civilisation du spectacle et dans l’ensemble de sa création romanesque : ou comment faire de l’amour physique une œuvre d’art.

L’érotisme contemporain, entre fluidité et incertitude

L’érotisme a-t-il encore sa place dans une société comme la nôtre ? Pas sûr que l’exploration secrètement virtuose du labyrinthe du désir soit compatible avec l’impératif de bien-être, y compris sexuel, venu compléter la liste des fameuses « cases à cocher » pour prétendre jouir dans la dignité. Pas sûr non plus que le goût de l’autre soit au bout de l’exténuante aventure ascético-égoïste qu’on nous vend sous le nom frauduleux (et laid) de « lâcher-prise », avec son régime « Comme j’aime », sa séance de gymnastique spirituelle et son « atelier masturbation ». Pas sûr enfin que la jeunesse, biberonnée dès l’enfance aux images pornographiques (40 % des enfants y sont confrontés avant la fin du primaire et quasiment 100 % à la fin du collège selon un rapport sénatorial de 2021), mais sevrée depuis belle lurette de « l’orgie perpétuelle » (Gustave Flaubert) des grands textes littéraires, donne à la définition de l’érotisme le même sens que Mario Vargas Llosa. Société de « l’épuisement du désir » (Michela Marzano), société schizophrène du « revenge porn » et de la « gênance » : les images pornographiques se sont naturellement invitées dans le harcèlement entre adolescents, mais un baiser donné entre deux lignes d’un roman a de fortes chances d’être jugé « gênant » par une majorité d’élèves. Rassurons-nous, l’enquête « Envie », récemment menée par la sociologue Marie Bergström et réalisée auprès d’un échantillon d’environ 10 000 personnes âgées de 18 à 29 ans en France métropolitaine, montre que la « sexualité qui vient » contredit autant l’idée reçue d’hypersexualité (génération Tinder) que celle de récession sexuelle (génération No Sex). Elle revendiquerait plutôt une plus grande fluidité dans les relations amoureuses – du « crush » (amour fantasmé) à la « rencontre IRL » (« In Real Life ») – et dans la manière de « faire couple » (sans « mise en union cohabitante » systématique).

La voilà enfin notre définition contemporaine de l’érotisme.

À lire parmi les œuvres de Mario Vargas Llosa

La Ville et les Chiens (La ciudad y los perros, 1963, trad. Bernard Lesfargues), Gallimard, 1966, 528 pages.
La Tante Julia et le Scribouillard (La tía Julia y el escribidor, 1977, trad. Albert Bensoussan), Gallimard, 1979, 400 pages.
La Fête au Bouc (La fiesta del Chivo, 2000, trad. Albert Bensoussan), Gallimard, 2004, 592 pages.
Les Vents (Los vientos, 2021, trad. Albert Bensoussan), L’Herne, 2023, 184 pages.
Dictionnaire amoureux de l’Amérique latine, Plon, 2005, 756 pages.
À paraître à l’automne, la traduction française de Le dedico mi silencio, 2023, 312 pages.

Ou ne pas lire

Marie Bergström (dir.), La sexualité qui vient : jeunesse et relations intimes après #MeToo, La Découverte, 2025, 392 pages.


La ville et les chiens

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La tante Julia et le scribouillard

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La fête au Bouc

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Dictionnaire amoureux de l'Amérique latine

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Le dedico mi silencio

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Israël respecté !

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14 juin 2025, Israël, Rishon LeZion, sud de Tel Aviv. Des bâtiments ont été endommagés après qu’un missile iranien est tombé, tuant au moins deux personnes et en blessant plusieurs autres © Ilia Yefimovich/DPA/SIPA

Dans un ouvrage paru il y a quelques semaines, Stéphane Simon et Pierre Rehov analysaient en profondeur la stratégie militaire multifronts menée par l’Etat juif depuis le 7-Octobre et prophétisaient une attaque massive contre l’Iran. « Quarante-cinq ans de dictature islamique sont au bout du viseur » écrivaient-ils. Avec le déclenchement de l’offensive « Rising Lion » ce 13 juin, les faits viennent de leur donner raison.


Comme son titre l’indique, 7 octobre – La Riposte ne cherche pas à retracer l’histoire des conflits au Moyen-Orient dans sa complexité et sa longueur, ni à équilibrer les points de vue. Et même si l’attaque terroriste du 7 octobre 2023 y est relatée avec force détails, l’ambition principale des auteurs est de montrer, avec un regard exclusivement israélien assumé, la reprise de l’initiative tactique, stratégique et psychologique intervenue dès le 8 octobre contre l’« Axe de la résistance » pro-iranien.

Guerre existentielle

Débutant leur récit par la journée qui a marqué le monde par sa violence inédite, le journaliste sur Sud Radio Stéphane Simon et le reporter de guerre Pierre Rehov chroniquent avec précision les opérations militaires, diplomatiques et psychologiques qui ont depuis été menées par l’Etat juif. Au fil des pages, ils reconstituent l’engrenage de la riposte israélienne multiforme avec tout ce que ces événements impliquent comme dilemmes pour les États voisins et comme mobilisations internationales, mais aussi comme drames humains. En articulant témoignages, analyses stratégiques et données factuelles, ils décrivent en particulier la mutation profonde de la doctrine israélienne de défense.

A lire aussi, du même auteur: Iran: frappes massives d’Israël contre le régime

Après des décennies d’endiguement, à la fois face au Hezbollah et au Hamas, l’État juif a rompu avec sa logique de riposte ponctuelle et circonscrite, de représailles calibrées ou de réponses proportionnées. Il entre à présent dans une guerre existentielle, conduite à la fois au grand jour et dans les replis invisibles du renseignement. Et surtout, dans un conflit long, sans fin, une lutte de volontés entre deux peuples. « Cette guerre, écrivent Simon et Rehov, redessine sous nos yeux la carte de toute la région », et transforme le choc initial en une contre-offensive d’une intensité inédite, conçue pour frapper l’ennemi au cœur, l’affaiblir dans ses bastions, le désarticuler dans ses structures.

Des opérations ciblées spectaculaires

À travers une succession d’opérations spéciales, d’assassinats ciblés et de frappes chirurgicales menés par le Mossad, le Shin Bet, l’unité 8200 et les forces de Tsahal, Israël a peut-être non seulement restauré sa capacité de dissuasion, mais brisé la dynamique d’encerclement menée depuis des années par l’axe iranien. L’élimination du chef du Hamas, Ismaël Haniyeh, à Téhéran, dans une résidence ultrasécurisée attenante au palais présidentiel, est racontée comme un drame haletant et spectaculaire : les services israéliens auraient infiltré jusqu’au sommet du pouvoir iranien.

De même, l’opération « Pager » contre le Hezbollah, durant laquelle près de 4 000 dispositifs individuels de communication analogiques ont été détruits à distance après avoir soigneusement été piégés et vendus au mouvement terroriste par des entreprises-écrans créées par Israël, révèle une capacité de guerre électronique et de manipulation technologique proprement stupéfiante.

L’un des épisodes les plus captivants du livre reste néanmoins l’élimination presque fortuite de Yahya Sinwar, cerveau des attaques du 7-Octobre, tué lors d’un simple accrochage accidentel avec de jeunes soldats israéliens à Rafah. Cette scène, où l’improvisation se mélange avec le destin, parle autant du hasard de la guerre que de la situation tragique sur le front gazaoui.

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Toutefois, le propos central des auteurs est ailleurs. Selon eux, la riposte israélienne ne vise pas uniquement à démanteler le Hamas, mais s’étend à l’ensemble de ce qu’on appelle les « proxys » de l’Iran : le Hezbollah, les milices chiites en Syrie et en Irak, les Houthis au Yémen. Il ne s’agit plus seulement de se défendre, mais de remodeler, à long terme, le paysage géopolitique du Moyen-Orient. Simon et Rehov vont jusqu’à écrire que « quarante-cinq ans de dictature islamique sont au bout du viseur des services israéliens », affirmant ainsi que l’objectif final, assumé sinon proclamé par l’État hébreu, est l’ébranlement – et pourquoi pas, la chute – du régime des mollahs à Téhéran.

En ce sens, l’ouvrage ne se limite pas au travail d’enquête, mais formule un plaidoyer stratégique pour transformer la meurtrissure du 7-Octobre en une force d’action, une dynamique de reconquête, voire en ce que les auteurs qualifient de « vengeance légitime ». Ce livre est en somme un manifeste en faveur d’un Israël redevenu maître de son récit, de son territoire et de son avenir.

Stéphane Simon, Pierre Rehov, 7 octobre – La Riposte : Israël-Iran, la guerre secrète, Fayard 400 pages

Discrimination positive: aux Etats-Unis, la fin du mythe de l’«affirmative action»

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Une manifestante milite contre la mise en place des nouvelles mesures anti-DEI dans une école de Prior Lake dans le Minnesota le 9 juin 2025 - sur sa pancarte est écrit : les DEI nous permettent tous de faire de notre mieux - qui s'oppose à cela ?" © Fox9

Alors que la Cour suprême des États-Unis a récemment mis un terme à la discrimination positive dans l’enseignement supérieur, un débat profond resurgit sur l’efficacité et les effets réels de cette politique. Jason Riley, dans la lignée de penseurs comme Thomas Sowell, démonte un demi-siècle de récits dominants, chiffres et histoire à l’appui. Loin d’avoir été un moteur de progrès, l’affirmative action aurait, selon lui, contribué à freiner la réussite des Noirs américains, en délégitimant leurs succès et en les enfermant dans une logique de dépendance. Retour sur une politique aussi symbolique que controversée, et sur une vérité moins consensuelle: les Noirs ont avancé sans elle – parfois même bien davantage


L’auteur Jason L. Riley

Après que neufs États ont prohibé l’Affirmative Action (discrimination positive), l’arrêt de la Cour Suprême de 2023 – Students for fair admission v. Harvard (SFFA)– l’interdit à son tour dans le pays tout entier. Les termes du président de la Cour ne pouvaient être plus clairs : « éliminer la discrimination raciale c’est l’éliminer entièrement ».

