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Restaurants et autres mesures restrictives: le gouvernement de la peur

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Alors que le gouvernement français avait donné le sentiment cet été d’avoir définitivement renoncé au confinement pour lutter contre la pandémie de Covid-19, après les résultats mitigés de cette mesure, notamment en termes d’effets néfastes sur la santé physique, mentale et économique, voilà que l’État renoue avec les mesures restrictives collectives et évoque la possibilité de reconfiner. Que nous révèlent ces décisions dont la versatilité a profondément entamé la confiance en nos dirigeants?


Le mystère du choix des restaurants

Si certains indicateurs (taux d’incidence, taux de positivité, taux d’occupation des lits de réanimation par les patients Covid-19) augmentent, ce qu’ils prédisent est beaucoup plus discutable. Dans un monde où l’on révère les modèles mathématiques prédictifs comme les animistes vénèrent les dieux du soleil ou de la pluie, la tentation est grande de questionner les données, via des modèles plus ou moins éloignés de la réalité dans leur simplicité ou leur complexité, pour connaitre l’avenir. Rappelons pour ceux qui auraient envie de prolonger les courbes, que nous ne sommes pas dans les mêmes conditions qu’en mars : taux d’humidité et température différentes modifiant la résistance du virus à l’extérieur, extension des tests PCR aux cas pas ou peu symptomatiques faisant augmenter le taux de positivité sans faire augmenter la létalité, et meilleure prise en charge des patients limitant les entrées en réanimation. Mais admettons que l’on ait à craindre une saturation des services de réanimation dans les semaines à venir.  Que faire pour ralentir la propagation ?

On trouve dans la littérature scientifique que le contact rapproché avec un malade de la Covid-19 et la fréquentation d’espaces confinés fréquentés sont des facteurs de risque d’être malade. Alors pourquoi le gouvernement a-t-il opté pour la fermeture uniquement des restaurants ? L’étude qui les a spécifiquement pointés est celle menée par le Center for disease control (CDC) américain publiée début septembre. Cette étude nous apprend que ceux qui ont fréquenté les restaurants dans les quatorze jours avant d’être diagnostiqués Covid-19 avaient une fois et demi plus de chance d’être malades. Dans le détail, la différence était significative uniquement pour les cas où les patients rapportaient qu’il n’y avait pas ou quasiment pas de respect des mesures barrières dans les restaurants qu’ils avaient fréquentés ; c’est-à-dire que d’après cette étude, il n’y a pas plus de risque d’être atteint de la Covid-19 si l’on fréquente un restaurant dans lequel les mesures barrières sont respectées par la majorité des personnes présentes. Comme soulignés par les auteurs de cette étude, les résultats sont à prendre avec précaution car elle repose sur des données hautement subjectives (interrogatoire) et qu’aucune question n’a été posée pour déterminer si le repas avait été pris à l’intérieur ou à l’extérieur du restaurant.

Agir ou ne pas agir

En sciences comportementales, face aux situations stressantes, on décrit caricaturalement deux comportements : un comportement « actif » (combattre) et un comportement « d’évitement » (fuir ou se figer). Certains chercheurs de ce domaine ont vu dans l’auto-isolement et les symptômes dépressifs notés chez certains individus face à la pandémie des comportements d’inaction relevant d’un évitement du danger, tandis que les comportements d’achats de première nécessité comme le stockage de papier toilette observés chez d’autres auraient traduit le besoin de produire une action face à une situation où l’on se sent impuissant[tooltips content= »Bacon et Corr, British Journal of Psychological Health, 2020. »](1)[/tooltips]. Agir pour ne pas subir. Les décisions promptes de l’Etat s’apparentent à cette frénésie de l’action, comme l’annonce de la fermeture des restaurants et bars dans la métropole Aix-Marseille-Provence et en Guadeloupe au lendemain du passage au « rouge écarlate » (alerte maximale) des indicateurs dans ces régions. Pourtant, les stratégies d’action/inaction ne s’opposent pas dans la vie, mais se complètent : face au stress, pour produire une réponse adaptée, la première réponse est généralement un état d’inaction, de ralentissement du fonctionnement du corps visant à concentrer les ressources sur l’analyse de la situation, suivie par une réponse active qui vise à mettre en place la stratégie choisie. L’Etat serait-il incapable de ce temps de l’inaction nécessaire à la mise en place d’une action réfléchie, dans un monde qui appelle des adaptations comportementales incessantes au gré du flux incessant de données ?

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Plus que les choix stratégiques (confinement versus immunité collective), c’est le manque de clarté de l’objectif poursuivi par le gouvernement, illisible au regard des décisions parfois antagonistes prises depuis le début de la pandémie, qui est critiquable. Cherche-t-il réellement à assurer des places suffisantes en réanimation en choisissant de fermer des établissements de restauration plutôt que d’autres, ou cherche-t-il simplement à éviter à tout prix l’inaction que notre époque exècre ? Que lire dans les mots prononcés par le premier ministre Jean Castex devant l’Assemblée nationale, sinon une forme d’aveu : « Aujourd’hui, ceux qui me reprochent de prendre des mesures trop fortes pourraient être, demain, ceux qui me reprocheront de ne pas en avoir fait assez »[tooltips content= »Jean Castex, questions au gouvernement, mercredi 29 septembre 2020. »](2)[/tooltips].

 La dystopie axénique

Derrière la stratégie du confinement qui consiste à se murer pour fuir un microbe, se dessine une idéologie presque aussi vieille que la découverte de la vie microscopique : celle d’un monde sans microbes ou axénique. Les microbes sont sur terre depuis 3,5 milliards d’années et Homo sapiens depuis une centaine de milliers d’années. Nous sommes un agrégat de bactéries (aussi nombreuses que le nombre total de nos propres cellules), de virus et autres microbes. Dans les années 70, des chercheurs ont commencé à s’intéresser à ce que pourrait être une vie sans microbes en faisant naître des animaux dans des environnements stériles : l’utopie d’une vie axénique était née. Mais on découvrit qu’un monde sans microbes ou avec une réduction de la variété microbienne conduisait à être exposé à des maladies redoutables (maladies auto-immunes) et impactait le développement cérébral, de notre intelligence à notre santé mentale (schizophrénie, autisme)[tooltips content= »Cenit et al., World Journal of Gastroenterology, 2017. »](3)[/tooltips]. S’il est admis aujourd’hui que de nombreuses bactéries sont indispensables à notre vie, pour les virus, l’image est moins glorieuse. La découverte d’un monde viral (virome ou virobiote) au sein même du cerveau que l’on croyait être un temple aseptisé (il y a vingt ans une étude découvrait la présence du matériel génétique de coronavirus dans 20 à 40% des cerveaux autopsiés[tooltips content= »Arbour et al., Journal of Virology, 2000. »](4)[/tooltips]), a amené certains chercheurs à émettre l’hypothèse que l’entrée silencieuse de ces virus au sein de cet organe pourrait être responsable à long terme des maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson. Mais si ces virus avaient un rôle bénéfique ? Après tout, 40 à 80% de notre information génétique pourrait provenir des virus[tooltips content= »Parrish et Tomonaga, Current Opinion in Microbiology, 2016″](5)[/tooltips] et le fonctionnement même de notre cerveau pourrait avoir été hérité d’un virus[tooltips content= »Parrish et Tomonaga, Cell, 2018″](6)[/tooltips].

La question pour nos dirigeants n’est pas mathématique (les modèles destinés à comparer les scenarii possibles d’évolution de la Covid-19 devraient rester l’apanage des épidémiologistes) ou médicale (le choix des traitements contre le SARS-CoV-2 devrait rester la prérogative des médecins) mais philosophique, peut-être même écologique: face aux menaces microbiennes dont la pandémie actuelle n’est ni la première ni la dernière manifestation, la réponse consistera-t-elle systématiquement à se terrer en attendant les outils médicaux pour les éradiquer, ou à les affronter, tout en protégeant les plus fragiles mais en assumant aussi les pertes, avec nos armes immunitaires ancestrales modelées par d’innombrables interactions passées et présentes avec les microbes ?

Herblay: doit-on parler d’ensauvagement?

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Mercredi soir à Herblay, une opération banale de surveillance effectuée par deux policiers s’est terminée en un drame terrible. L’enquête est en cours, alors que la société française est à cran.


Le drame d’Herblay, où deux policiers ont été attaqués avec une rare sauvagerie par trois truands, a soulevé une juste indignation. Il appelle aussi quelques réflexions.

Les premières, et peut-être au fond les plus importantes, concernent l’indécence de ceux qui disent : oui c’est terrible, mais c’est « un risque inhérent à leur fonction », pour citer un certain avocat. Factuellement, c’est évidemment exact. Un policier sait qu’il prend des risques pour accomplir sa mission, son devoir, et protéger ses concitoyens, c’est-à-dire nous tous. Mais c’est justement parce qu’il le sait et l’accepte que son engagement nous oblige tous. Les policiers, comme les gendarmes et les militaires qui prennent des risques du même ordre, ne sont pas des mercenaires. Leur dévouement n’est pas acheté : vu le montant de leurs rémunérations, s’ils ne s’engageaient que pour l’argent ils ne s’engageraient pas du tout. Et l’ingratitude est un symptôme d’une société où le sens du bien commun se perd.

Le temps de la colère

De plus, cette phrase « c’est un risque inhérent à la fonction » ne sous-entend pas seulement « ils sont payés pour ça » : c’est aussi un symptôme de banalisation. Comme si de telles agressions, au fond, étaient normales. Comme si une société où se produisent de telles agressions était une société normale. Considérons-nous vraiment que nous en sommes arrivés là, et qu’il n’y a rien à faire ? Allons-nous l’accepter ? Le temps de la colère n’est-il pas venu ?

La gravité des faits impose très certainement la discrétion aux enquêteurs chargés de l’affaire d’Herblay : dans de telles circonstances, la priorité ne peut pas être de satisfaire notre curiosité, si légitime que soit cette curiosité. Prenons donc avec prudence les informations rendues publiques jusqu’ici, nécessairement partielles.

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Voici néanmoins ce que l’on sait à ce stade. D’abord le contexte. Une zone industrielle, qui abrite pour le moment les trafics de groupes de délinquants issus de la communauté des gens du voyage. Des tensions entre bandes rivales, il est question de tentatives d’enlèvement entre voyous. Et une mission de surveillance discrète par deux policiers.

Alors qu’ils sont en planque dans la zone industrielle, les policiers sont abordés par un trio « black, métis, beur » qui les prend d’abord pour des gens du voyage. Revoici le contexte : une « guerre des gangs » pour le contrôle d’un territoire servant à toutes sortes de trafics. Il semble alors que les policiers fassent état de leur qualité : décision difficile, puisqu’elle implique de révéler aux malfrats que des surveillances sont en place, mais décision sans doute nécessaire pour faire baisser la tension compte-tenu des circonstances. Car, on s’en doute, les malfaiteurs préfèrent généralement avoir affaire aux forces de l’ordre qu’à des rivaux : les méthodes ne sont pas les mêmes.

Déchaînement de violence

Hélas. À Herblay les choses sont différentes, et dégénèrent. Au lieu de calmer le jeu, c’est un déchaînement de violence. À l’heure où j’écris, l’un des deux policiers est toujours entre la vie et la mort.

Faut-il lier cette agression à l’ensauvagement que l’on constate depuis des années, et que l’ampleur des faits et leurs échos sur les réseaux sociaux empêchent désormais médias et autorités politiques de nier ? La réponse n’est pas évidente. Une équipe des forces de l’ordre prise dans une « guerre des gangs », ce n’est pas la même chose que l’agression par une population hostile d’une patrouille qui pénètre sur un « territoire perdu » – et c’est l’occasion de le redire : la partition du territoire national, aujourd’hui, n’est plus une hypothèse, c’est une réalité. Il y a des endroits où l’objectif n’est plus d’éviter que la France se morcèle, mais de permettre à la France de reconquérir ce qui lui a été arraché et ne se soumet plus, désormais, qu’à l’autorité des bandes, des tribus ou des fanatiques religieux.

Mais est-ce le cas dans cette zone industrielle d’Herblay ? Probablement pas : là, ce ne sont pas les habitants d’un quartier qui s’en sont pris à des policiers pénétrant sur ce que les « jeunes » considèrent comme leur territoire. C’est une bande qui n’est justement pas « chez elle », et qui veut conquérir un territoire pour l’instant contrôlé par d’autres.

La violence légitime des forces de l’ordre a disparu

Pour autant, peut-on faire abstraction du contexte général ? Non. Nous le savons tous : la violence contre les forces de l’ordre ne cesse de se banaliser, aussi bien dans les faits que dans les discours – je pense évidemment à certains discours politiques bien connus d’extrême-gauche, voire de gauche. Le monopole de la violence légitime, que détient l’Etat, ne cesse d’être remis en cause – et le gouvernement a une part de responsabilité, notamment du fait de certaines décisions politiques manifestement contraires à la volonté du peuple. Mais ce n’est pas le peuple, ce « peuple des gens ordinaires » pour citer Christophe Guilluy, qui a attaqué des policiers à Herblay. C’est la délinquance des « banlieues », qui ne cesse de s’étendre, nourrie des codes et des comportements d’une culture tribale qu’il est de bon ton, chez certains, de valoriser. Inviter à l’Élysée des gens qui y hurlent qu’ils vont « brûler cette maison », ce n’est pas innocent. Dire que la famille Traoré est une « chance pour la France » et laisser Assa Traoré plastronner, ce n’est pas innocent. Refuser obstinément de dissoudre la LDNA et le PIR, ce n’est pas innocent.

Si l’extrême brutalité des trois truands a été si rapide, s’ils y ont si spontanément eu recours, c’est presque certainement parce qu’ils sont nourris par un profond sentiment d’impunité, dont ils ont fait l’expérience depuis des années dans leurs « quartiers ». Ils ont l’habitude de la passivité de l’État et de la complaisance de l’institution judiciaire face à leurs activités de prédation, face à l’ensauvagement. À ce titre, il est absolument fondamental que ceux qui s’en sont pris aux deux policiers à Herblay soient identifiés, arrêtés et punis avec une extrême sévérité : il est grand temps de faire un exemple.

Qui aura le courage politique de réarmer la République ?

Voilà où nous en sommes. Les lois, les méthodes et les habitudes qui permettent de préserver la paix dans une société paisible ne sont plus adaptées à notre situation. Nos forces de sécurité, et j’y inclus les armées, peuvent encore reconquérir les territoires perdus. L’affrontement sera brutal, mais nous le gagnerons. Encore faut-il leur en donner l’ordre, et encore faut-il que le législateur et l’autorité judiciaire ne les trahissent pas – il est trop tôt pour en évaluer précisément les conséquences, mais une récente décision de la CJUE est représentative d’une dérive idéologique qui est la principale coupable de l’ensauvagement : les droits des délinquants sont sacrés, la priorité est de désarmer l’Etat toujours suspect de volontés fascistes, et tant pis pour les victimes.

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Mais en l’absence de courage politique, en l’absence d’une volonté politique qui ira plus loin que les discours et l’affichage de statistiques pour s’attaquer enfin aux problèmes de fond, la situation continuera à dégénérer. Et viendra le jour où policiers, gendarmes et soldats en auront assez de risquer leur vie pour des gens qui ne les soutiennent pas, des gens qui exigent qu’on les protège quand ils vont dans la rue, mais qui sont les premiers à hurler aux « brutalités policières » et au « retour des heures les plus sombres » dès que, bien à l’abri derrière leurs écrans, ils voient une vidéo tronquée d’une interpellation musclée. Et ce jour-là, que se passera-t-il ?

