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Alexandre Vinet, le Kierkegaard vaudois

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Le billet du vaurien


De ma fenêtre du Lausanne-Palace, je distingue la statue d’Alexandre Vinet. Sur son socle, je peux lire : « Le christianisme est dans le monde l’immortelle semence de la Liberté. » Ce théologien protestant de la première moitié du dix-neuvième siècle professait une passion indéfectible pour la liberté et, sans doute, une profession de foi comme celle-ci nous parlerait-elle plus aujourd’hui : « Quand tous les périls seraient dans la liberté, toute la tranquillité dans la servitude, je préférerais encore la liberté, car la liberté, c’est la vie et la servitude, c’est la mort. »

Protestant, entre foi et incrédulité

Professeur de théologie et de littérature à l’université de Lausanne, où il fut l’ami et le collègue de Sainte-Beuve, Alexandre Vinet avait pour modèle Pascal dont les Pensées conciliaient l’exigence éthique et l’exigence esthétique. Il voyait en lui l’exemple même d’une « individualité » qu’il opposait à l’individualisme d’un Montaigne. Il ne concevait pas la littérature comme une activité autonome, se suffisant à elle-même, mais comme une voie vers la création de l’être spirituel en chacun.

Henri-Frédéric Amiel qui en fit d’abord son père spirituel, avant de prendre ses distances et de le critiquer sans ménagement , lui reprocha une ingénuité qui consiste à enfoncer des portes ouvertes et à découvrir laborieusement ce que tout le monde sait : « Il n’écrit pas pour les hommes, mais pour les pensionnats de demoiselles et de dames pieuses », asséna encore Amiel tout en reconnaissant avec une singulière lucidité que les défauts de Vinet le blessent d’autant plus que ce sont précisément les siens.

Pourtant Alexandre Vinet, aujourd’hui bien oublié, vaut mieux que cela, notamment comme théologien et je lui dois de m’avoir fait comprendre que le protestantisme est « un espace aménagé à la liberté de conscience et où peuvent s’abriter également la foi et l’incrédulité. » Il développait volontiers l’idée que là où l’incrédulité est impossible, la foi est impossible également.

Le contraire de la foi, ce n’est pas le doute, mais la certitude qu’elle soit athée ou religieuse, peu importe. Ce n’est qu’à condition de n’être pas évidente qu’une religion est une religion. Sans ce mouvement constant qui va de l’incrédulité à la foi et de la foi à l’incrédulité, nous sommes au mieux dans le dogmatisme, au pire dans les superstitions. Sur ce point Alexandre Vinet rejoint Kierkegaard. Et par ailleurs, on ne peut qu’être sensible à une certaine parenté avec un autre Lausannois à l’existence plus aventureuse et cosmopolite : Benjamin Constant.

Les jeunes filles de l’école Vinet

Dans les Carnets qu’il tenait, il eût surpris maints de ses lecteurs par ses tournures paradoxales proches d’un pessimisme d’un La Rochefoucauld dans le fond comme dans la forme : « Il me semble parfois, écrivait Vinet, qu’il est plus facile d’aimer ses ennemis que ses amis. » Ou encore : « Nous supportons plus facilement d’être dépassés que d’être égalés. » Il tenait que la recherche exclusive de la forme ruine la forme elle-même, ce qui ne l’empêcha pas de céder à la tentation romantique de composer des poèmes, goûtant ainsi au  » parfum du péché ”, tout comme Amiel l’avait fait, mais avec une mièvrerie qui laissait pantoise les jeunes filles de la bonne société lausannoise que j’avais comme élèves à l’école Vinet, précisément, dans les années soixante.

Elles portaient encore des uniformes inspirés des tenues des lycéennes japonaises avec des jupes courtes et des bas blancs retombant sur leurs chevilles. Cette école Vinet a beaucoup compté dans ma jeunesse lausannoise : elle est devenue mixte, démocratique et les jeunes filles ont délaissé les uniformes japonais pour des jeans. La religion n’y a plus cours. La perversité non plus, qui exige un certain raffinement.

Anthony Palou: Finistère amer

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Dans La Faucille d’or, Anthony Palou raconte l’enquête d’un journaliste breton à bout de souffle.


On pourrait croire ce roman inspiré par une virée arrosée réunissant Audiard, Blondin, Cioran et quelques désespérés du même acabit dans un rade où Simenon aurait envoyé le personnage principal, David Bourricot, alors que pas du tout. Bourricot a été entièrement imaginé par Anthony Palou : c’est un brave journaliste épileptique et dépressif, qui vit à Penmarch’, dans un recoin du Finistère.

Penmarc’h, tout le monde descend

Penmarc’h, c’est l’allégorie de la fin d’un monde, celui de l’enfance de Bourricot, quand son père lui disait : « David, c’est marée basse, nous allons pêcher des couteaux ou bien des pousse-pieds, selon la volonté de Dieu. » Désormais, dans le Finistère, les journalistes regardent la société à travers les dépêches de l’AFP et, à la criée du Guilvinec, les mareyeurs ne crient plus, ils pianotent sur des boîtes électroniques.

A lire aussi, Jérôme Leroy: L’apocalypse virale, un nouveau genre romanesque?

David est en deuil de tout : de son enfance, de sa maman, de Cédile sa petite fille mort-née. De son couple aussi. Marie-Hélène et son fils l’ont laissé seul pour Noël, errant dans une existence qui lui reste sur l’estomac. « Entre David et l’au-delà, il n’y avait qu’une semelle en corde de chanvre tressée. »

Son rédacteur en chef et ami l’a contraint à quitter Paris – une fois n’est pas coutume – pour mener une enquête sur le terrain. La Bredouille a pris la mer le 11 novembre. Elle faisait route vers l’archipel de Molène et d’Ouessant avant de se diriger vers la mer d’Irlande quand Pierre Kermadec est tombé par-dessus bord. L’accident est suspect. Serait-il lié au trafic de cocaïne qui inonde, paraît-il, le milieu des marins pêcheurs ? « Pourquoi faut-il que je revienne là où mon entrepreneur de père m’a vacciné contre les méfaits de la mer ? » se demande David.

La moule et la mélancolie

Voici donc notre inspecteur Colombo de contrebande, dans son imper mastic, usant ce qui lui reste d’élan vital pour pousser la porte du bistrot du coin : « La Toupie, the place to be ; ça puait la moule et la mélancolie ». Le roman s’installe dans cette atmosphère peuplée de créatures felliniennes. Marie, la serveuse, à « l’abondante poitrine laiteuse », règne sur une clientèle d’habitués comme Jean-Marc le Borgne qui a « explosé son quota de gamma GT » ou Henri-Jean de la Varende, un nain hideux, héritier brestois « dilapidant dans les machines à sous son infortune ».

A lire aussi, Thomas Morales: Montal et l’incendie du 5-7

C’est en compagnie de ce Toulouse-Lautrec au talent incertain et à l’alcoolisme avéré que David Bourricot entreprend ses recherches. Biture après biture, l’enquête piétine. David aussi, qui fait les cent pas dans ses souvenirs, arrimé au comptoir. Et rentre à son hôtel pour écrire des lettres désespérées à sa femme, lettres qu’il n’envoie pas, évidemment.

Un reste de libido l’invite à reluquer Gwenaelle et sa « jolie figure lisse de faïence Henriot » et surtout Clarisse, la veuve aux « jambes d’albâtre si érotiquement blanches » avec laquelle il ébauche un brouillon de liaison. Le temps de découvrir chez elle que le défunt mari, qui fumait des Dunhill blue, comme lui, pourrait être son double.

Minimaliste, drôle et poétique

Palou écrit avec des larmes et les sèche avec un mot d’esprit. Qu’il rehausse éventuellement d’une envolée lyrique. Ou bien en citant Nietzche : « Nous ne revoyons jamais ces choses que l’âme en deuil ».

On lit avec délectation cette chronique de l’irréparable. C’est sombre, drôle, minimaliste et poétique. Ce désespoir souriant a quelque chose d’envoûtant. C’est la marque d’un style, d’une musique, celle des grands mélancoliques de la littérature française.

La Faucille d’Or d’Anthony Palou (Éditions du Rocher).

La faucille d'or

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Denis Tillinac, l’homme qui aimait


Bérénice Levet adresse un dernier au revoir à Denis Tillinac


Denis Tillinac, l’homme qui aimait les femmes, la France, la littérature, le football, la peinture aussi. Ou qui aimait la France parce qu’elle comprenait tout cela. Un homme qui aimait. Si l’on devait garder une image de Denis, ce serait celle-ci : inaccessible au ressentiment, à la haine, à la jalousie, à ces passions viles qui corrodent et rabougrissent l’homme. Il fuyait les êtres et les choses qui alourdissent et enténèbrent l’existence.

J’ai fait la connaissance de Denis alors qu’il dirigeait les Éditions de la Table Ronde et publiait la revue L’Atelier du roman. J’avais adressé à Lakis Proguidis, le directeur de la publication, un texte, mon tout premier texte, sur Nabokov et la figure de « bon lecteur ». Denis l’avait lu, il était enthousiasmé. Sans lui, sans la confiance qu’il m’a alors témoignée, sans doute ne me serais-je jamais engagée dans la voie de l’écriture et de la participation à la vie intellectuelle. Il avait infiniment d’amitié et d’admiration pour l’ardeur d’Élisabeth Lévy qu’il retrouvait régulièrement dans l’émission de Marc-Olivier Fogiel sur RTL. Les francs-tireurs, les réfractaires à l’air du temps étaient son genre, et Causeur lui plaisait. Sous ces airs bourrus, il était d’une immense tendresse.

© Hannah Assouline
© Hannah Assouline

De droite, il était, « réac » même, comme il ne craignait pas de le clamer, mais qu’on ne se méprenne pas, il était l’homme le moins idéologique que l’on puisse concevoir. L’abstraction lui répugnait, c’est pourquoi il regardait avec méfiance la gauche. L’homme a besoin d’histoire et d’histoires, d’imaginaire, bref de racines, et toute sa vie, aussi bien dans ses romans que dans ses essais, Denis se sera employé à maintenir vivant le flambeau de l’imaginaire, de l’imaginaire français, de l’incarnation française. Il avait le don de convertir en images notre histoire – les entrées de son Dictionnaire amoureux de la France sont autant de vignettes qui nous font visiter les pièces du château qu’est notre passé. De l’imaginaire du désir aussi, qui se nourrit de la différence des sexes, de la polarité de l’homme et de la femme, de leur différend même, sans quoi il n’y a plus de jeu. Ces livres resteront comme de grands livres d’images où nous gagnerons toujours à venir nous ressourcer, nous qui, sous l’empire des idéologies, avons tant décoloré l’histoire de la France et les relations entre les hommes et les femmes.  S’il s’est toujours tenu à l’écart de la gauche, c’est qu’elle ne se guérit pas de l’aspiration à régénérer l’homme. Être de droite, c’était aussi cela pour lui : vivre réconcilié avec l’humaine condition, sans illusion mais sans désespoir non plus – et c’est pourquoi Balzac, Mauriac, Simenon (et il faut lire son Mystère Simenon) étaient ses romanciers. L’âme française, ce n’est pas seulement le titre d’un de ces livres, il l’incarnait, dans ce mélange de légèreté, de passion pour les mots, pour l’histoire. Avec lui, c’est une certaine idée de la France qui s’éteint. Et pour nous, ses amis, ses proches, une présence unique et irremplaçable.

“Le Monde” réclame la peau de Zemmour, mais oublie d’informer

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Dans un récent éditorial, le journal appelait à des sanctions contre l’intellectuel de droite


Le Monde demande dans son éditorial du 2 octobre que des « sanctions lourdes » soient prises contre CNews et Éric Zemmour. Tronquant les propos de ce dernier, utilisant les adjectifs les plus sombres (abject, raciste, multirécidiviste, haine, etc.) – qui sont d’ailleurs ceux que le quotidien n’utilise qu’avec la plus extrême parcimonie quand il s’agit de certains individus criminels dont il peine même à indiquer les prénoms – Le Monde veut la peau de Zemmour. Il n’est pas le seul.

Calimero Zemmour

France Inter aussi veut la peau de Zemmour. Sonia Devillers l’a ouvertement réclamée au président du CSA, lors d’un tout récent entretien. Rokhaya Diallo réclame la peau de Zemmour, avec des trémolos dans la voix quand elle s’adresse à Christine Kelly. Daniel Schneidermann aussi veut la peau de Zemmour, mais ce n’est pas nouveau. Le journal Libération veut la peau de Zemmour. Certains Conseils départementaux réclament la peau de Zemmour. Bref, à l’heure où l’on discute du bien-fondé ou non de la chasse à courre, tous les plus « farouches partisans du débat démocratique » sonnent l’hallali et veulent voir la peau de Zemmour leur servir de descente de lit. 

En vérité, à l’instar du « pur » sociologue Saint Just de Geoffroy de Lagasnerie, tout ce petit monde veut « reproduire un certain nombre de censures dans l’espace public, un espace où les opinions justes prennent le pouvoir sur les opinions injustes ». Aux justes et aux purs, il faut des figures contraires, des monstres qui justifient l’opération de décapitation des têtes qui dépassent. Zemmour remplit ce rôle.

A lire ensuite, Anne-Sophie Chazaud: Débat public: l’intolérance crasse de Geoffroy de Lagasnerie

Il a été rappelé dans ces colonnes que Zemmour, tout outrancier qu’il puisse être, dit des choses qui sont parfois difficiles à contredire. Il dit ce que certains Français vivent tous les jours. Ces Français-là excusent le ton polémique du bretteur parce qu’ils ont l’impression que quelqu’un dans les médias parle enfin de la réalité. C’est la raison pour laquelle la chaîne CNews remporte un succès de plus en plus grand, et que certains organes de presse, les plus « justes », les plus « vertueux » et les plus « purs », qui croyaient avoir pignon sur toute la rue, s’agacent de se voir rogner un peu de ce qu’ils croyaient être leur boulevard.

Des éditos moins cinglants sur d’autres sujets

Le Monde avait eu beaucoup de mal à se pencher sur le cas de Mila, cette jeune femme harcelée sur les réseaux sociaux par de jeunes musulmans très énervés. Le journal crépusculaire éprouve toujours beaucoup de difficulté à décliner les prénoms des agresseurs d’un chauffeur de bus ou d’un jeune homme qui prend la défense de femmes importunées dans la rue. L’information n’est jamais totalement fausse. Elle est parfois tronquée ou omise.

A lire ensuite: Une « trumpisation » des médias outre-Manche ?

Une église de Rillieux-la-Pape a fait l’objet d’une tentative d’incendie, après que plusieurs véhicules ont été brûlés dans les « quartiers ». Les pompiers se rendant sur place disent être tombés dans un guet-apens et se sont fait caillasser. Cela s’est passé dans la nuit de samedi à dimanche derniers. Le Figaro, Le Progrès, Ouest-France, Le Point, L’Obs, La Croix, Le Parisien, Causeur, 20 minutes, etc. relatent ces évènements d’une importance extrême au moment où le Président de la République et son ministre de l’Intérieur disent vouloir faire appliquer la loi la plus dure aux fauteurs de troubles. À l’heure où j’écris ces lignes, le journal dit de référence n’a encore pas écrit une seule ligne sur cette tentative de destruction d’une église et sur ces pompiers agressés. Il avait été beaucoup plus prompt à dénoncer celle contre la mosquée de Bayonne en octobre 2019, avec force détails sur l’agresseur, son nom, son appartenance politique, son âge, etc. 

Image partagée par le maire Alexandre Vincendet sur Facebook.
Image partagée par le maire Alexandre Vincendet sur Facebook.