Cette décision, si elle a déplu aux élites progressistes, s’accorde avec l’opinion publique, Noirs compris, pourvu qu’on lui formule explicitement en quoi elle consiste au lieu de s’en tenir à l’expression « Affirmative Action ». En effet son sens a évolué au fil du temps depuis la mobilisation pour les droits civiques. Assimilée alors à une indifférence à la race, elle a évolué vers une exigence numérique dans les années 1970. Le livre de Jason J. Riley se focalise sur la version actuelle de la discrimination positive, pervertie et très éloignée de son sens initial. Il cherche à répondre aux questions suivantes : Dans quelle mesure les différences de résultats sont principalement dues à un racisme récurrent comme il est soutenu aujourd’hui ? D’autres facteurs ont-ils été sciemment oubliés ?

Une politique active de responsabilisation

Après Thomas Sowell, Shelby Steele et d’autres, Jason Riley rappelle les progrès prodigieux des Noirs réalisés avant même que l’on évoque la discrimination positive. Un indicateur parlant est le taux de pauvreté des Noirs qui passa de 87 % en 1940 à 47 % en 1960. Des Noirs ont magnifiquement réussi avant même la loi sur les droits civiques. Trois femmes noires furent ainsi des scientifiques qui participèrent au programme d’exploration spatiale de la Nasa. Pour les leaders noirs des premières décennies du 20ème siècle, les Noirs devaient chercher à améliorer leur situation grâce à l’éducation et un travail acharné en adoptant les normes de la classe moyenne. Des publications et les organisations des droits civiques expliquaient ce qu’il fallait faire et ne pas faire. Lors de l’afflux de Noirs du Sud vers le Nord, ces derniers, instruits par ceux qui étaient déjà là, furent incités à adopter une politique de respectabilité : insistance sur la morale, les manières, le vêtement, tout en poursuivant des actions pour plus de justice. Cette manière de voir était aussi celle de Martin Luther King. Après la conquête de droits civiques, cette politique de la respectabilité tomba en disgrâce auprès des jeunes Noirs, toute responsabilité revenant aux Blancs. Ceux qui poursuivirent cette politique furent accusés d’agir comme des Blancs. Ce qui fut un facteur d’estime de soi était désormais perçu comme une trahison. Pourtant, comme l’écrit l’auteur « conditionner la réussite des Noirs à la disparition du racisme et des préjugés, c’est la faire dépendre de quelque chose que l’humanité n’a jamais accompli, tout en laissant dans l’oubli tous ces groupes minoritaires qui ont réussi malgré ces obstacles ». Les militants noirs minimisèrent l’importance de la famille traditionnelle et l’évolution de l’opinion des Blancs. De 1944 à 1963, la proportion de Blancs qui pensent que les Noirs doivent avoir la même chance d’obtenir un emploi que les Blancs était déjà passée de 42 % à un peu plus de 80 %.

Une lente évolution vers une politique d’égalité de résultats

La pression contre une politique discriminatoire, qui commença à faire sentir ses effets sous Roosevelt, fut poursuivie par ses successeurs, à travers des décrets, en raison d’une opposition du Congrès sur le sujet. Cette politique fut également contestée devant la justice jusqu’à l’arrêt Brown de 1954 qui mit fin à la ségrégation scolaire. Le président de la Cour suprême évita d’attaquer de front l’arrêt Plessy sur la ségrégation de 1896, pour invoquer l’estime de soi des Noirs considérés comme des êtres inférieurs. Il lui fallait ménager les juges du Sud pour parvenir à un verdict unanime et éviter les blocages. Mais blocages il y eut et, en 1964, dix ans après l’arrêt Brown, seulement 3 % des Noirs du Sud fréquentaient des classes où il y avait aussi des Blancs. En nombres absolus, il y avait plus de Noirs qui fréquentaient des écoles ségréguées en 1964 qu’en 1954. Pour accélérer la déségrégation et l’étendre à l’emploi et au logement, le Congrès vota la loi sur les droits civiques, après avoir reçu des assurances qu’elle ne conduirait jamais à un équilibre racial mais à un traitement égalitaire. Seule la discrimination intentionnelle était visée.

Pourquoi travailler avec acharnement à l’école si les exigences sont abaissées?

Mais, malgré une opinion publique défavorable à un traitement différentiel (62 % à 72 % selon les années dans les quinze enquêtes du Pew Research Center de 1987 à 2012), les bonnes intentions de départ furent perverties par des initiatives administratives et judiciaires. L’Office of Education se mit à produire des directives, intégrées ensuite par le pouvoir judiciaire. L’arrêt Green de 1968 de la Cour suprême fait de l’élimination d’un système scolaire dual une obligation positive, recourant pour la 1ère fois aux statistiques. De même, l’EEOC (Equal Employment Opportunity Commission), pourtant créée en 1964, révisa les normes légales et introduisit le concept de « disparate impact » (impact disproportionné) en fondant son évaluation des entreprises sur des données statistiques du bassin d’emploi. En 1978, si l’arrêt Bakke jugea les quotas à l’admission à l’Université inconstitutionnels, il admit que la race pouvait être prise en compte si c’était pour promouvoir la diversité des étudiants. Une discrimination positive pouvait ainsi trouver sa voie légale, même si elle était contraire à la formulation du titre VII de la loi de 1964.

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La question des réparations

C’est un serpent de mer qui n’a guère convaincu les dirigeants politiques, mêmes démocrates. Barack Obama y était opposé comme Hillary Clinton et Bernie Sanders avant lui. Si la question fut soulevée par James Forman dans son « Black Manifesto » publié en 1969, elle réapparut en 1988 lors du vote au Congrès d’une loi dédommageant les Japonais retenus dans les camps d’internement pendant la guerre ou les membres de leur famille. Le projet 1619 de Nikole Hannah-Jones a relancé la question en soutenant que la nation avait été fondée sur une « esclavocratie » qui serait à l’origine de la puissance économique et industrielle des États-Unis. L’esclavage expliquerait encore aujourd’hui les écarts de revenus, de santé et d’éducation. L’esclavage ayant d’abord été pratiqué dans l’entre-soi racial, « faire du racisme la force motrice de l’esclavage, c’est faire d’un facteur historiquement récent la cause d’une institution qui a vu le jour des milliers d’années plus tôt » écrit Thomas Sowell. L’exigence de réparations est fondée idéologiquement sur une lecture ahistorique du passé. L’idée d’un trauma héréditaire n’a pas plus de sens qu’une culpabilité héréditaire. Le recul de la condition des Noirs (criminalité, dépendance aux aides sociales et taux d’emploi) date des années post-1960s, suggérant que d’autres facteurs sont en jeu.

L’histoire d’une réussite avant la discrimination positive

50 ans de discrimination positive ont donné la fausse impression que les progrès des Noirs dépendent des politiques préférentielles. Pourtant, les Noirs ont connu des progrès significatifs sans elles. Dès avant la fin de l’esclavage. En 1850, 434 000 Noirs libres avaient été recensés. 59 % d’entre eux savaient lire et écrire et avaient appris dans des écoles privées dont certaines étaient clandestines. Ces écoles privées jouèrent un rôle essentiel dans la scolarisation des Noirs jusqu’au 20ème siècle. Il faudra attendre 1916 pour que le nombre de Noirs fréquentant une école publique égale celui des Noirs en école privée. Une agence fédérale, le Bureau des réfugiés, des affranchis et des terres abandonnées, fondée en 1865, fut à l’origine de la création de 4000 écoles d’ici la fin de 1866. Dix ans plus tard, la moitié des enfants blancs et 40 % des enfants noirs étaient scolarisés. Mais, après le départ des troupes fédérales en 1877, la suprématie blanche reprit dans le Sud avec menaces sur les professeurs, meurtres et lynchages. Malgré cet environnement hostile, mais aussi grâce à l’aide de philanthropes tel que Julius Rosenwald qui contribua à la création de près de 5 000 écoles privées d’une capacité de 600 000 élèves, l’alphabétisation progressa fortement. Comme l’écrit l’auteur, le besoin le plus pressant des Noirs n’était pas d’avoir des camarades de classe blancs mais des écoles de qualité. En 1940, dans le Nord, les Blancs âgés de 25-29 ans avaient 3,6 ans de scolarité en plus que les Noirs. En 1960, 1,7 seulement. Des progrès furent aussi accomplis dans le Sud où l’oppression raciale était plus forte. C’est la mise en place des politiques préférentielles qui freina le mouvement de convergence observé depuis près d’un siècle. Ce fut la même chose en matière de revenus. Le taux de pauvreté des Noirs ne baissa que de 10 points dans les années 1960 et de 1 point dans les années 1970-1980, les deux premières décennies de la discrimination positive. L’écart Noirs/Blancs en matière de revenus est en 2018, pratiquement le même qu’en 1968. Pour continuer de croire au rôle positif des politiques préférentielles dans l’avancement des Noirs, on est prêt à ignorer ce qu’ils ont accompli sans elles. Dans les années récentes, l’essentialisme racial a progressé grâce aux avocats de la justice sociale. 

Discrimination positive : l’histoire d’une régression

La discrimination positive a jeté la suspicion sur les compétences des Noirs, toujours suspectés d’avoir été recrutés parce que Noirs, et délégitimé leur réussite académique. Ce fut le cas de Clarence Thomas diplômé de Yale en 1974, juge à la Cour suprême depuis 1991 qui fut qualifié d’hypocrite en raison de son opposition aux politiques préférentielles. Ces politiques ont eu des conséquences psychologiques sur la manière dont les Noirs sont vus et se perçoivent eux-mêmes. Pourquoi travailler avec acharnement à l’école si les exigences sont abaissées? Pourquoi exiger autant des Noirs que des Blancs si des performances moindres leur donnent accès à l’Université ?