Pour l’instant, ceux qui nous protègent tiennent bon.

Face à l’ensauvagement, face à ceux qui ne voient la France et son peuple que comme des proies, qui les haïssent, ils sont notre seul rempart. Un rempart humain, fait de courage et de dévouement malgré tout. Sachons les soutenir, sachons exiger que les politiques les soutiennent et leur donnent les moyens de remplir leurs missions, sachons exiger que l’institution judiciaire les soutienne au lieu de saboter leurs efforts voire de les poignarder dans le dos, si nous voulons qu’ils continuent à tenir.

Osons l'autorité

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Pourquoi “les vélos” seraient-ils dispensés du masque?


 Pendant la crise du coronavirus, les sympathiques cyclistes d’autrefois sont devenus les maléfiques “vélos”. Dans nos grandes villes, ces derniers bénéficient d’un statut d’exception étrange les dispensant du port du masque, tout comme les joggers. Une chronique de la philosophe Françoise Bonardel.


Un malheur, c’est bien connu, n’arrive jamais seul. Les citadins avaient déjà dû se rendre à l’évidence : l’innocente bicyclette, la bonne vieille bécane qui fit les beaux jours de leur enfance et de leurs vacances est désormais supplantée en milieu urbain par cet engin maléfique qu’est devenu le « vélo » lorsqu’il est conduit par des bobos-écolos, responsables de la planète mais pas de la sécurité des piétons. Aussi les bipèdes irréductibles pour qui la marche n’est pas qu’un slogan politique, doivent-ils redoubler de vigilance s’ils ne veulent pas terminer la journée aux urgences. Fini, le plaisir de flâner paisiblement dans Paris ! On dit d’ailleurs maintenant « les vélos » plus fréquemment que « les cyclistes », comme si leurs conducteurs s’identifiaient pleinement à ce moyen de locomotion certifié « bio ». 

Les privilégiés de l’idéologie du sport

Les pouvoirs publics ont d’ailleurs de dispensé « les usagers des modes de circulation douce » – si douce que ça, vraiment ? – de porter le masque dans la mesure où, précise la Préfecture de police de Paris, « étant de passage, ils ne font pas courir de risque de contact dans les voies dans lesquelles ils circulent. » La Préfecture ignorerait-elle que les militants de la cause cycliste circulent à peu près n’importe où ?

Quant aux joggers, personne ne semble plus se souvenir qu’ils furent, durant le confinement, jugés si dangereux pour les piétons que des créneaux horaires leur avaient été imposés!

Déjà forts du droit qu’ils s’octroient, les heureux gagnants de la loterie sanitaire vont donc pouvoir rouler à  visage découvert, tandis qu’une population de zombies masqués devra se contenter de déambuler à leurs pieds. Les joggers étant eux aussi autorisés à courir sans  masque, on constate que l’idéologie du Sport gagne décidément chaque jour du terrain au point d’influencer les décisions politico-sanitaires. On peut évidemment se dire pour se consoler que si le masque ne protège pas efficacement du coronavirus, il isole au moins de l’air pollué ambiant. Se dire aussi que tout peut encore changer d’un jour à l’autre, et le contraire du diktat du jour devenir la vérité du lendemain.

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Toujours est-il qu’en matière de protection sanitaire et d’équité citoyenne les dernières décisions en vigueur ne tiennent guère la route. Il n’était déjà pas facile de savoir si, portant le masque, on se protège soi-même tout en protégeant les autres, ou si cela ne fonctionne qu’à sens unique ; le masque filtrant l’air dans un sens mais peut-être pas dans l’autre. Imaginez le stress de l’usager jouant chaque jour sa vie à pile ou face et se demandant s’il se trouve côté cour ou côté jardin ! Voilà que les choses se compliquent encore puisque les piétons, déjà défavorisés, vont devoir se faire à l’idée qu’en roulant sans masque à vélo, ou en courant comme des dératés, certains de leurs concitoyens ne risquent en aucun cas de leur transmettre le virus, ou sont mystérieusement immunisés contre un ennemi que l’on continue pourtant à dire invisible. Est-ce la vitesse de déplacement qui constituerait un cordon sanitaire naturel entre les vélos et les piétons ? On entend pourtant dire aussi que le virus peut alors, du fait de la vitesse, se répandre très largement au-delà de la distance sociale préconisée. Et que se passe-t-il dès que les cyclistes s’arrêtent – cela leur arrive ! – et marchent alors à pied en poussant leur vélo ? On peut supposer que peu d’entre eux penseront à rentrer dans le rang en se masquant.

La complaisance de la mairie de Paris avec les “mobilités douces”

D’un point de vue civique enfin, on ne voit pas pourquoi cette catégorie de la population n’aurait pas à supporter elle aussi l’inconfort qui est le lot quotidien de quantité d’activités infiniment plus pénibles, et plus utiles à la collectivité que de devoir pédaler pour se déplacer. Allez demander au métallo, au magasinier, à l’infirmière ou à la caissière de supermarché si c’est agréable de travailler toute la journée avec un masque ! Ils le font parce que des « experts » leur ont dit que c’est utile, indispensable même, pour préserver leur santé et celle de leurs concitoyens. De plein gré ou à reculons, ils le font. Alors pourquoi pas les cyclistes et usagers des trottinettes parmi lesquels on ne déplore jusqu’alors, et c’est tant mieux, aucun mort par asphyxie pour avoir porté un masque ? Des morts par excès de vitesse par contre, ou par irrespect des règles de circulation, on en compte des dizaines chaque année dans la capitale même si la Mairie de Paris reste particulièrement discrète à ce sujet.

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Quant aux joggers, eux aussi exemptés de supporter le joug collectif, personne ne semble plus se souvenir qu’ils furent, durant le confinement, jugés si dangereux pour les piétons que des créneaux horaires leur avaient été imposés afin de protéger les passants de leurs postillons quand ils sont en plein effort, hurlent au téléphone ou discutent avec leurs co-équipiers. Le jogging serait-il depuis lors devenu une activité « propre », ou bénéficie-t-il lui aussi de la sacro-sainte immunité sociale accordée au Sport, sauveur des sociétés en difficulté ? Libéré de cette limitation horaire par le déconfinement, le jogger se remit donc à courir dans toutes les rues, quelle que soit la densité de la population à certaines heures, et il peut dorénavant le faire sans masque protecteur qui risquerait de gêner sa respiration. Pour respirer à pleins poumons il y a pourtant les parcs, enfin rouverts après qu’a été levée la mesure aberrante prise lors du confinement, et qui priva les citadins de garder un minimum de contacts avec la nature et de respirer aux aussi librement. Pourquoi les joggers n’iraient-ils pas courir dans les espaces verts ou dans les lieux peu fréquentés, avec ou sans masque selon la situation du moment ? Nombre d’entre eux ont d’ailleurs assez d’esprit civique et de bon sens pour évaluer ce qu’il convient ou non de faire. Et si c’était là le fin mot d’une histoire qui s’éternise et nous mène depuis six mois la vie dure ? Être attentif, s’adapter intelligemment, et garder à tout prix ce que l’on a de plus précieux : le sens des responsabilités et la liberté de jugement.

Une « trumpisation » des médias outre-Manche ?

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Tandis que la BBC est l’objet de critiques féroces, un de ses animateurs vedettes annonce le lancement d’une nouvelle chaîne d’informations d’esprit plus populiste, GB News. De notre côté de la Manche, on a déjà CNews!


Le journaliste britannique, Andrew Neil (notre photo), figure emblématique de la scène médiatique outre-Manche, a annoncé qu’il quittait la très étatique BBC pour prendre la tête d’une nouvelle chaîne d’informations en continu se donnant pour ambition de concurrencer BBC News et Sky News à partir de l’année prochaine. Le journaliste de 71 ans prendra la tête de GB News qui sera plutôt orientée à droite. Selon lui, le lancement de la nouvelle chaîne représente « l’événement le plus marquant qui soit arrivé dans le domaine des actualités télévisées au Royaume-Uni depuis 20 ans. » Certains commentateurs ont comparé la nouvelle chaîne à Fox News aux États-Unis. GB News promet de servir « le grand nombre de Britanniques qui se sentent mal desservis et ignorés » par les chaînes existantes. Dans l’actuelle guerre culturelle qui oppose, grosso modo, l’esprit populiste à l’esprit ultra-progressiste ou « woke », la chaîne se positionne explicitement aux antipodes de ce dernier.

La BBC sous le feu des critiques

La création de GB News arrive à un moment où la BBC est très critiquée, à la fois par une section du public britannique et un grand nombre de politiques de droite, dont le premier ministre, Boris Johnson. L’ensemble des chaînes et radios d’État est accusé de manquer d’impartialité et d’être le reflet des préoccupations des élites métropolitaines plutôt que de celles des classes populaires. Son modèle de financement, basé sur une redevance annuelle d’environ 80€, doit être renouvelé – ou pas – en 2022. Le co-fondateur de GB News, Andrew Cole, est allé jusqu’à déclarer que la BBC était une « honte » qui devrait « être démantelée. »

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Neil lui-même est un vieux routier du journalisme britannique. Aujourd’hui l’intervieweur le plus redouté par les politiciens de tous bords, ancien rédacteur en chef du très respectable Sunday Times, il travaille depuis 25 ans pour la BBC où il anime de nombreuses émissions phares. Ancien président du groupe appartenant au magnat des médias, Rupert Murdoch, qui a lancé la chaîne privée, Sky News, en 1988, il est, depuis 2008, le président du groupe qui détient le vénérable hebdomadaire, The Spectator, dont il anime la chaîne télé en ligne. Au cours de cette année, les relations entre Neil et la BBC se sont quelque peu dégradées.

Le nouveau directeur général de la BBC, Tim Davie, qui a regretté publiquement que les différentes émissions comiques du radiodiffuseur public soient trop orientées à gauche, a tenté de convaincre Neil de rester, mais celui-ci a décidé de quitter le navire. Il partira en novembre après avoir couvert les élections présidentielles aux États-Unis. La BBC a quand même rendu hommage au journaliste vétéran, regrettant son départ et ajoutant qu’il sera « toujours le bienvenu » chez elle.

Rupert Murdoch envisagerait de lancer une chaîne similaire, lui qui en a créé le modèle avec Fox News, la chaîne d’informations câblée la plus regardée aux États-Unis…

GB News aurait levé entre 55 et 65 millions de dollars, avec pour investisseur principal le groupe américain, Discovery. La chaîne sera financée par la publicité et prévoit d’embaucher près de 100 journalistes et producteurs. Disposant déjà d’une licence de diffusion, elle sera accessible dans la grande majorité des foyers britanniques via les plateformes de diffusion, Freeview, Sky et Virgin Media. Afin de se démarquer de ses rivales, GB News abandonnera le format strict des chaînes d’informations en continu pour privilégier le visionnage à la demande centré sur des émissions animées par des personnalités fortes connues du grand public.

Quand le marché fait la loi

Qu’il existe un créneau de marché pour un média qui se positionne en opposition à BBC News et à Sky News est apparemment confirmé par le fait que l’ancien employeur d’Andrew Neil, Rupert Murdoch, envisagerait de lancer une chaîne similaire. C’est justement Murdoch qui en a créé le modèle avec Fox News, la chaîne d’informations câblée la plus regardée aux États-Unis. Sa nouvelle chaîne britannique serait dirigée par David Rhodes, un ancien de Fox et de CBS.

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Assiste-t-on ainsi à une sorte de « trumpisation » des médias outre-Manche ? Certes, l’esprit anti-establishment de GB News pourrait offrir une tribune à des personnalités non-conformistes de droite telles que Nigel Farage, le leader du Brexit Party, qui animait une émission à la radio londonienne, LBC, avant d’être viré pour ses critiques à l’égard des manifestations de Black Lives Matter. Pourtant, la chaîne prévoirait des intervenants appartenant à tout le spectre politique. Certes, on peut se demander si les Britanniques sont prêts pour une Fox News à l’anglaise, mais on ne sait pas non plus si le marché britannique peut supporter trois et peut-être quatre chaînes d’informations, au lieu des deux qui existent actuellement. Les Français acceptent une telle pluralité, mais le Royaume-Uni – faut-il le rappeler ? – n’est pas la France.

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Accueillir les réfugiés quartier du Louvre: le piège d’Anne Hidalgo est bien tendu

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Grâce à Anne Hidalgo, le centre de migrants de la porte de la Chapelle (18e arrondissement) va être déplacé dans l’ancienne mairie du 1er arrondissement de Paris. Forcément, en devenant une halte d’accueil pareille, le quartier va beaucoup changer.


Mairie du 1er arrondissement de Paris, Paris, France Photo Creative commons.

La ville de Paris ouvre un centre d’accueil dans l’ancienne mairie du 1er arrondissement. Anne Hidalgo l’a dit : « Dans l’ancienne mairie, nous installerons la halte humanitaire qui est ouverte depuis plusieurs années porte de la Chapelle. Paris continuera de jouer son rôle de ville refuge ».

Qu’il faille des endroits pour accueillir les gens qui sont dans la rue, c’est une évidence. Mais comment imaginer que le choix de ce lieu soit purement basé sur des considérations pratiques ? Personne ne peut avoir cette naïveté. La symbolique du lieu est tellement forte que cette décision apparaît vraiment comme un pur et simple acte de communication. C’est pourquoi il est intéressant d’entendre le discours que porte ce transfert de la Porte de la Chapelle vers le quartier du Louvre.

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L’ancienne mairie du 1er arrondissement jouxte l’église Saint-Germain l’Auxerrois qui fut la paroisse des rois de France, et dont la partie la plus ancienne date du 12ème siècle. Elle fait face à la colonnade du Louvre qui ferme la partie est du palais. La mairie elle-même a été construite au 19ème siècle dans l’esprit architectural de l’église voisine. Entre la rue de Rivoli et les quais de la rive droite, nous sommes au cœur d’un quartier d’une grande beauté, d’un extraordinaire prestige, où soufflent l’esprit et la culture du Paris historique et artistique.

Pourquoi ce choix ? Parce que c’est un piège tendu à tous ceux que l’immigration inquiète, et que le laxisme, la lâcheté, face à la migration irrégulière indignent. Que nous dit-il ?

  • Les migrants doivent bénéficier du meilleur. Ils ont droit à notre plus grande sollicitude, et nous devons leur faire honneur en les accueillant dans un des plus beaux endroits de la capitale ;
  • Si vous êtes surpris, voire choqués par ce choix, si vous pensez que des endroits un peu moins prestigieux et sans doute mieux adaptés auraient pu être facilement trouvés, c’est que vous êtes raciste et xénophobe ;
  • Si vous craignez que ce choix n’entraîne à terme des nuisances dommageables à l’image de ce quartier touristique, c’est que vous avez des préjugés honteux.

Le piège est bien là.

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Oser critiquer la création d’un centre de « réfugiés » face au Palais du Louvre, c’est critiquer la création de ce lieu humanitaire en lui-même, c’est donc vouloir laisser les gens à la rue. Impossible d’échapper à ce syllogisme. Donc je m’abstiendrai de dire que cette idée me paraît farfelue et provocatrice. Je ne veux pas passer pour un une âme insensible.