S’il s’avère que les coupables de la tentative d’incendie de l’église de Rillieux-la-Pape comptent parmi leurs rangs un « étranger en situation irrégulière », un « mineur isolé » ou un « jeune des cités déjà condamné pour violences », nul doute que Zemmour retournera à la charge et dénoncera un État laxiste. Il le fera, comme à son habitude, en disant les mots qui fâchent. Ce sera alors sans doute l’occasion pour le journal crépusculaire de parler enfin (un peu) de l’incendie de cette église, et surtout (beaucoup) du discours forcément « irresponsable », « nauséabond » ou « raciste » d’Éric Zemmour.

A lire ensuite, Martin Pimentel: Histoire juive

NOTRE METIER A MAL TOURNE: Deux journalistes s'énervent

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Destin français

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Séparatisme: pourquoi l’Etat ne doit pas se mêler de théologie

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Si les mesures annoncées par Emmanuel Macron aux Mureaux sont encourageantes, la société française doit avant tout remplir le vide idéologique qui pousse certains jeunes en manque de repères vers l’islam radical


Le 2 octobre dernier, le Président de la République a prononcé un discours attendu contre le séparatisme islamiste. Au-delà des constats exposés sans tabous et avec clarté, le chef de l’État a annoncé une série de mesures devant être adoptées dans les semaines à venir : renforcement de la présence de l’État « au bas de chaque tour », extension du principe de neutralité aux salariés des entreprises délégataires, contrôle accru du monde associatif, limitation stricte de l’instruction à domicile, fin des ELCO[tooltips content= »
Enseignements langues et cultures d’origine »]*[/tooltips] et plus généralement, réduction de l’influence étrangère (fin de l’« islam consulaire »).

A lire aussi, Mali: Sophie Petronin, l’otage qui affectionne les jihadistes

L'Etat est laïc, la société française... vraiment plus. Emmanuel Macron à Bourtzwiller le 18 février 2020 © Sebastien Bozon/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22429774_000003
L’Etat est laïc, la société française… vraiment plus. Emmanuel Macron à Bourtzwiller le 18 février 2020 © Sebastien Bozon/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22429774_000003

D’importance variable, la plupart de ces mesures ne peuvent nuire au combat contre ce « radicalisme séparatiste » même si leur efficacité sera étroitement liée à leur déclinaison pratique. Cependant, d’autres éléments composant le projet illustrent une volonté d’influencer le dogme lui-même, la religion en tant que telle malgré les précautions oratoires indiquant qu’un « islam gallican » n’était pas souhaitable et que la structuration de l’islam n’était « bien sûr pas le travail de l’État ».

Un « islam des Lumières » façonné par l’État 

En contradiction avec une certaine tradition laïque française, la volonté affichée de favoriser un « islam des Lumières », en formant une génération d’imams et d’intellectuels défendant un « islam pleinement compatible avec les valeurs de la République » semble contre-productive.

A lire aussi, Céline Pina: La fin du déni

En effet, quelle légitimité a l’État pour définir ce qui serait un « bon islam » ? Est-ce son rôle de dire comment les musulmans doivent interpréter leurs textes ? À travers le CFCM, créé à l’initiative de l’État en 2003, l’État entend agir sur le culte de manière indirecte en labellisant des formations et des imams. Quelle efficacité espérer d’une telle démarche alors que l’on tente justement d’agir sur une partie de la population qui refuse l’institutionnalisation classique du culte, qui remet en cause les circuits traditionnels, dénonce les imams considérés comme étant des « vendus » et utilise la toile pour puiser ses sources ?

L’attachement à la Nation, le patriotisme ne se décrète pas : c’est en faisant respecter un pays fort qu’il sera aimé

Mères voilées en colère à l'école Emile Roudayre de Perpignan, juin 2019 © RAYMOND ROIG / AFP
Mères voilées en colère à l’école Emile Roudayre de Perpignan, juin 2019 © RAYMOND ROIG / AFP

De même, les annonces visant à réduire l’influence de pays étrangers révèlent une intention louable mais cela ne répond pas aux enjeux. Les musulmans français ne doivent en effet pas être condamnés à vivre leur culte à travers leurs origines familiales, ce qui sous-entend que leur religion est étrangère à notre société. De nombreuses études démontrent cependant que les imams / prêcheurs les plus radicaux sont les Français : être un imam français ou francophone n’est pas un gage de non-radicalité. À l’inverse, les imams envoyés par des pays où le contrôle sur le religieux est fort sont généralement moins virulents…

Faire respecter l’État pour faire aimer la France

Malgré les réserves exposées, ce discours a le mérite de nommer les difficultés, d’appréhender leur complexité et de promettre de s’y attaquer de façon multidimensionnelle. L’État, avant toute chose, doit s’attacher à faire respecter la loi sans se soucier des croyances des uns et des autres. Si un individu pense que sa religion l’autorise à tuer, le rôle de l’État n’est pas de le convaincre du contraire mais de faire respecter l’interdit, peu importe l’avis des théologiens.

A lire aussi, Aurélien Marq: Français, vous reprendrez bien une louche de jihadisme?

Depuis des années et avec nombre de chercheurs, nous constatons par ailleurs un lien évident entre la petite délinquance et la radicalisation (cf. le parcours de la grande majorité des djihadistes français). Détruire ce lien en renforçant la présence étatique est une composante essentielle de cette lutte. La puissance publique doit ainsi assumer une répression ferme en réponse à chaque acte délictueux, élément clé d’une politique de prévention. Cela suppose probablement des moyens supplémentaires, pour certains déjà annoncés (policiers, greffiers, juges) et la construction de places de prison permettant d’augmenter les chances d’une réinsertion réussie à travers une peine purgée de manière utile (discipline mais conditions humaines, obligation de travail ou de formation etc.).

Au-delà d’une énième politique annonçant l’ « égalité des chances » avec le risque de tomber dans une forme de discrimination positive, il convient de remplir un vide idéologique qui pousse certains jeunes en manque de repères et d’autorité vers le radicalisme. L’attachement à la Nation, le patriotisme ne se décrète pas : c’est en faisant respecter un pays fort qu’il sera aimé. La promesse d’émancipation intrinsèque à la République ne peut se réaliser qu’en assumant le rôle de l’État : autorité et affirmation de nos principes à travers l’application des règles, sans haine mais avec vigueur.

Qui sont-ils ?: Enquête sur les jeunes Musulmans de France

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Jean-Edern Hallier: Secrets d’outre-tombe. Suite

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Nouvelles révélations sanglantes (2/2)


>>> Suite d’hier <<<

Causeur. À l’heure où certains souillent les statues de Victor Hugo, Napoléon et du Général de Gaulle, vous préférez vous attaquer à celle de François Mitterrand, prolongeant ainsi l’œuvre destructrice et autodestructrice de Jean-Edern Hallier. Est-ce une façon comme une autre de perpétuer son « combat » ?

Jean-Pierre Thiollet. J’éprouve une certaine circonspection à l’égard des statues comme des noms de rues. Comme le rappelle Georg Christoph Lichtenberg, celui qui doit l’immortalité à une statue est indigne, même d’une statue… Et il n’est pas rare en France, où le recyclage de vichystes grand teint en « résistants en peau de lapin » est l’une des spécialités, que les attributions de noms à des rues soient sujettes à caution ou constituent de véritables impostures. Dans l’espace public, les statues n’ont à mon sens aucun caractère sacré. Elles peuvent avoir une valeur artistique, éminemment respectable, mais aussi une dimension politique, qui, elle, peut être très discutable. S’agissant de M. Mitterrand, j’estime que le double fait qu’une station de métro et que l’un des sites de la Bibliothèque nationale de France portent son nom est une honte. La République française a d’ailleurs tout à perdre à persister dans un déni de réalité à ce sujet. Hors du territoire hexagonal, le monde entier sait que le nom de Mitterrand est associé au crime contre l’humanité commis au Rwanda en 1994 et aux massacres qui l’ont précédé entre 1990 et 1994. Alors forcément, qui peut s’étonner que les discours sur les « valeurs » de la République française finissent par sonner de plus en plus creux et qu’il n’y ait souvent plus grand monde, en dehors des « autorités » et autres « officiels », pour assister aux cérémonies du 14 juillet… En son temps, Jean-Edern Hallier, ce visionnaire extraordinaire, avait vu juste. Il avait subodoré l’énormité, l’extrême gravité de l’imposture que constituait Mitterrand. Son intuition fut, suivant la formule attribuée à Henri Bernstein, l’intelligence qui fait un extraordinaire excès de vitesse. Pour un gain de temps de plusieurs décennies. Chapeau, l’artiste !

L’œuvre de Jean-Edern Hallier est-elle toujours hautement radioactive ? On attend en vain un numéro spécial ou un grand dossier dédié à son œuvre par une revue littéraire. Redoutent-ils encore en 2020 que les foudres de la Mitterrandie s’abattent sur leur tête s’ils venaient à consacrer Hallier ? Pourtant, le bougre a tout de même écrit plus de vingt livres et sa mémoire continue d’être saluée par des écrivains de renom. De quoi cette chape de plomb maintenue sur J.-E. Hallier par une certaine intelligentsia est-elle le nom ?

Aussi curieux que cela puisse paraître, Jean-Edern Hallier reste, près d’un quart de siècle après sa mort, un nom sulfureux. Quelques journalistes, plus ou moins bien placés dans l’environnement médiatique, le mentionnent de temps à autre. Mais il est frappant de constater qu’ils sont tous, si je puis dire, blanchis sous le harnais, pré-retraités ou retraités… Les journalistes qui font partie des générations montantes se gardent bien de prendre le moindre risque et de faire preuve de curiosité. Comme le nom de Hallier ne leur évoque souvent rien ou pas grand-chose et qu’il paraît relever d’un univers de dinosauriens, ils considèrent qu’il en va de même pour les téléspectateurs, auditeurs ou lecteurs. Enfin, les derniers tenants de la Mitterrandie, pour reprendre votre mot, veillent d’autant plus au maintien de la chape de plomb qu’ils ont conscience que le temps joue contre eux, que le système de tartufferie politico-médiatique dont ils ont amplement profité a pris un sacré coup de vieux, et qu’à terme, le combat entre Jean-Edern Hallier et M. Mitterrand, l’un des plus sinistres politiciens français du XXe siècle, se soldera par le triomphe du premier.

Vous avez créé le Cercle InterHallier, qui se réunit une fois par an à Paris pour célébrer la mémoire de l’écrivain maudit. Pouvez-vous nous en dire deux mots ?

Le Cercle InterHallier est effectivement né à mon initiative le 1er mars 2017. Un premier carré d’une centaine de personnes s’était donné rendez-vous ce jour-là au Dada, un établissement de l’avenue des Ternes que fréquenta Hallier durant les dernières années de sa vie. L’ambition de ce Cercle est triple. D’abord, bien sûr, célébrer l’écrivain. Ensuite, faire un pied de nez, dans un style un brin potache, au Cercle de l’Union Interalliée, tout en essayant de maintenir un esprit néo-hallierien de dénonciation des impostures. Enfin, contribuer à promouvoir la Littérature, mais pas seulement, c’est-à-dire l’Art sous toutes ses formes. Le Cercle InterHallier s’élargit de manière très naturelle et transversale, par cooptation souvent mais aussi sur simple demande. Sa composition compte aujourd’hui plus de 300 membres, aux « profils » diversifiés et aux origines variées.

Vous dédiez ce troisième volume à Emmanuel Macron. On peut donc être Ederniste pratiquant et en même temps macronien convaincu ?

Oui, je le crois. Emmanuel Macron n’est ni Jupiter ni Atlas. Mais il a son nom associé à une loi qui revêt un caractère historique. En outre, il s’efforce de réaliser ou d’entreprendre à peu près tout ce que les dirigeants et partis au pouvoir durant quarante ans n’ont pas eu le courage de faire… Il ne peut qu’être la « bête noire » des lobbies les plus réactionnaires qui ont sévi (et continuent de sévir) sur le territoire français — Sénat, Conseil supérieur du notariat, entre autres —, de tous ceux et celles qui aspirent à l’immobilisme ou n’ont qu’une envie : réformer les réformes qui ont pu être initiées depuis son arrivée au pouvoir et pouvoir revenir d’urgence à leur cher statu quo ante… Alors oui, on peut être « ederniste pratiquant » et « macronien convaincu ». En son temps, Jean-Edern, l’énergumène « gauchiste », accorda son soutien à Jacques Chirac et fit même efficacement campagne pour lui. Aujourd’hui, peut-être serait-il très favorable à Emmanuel Macron, sans renoncer le moins du monde à son esprit critique, provocateur ou «disruptif»…

Jean-Pierre Thiollet, Hallier. Edernellement vôtre (Éditions Néva)

Désiré-Magloire Bourneville, modèle d’excellence républicaine

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 Toute sa vie (1840-1909), ce républicain a oeuvré à la laïcisation de notre système médical. Qu’on érige une statue à cet illustre médecin français !


Désarmés par le poison de la bien-pensance et du vivre-ensemble, les Français se retrouvent à présent de plus en plus menacés par les offensives islamistes et indigénistes.

Ils observent en outre avec impuissance l’explosion des incivilités, la banalisation du vandalisme et celle des violences extrêmes. En état de sidération, ils voient également avec frayeur se multiplier les actes de barbarie sur le territoire national. Tout à coup, ils découvrent qu’ils vivent en France Orange mécanique[tooltips content= »Laurent Obertone, La France Orange mécanique, 2e éd., Paris, Ring, 2015. »](1)[/tooltips]. Dans un tel contexte, il ne se passe pas un jour sans que l’on n’évoque de tous côtés la république et ses valeurs. Tel un mantra, cette mention est devenue une référence inévitable qu’il convient obligatoirement d’invoquer, sous peine d’être soupçonné des pires desseins. Mais chacun entend ce qu’il veut bien entendre. Force est de constater en effet qu’à trop mobiliser les termes de république et de laïcité – tout en leur conférant des acceptions souvent discutables ou en leur adjoignant des adjectifs aussi inutiles que suspects – on en vient à les vider de leur substance et de leur sens.

Il s’avère par conséquent nécessaire de revisiter le parcours des hommes qui se sont battus pour imposer et ancrer ces deux principes au cœur même de notre société. D’autant plus que ces combattants-bâtisseurs nous ont légué un patrimoine précieux que nous avons l’ardente obligation morale de préserver. Parmi eux, on distingue bien sûr l’incontournable Georges Clemenceau. Une figure politique d’exception qui incarna en son temps une défense indomptable et intransigeante de ce cadre républicain et laïque. À ce titre, il reste encore à ce jour une icône légitimement et unanimement encensée.

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Pour autant, n’ignorons pas ses compagnons de lutte, ces piliers de la Troisième République qui partagèrent son combat et contribuèrent à faire avancer leur cause commune. Eux aussi remportèrent de notables succès en la matière. Eux aussi connurent une gloire bien méritée. Cependant, le nom de certains est aujourd’hui tombé dans l’oubli. Les nouvelles générations les ignorent alors que leur trajectoire exemplaire devrait pourtant les inspirer et les obliger plus que jamais en ce moment si difficile pour la France.

Désiré-Magloire Bourneville, un homme aux passions multiples et au talent éclectique, fut l’un d’entre eux. Dans le Paris de la Belle Époque, il compta parmi les personnalités les plus emblématiques de la IIIe République, l’une des plus en vue également. Grand médecin humaniste et homme politique, il s’affirma tout au long de sa vie comme un républicain intransigeant et un laïc implacable. L’héritage qu’il nous a laissé, force le respect et constitue un modèle d’excellence républicaine à revisiter. Particulièrement à l’heure où notre nation paraît si fragilisée ; à l’heure où elle doit faire face à une grave remise en cause de son identité.

Un grand médecin humaniste

Désiré-Magloire Bourneville naît dans une famille modeste de l’Eure, le 21 octobre 1840 : il y a donc 180 ans. En 1860, il entreprend des études de médecine et est nommé interne des hôpitaux cinq ans plus tard. En 66, lorsque survient l’épidémie de choléra qui ravage Amiens, il se porte volontaire pour prendre en charge les nombreuses victimes. En gage de reconnaissance, la ville le fait citoyen d’honneur. Spécialisé en neurologie, il devient en 68, l’assistant à la Salpêtrière du célèbre professeur Jean-Martin Charcot[tooltips content= »Le professeur Jean-Martin Charcot, précurseur de la psychopathologie, est alors considéré comme l’un des savants les plus illustres de son temps. »](2)[/tooltips], avant d’obtenir son doctorat de médecine en 70. Puis, il obtient un poste comme aliéniste à l’hôpital de Bicêtre.