En 2013, le recours SFFA demandait seulement des explications sur la sous-admission des étudiants asiatiques à Harvard1 : combien d’Asiatiques avaient postulé ? Quels étaient leur score aux tests SAT (Scholastic Assessment Test) et les informations entrant dans leur évaluation, comparés à ceux des autres admis ? Les Universités ont tout fait pour dissimuler leurs pratiques2. Un exemple ancien fut fourni par Thimoty Maguire, étudiant en droit à Georgetown. En travaillant au service des archives, il découvrit que les Noirs étaient admis avec des résultats aux tests LSAT (Law Scholastic Assessment Test) moins bons en moyenne que ceux des Blancs. Lorsqu’il publia ses résultats dans le journal étudiant, le doyen nia la véracité de son constat et ordonna la confiscation de tous les exemplaires. S’il ne fut pas expulsé, c’est grâce à l’intervention de son avocat. La politique universitaire de la diversité reposait donc sur la suppression de toute critique, à Georgetown comme ailleurs.

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Pourtant, ces tests d’entrée à l’université utilisés depuis des décennies sont fortement corrélés aux performances futures à l’université et dans l’emploi. Plus récemment, lors de l’affaire George Floyd, ces tests furent déclarés racistes. Pour preuve, la meilleure réussite des Blancs. Mais alors comment expliquer que les Asiatiques font mieux qu’eux ? On invoqua aussi les biais liés à la classe sociale alors même que les Asiatiques de familles à bas revenus les réussissent mieux que les Blancs à haut revenu. Pour le psychologue social, Claude Steele, les scores d’entrée des Noirs en primaire étant très proches de ceux des Blancs, c’est après que les choses se dégradent, ce qui se retrouve au lycée et à l’entrée à l’Université. Le but devrait donc être d’améliorer les performances de ces enfants au primaire au lieu de chercher à bannir les tests ou de les admettre plus tard dans des universités d’élite où ils échouent en nombre, privant ainsi les universités moins cotées d’étudiants noirs ayant le niveau (effet mismatch, voir l’étude de Richard Sander et Stuart Taylor3). Les Noirs qui n’abandonnent pas leurs études sont souvent obligés de se rabattre sur une spécialité moins difficile en cours d’études alors qu’ils auraient pu se maintenir dans une université moins prestigieuse. Les doyens des facultés d’élite restent très taiseux sur le sujet. Ils veulent bien faire valoir leur performance en termes de diversité à l’admission, mais sans divulguer ce qui arrive ensuite aux étudiants ayant bénéficié de leur politique préférentielle. On se retrouve avec des militants de la justice sociale qui pleurent la pénurie d’ingénieurs, d’informaticiens et d’économistes noirs à laquelle la discrimination positive qu’ils promeuvent a contribué. Si les étudiants noirs de la George Mason University’ Law School, qui utilise les préférences raciales, ont de meilleurs scores aux tests que ceux de de l’université historiquement noire Howard University School of Law, seulement 30 % des 1ers sortent diplômés avec l’examen du barreau du 1ercoup, contre 57% des seconds. Les universités d’élite (une centaine) produisent seulement 4 % des Noirs diplômés du 1ercycle. De 2009 à 2019 deux universités de médecine historiquement noires ont diplômé plus d’étudiants noirs que celles principalement blanches. Après l’adoption de la proposition 2009 en Californie en 1996, les Noirs ont été moins nombreux dans les universités d’élite mais ont mieux réussi dans celles qui correspondaient mieux à leur niveau, y compris dans les disciplines les plus difficiles. Démonstration in vivo des effets néfastes d’une politique censée leur bénéficier.

Les « vérités poétiques » contre le réel

Shelby Steele parle de « vérités poétiques » à propos de la discrimination positive. Ceux qui la défendent savent qu’ils mentent mais arrivent à se persuader qu’ils agissent pour le bien commun et se déguisent ainsi en défenseurs de la justice sociale. Reconnaître les progrès accomplis sur la question raciale reviendrait à délégitimer les efforts déployés pour encourager la colère des Noirs, à la base de la stratégie électorale des Démocrates, explique Jason Riley. Cela obligerait à reconnaître que la discrimination positive a été une politique nuisible à la cause des Noirs. Elle a rendu aveugle sur la régression qui a accompagné sa mise en place en même temps qu’une forte extension de l’État-providence qui a miné l’autonomie et la cellule familiale. Les Noirs d’aujourd’hui qui défendent normes et décence qui ont réussi aux Noirs jusqu’aux années 1960 passent pour des traitres. Trop d’intellectuels et leaders noirs prétendent qu’il faut d’abord en finir avec le racisme avant de tenir compte de la responsabilité individuelle. De jeunes hommes noirs voient dans leurs comportements destructeurs un signe d’authenticité. Les élites noires ont intellectualisé leurs pratiques antisociales en prétendant qu’elles étaient normales, qu’il ne fallait pas les juger, ignorant ainsi les études qui montraient qu’elles empêchaient l’amélioration de la condition des Noirs. Il faut dire que la réception au vitriol du rapport de Daniel Patrick Moynihan sur les conséquences sociales des familles noires sans père en 1965 en a découragé plus d’un de se lancer dans l’étude de l’effet des comportements des Noirs sur les inégalités. S’en tenir au racisme comme cause fondamentale était plus sûr. Avec l’hégémonie DEI (diversité, équité, inclusion) des années récentes dans le parti démocrate mais aussi dans les principaux médias et les universités, la cause des Noirs est mal partie. Tout est encore la faute des Blancs. Comme la discrimination positive, le catéchisme DEI sape le développement de comportements nécessaires à l’amélioration de la condition des Noirs et remplit leur cerveau de mensonges qui entravent leur réussite. Si l’on peut célébrer la fin de la discrimination positive, peut-être en vue grâce à l’arrêt de la Cour Suprême de 2023, la relève DEI a de quoi inquiéter ceux qui ont à cœur d’améliorer l’avenir des Noirs défavorisés aux États-Unis.

The affirmative action myth. Why Blacks Don’t Need Racial Preferences to Succeed. Jason L. Riley, Basic Books, 2025, 288 pages.


  1. https://www.micheletribalat.fr/politiques-pr-f-rentielles/les-am-ricains-et-la-m-ritocratie ↩︎
  2. https://www.micheletribalat.fr/politiques-pr-f-rentielles/434797230?t=1749551511128 ↩︎
  3. Il existe bien une base de données statistique créée par la Mellon Foundation en 1990, mais elle n’est accessible qu’aux chercheurs non critiques à l’égard de la discrimination positive. https://www.micheletribalat.fr/politiques-pr-f-rentielles/434797230?t=1749551511128 ↩︎

Avant-Garde

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Image d'illustration.

Il y a vingt ans, le wokisme pointait déjà le bout de son mufle…


D’un geste las, Félix Lassalle repoussa le journal sur le guéridon de marbre. Au risque de renverser le verre auquel il n’avait pas touché, quand ses amis en étaient à leur troisième tournée. Il avait la mine défaite.

  – Je suis sonné, dit-il.

Précision inutile. Ses yeux hagards (ceux d’un boxeur au bord du KO) disaient assez l’étendue du désastre.

  – Allons, Félix, ressaisis-toi ! C’est toi le maire, non ? Il est normal que tu sois en première ligne quand il y a des coups à prendre. Et puis qui attache de l’importance à cette feuille de chou ?

André le pharmacien essaie de dédramatiser. Sans conviction excessive. Derrière le maire, c’est l’adjoint à la culture qui est visé. Et il est adjoint à la culture.

 Félix a repris le journal. Une fois de plus il relit l’article. A haute voix. Comme une réalité qu’il se refuse encore à admettre.

 – Ce titre, André, ce titre assassin : « La coupable incurie d’un maire »…Et, la suite : « Vierville à vau-l’eau… Faillite culturelle… Aucune ambition… Déclin inéluctable… ». Quant à la chute : « Ainsi, alors que toutes ses voisines ont su se mettre en valeur par l’organisation de manifestations susceptibles d’attirer de nombreux estivants, Vierville végète, Vierville se meurt, abandonnée à son sort lamentable par des édiles dont l’incapacité éclate désormais aux yeux de tous ».

 – Le style en est lourd. Et pompeux.

Monsieur Delprat risque ce commentaire pertinent encore que superfétatoire en semblable circonstance. Parce qu’il faut bien rompre le silence qui devient pesant. Il est vrai que sa qualité de professeur à la retraite lui confère en la matière une indiscutable autorité.

Derrière son bar, Achille, le patron du café du Vieux-Pont, n’a rien perdu de la conversation :

 – Faut bien dire, Monsieur le maire et, sauf votre respect, qu’il ne se passe rien, ici. L’été, pas le moindre touriste. Le commerce en pâtit. Alors qu’ailleurs… Tournoi de pétanque à Orangeris, jumping à Prédailles, son et lumière au château de Machecoul, floralies de Compans-sur-Nère, Chorales à St Prou, théâtre à Villenouvelle, yoga et judo à Montargent, j’en oublie sûrement… Partout, la foule, les terrasses des cafés garnies, la presse, les reportages à la télé. La vie, quoi !

L’expression de la vox populi. Un nouveau coup de poignard. Cette fois, l’opposition en embuscade a les faveurs de la rue. La situation est grave. Assez grave pour exiger un sursaut immédiat.

  Félix se redresse, inspire largement, promène sur l’assistance le regard dominateur du chef blessé mais conscient qu’il doit jusqu’au bout assurer sa mission.