Notre-Drame de Paris

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L’avenir de la Cisjordanie se joue à Sarcelles et à Brooklyn

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L’immigration en Israël d’un cinquième seulement des communautés juives françaises et américaines, soit un million d’individus, précipiterait à coup sûr l’annexion de la Cisjordanie. Analyse.


Annoncé pour le 1er juillet dernier, le processus d’annexion d’un tiers de la Cisjordanie a été « suspendu » suite à l’accord de normalisation avec les Emirats Arabes Unis. Pour Israël, la concession est mineure. L’application d’une souveraineté pleine et entière sur le territoire occupé militairement depuis 1967 ne présentait aucun caractère d’urgence. L’initiative de Benyamin Nétanyahou obéissait surtout à des considérations électoralistes et n’aurait rien changé sur le terrain.  Cependant, on aurait tort de croire l’annexion de la Cisjordanie enterrée : elle se fera tôt ou tard, en dépit des réticences de Washington, des condamnations de l’Union européenne ou de la pusillanimité de la classe politique israélienne. Mieux : le processus ne se limitera pas à la seule vallée du Jourdain mais s’étendra à l’ensemble du territoire.

Tel-Aviv surpeuplée

Car l’annexion de la Cisjordanie ne dépend ni bon vouloir des dirigeants israéliens ni d’une quelconque offensive d’un groupe de pression tels que les évangéliques américains ou les colons israéliens. Ce processus est tout simplement lié à l’accroissement de la population israélienne. L’expansion dite « naturelle » des implantations répond à une forte demande de logements émanant de jeunes actifs, religieux et laïques, attirés en Cisjordanie par les prix de l’immobilier et un cadre de vie pastoral. L’étroite bande côtière autour de Tel-Aviv sur laquelle se concentre 80% de la population israélienne frise la saturation. Le foncier disponible à proximité des zones d’activité se trouve uniquement en Cisjordanie, à l’est de Tel-Aviv et autour de Jérusalem. La Galilée et le Néguev ne présentant guère d’attrait pour une population très majoritairement urbaine et employée dans le tertiaire.

Cette colonisation économique, non-idéologique, modifie en profondeur la donne. Elle permet à Israël de grignoter toujours plus de territoire et d’obérer définitivement la création d’un État palestinien. Ce sont les colonies laïques ou a-sionistes (orthodoxes) qui permettent aux Juifs de former aujourd’hui un quart de la population de Cisjordanie. Avec un des taux de natalité parmi les plus élevés au monde et face à des Palestiniens qui s’approchent des normes occidentales, les colons israéliens pèsent chaque jour davantage dans la balance démographique. Cette dynamique explique l’immobilisme du gouvernement Nétanyahou dans sa gestion du conflit israélo-palestinien. Il joue la montre en attendant le grand basculement démographique.

La question-clé de l’immigration vers Israël

Mais à ce rythme, les Juifs mettront encore trois décennies à devenir majoritaires en Cisjordanie et donc à pouvoir envisager sereinement l’annexion du territoire et l’octroi de la citoyenneté aux Palestiniens. Un phénomène pourrait toutefois considérablement accélérer le processus : une immigration juive massive. C’est pourquoi les stratèges israéliens observent de près les soubresauts qui agitent les deux dernières grandes communautés juives de diaspora : celles de France et des États-Unis.

À de rares exception près, comme dans le Maroc des années 50, l’État d’Israël n’a jamais soufflé sur les braises de l’antisémitisme pour encourager les Juifs à rejoindre la Terre promise. En revanche, chacun sait que la persécution des Juifs a joué un rôle déterminant dans la réussite du projet sioniste. A chaque phase critique de son histoire, c’est l’immigration juive contrainte qui a sorti le sionisme de l’impasse. Après l’obtention de la déclaration Balfour en 1917, une infime minorité des Juifs de diaspora rejoignirent Israël. La flambée de l’antisémitisme en Pologne puis en Allemagne provoqua d’opportunes vagues d’immigration et permit au Yishouv de peser démographiquement face aux Arabes palestiniens.

Après la deuxième mondiale, Ben Gourion put compter sur les rescapés de la Shoah et sur les Juifs chassés des pays arabes pour peupler le jeune Etat. Plus près de nous, l’effondrement de l’URSS au début des années 90 et l’arrivée d’un million de Juifs en Israël bouleversa la donne démographique. Pour la petite histoire, le Premier ministre d’alors, Itzhak Shamir, dut exercer d’intenses pressions sur le président américain Bush pour qu’il ferme les portes des États-Unis aux Juifs d’URSS les obligeant ainsi à « choisir » massivement Israël.

Palestiniens privés de droits civiques

La grande alya russe renforça considérablement l’implantation juive en Cisjordanie notamment dans le bloc d’Ariel et dans le Grand Jérusalem. Surtout, elle inversa le rapport de force démographique avec les Palestiniens. Un conseiller de Yasser Arafat affirma que cet afflux de Juifs en Israël acheva de convaincre le Raïs de négocier les accords d’Oslo avant que l’écart démographique ne se creuse encore davantage au détriment des Palestiniens.

Des juifs de France faisant leur aliyah (Immigration vers Israël), arrivent à l'aéroport Ben Gurion de Tel Aviv, en 2019 © JACK GUEZ / AFP
Des juifs de France faisant leur aliyah (Immigration vers Israël), arrivent à l’aéroport Ben Gurion de Tel Aviv, en 2019 © JACK GUEZ / AFP

L’immigration en Israël d’un cinquième seulement des communautés juives françaises et américaines, soit un million d’individus, précipiterait à coup sûr l’annexion de la Cisjordanie. Car le gouvernement israélien ne craint ni une flambée de violence palestinienne – très hypothétique-, ni des pressions internationales moins dissuasives que jamais. La véritable menace s’incarnerait dans un mouvement populaire palestinien du type « un homme, une voix » calqué sur celui de Nelson Mandela en Afrique du sud. Cette aspiration à la citoyenneté des Palestiniens serait parfaitement légitime et Israël pourrait difficilement se prévaloir d’être « la seule démocratie du Proche-Orient » en maintenant sous sa souveraineté deux millions de Palestiniens privés de droits civiques.

En l’état actuel du rapport de force démographique, les Juifs représentent environ deux tiers de la population vivant entre la Méditerranée et le Jourdain (bande de Gaza exclue). Avec un million de Juifs adultes en plus, l’État d’Israël s’assurerait une majorité juive écrasante et conserverait son identité nationale même en accordant la citoyenneté aux Palestiniens de Cisjordanie. En somme, le grand Israël pourrait être à la fois juif et démocratique.

Regain d’intérêt pour l’alya en France et en Amérique

Personne ne sait évidemment si la poussée de l’antisémitisme en France et aux États-Unis débouchera sur une fuite massive des Juifs de ces pays vers Israël. Contrairement au gouvernement allemand des années 30 ou aux pays arabes dans les années 50, la France de Macron et l’Amérique de Trump ne persécutent pas les Juifs mais au contraire les protègent. Nul cependant ne peut exclure un tel scénario à moyen terme tant la haine antijuive se propage dans la rue, à l’université ou sur Internet. Même les communautés juives les plus enracinées et les plus dynamiques comme Sarcelles ou Brooklyn commencent à douter ouvertement de leur avenir.

En Israël, des experts planchent déjà sur des plans d’intégration en cas d’immigration de plusieurs centaines de milliers de Juifs en provenance de France et des États-Unis. L’Agence juive et les organisations spécialisées témoignent d’un fort regain d’intérêt pour l’alya dans ces deux pays.  Si l’histoire devait se répéter, la donne du conflit israélo-palestinien s’en retrouverait une nouvelle fois bouleversée.

Farid Benyettou, le seul djihadiste qui tient la porte aux juifs et aime les caricatures

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Farid Benyettou se prétend « déradicalisé », mais des doutes persistent. L’inspirateur des frères Kouachi, venu au tribunal métamorphosé samedi dernier, dit être repenti. Il est en liberté.


Samedi 3 octobre 2020, c’était le jour très attendu de Farid Benyettou au procès de l’attentat de Charlie Hebdo. Le calendrier de la Cour d’assises est si chargé qu’il impose des audiences le week-end. Le repenti est venu déposer comme témoin.

Un idéologue repenti ?

Farid Benyettou, c’est l’ex-émir des Buttes-Chaumont, le mentor des frères Kouachi, celui qui leur a inoculé le virus du djihad, a forgé leurs convictions d’islamistes radicaux, celui qui les a motivés en 2004, 11 ans avant les attentats. Il avait alors 24 ans, portait la djelaba, une barbe clairsemée, de longs cheveux et un keffieh en guise de turban. Il était l’idéologue d’une filière de candidats au djihad en Irak, lui-même formé par les frères musulmans et proche du GIA algérien.

A lire aussi, l’éditorial d’Elisabeth Lévy: Charlie Hebdo, combien de divisions?

À la barre de la Cour d’assises, changement de camouflage, arrive un homme à la silhouette fine, en jean, basket et veste, aux épaules un peu voutées, les cheveux courts, de petites lunettes et l’air contrit. C’est le « petit chose » d’Alphonse Daudet, mais la comparaison s’arrête là.

Responsable mais pas coupable?

Il s’adresse à la Cour d’une voix posée, avec l’air de s’excuser à chaque prise de parole. D’ailleurs, ses premiers mots seront des excuses pour les familles des victimes parce que dit-il « j’ai une part de responsabilité dans le parcours des frères Kouachi. Sachez que je suis vraiment désolé ». Les excuses sont faites mais Benyettou l’affirme: même sans son influence criminelle, les Kouachi seraient allés voir un autre mentor et auraient commis cet attentat, il en est persuadé. Responsable mais pas trop.

A lire aussi: De la responsabilité des intellectuels en Cour d’Assises (1/2)

Condamné à six ans de prison pour association de malfaiteurs terroriste, il sort en 2009. Son travail de déradicalisation commence selon lui pendant son incarcération. Il raconte : « c’est compliqué, il y a eu des hauts et des bas, j’ai eu des rechutes ». Des rechutes dit-il, Farid Benyettou, drogué au djihad. Drogué au point d’aller voir les frères Kouachi le jour même de sa sortie de prison avant sa propre famille. Et puis Benyettou déroule un discours bien rôdé tirant sur une corde qu’il sait sensible : « Le moment décisif, c’est l’affaire Merah en 2012, j’ai voulu couper complètement mes contacts ». Complétement ? Pas tout à fait, le repenti du djihad continue à voir les Kouachi chaque semaine jusqu’en octobre 2014, trois mois avant les attentats. Que se disent-ils ? À l’écouter, il essayait de les convaincre qu’il s’était trompé, que ses prêches salafistes de 2004, c’était une erreur, que c’était fini le djihad, les attentats, le martyr et les 72 vierges. De toute évidence, Il n’a pas su les convaincre.

Un caméléon

Le sentiment de Chérif Kouachi sur les Juifs ? La haine. Oui, et c’est d’ailleurs un élément qui avait retenu son attention. Vivant dans le 19ème arrondissement de Paris, un quartier avec une communauté juive historique, l’ex-émir se laisse aller aux anecdotes : « Même en tant que djihadiste, pour le shabbat, je laissais la porte de l’immeuble ouverte pour que les habitants juifs puissent entrer sans avoir à faire le code, Chérif – lui – fermait les portes exprès, ça me gênait ». Si le moment n’était pas si grave, on sourirait. Comme les bons et les mauvais chasseurs, il y a les bons et les mauvais djihadistes. Benyettou, lui, c’était un gentil djihadiste, qui encourageait les attentats contre les apostats, théorisait la haine des mécréants et surtout celle des Juifs, mais qui leur tenait la porte à shabbat.

Les parties civiles l’interrogent :

– Avez-vous participé aux attentats des frères Kouachi ?
– Non
– Leur avez-vous donné l’autorisation de le faire ?
– Non
– Alors qui ?

Benyettou assure ne pas savoir. Il susurre quelques noms de djhadistes bien connus, Djamel Beghal, Peter Chérif… peut-être.

A lire aussi: De la responsabilité des intellectuels en Cour d’Assises (2/2)

En janvier 2015, Benyettou termine son stage d’infirmier aux urgences de la Pitié Salpêtrière où sont dirigés les blessés de l’attentat. Le milieu médical s’en émeut. Finalement, Farid Benyettou n’exercera pas comme infirmier. Il se reconvertit en chauffeur poids lourds. Farid le caméléon.

Une autre question lui est posée: « Comment reconnaître un faux repenti qui pratique la taqiya, c’est-à-dire la dissimulation, puisque le Coran l’y autorise ? » Il répond s’être engagé dans un programme de déradicalisation et a écrit un livre avec Dounia Bouzar. Et puis après tout, comme il se plait à le répéter : « Oui, je suis Charlie ». Sur les caricatures ? « C’est une forme d’expression, j’ai grandi en regardant les Guignols de l’info, je suis un grand fan de la caricature en quelque sorte ». Il faut se pincer pour le croire. Farid Benyettou, le seul djihadiste qui tient la porte aux juifs et aime les caricatures. Que dire de ses nombreuses conversations téléphoniques, courant 2014, avec des islamistes connus des services de police, avec Chérif Kouachi, avec la femme de celui-ci ? Pas grand-chose : « je leur disais que je n’avais pas le temps de les voir », « avec Chérif, c’était différent, on discutait mais on n’était plus d’accord ».

Aujourd’hui, Farid Benyettou dit ne plus se rendre à la mosquée. Quand il quitte enfin la salle d’audience, la tête basse et la démarche un peu gauche, il donne – volontairement ou pas – l’image d’un Keyser Söze version djihad dont personne ne sait vraiment ce qu’il pense, ni le risque qu’il représente en cas de rechute islamiste.

Montal et l’incendie du 5-7

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Jean-Pierre Montal remet le son et la lumière sur l’incendie du 5-7, tragique fait-divers survenu en novembre 1970 en Isère. 146 jeunes étaient morts brûlés vifs dans un dancing.


Dois-je l’avouer ? Pour un critique littéraire, pire qu’une faute professionnelle, c’est un aveu d’impuissance. Je me lance, j’ose nommer l’impensable : « le roman m’ennuie ! ». À dire vrai, il m’emmerderait plutôt. Voilà, c’est dit. Depuis plusieurs mois, je tente de vaincre cette lassitude qui m’emporte dès les premières lignes, je ne réussis guère à aller au-delà de la dixième page sous peine de perdre le sommeil. La force me manque. Je grogne devant tant de copies insipides et bavardes, sentencieuses et vaines. Quand cette énergie marémotrice éditoriale cessera-t-elle d’inonder ma boite à lettres ? J’ai la nausée en relevant seulement le courrier. 

Les intrigues me désolent par leur minceur assassine, les personnages m’accablent par leur esquisse faiblarde, et puis, il y a l’avènement du style obsessionnellement voyeuriste, je n’en puis plus. 

L’exception Jean-Pierre Montal

La fiction est une farce, je ne veux plus être son martyr hebdomadaire. Et puis, j’ai reçu le dernier roman d’un ami (La nuit du 5-7 aux éditions Séguier de Jean-Pierre Montal) qui se trouve être un écrivain d’élite, ce qui met le critique dans une position très délicate. Ma chronique est soit entachée d’une connivence déloyale, soit d’une jalousie suspecte. Dans les deux cas, mon avis est sujet à la controverse et aux médisances. Copinage et compagnie, milieu pourri et renvois d’ascenseur, on connaît la chanson. Eh bien, je prends ce risque. Quitte à fréquenter des gens, autant qu’ils soient de qualité supérieure. Jean-Pierre est de cette race-là. Il m’a réconcilié avec le roman après plusieurs semaines de disette.