À la charnière de sa carrière médicale et de son engagement républicain, il décide très tôt de s’investir dans le journalisme médical où il se fait rapidement remarquer, compte tenu de la vigueur percutante de sa plume. En 73, il fonde le Progrès médical, un journal qui a vocation à propager les thèses d’une médecine d’avant-garde, ouverte aux questions sociales et aux innovations scientifiques. Dans cet esprit, il publie les fameuses Leçons de Charcot, tandis que Freud, de retour à Vienne après un stage passé à la Salpêtrière, traduit pour sa part ces textes en allemand.

Très soucieux de la compétence du personnel hospitalier, Bourneville travaille à professionnaliser le métier d’infirmière et à le laïciser. Il fait ainsi créer la première école municipale d’infirmière qui ouvre à la Salpêtrière en 1878. Dans une logique ouvertement anticléricale, il conçoit lui-même l’enseignement de cette nouvelle profession, aussi bien dans ses fondements théoriques que pratiques[tooltips content= »Désiré-Magloire Bourneville Manuel pratique de la garde-malade et de l’infirmière, Paris, Progrès Médical, 1888-1889, 5 volumes. »](3)[/tooltips]. Ardent partisan de la laïcisation des hôpitaux publics, il œuvre par ailleurs avec acharnement à l’éviction des congrégations religieuses au sein de ces établissements[tooltips content= »Il déclare à leur propos : « L’État qui est laïc a le devoir de se priver du concours d’auxiliaires qui, par leurs vœux, se placent en opposition directe avec les lois de la nature et les intérêts de la société ». »](4)[/tooltips]. Enfin, révolté par l’incurie des praticiens en matière d’obstétrique, il participe à l’émergence d’une nouvelle spécialité médicale : la gynécologie.

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Cependant, le grand combat de sa vie, celui qu’il poursuit avec détermination envers et contre tous jusqu’à sa mort, reste celui qu’il mène en faveur des « idiots », ces malades que l’on désigne comme tels à son époque. Ainsi, durant plusieurs décennies, se bat-il pour que leur humanité soit reconnue et qu’ils puissent bénéficier d’une éducation adaptée à leur handicap. Sur le plan médical, il s’attache tout d’abord à démontrer que ce que l’on nomme l’idiotie n’est pas un état irrémédiable, mais au contraire une simple maladie curable. Il s’applique en particulier à démonter la thèse d’Esquirol, qui faisait alors toujours autorité, quarante ans après sa disparition. Or, partant de critères anatomopathologiques, le père de la psychiatrie française avait établi une distinction devenue canonique entre les « imbéciles » et les « idiots ». Ces derniers étant considérés par Esquirol comme « incurables », il estimait que la médecine ne pouvait rien pour eux.

À Bicêtre, Bourneville rejette toutefois cette conception scientiste qui interdisait péremptoirement d’améliorer le sort de ces prétendus « idiots ». Il conteste cette représentation normative et dépréciative qui justifie en outre les thèses eugénistes, fort en vogue en cette fin de XIXe siècle[tooltips content= »Hélène Seringe, Contribution de Bourneville à l’étude de l’idiotie. Thèse de médecine, Paris Pitié-Salpêtrière, 1972. »](5)[/tooltips]. Il démonte donc, point par point, cette catégorisation et lui substitue une vision rigoureusement clinique. L’aliéniste insiste par exemple sur la diversité des symptômes qu’il répertorie un à un et sur la variabilité de leur intensité. Puis, iI nuance les modalités de cette maladie, mettant en évidence qu’elle survient parfois tardivement. Surtout, pour établir un diagnostic fiable, il recommande de prendre en compte l’environnement sanitaire et social des maux observés. Finalement, il démontre que ce qu’Esquirol désignait jadis commodément du terme globalisant et péjoratif d’idiotie, recouvre en réalité un grand nombre d’affections dont les étiologies s’avèrent très différenciées. En définitive, le neurologue établit que le terme générique d’idiot englobe toutes les « maladies congénitales et chroniques du système nerveux ». Dès lors, toutes les conditions sont enfin réunies pour que chaque sujet malade soit désormais pris en compte et soigné dans sa singularité. Pour les enfants, qualifiés auparavant d’« idiots », Bourneville privilégie jusqu’à la fin de sa carrière l’éducation comme principal vecteur de sa thérapeutique.

Convaincu de la nécessité absolue d’une prise en charge précoce des troubles infantiles, il met ensuite en place ce qui deviendra plus tard la protection maternelle et infantile. En 1879, il prend la direction de la Fondation Vallée qui accueillait jusque-là des jeunes filles affectées d’une déficience intellectuelle. Il développe dans cet établissement une méthode très novatrice et performante fondée sur l’ouïe, le toucher, l’odorat et la marche, ce qui fait de lui l’un des principaux précurseurs de la neuropsychiatrie infantile. En 1890, il réforme profondément ce lieu au point d’en faire le premier institut médico-pédagogique de France – une institution pionnière qui existe aujourd’hui encore – et qu’il dirigera jusqu’à sa mort en 1909. C’est précisément cette année-là qu’il lance sa dernière bataille en soutenant activement une proposition du psychologue Alfred Binet. Celle-ci conduira à l’adoption d’une loi instituant un système scolaire adapté aux enfants handicapés.

Soulignons un point capital : quel que soit leur objet, il n’y a pas lieu de distinguer entre tous les combats que mena Bourneville car ils ont tous servi une seule et même cause, celle d’une France forte, républicaine et laïque.

Un républicain intransigeant et un laïc implacable

Pendant la Commune de Paris, Bourneville est nommé chirurgien-major du 160e bataillon fédéré et tente, à ce titre, de s’opposer à la répression des Versaillais après la semaine sanglante. Franc-maçon, il se lie d’amitié avec le docteur Henri Thulié, ardent propagateur d’une médecine humaniste et grand maître du Grand Orient. Passionné de politique, il s’engage sous la bannière du radicalisme aux côtés de son ami Clemenceau. En 76, il est élu conseiller municipal à Paris, puis conseiller général de la Seine en 79 avant de devenir, dans les rangs de la gauche radicale, député de la Seine de 83 à 89 où il remplace Louis Blanc, récemment disparu. À la Chambre, il s’illustre comme rapporteur du budget de l’Assistance Publique et de celui des asiles d’aliénés. Tout au long de son mandat, il ne cesse de combattre âprement en faveur d’une laïcité sans concessions. En 89, au nom de la Libre Pensée, il tient d’ailleurs à prononcer le discours pour l’inauguration de la statue d’Etienne Dolet, poète et éditeur, brûlé comme hérétique en 1546 : un geste qui donne le ton et symbolise l’engagement politique de ce libre-penseur.

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Naturellement, ses positions scientifiques et politiques lui valent d’être vivement attaqué durant toute sa vie. À titre d’illustration, rappelons simplement les propos du monarchiste, antidreyfusard et nationaliste, Léon Daudet. Ce journaliste et homme politique bien connu pour sa plume acerbe dépourvue de toute aménité, cet écrivain clérical et antisémite, brosse un portrait assassin de Bourneville dans Les Morticoles, son premier roman paru en 1894. Avec ce récit cynique et critique visant la médecine de son époque, l’auteur se permet en effet de surnommer le médecin républicain « Cloaquol » et de le décrire ainsi : « haut comme une botte, rouge comme une tomate, vindicatif et passionné ».

Malgré les nombreuses et très violentes attaques auxquelles il dût faire face tout au long de sa carrière, Bourneville ne céda jamais devant l’adversité et fit constamment preuve d’une détermination sans failles. Jusqu’à sa mort, il continua de mener un combat implacable en faveur d’une France républicaine et laïque. À l’heure où l’identité de notre pays est en discussion – sinon en question – à l’heure où l’on déboulonne sauvagement tant de statues, on peut légitimement regretter que la république française n’en ait pas édifié une pour honorer ce grand neurologue humaniste, ce grand républicain laïque qui apporta tant à notre pays.

Freud à Paris

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Progressisme vert et islamisme, les dessous d’une étrange alliance


La complaisance des mouvements progressistes envers l’islamisme ne cesse d’interroger et d’inquiéter. Comment des partis et mouvements qui se revendiquent d’idées aux antipodes de celles véhiculées par les mouvements issus de l’islam politique peuvent-ils à ce point les favoriser ?


Cette complaisance est une tendance lourde du progressisme en général mais elle est encore plus affirmée dans sa composante verte.

Pour expliquer ce phénomène, on avance habituellement deux explications :

La première est idéologique. Issus très majoritairement du gauchisme culturel, les mouvements progressistes ont une vision du monde qui se structure autour du communautarisme quel qu’il soit. Dans ce domaine, l’action du parti démocrate américain et sa conception ethnique de la citoyenneté restent des références. A cet égard, la vision progressiste de la citoyenneté rompt avec celle issue de lumières. Elle est particulariste parce que racialisée.

La seconde explication est cyniquement électorale. Sans l’apport massif du vote communautariste, les partis progressistes seraient laminés électoralement. Favoriser le communautarisme n’est donc plus simplement une option politique, c’est la condition même de la survie de ces mouvements.

Là encore, le parti démocrate est l’exemple à suivre.

Une question de spiritualité

Pour être pertinentes, ces explications ne sont pas suffisantes car elles omettent de révéler le fondement principal de cette étrange alliance : la haine ou dans tous les cas une forte hostilité vis-à-vis du judéo-christianisme.

En kiosque maintenant: Causeur: le coup de gueule de Robert Ménard contre les maires écolos

Le progressisme vert partage, en effet, avec l’islamisme, une très forte hostilité vis-vis du paradigme judéo-chrétien. Mais quelle en est l’origine ?

Au nom de l’adage les ennemis de mes ennemis sont mes amis, les progressistes verts ne reculeront devant aucune compromission…

On ne comprendra jamais rien à l’écologie politique moderne si on ne comprend pas qu’elle s’alimente aussi à une nébuleuse spirituelle apparue, principalement aux Etats-Unis, dans les années 60 : le New Age. Reposant sur un syncrétisme religieux très orientalisant, les thérapies alternatives et recyclant dans une perspective très individualiste une part non négligeable des doctrines ésotériques, le New Age se fonde sur la croyance que l’humanité serait entrée dans une nouvelle ère (la fameuse ère du verseau) qui est marquée par l’avènement d’une spiritualité nouvelle, porteuse d’une conscience universelle qui rendra inutiles toute les anciennes religions et notamment celles de la médiation. « Religion cosmique à l’état pur », le New Age marque l’apogée d’une évolution spirituelle qu’il veut définitive.

Cette nouvelle ère donnera naissance à un nouveau monde parfaitement horizontal où les frontières auront disparu et où l’humanité ne sera plus qu’une. Reposant aussi sur une vision panthéiste de la nature, le New Age affirme que l’homme redeviendra un Dieu en ne faisant plus qu’un avec Gaia.

Cette vision du monde a fortement influencé l’écologie politique et aussi la nouvelle économie qui partage avec le New Age (et ce n’est pas un hasard) la même origine géographique : la Californie.

Ces perspectives doucereuses seraient parfaitement inoffensives si elles ne véhiculaient pas une très  forte hostilité vis-vis des deux religions chargées de tous les maux à savoir le judaïsme et le catholicisme. Religions patriarcales, archaïques et reposant sur un Dieu personnel (alors que Dieu est énergie), la médiation et le dogme (pour le catholicisme), ces religions n’ont plus leur place dans la nouvelle ère, elles sont des vestiges du monde ancien.

Cette hostilité vient de loin et pour mieux la saisir il faut remonter plus en arrière dans l’histoire en s’intéressant à un mouvement spirituel qui a eu une immense influence sur le New Age : le Théosophisme. Fondée par l’occultiste russe Helena Petrovna Blavastsky dans le dernier quart du dix-neuvième siècle, la société théosophique va répandre en occident la mode des religions orientales et notamment le bouddhisme en mâtinant ces religions de conceptions profondément ancrées dans l’occultisme. Dès l’origine, le théosophisme révèle sa forte hostilité à l’endroit de ces deux religions. La question de l’antisémitisme d’Helena Blavastsky a été souvent évoquée, mais ce qui est certain c’est que chez elle comme d’ailleurs chez Annie Besant (qui lui succèdera) et comme plus tard chez Alice Bailey qui avant de créer son propre mouvement a été théosophe, le judaïsme et le catholicisme sont vus comme des religions qui n’ont plus leur place dans la nouvelle ère qui s’annonce. Religion de la « séparativité », terme qui revient souvent dans l’œuvre d’Alice Bailey, contrariant la « loi de l’unité », le judaïsme est perçu comme un vestige particulariste qui ralentit la marche vers le nouveau monde. Quant au catholicisme, il retarde, lui, la venue du Christ cosmique qui débarrassera une fois pour toutes les hommes de tout dogme et de toute médiation. Car le Christ théosophique et plus tard celui du New Age n’ont plus grand chose à voir avec le Christ historique.

Le théosophisme a un autre intérêt que l’on a souvent négligé. Il a été un compagnon de route du progressisme notamment avec Annie Besant qui dirigera la société après la mort de Mme  Blavatsky et, ce, jusqu’à sa propre mort en 1933. Très mêlée aux luttes politiques de son temps (socialisme, féminisme, lutte pour l’indépendance de l’Inde) Annie Besant restera toujours fidèle à ses combats antérieurs à son adhésion à la société théosophique. Le théosophisme a eu sur ces différents mouvements une influence qui est souvent sous-estimée. Une historienne, Olive Banks [tooltips content= »Banks, O (1986) Becoming a feminist : the social origins of first wave feminism. Brighton, Wheatsheaf Books. »](1)[/tooltips], estime ainsi que près de 10% des féministes britanniques entre 1890 et 1930 étaient théosophes et Annie Besant ne dissociera jamais luttes politiques et sociétales et combat spirituel.

Haine du passé

Le thésophisme partage, de fait,  avec le progressisme une même vision évolutionniste du monde et cette conception est aussi partagée par les adeptes du New Age.

Dans le New Age il n’y pas de place pour le passé, on est dans une sorte d’immanentisme permanent ou ce qui a été doit être regardé comme une étape, mais une étape désormais reléguée dans le musée des inutilités, d’où la haine viscérale des adeptes du New Age vis-à-vis du passé. Haine qu’ils ont transmise à leurs rejetons spirituels de la nouvelle économie et de l’écologie politique.

Plus pernicieuse est l’idée que certaines mouvements, jugés pourtant rétrogrades et destructeurs, peuvent aider à l’avènement de la nouvelle ère.

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Dans un article fort instructif, Jean-François Mayer[tooltips content= »Mayer, JF (1999) Doctrines de la race et théories du complot dans les courants ésotériques, Tangram, n°6. »](2)[/tooltips] cite un auteur[tooltips content= »Coquet, M (1984) Maitreya, Le Christ du nouvel age, L’or du Temps. »](3)[/tooltips] qui s’inscrit dans cette mouvance et qui s’interrogeant sur le rôle de certains personnages historiques (Napoléon, Lénine et Hitler) les entrevoit comme des expressions de la « force de Shambhala » car écrit-il « ils furent les destructeurs de ce qui devait être détruit, avant que l’humanité ne puisse avancer sur le chemin de la lumière ».

Cette idée n’est pas isolée et on peut même faire l’hypothèse qu’elle explique en partie, la complaisance de l’écologisme politique vis-à-vis des mouvements islamistes. Car ne nous y trompons pas, pour les progressistes verts, l’islam est aussi vu comme une religion du passé mais en s’appuyant sur le versant la plus rétrograde de cette religion ils pensent pouvoir  hâter les évolutions.