 – Messieurs, c’est dans l’urgence que se révèlent les stratèges, dans l’adversité que l’on reconnaît les cœurs bien trempés. Notre bateau prend l’eau, il n’a pas encore coulé ! Nous sommes en juin, certes, et il nous reste peu de temps pour relever le défi. Mais je vous certifie que l’été ne se passera pas sans que Vierville ne fasse parler d’elle. Il en va de l’honneur d’un maire. Et, bien entendu, de ses collaborateurs. André, dès demain, réunion exceptionnelle du conseil municipal. A huis clos, bien entendu. Nous allons prendre le taureau par les cornes.

Jamais séance n’avait été plus animée. Une ambiance électrique. L’intensité d’un brainstorming auquel chacun avait à cœur de participer, ne fut-ce que pour témoigner à Félix une solidarité bien nécessaire en ces temps de turbulence. Les idées fusaient, chacune suscitant son lot d’objections.

 – Pourquoi pas un feu d’artifice ?

 – Il y en a au moins trois, le 14 juillet dans les bourgs environnants. Et en dehors de cette date, ce serait plutôt incongru !

 – Un concours de majorettes ?

 – Trop commun.

 – Un élection de miss ?

 – En été, toutes les jolies filles de la région transhument vers les plages, vous le savez bien. Si nous nous retrouvons comme candidates avec les quatre laiderons demeurés au pays, nous nous couvrirons de ridicule. Le remède sera bien pire que le mal.

 Sont ainsi évoqués sans plus de succès un tournoi de bridge (trop élitiste), un grand bal champêtre (trop populaire), un baptême de l’air en hélicoptère (trop onéreux), sans compter, une exposition de peinture, une foire à la brocante, une course cycliste, toutes propositions rejetées pour des raisons diverses mais non dépourvues, hélas, de fondements. Le découragement commence à se lire sur les visages.

 – Je vous rappelle, dit Félix, que le temps presse. Si nous ne trouvons rien, si nous ne parvenons pas à mettre sur pied, dans la quinzaine qui vient, une manifestation qui attire à Vierville la grande foule, il ne me restera plus qu’à présenter ma démission. Et la vôtre. Autant dire livrer la mairie à ce grigou de Ferran et à sa bande. Avec tout ce que cela implique.

 Comme chacun médite sur cette sombre perspective, une voix, celle du second adjoint, s’élève du fond de la salle.

 – Ce qu’il nous faut c’est un festival.

 Le mot a un effet magique. Enthousiasme immédiat. Adhésion unanime. Des festivals, la France en compte par milliers. De toute espèce. Pas la moindre bourgade de quelque importance qui ne s’enorgueillisse de posséder le sien. En rejoignant la cohorte, Vierville entrera dans la modernité. Et l’honneur sera sauf.

Reste seulement à imaginer la spécificité de la chose, ce que M. Delprat exprime en une métaphore korzibskienne :

  – Nous avons la carte, il nous faut maintenant le territoire. Un festival, très bien mais un festival de quoi ?

C’est là qu’André manifeste tout son génie :

 – Organisons un festival de jazz !

Le jazz, aucun ici n’en a une notion très claire. Louis Armstrong, certes, mais il paraît qu’il est mort. Sidney Bechet aussi. De toute façon pas question de faire appel à des vedettes, la modicité du budget l’interdit, et l’urgence de l’échéance.

 On ne peut compter que sur les moyens du bord. A savoir le neveu du boucher qui joue de la cornemuse, Roselyne, la fille de l’antiquaire, dotée d’un beau brin de voix, quelques rescapés de la défunte fanfare et le cousin accordéoniste de Félix qui ne se dérobera pas devant le devoir. Le dentiste, féru de musique contemporaine, percussionniste à l’occasion, fera un directeur artistique très convenable.

En un rien de temps, le programme est bouclé.

 – Ça va swinguer ! conclut André au comble du ravissement.

A lire aussi, Thomas Morales: Les flagellants du livre

Si le nez de Cléopâtre avait été plus court, assure Pascal, la face du monde en eût été changée. Saluons, une fois encore, l’intervention de la Providence. Si la voiture de Clément Gironde, en ballade dans la région, n’avait succombé, sur la place de Vierville, à une asphyxie du carburateur, les choses eussent pris un tour bien différent.

Est-il utile de présenter Clément Gironde ? Spécialiste de jazz (mais de quoi, cet esprit éminent, n’est-il pas spécialiste ?), il distille d’une plume absconse, dans le Quotidien du Soir, des avis péremptoires. Tout Paris se range à ses jugements, pour surprenants qu’ils soient souvent.

Une sommité d’autant plus respectée que le paradoxe est son domaine et qu’il a su élever l’amphigouri à la hauteur d’une institution.

Bref, un penseur. Capable de faire ou de défaire une réputation, pour le seul plaisir de choquer le bourgeois. Lequel, c’est bien connu, n’aime rien tant qu’être fouaillé.

Pour l’heure, attablé au café du Vieux-Pont, Gironde trompe son ennui devant un demi de bière, en attendant de pouvoir reprendre la route. Et comme il professe à longueur de colonnes sa proximité avec le peuple, il a cru bon d’engager la conversation avec Achille.

 – Jolie petite ville. Un peu endormie toutefois. Il semble qu’il ne s’y passe pas grand-chose, n’est-ce pas ?

Achille cesse d’astiquer son comptoir. Naguère encore, il eût abondé dans le sens de cet étranger. Mais les choses sont en train de changer. Et son honneur de Viervillois est désagréablement titillé par une estimation qu’il sent plutôt péjorative.

 – Oh, c’était vrai jusqu’ici, répond-il. Mais nous aurons dans huit jours un festival de jazz. (Il prononce « jase » confortant ainsi l’opinion de ceux qui veulent entendre dans ce terme un dérivé du verbe « jaser ») ;

 – De jazz ! très intéressant ! Quel est donc le programme ?

 Achille désigne d’un geste l’affiche placardée au coin du bar.

 – Tous des gens du pays. Excellents musiciens. J’en sais quelque chose : depuis une semaine, ils répètent comme des forcenés dans mon arrière-salle. Vous entendriez la cornemuse ! Et l’accordéon ! Quant à Roselyne, une voix… C’est simple, elle mériterait de passer à la télé.

Déclic. Clément Gironde tient un sujet en or et il doit justement rédiger sa chronique. Pour un peu, il s’écrierait : « Garçon de quoi écrire ! » mais la formule a déjà beaucoup servi. (Elle a même fourni le titre d’un de ses livres à un académicien. Pouah !)

 – Auriez-vous du papier et un crayon ? Merci.


                                               Extrait du Quotidien du soir 

                                               De notre envoyé spécial

Vierville réinvente le jazz !

« Le jazz, je l’ai souvent écrit, surgit où on ne l’attend pas. Ai-je assez vitupéré ces musiciens, nourris de tradition, s’obstinant à respecter les canons surannés d’une musique devenue obsolète, symbole d’un impérialisme culturel contribuant à l’aliénation des masses ! Ai-je assez daubé sur les rassemblements estivaux que je persiste à honorer de ma présence, mais pour mieux les dynamiter ! Ai-je assez appelé de mes vœux un renouvellement, que dis-je, une révolution qui pulvériserait les frontières, rendrait à la créativité son rôle plein et entier !

Cette révolution, il appartenait à la province d’en brandir le flambeau. Vierville l’a compris, qui a mis sur pied, dans l’enthousiasme populaire, le festival de jazz le plus novateur de tous ceux auxquels il nous sera donné d’assister cet été. Bousculées les habitudes, à la trappe les conventions. Du neuf, de l’inédit. Aucune de ces têtes d’affiche que l’on s’arrache ailleurs à prix d’or mais des artistes issus du terroir, porteurs d’une authenticité qui a depuis longtemps déserté les grandes scènes. Emblématique en un mot, de ce jazz vif qui emprunte d’un pied résolu les sentiers de la création.

Ainsi saluera-t-on l’audace des organisateurs qui n’hésitent pas à promouvoir des instruments peu usités ouvrant des voies (et des voix) insoupçonnées à la musique que nous aimons.

La cornemuse est de ceux-là. Qui douterait qu’elle ne porte l’avenir du jazz ? Conjuguée à celle de l’accordéon, qui a déjà fait ses preuves en ce domaine, sa sonorité la désigne incontestablement comme l’instrument le plus apte à traduire la révolte des jeunes générations.

Sans doute quelques grincheux réactionnaires objecteront-ils que faire swinguer une cornemuse relève de la gageure. A ceux-là nous répondrons que l’opinion des grincheux nous importe peu. Aussi peu que le swing. Ils n’ont pas compris, ces ignares obtus, que l’essence de la musique réside dans sa capacité à surprendre. Que le concept de transgression est le moteur de la nouveauté et confère à l’art toute sa puissance contestataire.

Laissons-les à leurs ressassements stériles. Rendons-nous tous à Vierville dont ce premier festival sonnera comme un manifeste : celui d’un jazz enfin libéré de ses carcans, ouvert sur des lendemains radieux, auxquels aspirent tous les amoureux du progrès. »

Clément Gironde


Ils accoururent, par trains spéciaux et même par charters. Envahirent la terrasse du café du Vieux Pont. Se pâmèrent devant le podium érigé sur le terrain de sport. Roselyne glapit, l’accordéon grinça, la cornemuse émit des couinements. Ils adorèrent. On ne pouvait trouver plus « tendance ».

Il paraît, aux dernières nouvelles, que le ministre de la Culture se déplacera bientôt à Vierville. Il tient à remettre, en personne, à Félix Lassalle, les insignes de Chevalier des Arts et Lettres. Chacun ici s’accorde à dire que c’est une distinction bien méritée.