S’il se réfère à un fait-divers tristement célèbre, l’incendie d’une boîte de nuit, le 5-7, à Saint-Laurent-du-Pont dans l’Isère, le 1er novembre 1970, ayant provoqué la mort de 146 personnes dont une majorité de jeunes et un émoi à travers tout le pays, il s’en détache, s’en déleste pour mieux le cerner. Il a l’art de contourner l’obstacle pour en saisir toute la dramaturgie. Vaguement, on se souvient de cette tragédie qui fut « oubliée », « lessivée » par la mort du Général, quelques jours plus tard. Des images d’archives en noir et blanc nous rappellent l’hécatombe et cette impression poisseuse d’une désolation totale, d’un écœurement national. La Une de Hara-Kiri avec son fameux titre « Bal tragique à Colombey – 1 mort » est encore dans toutes les mémoires. Un écrivain et croyez-moi, Montal en est un, n’est pas un petit télégraphiste, il ne ressasse pas l’actualité, il n’ânonne pas le réel, il le travaille au corps, le disloque pour le draper dans une forme d’immortalité. Son roman débute bien avant l’accident, au lendemain des décolonisations et se poursuit dans les fumigènes de la Mitterrandie. Montal ne plaque pas des images maladroites sur un événement vieux de cinquante ans ni ne se perd dans des réflexions apocryphes. Ses personnages imaginaires ne sont pas factices. Là, réside son talent, ce qui s’appelle le toucher de plume. On y croit. On les suit. On les sent. Le lecteur cale sa respiration sur eux. 

Percuter l’intime et l’histoire sociale

Montal a choisi des regards croisés, des frictions sociales, une sorte d’antimatérialisme littéraire, et puis le venin de la lose qui s’infiltre dans toutes ces pages. Un délice amer. Une manière désenchantée de faire percuter l’intime dans la grande histoire sociale et ces envolées, maximes qui claquent au vent, pleines d’humour et de désespoir : « Michel avait parfois l’impression que sans les pieds-noirs, il n’y aurait pas de rock en France. Sans eux et sans le square de la Trinité où traînaient Hallyday, Mitchell et Dutronc, le pays serait resté pris dans les glaces, telle une zone sécurisée pour des gardes-chiourmes à moustaches comme son père ou le vieux de Catherine ». Depuis ses débuts de romancier, Montal se révèle un solide conteur et surtout un naturaliste dandy. 

Peu d’écrivains français portent aussi bien le costume fit en laine vierge et décrivent si fidèlement les rapports de classe, l’affrontement invisible, la distance par le verbe ou la fripe, les accessoires des castes, les détails anodins, j’ai cru reconnaître chez lui, une filiation avec Félicien Marceau, cet autre observateur délicat des mondes engloutis. Il faut pour arriver à cette finesse d’analyse avoir une grande connaissance des mœurs de l’époque. Montal, dans la tradition stéphanoise de l’échange culturel et sportif, se sert de la figure de l’immigré italien, un certain Michel Mancielli, pour travailler les mythologies françaises. Il y a dans ce roman des moments de grâce contrebalancés sans cesse par cette fatalité qui colle à la peau. 

Thèmes fondateurs

On croirait La nuit du 5-7  écrit par un italo-américain, le ton faussement comique méditerranéen et le son électrique qui bat dans les tempes. Avec ce troisième roman, on aime déjà l’œuvre de Montal pour ses thèmes fondateurs, les relations père-fils, le rock et la variété en écho lointain, la suavité des clubs, la nuit, les amours qui titubent sur la piste et ce va-et-vient entre la province et Paris.     

Retrouvez également Jean-Pierre Montal dans le dernier numéro de Causeur, où l’écrivain consacre un long papier au roman inédit de Joseph Roth Perlefter, histoire d’un bourgeois. Magazine disponible ici.

La nuit du 5-7 de Jean-Pierre Montal – éditions Séguier.

La nuit du 5-7

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Le cas Robespierre

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La ville natale de Robespierre, Arras, s’apprête à célébrer le Révolutionnaire. Contestable et parfois ridicule sur la forme, cette célébration pourra-t-elle néanmoins aider à la réévaluation en cours du rôle historique de l’Incorruptible?


Adulé par les faubourgs pendant la Révolution, Robespierre n’a pourtant donné son nom à aucune artère parisienne. Le projet avait été soumis à Anne Hidalgo qui l’avait jugé « peu consensuel ». La ville d’Arras voudrait réparer cet oubli, en honorant le député artésien et enfant du pays d’un musée au lieu même où il est né.

Envoyant Danton, Hebert ou Brissot à la guillotine, il a associé son nom à la Terreur et aux débordements de la Révolution. Il a aussi défendu la plèbe en exigeant qu’elle ait son pain.

Retombées touristiques

Robespierre défiait ainsi une confiscation élitiste et bourgeoise de son soulèvement. Héros ou monstre selon les mémoires, le projet se veut lui « historique », animé du noble (et pontifiant) souci de « replacer l’homme dans son contexte ». Renonçant à toute cohérence idéologique, c’est d’ailleurs une mairie centriste qui en est l’auteur. L’UDI est-elle devenue une formation « incorruptible » ? Le territoire attendrait surtout des retombées touristiques.

Et le Pas-de-Calais n’a pas (encore) réputation d’être une terre d’exil. Hélas, son terroir est pauvre en souvenirs. La mémoire locale est habituée à confondre l’âge d’or avec la fosse à charbon. Ainsi on patrimonialise les mines, comme pour éveiller l’étrange nostalgie d’une époque où la silicose épargnait rarement les survivants du coup de grisous.

Selon le journal Libération, lequel cite « la légende », l’ancien maire Jean-Marie Vanlerenberghe aurait consenti au projet après un voyage en Australie. Un touriste lui aurait lancé « Vous venez d’Arras ? La ville de Robespierre ! » Interrogé par le quotidien, un ancien professeur d’histoire et promoteur du projet, Alexandre Cousin assure en expert « un T-Shirt Robespierre cartonnerait ! » Lourdes a ses boules de neige « Bernadette de Soubirous », Ajaccio ses mugs « Bonaparte »… Alors pourquoi pas demain des mini guillotines « Robespierre » pour les fumeurs de cigare ?

Reliques

Mais avant les produits dérivés, quelques reliques seraient exposées au futur musée, comme pour y faire des miracles : des lettres plus ou moins passionnantes, un manuscrit, le tout signé Robespierre et même son acte de baptême – pas sûr cependant que cette dernière relique soit efficace au regard dont l’enfant aspergé a honoré sa promesse chrétienne. Il eut la main lourde pour fermer des églises et enfermer des prêtres réfractaires à la République ou punir ceux qui les suivaient.

Aussi, le projet qui entend « autant aborder la légende noire que la légende dorée » ne convainc pas tout le monde. Libération nous apprend qu’un ancien adjoint au patrimoine compare Robespierre à Hitler… La légende noire en a fait le précurseur du totalitarisme. Mystique de pureté, l’homme aurait été exalté par son propre amour de l’intelligence. Il l’idolâtra jusqu’à instituer pour elle le culte de la Raison – et finalement lui sacrifier par milliers opposants, amis et révoltés. Insistant sur son magnétisme et sa volonté perverse, on lui attribue les dix-sept mille morts de la Terreur, la loi des suspects, les noyades de Nantes et une certaine martyrologie contre-révolutionnaire qualifie les massacres de Vendée de « génocide ».

Une réévaluation du rôle de Robespierre ?

Rompant avec les injonctions mémorielles, idéologiques et affectives, l’histoire est depuis revenue sur cette vision des faits. En vérité, Robespierre semblait dépassé par le mécanisme dont il fut l’auteur en même temps que la victime. Perdant du combat intérieur qu’il menait de front avec un combat extérieur, il ne fut maître d’aucun de ses drames ; alors que dans l’histoire, les guerres civiles et étrangères attisent toutes les mauvaises volontés et hystéries collectives.

La Terreur visait à canaliser les violences que la révolution ne contrôlait plus. Ses chefs avaient joué avec le feu promettant au peuple des têtes, du sang, de la vengeance… lequel s’est finalement servi lui-même et l’horreur des massacres de septembre avait terrifié l’Europe.

Tout ce qu’il eut à assumer n’était pas de son fait – c’est la responsabilité, et parfois le drame, très ingrate du politique. C’est en tout cas toujours sa charge. Et on peut penser que celle du gouvernement de la France était un peu trop lourde pour l’avocat d’Arras – qui pourtant s’en contentait mal puisqu’il aurait voulu étendre sa Révolution à l’Europe entière.

Une patrimonialisation qui est un contresens

Aussi il fut incapable de prévenir l’évolution despotique de la révolution comme son horreur. Elle ne doit en tout cas rien – ou si peu – à la personnalité ou sa psychologie, finalement bien moins intéressante qu’on ne l’a pensée. Le musée entend revenir sur les lieux de sa formation et de son enfance. Intéressante en psychanalyse, la démarche est d’un faible intérêt en histoire. A l’image du projet :une imbécile patrimonialisation régionaliste du jacobinisme, lequel entendait niveler les droits et originalités provinciales de la France.

Belgique: la famille royale s’agrandit

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Du rififi dans la monarchie


Youpeeee ! La famille royale belge vient de s’agrandir ! Pas de bébé joufflu à l’horizon, hélas, et inutile d’envoyer des timbales en argent au palais, il s’agit simplement de la surréaliste conclusion des nombreuses tentatives de Delphine Boël de se faire enfin reconnaître pour ce qu’elle est, une bâtarde adultérine et pour ce qu’elle n’est pas, une princesse. Petit voyage au pays des fous du roi.

Bâtarde adultérine donc de l’ancien Roi des Belges Albert II, Delphine Boël avait été reconnue comme telle l’an dernier. Les amateurs de têtes couronnées avaient pu suivre cette saga ridicule et peu glorieuse, orchestrée par Maître Uytendaele, l’époux de l’ancienne ministre Laurette Onckelinckx. Celui-ci a toujours mis son point d’honneur à enfoncer des coups de boutoir dans tout ce qu’il pense être un ciment de l’unité nationale belge. Il doit d’ailleurs être le dernier des Belges à imaginer que la monarchie puisse en être un. A sa place, on viserait plutôt l’équipe de foot du Standard ou la Duvel qui réunissent bien mieux Flamands et Wallons que des rois infoutus depuis des décennies de siffler la fin de la récré particratique.

Contraint à une analyse ADN, Albert II avait donc reconnu du bout des lèvres être le père biologique de Delphine, qu’il avait eue d’une vieille maîtresse, légèrement mythomane et pensant sans rire se faire épouser. Madame Sybille de Sélys, la vieille maîtresse en question, lorgnait vers le trône ou en tout cas vers le palais. Peut-être ignorait-elle que le Prince Albert, frère du Roi, était marié et père de trois enfants. Voilà ce qui arrive quand on ne lit pas Point de Vue et Images du Monde avec suffisamment d’application. Ou peut-être ignorait-elle que, de tout temps, les princes comme les bergers ont donné des coups de canif dans le contrat sans trop s’embarrasser des conséquences de cette tocade. Voilà ce qui arrive quand on ne lit pas Paris-Match avec assez d’assiduité. Bref, elle réclama toujours que son mari et père officiel, Jacques Boël, renonçât à la paternité et qu’Albert, devenu roi entre temps, reconnût la gamine. Ce fut une grande première dans cette dynastie où les bâtards ne manquent pas et n’ont jamais fait tant d’histoires. On ne voit pas très bien d’ailleurs ce que Delphine Boël avait à gagner dans cette affaire. Artiste plasticienne approximative, dans la catégorie « Niki de Saint Phalle de proximité », peut-être espérait-elle voir monter sa côte ? C’était risqué car il apparaît que suite à ce micmac, Jacques Boël, légitimement agacé, l’aurait déshéritée. C’est ballot, la famille Boël est classée comme la quatorzième famille la plus riche de Belgique !

Delphine, bâtarde héréditaire?

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Toute fiérote d’avoir décroché son titre de bâtarde, visiblement plus pimpant que celui d’héritière de Jacques Boël, Delphine, voulut porter le nom de « Saxe Cobourg » qui sent bon la charcuterie teutonne. Mieux encore, elle exigeât de porter le titre de Princesse de Belgique. C’est assez étonnant car son comportement larmoyant pour obtenir une éprouvette de pipi de son papa putatif n’était guère aristocratique… Et ça n’a aucun sens, une princesse étant soit l’épouse d’un prince, soit la fille qu’un prince ou un roi a eue de son épouse légitime. Or Delphine n’est même pas issue d’un mariage morganatique, mais d’une partie de jambes en l’air hors mariage. «Elle ne veut pas être une enfant au rabais, elle veut avoir exactement les mêmes prérogatives, titres et qualités que ses frères et sœur» martelait son avocat, Marc Uyttendaele. Mais justement, ce ne sont pas ses frères et sœur, ce sont ses demi-frères et sa demi-sœur.

Il signalait en outre que ses enfants – Joséphine et Oscar, nés le 17 octobre 2003 et le 28 avril 2008 – devaient eux aussi pouvoir prétendre au titre de Princesse et Prince de Belgique. C’est chose faite, sauf pourvoi en cassation, depuis le premier octobre, par la grâce de la cour d’appel de Bruxelles qui lui certifie son titre. Magnanime et pas bêcheuse, Delphine a précisé qu’elle ne souhaitait pas forcément qu’on l’appelât « Son Altesse » !

Cette épilogue ouvre des perspectives grandioses ! Si l’on prend en compte la porte de service, les amourettes de cuisine et les erreurs d’un soir, il y a gros à parier que nous sommes tous issus de la bite de Jupiter… On notera au passage, quitte à faire pleurer les égalitaristes rigides, que si Albert II avait été une femme, il aurait pu accoucher sous X et personne n’aurait pu venir l’emmerder ou lui réclamer un échantillon d’ADN.

Mais le plus étonnant, ce sont les salves d’applaudissements qui accompagnent cette piteuse croisade, provenant d’une partie de la population belge. En effet, les plus fervents supporters de Delphine Boël sont aussi les thuriféraires de la GPA, du don de sperme ou d’ovule et de l’enfantement par les couples homosexuels, bref, de la reproduction 2.0 où seul compte le lien « social », la filiation biologique étant sans importance.

L’incohérence est probablement le prix à payer pour la destruction de ces vieilles lunes que sont la famille et la monarchie.

Restaurants et autres mesures restrictives: le gouvernement de la peur

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Entouré d'autres restaurateurs, le chef Philippe Etchebest manifeste à Bordeaux contre les mesures sanitaires gouvernementales liées au coronavirus, le 2 octobre 2020 © UGO AMEZ/SIPA Numéro de reportage : 00984040_000010

Alors que le gouvernement français avait donné le sentiment cet été d’avoir définitivement renoncé au confinement pour lutter contre la pandémie de Covid-19, après les résultats mitigés de cette mesure, notamment en termes d’effets néfastes sur la santé physique, mentale et économique, voilà que l’État renoue avec les mesures restrictives collectives et évoque la possibilité de reconfiner. Que nous révèlent ces décisions dont la versatilité a profondément entamé la confiance en nos dirigeants?