Au nom de l’adage les ennemis de mes ennemis sont mes amis, les progressistes verts ne reculeront devant aucune compromission. L’avènement du nouveau monde est, pensent-ils, à ce prix. Réduire l’écologie politique au seul gauchisme est réducteur. Elle s’alimente aussi de conceptions spirituelles qui doivent être révélées si on veut comprendre en profondeur les vrais objectifs de ce courant d’idées.

Quand l’illuminisme s’allie aux forces de la destruction, la catastrophe n’est jamais loin. Combattre l’écologie politique telle qu’elle se manifeste aujourd’hui dans notre pays n’est pas, dès lors, une option politique mais une nécessité qui s’impose à tous, quelles que puissent, par ailleurs, nos sensibilités politiques.

Le XIXe siècle à travers les âges

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Sophie Petronin, l’otage qui affectionne les jihadistes

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Sophie Petronin a déclaré: « Je vais prier, implorer les bénédictions et la miséricorde d’Allah, parce que je suis musulmane. Vous dites Sophie, mais c’est Mariam que vous avez devant vous ». Pour obtenir la libération de cette curieuse otage, qui a-t-on relâché au Mali ? Et quelle somme a-t-on payé? Retenue quatre ans, Sophie Petronin ne veut voir dans ses ravisseurs que des groupes d’opposition au régime. Après ses premières déclarations, son retour laisse un goût amer.


Qu’un fils soit heureux de retrouver sa mère se comprend parfaitement et on aurait aimé partager ce bonheur en tant que peuple. Petite fille, je me souviens des journaux télévisés d’Antenne 2 (nom de France 2 à l’époque) où tous les jours le nom des otages français au Liban et leur durée de détention ouvraient la grand-messe du 20h00, et je me souviens encore de la joie ressentie à leur libération. J’aurais aimé éprouver aujourd’hui ce même sentiment d’avoir retrouvé une compatriote perdue. Or ce n’est pas ce qui se passe et nombre de Français se demandent si un tel otage valait la peine de tant d’efforts au vu de son comportement indécent. La réponse est pourtant oui : c’est la gloire d’une nation que d’estimer qu’elle a à sauver les siens, même les plus malavisés et les moins reconnaissants. Le président français n’a tout de même pas de chance. Le retour d’un otage est en général du pain béni pour un politique, un moment de communion avec les Français qui voient leur dirigeant en sauveur de leur compatriote, donc en homme qui réalise la promesse de protection du peuple inscrite dans sa fonction. À ce titre l’émouvant retour d’une vieille dame, otage durant quatre ans au Mali, aurait dû être un moment heureux pour notre Nation. Sauf que l’otage en question a de quoi mettre très mal à l’aise.

200 djihadistes en échange de notre Tatie Danielle de la prise d’otages?

Enlevée par un groupe dénommé « Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans », dans les faits un mouvement terroriste lié à Al Quaïda, Sophie Petronin, otage tout juste libérée, refuse de les qualifier de jihadistes, paraît être à deux doigts de leur tresser des louanges et n’a pas un mot de remerciements pour la France. Pourtant sa libération pourrait bien nous avoir coûté des millions en rançon, lesquels serviront à acheter armes et munitions et à causer les massacres qui font les pays, misérables, et les orphelins, nombreux. Mais surtout, pour assurer son retour, 200 jihadistes ont été libérés qui à leur tour massacreront, tueront, pilleront et violeront, mettant encore plus en danger la vie de nos soldats qui les combattent sur le terrain.

Certes ces questions se posent dès qu’un otage est libéré. On sait que les négociations avec les ravisseurs déboucheront sur une rançon qui leur servira à poursuivre des buts criminels et on ne peut rendre les otages coupables de ces faits. Sauf quand ceux-ci font tout pour se faire enlever et soutiennent plus les assassins en les transformant en combattant de la liberté, que ceux qui ont risqué leur vie pour les délivrer.

Sophie Petronin en redemanderait presque

La femme dont il est ici question a déjà été enlevée et s’est obstinée à retourner dans cet endroit, le plus dangereux du secteur, alors que la seule question qui se posait n’était pas si elle allait être enlevée, mais quand cela allait se produire. Cette personne, qui se met en scène en diva et en pasionaria de l’humanitaire, n’est en fait qu’une exaltée qui se moque des conséquences de ses actes. Elle se prend pour une grande âme, mais n’a en fait contribué qu’à accroitre le malheur du Mali. Entre l’argent qu’elle aura indirectement fourni aux assassins islamistes et ses œuvres humanitaires, le bilan risque d’être cruel. Il est probable qu’elle aura finalement plus aidé à semer la mort qu’à sauver des vies. Son irresponsabilité sème le malheur, mais elle ne le voit même pas et a l’air de vouloir continuer à mettre les autres en danger pour pouvoir se raconter en héroïne humanitaire. Pourtant certains cadres jihadistes, auteurs d’attentats à Bamako et à Byblos, comme le mauritanien Fawaz Ould Ahmed ont été relâchés pour le plus grand malheur de la population du Mali et de nos soldats.

Qu’elle ne veuille pas en être consciente est humain : elle n’a pas voulu soutenir consciemment le financement d’Al Quaïda au Mali et il arrive, hélas, que les conséquences de nos actions nous éloignent de notre but initial, bien que nos intentions soient louables. C’est l’histoire de l’enfer pavé de bonnes intentions. Ce qui est critiquable, c’est qu’elle ait tout fait pour que cela arrive. Elle gagnerait à regarder cela en face au lieu de nous présenter la captivité comme une longue séance de méditation, une forme de retraite spirituelle où l’on vit au bon air et où l’on mange et on boit bien. Quant à ses ravisseurs, qu’elle présente comme un groupe d’opposition, ils seront ravis de voir leur propre otage les exonérer de tous leurs crimes. Les autres otages apprécieront aussi le discours de Mme Petronin : si être enlevé est l’équivalent d’une séance de médiation prolongé, pourquoi dépenser des fortunes pour sauver des otages à qui l’on offre une occasion exceptionnelle de goûter au lâcher-prise, si on en croit le discours de cette dame ? Cerise sur le gâteau, alors qu’elle devrait s’interroger sur le fait que sa volonté d’aider n’a abouti qu’à ajouter sa pierre à elle aux malheurs du monde, elle trouve judicieux d’expliquer encore qu’elle va repartir. 

Je n’achète pas cette émotion factice

Une telle inconscience est sidérante, mais ce n’est pas le pire. Ce qui est vraiment choquant, c’est de soutenir Al Quaïda en refusant de les qualifier de jihadistes. Or cette femme n’ignore aucun des méfaits des groupes terroristes au Mali. Cette phrase-là est impardonnable. Dommage que l’on essaie de nous vendre de l’émotion préfabriquée autour de cette femme, et que nombre de médias fassent semblant de ne pas entendre le discours gênant de cet otage. Un otage qui gagnerait à se taire ou à apprendre à dire simplement « merci » et « pardon ».

Ceci étant dit, quand on est otage, on n’est pas sauvé en fonction de son mérite, mais parce que le pays a un devoir envers ses citoyens. Et c’est toujours un honneur de le remplir. Dommage que ce ne soit pas la beauté de ce geste qui soit mise en avant.

Silence coupable

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Jean-Edern Hallier : Secrets d’outre-tombe


Nouvelles révélations sanglantes (partie 1/2)


Le journaliste et écrivain Jean-Pierre Thiollet, déjà auteur de deux livres sur Jean-Edern Hallier, récidive avec Edernellement vôtre. Un troisième volet consacré à l’enfant fou de la Cinquième République des Lettres, considéré un temps comme l’écrivain le plus doué de sa génération par François Mitterrand…

Causeur. Avez-vous dès le départ envisagé d’écrire un triptyque consacré à Jean-Edern Hallier ou le concept est-il venu en cours de route dans votre esprit ?

Jean-Pierre Thiollet.  Les deux… Au tout début des années 1980, peu après avoir fait sa connaissance, Jean-Edern Hallier m’avait tenu des propos que j’ai toujours en mémoire… Puis au tournant des années 2000, j’ai vu surgir des ouvrages qui ne m’ont pas paru, en général et à tort ou à raison, de nature à « asseoir » le devenir posthume de l’écrivain et de son œuvre. Pour qu’il y ait perspective de postérité, il faut, à mon sens, de la vraie « littérature secondaire », qui ne jouit d’aucune considération en France alors qu’elle est tenue en haute estime en Allemagne, aux États-Unis et dans bon nombre d’autres pays. En 2008, j’ai publié Carré d’Art : Barbey d’Aurevilly, Byron, Dali, Hallier, qui a constitué le « socle » de mon entreprise. Puis, percevant que les personnes qui avaient connu ou croisé Jean-Edern se raréfiaient et que les parutions se faisaient attendre, je me suis lancé dans l’élaboration d’une série de volumes. Le plus extraordinaire peut-être, c’est que plus j’avance dans ma démarche et plus je m’aperçois de l’ampleur de la matière à traiter… Jean-Edern Hallier, c’est une mine !

Comment expliquez-vous la fascination qu’il exerce sur vous encore aujourd’hui, sachant que votre trilogie s’inscrit dans une longue série d’une quinzaine d’ouvrages consacrés au personnage depuis sa mort, par des auteurs d’horizons divers. Pas mal pour un pestiféré à qui l’Académie française a toujours refusé le statut d’« immortel »…

La première fois que j’ai croisé Jean-Edern Hallier reste gravée dans ma mémoire. C’était il y a quarante ans, au siège du Quotidien de Paris, journal du groupe de presse dirigé par Philippe Tesson. Le premier livre de Hallier que j’ai lu, Bréviaire pour une jeunesse déracinée, m’a également beaucoup marqué. Par delà nos nombreuses conversations téléphoniques qui ont fait l’objet des fameuses écoutes de l’Élysée, j’ai rencontré à diverses reprises Jean-Edern, déjeuné en sa compagnie, et par deux fois, nous avons eu un long entretien seul à seul, sans motivation d’ordre journalistique, où je me souviens avoir été conscient du privilège et m’être montré très concentré.

Hallier est un personnage complexe, d’une grande intelligence, mais à la chaleur humaine variable

Au risque qu’elle paraisse un peu présomptueuse, je peux d’ailleurs vous faire une confidence : j’ai l’intime conviction qu’à l’occasion d’au moins l’un de ces échanges, Hallier a eu la prescience que son devenir posthume se jouait un peu ce jour-là… J’ai donc une sorte de responsabilité à son égard. Comme vous le signalez, la parution d’ouvrages plus de vingt ans après la mort d’un écrivain est un signe plutôt positif et encourageant. Mais rien n’est encore joué. Tant s’en faut. L’Académie française s’est, elle, sottement fourvoyée. Il y a eu deux ou trois de ses membres, Jean Dutourd, Jean d’Ormesson et sans doute Michel Droit, pour en avoir eu conscience. Face à la bêtise, ils ont été impuissants. C’est, à dire vrai, sans importance, d’autant que l’institution en est punie : dévaluée par la médiocrité ou l’insignifiance de la plupart de ses recrutements, sur le plan littéraire s’entend, elle n’est plus aujourd’hui qu’un Lions Club d’arrondissement.

Votre livre consiste en un patchwork littéraire, à l’image de la plupart des œuvres de votre modèle. La célébration de la vie, les bons mots et l’art de la table tiennent lieu de ferment dans cet édifice chaleureux. Signer un livre d’épicurien, est-ce finalement la meilleure façon de rendre hommage à Jean-Edern Hallier ?

La meilleure façon ? Je ne saurais le prétendre et il ne m’appartient pas de toute façon de l’assurer. Mais vous avez tout à fait raison sur le fait qu’il y a un parti pris de ma part : j’essaie en effet d’aboutir à un « profil » d’ouvrage que j’aimerais rencontrer plus souvent comme acheteur et lecteur. En outre, si l’approche peut, je le conçois, surprendre, elle ne fait à mon avis que s’inscrire dans une cohérence : Jean-Edern Hallier était lui-même un « patchwork » ambulant et son goût pour un certain art de vivre, son côté épicurien, ont existé, par-delà les difficultés et les vicissitudes, jusqu’à sa mort.

Ce troisième volet renferme des témoignages inédits, dont celui, édifiant, de l’avocate Isabelle Coutant-Peyre, qui révèle que Jean-Edern Hallier a tenté de la tuer! Et la scène vaut son pesant de delirium tremens

Soyons clairs : si la scène que vous évoquez a effectivement un caractère surréaliste et édifiant, il n’y a eu crime ni délit ni poursuite pénale… Hallier est un personnage complexe, d’une grande intelligence, mais à la chaleur humaine variable. Il pouvait lui arriver de ne penser qu’à lui-même… En particulier quand il a voulu faire décamper cette relation amicale qu’il avait accepté d’héberger et qui soudain l’encombrait. Il y a, c’est vrai, du delirium tremens dans les pages en question qui contribuent beaucoup, je crois, à l’intérêt documentaire du récit et à la portée du livre. Mais je tiens à le souligner : Isabelle Coutant-Peyre était une amie de Jean-Edern avant l’incident en question et l’est restée par la suite.

Autre révélation inédite: on y découvre le récit d’une altercation sanglante au Café de Flore, à mains nues, entre Hallier et Pierre Bergé à la suite d’accusations lancées contre ce dernier dans L’Idiot international

Cet épisode, il me semble, n’a été connu à l’époque que d’un tout petit nombre de personnes et est resté très confidentiel. L’évocation a à mon sens le triple mérite de s’appuyer sur des faits rigoureusement authentiques, d’avoir une dimension à la fois pittoresque et épique, et de renforcer la valeur documentaire de l’ouvrage. Hallier avait plus que du cran: il refusait de se laisser impressionner par les « tout-puissants » de son temps et avait un côté donquichottesque qui a de quoi, a fortiori avec le recul du temps, le rendre attachant.

À défaut d’avoir sa place dans la devanture dorée de la littérature, l’écrivain l’a trouvée dans l’histoire de la presse française, à travers L’Idiot international, qui fait toujours couler beaucoup d’encre. N’est-ce pas ce journal légendaire, dont il était le fondateur et le directeur, qui, finalement, restera le grand œuvre de Jean-Edern, lui offrant la postérité dont il rêvait ? 

Je ne le crois pas. L’Idiot, dont la reparution commença en 1989 et dont le dernier numéro sortit début 1994 fut à mon sens une erreur qui se transforma en piège. Hobereau guerillero transformé en desperado du Marais, Jean-Edern eut alors un entourage de qualité incertaine, où des êtres trop intéressés pour se révéler réellement intéressants côtoyaient des personnages douteux voire glauques. Jean-Edern évolua le plus souvent entre flagorneurs, exploiteurs toujours en puissance, faux amis et piètres agités du bocal, toujours prompts à pousser à l’irresponsabilité sans limite sans en assumer la moindre conséquence… En outre, un journal, c’est, par essence, l’actualité, le temps qui passe. À la différence du livre qui, lui, peut relever du temps qui dure. Dans ces conditions, je table bien plus sur Le Premier qui dort réveille l’autre pour que le rêve de postérité s’accomplisse.

>>> Découvrez la suite de cet entretien demain, sur Causeur.fr <<<

Jean-Pierre Thiollet, Hallier. Edernellement vôtre (Néva Éditions)

Alexandre Vinet, le Kierkegaard vaudois

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Alexandre Vinet dessiné en 1838.

