La nouvelle offensive antiraciste revendique sa haine pour tout ce qui représente la nation française, son passé et ses institutions. Dans ce grand récit victimaire, les « violences policières » prétendument exercées contre les Noirs et les Arabes tiennent une place de choix. Cet amalgame injuste ignore l’ensauvagement d’une société dans laquelle les forces de l’ordre sont devenues des cibles.


Le scandale Adama Traoré n’est pas celui qu’on croit. Il ne réside pas dans la mort du jeune homme : aussi bête et triste soit celle-ci, elle ne cache aucun mystère, aucun secret inavoué. Sinon que s’il avait obtempéré, il serait sans doute en vie.

Un énorme bobard

Depuis quatre ans, l’instruction confiée à trois juges, preuve de l’importance que la Chancellerie accorde à cette affaire sensible, a retracé, minute par minute, les circonstances qui ont abouti à sa mort (voir le récit d’Erwan Seznec pages 38-41). Les magistrats n’ont pas relevé la moindre trace de brutalité disproportionnée ou de racisme. Les trois gendarmes concernés, longuement auditionnés, n’ont pas été mis en examen et n’ont subi aucune sanction. À ceci près qu’eux et leurs proches entendent quotidiennement parler d’eux comme de meurtriers. Et que leur vie a été dévastée.

Le scandale, c’est qu’un mensonge répété mille fois soit devenu une vérité – et, en prime, l’étendard d’une offensive idéologique contre l’idée même de nation française soumise à un impitoyable et interminable réquisitoire rétrospectif. Une phalange d’activistes de talent a réussi à vendre un énorme bobard à des médias qui ont fait preuve d’une complaisance inouïe et accrédité la thèse d’une « bavure » que rien ne vient étayer, tombant dans tous les panneaux agités devant eux, comme la fameuse « contre-expertise », signée par un unique expert choisi par la famille et opportunément tombée le 2 juin. Ce jour-là, surfant sur la vague George Floyd et le succès planétaire de #BlackLivesMatter, le comité Adama parvient, pour la première fois, à mobiliser au-delà de ses maigres troupes habituelles : 20 000 personnes sont rassemblées devant le palais de justice de Paris. Un policier noir est traité de « vendu » ! Le Monde publie un compte-rendu énamouré, les deux journalistes reprenant à leur compte sans la moindre distance le grossier amalgame entre George Floyd et Adama Traoré. Quant à Assa Traoré, elle y est présentée comme une « figure de proue de la lutte contre les violences policières ». Une icône est née. Quelques semaines plus tard, Christophe Castaner, interrogé sur les éventuelles poursuites intentées contre les organisateurs de cette manifestation illégale, lâchera son magistral aveu : « L’émotion doit prévaloir sur le droit. »

Ni justice ni paix ?

En quelques semaines la « sœur Courage » devient « la combattante », titre d’un long portrait presque intégralement hagiographique que lui consacre Le Parisien le 28 juin. On l’interroge sur ses intentions politiques. Ivre de sa notoriété, la nouvelle Angela Davis ne demande pas, elle exige. « Nous parlerons avec le gouvernement quand les gendarmes seront mis en examen. » Quand elle scande, « Pas de Justice, pas de paix », on entend « Ni Justice ni paix ».

Le comité Adama connaît son heure de gloire, au centre d’une agitation qui permet à l’islamo-gauche insoumise de se recycler dans la dénonciation du privilège blanc.

A lire également, Marcel Gauchet sur RnR : Affaire Traoré: La plupart des médias s’alignent sur cette ignorance militante satisfaite d’elle-même

S’agissant de la nouvelle offensive antiraciste et de sa haine proclamée pour tout ce qui représente notre passé, qu’on me permette de renvoyer aux excellents textes de Bérénice Levet, Jeremy Stubbs, Sami Biasoni, David Duquesne. Et d’adresser mes remerciements à Rokhaya Diallo, qui a accepté de venir défendre son point de vue dans nos colonnes (pages 54-56). Que nos désaccords abyssaux ne nous transforment pas en ennemies est un des rares signes d’espoir dans une période où ce qui semblait hier être une lubie d’Houria Bouteldja (la fondatrice du Parti des indigènes de la République), ou une invention foutraque de Muray, est devenu la norme. Hier, on comptait les femmes, et il n’y en avait jamais assez ; aujourd’hui on compte les Noirs.

Une pandémie idéologique

Tout est allé très vite. Citons deux faits qui ressemblent à des poissons d’avril.

Fin juin, L’Oréal annonçait la suppression des mots blanc/blanchissant, clair/éclaircissant, sur fond de campagne contre les produits éclaircissants, qui témoignent, paraît-il, de l’assignation des femmes de couleur aux stéréotypes « blancs » – nous voilà condamnés à utiliser un lexique qui nous brûle les lèvres. Mais quid des produits bronzants, ne devraient-ils pas être dénoncés comme vecteurs d’appropriation culturelle ?

Le 1er juillet, le New York Times déclare qu’il écrira désormais « Black » avec une majuscule et « white » en minuscule. Bien sûr, c’est l’Amérique. Mais si les vols transatlantiques sont interrompus, les idées voyagent de plus en plus vite. Chez nous, ça commence soft. Toutes les rédactions

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Article extrait du Magazine Causeur

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