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Charlie Hebdo, combien de divisions?

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L’éditorial d’octobre d’Elisabeth Lévy


Le 23 septembre, 90 médias français signaient une tribune pour défendre la liberté d’expression, une initiative saluée comme historique par ses promoteurs – et que Causeur a rejointe dès qu’on nous l’a proposé. Comme le dit l’adage populaire, si ça ne fait pas de bien, ça ne peut pas faire de mal.

Deux jours plus tard, Zaheer Hassan Mehmood, faux mineur pakistanais de 25 ans, attaquait au hachoir deux personnes qui fumaient devant les anciens locaux de Charlie, où a eu lieu le massacre du 7 janvier 2015. À la grande fierté de son cher papa, resté au pays.

Il n’y a aucun lien entre ces deux événements. Mehmood, qui ignorait que Charlie Hebdo avait déménagé, n’avait évidemment pas lu cet appel vibrant au sursaut collectif.

La jeune génération, en particulier, a troqué la joyeuse tolérance voltairienne ou réputée telle contre le respect scrupuleux des susceptibilités

La coïncidence donne cependant à réfléchir sur l’efficacité de notre action. Depuis cinq ans, des centaines de textes, de livres, de pétitions ont paru pour soutenir Charlie et dénoncer le fanatisme islamiste. Pas plus que les proclamations martiales de nos dirigeants, ils ne semblent avoir particulièrement ébranlé les candidats au djihad ou contribué à éveiller la société.

Certes, il est bon que L’Humanité et Le Figaro, Libération et Causeur, Valeurs actuelles et Le Monde protègent le droit au blasphème – qui devrait également concerner les religions féministe et antiraciste, mais passons. Seulement, cette union sacrée du Parti des médias a visiblement été obtenue en arrondissant les angles, pour ne pas dire en noyant le poisson. Comme l’ont remarqué Ivan Rioufol et Barbara Lefebvre, il n’est nullement question, dans la tribune des médias, d’islamisme, d’islam radical ou politique, mais de fanatiques non identifiés. Or, s’il existe des fanatiques de toutes sortes, chez nous ceux qui tuent sont toujours de la même sorte.

Capture d'Hassan H. place de la Bastille le 25 septembre 2020. Le Pakistanais a reconnu avoir attaqué au hachoir deux personnes en bas des anciens locaux du journal Charlie Hebdo. © Laura CAMBAUD / AFP
Capture d’Hassan H. place de la Bastille le 25 septembre 2020. Le Pakistanais a reconnu avoir attaqué au hachoir deux personnes en bas des anciens locaux du journal Charlie Hebdo. © Laura CAMBAUD / AFP

Si les rédacteurs du texte n’ont pas voulu désigner l’ennemi, c’est sans doute parce que cela aurait dissuadé certains médias de le signer. On ne citera personne pour ne pas casser l’ambiance. Cette sympathique alliance entre ceux qui croient aux territoires perdus et ceux qui n’y croient pas aura au moins procuré un certain réconfort à ses signataires qui sont ainsi Charlie à peu de frais.

Peu importe que ce texte offre un certificat de virginité politique à tous ceux qui expliquent inlassablement que le principal problème de la France est l’islamophobie et que le séparatisme islamiste, quand ils admettent son existence, est le produit des discriminations et de la désespérance sociale.

En attendant, Charlie Hebdo est toujours seul en première ligne. Et toujours pour la même raison : dessins blasphématoires. Zaheer Hassan Mehmood n’a sans doute pas vu la une du 9 septembre[tooltips content= » Celle où Charlie Hebdo, pour l’ouverture du procès, a republié les caricatures. »](1)[/tooltips], mais il connaissait son existence. Pour lui (et pour combien d’autres ?), le même crime vaut la même punition.

Il ne suffit pas de partager l’émotion, encore faut-il accepter de partager le danger – d’autant plus qu’en l’espèce, c’est la seule façon de le réduire. Seul le nombre protège. Pour que l’équipe de Charlie Hebdo soit en sécurité (en tout cas plus qu’aujourd’hui), il faudrait que la France entière fasse office de paratonnerre collectif. On veut punir Charlie pour des caricatures de Mahomet, publions les ensemble, en même temps, pas seulement les médias, mais tous les Français ! Contre les censeurs et les tueurs, organisons la journée du déconnage à pleins tubes. Et pour rassurer nos concitoyens musulmans, sortons en même temps des dessins scabreux de Jésus, Moïse et des autres. À l’image du recteur de la mosquée de Paris, montrons que, croyants ou incroyants, nous sommes capables d’endurer les douleurs de la liberté.

