Donald Trump, que nos médias nous présentent volontiers comme un peu plus fou chaque jour, serait-il finalement un redoutable stratège de l’énergie ? En annonçant de «très bonnes discussions» avec l’Iran, au 24e jour de guerre, ainsi que le report de toute action militaire contre les «infrastructures énergétiques iraniennes», l’Américain réjouit les Bourses mondiales et détend le cours du pétrole.
L’énergie est, plus que jamais, au cœur de la civilisation moderne. Tout un chacun a lu ou vu un jour les dystopies littéraires ou cinématographiques mettant en scène ce que, privé d’énergie, deviendrait notre monde, ramené au mieux au Moyen-Age, voire pire, à une sauvagerie cauchemardesque. Il est même des gens, les survivalistes, qui craignent tellement cette occurrence, qu’ils en anticipent l’arrivée.
Vis ma vie d’Amish
Il y a plus d’un demi-siècle, j’ai rencontré ce qu’on appelait alors un original qui vivait plus ou moins reclus dans une belle maison dont toute source d’énergie était bannie : éclairage à la bougie, eau puisée au puits, chauffage et cuisine au bois, téléphone (filaire à l’époque) absent, comme aussi radio et télévision (l’ordinateur personnel et Internet étaient alors des objets de science-fiction), les déplacements indispensables étaient effectués en vélo… Une triste vie telle que rêvée par nos écologistes les plus radicaux qui projettent leurs frustrations dans un extrémisme rétrograde.
Si l’on veut revenir au réel, force est de constater que, depuis l’avènement de l’ère industrielle – un peu plus de deux siècles – l’énergie a tendu à réaliser le rêve prométhéen de l’Homme : allongement de la durée moyenne de vie, éradication des pires maladies épidémiques, disparition de la famine dans les pays civilisés, amélioration moyenne des conditions de vie (hygiène, chauffage, information, transports) et bien d’autres progrès dont, non en dernier lieu, le développement de la liberté individuelle dans les pays occidentaux. Se souvenir que, dans la mythologie, Prométhée est celui qui déroba le feu aux dieux.
Un symbole très parlant : c’est l’énergie qui a rendu tout cela possible. Et donc celui qui tient l’énergie… tient le monde !
D’où vient l’énergie ? Par-delà sa forme finale consommable, « secondaire » – électricité, carburant, gaz domestique ou industriel – l’énergie provient d’une source « primaire » : bois, charbon, vent (moulins, aujourd’hui éoliennes…), déplacement de l’eau (barrages, marées…) pétrole, gaz naturel, plus récemment fission (demain peut-être fusion) nucléaire, captation de l’énergie solaire, biomasse ; le génie humain ne cesse de chercher – et de trouver – de nouvelles sources « primaires » dont la transformation utile est généralement l’électricité.
La part du lion
Mais force est de constater que dans le « mix » énergétique, c’est-à-dire l’ensemble des sources primaires dont provient l’énergie consommable par les entreprises et les ménages, le pétrole et le gaz naturel conservent la part du lion. 60% du mix est fourni par eux, auxquels s’ajoutent 25% produits par le charbon. Peu importe que, grâce à sa forêt d’éoliennes, la Deutsche Bahn puisse affirmer que ses trains sont mus par le vent et que les pays européens, sous l’impulsion d’une « Commission » sortie de son lit, s’imposent des normes mutilantes pour leurs économies, les hydrocarbures gardent leur couronne énergétique solidement vissée sur leur chef.
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Sans doute la crainte du « Peak Oil », le moment où la production d’hydrocarbures commencera à décliner, car ces sources « fossiles » d’énergie sont logiquement et inévitablement limitées, a-t-elle conduit au développement, savamment scénographié, de la grande peur du « réchauffement climatique ». Un « réchauffement » difficile à vendre à des populations américaines frigorifiées dans des tempêtes de neige, même en invoquant « l’effet réfrigérateur », et qui a fait place dans les modes de langage codés imposés au monde journalistique, au « changement » ou au « dérèglement » climatique. Un changement ou un dérèglement dont personne n’a démontré, scientifiquement et irréfutablement, la « cause anthropique », comme l’observe l’ancien conseiller du Président Obama, Steven Koonin, dans son best-seller peu commenté en France (2022), Climat, la part d’incertitude.
Drill, baby, drill
Alors comme les faits sont têtus (Mark Twain), il faut bien revenir au réel : la voiture électrique marque le pas et les consommateurs en veulent de moins en moins… sauf si le contribuable en paie une partie, la pompe à chaleur ne chauffe pas, ou chauffe mal, les engins de chantier, les camions, les navires et les avions électriques restent des hypothèses de laboratoire, sans parler des engins de guerre, très ancrés dans l’actualité.