Au véritable french tacos

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Israël, de l’État et des états d’âme

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Manifestation anti-Netanyahou à Tel-Aviv, 23 mars 2024 © SOPA Images/SIPA

Les critiques de Delphine Horvilleur contre Israël mêlent – et emmêlent – position morale et opinion politique. Au-delà de la polémique qu’elles ont suscitée, elles réveillent une querelle plus profonde née de la tension entre deux définitions du judaïsme, théologique et politique, religieuse et nationale. Alors que la synthèse israélienne ne fonctionne plus, il est urgent de penser l’État juif


La tribune dans laquelle Delphine Horvilleur dénonce l’action du gouvernement Nétanyahou à Gaza a suscité au sein de la communauté juive une vive polémique qui mérite mieux que des explications superficielles. Les raisons de la colère sont de deux ordres. D’abord, on reproche à la rabbine d’apporter de l’eau au moulin de ceux qui souhaitent la destruction d’Israël. Cet argument est vrai, mais sans pertinence, car il interdit toute critique de l’État juif à qui que ce soit, même à ceux qui n’ont que de bonnes intentions envers lui. Le deuxième motif de querelle, c’est que ce texte réveille la tension structurelle entre deux définitions du judaïsme – théologique et généalogique. Pour les uns, c’est une religion d’individus et de communautés, pour les autres un peuple (est juif qui naît de mère juive), donc la matrice d’un État-nation, de sorte qu’on peut être juif sans observer le moindre commandement. La synthèse israélienne fait peu ou prou du judaïsme une religion d’État. On connaît la plus brève Constitution du monde : Israël est un État juif et démocratique. Pour cela, il faut d’abord qu’il soit un État.

Le reproche comme preuve d’amour

Commençons par les faits. C’est-à-dire en revenant sur les propos de Delphine Horvilleur en s’efforçant de ne pas les trahir. La rabbine adresse à l’État juif ce qu’elle considère comme la plus haute preuve d’affection : des reproches. C’est par amour, dit-elle, qu’elle interpelle Israël, l’invitant à ouvrir les yeux sur ses fautes. Des fautes qu’elle énumère clairement : l’éloignement des principes de la démocratie libérale, la légitimation de partis politiques à caractère raciste, l’indifférence à la souffrance palestinienne, le refus – risqué pour la vie des otages – d’arrêter la guerre et enfin le rejet de toute perspective d’État palestinien. Enfin, elle dénonce la faim imposée aux civils et la douleur des enfants de Gaza. À travers cette réprobation, elle se réclame de l’exigence éthique du judaïsme, dont elle rappelle qu’il ne peut rester sourd à la souffrance.

Ce réquisitoire n’est pas sans fondement. Nombre de ces sujets divisent aussi la société israélienne, en particulier les réformes institutionnelles menées par Benjamin Nétanyahou. Considérées comme une attaque en règle contre la Cour suprême, dernier contre-pouvoir dans l’équilibre constitutionnel israélien, ces réformes ont été contestées dès leur annonce en janvier 2023 et, selon les sondages, sont rejetées par la majorité des Israéliens.

Ensuite se pose la question des partis racistes et suprémacistes dirigés par les ministres Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich. Horvilleur n’a pas tort de dire que ces deux personnalités politiques marginales sont utilisées par Nétanyahou comme des alliés dans sa stratégie d’affaiblissement de la Cour. Sur ce point, la rabbine prend une position morale, fondée sur des valeurs qu’elle partage avec beaucoup d’Israéliens, peut-être même la majorité (rappelons qu’en novembre 2022, Nétanyahou n’a pas gagné le vote populaire), qui estiment que Nétanyahou n’est plus légitime et qu’il aurait dû démissionner pour laisser aux électeurs le soin d’attribuer les responsabilités dans la débâcle du 7-Octobre.

Une opinion politique plus qu’un impératif moral

Horvilleur traite ensuite les questions liées au conflit israélo-palestinien. Quand elle défend l’existence d’un État indépendant et un horizon politique pour les Palestiniens, elle exprime non pas une position morale, mais une opinion politique. Elle ne peut pas la justifier au nom d’une autorité éthique.

Elle aborde bien sûr la douloureuse question de la famine, ce qu’on appelle la « weaponisation » de l’aide alimentaire et humanitaire dans une logique militaire de siège. Cette question est à la fois politique et morale. Cependant, il faut aussi être rigoureux sur les faits. La famine générale annoncée n’a heureusement pas eu lieu, même si le niveau des réserves est tombé dramatiquement bas. Le Premier ministre israélien manie volontiers la menace, ne serait-ce que pour satisfaire les deux ministres déjà mentionnés, mais heureusement n’emploie le bâton qu’avec une grande retenue. C’est encore lui qui, pendant quatorze ans, a évité une guerre totale avec le Hamas, préférant faire financer l’organisation par le Qatar. C’est toujours lui qui vient d’autoriser l’entrée de l’aide à Gaza quand les stocks, reconstitués pendant le cessez-le-feu de janvier-mars dernier sont de nouveau arrivés à un niveau dangereux.

À lire aussi, Noémie Halioua : La guerre des juifs

Enfin, sur la question des otages, Horvilleur est victime d’un malentendu courant. Dans le passé, Israël a fait des choix variés, parfois contradictoires, face à des situations comparables : opérations commando pour délivrer les otages quand c’était possible, libérations de prisonniers palestiniens, négociations de cessez-le-feu, redéploiements de forces, voire versements de rançons quand aucune option militaire ne s’offrait. Mais Israël n’a jamais accepté d’arrêter une guerre contre des otages. L’objectif stratégique israélien à Gaza est simple : éviter un second 7-Octobre, éradiquer à long terme le Hamas, et empêcher toute tentative de reconstruction militaire de l’organisation. La même logique s’applique au Liban : Israël vise un cessez-le-feu non garanti par un tiers, mais imposé par sa propre force armée. Étrange, sans doute, mais toutes les autres méthodes ont échoué jusqu’à présent.

On peut légitimement s’étonner du fait que les buts de guerre n’aient toujours pas été atteints après dix-huit mois de combats, et se demander logiquement quand ils le seront. À ces excellentes questions on peut répondre que les marins de Christophe Colomb en posaient d’aussi bonnes. Mais on ne peut pas esquiver les interrogations sur l’existence d’objectifs stratégiques cachés, notamment celui d’une occupation permanente de la bande de Gaza et d’un déplacement massif de ses habitants. Soyons honnête : il est possible que ces objectifs existent. Certes, si on s’en tient à ses décisions, Nétanyahou ne compte ni s’approprier Gaza, ni la vider de sa population, mais certains de ses ministres ne cachent nullement avoir ce projet en tête. Or un jeu de dupes s’est installé à ce sujet au sein de la coalition gouvernementale, dont on ne saurait dire pour l’heure qui en sortira vainqueur.

Un pouvoir dirigé par un prince machiavélien

Israël est dirigé par un homme qui pourrait donner des cours particuliers à Machiavel, un homme mis en examen pour corruption. L’état mental de son épouse et de son fils cadet fait les choux gras de la presse. Ce princeps israélien n’aurait jamais dû être au pouvoir le 7 octobre 2023, et certainement pas y rester les six cents jours suivants. Pourtant, il y est, et tout à fait légalement.

Agissant avec un cynisme absolu, méfiant envers les militaires, les espions et les institutions, Nétanyahou n’obéit qu’au rapport de forces. C’est un Prince machiavélien dont l’unique boussole est la raison de l’État juif. Or, l’État est un objet que le judaïsme n’a jamais véritablement pensé. Rappelons que le christianisme, né de l’oppression romaine, a dû se transformer à partir du ive siècle, lorsqu’il est devenu religion d’État : de la main amputée du martyr à celle qui tient le glaive. Dix-sept siècles plus tard, le judaïsme se trouve à son tour face à son Constantin. Or il n’existe pas de philosophie politique juive. Il n’y a pas de « miroirs des princes » rédigés par des rabbins pour un roi ou un dauphin. Pas de saint Augustin pour distinguer la Cité de Dieu de la cité terrestre. Pas de Thomas d’Aquin pour articuler légitimité, bien commun et pouvoir spirituel. Pas même de Bossuet pour tirer une doctrine politique de l’Écriture. Aucun duc juif ne peut envoyer ses condottieri prendre une ville juive assiégée pendant Yom Kippour tombant un Shabbat.

De la communauté à l’État : un saut non résolu

Les Juifs ont rencontré l’État après 1948. Les sionistes, lecteurs de Locke, Hobbes, Jefferson, Machiavel, Marx et Lénine, avaient des repères clairs. Les rabbins et les exégètes des textes hébraïques n’ont eu que des miettes à commenter. Comment passer d’une communauté qui ne décide ni de la guerre ni de la paix, ni de la vie ni de la mort, à une entité politique capable de recruter des soldats et d’user de la violence ? Pendant des siècles, en l’absence d’une collectivité politique juive, la règle était simple : Dina de-malkhuta dina (« la loi de l’État est la loi »). En vertu de ce principe talmudique, les juifs doivent obéir aux lois du pays où ils résident, même si elles ne relèvent pas de la tradition religieuse juive. Ainsi, le respect de l’ordre étatique était la façon juive d’articuler autorité spirituelle et pouvoir temporel. Il faudrait relire Max Weber, pour qui l’acte politique n’est moral que si on accepte d’en porter la charge, y compris celle des conséquences non désirées mais prévisibles. Celui qui appelle à l’arrêt d’un conflit doit aussi considérer ce qui se produira après. Pour reprendre les mots du général de Gaulle, il s’agit de « vouloir les conséquences de ce qu’on veut ». Dans le cas de la guerre à Gaza, cela signifie par exemple ne pas se contenter de dire que la destruction du Hamas est un objectif légitime : il faut aussi se demander à quel prix, avec quels effets sur la population civile, avec quelles répercussions diplomatiques et régionales, et surtout avec quelle sortie politique crédible. Quant aux otages, la notion de pidyon shvuyim (« rachat des captifs »), souvent mentionnée dans le débat sur leur sort, est un parfait exemple de notre problématique. La Bible, évoquant des périodes où les Hébreux mènent une existence qu’on peut qualifier de politique sur leur terre, n’en parle pas. La question se pose au début de l’exil et logiquement la réponse n’est pas celle d’un royaume, mais celle de communautés vivant sous autorité étrangère, répondant à un impératif humanitaire et à la nécessité de solidarité collective. C’est dans les centres talmudiques de Babylonie et ensuite dans les communautés médiévales et jusqu’au xvie siècle que le Choul’han Aroukh codifie cette prescription, précisant qu’il s’agit de la « plus grande mitsva ». Un État juif peut-il agir de la même manière qu’une communauté juive de Worms ou de Meknès ?