Ne rêvons pas trop. Une grande partie de la société a lâché l’affaire, quand elle ne condamne pas les blasphémateurs, rituellement accusés de jeter de l’huile sur le feu, comme les filles trop court vêtues qui l’ont bien cherché. Deux jours après l’attentat, Charlie, qui fêtait son cinquantième anniversaire, dessinait, à sa une, le tueur découpant le gâteau au hachoir. Sur le site de Morandini, le premier commentaire était un concentré de l’esprit du temps : « Je n’aime pas ce journal, et je les tiens pour responsable de l’attaque de la semaine dernière. Ils n’avaient pas besoin d’en rajouter une couche en republiant leurs dessins, c’était donner le bâton pour se faire battre, l’ennui c’est que c’est tombé sur des innocents. » Il voulait tuer des membres de Charlie Hebdo, il a blessé des Français innocents. Pour de plus grands esprits, le blasphème n’est qu’une vexation gratuite infligée à des croyants qui n’ont rien demandé. La jeune génération, en particulier, a troqué la joyeuse tolérance voltairienne ou réputée telle contre le respect scrupuleux des susceptibilités. Le vivre-ensemble, c’est chacun fait ce qui lui plaît. À condition de ne jamais déplaire.

On me dira (on me l’a déjà dit) que cet appel (à publier en masse les caricatures) est une provocation irresponsable. Nul ne peut jurer qu’il n’y aurait aucun danger. Mais nul ne peut le jurer aujourd’hui, alors qu’on peut croiser n’importe où un fanatique vexé et armé.

On ne va pas se mentir, aucun d’entre nous n’a envie de mourir pour Charlie. En conséquence, nous ne publierons pas ces caricatures si nous sommes seuls ou seulement quelques-uns. « Citoyens, élus locaux, responsables politiques, journalistes, militants, nous devons réunir nos forces pour chasser la peur et faire triompher notre amour indestructible de la Liberté », lit-on dans la tribune des médias. On ne peut pas prétendre combattre et laisser tout le risque aux autres. « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus morts », écrivait Muray. Nous sommes les plus nombreux. Reste à savoir si nous sommes vivants.

Chers djihadistes...

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Les Rien-pensants

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>> Lire le magazine Causeur #83, Écolos, Verts et contre tout <<

Post-Scriptum. – Je me réjouis d’annoncer l’arrivée dans ces pages, et dans notre petite escouade, de Frédéric Ferney, écrivain et critique littéraire à l’ancienne, s’il m’autorise ce compliment. Chaque mois, il nous livrera ses méditations et divagations. Par ailleurs, nous espérons retrouver bientôt notre cher Basile, requis par d’autres occupations. Enfin, que Roland Jaccard et Jean-Paul Lilienfeld, qui ont souhaité voguer vers d’autres cieux, soient remerciés pour le bout de chemin fait ensemble. Ils seront toujours les bienvenus dans ces pages.

Bienvenue dans l’enfer vert


De Lyon à Grenoble, en passant par Bordeaux, les nouveaux élus écolos s’en prennent aux coutumes et traditions si chères aux Français. Pour le maire de Béziers, ce mépris du peuple et ces clowneries auront pour seul effet de décrédibiliser la fonction d’élu local, et, malgré son succès électoral récent, l’écologie elle-même.


Je vais être honnête avec vous : je crois que nous avons passé un cap. Je pense que nous avons tourné une page de notre histoire. Et que, dans les bouquins d’histoire justement, ceux qui seront écrits dans cinquante ans, on retiendra cette date : le jeudi 10 septembre 2020, le jour où tout a basculé. Le jour où un abîme d’imbécillité s’est ouvert sous nos pieds. Le jour où Pierre Hurmic, maire de Bordeaux, a décidé de supprimer le sapin de Noël.