Le billet du vaurien


De ma fenêtre du Lausanne-Palace, je distingue la statue d’Alexandre Vinet. Sur son socle, je peux lire : « Le christianisme est dans le monde l’immortelle semence de la Liberté. » Ce théologien protestant de la première moitié du dix-neuvième siècle professait une passion indéfectible pour la liberté et, sans doute, une profession de foi comme celle-ci nous parlerait-elle plus aujourd’hui : « Quand tous les périls seraient dans la liberté, toute la tranquillité dans la servitude, je préférerais encore la liberté, car la liberté, c’est la vie et la servitude, c’est la mort. »

Protestant, entre foi et incrédulité

Professeur de théologie et de littérature à l’université de Lausanne, où il fut l’ami et le collègue de Sainte-Beuve, Alexandre Vinet avait pour modèle Pascal dont les Pensées conciliaient l’exigence éthique et l’exigence esthétique. Il voyait en lui l’exemple même d’une « individualité » qu’il opposait à l’individualisme d’un Montaigne. Il ne concevait pas la littérature comme une activité autonome, se suffisant à elle-même, mais comme une voie vers la création de l’être spirituel en chacun.

Henri-Frédéric Amiel qui en fit d’abord son père spirituel, avant de prendre ses distances et de le critiquer sans ménagement , lui reprocha une ingénuité qui consiste à enfoncer des portes ouvertes et à découvrir laborieusement ce que tout le monde sait : « Il n’écrit pas pour les hommes, mais pour les pensionnats de demoiselles et de dames pieuses », asséna encore Amiel tout en reconnaissant avec une singulière lucidité que les défauts de Vinet le blessent d’autant plus que ce sont précisément les siens.

Pourtant Alexandre Vinet, aujourd’hui bien oublié, vaut mieux que cela, notamment comme théologien et je lui dois de m’avoir fait comprendre que le protestantisme est « un espace aménagé à la liberté de conscience et où peuvent s’abriter également la foi et l’incrédulité. » Il développait volontiers l’idée que là où l’incrédulité est impossible, la foi est impossible également.

Le contraire de la foi, ce n’est pas le doute, mais la certitude qu’elle soit athée ou religieuse, peu importe. Ce n’est qu’à condition de n’être pas évidente qu’une religion est une religion. Sans ce mouvement constant qui va de l’incrédulité à la foi et de la foi à l’incrédulité, nous sommes au mieux dans le dogmatisme, au pire dans les superstitions. Sur ce point Alexandre Vinet rejoint Kierkegaard. Et par ailleurs, on ne peut qu’être sensible à une certaine parenté avec un autre Lausannois à l’existence plus aventureuse et cosmopolite : Benjamin Constant.

Les jeunes filles de l’école Vinet

Dans les Carnets qu’il tenait, il eût surpris maints de ses lecteurs par ses tournures paradoxales proches d’un pessimisme d’un La Rochefoucauld dans le fond comme dans la forme : « Il me semble parfois, écrivait Vinet, qu’il est plus facile d’aimer ses ennemis que ses amis. » Ou encore : « Nous supportons plus facilement d’être dépassés que d’être égalés. » Il tenait que la recherche exclusive de la forme ruine la forme elle-même, ce qui ne l’empêcha pas de céder à la tentation romantique de composer des poèmes, goûtant ainsi au  » parfum du péché ”, tout comme Amiel l’avait fait, mais avec une mièvrerie qui laissait pantoise les jeunes filles de la bonne société lausannoise que j’avais comme élèves à l’école Vinet, précisément, dans les années soixante.

Elles portaient encore des uniformes inspirés des tenues des lycéennes japonaises avec des jupes courtes et des bas blancs retombant sur leurs chevilles. Cette école Vinet a beaucoup compté dans ma jeunesse lausannoise : elle est devenue mixte, démocratique et les jeunes filles ont délaissé les uniformes japonais pour des jeans. La religion n’y a plus cours. La perversité non plus, qui exige un certain raffinement.

Anthony Palou: Finistère amer

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L'écrivain Anthony Palou © GINIES/SIPA Numéro de reportage: 00607499_000007.

Dans La Faucille d’or, Anthony Palou raconte l’enquête d’un journaliste breton à bout de souffle.


On pourrait croire ce roman inspiré par une virée arrosée réunissant Audiard, Blondin, Cioran et quelques désespérés du même acabit dans un rade où Simenon aurait envoyé le personnage principal, David Bourricot, alors que pas du tout. Bourricot a été entièrement imaginé par Anthony Palou : c’est un brave journaliste épileptique et dépressif, qui vit à Penmarch’, dans un recoin du Finistère.

Penmarc’h, tout le monde descend

Penmarc’h, c’est l’allégorie de la fin d’un monde, celui de l’enfance de Bourricot, quand son père lui disait : « David, c’est marée basse, nous allons pêcher des couteaux ou bien des pousse-pieds, selon la volonté de Dieu. » Désormais, dans le Finistère, les journalistes regardent la société à travers les dépêches de l’AFP et, à la criée du Guilvinec, les mareyeurs ne crient plus, ils pianotent sur des boîtes électroniques.

A lire aussi, Jérôme Leroy: L’apocalypse virale, un nouveau genre romanesque?

David est en deuil de tout : de son enfance, de sa maman, de Cédile sa petite fille mort-née. De son couple aussi. Marie-Hélène et son fils l’ont laissé seul pour Noël, errant dans une existence qui lui reste sur l’estomac. « Entre David et l’au-delà, il n’y avait qu’une semelle en corde de chanvre tressée. »

Son rédacteur en chef et ami l’a contraint à quitter Paris – une fois n’est pas coutume – pour mener une enquête sur le terrain. La Bredouille a pris la mer le 11 novembre. Elle faisait route vers l’archipel de Molène et d’Ouessant avant de se diriger vers la mer d’Irlande quand Pierre Kermadec est tombé par-dessus bord. L’accident est suspect. Serait-il lié au trafic de cocaïne qui inonde, paraît-il, le milieu des marins pêcheurs ? « Pourquoi faut-il que je revienne là où mon entrepreneur de père m’a vacciné contre les méfaits de la mer ? » se demande David.

La moule et la mélancolie

Voici donc notre inspecteur Colombo de contrebande, dans son imper mastic, usant ce qui lui reste d’élan vital pour pousser la porte du bistrot du coin : « La Toupie, the place to be ; ça puait la moule et la mélancolie ». Le roman s’installe dans cette atmosphère peuplée de créatures felliniennes. Marie, la serveuse, à « l’abondante poitrine laiteuse », règne sur une clientèle d’habitués comme Jean-Marc le Borgne qui a « explosé son quota de gamma GT » ou Henri-Jean de la Varende, un nain hideux, héritier brestois « dilapidant dans les machines à sous son infortune ».

A lire aussi, Thomas Morales: Montal et l’incendie du 5-7

C’est en compagnie de ce Toulouse-Lautrec au talent incertain et à l’alcoolisme avéré que David Bourricot entreprend ses recherches. Biture après biture, l’enquête piétine. David aussi, qui fait les cent pas dans ses souvenirs, arrimé au comptoir. Et rentre à son hôtel pour écrire des lettres désespérées à sa femme, lettres qu’il n’envoie pas, évidemment.

Un reste de libido l’invite à reluquer Gwenaelle et sa « jolie figure lisse de faïence Henriot » et surtout Clarisse, la veuve aux « jambes d’albâtre si érotiquement blanches » avec laquelle il ébauche un brouillon de liaison. Le temps de découvrir chez elle que le défunt mari, qui fumait des Dunhill blue, comme lui, pourrait être son double.

Minimaliste, drôle et poétique

Palou écrit avec des larmes et les sèche avec un mot d’esprit. Qu’il rehausse éventuellement d’une envolée lyrique. Ou bien en citant Nietzche : « Nous ne revoyons jamais ces choses que l’âme en deuil ».

On lit avec délectation cette chronique de l’irréparable. C’est sombre, drôle, minimaliste et poétique. Ce désespoir souriant a quelque chose d’envoûtant. C’est la marque d’un style, d’une musique, celle des grands mélancoliques de la littérature française.

La Faucille d’Or d’Anthony Palou (Éditions du Rocher).

La faucille d'or

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Denis Tillinac, l’homme qui aimait

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L'écrivain français Denis Tillinac © Photo: Hannah Assouline

Bérénice Levet adresse un dernier au revoir à Denis Tillinac


Denis Tillinac, l’homme qui aimait les femmes, la France, la littérature, le football, la peinture aussi. Ou qui aimait la France parce qu’elle comprenait tout cela. Un homme qui aimait. Si l’on devait garder une image de Denis, ce serait celle-ci : inaccessible au ressentiment, à la haine, à la jalousie, à ces passions viles qui corrodent et rabougrissent l’homme. Il fuyait les êtres et les choses qui alourdissent et enténèbrent l’existence.

J’ai fait la connaissance de Denis alors qu’il dirigeait les Éditions de la Table Ronde et publiait la revue L’Atelier du roman. J’avais adressé à Lakis Proguidis, le directeur de la publication, un texte, mon tout premier texte, sur Nabokov et la figure de « bon lecteur ». Denis l’avait lu, il était enthousiasmé. Sans lui, sans la confiance qu’il m’a alors témoignée, sans doute ne me serais-je jamais engagée dans la voie de l’écriture et de la participation à la vie intellectuelle. Il avait infiniment d’amitié et d’admiration pour l’ardeur d’Élisabeth Lévy qu’il retrouvait régulièrement dans l’émission de Marc-Olivier Fogiel sur RTL. Les francs-tireurs, les réfractaires à l’air du temps étaient son genre, et Causeur lui plaisait. Sous ces airs bourrus, il était d’une immense tendresse.

© Hannah Assouline
© Hannah Assouline

De droite, il était, « réac » même, comme il ne craignait pas de le clamer, mais qu’on ne se méprenne pas, il était l’homme le moins idéologique que l’on puisse concevoir. L’abstraction lui répugnait, c’est pourquoi il regardait avec méfiance la gauche. L’homme a besoin d’histoire et d’histoires, d’imaginaire, bref de racines, et toute sa vie, aussi bien dans ses romans que dans ses essais, Denis se sera employé à maintenir vivant le flambeau de l’imaginaire, de l’imaginaire français, de l’incarnation française. Il avait le don de convertir en images notre histoire – les entrées de son Dictionnaire amoureux de la France sont autant de vignettes qui nous font visiter les pièces du château qu’est notre passé. De l’imaginaire du désir aussi, qui se nourrit de la différence des sexes, de la polarité de l’homme et de la femme, de leur différend même, sans quoi il n’y a plus de jeu. Ces livres resteront comme de grands livres d’images où nous gagnerons toujours à venir nous ressourcer, nous qui, sous l’empire des idéologies, avons tant décoloré l’histoire de la France et les relations entre les hommes et les femmes.  S’il s’est toujours tenu à l’écart de la gauche, c’est qu’elle ne se guérit pas de l’aspiration à régénérer l’homme. Être de droite, c’était aussi cela pour lui : vivre réconcilié avec l’humaine condition, sans illusion mais sans désespoir non plus – et c’est pourquoi Balzac, Mauriac, Simenon (et il faut lire son Mystère Simenon) étaient ses romanciers. L’âme française, ce n’est pas seulement le titre d’un de ces livres, il l’incarnait, dans ce mélange de légèreté, de passion pour les mots, pour l’histoire. Avec lui, c’est une certaine idée de la France qui s’éteint. Et pour nous, ses amis, ses proches, une présence unique et irremplaçable.

“Le Monde” réclame la peau de Zemmour, mais oublie d’informer

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Eric Zemmour se rit des critiques du "Monde". Il voit l'audience de son émission progresser et poursuit la bataille des idées © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage: 00893237_000004.

Dans un récent éditorial, le journal appelait à des sanctions contre l’intellectuel de droite


Le Monde demande dans son éditorial du 2 octobre que des « sanctions lourdes » soient prises contre CNews et Éric Zemmour. Tronquant les propos de ce dernier, utilisant les adjectifs les plus sombres (abject, raciste, multirécidiviste, haine, etc.) – qui sont d’ailleurs ceux que le quotidien n’utilise qu’avec la plus extrême parcimonie quand il s’agit de certains individus criminels dont il peine même à indiquer les prénoms – Le Monde veut la peau de Zemmour. Il n’est pas le seul.

Calimero Zemmour

France Inter aussi veut la peau de Zemmour. Sonia Devillers l’a ouvertement réclamée au président du CSA, lors d’un tout récent entretien. Rokhaya Diallo réclame la peau de Zemmour, avec des trémolos dans la voix quand elle s’adresse à Christine Kelly. Daniel Schneidermann aussi veut la peau de Zemmour, mais ce n’est pas nouveau. Le journal Libération veut la peau de Zemmour. Certains Conseils départementaux réclament la peau de Zemmour. Bref, à l’heure où l’on discute du bien-fondé ou non de la chasse à courre, tous les plus « farouches partisans du débat démocratique » sonnent l’hallali et veulent voir la peau de Zemmour leur servir de descente de lit. 

En vérité, à l’instar du « pur » sociologue Saint Just de Geoffroy de Lagasnerie, tout ce petit monde veut « reproduire un certain nombre de censures dans l’espace public, un espace où les opinions justes prennent le pouvoir sur les opinions injustes ». Aux justes et aux purs, il faut des figures contraires, des monstres qui justifient l’opération de décapitation des têtes qui dépassent. Zemmour remplit ce rôle.

A lire ensuite, Anne-Sophie Chazaud: Débat public: l’intolérance crasse de Geoffroy de Lagasnerie

Il a été rappelé dans ces colonnes que Zemmour, tout outrancier qu’il puisse être, dit des choses qui sont parfois difficiles à contredire. Il dit ce que certains Français vivent tous les jours. Ces Français-là excusent le ton polémique du bretteur parce qu’ils ont l’impression que quelqu’un dans les médias parle enfin de la réalité. C’est la raison pour laquelle la chaîne CNews remporte un succès de plus en plus grand, et que certains organes de presse, les plus « justes », les plus « vertueux » et les plus « purs », qui croyaient avoir pignon sur toute la rue, s’agacent de se voir rogner un peu de ce qu’ils croyaient être leur boulevard.

Des éditos moins cinglants sur d’autres sujets

Le Monde avait eu beaucoup de mal à se pencher sur le cas de Mila, cette jeune femme harcelée sur les réseaux sociaux par de jeunes musulmans très énervés. Le journal crépusculaire éprouve toujours beaucoup de difficulté à décliner les prénoms des agresseurs d’un chauffeur de bus ou d’un jeune homme qui prend la défense de femmes importunées dans la rue. L’information n’est jamais totalement fausse. Elle est parfois tronquée ou omise.

A lire ensuite: Une « trumpisation » des médias outre-Manche ?

Une église de Rillieux-la-Pape a fait l’objet d’une tentative d’incendie, après que plusieurs véhicules ont été brûlés dans les « quartiers ». Les pompiers se rendant sur place disent être tombés dans un guet-apens et se sont fait caillasser. Cela s’est passé dans la nuit de samedi à dimanche derniers. Le Figaro, Le Progrès, Ouest-France, Le Point, L’Obs, La Croix, Le Parisien, Causeur, 20 minutes, etc. relatent ces évènements d’une importance extrême au moment où le Président de la République et son ministre de l’Intérieur disent vouloir faire appliquer la loi la plus dure aux fauteurs de troubles. À l’heure où j’écris ces lignes, le journal dit de référence n’a encore pas écrit une seule ligne sur cette tentative de destruction d’une église et sur ces pompiers agressés. Il avait été beaucoup plus prompt à dénoncer celle contre la mosquée de Bayonne en octobre 2019, avec force détails sur l’agresseur, son nom, son appartenance politique, son âge, etc. 

Image partagée par le maire Alexandre Vincendet sur Facebook.
Image partagée par le maire Alexandre Vincendet sur Facebook.

S’il s’avère que les coupables de la tentative d’incendie de l’église de Rillieux-la-Pape comptent parmi leurs rangs un « étranger en situation irrégulière », un « mineur isolé » ou un « jeune des cités déjà condamné pour violences », nul doute que Zemmour retournera à la charge et dénoncera un État laxiste. Il le fera, comme à son habitude, en disant les mots qui fâchent. Ce sera alors sans doute l’occasion pour le journal crépusculaire de parler enfin (un peu) de l’incendie de cette église, et surtout (beaucoup) du discours forcément « irresponsable », « nauséabond » ou « raciste » d’Éric Zemmour.