Il n’y a pas de solution facile ou évidente à la tension entre l’impératif de ne pas céder à la terreur et celui de ne pas se laisser déshumaniser par elle. Critiquer l’État juif est légitime, mais pas suffisant. Si l’on veut être capable de conjuguer la fidélité au peuple juif et la fidélité à l’idée de justice, il faut aussi penser l’État juif.

Devoir d’incrédulité

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Vincent Hervouët © BO/SIPA

Spécialiste de politique étrangère depuis plus de quarante ans, Vincent Hervouët a couvert suffisamment de conflits pour ne pas prendre pour argent comptant la communication des belligérants et se méfier des analyses moralisantes. Une qualité rare au sein d’une profession si conformiste


Causeur. Vous êtes l’un des rares, non le seul éditorialiste à défendre l’État hébreu en rappelant obstinément que la guerre a été déclenchée le 7-Octobre. Le seul aussi à parler des otages. Le 22 mai, dans votre chronique d’Europe 1, vous avez pulvérisé Jean-Noël Barrot soulignant rageusement que notre gouvernement avait exactement la même conception du droit international et le même narratif de la guerre que le Hamas. Peut-être, mais ce n’est pas le gouvernement, dont la lecture prévaut désormais de Harvard au bistrot du coin, qui est isolé. Votre analyse serait-elle influencée par une forme d’élégance (ou de dandysme) ?

Vincent Hervouët. Je suis breton, j’ai la tête dure et cela m’a valu plusieurs séjours au placard. Sans en tirer gloire, car c’est toujours un échec. Mais vous faites erreur. Je ne suis pas seul. Sur Gaza comme sur le Donbass, la plupart de mes interlocuteurs sont à l’étranger. Ils ont été aux affaires ou ce sont des confrères que je connais depuis longtemps. Ils ont la distance, l’expérience. Ils savent et ils doutent. Mes papiers sont influencés par nos discussions. Et puis, j’ai des confrères ici dont je respecte le courage. Je ne méprise pas la presse française. Mais je la connais. Quand elle s’aveugle, elle s’obstine… et puis, elle oublie. J’ai souvenir d’une consœur débarquant à Pristina pour faire le tour des charniers imaginaires où 100 000 Kosovars avaient été enterrés comme elle le racontait depuis des semaines dans son journal… Elle écoutait l’OTAN. Elle suivait le Quai d’Orsay. Elle aimait Bernard Kouchner. Vingt ans après, la même trouvait qu’Hashim Thaçi était à sa place, aux côtés d’Emmanuel Macron et de Jean-Yves Le Drian, lors des cérémonies marquant le centenaire de 14-18, alors que le président de la Serbie, notre alliée dans la Grande Guerre, était relégué dans une tribune secondaire. Rien compris, rien appris… Depuis que le président kosovar croupit dans une cellule à La Haye, elle n’en parle plus. Mais elle a pris du galon. Elle cultive encore ses bonnes relations au Quai. Sa devise pourrait être : derrière le Barrot, toujours ! Elle ferraille désormais pour Volodymyr Zelensky et contre Benyamin Nétanyahou. Toujours en croisade. Vertueuse. Bien alignée. Si j’hésite à m’enrôler à ses côtés, ce n’est pas du dandysme, mais une prudence élémentaire.

La détestation d’Israël est depuis longtemps le fonds de commerce de l’islamo-gauche. Ce qui est nouveau, c’est que de nombreux Israéliens et amis d’Israël ici rivalisent dans la condamnation et l’indignation. Est-ce comparable à ce qui s’est passé après Sabra et Chatila ?

J’ai passé l’été 1982 au Liban. Je travaillais pour Le Quotidien de Paris. Beyrouth assiégée était la providence des reporters. Il n’y avait pas besoin de se baisser pour trouver une histoire ou des témoins. À l’est, j’ai échappé de très peu à la voiture piégée qui a explosé devant l’Hôtel Alexandre. À l’ouest, ma chambre d’hôtel a été dévastée par une roquette. Les principaux acteurs étaient à portée de main. Tous complotaient et certains racontaient n’importe quoi. C’était le pays des tapis volants. Israël était considéré comme la source de toutes les malveillances. Je me suis laissé intoxiquer sur l’hôpital de Bourj el-Brajné. L’armée israélienne prétendait avoir visé une pièce d’artillerie de l’OLP. En voyant les vieillards blessés dans leur lit, j’étais écœuré, évidemment. Je n’ai pas trouvé trace de la DCA palestinienne. J’en ai déduit qu’il n’y en avait jamais eu. J’avais tort.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Israël, le déchirement

Sur Sabra et Chatila, des responsables m’ont livré plusieurs versions, présentées comme irréfutables, mais impossibles à prouver. Quelle que soit la vérité, le massacre a mis Israël sur la sellette et il a constitué en effet un tournant.

Mais comme l’avait été l’attentat de la rue des Rosiers, un mois plus tôt ! À la veille de cette tuerie, la presse française s’impatientait et dénonçait le siège de Beyrouth qui s’éternisait depuis deux mois. Les navettes diplomatiques américaines de Philip Habib piétinaient. Les téléspectateurs ne supportaient plus ce spectacle de guerre. François Mitterrand promettait de « sauver Beyrouth ». Ronald Reagan surnommait M. Begin, « Bomber Fan ». Aux yeux de tous, Israël était un pays méchant. À l’époque, personne ne dénonçait les « islamo-gauchistes ». Il y avait une appellation officielle, « le camp des islamo-progressistes », le seul honorable pour la presse française. Les tueurs envoyés par Abou Nidal ont retourné l’opinion. Cela a duré le temps que sèche le sang sur le pavé. La Légion étrangère a protégé le repli de l’OLP, Arafat a sauvé sa peau. Béchir Gemayel a été élu, puis assassiné. Le ton général à Paris était à la suspicion : Israël n’a jamais été innocent.

Que l’accusation de génocide soit malfaisante et mensongère, c’est entendu. Cependant, la guerre n’est-elle pas aujourd’hui disproportionnée ?

Gaza est une sale guerre. Comme toutes celles livrées aux terroristes, elle recèle un piège. Finir par ressembler à l’ennemi, épouser son inhumanité. Le Hamas n’avait aucun autre objectif de guerre. Sa seule ambition est d’entraîner son ennemi aux enfers. Les représailles les plus féroces lui permettant de rassembler sa base autour de lui. La solitude d’Israël est la victoire posthume de Yahya Al-Sinwar. Israël a toujours su combien il était vulnérable, gardant le fusil à portée de main. Le 7-Octobre l’a pourtant sidéré comme le 11-Septembre avait stupéfait les États-Unis. Découvrir la haine absolue que l’on suscite et mesurer l’innocence dont on a fait preuve redoublent la douleur. Sur le coup, George Bush avait déclaré « la guerre au terrorisme », promettant l’éradication du mal. On a vu le résultat en Irak comme en Afghanistan… Benyamin Nétanyahou en a fait autant avec la fin du Hamas, en plus de la libération des otages. Cela implique la capitulation de l’ennemi. Là est l’illusion : la guerre asymétrique n’est pas un duel à la loyale, bien ritualisé. Quels que soient les précautions prises et l’honneur des militaires, c’est une mêlée haineuse, un bain de sang avec des fous qui emportent la bataille d’opinion, car ils sont les plus cyniques, poussant les civils en première ligne et devant les caméras. Pour gagner, il faudrait doser la répression implacable contre les terroristes et l’ouverture politique qui les couperait de leur base… C’est la théorie. Cela exige du temps, Benyamin Nétanyahou n’en avait pas. Chacun le sait. Mais cela ne veut pas dire qu’il aurait pu faire autrement. Personne n’a la solution, surtout pas ceux qui lui font la leçon et prétendent que « la violence appelle la violence », parce qu’ils ont oublié le 7-Octobre.

Tsahal n’est-elle pas coupable d’exactions et autres actes inhumains ?

L’armée israélienne n’a pas encore été accusée de pratiquer la torture comme l’avait été l’armée française pendant la bataille d’Alger. Elle n’a pas eu recours aux escadrons de la mort comme les services espagnols face à l’ETA, aux exécutions sommaires d’innocents comme l’armée britannique face à l’IRA, ni à la contre-terreur et aux massacres de représailles comme l’armée algérienne pendant la décennie noire, l’armée russe face aux indépendantistes tchétchènes, l’armée congolaise avec le M23. Elle seule est accusée de génocide. Cela suffit à m’interroger.

Comment faire l’amour dans un monde sans livres ?