Il a fallu que cela arrive en 2020, une année bizarre. L’année des masques, l’année où celui des maires écolos est tombé. Quelques mois après leur élection, on voit enfin à qui on a affaire. Au moins, avec les maires socialos ou cocos d’antan, c’était Balzac et La Comédie humaine. Avec les nouveaux maires écolos, c’est San-Antonio. On est avec Béru chez les fous.

Nous savons qu’ils sont l’extrême gauche haineuse, antifrançaise, antihumaine qui s’est grossièrement badigeonnée de vert. Mais attention, la peinture s’écaille

Chaque jour ou presque, Twitter s’enflamme dès qu’un « kmaire vert » lance un oukaze. Dans ce happening permanent, la raison vacille. Partout où ils sont au pouvoir, il faut se pincer pour y croire. À Lyon, ils introduisent dès le premier conseil municipal l’écriture inclusive, cette diablerie d’idéologue en fin de vie. Dans la même ville, ils refusent d’accueillir le Tour de France sous prétexte de machisme et snobent le Vœu des Échevins ! Plus au sud, à Grenoble, les cours de récré sont désormais « non genrées » et, à Bordeaux, clou du spectacle, le sapin de Noël est devenu « un arbre mort » à interdire. Une géographie du délire. Une grande carte dépliée où la tache verte a dégouliné dans le relief, où les fleuves charrient des pensées vénéneuses. Comment les électeurs ont-ils pu signer ce pacte avec l’hôpital psychiatrique ? Je veux bien que le public des « métropoles », ce soit la France d’après, mais je n’arrive pas à m’y faire. Ou alors il y a eu lobotomie ?

En kiosque, Causeur #83: Découvrez le sommaire de notre dossier spécial « Ecolos, verts et contre tout »

Mais cette euphorie verdâtre est sans doute un trompe-l’œil. Selon moi, malgré ce vent en poupe électoral, l’écologie est en phase terminale. Hurmic et ses collègues n’en sont que les métastases aux sourires tristes. Ça ronge depuis longtemps le corps de la nation. Les mots détournés, les idées violées, tout cela a retourné le cerveau des gens. La dépolitisation qui s’accélère aussi. Le réchauffement climatique a tapé sur le ciboulot de pas mal de monde. C’est cash. Génération Greta Thunberg. L’activisme de la douche froide. Ils disent des conneries monumentales en prenant l’air sérieux d’un Savonarole.

À Bordeaux, c’est vrai, les électeurs ont peut-être tiré le gros lot. Au moment de l’épidémie de coups de couteau dans la ville, ça pique, si j’ose dire. Son combat au maire de Bordeaux, ce n’est pas l’insécurité, c’est donc le sapin de Noël ? Je n’ose imaginer ce que M. Hurmic et ses apôtres doivent penser de la crèche abritée chaque fin d’année dans l’hôtel de ville de Béziers ? Sans doute une réminiscence franquiste ? En tout cas, les bobos parisiens qui se sont faits bordelais pour avoir Paris sans racailles doivent être au minimum déçus : leur premier magistrat a d’autres priorités.

En réalité, ce que veulent le maire de Bordeaux et tous les autres maires verts aux têtes des « métropoles », c’est mettre fin à la France que nous aimons. Foutre dans une benne, sans tri pour le coup, la France du Tour et des belles jeunes filles qui embrassent les coureurs, les écoliers genrés, Noël, la Marseillaise, le pays de Gabin, de Bardot, de Jean-Pierre Marielle et de Platini. Et même jusqu’à l’écriture de notre langue ! Ce qu’ils haïssent, de moins en moins secrètement, c’est notre France chaleureuse, celle qui croit en quelque chose, qui s’émerveille naïvement devant un maillot jaune, qui chérit ses statues, notre France qui drague encore les mots fugaces, les verbes sagaces, l’audace qui déborde comme dans une chanson de Gainsbourg.

Bref, l’impertinence et l’insouciance, les mœurs gauloises. Ils appellent ça la France « étriquée », qui sent mauvais sous les bras. Ils sont les nouveaux inquisiteurs. Nous sommes dans leurs futurs bûchers.

A lire ensuite, Martin Pimentel: Rejet massif des bigoteries d’EELV (sondage)

Hurmic, comme les autres curés de cette religion, a envie d’éradiquer. De détruire, de brûler. Il va sans doute bientôt interdire le vin de Bordeaux parce que c’est fait avec des raisins morts qui ont agonisé dans des barriques en chêne mort.

