Mercredi soir à Herblay, une opération banale de surveillance effectuée par deux policiers s’est terminée en un drame terrible. L’enquête est en cours, alors que la société française est à cran.


Le drame d’Herblay, où deux policiers ont été attaqués avec une rare sauvagerie par trois truands, a soulevé une juste indignation. Il appelle aussi quelques réflexions.

Les premières, et peut-être au fond les plus importantes, concernent l’indécence de ceux qui disent : oui c’est terrible, mais c’est « un risque inhérent à leur fonction », pour citer un certain avocat. Factuellement, c’est évidemment exact. Un policier sait qu’il prend des risques pour accomplir sa mission, son devoir, et protéger ses concitoyens, c’est-à-dire nous tous. Mais c’est justement parce qu’il le sait et l’accepte que son engagement nous oblige tous. Les policiers, comme les gendarmes et les militaires qui prennent des risques du même ordre, ne sont pas des mercenaires. Leur dévouement n’est pas acheté : vu le montant de leurs rémunérations, s’ils ne s’engageaient que pour l’argent ils ne s’engageraient pas du tout. Et l’ingratitude est un symptôme d’une société où le sens du bien commun se perd.

Le temps de la colère

De plus, cette phrase « c’est un risque inhérent à la fonction » ne sous-entend pas seulement « ils sont payés pour ça » : c’est aussi un symptôme de banalisation. Comme si de telles agressions, au fond, étaient normales. Comme si une société où se produisent de telles agressions était une société normale. Considérons-nous vraiment que nous en sommes arrivés là, et qu’il n’y a rien à faire ? Allons-nous l’accepter ? Le temps de la colère n’est-il pas venu ?

La gravité des faits impose très certainement la discrétion aux enquêteurs chargés de l’affaire d’Herblay : dans de telles circonstances, la priorité ne peut pas être de satisfaire notre curiosité, si légitime que soit cette curiosité. Prenons donc avec prudence les informations rendues publiques jusqu’ici, nécessairement partielles.

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Voici néanmoins ce que l’on sait à ce stade. D’abord le contexte. Une zone industrielle, qui abrite pour le moment les trafics de groupes de délinquants issus de la communauté des gens du voyage. Des tensions entre bandes rivales, il est question de tentatives d’enlèvement entre voyous. Et une mission de surveillance discrète par deux policiers.

Alors qu’ils sont en planque dans la zone industrielle, les policiers sont abordés par un trio « black, métis, beur » qui les prend d’abord pour des gens du voyage. Revoici le contexte : une « guerre des gangs » pour le contrôle d’un territoire servant à toutes sortes de trafics. Il semble alors que les policiers fassent état de leur qualité : décision difficile, puisqu’elle implique de révéler aux malfrats que des surveillances sont en place, mais décision sans doute nécessaire pour faire baisser la tension compte-tenu des circonstances. Car, on s’en doute, les malfaiteurs préfèrent généralement avoir affaire aux forces de l’ordre qu’à des rivaux : les méthodes ne sont pas les mêmes.

Déchaînement de violence

Hélas. À Herblay les choses sont différentes, et dégénèrent. Au lieu de calmer le jeu, c’est un déchaînement de violence. À l’heure où j’écris, l’un des deux policiers est toujours entre la vie et la mort.

Faut-il lier cette agression à l’ensauvagement que l’on constate depuis des années, et que l’ampleur des faits et leurs échos sur les réseaux sociaux empêchent désormais médias et autorités politiques de nier ? La réponse n’est pas évidente. Une équipe des forces de l’ordre prise dans une « guerre des gangs », ce n’est pas la même chose que l’agression par une population hostile d’une patrouille qui pénètre sur un « territoire perdu » – et c’est l’occasion de le redire : la partition du territoire national, aujourd’hui, n’est plus une hypothèse, c’est une réalité. Il y a des endroits où l’objectif n’est plus d’éviter que la France se morcèle, mais de permettre à la France de reconquérir ce qui lui a été arraché et ne se soumet plus, désormais, qu’à l’autorité des bandes, des tribus ou des fanatiques religieux.