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Mario Vargas Llosa (1936 - 2025) accueilli à l'Académie française le jeudi 9 février 2023. Il est le premier à y entrer sans jamais avoir écrit directement en français © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Notre chroniqueur est incorrigible. Donnez-lui le plus mince prétexte, quelques lignes tirées du dernier numéro de Causeur (courez l’acheter !), les ratiocinations d’un vieil écrivain sud-américain récemment décédé, additionnez-y quelque souvenir brûlant de sa jeunesse perdue, et aussitôt il se met en ordre de bataille, la lance ou la plume dardée…


Évoquant, dans le dernier numéro de Causeur, l’écrivain sud-américain Mario Vargas Llosa, qui vient de mourir, Georgia Ray écrit ces quelques lignes qui résument admirablement tout ce que l’on peut dire de l’écrivain péruvien — et par ailleurs Académicien français, tant Paris lui fut, toute sa vie, une fête :

« Avec lui, l’homme ne se contente pas d’une « relation sentimentale un peu terne avec une femme séduisante, sympathique, abstème, végétarienne et catholique convaincue » (Tours et détours de la vilaine fille). Il veut tenir la femme dans ses bras, l’embrasser, la mordre, lui faire l’amour dans « une chambre étroite aux murs roses piquetés d’images pornographiques et religieuses » et « la faire rougir comme une paysanne ». Il veut « respirer son odeur », « boire sa salive », « lécher son palais et ses gencives », « coller son oreille à son nombril pour écouter les rumeurs profondes de son corps », « sentir la secrète vie de ses veines et sa peau tiède battre sous ses lèvres », la faire jouir étendue sur le dos, « les cuisses ouvertes pour faire une place à sa tête », « savourer la fragrance qui sort de son ventre ». Bref, « l’aimer comme un homme et se foutre de tout le reste ». L’amoureux est un sentimental qui hésite entre se rendre intéressant avec deux-trois théories érotico-biologiques sur le désir instinctif (La Tante Julia et le scribouillard) et déclarer à la femme aimée : « Je te veux et te désire de toute mon âme, de tout mon corps » (Tours et détours…). Dans les deux cas, il est le strict opposé du tyran, de l’homme de pouvoir, de celui qui, comme le dictateur dominicain Rafael Trujillo (1891-1961), dont il brosse le portrait grandiose dans La Fête au bouc, a des « couilles glacées » quand il s’agit de faire tuer Untel, mais des « testicules en ébullition » à l’idée de pouvoir encore, malgré « l’urine qui glisse de sa vessie sans demander l’autorisation de sa prostate morte », enfoncer « sa petite pointe visqueuse et chaude » dans la bouche d’une « belle poupée défaillant de plaisir dans ses bras », et « faire crier comme autrefois une petite femelle » dans le lupanar de la Maison d’Acajou. »

La fin des bourreaux

Rassurons les féministes déjà outrées à la lecture d’une telle prose. Trujillo meurt mitraillé, sept balles le transpercent tandis qu’il parcourt son île dans sa Chevrolet Bel Air. Ainsi périssent les exploiteurs de la misère féminine.

Surnommé « Mario Viagra Llosa » dans ses dernières années, le romancier péruvien fut un grand amateur de femmes et de littérature — celles qui s’écrient, dans la moiteur du lit, celle qui s’écrit, celle qui se lit. Parce que c’est la même chose : on séduit et on consomme en récitant (ou en se récitant) les fragments de textes, les mots pêchés au hasard des bibliothèques. Entrer dans une bibliothèque comme on entre dans une femme, errer dans l’odeur d’une bibliothèque, voilà une aventure sensuelle que ne comprendront pas les ravagés du radada qui ont eu leurs premiers émois avec Traci Lords ou Tabatha Cash au lieu d’expérimenter la chaleur de leur paume en pensant à Emma Bovary. Ce n’est pas un hasard si Vargas Llosa consacra un essai bouillonnant (L’Orgie perpétuelle, 1975, le texte par lequel j’ai découvert Llosa) à Madame Bovary en particulier et à Flaubert en général, le plus grand érotomane de la littérature française.

À lire aussi, Georgia Ray : De sexe et d’âme

Faire l’amour à travers les mots… Combien de fois ai-je susurré à quelque créature encore alanguie d’une étreinte sublime (forcément sublime, dirait Marguerite Duras) ces mots qui me venaient spontanément aux lèvres — et que j’avais pêchés dans L’Histoire de Juliette : « Je viens de te procurer les deux plus grands plaisirs dont une femme puisse jouir ; il faut que tu me dises franchement duquel des deux tu as été le mieux délectée… » — interrogations très ordinaires auxquelles seules les plus cultivées répondaient, en souriant avec une espièglerie complice : « Ô mon ami! j’avoue, puisqu’il faut que je réponde avec vérité, que le membre qui s’est introduit dans mon derrière m’a causé des sensations infiniment plus vives et plus délicates que celui qui a parcouru mon devant. » Et à ces mots nous éclations de rire.

Les autres, je m’en débarrassais. Comment rester avec quelqu’un qui ne partage pas vos mots ?

Contre la pauvreté pornographique

Bien sûr, ce n’est pas dans les pauvretés pornographiques auxquelles s’abonnent nos bambins (40% en ont fait l’expérience avant le début du collège) que vous trouverez des joliesses de cet acabit. Et les enseignants qui, sous prétexte que la littérature classique use de mots démodés, préfèrent étudier Annie Ernaux qui « venge sa race » en s’offrant de jeunes étalons impécunieux ne savent pas ce qu’ils font perdre à leurs élèves.

Imaginez le cours que l’on peut produire en faisant réfléchir des adolescents sur les quatre lignes suivantes :

« — J’ai tort, j’ai tort, disait-elle. Je suis folle de vous entendre.

— Pourquoi ?… Emma ! Emma !

— Oh ! Rodolphe !… fit lentement la jeune femme en se penchant sur son épaule.

Le drap de sa robe s’accrochait au velours de l’habit. Elle renversa son cou blanc, qui se gonflait d’un soupir ; et, défaillante, tout en pleurs, avec un long frémissement et se cachant la figure, elle s’abandonna. »

Suit une ligne de blanc, blanc comme la peau d’Emma où, en cet instant même, s’aventure Rodolphe…

C’est ainsi que Vargas Llosa est entré en littérature — comme on entre dans les ordres, mais c’est beaucoup plus tumultueux.

Alors, lisez, lisez et faites lire, et écrivez, osez écrire, relisez-vous, corrigez-vous (dans tout auteur il y a un sadique et un masochiste alternativement), lisez à demi-voix, comme au confessionnal, comme dans la semi-obscurité d’une chambre lourde de désirs et de parfums baudelairiens. Lisez et écrivez — il n’y a rien de mieux à faire, en attendant d’arriver à la fin — au mot Fin qui clôt enfin la page et votre aventure terrestre.

La société pornographique

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L'orgie perpétuelle: Flaubert et «Madame Bovary»

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Meloni, Weidel: femmes vraiment libérées, elles…

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© Francesco Fotia/AGF/SIPA IMAGO/Andreas Gora/SIPA

La chef du gouvernement italien est une femme déconstruite. Quant à la chef de l’extrême droite allemande, elle vit en couple lesbien avec une Sri Lankaise ! Ni wokistes, ni soumises.


Leur vie privée, leurs choix personnels assumés au grand jour, fièrement revendiqués, en rupture cinglante avec les préjugés dont on se plaît à accabler les conservateurs – les femmes surtout, évidemment, notamment quand elles s’investissent dans la dynamique conservatrice, droitière. Pour la gauche, au sens le plus large — du centre bien mou à l’extrême bien ranci —, on les imagine de préférence monoandres, arrivées vierges au mariage (chrétien, bien sûr), devenant à vie la créature d’un seul mâle qu’elles serviraient avec dévotion, trouvant le sommet de leur accomplissement personnel dans de très pieuses œuvres et de très prudes organisations humanitaires.

Meloni, une femme déconstruite

Or, Giorgia Meloni, l’Italienne, et Alice Weidel, l’Allemande, conduisent leur existence comme nombre de femmes confites en progressisme aimerait fort mener la leur, mais s’en abstiennent faute du courage suffisant. Le courage de braver les conventions, de faire fi des on-dit et des insultes, de dominer jusqu’à ce que leur propre famille politique aurait historiquement tendance à tenir pour intangible, inscrit dans le marbre de la règle morale.

Ces deux femmes, têtes politiques de premier plan, ne sont pas seulement des femmes libérées dans leur discours ou la revendication verbeuse de tribunes, elles le sont dans leur vie. Dans leur quotidien. Tranquillement, avec la force sereine dont seuls les vrais caractères sont investis.

Giorgia Meloni apprend sa grossesse le jour de son anniversaire, à trente-neuf ans. Elle vit en couple mais n’est pas mariée. Elle est donc mère célibataire. Fille mère comme on disait voilà peu encore dans les profondeurs de l’Italie très chrétienne. On sait par ailleurs qu’elle eut par le passé des relations avec d’autres hommes, plusieurs, épisodes dont elle ne fit jamais grand mystère.

Lorsque son enfant est venu au monde, elle publia une brève annonce : « Ma fille est née. Ginevra ». Aussitôt, la gauchouillerie aux aguets, dépitée de ne pouvoir l’attaquer sur le fait qu’elle ne fût pas passée devant le maire et le curé, s’empressa de lancer urbi et orbi : « Giorgia Meloni joue la patriote par devant, puis elle va accoucher en Suisse. » Dans leur hâte de nuire, ces fins esprits n’avaient pas compris que Ginevra n’était en aucune façon la bonne ville de Genève, mais tout simplement le prénom de la petite fille.

Alice Weidel, en couple gay interracial

Alice Weidel, elle, leader de l’Afd, l’Alternative pour l’Allemagne, se situe tout autant en rupture avec le rigorisme de mœurs supposé consubstantiel de la droite de la droite germanique. Lesbienne revendiquée, elle est mariée à une Suissesse d’origine Sri Lankaise. Elles ont deux enfants, portés par l’épouse et élevés avec elle en Suisse.