Le moment est à la fois historique et tragi-comique. Pendant que les maires de villes moyennes comme la mienne cravachent sept jours sur sept pour panser les plaies de la mondialisation, pour que les « petites gens » vivent un peu mieux dans l’enfer du vivre-ensemble, Hurmic et ses collègues kmaires me font honte avec leurs délires. Ils décrédibilisent la fonction. Les grandes villes sont transformées en labo. Dans ce carnaval municipal, les clowns sont à la fête, mais la fête est lugubre, peuplée de commissaires politiques. Hurmic n’a pas envie de rire. Pour lui, le sapin de Noël est un ennemi de classe. Tout ce qui rassemble – à Béziers, chrétiens, musulmans, juifs et athées sont côte à côte devant la crèche de Noël – les débecte. Tout ce qui fait plaisir au peuple. Ils sont contre le bonheur. Le bonheur, c’est facho.

Pourtant, impossible de se planquer encore longtemps derrière les éoliennes : nous savons qui sont vraiment Hurmic et tous les maires « écolos ». Nous savons qu’ils sont l’extrême gauche haineuse, antifrançaise, antihumaine qui s’est grossièrement badigeonnée de vert. Mais attention, la peinture s’écaille. L’entourloupe démocratique commence à se voir.

Le plus triste, c’est que d’honnêtes gens ont voté pour les petits oiseaux et les pistes cyclables. Ils se retrouvent avec des idéologues de la pire espèce, dévorés par leur dogme. À la place des circuits courts, ils auront les migrants des circuits longs, l’insécurité et un fatras d’interdictions sur le dos. Derrière le drapeau vert et le yaourt bio, une secte extrémiste s’installe et va pourrir la vie des Français. Oui, décidément, sous le sapin de Noël de Bordeaux, le cadeau était empoisonné…

"Un maire ne devrait pas faire ça..."

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Journal intime de campagne: Et si je disais tout...

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Des ratés et des rats

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La crise sanitaire que nous traversons est une expérience d’Henri Laborit géante


La gestion de la crise du Covid-19 par les autorités politiques rappelle les fameuses expériences d’Henri Laborit, dans les années 1970, sur l’inhibition de l’action chez les rats[tooltips content= »Henri Laborit, Éloge de la fuite, Éditions Robert Laffont, coll. « La vie selon … », 1976 « ](1)[/tooltips]. On peut dire que dans les deux phases de la maladie (épidémie et post-épidémie), les citoyens se sont trouvés « piégés comme des rats ».

Rappelons le schéma de ces expériences :

  1. Un rat est placé seul dans une cage avec un plancher grillagé qui peut lui envoyer des chocs électriques. Un signal sonore et un flash lumineux précèdent de quatre secondes le courant électrique. Le rat peut fuir dans un compartiment accessible par une porte ouverte.

Le rat apprend très vite la relation temporelle entre les signaux sonores et lumineux et la décharge électrique qu’il reçoit dans les pattes. Il ne tarde pas à éviter cette « punition » en passant dans le compartiment adjacent. Le même mécanisme se déclenche dans l’autre partie de la cage et le rat doit alors parcourir le chemin inverse.

Soumis à ce va et vient pendant dix minutes par jour pendant huit jours consécutifs son état biologique reste bon.

  1. Dans une autre expérience, la porte de communication avec le deuxième compartiment est fermée. Le rat subit donc les chocs électriques sans pouvoir s’enfuir.

Au huitième jour, les examens biologiques révèlent une chute de poids importante, une hypertension artérielle qui persiste plusieurs semaines et de multiples lésions ulcéreuses de l’estomac.

  1. Dans une autre expérience on place deux rats dans la cage dont la porte de sortie est bloquée. Ils subissent les chocs électriques sans pouvoir s’enfuir. A ce moment ils commencent à se battre, se mordre et se griffer.

Après une expérimentation d’une durée analogue aux autres phases, leur état biologique excellent, à part les morsures et les griffures.

Conclusion : un rat isolé soumis à un stress sans possibilité de fuite ou de lutte tombe malade. Son angoisse engendre des maladies physiques.