Le mystère du choix des restaurants

Si certains indicateurs (taux d’incidence, taux de positivité, taux d’occupation des lits de réanimation par les patients Covid-19) augmentent, ce qu’ils prédisent est beaucoup plus discutable. Dans un monde où l’on révère les modèles mathématiques prédictifs comme les animistes vénèrent les dieux du soleil ou de la pluie, la tentation est grande de questionner les données, via des modèles plus ou moins éloignés de la réalité dans leur simplicité ou leur complexité, pour connaitre l’avenir. Rappelons pour ceux qui auraient envie de prolonger les courbes, que nous ne sommes pas dans les mêmes conditions qu’en mars : taux d’humidité et température différentes modifiant la résistance du virus à l’extérieur, extension des tests PCR aux cas pas ou peu symptomatiques faisant augmenter le taux de positivité sans faire augmenter la létalité, et meilleure prise en charge des patients limitant les entrées en réanimation. Mais admettons que l’on ait à craindre une saturation des services de réanimation dans les semaines à venir.  Que faire pour ralentir la propagation ?

On trouve dans la littérature scientifique que le contact rapproché avec un malade de la Covid-19 et la fréquentation d’espaces confinés fréquentés sont des facteurs de risque d’être malade. Alors pourquoi le gouvernement a-t-il opté pour la fermeture uniquement des restaurants ? L’étude qui les a spécifiquement pointés est celle menée par le Center for disease control (CDC) américain publiée début septembre. Cette étude nous apprend que ceux qui ont fréquenté les restaurants dans les quatorze jours avant d’être diagnostiqués Covid-19 avaient une fois et demi plus de chance d’être malades. Dans le détail, la différence était significative uniquement pour les cas où les patients rapportaient qu’il n’y avait pas ou quasiment pas de respect des mesures barrières dans les restaurants qu’ils avaient fréquentés ; c’est-à-dire que d’après cette étude, il n’y a pas plus de risque d’être atteint de la Covid-19 si l’on fréquente un restaurant dans lequel les mesures barrières sont respectées par la majorité des personnes présentes. Comme soulignés par les auteurs de cette étude, les résultats sont à prendre avec précaution car elle repose sur des données hautement subjectives (interrogatoire) et qu’aucune question n’a été posée pour déterminer si le repas avait été pris à l’intérieur ou à l’extérieur du restaurant.

Agir ou ne pas agir

En sciences comportementales, face aux situations stressantes, on décrit caricaturalement deux comportements : un comportement « actif » (combattre) et un comportement « d’évitement » (fuir ou se figer). Certains chercheurs de ce domaine ont vu dans l’auto-isolement et les symptômes dépressifs notés chez certains individus face à la pandémie des comportements d’inaction relevant d’un évitement du danger, tandis que les comportements d’achats de première nécessité comme le stockage de papier toilette observés chez d’autres auraient traduit le besoin de produire une action face à une situation où l’on se sent impuissant[tooltips content= »Bacon et Corr, British Journal of Psychological Health, 2020. »](1)[/tooltips]. Agir pour ne pas subir. Les décisions promptes de l’Etat s’apparentent à cette frénésie de l’action, comme l’annonce de la fermeture des restaurants et bars dans la métropole Aix-Marseille-Provence et en Guadeloupe au lendemain du passage au « rouge écarlate » (alerte maximale) des indicateurs dans ces régions. Pourtant, les stratégies d’action/inaction ne s’opposent pas dans la vie, mais se complètent : face au stress, pour produire une réponse adaptée, la première réponse est généralement un état d’inaction, de ralentissement du fonctionnement du corps visant à concentrer les ressources sur l’analyse de la situation, suivie par une réponse active qui vise à mettre en place la stratégie choisie. L’Etat serait-il incapable de ce temps de l’inaction nécessaire à la mise en place d’une action réfléchie, dans un monde qui appelle des adaptations comportementales incessantes au gré du flux incessant de données ?

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Plus que les choix stratégiques (confinement versus immunité collective), c’est le manque de clarté de l’objectif poursuivi par le gouvernement, illisible au regard des décisions parfois antagonistes prises depuis le début de la pandémie, qui est critiquable. Cherche-t-il réellement à assurer des places suffisantes en réanimation en choisissant de fermer des établissements de restauration plutôt que d’autres, ou cherche-t-il simplement à éviter à tout prix l’inaction que notre époque exècre ? Que lire dans les mots prononcés par le premier ministre Jean Castex devant l’Assemblée nationale, sinon une forme d’aveu : « Aujourd’hui, ceux qui me reprochent de prendre des mesures trop fortes pourraient être, demain, ceux qui me reprocheront de ne pas en avoir fait assez »[tooltips content= »Jean Castex, questions au gouvernement, mercredi 29 septembre 2020. »](2)[/tooltips].

 La dystopie axénique

Derrière la stratégie du confinement qui consiste à se murer pour fuir un microbe, se dessine une idéologie presque aussi vieille que la découverte de la vie microscopique : celle d’un monde sans microbes ou axénique. Les microbes sont sur terre depuis 3,5 milliards d’années et Homo sapiens depuis une centaine de milliers d’années. Nous sommes un agrégat de bactéries (aussi nombreuses que le nombre total de nos propres cellules), de virus et autres microbes. Dans les années 70, des chercheurs ont commencé à s’intéresser à ce que pourrait être une vie sans microbes en faisant naître des animaux dans des environnements stériles : l’utopie d’une vie axénique était née. Mais on découvrit qu’un monde sans microbes ou avec une réduction de la variété microbienne conduisait à être exposé à des maladies redoutables (maladies auto-immunes) et impactait le développement cérébral, de notre intelligence à notre santé mentale (schizophrénie, autisme)[tooltips content= »Cenit et al., World Journal of Gastroenterology, 2017. »](3)[/tooltips]. S’il est admis aujourd’hui que de nombreuses bactéries sont indispensables à notre vie, pour les virus, l’image est moins glorieuse. La découverte d’un monde viral (virome ou virobiote) au sein même du cerveau que l’on croyait être un temple aseptisé (il y a vingt ans une étude découvrait la présence du matériel génétique de coronavirus dans 20 à 40% des cerveaux autopsiés[tooltips content= »Arbour et al., Journal of Virology, 2000. »](4)[/tooltips]), a amené certains chercheurs à émettre l’hypothèse que l’entrée silencieuse de ces virus au sein de cet organe pourrait être responsable à long terme des maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson. Mais si ces virus avaient un rôle bénéfique ? Après tout, 40 à 80% de notre information génétique pourrait provenir des virus[tooltips content= »Parrish et Tomonaga, Current Opinion in Microbiology, 2016″](5)[/tooltips] et le fonctionnement même de notre cerveau pourrait avoir été hérité d’un virus[tooltips content= »Parrish et Tomonaga, Cell, 2018″](6)[/tooltips].

La question pour nos dirigeants n’est pas mathématique (les modèles destinés à comparer les scenarii possibles d’évolution de la Covid-19 devraient rester l’apanage des épidémiologistes) ou médicale (le choix des traitements contre le SARS-CoV-2 devrait rester la prérogative des médecins) mais philosophique, peut-être même écologique: face aux menaces microbiennes dont la pandémie actuelle n’est ni la première ni la dernière manifestation, la réponse consistera-t-elle systématiquement à se terrer en attendant les outils médicaux pour les éradiquer, ou à les affronter, tout en protégeant les plus fragiles mais en assumant aussi les pertes, avec nos armes immunitaires ancestrales modelées par d’innombrables interactions passées et présentes avec les microbes ?

Herblay: doit-on parler d’ensauvagement?

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Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Mercredi soir à Herblay, une opération banale de surveillance effectuée par deux policiers s’est terminée en un drame terrible. L’enquête est en cours, alors que la société française est à cran.


Le drame d’Herblay, où deux policiers ont été attaqués avec une rare sauvagerie par trois truands, a soulevé une juste indignation. Il appelle aussi quelques réflexions.

Les premières, et peut-être au fond les plus importantes, concernent l’indécence de ceux qui disent : oui c’est terrible, mais c’est « un risque inhérent à leur fonction », pour citer un certain avocat. Factuellement, c’est évidemment exact. Un policier sait qu’il prend des risques pour accomplir sa mission, son devoir, et protéger ses concitoyens, c’est-à-dire nous tous. Mais c’est justement parce qu’il le sait et l’accepte que son engagement nous oblige tous. Les policiers, comme les gendarmes et les militaires qui prennent des risques du même ordre, ne sont pas des mercenaires. Leur dévouement n’est pas acheté : vu le montant de leurs rémunérations, s’ils ne s’engageaient que pour l’argent ils ne s’engageraient pas du tout. Et l’ingratitude est un symptôme d’une société où le sens du bien commun se perd.

Le temps de la colère

De plus, cette phrase « c’est un risque inhérent à la fonction » ne sous-entend pas seulement « ils sont payés pour ça » : c’est aussi un symptôme de banalisation. Comme si de telles agressions, au fond, étaient normales. Comme si une société où se produisent de telles agressions était une société normale. Considérons-nous vraiment que nous en sommes arrivés là, et qu’il n’y a rien à faire ? Allons-nous l’accepter ? Le temps de la colère n’est-il pas venu ?

La gravité des faits impose très certainement la discrétion aux enquêteurs chargés de l’affaire d’Herblay : dans de telles circonstances, la priorité ne peut pas être de satisfaire notre curiosité, si légitime que soit cette curiosité. Prenons donc avec prudence les informations rendues publiques jusqu’ici, nécessairement partielles.

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Voici néanmoins ce que l’on sait à ce stade. D’abord le contexte. Une zone industrielle, qui abrite pour le moment les trafics de groupes de délinquants issus de la communauté des gens du voyage. Des tensions entre bandes rivales, il est question de tentatives d’enlèvement entre voyous. Et une mission de surveillance discrète par deux policiers.

Alors qu’ils sont en planque dans la zone industrielle, les policiers sont abordés par un trio « black, métis, beur » qui les prend d’abord pour des gens du voyage. Revoici le contexte : une « guerre des gangs » pour le contrôle d’un territoire servant à toutes sortes de trafics. Il semble alors que les policiers fassent état de leur qualité : décision difficile, puisqu’elle implique de révéler aux malfrats que des surveillances sont en place, mais décision sans doute nécessaire pour faire baisser la tension compte-tenu des circonstances. Car, on s’en doute, les malfaiteurs préfèrent généralement avoir affaire aux forces de l’ordre qu’à des rivaux : les méthodes ne sont pas les mêmes.

Déchaînement de violence

Hélas. À Herblay les choses sont différentes, et dégénèrent. Au lieu de calmer le jeu, c’est un déchaînement de violence. À l’heure où j’écris, l’un des deux policiers est toujours entre la vie et la mort.

Faut-il lier cette agression à l’ensauvagement que l’on constate depuis des années, et que l’ampleur des faits et leurs échos sur les réseaux sociaux empêchent désormais médias et autorités politiques de nier ? La réponse n’est pas évidente. Une équipe des forces de l’ordre prise dans une « guerre des gangs », ce n’est pas la même chose que l’agression par une population hostile d’une patrouille qui pénètre sur un « territoire perdu » – et c’est l’occasion de le redire : la partition du territoire national, aujourd’hui, n’est plus une hypothèse, c’est une réalité. Il y a des endroits où l’objectif n’est plus d’éviter que la France se morcèle, mais de permettre à la France de reconquérir ce qui lui a été arraché et ne se soumet plus, désormais, qu’à l’autorité des bandes, des tribus ou des fanatiques religieux.

Mais est-ce le cas dans cette zone industrielle d’Herblay ? Probablement pas : là, ce ne sont pas les habitants d’un quartier qui s’en sont pris à des policiers pénétrant sur ce que les « jeunes » considèrent comme leur territoire. C’est une bande qui n’est justement pas « chez elle », et qui veut conquérir un territoire pour l’instant contrôlé par d’autres.

La violence légitime des forces de l’ordre a disparu

Pour autant, peut-on faire abstraction du contexte général ? Non. Nous le savons tous : la violence contre les forces de l’ordre ne cesse de se banaliser, aussi bien dans les faits que dans les discours – je pense évidemment à certains discours politiques bien connus d’extrême-gauche, voire de gauche. Le monopole de la violence légitime, que détient l’Etat, ne cesse d’être remis en cause – et le gouvernement a une part de responsabilité, notamment du fait de certaines décisions politiques manifestement contraires à la volonté du peuple. Mais ce n’est pas le peuple, ce « peuple des gens ordinaires » pour citer Christophe Guilluy, qui a attaqué des policiers à Herblay. C’est la délinquance des « banlieues », qui ne cesse de s’étendre, nourrie des codes et des comportements d’une culture tribale qu’il est de bon ton, chez certains, de valoriser. Inviter à l’Élysée des gens qui y hurlent qu’ils vont « brûler cette maison », ce n’est pas innocent. Dire que la famille Traoré est une « chance pour la France » et laisser Assa Traoré plastronner, ce n’est pas innocent. Refuser obstinément de dissoudre la LDNA et le PIR, ce n’est pas innocent.

Si l’extrême brutalité des trois truands a été si rapide, s’ils y ont si spontanément eu recours, c’est presque certainement parce qu’ils sont nourris par un profond sentiment d’impunité, dont ils ont fait l’expérience depuis des années dans leurs « quartiers ». Ils ont l’habitude de la passivité de l’État et de la complaisance de l’institution judiciaire face à leurs activités de prédation, face à l’ensauvagement. À ce titre, il est absolument fondamental que ceux qui s’en sont pris aux deux policiers à Herblay soient identifiés, arrêtés et punis avec une extrême sévérité : il est grand temps de faire un exemple.

Qui aura le courage politique de réarmer la République ?

Voilà où nous en sommes. Les lois, les méthodes et les habitudes qui permettent de préserver la paix dans une société paisible ne sont plus adaptées à notre situation. Nos forces de sécurité, et j’y inclus les armées, peuvent encore reconquérir les territoires perdus. L’affrontement sera brutal, mais nous le gagnerons. Encore faut-il leur en donner l’ordre, et encore faut-il que le législateur et l’autorité judiciaire ne les trahissent pas – il est trop tôt pour en évaluer précisément les conséquences, mais une récente décision de la CJUE est représentative d’une dérive idéologique qui est la principale coupable de l’ensauvagement : les droits des délinquants sont sacrés, la priorité est de désarmer l’Etat toujours suspect de volontés fascistes, et tant pis pour les victimes.

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Mais en l’absence de courage politique, en l’absence d’une volonté politique qui ira plus loin que les discours et l’affichage de statistiques pour s’attaquer enfin aux problèmes de fond, la situation continuera à dégénérer. Et viendra le jour où policiers, gendarmes et soldats en auront assez de risquer leur vie pour des gens qui ne les soutiennent pas, des gens qui exigent qu’on les protège quand ils vont dans la rue, mais qui sont les premiers à hurler aux « brutalités policières » et au « retour des heures les plus sombres » dès que, bien à l’abri derrière leurs écrans, ils voient une vidéo tronquée d’une interpellation musclée. Et ce jour-là, que se passera-t-il ?

Pour l’instant, ceux qui nous protègent tiennent bon.

Face à l’ensauvagement, face à ceux qui ne voient la France et son peuple que comme des proies, qui les haïssent, ils sont notre seul rempart. Un rempart humain, fait de courage et de dévouement malgré tout. Sachons les soutenir, sachons exiger que les politiques les soutiennent et leur donnent les moyens de remplir leurs missions, sachons exiger que l’institution judiciaire les soutienne au lieu de saboter leurs efforts voire de les poignarder dans le dos, si nous voulons qu’ils continuent à tenir.

