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En vue de 2027, la grande tambouille

Le billet sarcastique de Dominique Labarrière


En vue de 2027, la grande tambouille
De gauche à droite : François Hollande, Jérôme Guedj et Boris Vallaud, Assemblée nationale, 29 aoctobre 2025 © Stephane Lemouton/SIPA

Ce qui s’annonce, à gauche, à droite, au centre, a tout d’un épisode grand format de l’émission TV Cauchemar en cuisine. Sauf qu’on ne voit pas se profiler pour l’instant de costaud du genre d’Etchebest capable d’y mettre bon ordre. C’est que dans chacun de ces camps, on se prend à croire à ses chances de se voir couronné chef trois étoiles du palace élyséen…


Dès les résultats des municipales, on avait compris que ça se bousculerait au portillon. Tous, en effet, n’ont cessé de brailler sur l’air des lampions: « C’est nous qu’on a gagné ! » Considérant que la situation était moins grave que si elle avait été pire, on a vite fait de bomber le torse et de se hausser du col dans les arrière-cuisines de ces officines, même si quelque 43% des citoyens appelés aux urnes avaient préféré la pêche à la ligne ou la belote coinchée. Abstention record – hors Covid – pour les élections de proximité par excellence que sont les municipales.

Flamby au dessert ?

À gauche, la grande question est de faire figurer ou non au menu, en entrée avant le plat principal, une de ces bonnes vieilles primaires dont on y a le secret. Il y a ceux qui sont pour, ceux qui sont contre, ceux qui sont également contre mais qui font semblant d’être pour afin de ne pas se tirer dès à présent une balle dans le pied et se voir privés de dessert avant même d’être passés à table. Délicate affaire, la primaire. Le combat fratricide qui laisse des traces de gnons parfois indélébiles. Il est arrivé que ça ait marché. Le flamboyant François Hollande est passé par la case primaire avant d’accéder à l’Élysée. Il arrive aussi que ça foire lamentablement, comme la fois d’après. Alors, on se tâte… Pour LFI et son prince régnant Mélenchon, la messe est dite. Lui et lui seul ira, vu que lui et lui seul est en mesure de l’emporter. C’est lui qui le dit, alors pourquoi chercher à discuter ? À LFI, discuter n’est pas un banal aspect de la vie démocratique d’un mouvement politique, mais un fait de haute trahison doublé d’un crime de lèse-majesté. Donc, point de primaire. Des primaires, on en a envoyé assez comme ça sur les bancs de l’Assemblée et dans des conseils municipaux. Des primaires très primaires, parfois, donc on a déjà donné. Merci beaucoup.

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Raphaël Glucksmann lui aussi n’est pas pour. Hollande non plus, qui peut-être ne se souvient pas bien que c’est par cette voie-là qu’il est arrivé au sommet où il a pu mettre en œuvre, pour cinq belles années, son incomparable incompétence. 

Reconquêtes

Lucie Castets, qui n’abandonne sans doute pas ses vues sur Matignon, en attendant maire du XIIème arrondissement de Paris, est pour le jeu des chaises musicales de la primaire, avec grand rassemblement de la gauche, sans LFI, mais avec toute le reste de la clique. Celle qui n’a tout de même fait que 28% au premier tour des législatives de 2024. Voilà qui risque de ne pas suffire, d’autant que le parti communiste et Fabien Roussel croient en leur chance en se la jouant solo. On oublie évidemment le faramineux score aux présidentielles de 2022 du sieur Roussel : 2,8 %. Voilà qui est de nature à stimuler les ambitions. Cette fois nous aurons au programme, non pas le communisme tout venant, usé jusqu’à la corde mais « un communisme de conquêtes » (sic). Au pluriel, conquêtes. Ils ont bien pensé à « reconquête » en souvenir des très hauts scores de jadis, mais le label était déjà pris.

