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Paix Emirati-Israélienne, devoir d’émotion

Un formidable espoir au Moyen-Orient

Paix Emirati-Israélienne, devoir d’émotion
La mairie de Tel Aviv (Israël) éclairée aux couleurs du drapeau des Émirats arabes unis, août 2020 pour célébrer le rapprochement historique entre les deux pays © Oded Balilty/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22483490_000001

L’accord diplomatique entre l’État hébreu et Abou Dhabi est historique. Il contre l’influence iranienne délétère au Moyen-Orient. Et même si les monarchies du Golfe délaissent la cause palestinienne, ce rapprochement Émirati-Israélien est plein de promesses pour tous les peuples de la région.


Dernière minute: Un mois après l’accord évoqué dans cet article, le président américain Donald Trump a annoncé hier soir que Bahreïn et Israël allaient également normaliser leurs relations.

Que nous évoque l’année 1918 ou encore 1919 ? La fin de Première Guerre mondiale sans doute. Puis le Traité de Versailles qui a scellé le sort des gagnants et des perdants de la Grande guerre, mais aussi, hélas, du monde entier pour les décennies suivantes. Pourtant, ces deux années ont aussi été celles de la pandémie ravageuse de la grippe espagnole qui a fait près de 50 millions de victimes.

Il est probable que l’année 2020 ne restera pas non plus dans les mémoires pour son cauchemar covidien, mais pour l’accord de paix qui se présente comme un tournant majeur dans l’évolution géopolitique du monde. Les accords de paix sont rares. Il suffit de regarder notre continent européen et ses fissures (citons l’Irlande du Nord, Chypre, l’Ukraine ou autre le Karabach comme exemples) pour se rappeler que restaurer une paix demeure difficile, politiquement et surtout humainement. 

Un évènement exceptionnel

La nouvelle de la normalisation des relations entre Israël et les Émirats Arabes Unis a été globalement bien accueillie par les médias internationaux, mais sans qu’ils lui donnent la valeur d’un évènement exceptionnel. Nous déplorons notre incapacité à nous indigner comme il se doit contre les violences qui se produisent dans notre société, contre les actes de destruction de notre civilisation. Mais savons-nous encore nous émouvoir quand un évènement qui fait l’Histoire se produit ? Qui célèbre le courage, la volonté et le dépassement des dogmes qui si souvent font plonger l’humanité dans le désarroi ?

L’esprit de l’accord de paix conclu entre Jérusalem et Abou Dhabi est très différent des traités qu’Israël a signés au siècle dernier avec l’Égypte (en 1978) et la Jordanie (en 1994). Les traités de Camp-David et de Wadi Araba relevaient plus d’armistices permettant à deux pays frontaliers d’enterrer la hache des guerres contre l’État hébreu, lesquelles se sont enchainées depuis sa création en 1948.

Nouveau contexte arabe

42 ans après la poignée de main d’Anouar el-Sadate avec Menahem Begin, la donne a changé. Entre les printemps arabes, la percée de l’État Islamique et les ambitions nucléaires de l’Iran, la nouvelle génération des dirigeants du Golfe sait bien faire la différence entre les vraies menaces expansionnistes d’un régime chiite fanatique et la volonté d’un petit pays démocratique d’affirmer sa légitimité.

A lire ensuite: Accord israélo-émirati : le début d’une dynamique?

Le rapprochement Émirati-Israélien ressemble à un mariage de raison, dans lequel les mariés n’éprouvent pas des sentiments vertigineux, mais savent apprécier les points forts de chacun et l’utilité que l’un a pour l’autre. Le tout premier vol commercial Tel-Aviv – Abou Dhabi, effectué le 31 août dernier, a transporté à son bord aussi bien les diplomates israéliens et les experts en sécurité que les représentants des ministères du tourisme, de la santé, de la science ou encore de la finance. Le mariage de raison se donne les moyens pour durer.

Enfin, cet accord est historique parce qu’il déplace pour la première fois le centre de gravité des équilibres régionaux de l’Autorité Palestinienne vers l’intérêt général de tous les États qui vivent dans cette partie du monde. Une révolution copernicienne !

Sur le tarmac de l’aéroport d’Abou Dhabi, Jared Kushner, conseiller et gendre du président Trump, grand artisan du traité, a résumé le contexte actuel du gouvernement de Mahmoud Abbas : « Nous ne pouvons pas désirer la paix plus qu’eux. Quand ils seront prêts, la région entière sera ravie de les porter et aller de l’avant. Mais ils ne peuvent rester dans le passé ». Et en attendant l’émergence du leader palestinien qui saura profiter du capital sympathie planétaire pour la cause de ce peuple, il faut célébrer l’audace, la force et l’intelligence de Mohammed Ben Zayed, le prince héritier sans lequel l’accord de paix avec Israël ne se serait jamais réalisé.

Après le 11 septembre, la crise financière de 2008, la percée de l’État Islamique et ses barbaries aux quatre coins de la planète, après la mutation de notre société occidentale qui développe une drôle de phobie vis-à-vis de son propre passé et la pandémie actuelle, le 21me siècle nous offre sa première bonne nouvelle.


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est directeur marketing chez Orange. Son livre « L'Homo Globalis Numericus » est paru au début de l’année aux Editions du Panthéon.

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