A lire ensuite, Martin Pimentel: Histoire juive

NOTRE METIER A MAL TOURNE: Deux journalistes s'énervent

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Séparatisme: pourquoi l’Etat ne doit pas se mêler de théologie

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Le président Emmanuel Macron aux Mureaux (78), le 2 octobre 2020 © Eric TSCHAEN/POOL/SIPA Numéro de reportage : 00984097_000011.

Si les mesures annoncées par Emmanuel Macron aux Mureaux sont encourageantes, la société française doit avant tout remplir le vide idéologique qui pousse certains jeunes en manque de repères vers l’islam radical


Le 2 octobre dernier, le Président de la République a prononcé un discours attendu contre le séparatisme islamiste. Au-delà des constats exposés sans tabous et avec clarté, le chef de l’État a annoncé une série de mesures devant être adoptées dans les semaines à venir : renforcement de la présence de l’État « au bas de chaque tour », extension du principe de neutralité aux salariés des entreprises délégataires, contrôle accru du monde associatif, limitation stricte de l’instruction à domicile, fin des ELCO[tooltips content= »
Enseignements langues et cultures d’origine »]*[/tooltips] et plus généralement, réduction de l’influence étrangère (fin de l’« islam consulaire »).

A lire aussi, Mali: Sophie Petronin, l’otage qui affectionne les jihadistes

L'Etat est laïc, la société française... vraiment plus. Emmanuel Macron à Bourtzwiller le 18 février 2020 © Sebastien Bozon/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22429774_000003
L’Etat est laïc, la société française… vraiment plus. Emmanuel Macron à Bourtzwiller le 18 février 2020 © Sebastien Bozon/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22429774_000003

D’importance variable, la plupart de ces mesures ne peuvent nuire au combat contre ce « radicalisme séparatiste » même si leur efficacité sera étroitement liée à leur déclinaison pratique. Cependant, d’autres éléments composant le projet illustrent une volonté d’influencer le dogme lui-même, la religion en tant que telle malgré les précautions oratoires indiquant qu’un « islam gallican » n’était pas souhaitable et que la structuration de l’islam n’était « bien sûr pas le travail de l’État ».

Un « islam des Lumières » façonné par l’État 

En contradiction avec une certaine tradition laïque française, la volonté affichée de favoriser un « islam des Lumières », en formant une génération d’imams et d’intellectuels défendant un « islam pleinement compatible avec les valeurs de la République » semble contre-productive.

A lire aussi, Céline Pina: La fin du déni

En effet, quelle légitimité a l’État pour définir ce qui serait un « bon islam » ? Est-ce son rôle de dire comment les musulmans doivent interpréter leurs textes ? À travers le CFCM, créé à l’initiative de l’État en 2003, l’État entend agir sur le culte de manière indirecte en labellisant des formations et des imams. Quelle efficacité espérer d’une telle démarche alors que l’on tente justement d’agir sur une partie de la population qui refuse l’institutionnalisation classique du culte, qui remet en cause les circuits traditionnels, dénonce les imams considérés comme étant des « vendus » et utilise la toile pour puiser ses sources ?

L’attachement à la Nation, le patriotisme ne se décrète pas : c’est en faisant respecter un pays fort qu’il sera aimé

Mères voilées en colère à l'école Emile Roudayre de Perpignan, juin 2019 © RAYMOND ROIG / AFP
Mères voilées en colère à l’école Emile Roudayre de Perpignan, juin 2019 © RAYMOND ROIG / AFP

De même, les annonces visant à réduire l’influence de pays étrangers révèlent une intention louable mais cela ne répond pas aux enjeux. Les musulmans français ne doivent en effet pas être condamnés à vivre leur culte à travers leurs origines familiales, ce qui sous-entend que leur religion est étrangère à notre société. De nombreuses études démontrent cependant que les imams / prêcheurs les plus radicaux sont les Français : être un imam français ou francophone n’est pas un gage de non-radicalité. À l’inverse, les imams envoyés par des pays où le contrôle sur le religieux est fort sont généralement moins virulents…

Faire respecter l’État pour faire aimer la France

Malgré les réserves exposées, ce discours a le mérite de nommer les difficultés, d’appréhender leur complexité et de promettre de s’y attaquer de façon multidimensionnelle. L’État, avant toute chose, doit s’attacher à faire respecter la loi sans se soucier des croyances des uns et des autres. Si un individu pense que sa religion l’autorise à tuer, le rôle de l’État n’est pas de le convaincre du contraire mais de faire respecter l’interdit, peu importe l’avis des théologiens.

A lire aussi, Aurélien Marq: Français, vous reprendrez bien une louche de jihadisme?

Depuis des années et avec nombre de chercheurs, nous constatons par ailleurs un lien évident entre la petite délinquance et la radicalisation (cf. le parcours de la grande majorité des djihadistes français). Détruire ce lien en renforçant la présence étatique est une composante essentielle de cette lutte. La puissance publique doit ainsi assumer une répression ferme en réponse à chaque acte délictueux, élément clé d’une politique de prévention. Cela suppose probablement des moyens supplémentaires, pour certains déjà annoncés (policiers, greffiers, juges) et la construction de places de prison permettant d’augmenter les chances d’une réinsertion réussie à travers une peine purgée de manière utile (discipline mais conditions humaines, obligation de travail ou de formation etc.).

Au-delà d’une énième politique annonçant l’ « égalité des chances » avec le risque de tomber dans une forme de discrimination positive, il convient de remplir un vide idéologique qui pousse certains jeunes en manque de repères et d’autorité vers le radicalisme. L’attachement à la Nation, le patriotisme ne se décrète pas : c’est en faisant respecter un pays fort qu’il sera aimé. La promesse d’émancipation intrinsèque à la République ne peut se réaliser qu’en assumant le rôle de l’État : autorité et affirmation de nos principes à travers l’application des règles, sans haine mais avec vigueur.

Qui sont-ils ?: Enquête sur les jeunes Musulmans de France

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Jean-Edern Hallier: Secrets d’outre-tombe. Suite

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Jean-Edern Hallier, août 1986 ANDERSEN ULF/SIPA SIPAUSA30052046_000005

Nouvelles révélations sanglantes (2/2)


>>> Suite d’hier <<<

Causeur. À l’heure où certains souillent les statues de Victor Hugo, Napoléon et du Général de Gaulle, vous préférez vous attaquer à celle de François Mitterrand, prolongeant ainsi l’œuvre destructrice et autodestructrice de Jean-Edern Hallier. Est-ce une façon comme une autre de perpétuer son « combat » ?

Jean-Pierre Thiollet. J’éprouve une certaine circonspection à l’égard des statues comme des noms de rues. Comme le rappelle Georg Christoph Lichtenberg, celui qui doit l’immortalité à une statue est indigne, même d’une statue… Et il n’est pas rare en France, où le recyclage de vichystes grand teint en « résistants en peau de lapin » est l’une des spécialités, que les attributions de noms à des rues soient sujettes à caution ou constituent de véritables impostures. Dans l’espace public, les statues n’ont à mon sens aucun caractère sacré. Elles peuvent avoir une valeur artistique, éminemment respectable, mais aussi une dimension politique, qui, elle, peut être très discutable. S’agissant de M. Mitterrand, j’estime que le double fait qu’une station de métro et que l’un des sites de la Bibliothèque nationale de France portent son nom est une honte. La République française a d’ailleurs tout à perdre à persister dans un déni de réalité à ce sujet. Hors du territoire hexagonal, le monde entier sait que le nom de Mitterrand est associé au crime contre l’humanité commis au Rwanda en 1994 et aux massacres qui l’ont précédé entre 1990 et 1994. Alors forcément, qui peut s’étonner que les discours sur les « valeurs » de la République française finissent par sonner de plus en plus creux et qu’il n’y ait souvent plus grand monde, en dehors des « autorités » et autres « officiels », pour assister aux cérémonies du 14 juillet… En son temps, Jean-Edern Hallier, ce visionnaire extraordinaire, avait vu juste. Il avait subodoré l’énormité, l’extrême gravité de l’imposture que constituait Mitterrand. Son intuition fut, suivant la formule attribuée à Henri Bernstein, l’intelligence qui fait un extraordinaire excès de vitesse. Pour un gain de temps de plusieurs décennies. Chapeau, l’artiste !

L’œuvre de Jean-Edern Hallier est-elle toujours hautement radioactive ? On attend en vain un numéro spécial ou un grand dossier dédié à son œuvre par une revue littéraire. Redoutent-ils encore en 2020 que les foudres de la Mitterrandie s’abattent sur leur tête s’ils venaient à consacrer Hallier ? Pourtant, le bougre a tout de même écrit plus de vingt livres et sa mémoire continue d’être saluée par des écrivains de renom. De quoi cette chape de plomb maintenue sur J.-E. Hallier par une certaine intelligentsia est-elle le nom ?

Aussi curieux que cela puisse paraître, Jean-Edern Hallier reste, près d’un quart de siècle après sa mort, un nom sulfureux. Quelques journalistes, plus ou moins bien placés dans l’environnement médiatique, le mentionnent de temps à autre. Mais il est frappant de constater qu’ils sont tous, si je puis dire, blanchis sous le harnais, pré-retraités ou retraités… Les journalistes qui font partie des générations montantes se gardent bien de prendre le moindre risque et de faire preuve de curiosité. Comme le nom de Hallier ne leur évoque souvent rien ou pas grand-chose et qu’il paraît relever d’un univers de dinosauriens, ils considèrent qu’il en va de même pour les téléspectateurs, auditeurs ou lecteurs. Enfin, les derniers tenants de la Mitterrandie, pour reprendre votre mot, veillent d’autant plus au maintien de la chape de plomb qu’ils ont conscience que le temps joue contre eux, que le système de tartufferie politico-médiatique dont ils ont amplement profité a pris un sacré coup de vieux, et qu’à terme, le combat entre Jean-Edern Hallier et M. Mitterrand, l’un des plus sinistres politiciens français du XXe siècle, se soldera par le triomphe du premier.

Vous avez créé le Cercle InterHallier, qui se réunit une fois par an à Paris pour célébrer la mémoire de l’écrivain maudit. Pouvez-vous nous en dire deux mots ?

Le Cercle InterHallier est effectivement né à mon initiative le 1er mars 2017. Un premier carré d’une centaine de personnes s’était donné rendez-vous ce jour-là au Dada, un établissement de l’avenue des Ternes que fréquenta Hallier durant les dernières années de sa vie. L’ambition de ce Cercle est triple. D’abord, bien sûr, célébrer l’écrivain. Ensuite, faire un pied de nez, dans un style un brin potache, au Cercle de l’Union Interalliée, tout en essayant de maintenir un esprit néo-hallierien de dénonciation des impostures. Enfin, contribuer à promouvoir la Littérature, mais pas seulement, c’est-à-dire l’Art sous toutes ses formes. Le Cercle InterHallier s’élargit de manière très naturelle et transversale, par cooptation souvent mais aussi sur simple demande. Sa composition compte aujourd’hui plus de 300 membres, aux « profils » diversifiés et aux origines variées.

Vous dédiez ce troisième volume à Emmanuel Macron. On peut donc être Ederniste pratiquant et en même temps macronien convaincu ?

Oui, je le crois. Emmanuel Macron n’est ni Jupiter ni Atlas. Mais il a son nom associé à une loi qui revêt un caractère historique. En outre, il s’efforce de réaliser ou d’entreprendre à peu près tout ce que les dirigeants et partis au pouvoir durant quarante ans n’ont pas eu le courage de faire… Il ne peut qu’être la « bête noire » des lobbies les plus réactionnaires qui ont sévi (et continuent de sévir) sur le territoire français — Sénat, Conseil supérieur du notariat, entre autres —, de tous ceux et celles qui aspirent à l’immobilisme ou n’ont qu’une envie : réformer les réformes qui ont pu être initiées depuis son arrivée au pouvoir et pouvoir revenir d’urgence à leur cher statu quo ante… Alors oui, on peut être « ederniste pratiquant » et « macronien convaincu ». En son temps, Jean-Edern, l’énergumène « gauchiste », accorda son soutien à Jacques Chirac et fit même efficacement campagne pour lui. Aujourd’hui, peut-être serait-il très favorable à Emmanuel Macron, sans renoncer le moins du monde à son esprit critique, provocateur ou «disruptif»…

Jean-Pierre Thiollet, Hallier. Edernellement vôtre (Éditions Néva)

Désiré-Magloire Bourneville, modèle d’excellence républicaine

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Portrait de Désiré-Magloire Bourneville (1840-1909), docteur neurologue français - Page de couverture de "Le journal illustré" de 1883 - Dessin de Henri Meyer (détail) © Bianchetti/Leemage Leemage via AFP

 Toute sa vie (1840-1909), ce républicain a oeuvré à la laïcisation de notre système médical. Qu’on érige une statue à cet illustre médecin français !


Désarmés par le poison de la bien-pensance et du vivre-ensemble, les Français se retrouvent à présent de plus en plus menacés par les offensives islamistes et indigénistes.

Ils observent en outre avec impuissance l’explosion des incivilités, la banalisation du vandalisme et celle des violences extrêmes. En état de sidération, ils voient également avec frayeur se multiplier les actes de barbarie sur le territoire national. Tout à coup, ils découvrent qu’ils vivent en France Orange mécanique[tooltips content= »Laurent Obertone, La France Orange mécanique, 2e éd., Paris, Ring, 2015. »](1)[/tooltips]. Dans un tel contexte, il ne se passe pas un jour sans que l’on n’évoque de tous côtés la république et ses valeurs. Tel un mantra, cette mention est devenue une référence inévitable qu’il convient obligatoirement d’invoquer, sous peine d’être soupçonné des pires desseins. Mais chacun entend ce qu’il veut bien entendre. Force est de constater en effet qu’à trop mobiliser les termes de république et de laïcité – tout en leur conférant des acceptions souvent discutables ou en leur adjoignant des adjectifs aussi inutiles que suspects – on en vient à les vider de leur substance et de leur sens.

Il s’avère par conséquent nécessaire de revisiter le parcours des hommes qui se sont battus pour imposer et ancrer ces deux principes au cœur même de notre société. D’autant plus que ces combattants-bâtisseurs nous ont légué un patrimoine précieux que nous avons l’ardente obligation morale de préserver. Parmi eux, on distingue bien sûr l’incontournable Georges Clemenceau. Une figure politique d’exception qui incarna en son temps une défense indomptable et intransigeante de ce cadre républicain et laïque. À ce titre, il reste encore à ce jour une icône légitimement et unanimement encensée.

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Pour autant, n’ignorons pas ses compagnons de lutte, ces piliers de la Troisième République qui partagèrent son combat et contribuèrent à faire avancer leur cause commune. Eux aussi remportèrent de notables succès en la matière. Eux aussi connurent une gloire bien méritée. Cependant, le nom de certains est aujourd’hui tombé dans l’oubli. Les nouvelles générations les ignorent alors que leur trajectoire exemplaire devrait pourtant les inspirer et les obliger plus que jamais en ce moment si difficile pour la France.

Désiré-Magloire Bourneville, un homme aux passions multiples et au talent éclectique, fut l’un d’entre eux. Dans le Paris de la Belle Époque, il compta parmi les personnalités les plus emblématiques de la IIIe République, l’une des plus en vue également. Grand médecin humaniste et homme politique, il s’affirma tout au long de sa vie comme un républicain intransigeant et un laïc implacable. L’héritage qu’il nous a laissé, force le respect et constitue un modèle d’excellence républicaine à revisiter. Particulièrement à l’heure où notre nation paraît si fragilisée ; à l’heure où elle doit faire face à une grave remise en cause de son identité.