Osons l'autorité

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Pourquoi “les vélos” seraient-ils dispensés du masque?

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© Louise MERESSE/SIPA Numéro de reportage: 00983315_000003

 Pendant la crise du coronavirus, les sympathiques cyclistes d’autrefois sont devenus les maléfiques “vélos”. Dans nos grandes villes, ces derniers bénéficient d’un statut d’exception étrange les dispensant du port du masque, tout comme les joggers. Une chronique de la philosophe Françoise Bonardel.


Un malheur, c’est bien connu, n’arrive jamais seul. Les citadins avaient déjà dû se rendre à l’évidence : l’innocente bicyclette, la bonne vieille bécane qui fit les beaux jours de leur enfance et de leurs vacances est désormais supplantée en milieu urbain par cet engin maléfique qu’est devenu le « vélo » lorsqu’il est conduit par des bobos-écolos, responsables de la planète mais pas de la sécurité des piétons. Aussi les bipèdes irréductibles pour qui la marche n’est pas qu’un slogan politique, doivent-ils redoubler de vigilance s’ils ne veulent pas terminer la journée aux urgences. Fini, le plaisir de flâner paisiblement dans Paris ! On dit d’ailleurs maintenant « les vélos » plus fréquemment que « les cyclistes », comme si leurs conducteurs s’identifiaient pleinement à ce moyen de locomotion certifié « bio ». 

Les privilégiés de l’idéologie du sport

Les pouvoirs publics ont d’ailleurs de dispensé « les usagers des modes de circulation douce » – si douce que ça, vraiment ? – de porter le masque dans la mesure où, précise la Préfecture de police de Paris, « étant de passage, ils ne font pas courir de risque de contact dans les voies dans lesquelles ils circulent. » La Préfecture ignorerait-elle que les militants de la cause cycliste circulent à peu près n’importe où ?

Quant aux joggers, personne ne semble plus se souvenir qu’ils furent, durant le confinement, jugés si dangereux pour les piétons que des créneaux horaires leur avaient été imposés!

Déjà forts du droit qu’ils s’octroient, les heureux gagnants de la loterie sanitaire vont donc pouvoir rouler à  visage découvert, tandis qu’une population de zombies masqués devra se contenter de déambuler à leurs pieds. Les joggers étant eux aussi autorisés à courir sans  masque, on constate que l’idéologie du Sport gagne décidément chaque jour du terrain au point d’influencer les décisions politico-sanitaires. On peut évidemment se dire pour se consoler que si le masque ne protège pas efficacement du coronavirus, il isole au moins de l’air pollué ambiant. Se dire aussi que tout peut encore changer d’un jour à l’autre, et le contraire du diktat du jour devenir la vérité du lendemain.

A lire aussi: La ronde infernale des vélos et patinettes, Place d’Italie à Paris

Toujours est-il qu’en matière de protection sanitaire et d’équité citoyenne les dernières décisions en vigueur ne tiennent guère la route. Il n’était déjà pas facile de savoir si, portant le masque, on se protège soi-même tout en protégeant les autres, ou si cela ne fonctionne qu’à sens unique ; le masque filtrant l’air dans un sens mais peut-être pas dans l’autre. Imaginez le stress de l’usager jouant chaque jour sa vie à pile ou face et se demandant s’il se trouve côté cour ou côté jardin ! Voilà que les choses se compliquent encore puisque les piétons, déjà défavorisés, vont devoir se faire à l’idée qu’en roulant sans masque à vélo, ou en courant comme des dératés, certains de leurs concitoyens ne risquent en aucun cas de leur transmettre le virus, ou sont mystérieusement immunisés contre un ennemi que l’on continue pourtant à dire invisible. Est-ce la vitesse de déplacement qui constituerait un cordon sanitaire naturel entre les vélos et les piétons ? On entend pourtant dire aussi que le virus peut alors, du fait de la vitesse, se répandre très largement au-delà de la distance sociale préconisée. Et que se passe-t-il dès que les cyclistes s’arrêtent – cela leur arrive ! – et marchent alors à pied en poussant leur vélo ? On peut supposer que peu d’entre eux penseront à rentrer dans le rang en se masquant.

La complaisance de la mairie de Paris avec les “mobilités douces”

D’un point de vue civique enfin, on ne voit pas pourquoi cette catégorie de la population n’aurait pas à supporter elle aussi l’inconfort qui est le lot quotidien de quantité d’activités infiniment plus pénibles, et plus utiles à la collectivité que de devoir pédaler pour se déplacer. Allez demander au métallo, au magasinier, à l’infirmière ou à la caissière de supermarché si c’est agréable de travailler toute la journée avec un masque ! Ils le font parce que des « experts » leur ont dit que c’est utile, indispensable même, pour préserver leur santé et celle de leurs concitoyens. De plein gré ou à reculons, ils le font. Alors pourquoi pas les cyclistes et usagers des trottinettes parmi lesquels on ne déplore jusqu’alors, et c’est tant mieux, aucun mort par asphyxie pour avoir porté un masque ? Des morts par excès de vitesse par contre, ou par irrespect des règles de circulation, on en compte des dizaines chaque année dans la capitale même si la Mairie de Paris reste particulièrement discrète à ce sujet.

A lire aussi, Pierre Cretin: Accueillir les réfugiés quartier du Louvre: le piège d’Anne Hidalgo est bien tendu

Quant aux joggers, eux aussi exemptés de supporter le joug collectif, personne ne semble plus se souvenir qu’ils furent, durant le confinement, jugés si dangereux pour les piétons que des créneaux horaires leur avaient été imposés afin de protéger les passants de leurs postillons quand ils sont en plein effort, hurlent au téléphone ou discutent avec leurs co-équipiers. Le jogging serait-il depuis lors devenu une activité « propre », ou bénéficie-t-il lui aussi de la sacro-sainte immunité sociale accordée au Sport, sauveur des sociétés en difficulté ? Libéré de cette limitation horaire par le déconfinement, le jogger se remit donc à courir dans toutes les rues, quelle que soit la densité de la population à certaines heures, et il peut dorénavant le faire sans masque protecteur qui risquerait de gêner sa respiration. Pour respirer à pleins poumons il y a pourtant les parcs, enfin rouverts après qu’a été levée la mesure aberrante prise lors du confinement, et qui priva les citadins de garder un minimum de contacts avec la nature et de respirer aux aussi librement. Pourquoi les joggers n’iraient-ils pas courir dans les espaces verts ou dans les lieux peu fréquentés, avec ou sans masque selon la situation du moment ? Nombre d’entre eux ont d’ailleurs assez d’esprit civique et de bon sens pour évaluer ce qu’il convient ou non de faire. Et si c’était là le fin mot d’une histoire qui s’éternise et nous mène depuis six mois la vie dure ? Être attentif, s’adapter intelligemment, et garder à tout prix ce que l’on a de plus précieux : le sens des responsabilités et la liberté de jugement.

Une « trumpisation » des médias outre-Manche ?

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Andrew Neil, 'This Morning' TV Show, London, UK - 16 Sep 2020 ITV/Shutterstock/SIPA Shutterstock40792196_000045

 


Tandis que la BBC est l’objet de critiques féroces, un de ses animateurs vedettes annonce le lancement d’une nouvelle chaîne d’informations d’esprit plus populiste, GB News. De notre côté de la Manche, on a déjà CNews!


Le journaliste britannique, Andrew Neil (notre photo), figure emblématique de la scène médiatique outre-Manche, a annoncé qu’il quittait la très étatique BBC pour prendre la tête d’une nouvelle chaîne d’informations en continu se donnant pour ambition de concurrencer BBC News et Sky News à partir de l’année prochaine. Le journaliste de 71 ans prendra la tête de GB News qui sera plutôt orientée à droite. Selon lui, le lancement de la nouvelle chaîne représente « l’événement le plus marquant qui soit arrivé dans le domaine des actualités télévisées au Royaume-Uni depuis 20 ans. » Certains commentateurs ont comparé la nouvelle chaîne à Fox News aux États-Unis. GB News promet de servir « le grand nombre de Britanniques qui se sentent mal desservis et ignorés » par les chaînes existantes. Dans l’actuelle guerre culturelle qui oppose, grosso modo, l’esprit populiste à l’esprit ultra-progressiste ou « woke », la chaîne se positionne explicitement aux antipodes de ce dernier.

La BBC sous le feu des critiques

La création de GB News arrive à un moment où la BBC est très critiquée, à la fois par une section du public britannique et un grand nombre de politiques de droite, dont le premier ministre, Boris Johnson. L’ensemble des chaînes et radios d’État est accusé de manquer d’impartialité et d’être le reflet des préoccupations des élites métropolitaines plutôt que de celles des classes populaires. Son modèle de financement, basé sur une redevance annuelle d’environ 80€, doit être renouvelé – ou pas – en 2022. Le co-fondateur de GB News, Andrew Cole, est allé jusqu’à déclarer que la BBC était une « honte » qui devrait « être démantelée. »

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Neil lui-même est un vieux routier du journalisme britannique. Aujourd’hui l’intervieweur le plus redouté par les politiciens de tous bords, ancien rédacteur en chef du très respectable Sunday Times, il travaille depuis 25 ans pour la BBC où il anime de nombreuses émissions phares. Ancien président du groupe appartenant au magnat des médias, Rupert Murdoch, qui a lancé la chaîne privée, Sky News, en 1988, il est, depuis 2008, le président du groupe qui détient le vénérable hebdomadaire, The Spectator, dont il anime la chaîne télé en ligne. Au cours de cette année, les relations entre Neil et la BBC se sont quelque peu dégradées.

Le nouveau directeur général de la BBC, Tim Davie, qui a regretté publiquement que les différentes émissions comiques du radiodiffuseur public soient trop orientées à gauche, a tenté de convaincre Neil de rester, mais celui-ci a décidé de quitter le navire. Il partira en novembre après avoir couvert les élections présidentielles aux États-Unis. La BBC a quand même rendu hommage au journaliste vétéran, regrettant son départ et ajoutant qu’il sera « toujours le bienvenu » chez elle.

Rupert Murdoch envisagerait de lancer une chaîne similaire, lui qui en a créé le modèle avec Fox News, la chaîne d’informations câblée la plus regardée aux États-Unis…

GB News aurait levé entre 55 et 65 millions de dollars, avec pour investisseur principal le groupe américain, Discovery. La chaîne sera financée par la publicité et prévoit d’embaucher près de 100 journalistes et producteurs. Disposant déjà d’une licence de diffusion, elle sera accessible dans la grande majorité des foyers britanniques via les plateformes de diffusion, Freeview, Sky et Virgin Media. Afin de se démarquer de ses rivales, GB News abandonnera le format strict des chaînes d’informations en continu pour privilégier le visionnage à la demande centré sur des émissions animées par des personnalités fortes connues du grand public.

Quand le marché fait la loi

Qu’il existe un créneau de marché pour un média qui se positionne en opposition à BBC News et à Sky News est apparemment confirmé par le fait que l’ancien employeur d’Andrew Neil, Rupert Murdoch, envisagerait de lancer une chaîne similaire. C’est justement Murdoch qui en a créé le modèle avec Fox News, la chaîne d’informations câblée la plus regardée aux États-Unis. Sa nouvelle chaîne britannique serait dirigée par David Rhodes, un ancien de Fox et de CBS.

A lire aussi : Défendre Zemmour, même s’il clive

Assiste-t-on ainsi à une sorte de « trumpisation » des médias outre-Manche ? Certes, l’esprit anti-establishment de GB News pourrait offrir une tribune à des personnalités non-conformistes de droite telles que Nigel Farage, le leader du Brexit Party, qui animait une émission à la radio londonienne, LBC, avant d’être viré pour ses critiques à l’égard des manifestations de Black Lives Matter. Pourtant, la chaîne prévoirait des intervenants appartenant à tout le spectre politique. Certes, on peut se demander si les Britanniques sont prêts pour une Fox News à l’anglaise, mais on ne sait pas non plus si le marché britannique peut supporter trois et peut-être quatre chaînes d’informations, au lieu des deux qui existent actuellement. Les Français acceptent une telle pluralité, mais le Royaume-Uni – faut-il le rappeler ? – n’est pas la France.

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Accueillir les réfugiés quartier du Louvre: le piège d’Anne Hidalgo est bien tendu

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Anne Hidalgo, septembre 2020 © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage: 00983572_000003.

Grâce à Anne Hidalgo, le centre de migrants de la porte de la Chapelle (18e arrondissement) va être déplacé dans l’ancienne mairie du 1er arrondissement de Paris. Forcément, en devenant une halte d’accueil pareille, le quartier va beaucoup changer.


Mairie du 1er arrondissement de Paris, Paris, France Photo Creative commons.

La ville de Paris ouvre un centre d’accueil dans l’ancienne mairie du 1er arrondissement. Anne Hidalgo l’a dit : « Dans l’ancienne mairie, nous installerons la halte humanitaire qui est ouverte depuis plusieurs années porte de la Chapelle. Paris continuera de jouer son rôle de ville refuge ».

Qu’il faille des endroits pour accueillir les gens qui sont dans la rue, c’est une évidence. Mais comment imaginer que le choix de ce lieu soit purement basé sur des considérations pratiques ? Personne ne peut avoir cette naïveté. La symbolique du lieu est tellement forte que cette décision apparaît vraiment comme un pur et simple acte de communication. C’est pourquoi il est intéressant d’entendre le discours que porte ce transfert de la Porte de la Chapelle vers le quartier du Louvre.

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L’ancienne mairie du 1er arrondissement jouxte l’église Saint-Germain l’Auxerrois qui fut la paroisse des rois de France, et dont la partie la plus ancienne date du 12ème siècle. Elle fait face à la colonnade du Louvre qui ferme la partie est du palais. La mairie elle-même a été construite au 19ème siècle dans l’esprit architectural de l’église voisine. Entre la rue de Rivoli et les quais de la rive droite, nous sommes au cœur d’un quartier d’une grande beauté, d’un extraordinaire prestige, où soufflent l’esprit et la culture du Paris historique et artistique.

Pourquoi ce choix ? Parce que c’est un piège tendu à tous ceux que l’immigration inquiète, et que le laxisme, la lâcheté, face à la migration irrégulière indignent. Que nous dit-il ?

  • Les migrants doivent bénéficier du meilleur. Ils ont droit à notre plus grande sollicitude, et nous devons leur faire honneur en les accueillant dans un des plus beaux endroits de la capitale ;
  • Si vous êtes surpris, voire choqués par ce choix, si vous pensez que des endroits un peu moins prestigieux et sans doute mieux adaptés auraient pu être facilement trouvés, c’est que vous êtes raciste et xénophobe ;
  • Si vous craignez que ce choix n’entraîne à terme des nuisances dommageables à l’image de ce quartier touristique, c’est que vous avez des préjugés honteux.

Le piège est bien là.

A ne pas manquer, nouveau numéro: Causeur: le coup de gueule de Robert Ménard contre les maires écolos

Oser critiquer la création d’un centre de « réfugiés » face au Palais du Louvre, c’est critiquer la création de ce lieu humanitaire en lui-même, c’est donc vouloir laisser les gens à la rue. Impossible d’échapper à ce syllogisme. Donc je m’abstiendrai de dire que cette idée me paraît farfelue et provocatrice. Je ne veux pas passer pour un une âme insensible.