Le peak oil s’éloigne comme un mirage, comme il le fait depuis un siècle. Même si son avènement reste une certitude, la date en reste divinatoire. En attendant, comme l’exhorte le pragmatique 47ème président des Etats-Unis, forez, forez, forez !
Et comme qui tient l’énergie, tient le monde qui tient le pétrole (ou les hydrocarbures) tient le monde. Au moins jusqu’au début du XXIIème siècle.
C’est ce que semble avoir compris le président Trump. Celui dont la folie, souvent sous-entendue, parfois ouvertement alléguée par certains médias en Europe, ne serait que la manifestation du génie — volontairement incompris — d’un homme dont le QI (estimé à 145, selon le site Lanature.ca) ne serait pas très éloigné de celui, estimé aussi, d’Einstein (160)…
Il y a un siècle, l’exploitation pétrolière, dont la phase moderne naît à Titusville (Pennsylvanie) en 1859, se développe mondialement sous l’impulsion de deux entreprises mondiales, la Standard Oil (Esso) de John Davison Rockefeller et la Royal Dutch Shell (Shell) dirigée, pour les couronnes anglaise et néerlandaise à titre principal, par Sir Henry Deterding. C’est l’époque où sont forés les champs pétrolifères arabiques (Aramco), persans (Anglo persian) et bien d’autres.
A l’époque Esso et Shell se livrent une guerre commerciale très rude.
Accord d’Achnacarry et traité du Quincy
Puis vient la paix. Celle-ci est concrétisée dans l’accord d’Achnacarry, un accord dont les répercussions mondiales sont comparables à celles du traité de Versailles. Signé en 1928 dans la propriété de Sir Henry Deterding sur l’île d’Achnacarry en mer d’Irlande, il met fin à la guerre Esso-Shell et, surtout, crée le Grand Cartel, parfois appelé les Seven Sisters : Standard Oil of New Jersey (Esso), Gulf Oil, Mobil Oil, Texaco, Standard Oil of California, Royal Dutch Shell et British Petroleum (ex-Anglopersian).
Pendant plus d’un demi-siècle, les Sept Sœurs ont dominé l’économie et, largement, la politique mondiale. Avec notamment le discret traité du Quincy, assurant, contre l’accès au pétrole, le maintien de la dynastie des Saoud sur leur trône par la force armée des Etats-Unis. Vous aviez dit vassaux ?
Au fil du temps, elles se sont restructurées : la fusion de Mobil dans Esso a donné le géant actuel Exxon-Mobil, Texaco, Gulf et Standard Oil of California ont fusionné dans Chevron, ce qui réduit le club à quatre compagnies.
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Un club dont les compagnies non anglo-saxonnes, contrôlées par des Etats (Petrobras, Petronas, Lukoil et… Totalénergies notamment) ne font pas partie.
Pour rendre les Etats-Unis « grands à nouveau », le président Trump qui, réaliste, ne poursuit pas des plans sur la comète à un ou plusieurs siècles, a compris que l’imperium américain, c’est-à-dire ce qui assure la survie des sociétés individualistes à l’anglo-saxonne, menacées par un mouvement mondial vers l’autoritarisme et le contrôle social (Russie, Chine, Japon et… Commission européenne notamment) se jouait sur le demi-siècle qui vient.
Et sur le demi-siècle qui vient, qui tient le pétrole, tient le monde (bis).
Dans un premier temps, application de la théorie aujourd’hui dite de Donroe (contraction de Donald et de Monroe), savoir le contrôle de l’ensemble du continent américain, expulsion des Chinois du Canal de Panama, prise de contrôle du Venezuela (et, surtout, de ses réserves pétrolières), vassalisation du reste.
La chute du Venezuela appelle celle de Cuba, dernier régime communiste dans cette partie du monde. Mais aussi de l’axe irano-venezuelien au soutien de Moscou et de la Chine, gourmande en pétrole.
La chute du régime des Mollahs, pour le moins dans forme actuelle, entraînera le contrôle par les intérêts anglo-saxons des ressources iraniennes qui, découvertes par eux, n’auraient jamais dû leur échapper.
Le reste des ressources pétrolières est sous hégémonie de ce qui reste des compagnies du Grand Cartel.
La Russie qui s’est piégée toute seule dans le guêpier ukrainien, n’aura de moyen pour en sortir que d’abandonner ses ressources en hydrocarbures pour éviter, par un accord avec les Etats-Unis, une défaite en rase campagne qui invaliderait le sacrifice de plus d’un million d’hommes.
La suprématie pétrolière anglo-saxonne est de retour. Et avec elle la préservation du modèle sociétal individualiste libéral. Et si Trump était génial ?
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