Un grand médecin humaniste

Désiré-Magloire Bourneville naît dans une famille modeste de l’Eure, le 21 octobre 1840 : il y a donc 180 ans. En 1860, il entreprend des études de médecine et est nommé interne des hôpitaux cinq ans plus tard. En 66, lorsque survient l’épidémie de choléra qui ravage Amiens, il se porte volontaire pour prendre en charge les nombreuses victimes. En gage de reconnaissance, la ville le fait citoyen d’honneur. Spécialisé en neurologie, il devient en 68, l’assistant à la Salpêtrière du célèbre professeur Jean-Martin Charcot[tooltips content= »Le professeur Jean-Martin Charcot, précurseur de la psychopathologie, est alors considéré comme l’un des savants les plus illustres de son temps. »](2)[/tooltips], avant d’obtenir son doctorat de médecine en 70. Puis, il obtient un poste comme aliéniste à l’hôpital de Bicêtre.

À la charnière de sa carrière médicale et de son engagement républicain, il décide très tôt de s’investir dans le journalisme médical où il se fait rapidement remarquer, compte tenu de la vigueur percutante de sa plume. En 73, il fonde le Progrès médical, un journal qui a vocation à propager les thèses d’une médecine d’avant-garde, ouverte aux questions sociales et aux innovations scientifiques. Dans cet esprit, il publie les fameuses Leçons de Charcot, tandis que Freud, de retour à Vienne après un stage passé à la Salpêtrière, traduit pour sa part ces textes en allemand.

Très soucieux de la compétence du personnel hospitalier, Bourneville travaille à professionnaliser le métier d’infirmière et à le laïciser. Il fait ainsi créer la première école municipale d’infirmière qui ouvre à la Salpêtrière en 1878. Dans une logique ouvertement anticléricale, il conçoit lui-même l’enseignement de cette nouvelle profession, aussi bien dans ses fondements théoriques que pratiques[tooltips content= »Désiré-Magloire Bourneville Manuel pratique de la garde-malade et de l’infirmière, Paris, Progrès Médical, 1888-1889, 5 volumes. »](3)[/tooltips]. Ardent partisan de la laïcisation des hôpitaux publics, il œuvre par ailleurs avec acharnement à l’éviction des congrégations religieuses au sein de ces établissements[tooltips content= »Il déclare à leur propos : « L’État qui est laïc a le devoir de se priver du concours d’auxiliaires qui, par leurs vœux, se placent en opposition directe avec les lois de la nature et les intérêts de la société ». »](4)[/tooltips]. Enfin, révolté par l’incurie des praticiens en matière d’obstétrique, il participe à l’émergence d’une nouvelle spécialité médicale : la gynécologie.

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Cependant, le grand combat de sa vie, celui qu’il poursuit avec détermination envers et contre tous jusqu’à sa mort, reste celui qu’il mène en faveur des « idiots », ces malades que l’on désigne comme tels à son époque. Ainsi, durant plusieurs décennies, se bat-il pour que leur humanité soit reconnue et qu’ils puissent bénéficier d’une éducation adaptée à leur handicap. Sur le plan médical, il s’attache tout d’abord à démontrer que ce que l’on nomme l’idiotie n’est pas un état irrémédiable, mais au contraire une simple maladie curable. Il s’applique en particulier à démonter la thèse d’Esquirol, qui faisait alors toujours autorité, quarante ans après sa disparition. Or, partant de critères anatomopathologiques, le père de la psychiatrie française avait établi une distinction devenue canonique entre les « imbéciles » et les « idiots ». Ces derniers étant considérés par Esquirol comme « incurables », il estimait que la médecine ne pouvait rien pour eux.

À Bicêtre, Bourneville rejette toutefois cette conception scientiste qui interdisait péremptoirement d’améliorer le sort de ces prétendus « idiots ». Il conteste cette représentation normative et dépréciative qui justifie en outre les thèses eugénistes, fort en vogue en cette fin de XIXe siècle[tooltips content= »Hélène Seringe, Contribution de Bourneville à l’étude de l’idiotie. Thèse de médecine, Paris Pitié-Salpêtrière, 1972. »](5)[/tooltips]. Il démonte donc, point par point, cette catégorisation et lui substitue une vision rigoureusement clinique. L’aliéniste insiste par exemple sur la diversité des symptômes qu’il répertorie un à un et sur la variabilité de leur intensité. Puis, iI nuance les modalités de cette maladie, mettant en évidence qu’elle survient parfois tardivement. Surtout, pour établir un diagnostic fiable, il recommande de prendre en compte l’environnement sanitaire et social des maux observés. Finalement, il démontre que ce qu’Esquirol désignait jadis commodément du terme globalisant et péjoratif d’idiotie, recouvre en réalité un grand nombre d’affections dont les étiologies s’avèrent très différenciées. En définitive, le neurologue établit que le terme générique d’idiot englobe toutes les « maladies congénitales et chroniques du système nerveux ». Dès lors, toutes les conditions sont enfin réunies pour que chaque sujet malade soit désormais pris en compte et soigné dans sa singularité. Pour les enfants, qualifiés auparavant d’« idiots », Bourneville privilégie jusqu’à la fin de sa carrière l’éducation comme principal vecteur de sa thérapeutique.

Convaincu de la nécessité absolue d’une prise en charge précoce des troubles infantiles, il met ensuite en place ce qui deviendra plus tard la protection maternelle et infantile. En 1879, il prend la direction de la Fondation Vallée qui accueillait jusque-là des jeunes filles affectées d’une déficience intellectuelle. Il développe dans cet établissement une méthode très novatrice et performante fondée sur l’ouïe, le toucher, l’odorat et la marche, ce qui fait de lui l’un des principaux précurseurs de la neuropsychiatrie infantile. En 1890, il réforme profondément ce lieu au point d’en faire le premier institut médico-pédagogique de France – une institution pionnière qui existe aujourd’hui encore – et qu’il dirigera jusqu’à sa mort en 1909. C’est précisément cette année-là qu’il lance sa dernière bataille en soutenant activement une proposition du psychologue Alfred Binet. Celle-ci conduira à l’adoption d’une loi instituant un système scolaire adapté aux enfants handicapés.

Soulignons un point capital : quel que soit leur objet, il n’y a pas lieu de distinguer entre tous les combats que mena Bourneville car ils ont tous servi une seule et même cause, celle d’une France forte, républicaine et laïque.

Un républicain intransigeant et un laïc implacable

Pendant la Commune de Paris, Bourneville est nommé chirurgien-major du 160e bataillon fédéré et tente, à ce titre, de s’opposer à la répression des Versaillais après la semaine sanglante. Franc-maçon, il se lie d’amitié avec le docteur Henri Thulié, ardent propagateur d’une médecine humaniste et grand maître du Grand Orient. Passionné de politique, il s’engage sous la bannière du radicalisme aux côtés de son ami Clemenceau. En 76, il est élu conseiller municipal à Paris, puis conseiller général de la Seine en 79 avant de devenir, dans les rangs de la gauche radicale, député de la Seine de 83 à 89 où il remplace Louis Blanc, récemment disparu. À la Chambre, il s’illustre comme rapporteur du budget de l’Assistance Publique et de celui des asiles d’aliénés. Tout au long de son mandat, il ne cesse de combattre âprement en faveur d’une laïcité sans concessions. En 89, au nom de la Libre Pensée, il tient d’ailleurs à prononcer le discours pour l’inauguration de la statue d’Etienne Dolet, poète et éditeur, brûlé comme hérétique en 1546 : un geste qui donne le ton et symbolise l’engagement politique de ce libre-penseur.

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Naturellement, ses positions scientifiques et politiques lui valent d’être vivement attaqué durant toute sa vie. À titre d’illustration, rappelons simplement les propos du monarchiste, antidreyfusard et nationaliste, Léon Daudet. Ce journaliste et homme politique bien connu pour sa plume acerbe dépourvue de toute aménité, cet écrivain clérical et antisémite, brosse un portrait assassin de Bourneville dans Les Morticoles, son premier roman paru en 1894. Avec ce récit cynique et critique visant la médecine de son époque, l’auteur se permet en effet de surnommer le médecin républicain « Cloaquol » et de le décrire ainsi : « haut comme une botte, rouge comme une tomate, vindicatif et passionné ».

Malgré les nombreuses et très violentes attaques auxquelles il dût faire face tout au long de sa carrière, Bourneville ne céda jamais devant l’adversité et fit constamment preuve d’une détermination sans failles. Jusqu’à sa mort, il continua de mener un combat implacable en faveur d’une France républicaine et laïque. À l’heure où l’identité de notre pays est en discussion – sinon en question – à l’heure où l’on déboulonne sauvagement tant de statues, on peut légitimement regretter que la république française n’en ait pas édifié une pour honorer ce grand neurologue humaniste, ce grand républicain laïque qui apporta tant à notre pays.

Freud à Paris

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Progressisme vert et islamisme, les dessous d’une étrange alliance

Helena Blavatsky (1831-1891), à la base du courant ésotérique auquel elle donna le nom de « théosophie »... © MARY EVANS/SIPA Numéro de reportage: 51019317_000002.

La complaisance des mouvements progressistes envers l’islamisme ne cesse d’interroger et d’inquiéter. Comment des partis et mouvements qui se revendiquent d’idées aux antipodes de celles véhiculées par les mouvements issus de l’islam politique peuvent-ils à ce point les favoriser ?


Cette complaisance est une tendance lourde du progressisme en général mais elle est encore plus affirmée dans sa composante verte.

Pour expliquer ce phénomène, on avance habituellement deux explications :

La première est idéologique. Issus très majoritairement du gauchisme culturel, les mouvements progressistes ont une vision du monde qui se structure autour du communautarisme quel qu’il soit. Dans ce domaine, l’action du parti démocrate américain et sa conception ethnique de la citoyenneté restent des références. A cet égard, la vision progressiste de la citoyenneté rompt avec celle issue de lumières. Elle est particulariste parce que racialisée.

La seconde explication est cyniquement électorale. Sans l’apport massif du vote communautariste, les partis progressistes seraient laminés électoralement. Favoriser le communautarisme n’est donc plus simplement une option politique, c’est la condition même de la survie de ces mouvements.

Là encore, le parti démocrate est l’exemple à suivre.

Une question de spiritualité

Pour être pertinentes, ces explications ne sont pas suffisantes car elles omettent de révéler le fondement principal de cette étrange alliance : la haine ou dans tous les cas une forte hostilité vis-à-vis du judéo-christianisme.

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Le progressisme vert partage, en effet, avec l’islamisme, une très forte hostilité vis-vis du paradigme judéo-chrétien. Mais quelle en est l’origine ?

Au nom de l’adage les ennemis de mes ennemis sont mes amis, les progressistes verts ne reculeront devant aucune compromission…

On ne comprendra jamais rien à l’écologie politique moderne si on ne comprend pas qu’elle s’alimente aussi à une nébuleuse spirituelle apparue, principalement aux Etats-Unis, dans les années 60 : le New Age. Reposant sur un syncrétisme religieux très orientalisant, les thérapies alternatives et recyclant dans une perspective très individualiste une part non négligeable des doctrines ésotériques, le New Age se fonde sur la croyance que l’humanité serait entrée dans une nouvelle ère (la fameuse ère du verseau) qui est marquée par l’avènement d’une spiritualité nouvelle, porteuse d’une conscience universelle qui rendra inutiles toute les anciennes religions et notamment celles de la médiation. « Religion cosmique à l’état pur », le New Age marque l’apogée d’une évolution spirituelle qu’il veut définitive.

Cette nouvelle ère donnera naissance à un nouveau monde parfaitement horizontal où les frontières auront disparu et où l’humanité ne sera plus qu’une. Reposant aussi sur une vision panthéiste de la nature, le New Age affirme que l’homme redeviendra un Dieu en ne faisant plus qu’un avec Gaia.

Cette vision du monde a fortement influencé l’écologie politique et aussi la nouvelle économie qui partage avec le New Age (et ce n’est pas un hasard) la même origine géographique : la Californie.

Ces perspectives doucereuses seraient parfaitement inoffensives si elles ne véhiculaient pas une très  forte hostilité vis-vis des deux religions chargées de tous les maux à savoir le judaïsme et le catholicisme. Religions patriarcales, archaïques et reposant sur un Dieu personnel (alors que Dieu est énergie), la médiation et le dogme (pour le catholicisme), ces religions n’ont plus leur place dans la nouvelle ère, elles sont des vestiges du monde ancien.

Cette hostilité vient de loin et pour mieux la saisir il faut remonter plus en arrière dans l’histoire en s’intéressant à un mouvement spirituel qui a eu une immense influence sur le New Age : le Théosophisme. Fondée par l’occultiste russe Helena Petrovna Blavastsky dans le dernier quart du dix-neuvième siècle, la société théosophique va répandre en occident la mode des religions orientales et notamment le bouddhisme en mâtinant ces religions de conceptions profondément ancrées dans l’occultisme. Dès l’origine, le théosophisme révèle sa forte hostilité à l’endroit de ces deux religions. La question de l’antisémitisme d’Helena Blavastsky a été souvent évoquée, mais ce qui est certain c’est que chez elle comme d’ailleurs chez Annie Besant (qui lui succèdera) et comme plus tard chez Alice Bailey qui avant de créer son propre mouvement a été théosophe, le judaïsme et le catholicisme sont vus comme des religions qui n’ont plus leur place dans la nouvelle ère qui s’annonce. Religion de la « séparativité », terme qui revient souvent dans l’œuvre d’Alice Bailey, contrariant la « loi de l’unité », le judaïsme est perçu comme un vestige particulariste qui ralentit la marche vers le nouveau monde. Quant au catholicisme, il retarde, lui, la venue du Christ cosmique qui débarrassera une fois pour toutes les hommes de tout dogme et de toute médiation. Car le Christ théosophique et plus tard celui du New Age n’ont plus grand chose à voir avec le Christ historique.

Le théosophisme a un autre intérêt que l’on a souvent négligé. Il a été un compagnon de route du progressisme notamment avec Annie Besant qui dirigera la société après la mort de Mme  Blavatsky et, ce, jusqu’à sa propre mort en 1933. Très mêlée aux luttes politiques de son temps (socialisme, féminisme, lutte pour l’indépendance de l’Inde) Annie Besant restera toujours fidèle à ses combats antérieurs à son adhésion à la société théosophique. Le théosophisme a eu sur ces différents mouvements une influence qui est souvent sous-estimée. Une historienne, Olive Banks [tooltips content= »Banks, O (1986) Becoming a feminist : the social origins of first wave feminism. Brighton, Wheatsheaf Books. »](1)[/tooltips], estime ainsi que près de 10% des féministes britanniques entre 1890 et 1930 étaient théosophes et Annie Besant ne dissociera jamais luttes politiques et sociétales et combat spirituel.

Haine du passé

Le thésophisme partage, de fait,  avec le progressisme une même vision évolutionniste du monde et cette conception est aussi partagée par les adeptes du New Age.

Dans le New Age il n’y pas de place pour le passé, on est dans une sorte d’immanentisme permanent ou ce qui a été doit être regardé comme une étape, mais une étape désormais reléguée dans le musée des inutilités, d’où la haine viscérale des adeptes du New Age vis-à-vis du passé. Haine qu’ils ont transmise à leurs rejetons spirituels de la nouvelle économie et de l’écologie politique.

Plus pernicieuse est l’idée que certaines mouvements, jugés pourtant rétrogrades et destructeurs, peuvent aider à l’avènement de la nouvelle ère.

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Dans un article fort instructif, Jean-François Mayer[tooltips content= »Mayer, JF (1999) Doctrines de la race et théories du complot dans les courants ésotériques, Tangram, n°6. »](2)[/tooltips] cite un auteur[tooltips content= »Coquet, M (1984) Maitreya, Le Christ du nouvel age, L’or du Temps. »](3)[/tooltips] qui s’inscrit dans cette mouvance et qui s’interrogeant sur le rôle de certains personnages historiques (Napoléon, Lénine et Hitler) les entrevoit comme des expressions de la « force de Shambhala » car écrit-il « ils furent les destructeurs de ce qui devait être détruit, avant que l’humanité ne puisse avancer sur le chemin de la lumière ».