Notre-Drame de Paris

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L’avenir de la Cisjordanie se joue à Sarcelles et à Brooklyn

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Tensions entre des Palestiniens et des soldats israëliens à Hébron, 28 août 2020 © Mosab Shawer / apaimages/SIPA Numéro de reportage: 00978829_000007.

L’immigration en Israël d’un cinquième seulement des communautés juives françaises et américaines, soit un million d’individus, précipiterait à coup sûr l’annexion de la Cisjordanie. Analyse.


Annoncé pour le 1er juillet dernier, le processus d’annexion d’un tiers de la Cisjordanie a été « suspendu » suite à l’accord de normalisation avec les Emirats Arabes Unis. Pour Israël, la concession est mineure. L’application d’une souveraineté pleine et entière sur le territoire occupé militairement depuis 1967 ne présentait aucun caractère d’urgence. L’initiative de Benyamin Nétanyahou obéissait surtout à des considérations électoralistes et n’aurait rien changé sur le terrain.  Cependant, on aurait tort de croire l’annexion de la Cisjordanie enterrée : elle se fera tôt ou tard, en dépit des réticences de Washington, des condamnations de l’Union européenne ou de la pusillanimité de la classe politique israélienne. Mieux : le processus ne se limitera pas à la seule vallée du Jourdain mais s’étendra à l’ensemble du territoire.

Tel-Aviv surpeuplée

Car l’annexion de la Cisjordanie ne dépend ni bon vouloir des dirigeants israéliens ni d’une quelconque offensive d’un groupe de pression tels que les évangéliques américains ou les colons israéliens. Ce processus est tout simplement lié à l’accroissement de la population israélienne. L’expansion dite « naturelle » des implantations répond à une forte demande de logements émanant de jeunes actifs, religieux et laïques, attirés en Cisjordanie par les prix de l’immobilier et un cadre de vie pastoral. L’étroite bande côtière autour de Tel-Aviv sur laquelle se concentre 80% de la population israélienne frise la saturation. Le foncier disponible à proximité des zones d’activité se trouve uniquement en Cisjordanie, à l’est de Tel-Aviv et autour de Jérusalem. La Galilée et le Néguev ne présentant guère d’attrait pour une population très majoritairement urbaine et employée dans le tertiaire.

Cette colonisation économique, non-idéologique, modifie en profondeur la donne. Elle permet à Israël de grignoter toujours plus de territoire et d’obérer définitivement la création d’un État palestinien. Ce sont les colonies laïques ou a-sionistes (orthodoxes) qui permettent aux Juifs de former aujourd’hui un quart de la population de Cisjordanie. Avec un des taux de natalité parmi les plus élevés au monde et face à des Palestiniens qui s’approchent des normes occidentales, les colons israéliens pèsent chaque jour davantage dans la balance démographique. Cette dynamique explique l’immobilisme du gouvernement Nétanyahou dans sa gestion du conflit israélo-palestinien. Il joue la montre en attendant le grand basculement démographique.

La question-clé de l’immigration vers Israël

Mais à ce rythme, les Juifs mettront encore trois décennies à devenir majoritaires en Cisjordanie et donc à pouvoir envisager sereinement l’annexion du territoire et l’octroi de la citoyenneté aux Palestiniens. Un phénomène pourrait toutefois considérablement accélérer le processus : une immigration juive massive. C’est pourquoi les stratèges israéliens observent de près les soubresauts qui agitent les deux dernières grandes communautés juives de diaspora : celles de France et des États-Unis.

À de rares exception près, comme dans le Maroc des années 50, l’État d’Israël n’a jamais soufflé sur les braises de l’antisémitisme pour encourager les Juifs à rejoindre la Terre promise. En revanche, chacun sait que la persécution des Juifs a joué un rôle déterminant dans la réussite du projet sioniste. A chaque phase critique de son histoire, c’est l’immigration juive contrainte qui a sorti le sionisme de l’impasse. Après l’obtention de la déclaration Balfour en 1917, une infime minorité des Juifs de diaspora rejoignirent Israël. La flambée de l’antisémitisme en Pologne puis en Allemagne provoqua d’opportunes vagues d’immigration et permit au Yishouv de peser démographiquement face aux Arabes palestiniens.

Après la deuxième mondiale, Ben Gourion put compter sur les rescapés de la Shoah et sur les Juifs chassés des pays arabes pour peupler le jeune Etat. Plus près de nous, l’effondrement de l’URSS au début des années 90 et l’arrivée d’un million de Juifs en Israël bouleversa la donne démographique. Pour la petite histoire, le Premier ministre d’alors, Itzhak Shamir, dut exercer d’intenses pressions sur le président américain Bush pour qu’il ferme les portes des États-Unis aux Juifs d’URSS les obligeant ainsi à « choisir » massivement Israël.

Palestiniens privés de droits civiques

La grande alya russe renforça considérablement l’implantation juive en Cisjordanie notamment dans le bloc d’Ariel et dans le Grand Jérusalem. Surtout, elle inversa le rapport de force démographique avec les Palestiniens. Un conseiller de Yasser Arafat affirma que cet afflux de Juifs en Israël acheva de convaincre le Raïs de négocier les accords d’Oslo avant que l’écart démographique ne se creuse encore davantage au détriment des Palestiniens.

Des juifs de France faisant leur aliyah (Immigration vers Israël), arrivent à l'aéroport Ben Gurion de Tel Aviv, en 2019 © JACK GUEZ / AFP
Des juifs de France faisant leur aliyah (Immigration vers Israël), arrivent à l’aéroport Ben Gurion de Tel Aviv, en 2019 © JACK GUEZ / AFP

L’immigration en Israël d’un cinquième seulement des communautés juives françaises et américaines, soit un million d’individus, précipiterait à coup sûr l’annexion de la Cisjordanie. Car le gouvernement israélien ne craint ni une flambée de violence palestinienne – très hypothétique-, ni des pressions internationales moins dissuasives que jamais. La véritable menace s’incarnerait dans un mouvement populaire palestinien du type « un homme, une voix » calqué sur celui de Nelson Mandela en Afrique du sud. Cette aspiration à la citoyenneté des Palestiniens serait parfaitement légitime et Israël pourrait difficilement se prévaloir d’être « la seule démocratie du Proche-Orient » en maintenant sous sa souveraineté deux millions de Palestiniens privés de droits civiques.

En l’état actuel du rapport de force démographique, les Juifs représentent environ deux tiers de la population vivant entre la Méditerranée et le Jourdain (bande de Gaza exclue). Avec un million de Juifs adultes en plus, l’État d’Israël s’assurerait une majorité juive écrasante et conserverait son identité nationale même en accordant la citoyenneté aux Palestiniens de Cisjordanie. En somme, le grand Israël pourrait être à la fois juif et démocratique.

Regain d’intérêt pour l’alya en France et en Amérique

Personne ne sait évidemment si la poussée de l’antisémitisme en France et aux États-Unis débouchera sur une fuite massive des Juifs de ces pays vers Israël. Contrairement au gouvernement allemand des années 30 ou aux pays arabes dans les années 50, la France de Macron et l’Amérique de Trump ne persécutent pas les Juifs mais au contraire les protègent. Nul cependant ne peut exclure un tel scénario à moyen terme tant la haine antijuive se propage dans la rue, à l’université ou sur Internet. Même les communautés juives les plus enracinées et les plus dynamiques comme Sarcelles ou Brooklyn commencent à douter ouvertement de leur avenir.

En Israël, des experts planchent déjà sur des plans d’intégration en cas d’immigration de plusieurs centaines de milliers de Juifs en provenance de France et des États-Unis. L’Agence juive et les organisations spécialisées témoignent d’un fort regain d’intérêt pour l’alya dans ces deux pays.  Si l’histoire devait se répéter, la donne du conflit israélo-palestinien s’en retrouverait une nouvelle fois bouleversée.

Farid Benyettou, le seul djihadiste qui tient la porte aux juifs et aime les caricatures

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Farid Benyettou prend la pose en 2018 © Francois Mori/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22199772_000001

Farid Benyettou se prétend « déradicalisé », mais des doutes persistent. L’inspirateur des frères Kouachi, venu au tribunal métamorphosé samedi dernier, dit être repenti. Il est en liberté.


Samedi 3 octobre 2020, c’était le jour très attendu de Farid Benyettou au procès de l’attentat de Charlie Hebdo. Le calendrier de la Cour d’assises est si chargé qu’il impose des audiences le week-end. Le repenti est venu déposer comme témoin.

Un idéologue repenti ?

Farid Benyettou, c’est l’ex-émir des Buttes-Chaumont, le mentor des frères Kouachi, celui qui leur a inoculé le virus du djihad, a forgé leurs convictions d’islamistes radicaux, celui qui les a motivés en 2004, 11 ans avant les attentats. Il avait alors 24 ans, portait la djelaba, une barbe clairsemée, de longs cheveux et un keffieh en guise de turban. Il était l’idéologue d’une filière de candidats au djihad en Irak, lui-même formé par les frères musulmans et proche du GIA algérien.

A lire aussi, l’éditorial d’Elisabeth Lévy: Charlie Hebdo, combien de divisions?

À la barre de la Cour d’assises, changement de camouflage, arrive un homme à la silhouette fine, en jean, basket et veste, aux épaules un peu voutées, les cheveux courts, de petites lunettes et l’air contrit. C’est le « petit chose » d’Alphonse Daudet, mais la comparaison s’arrête là.

Responsable mais pas coupable?

Il s’adresse à la Cour d’une voix posée, avec l’air de s’excuser à chaque prise de parole. D’ailleurs, ses premiers mots seront des excuses pour les familles des victimes parce que dit-il « j’ai une part de responsabilité dans le parcours des frères Kouachi. Sachez que je suis vraiment désolé ». Les excuses sont faites mais Benyettou l’affirme: même sans son influence criminelle, les Kouachi seraient allés voir un autre mentor et auraient commis cet attentat, il en est persuadé. Responsable mais pas trop.

A lire aussi: De la responsabilité des intellectuels en Cour d’Assises (1/2)

Condamné à six ans de prison pour association de malfaiteurs terroriste, il sort en 2009. Son travail de déradicalisation commence selon lui pendant son incarcération. Il raconte : « c’est compliqué, il y a eu des hauts et des bas, j’ai eu des rechutes ». Des rechutes dit-il, Farid Benyettou, drogué au djihad. Drogué au point d’aller voir les frères Kouachi le jour même de sa sortie de prison avant sa propre famille. Et puis Benyettou déroule un discours bien rôdé tirant sur une corde qu’il sait sensible : « Le moment décisif, c’est l’affaire Merah en 2012, j’ai voulu couper complètement mes contacts ». Complétement ? Pas tout à fait, le repenti du djihad continue à voir les Kouachi chaque semaine jusqu’en octobre 2014, trois mois avant les attentats. Que se disent-ils ? À l’écouter, il essayait de les convaincre qu’il s’était trompé, que ses prêches salafistes de 2004, c’était une erreur, que c’était fini le djihad, les attentats, le martyr et les 72 vierges. De toute évidence, Il n’a pas su les convaincre.

Un caméléon

Le sentiment de Chérif Kouachi sur les Juifs ? La haine. Oui, et c’est d’ailleurs un élément qui avait retenu son attention. Vivant dans le 19ème arrondissement de Paris, un quartier avec une communauté juive historique, l’ex-émir se laisse aller aux anecdotes : « Même en tant que djihadiste, pour le shabbat, je laissais la porte de l’immeuble ouverte pour que les habitants juifs puissent entrer sans avoir à faire le code, Chérif – lui – fermait les portes exprès, ça me gênait ». Si le moment n’était pas si grave, on sourirait. Comme les bons et les mauvais chasseurs, il y a les bons et les mauvais djihadistes. Benyettou, lui, c’était un gentil djihadiste, qui encourageait les attentats contre les apostats, théorisait la haine des mécréants et surtout celle des Juifs, mais qui leur tenait la porte à shabbat.

Les parties civiles l’interrogent :

– Avez-vous participé aux attentats des frères Kouachi ?
– Non
– Leur avez-vous donné l’autorisation de le faire ?
– Non
– Alors qui ?

Benyettou assure ne pas savoir. Il susurre quelques noms de djhadistes bien connus, Djamel Beghal, Peter Chérif… peut-être.

A lire aussi: De la responsabilité des intellectuels en Cour d’Assises (2/2)

En janvier 2015, Benyettou termine son stage d’infirmier aux urgences de la Pitié Salpêtrière où sont dirigés les blessés de l’attentat. Le milieu médical s’en émeut. Finalement, Farid Benyettou n’exercera pas comme infirmier. Il se reconvertit en chauffeur poids lourds. Farid le caméléon.

Une autre question lui est posée: « Comment reconnaître un faux repenti qui pratique la taqiya, c’est-à-dire la dissimulation, puisque le Coran l’y autorise ? » Il répond s’être engagé dans un programme de déradicalisation et a écrit un livre avec Dounia Bouzar. Et puis après tout, comme il se plait à le répéter : « Oui, je suis Charlie ». Sur les caricatures ? « C’est une forme d’expression, j’ai grandi en regardant les Guignols de l’info, je suis un grand fan de la caricature en quelque sorte ». Il faut se pincer pour le croire. Farid Benyettou, le seul djihadiste qui tient la porte aux juifs et aime les caricatures. Que dire de ses nombreuses conversations téléphoniques, courant 2014, avec des islamistes connus des services de police, avec Chérif Kouachi, avec la femme de celui-ci ? Pas grand-chose : « je leur disais que je n’avais pas le temps de les voir », « avec Chérif, c’était différent, on discutait mais on n’était plus d’accord ».

Aujourd’hui, Farid Benyettou dit ne plus se rendre à la mosquée. Quand il quitte enfin la salle d’audience, la tête basse et la démarche un peu gauche, il donne – volontairement ou pas – l’image d’un Keyser Söze version djihad dont personne ne sait vraiment ce qu’il pense, ni le risque qu’il représente en cas de rechute islamiste.

Montal et l’incendie du 5-7

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L'écrivain Jean-Pierre Montal. Photo : François Grivelet.

Jean-Pierre Montal remet le son et la lumière sur l’incendie du 5-7, tragique fait-divers survenu en novembre 1970 en Isère. 146 jeunes étaient morts brûlés vifs dans un dancing.


Dois-je l’avouer ? Pour un critique littéraire, pire qu’une faute professionnelle, c’est un aveu d’impuissance. Je me lance, j’ose nommer l’impensable : « le roman m’ennuie ! ». À dire vrai, il m’emmerderait plutôt. Voilà, c’est dit. Depuis plusieurs mois, je tente de vaincre cette lassitude qui m’emporte dès les premières lignes, je ne réussis guère à aller au-delà de la dixième page sous peine de perdre le sommeil. La force me manque. Je grogne devant tant de copies insipides et bavardes, sentencieuses et vaines. Quand cette énergie marémotrice éditoriale cessera-t-elle d’inonder ma boite à lettres ? J’ai la nausée en relevant seulement le courrier. 

Les intrigues me désolent par leur minceur assassine, les personnages m’accablent par leur esquisse faiblarde, et puis, il y a l’avènement du style obsessionnellement voyeuriste, je n’en puis plus. 