Les ratés de la crise du Covid ont mis les populations dans une situation analogue à celle de ces rats.

A) Pendant l’épidémie, c’est-à-dire la phase où un grand nombre de personnes sont tombées malades en peu de temps (mars-avril), le gouvernement a rationné ou même interdit les masques, les tests, et les traitements. Toutes les issues, les moyens d’échapper à l’angoisse étaient bloqués.

Rappelons-nous ces médecins barricadés dans leur cabinet, ces nombreuses personnes âgées décédées dans les institutions pour personnes âgées sans avoir accès aux hôpitaux, ainsi que les malades rejetés par les hôpitaux parce qu’ils n’étaient pas assez malades et qui sont morts ensuite.

La population confinée se trouvait dans le même état d’impuissance que le rat enfermé sans possibilité de fuir.

B) Dans la phase post-épidémique où nous sommes aujourd’hui, alors que le nombre de malades et de morts a fortement décru, la liberté des populations continue à être fortement inhibée.

Le masque déconseillé est devenu obligatoire, les tests sont multipliés sans que l’on fasse clairement la distinction entre les cas positifs et les malades. La vie sociale reste largement paralysée (voyages, cultures), et soumise à des décisions arbitraires et versatiles.

La population reste angoissée sans possibilité de fuir un virus insaisissable, dont la menace est exagérée par la confusion entretenue entre maladie et test positif.

On a fini par persuader les gens que l’épidémie ne pourrait s’achever que par la découverte d’un vaccin, ce qui revient à leur faire miroiter une bouée de sauvetage virtuelle.

Il n’est donc pas étonnant d’observer une élévation de l’agressivité, comme dans l’expérience de Laborit. Ceux qui ont le bon sens de ne pas porter constamment le masque se font traiter dans la rue d’égoïstes et de criminels.

Ceci explique également l’étonnante agressivité de certains contre le professeur Raoult, qu’on a vu maltraité en audience publique par des sénateurs français, alors que son traitement est pratiqué dans des régions occupées par… 4,5 milliards d’individus.

Éloge de la fuite

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Un traité dermatologique contre les réactions épidermiques des Blancs: « La pensée blanche », du docteur Thuram

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Depuis qu’il a entendu une phrase ambiguë d’un coéquipier dans un vestiaire («Avec mon intelligence et tes qualités physiques, je serais un joueur extraordinaire»), le champion du monde – et grand penseur – Lilian Thuram est persuadé d’avoir mis à jour un racisme inhérent à la société française « blanche ».


«Je souhaite que les Blancs comprennent que leur couleur de peau est une construction politique. J’insiste : personne ne naît blanc»
Lilian Thuram. Introduction à La pensée blanche

L’ex-footballeur Lilian Thuram a écrit un essai intitulé La pensée blanche. Trouvant la célèbre formule beauvoirienne suffisamment heureuse pour être une nouvelle fois détournée, il l’a sous-titré « On ne naît pas blanc, on le devient. » Il vient de donner un entretien aux journalistes de l’Obs. Votre serviteur l’a lu.

Pour Lilian Thuram, tout commence par une « histoire personnelle » : « J’ai neuf ans, j’arrive de Guadeloupe, j’entre en classe de CM2, des enfants m’insultent : “Sale noir !” » Plus tard, il se demande comment, à neuf ans, ces enfants ont pu développer la conviction qu’être blanc c’était mieux. « C’est cela, la “pensée blanche”, la construction de ce sentiment de supériorité. » 

Thuram pense que tout Blanc a des arrières-pensées racistes

Des insultes comme ça, et d’autres plus croustillantes encore, presque tous les enfants de neuf ans en disent ou en sont victimes. Pourtant, je ne connais aucun roux qui, ayant souffert de se faire traiter de « sale rouquemoute » pendant ses très jeunes années, en a tiré des assertions quasi-sociologiques sur la « construction d’un sentiment de supériorité » des blonds ou des bruns. Les enfants sont cruels et pleins de préjugés. Heureusement, le plus souvent, l’âge, les rencontres, la vie tout simplement, permettent de dépasser ces préjugés. 