Cette idée n’est pas isolée et on peut même faire l’hypothèse qu’elle explique en partie, la complaisance de l’écologisme politique vis-à-vis des mouvements islamistes. Car ne nous y trompons pas, pour les progressistes verts, l’islam est aussi vu comme une religion du passé mais en s’appuyant sur le versant la plus rétrograde de cette religion ils pensent pouvoir  hâter les évolutions.

Au nom de l’adage les ennemis de mes ennemis sont mes amis, les progressistes verts ne reculeront devant aucune compromission. L’avènement du nouveau monde est, pensent-ils, à ce prix. Réduire l’écologie politique au seul gauchisme est réducteur. Elle s’alimente aussi de conceptions spirituelles qui doivent être révélées si on veut comprendre en profondeur les vrais objectifs de ce courant d’idées.

Quand l’illuminisme s’allie aux forces de la destruction, la catastrophe n’est jamais loin. Combattre l’écologie politique telle qu’elle se manifeste aujourd’hui dans notre pays n’est pas, dès lors, une option politique mais une nécessité qui s’impose à tous, quelles que puissent, par ailleurs, nos sensibilités politiques.

Le XIXe siècle à travers les âges

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Sophie Petronin, l’otage qui affectionne les jihadistes

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Sophie Pétronin à Bamako, le 8 septembre 2020 © AP/SIPA Numéro de reportage: AP22501208_000004.

 


Sophie Petronin a déclaré: « Je vais prier, implorer les bénédictions et la miséricorde d’Allah, parce que je suis musulmane. Vous dites Sophie, mais c’est Mariam que vous avez devant vous ». Pour obtenir la libération de cette curieuse otage, qui a-t-on relâché au Mali ? Et quelle somme a-t-on payé? Retenue quatre ans, Sophie Petronin ne veut voir dans ses ravisseurs que des groupes d’opposition au régime. Après ses premières déclarations, son retour laisse un goût amer.


Qu’un fils soit heureux de retrouver sa mère se comprend parfaitement et on aurait aimé partager ce bonheur en tant que peuple. Petite fille, je me souviens des journaux télévisés d’Antenne 2 (nom de France 2 à l’époque) où tous les jours le nom des otages français au Liban et leur durée de détention ouvraient la grand-messe du 20h00, et je me souviens encore de la joie ressentie à leur libération. J’aurais aimé éprouver aujourd’hui ce même sentiment d’avoir retrouvé une compatriote perdue. Or ce n’est pas ce qui se passe et nombre de Français se demandent si un tel otage valait la peine de tant d’efforts au vu de son comportement indécent. La réponse est pourtant oui : c’est la gloire d’une nation que d’estimer qu’elle a à sauver les siens, même les plus malavisés et les moins reconnaissants. Le président français n’a tout de même pas de chance. Le retour d’un otage est en général du pain béni pour un politique, un moment de communion avec les Français qui voient leur dirigeant en sauveur de leur compatriote, donc en homme qui réalise la promesse de protection du peuple inscrite dans sa fonction. À ce titre l’émouvant retour d’une vieille dame, otage durant quatre ans au Mali, aurait dû être un moment heureux pour notre Nation. Sauf que l’otage en question a de quoi mettre très mal à l’aise.

200 djihadistes en échange de notre Tatie Danielle de la prise d’otages?

Enlevée par un groupe dénommé « Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans », dans les faits un mouvement terroriste lié à Al Quaïda, Sophie Petronin, otage tout juste libérée, refuse de les qualifier de jihadistes, paraît être à deux doigts de leur tresser des louanges et n’a pas un mot de remerciements pour la France. Pourtant sa libération pourrait bien nous avoir coûté des millions en rançon, lesquels serviront à acheter armes et munitions et à causer les massacres qui font les pays, misérables, et les orphelins, nombreux. Mais surtout, pour assurer son retour, 200 jihadistes ont été libérés qui à leur tour massacreront, tueront, pilleront et violeront, mettant encore plus en danger la vie de nos soldats qui les combattent sur le terrain.

Certes ces questions se posent dès qu’un otage est libéré. On sait que les négociations avec les ravisseurs déboucheront sur une rançon qui leur servira à poursuivre des buts criminels et on ne peut rendre les otages coupables de ces faits. Sauf quand ceux-ci font tout pour se faire enlever et soutiennent plus les assassins en les transformant en combattant de la liberté, que ceux qui ont risqué leur vie pour les délivrer.

Sophie Petronin en redemanderait presque

La femme dont il est ici question a déjà été enlevée et s’est obstinée à retourner dans cet endroit, le plus dangereux du secteur, alors que la seule question qui se posait n’était pas si elle allait être enlevée, mais quand cela allait se produire. Cette personne, qui se met en scène en diva et en pasionaria de l’humanitaire, n’est en fait qu’une exaltée qui se moque des conséquences de ses actes. Elle se prend pour une grande âme, mais n’a en fait contribué qu’à accroitre le malheur du Mali. Entre l’argent qu’elle aura indirectement fourni aux assassins islamistes et ses œuvres humanitaires, le bilan risque d’être cruel. Il est probable qu’elle aura finalement plus aidé à semer la mort qu’à sauver des vies. Son irresponsabilité sème le malheur, mais elle ne le voit même pas et a l’air de vouloir continuer à mettre les autres en danger pour pouvoir se raconter en héroïne humanitaire. Pourtant certains cadres jihadistes, auteurs d’attentats à Bamako et à Byblos, comme le mauritanien Fawaz Ould Ahmed ont été relâchés pour le plus grand malheur de la population du Mali et de nos soldats.

Qu’elle ne veuille pas en être consciente est humain : elle n’a pas voulu soutenir consciemment le financement d’Al Quaïda au Mali et il arrive, hélas, que les conséquences de nos actions nous éloignent de notre but initial, bien que nos intentions soient louables. C’est l’histoire de l’enfer pavé de bonnes intentions. Ce qui est critiquable, c’est qu’elle ait tout fait pour que cela arrive. Elle gagnerait à regarder cela en face au lieu de nous présenter la captivité comme une longue séance de méditation, une forme de retraite spirituelle où l’on vit au bon air et où l’on mange et on boit bien. Quant à ses ravisseurs, qu’elle présente comme un groupe d’opposition, ils seront ravis de voir leur propre otage les exonérer de tous leurs crimes. Les autres otages apprécieront aussi le discours de Mme Petronin : si être enlevé est l’équivalent d’une séance de médiation prolongé, pourquoi dépenser des fortunes pour sauver des otages à qui l’on offre une occasion exceptionnelle de goûter au lâcher-prise, si on en croit le discours de cette dame ? Cerise sur le gâteau, alors qu’elle devrait s’interroger sur le fait que sa volonté d’aider n’a abouti qu’à ajouter sa pierre à elle aux malheurs du monde, elle trouve judicieux d’expliquer encore qu’elle va repartir. 

Je n’achète pas cette émotion factice

Une telle inconscience est sidérante, mais ce n’est pas le pire. Ce qui est vraiment choquant, c’est de soutenir Al Quaïda en refusant de les qualifier de jihadistes. Or cette femme n’ignore aucun des méfaits des groupes terroristes au Mali. Cette phrase-là est impardonnable. Dommage que l’on essaie de nous vendre de l’émotion préfabriquée autour de cette femme, et que nombre de médias fassent semblant de ne pas entendre le discours gênant de cet otage. Un otage qui gagnerait à se taire ou à apprendre à dire simplement « merci » et « pardon ».

Ceci étant dit, quand on est otage, on n’est pas sauvé en fonction de son mérite, mais parce que le pays a un devoir envers ses citoyens. Et c’est toujours un honneur de le remplir. Dommage que ce ne soit pas la beauté de ce geste qui soit mise en avant.

Silence coupable

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Jean-Edern Hallier : Secrets d’outre-tombe

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Jean-Edern Hallier montre "L'Idiot international" (Marseille) TSCHAEN/SIPA 00294878_000010

Nouvelles révélations sanglantes (partie 1/2)


Le journaliste et écrivain Jean-Pierre Thiollet, déjà auteur de deux livres sur Jean-Edern Hallier, récidive avec Edernellement vôtre. Un troisième volet consacré à l’enfant fou de la Cinquième République des Lettres, considéré un temps comme l’écrivain le plus doué de sa génération par François Mitterrand…

Causeur. Avez-vous dès le départ envisagé d’écrire un triptyque consacré à Jean-Edern Hallier ou le concept est-il venu en cours de route dans votre esprit ?

Jean-Pierre Thiollet.  Les deux… Au tout début des années 1980, peu après avoir fait sa connaissance, Jean-Edern Hallier m’avait tenu des propos que j’ai toujours en mémoire… Puis au tournant des années 2000, j’ai vu surgir des ouvrages qui ne m’ont pas paru, en général et à tort ou à raison, de nature à « asseoir » le devenir posthume de l’écrivain et de son œuvre. Pour qu’il y ait perspective de postérité, il faut, à mon sens, de la vraie « littérature secondaire », qui ne jouit d’aucune considération en France alors qu’elle est tenue en haute estime en Allemagne, aux États-Unis et dans bon nombre d’autres pays. En 2008, j’ai publié Carré d’Art : Barbey d’Aurevilly, Byron, Dali, Hallier, qui a constitué le « socle » de mon entreprise. Puis, percevant que les personnes qui avaient connu ou croisé Jean-Edern se raréfiaient et que les parutions se faisaient attendre, je me suis lancé dans l’élaboration d’une série de volumes. Le plus extraordinaire peut-être, c’est que plus j’avance dans ma démarche et plus je m’aperçois de l’ampleur de la matière à traiter… Jean-Edern Hallier, c’est une mine !

Comment expliquez-vous la fascination qu’il exerce sur vous encore aujourd’hui, sachant que votre trilogie s’inscrit dans une longue série d’une quinzaine d’ouvrages consacrés au personnage depuis sa mort, par des auteurs d’horizons divers. Pas mal pour un pestiféré à qui l’Académie française a toujours refusé le statut d’« immortel »…

La première fois que j’ai croisé Jean-Edern Hallier reste gravée dans ma mémoire. C’était il y a quarante ans, au siège du Quotidien de Paris, journal du groupe de presse dirigé par Philippe Tesson. Le premier livre de Hallier que j’ai lu, Bréviaire pour une jeunesse déracinée, m’a également beaucoup marqué. Par delà nos nombreuses conversations téléphoniques qui ont fait l’objet des fameuses écoutes de l’Élysée, j’ai rencontré à diverses reprises Jean-Edern, déjeuné en sa compagnie, et par deux fois, nous avons eu un long entretien seul à seul, sans motivation d’ordre journalistique, où je me souviens avoir été conscient du privilège et m’être montré très concentré.

Hallier est un personnage complexe, d’une grande intelligence, mais à la chaleur humaine variable

Au risque qu’elle paraisse un peu présomptueuse, je peux d’ailleurs vous faire une confidence : j’ai l’intime conviction qu’à l’occasion d’au moins l’un de ces échanges, Hallier a eu la prescience que son devenir posthume se jouait un peu ce jour-là… J’ai donc une sorte de responsabilité à son égard. Comme vous le signalez, la parution d’ouvrages plus de vingt ans après la mort d’un écrivain est un signe plutôt positif et encourageant. Mais rien n’est encore joué. Tant s’en faut. L’Académie française s’est, elle, sottement fourvoyée. Il y a eu deux ou trois de ses membres, Jean Dutourd, Jean d’Ormesson et sans doute Michel Droit, pour en avoir eu conscience. Face à la bêtise, ils ont été impuissants. C’est, à dire vrai, sans importance, d’autant que l’institution en est punie : dévaluée par la médiocrité ou l’insignifiance de la plupart de ses recrutements, sur le plan littéraire s’entend, elle n’est plus aujourd’hui qu’un Lions Club d’arrondissement.

Votre livre consiste en un patchwork littéraire, à l’image de la plupart des œuvres de votre modèle. La célébration de la vie, les bons mots et l’art de la table tiennent lieu de ferment dans cet édifice chaleureux. Signer un livre d’épicurien, est-ce finalement la meilleure façon de rendre hommage à Jean-Edern Hallier ?

La meilleure façon ? Je ne saurais le prétendre et il ne m’appartient pas de toute façon de l’assurer. Mais vous avez tout à fait raison sur le fait qu’il y a un parti pris de ma part : j’essaie en effet d’aboutir à un « profil » d’ouvrage que j’aimerais rencontrer plus souvent comme acheteur et lecteur. En outre, si l’approche peut, je le conçois, surprendre, elle ne fait à mon avis que s’inscrire dans une cohérence : Jean-Edern Hallier était lui-même un « patchwork » ambulant et son goût pour un certain art de vivre, son côté épicurien, ont existé, par-delà les difficultés et les vicissitudes, jusqu’à sa mort.

Ce troisième volet renferme des témoignages inédits, dont celui, édifiant, de l’avocate Isabelle Coutant-Peyre, qui révèle que Jean-Edern Hallier a tenté de la tuer! Et la scène vaut son pesant de delirium tremens

Soyons clairs : si la scène que vous évoquez a effectivement un caractère surréaliste et édifiant, il n’y a eu crime ni délit ni poursuite pénale… Hallier est un personnage complexe, d’une grande intelligence, mais à la chaleur humaine variable. Il pouvait lui arriver de ne penser qu’à lui-même… En particulier quand il a voulu faire décamper cette relation amicale qu’il avait accepté d’héberger et qui soudain l’encombrait. Il y a, c’est vrai, du delirium tremens dans les pages en question qui contribuent beaucoup, je crois, à l’intérêt documentaire du récit et à la portée du livre. Mais je tiens à le souligner : Isabelle Coutant-Peyre était une amie de Jean-Edern avant l’incident en question et l’est restée par la suite.

Autre révélation inédite: on y découvre le récit d’une altercation sanglante au Café de Flore, à mains nues, entre Hallier et Pierre Bergé à la suite d’accusations lancées contre ce dernier dans L’Idiot international

Cet épisode, il me semble, n’a été connu à l’époque que d’un tout petit nombre de personnes et est resté très confidentiel. L’évocation a à mon sens le triple mérite de s’appuyer sur des faits rigoureusement authentiques, d’avoir une dimension à la fois pittoresque et épique, et de renforcer la valeur documentaire de l’ouvrage. Hallier avait plus que du cran: il refusait de se laisser impressionner par les « tout-puissants » de son temps et avait un côté donquichottesque qui a de quoi, a fortiori avec le recul du temps, le rendre attachant.

À défaut d’avoir sa place dans la devanture dorée de la littérature, l’écrivain l’a trouvée dans l’histoire de la presse française, à travers L’Idiot international, qui fait toujours couler beaucoup d’encre. N’est-ce pas ce journal légendaire, dont il était le fondateur et le directeur, qui, finalement, restera le grand œuvre de Jean-Edern, lui offrant la postérité dont il rêvait ? 

Je ne le crois pas. L’Idiot, dont la reparution commença en 1989 et dont le dernier numéro sortit début 1994 fut à mon sens une erreur qui se transforma en piège. Hobereau guerillero transformé en desperado du Marais, Jean-Edern eut alors un entourage de qualité incertaine, où des êtres trop intéressés pour se révéler réellement intéressants côtoyaient des personnages douteux voire glauques. Jean-Edern évolua le plus souvent entre flagorneurs, exploiteurs toujours en puissance, faux amis et piètres agités du bocal, toujours prompts à pousser à l’irresponsabilité sans limite sans en assumer la moindre conséquence… En outre, un journal, c’est, par essence, l’actualité, le temps qui passe. À la différence du livre qui, lui, peut relever du temps qui dure. Dans ces conditions, je table bien plus sur Le Premier qui dort réveille l’autre pour que le rêve de postérité s’accomplisse.

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Jean-Pierre Thiollet, Hallier. Edernellement vôtre (Néva Éditions)