Là aussi, la gauchouillerie n’a pas craint de se donner en ridicule. Parce qu’elle est très farouchement opposée à la théorie du genre, au changement de sexe, elle est régulièrement accusée,  non seulement de transphobie, mais – un comble – d’homophobie. Une homophobie à laquelle les mêmes missionnaires du politiquement correct s’empressent d’associer l’islamophobie, puisque cette responsable politique se déclare adversaire résolue de l’immigration en open bar et de l’islamisation de son pays en quoi, elle voit, à juste titre, la menace homophobe, bien réelle celle-là, pour ce qu’elle est elle-même et tant d’autres personnes outre Rhin, de tous les sexes si je puis ainsi m’exprimer. Ces convictions très affirmées, elle les partage avec sa collègue italienne. De même que la condamnation sans failles de l’obscurantisme woke.

Fortes personnalités

Elles me font penser, ces deux fortes personnalités, à ce qu’étaient chez nous autrefois une George Sand ou mieux encore une Colette qui, quant à elle, affichait haut et clair son aversion pour les bas-bleus suffragettes de l’époque. Ces deux aînées, en effet, n’avaient nullement besoin de se draper dans le militantisme féministe, elles étaient le féminisme.

Tout comme aujourd’hui le sont Giorgia Meloni et Alice Weidel. À aucun moment elles ne se sont dit : « Puisque j’ai des ambitions politiques, qui plus est à droite, faisons comme tant d’autres. Sauvons les apparences et menons la vie qu’on attend de nous. » Jamais ! Elles ont eu l’audace de s’imposer telles qu’elles sont, en rupture avec les conventions, les bons usages, la sacro-sainte règle commune. Et l’audace a payé. Or, c’est évidemment dans ce courage-là, porté dès leurs premiers pas dans la vie publique, qu’elles puisent celui de conduire l’une et l’autre crânement, avec une détermination plutôt rare, leurs combats politiques d’aujourd’hui. Enfin, si on veut bien me permettre une petite note personnelle, j’avouerai que le pied de nez, voire le bras d’honneur, que ces deux femmes de la droite de la droite adressent aux braillardes du néoféminisme progressiste (et non féministe…) me comble de jubilation. Avec elles, désormais, la femme libérée, c’est à droite, dans le camp du conservatisme intelligent, éclairé, qu’il convient de la chercher. J’adore.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Iran: frappes massives d’Israël contre le régime

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Téhéran, 13 juin 2025 © Vahid Salemi/AP/SIPA

Israël a finalement lancé cette nuit un plan mûri depuis trente ans. Les premiers bombardements israéliens sur des sites militaires et nucléaires à Téhéran et à Natanz ont été « couronnés de succès » a déclaré le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou ce matin. « Nous avons frappé le haut commandement, nous avons frappé des scientifiques de haut niveau qui encouragent le développement de bombes atomiques, nous avons frappé des installations nucléaires », a-t-il ajouté. Le grand mystère : la réaction de la rue iranienne.


Dans la nuit du 12 au 13 juin, vers 2h15 du matin, Israël a lancé une série de frappes d’envergure contre des cibles militaires et nucléaires iraniennes, marquant un tournant stratégique majeur au Moyen-Orient. L’opération, selon les sources officielles et des confirmations croisées, visait à désorganiser le programme nucléaire militaire de la République islamique et à décapiter son commandement sécuritaire. Le site d’enrichissement d’uranium de Natanz, plusieurs complexes liés aux missiles balistiques et le quartier général des Gardiens de la révolution à Téhéran figurent parmi les cibles principales.

Impasse diplomatique

Au cœur de cette attaque : l’intention d’Israël de bloquer l’Iran à la veille de son accès à la bombe nucléaire. Selon les autorités israéliennes, Téhéran disposerait désormais de stocks d’uranium enrichi suffisants pour produire jusqu’à quinze têtes nucléaires en l’espace de quelques jours. Cette estimation, combinée à l’impasse diplomatique entre l’Iran et les puissances occidentales, a semble-t-il convaincu Jérusalem qu’il n’était plus possible d’attendre.

A ne pas manquer: Causeur: A-t-on le droit de défendre Israël?

Les pertes du côté iranien sont considérables. Le général Hossein Salami, chef des Gardiens de la révolution, et le général Mohammad Bagheri, chef d’état-major des forces armées, auraient été tués lors des frappes, tout comme deux scientifiques nucléaires de haut niveau, Faridoon Abbasi et Mohammad Tehranchi. Une trentaine d’autres officiers auraient également été tués. Ce ciblage du cœur du dispositif sécuritaire iranien suggère une infiltration préalable des services israéliens, probablement appuyée par un travail de renseignement de longue haleine.

Une attaque attendue depuis des mois

La stratégie israélienne repose ici moins sur l’effet de surprise chronologique – l’attaque était largement anticipée par les observateurs – que sur le choix des cibles. La communication israélienne des jours précédents, marquée par des fuites et des déclarations énigmatiques, aurait pu avoir pour but de pousser les principaux responsables iraniens à se regrouper dans leurs centres de commandement, où ils ont été visés. Cette méthode rappelle les précédentes opérations ciblées israéliennes, y compris l’élimination du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, en septembre dernier.

Cette attaque intervient dans un contexte de tensions croissantes. Quelques heures avant les frappes, les États-Unis ont annoncé l’évacuation partielle de plusieurs de leurs ambassades dans la région, dont celle de Bagdad, ainsi qu’une alerte maximale sur les déplacements vers l’Irak. Bien qu’elle ne soit pas directement impliquée dans l’attaque, Washington semble en avoir validé le principe et se tient prêt à soutenir Israël en cas de représailles.

En réponse, Téhéran a déjà annoncé des mesures de rétorsion. L’Iran prévoit l’ouverture d’un nouveau centre d’enrichissement d’uranium dans une zone sécurisée et entend moderniser le site de Fordow avec des centrifugeuses de dernière génération, capables d’enrichir l’uranium à des taux supérieurs à 60%, seuil sans équivalent dans un usage civil. Ces annonces ont été accompagnées, dans les jours précédents, de discours menaçants du commandement des Gardiens de la révolution, réaffirmant la volonté de l’Iran de se préparer à une confrontation directe.

L’objectif israélien va toutefois au-delà du simple sabotage technique. Si la destruction d’infrastructures nucléaires permet de gagner du temps, elle ne supprime pas l’expertise ni la volonté politique. À plus long terme, Tel-Aviv semble viser l’affaiblissement durable du régime iranien, voire, selon certains analystes, une transformation politique interne. Le nom de l’opération, Am Kalavi (« Un peuple se lève comme un lion »), reflète une double symbolique : un hommage évident à l’opération militaire lancée par Israël, d’abord, et un clin d’œil au lion, effacé du drapeau iranien depuis 46 ans, ensuite. La question cruciale ce matin est donc de savoir si les Iraniens vont se sentir visés et humiliés ou si, au contraire, ils verront dans cette opération une attaque contre un régime honni et une occasion à passer à l’acte…

Négociations internationales

Les réactions internationales restent prudentes. La plupart des capitales condamnent officiellement l’usage de la force, tout en exprimant officieusement leur inquiétude face à la progression du programme nucléaire iranien. À Washington, l’opération israélienne pourrait être perçue comme un levier diplomatique : si elle affaiblit réellement la position iranienne, elle pourrait être utilisée comme atout dans d’éventuelles négociations à venir. La situation actuelle ne correspond pas encore à une guerre totale et irréversible. Un accord entre Washington et Téhéran demeure envisageable. La voie de la négociation n’est pas entièrement écartée, malgré la nouvelle pression. Le bâton n’élimine pas encore toutes les carottes.

Quoi qu’il en soit, une nouvelle phase s’ouvre. En frappant au cœur du dispositif nucléaire et sécuritaire iranien, Israël a choisi d’assumer une confrontation directe dont l’issue reste incertaine. L’État hébreu engage ses forces non pour retarder, mais pour potentiellement remodeler l’équilibre stratégique régional.

Podcast: Émeutes à Los Angeles et en Irlande du Nord. Iran/États-Unis, l’échec?

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Manifestation contre les opérations des agents de ICE (Immigration and Customs Enforcement) devant la mairie de Los Angeles, Etats-Unis, le 12 juin 2025. Ted Soqui/Sipa USA/SIPA

Avec Harold Hyman et Jeremy Stubbs.


En Californie, les opérations des agents de « ICE » (Immigration and Customs Enforcement), l’agence de police douanière et de contrôle des frontières des États-Unis, destinées à arrêter et à expulser les immigrés clandestins, suscitent une opposition parfois violente. La police locale fait son travail, mais Donald Trump a envoyé la Garde Nationale et même des US Marines pour l’aider à maintenir l’ordre et à protéger la propriété fédérale. Ces mesures présidentielles sont-elles nécessaires pour contrer une violence débordante ou servent-elles surtout à renforcer l’autorité fédérale et à saper celle du gouverneur de la Californie, le démocrate, Gavin Newsom?

Israël vient de lancer des frappes contre des sites militaires et nucléaires en Iran. Mais auparavant (cet épisode à a été enregistré jeudi après-midi), les négociations entre les États-Unis et l’Iran sur le nucléaire semblaient au point mort. Trump a-t-il de nouveau perdu patience avec le régime des mollahs?

L’été dernier, l’Irlande du Nord, en même temps qu’un certain nombre de villes en Angleterre, a connu des émeutes violentes provoquées par des tensions entre autochtones et immigrés. Cette semaine, dans deux villes à majorité protestante, de nouvelles scènes de violence ont éclaté après une manifestation pacifique provoquée par l’agression sexuelle présumée d’une jeune fille par deux garçons roms de 14 ans. Certes, l’Irlande du Nord n’est pas étrangère à violence, mais des émeutes similaires ont éclaté à Dublin, dans la République irlandaise, en novembre 2023. Pourquoi les Irlandais protestent-ils aussi violemment contre l’immigration?

Grand expert en relations internationales, Harold Hyman analyse ces actualités en expliquant les contextes historiques, politiques et diplomatiques en question.