Mais est-ce le cas dans cette zone industrielle d’Herblay ? Probablement pas : là, ce ne sont pas les habitants d’un quartier qui s’en sont pris à des policiers pénétrant sur ce que les « jeunes » considèrent comme leur territoire. C’est une bande qui n’est justement pas « chez elle », et qui veut conquérir un territoire pour l’instant contrôlé par d’autres.

La violence légitime des forces de l’ordre a disparu

Pour autant, peut-on faire abstraction du contexte général ? Non. Nous le savons tous : la violence contre les forces de l’ordre ne cesse de se banaliser, aussi bien dans les faits que dans les discours – je pense évidemment à certains discours politiques bien connus d’extrême-gauche, voire de gauche. Le monopole de la violence légitime, que détient l’Etat, ne cesse d’être remis en cause – et le gouvernement a une part de responsabilité, notamment du fait de certaines décisions politiques manifestement contraires à la volonté du peuple. Mais ce n’est pas le peuple, ce « peuple des gens ordinaires » pour citer Christophe Guilluy, qui a attaqué des policiers à Herblay. C’est la délinquance des « banlieues », qui ne cesse de s’étendre, nourrie des codes et des comportements d’une culture tribale qu’il est de bon ton, chez certains, de valoriser. Inviter à l’Élysée des gens qui y hurlent qu’ils vont « brûler cette maison », ce n’est pas innocent. Dire que la famille Traoré est une « chance pour la France » et laisser Assa Traoré plastronner, ce n’est pas innocent. Refuser obstinément de dissoudre la LDNA et le PIR, ce n’est pas innocent.

Si l’extrême brutalité des trois truands a été si rapide, s’ils y ont si spontanément eu recours, c’est presque certainement parce qu’ils sont nourris par un profond sentiment d’impunité, dont ils ont fait l’expérience depuis des années dans leurs « quartiers ». Ils ont l’habitude de la passivité de l’État et de la complaisance de l’institution judiciaire face à leurs activités de prédation, face à l’ensauvagement. À ce titre, il est absolument fondamental que ceux qui s’en sont pris aux deux policiers à Herblay soient identifiés, arrêtés et punis avec une extrême sévérité : il est grand temps de faire un exemple.

Qui aura le courage politique de réarmer la République ?

Voilà où nous en sommes. Les lois, les méthodes et les habitudes qui permettent de préserver la paix dans une société paisible ne sont plus adaptées à notre situation. Nos forces de sécurité, et j’y inclus les armées, peuvent encore reconquérir les territoires perdus. L’affrontement sera brutal, mais nous le gagnerons. Encore faut-il leur en donner l’ordre, et encore faut-il que le législateur et l’autorité judiciaire ne les trahissent pas – il est trop tôt pour en évaluer précisément les conséquences, mais une récente décision de la CJUE est représentative d’une dérive idéologique qui est la principale coupable de l’ensauvagement : les droits des délinquants sont sacrés, la priorité est de désarmer l’Etat toujours suspect de volontés fascistes, et tant pis pour les victimes.

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Mais en l’absence de courage politique, en l’absence d’une volonté politique qui ira plus loin que les discours et l’affichage de statistiques pour s’attaquer enfin aux problèmes de fond, la situation continuera à dégénérer. Et viendra le jour où policiers, gendarmes et soldats en auront assez de risquer leur vie pour des gens qui ne les soutiennent pas, des gens qui exigent qu’on les protège quand ils vont dans la rue, mais qui sont les premiers à hurler aux « brutalités policières » et au « retour des heures les plus sombres » dès que, bien à l’abri derrière leurs écrans, ils voient une vidéo tronquée d’une interpellation musclée. Et ce jour-là, que se passera-t-il ?

Pour l’instant, ceux qui nous protègent tiennent bon.

Face à l’ensauvagement, face à ceux qui ne voient la France et son peuple que comme des proies, qui les haïssent, ils sont notre seul rempart. Un rempart humain, fait de courage et de dévouement malgré tout. Sachons les soutenir, sachons exiger que les politiques les soutiennent et leur donnent les moyens de remplir leurs missions, sachons exiger que l’institution judiciaire les soutienne au lieu de saboter leurs efforts voire de les poignarder dans le dos, si nous voulons qu’ils continuent à tenir.

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