L’exception Jean-Pierre Montal

La fiction est une farce, je ne veux plus être son martyr hebdomadaire. Et puis, j’ai reçu le dernier roman d’un ami (La nuit du 5-7 aux éditions Séguier de Jean-Pierre Montal) qui se trouve être un écrivain d’élite, ce qui met le critique dans une position très délicate. Ma chronique est soit entachée d’une connivence déloyale, soit d’une jalousie suspecte. Dans les deux cas, mon avis est sujet à la controverse et aux médisances. Copinage et compagnie, milieu pourri et renvois d’ascenseur, on connaît la chanson. Eh bien, je prends ce risque. Quitte à fréquenter des gens, autant qu’ils soient de qualité supérieure. Jean-Pierre est de cette race-là. Il m’a réconcilié avec le roman après plusieurs semaines de disette.

S’il se réfère à un fait-divers tristement célèbre, l’incendie d’une boîte de nuit, le 5-7, à Saint-Laurent-du-Pont dans l’Isère, le 1er novembre 1970, ayant provoqué la mort de 146 personnes dont une majorité de jeunes et un émoi à travers tout le pays, il s’en détache, s’en déleste pour mieux le cerner. Il a l’art de contourner l’obstacle pour en saisir toute la dramaturgie. Vaguement, on se souvient de cette tragédie qui fut « oubliée », « lessivée » par la mort du Général, quelques jours plus tard. Des images d’archives en noir et blanc nous rappellent l’hécatombe et cette impression poisseuse d’une désolation totale, d’un écœurement national. La Une de Hara-Kiri avec son fameux titre « Bal tragique à Colombey – 1 mort » est encore dans toutes les mémoires. Un écrivain et croyez-moi, Montal en est un, n’est pas un petit télégraphiste, il ne ressasse pas l’actualité, il n’ânonne pas le réel, il le travaille au corps, le disloque pour le draper dans une forme d’immortalité. Son roman débute bien avant l’accident, au lendemain des décolonisations et se poursuit dans les fumigènes de la Mitterrandie. Montal ne plaque pas des images maladroites sur un événement vieux de cinquante ans ni ne se perd dans des réflexions apocryphes. Ses personnages imaginaires ne sont pas factices. Là, réside son talent, ce qui s’appelle le toucher de plume. On y croit. On les suit. On les sent. Le lecteur cale sa respiration sur eux. 

Percuter l’intime et l’histoire sociale

Montal a choisi des regards croisés, des frictions sociales, une sorte d’antimatérialisme littéraire, et puis le venin de la lose qui s’infiltre dans toutes ces pages. Un délice amer. Une manière désenchantée de faire percuter l’intime dans la grande histoire sociale et ces envolées, maximes qui claquent au vent, pleines d’humour et de désespoir : « Michel avait parfois l’impression que sans les pieds-noirs, il n’y aurait pas de rock en France. Sans eux et sans le square de la Trinité où traînaient Hallyday, Mitchell et Dutronc, le pays serait resté pris dans les glaces, telle une zone sécurisée pour des gardes-chiourmes à moustaches comme son père ou le vieux de Catherine ». Depuis ses débuts de romancier, Montal se révèle un solide conteur et surtout un naturaliste dandy. 

Peu d’écrivains français portent aussi bien le costume fit en laine vierge et décrivent si fidèlement les rapports de classe, l’affrontement invisible, la distance par le verbe ou la fripe, les accessoires des castes, les détails anodins, j’ai cru reconnaître chez lui, une filiation avec Félicien Marceau, cet autre observateur délicat des mondes engloutis. Il faut pour arriver à cette finesse d’analyse avoir une grande connaissance des mœurs de l’époque. Montal, dans la tradition stéphanoise de l’échange culturel et sportif, se sert de la figure de l’immigré italien, un certain Michel Mancielli, pour travailler les mythologies françaises. Il y a dans ce roman des moments de grâce contrebalancés sans cesse par cette fatalité qui colle à la peau. 

Thèmes fondateurs

On croirait La nuit du 5-7  écrit par un italo-américain, le ton faussement comique méditerranéen et le son électrique qui bat dans les tempes. Avec ce troisième roman, on aime déjà l’œuvre de Montal pour ses thèmes fondateurs, les relations père-fils, le rock et la variété en écho lointain, la suavité des clubs, la nuit, les amours qui titubent sur la piste et ce va-et-vient entre la province et Paris.     

Retrouvez également Jean-Pierre Montal dans le dernier numéro de Causeur, où l’écrivain consacre un long papier au roman inédit de Joseph Roth Perlefter, histoire d’un bourgeois. Magazine disponible ici.

La nuit du 5-7 de Jean-Pierre Montal – éditions Séguier.

La nuit du 5-7

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Le cas Robespierre

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Robespierre (1759-1794). Gravure du XIXᵉ siècle © ABECASIS/SIPA Numéro de reportage: 00554496_000050.

La ville natale de Robespierre, Arras, s’apprête à célébrer le Révolutionnaire. Contestable et parfois ridicule sur la forme, cette célébration pourra-t-elle néanmoins aider à la réévaluation en cours du rôle historique de l’Incorruptible?


Adulé par les faubourgs pendant la Révolution, Robespierre n’a pourtant donné son nom à aucune artère parisienne. Le projet avait été soumis à Anne Hidalgo qui l’avait jugé « peu consensuel ». La ville d’Arras voudrait réparer cet oubli, en honorant le député artésien et enfant du pays d’un musée au lieu même où il est né.

Envoyant Danton, Hebert ou Brissot à la guillotine, il a associé son nom à la Terreur et aux débordements de la Révolution. Il a aussi défendu la plèbe en exigeant qu’elle ait son pain.

Retombées touristiques

Robespierre défiait ainsi une confiscation élitiste et bourgeoise de son soulèvement. Héros ou monstre selon les mémoires, le projet se veut lui « historique », animé du noble (et pontifiant) souci de « replacer l’homme dans son contexte ». Renonçant à toute cohérence idéologique, c’est d’ailleurs une mairie centriste qui en est l’auteur. L’UDI est-elle devenue une formation « incorruptible » ? Le territoire attendrait surtout des retombées touristiques.

Et le Pas-de-Calais n’a pas (encore) réputation d’être une terre d’exil. Hélas, son terroir est pauvre en souvenirs. La mémoire locale est habituée à confondre l’âge d’or avec la fosse à charbon. Ainsi on patrimonialise les mines, comme pour éveiller l’étrange nostalgie d’une époque où la silicose épargnait rarement les survivants du coup de grisous.

Selon le journal Libération, lequel cite « la légende », l’ancien maire Jean-Marie Vanlerenberghe aurait consenti au projet après un voyage en Australie. Un touriste lui aurait lancé « Vous venez d’Arras ? La ville de Robespierre ! » Interrogé par le quotidien, un ancien professeur d’histoire et promoteur du projet, Alexandre Cousin assure en expert « un T-Shirt Robespierre cartonnerait ! » Lourdes a ses boules de neige « Bernadette de Soubirous », Ajaccio ses mugs « Bonaparte »… Alors pourquoi pas demain des mini guillotines « Robespierre » pour les fumeurs de cigare ?

Reliques

Mais avant les produits dérivés, quelques reliques seraient exposées au futur musée, comme pour y faire des miracles : des lettres plus ou moins passionnantes, un manuscrit, le tout signé Robespierre et même son acte de baptême – pas sûr cependant que cette dernière relique soit efficace au regard dont l’enfant aspergé a honoré sa promesse chrétienne. Il eut la main lourde pour fermer des églises et enfermer des prêtres réfractaires à la République ou punir ceux qui les suivaient.

Aussi, le projet qui entend « autant aborder la légende noire que la légende dorée » ne convainc pas tout le monde. Libération nous apprend qu’un ancien adjoint au patrimoine compare Robespierre à Hitler… La légende noire en a fait le précurseur du totalitarisme. Mystique de pureté, l’homme aurait été exalté par son propre amour de l’intelligence. Il l’idolâtra jusqu’à instituer pour elle le culte de la Raison – et finalement lui sacrifier par milliers opposants, amis et révoltés. Insistant sur son magnétisme et sa volonté perverse, on lui attribue les dix-sept mille morts de la Terreur, la loi des suspects, les noyades de Nantes et une certaine martyrologie contre-révolutionnaire qualifie les massacres de Vendée de « génocide ».

Une réévaluation du rôle de Robespierre ?

Rompant avec les injonctions mémorielles, idéologiques et affectives, l’histoire est depuis revenue sur cette vision des faits. En vérité, Robespierre semblait dépassé par le mécanisme dont il fut l’auteur en même temps que la victime. Perdant du combat intérieur qu’il menait de front avec un combat extérieur, il ne fut maître d’aucun de ses drames ; alors que dans l’histoire, les guerres civiles et étrangères attisent toutes les mauvaises volontés et hystéries collectives.

La Terreur visait à canaliser les violences que la révolution ne contrôlait plus. Ses chefs avaient joué avec le feu promettant au peuple des têtes, du sang, de la vengeance… lequel s’est finalement servi lui-même et l’horreur des massacres de septembre avait terrifié l’Europe.

Tout ce qu’il eut à assumer n’était pas de son fait – c’est la responsabilité, et parfois le drame, très ingrate du politique. C’est en tout cas toujours sa charge. Et on peut penser que celle du gouvernement de la France était un peu trop lourde pour l’avocat d’Arras – qui pourtant s’en contentait mal puisqu’il aurait voulu étendre sa Révolution à l’Europe entière.

Une patrimonialisation qui est un contresens

Aussi il fut incapable de prévenir l’évolution despotique de la révolution comme son horreur. Elle ne doit en tout cas rien – ou si peu – à la personnalité ou sa psychologie, finalement bien moins intéressante qu’on ne l’a pensée. Le musée entend revenir sur les lieux de sa formation et de son enfance. Intéressante en psychanalyse, la démarche est d’un faible intérêt en histoire. A l’image du projet :une imbécile patrimonialisation régionaliste du jacobinisme, lequel entendait niveler les droits et originalités provinciales de la France.

Belgique: la famille royale s’agrandit

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Conférence de presse de la plasticienne Delphine Boel, désormais princesse de Belgique, de Saxe-Cobourg © Frederic Andrieu/SIPA Numéro de reportage: 00984520_000021.

Du rififi dans la monarchie


Youpeeee ! La famille royale belge vient de s’agrandir ! Pas de bébé joufflu à l’horizon, hélas, et inutile d’envoyer des timbales en argent au palais, il s’agit simplement de la surréaliste conclusion des nombreuses tentatives de Delphine Boël de se faire enfin reconnaître pour ce qu’elle est, une bâtarde adultérine et pour ce qu’elle n’est pas, une princesse. Petit voyage au pays des fous du roi.

Bâtarde adultérine donc de l’ancien Roi des Belges Albert II, Delphine Boël avait été reconnue comme telle l’an dernier. Les amateurs de têtes couronnées avaient pu suivre cette saga ridicule et peu glorieuse, orchestrée par Maître Uytendaele, l’époux de l’ancienne ministre Laurette Onckelinckx. Celui-ci a toujours mis son point d’honneur à enfoncer des coups de boutoir dans tout ce qu’il pense être un ciment de l’unité nationale belge. Il doit d’ailleurs être le dernier des Belges à imaginer que la monarchie puisse en être un. A sa place, on viserait plutôt l’équipe de foot du Standard ou la Duvel qui réunissent bien mieux Flamands et Wallons que des rois infoutus depuis des décennies de siffler la fin de la récré particratique.

Contraint à une analyse ADN, Albert II avait donc reconnu du bout des lèvres être le père biologique de Delphine, qu’il avait eue d’une vieille maîtresse, légèrement mythomane et pensant sans rire se faire épouser. Madame Sybille de Sélys, la vieille maîtresse en question, lorgnait vers le trône ou en tout cas vers le palais. Peut-être ignorait-elle que le Prince Albert, frère du Roi, était marié et père de trois enfants. Voilà ce qui arrive quand on ne lit pas Point de Vue et Images du Monde avec suffisamment d’application. Ou peut-être ignorait-elle que, de tout temps, les princes comme les bergers ont donné des coups de canif dans le contrat sans trop s’embarrasser des conséquences de cette tocade. Voilà ce qui arrive quand on ne lit pas Paris-Match avec assez d’assiduité. Bref, elle réclama toujours que son mari et père officiel, Jacques Boël, renonçât à la paternité et qu’Albert, devenu roi entre temps, reconnût la gamine. Ce fut une grande première dans cette dynastie où les bâtards ne manquent pas et n’ont jamais fait tant d’histoires. On ne voit pas très bien d’ailleurs ce que Delphine Boël avait à gagner dans cette affaire. Artiste plasticienne approximative, dans la catégorie « Niki de Saint Phalle de proximité », peut-être espérait-elle voir monter sa côte ? C’était risqué car il apparaît que suite à ce micmac, Jacques Boël, légitimement agacé, l’aurait déshéritée. C’est ballot, la famille Boël est classée comme la quatorzième famille la plus riche de Belgique !

Delphine, bâtarde héréditaire?

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Toute fiérote d’avoir décroché son titre de bâtarde, visiblement plus pimpant que celui d’héritière de Jacques Boël, Delphine, voulut porter le nom de « Saxe Cobourg » qui sent bon la charcuterie teutonne. Mieux encore, elle exigeât de porter le titre de Princesse de Belgique. C’est assez étonnant car son comportement larmoyant pour obtenir une éprouvette de pipi de son papa putatif n’était guère aristocratique… Et ça n’a aucun sens, une princesse étant soit l’épouse d’un prince, soit la fille qu’un prince ou un roi a eue de son épouse légitime. Or Delphine n’est même pas issue d’un mariage morganatique, mais d’une partie de jambes en l’air hors mariage. «Elle ne veut pas être une enfant au rabais, elle veut avoir exactement les mêmes prérogatives, titres et qualités que ses frères et sœur» martelait son avocat, Marc Uyttendaele. Mais justement, ce ne sont pas ses frères et sœur, ce sont ses demi-frères et sa demi-sœur.

Il signalait en outre que ses enfants – Joséphine et Oscar, nés le 17 octobre 2003 et le 28 avril 2008 – devaient eux aussi pouvoir prétendre au titre de Princesse et Prince de Belgique. C’est chose faite, sauf pourvoi en cassation, depuis le premier octobre, par la grâce de la cour d’appel de Bruxelles qui lui certifie son titre. Magnanime et pas bêcheuse, Delphine a précisé qu’elle ne souhaitait pas forcément qu’on l’appelât « Son Altesse » !

Cette épilogue ouvre des perspectives grandioses ! Si l’on prend en compte la porte de service, les amourettes de cuisine et les erreurs d’un soir, il y a gros à parier que nous sommes tous issus de la bite de Jupiter… On notera au passage, quitte à faire pleurer les égalitaristes rigides, que si Albert II avait été une femme, il aurait pu accoucher sous X et personne n’aurait pu venir l’emmerder ou lui réclamer un échantillon d’ADN.

Mais le plus étonnant, ce sont les salves d’applaudissements qui accompagnent cette piteuse croisade, provenant d’une partie de la population belge. En effet, les plus fervents supporters de Delphine Boël sont aussi les thuriféraires de la GPA, du don de sperme ou d’ovule et de l’enfantement par les couples homosexuels, bref, de la reproduction 2.0 où seul compte le lien « social », la filiation biologique étant sans importance.

L’incohérence est probablement le prix à payer pour la destruction de ces vieilles lunes que sont la famille et la monarchie.