La primaire des losers ? A Tours, le 24 janvier 2026, la gauche annonce une élection primaire cette année pour un candidat unique à la présidentielle. Avec de gauche à droite, Lucie Castets, Marine Tondelier, Laurent Baumel, Olivier Faure, Alexis Corbiere, Clementine Autain et Francois Ruffin © ISA HARSIN/SIPA

François Ruffin, ex-LFI, candidat pour une présidence au SMIC, est lui aussi favorable au grand pugilat façon tour de chauffe. Quant aux écolos, on ne sait pas bien. Leur « C’est nous qu’on a gagné » d’après les municipales n’a guère été audible. Il est vrai que le plein succès n’a pas été au rendez-vous, avec les municipalités perdues de Bordeaux, Poitiers, Besançon ou Strasbourg. Mais Madame Tondelier a toute raison de croire qu’un heureux événement lui sera offert dans un avenir prochain. Familial à défaut d’être politique.

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Quant à l’éblouissant M. Faure, qui est probablement contre mais garde ça pour lui, il prétend être encore une phase réflexion. Et quand Faure réfléchit, à la sortie on a du lourd du très lourd. Du subtil aussi, entre pas d’accord national et accords locaux dans tout le pays, comme pour les municipales. Ça c’est du Faure au mieux de sa forme. Il paraît qu’un sein de son parti peau de chagrin tout le monde ne parvient pas à suivre. On comprend.

À droite, ce n’est guère mieux

Edouard Philippe se verrait bien y aller en solitaire. Cependant, il n’est pas pressé de partir en campagne. Il demeure fidèle au ralenti des 80 km / heure d’enchanteresse mémoire… Donc, pas de primaire pour lui. On aime la boxe certes, mais avec modération quand même. Un mauvais coup est si vite attrapé. Pas de primaire afin de « ne pas être prisonnier des partis politiques, » affirme-t-il. C’est beau, non ? Venant de lui qui n’a jamais craint de voter communiste aux élections départementales, de faire cause commune avec ce qu’il prétend combattre lors des dernières consultations nationales. Oui, c’est beau. Une chose est certaine, M. Philippe ne sera pas prisonnier de ses convictions, n’en ayant aucune.

En embuscade, trois mousquetaires en carton-pâte – en attendant mieux, le guichet n’est pas encore fermé – Retailleau et son grand ami, son merveilleux alter ego, Wauquiez ainsi que le fabuleux, l’irremplaçable Xavier Bertrand. Retailleau est contre les primaires, Wauquiez, pour une primaire élargie, s’étendant jusqu’à Sarah Knafo et Reconquête. Mais attention, n’allons pas nous méprendre, sans le RN, le parti du diable. Il y a, dans le catéchisme de M. Wauquiez, extrême droite et extrême droite. Se méfier de toute confusion hâtive, prêche-t-il avec ce sens de la cohérence qu’on lui connaît et que chacun est à même d’admirer. Et puis, au milieu du marigot, il y a Gabriel Attal, qui se voit, lui, en rescapé insubmersible du naufrage macroniste. Il y croit, fanfaronnant à la tête de son lambeau de parti. C’est beau, ça aussi. Beau d’être jeune, beau de conserver ses illusions des temps heureux.

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Enfin, il reste nous autres, les citoyens. Quantité négligeable, il est vrai. Durant toute l’année qui nous sépare de l’élection présidentielle nous allons être gavés – archi gavés – de cette tambouille indigeste, nauséabonde, de ce ragoût d’ambitions personnelles à la sauce avariée. Je dois cependant à l’honnêteté de reconnaître à une personnalité politique le mérite d’avoir su donner à tous, oui à tous, gauche, droite, centre confondus, une ligne de conduite inspirée d’une indéniable sagesse, marquée au coin de la pertinence politique la plus indiscutable. Il s’agit de Clémentine Autain qui, admirable de lucidité a lancé ces quelques mots dont tous – tous absolument, je le redis – devraient s’inspirer : « Arrêtez les conneries ! »

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Ex-prof de philo, auteur, conférencier, chroniqueur. Dernière parution : « Je suis Solognot mais je me soigne » éditions Héliopoles, 2025

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