A lire aussi, Anne-Sophie Chazaud: Débat public: l’intolérance crasse de Geoffroy de Lagasnerie

Il n’est pas certain que cela soit le cas pour notre ex-footballeur. Un jour, un coéquipier blanc lui a dit : « Avec mon intelligence et tes qualités physiques, je serais un joueur extraordinaire. » « C’est une “pensée blanche”», décrète Thuram qui, préjugeant que tout Blanc a des arrières-pensées racistes et essentialistes, a entendu une phrase que son coéquipier n’a pourtant pas dite et qui aurait été celle-ci : « Avec mon intelligence de Blanc et tes qualités physiques de Noir, je serais un joueur extraordinaire. » 

Le défenseur assailli de partout par la « pensée blanche »

Peintre des mœurs de l’Occident raciste, Lilian Thuram possède un nuancier coloré et conceptuel lui permettant de débusquer de la « pensée blanche » à peu près partout : « Nous étions plusieurs joueurs noirs dans les vestiaires et l’un d’eux dit : “Tu as vu comme tu es noir ? Moi je suis plus métis, j’ai la classe.” Ce joueur ne se rendait pas compte qu’il reproduisait lui aussi un schéma de la pensée blanche. » S’il lit les déductions de Thuram ici rapportées, il est bien possible que ce joueur ne comprenne toujours pas de quoi il retourne.

« Si quelqu’un se sent agressé par le fait de parler de la “pensée blanche”, cela dit surtout quelque chose de lui », dit encore Lilian Thuram. Ce « quelque chose » est bien entendu le racisme inconscient, la supposée supériorité intériorisée et raciste du Blanc qui pense blanc. Cette thèse est ardemment soutenue par les sociologues français qui adhèrent au concept de « fragilité blanche » développée par la sociologue américaine Robin DiAngelo, et qui commence à faire son entrée dans les universités françaises. Comme elle, Lilian Thuram a scindé l’humanité en deux : les racistes qui ignorent leur racisme, c’est-à-dire tous les Blancs ; et les victimes du racisme, c’est-à-dire tous les non-Blancs. Armé de cette triste grille de lecture binaire, essentialiste et racialiste de l’histoire des hommes, il dit comprendre l’utilisation de l’expression « privilège blanc » : « Les non-Blancs étant discriminés, ils perçoivent les Blancs comme privilégiés de ne pas l’être. » (sic)

Fragilité blanche, masculinité toxique, quelle béchamel intellectuelle!

Comment se faire un peu diable, un peu homme, avant que de se revêtir du manteau de la victime éternelle de la « pensée blanche » ? En s’auto-désignant coupable d’un crime à la mode, ici la « masculinité » : « En tant qu’homme, par exemple, j’ai des biais masculins, mais j’essaie de me soigner. » Le Blanc, lui aussi, doit se soigner pour éviter « les réactions épidermiques dès lors qu’on parle de blanchité » – cette phrase involontairement comique n’est pas de mon dermatologue mais des journalistes de l’Obs. Comment éviter ce prurit ? « Je vous ai donné l’ordonnance [l’écoute, la bienveillance et l’amour des gens] mais ça ne veut pas dire que la prescription soit suivie », se désole le bon docteur Thuram.

A lire aussi, du même auteur: Léonora Miano sur France Inter: «La France doit faire des sacrifices»

Rappelons à Lilian Thuram qu’il n’est pas le seul footballeur à avoir vécu des épisodes traumatisants et racistes. Il y a quelques années, Christophe Dugarry, un peu exaspéré par les leçons de morale de son ex-coéquipier de l’équipe de France, racontait sur Canal + l’anecdote suivante : « On était en train de prendre des photos avec la Coupe du monde, entre nous. Et Lilian dit : “Allez les Blacks, on fait une photo tous ensemble”. Moi, je n’ai pas relevé, je n’ai pas fait l’amalgame, je n’ai pas mal interprété ses propos. Franck Leboeuf, lui, a remarqué et a lancé : “Lilian, qu’est-ce que tu dis ? Et si, moi, je disais : allez les Blancs, on fait une photo tous ensemble ?” Mais à aucun moment on s’est dit que Lilian était raciste. Lilian ne doit pas oublier qu’il arrive à tout le monde de dire des choses qui dépassent sa pensée ou qui peuvent être mal interprétées.» 

Lisez l’entretien de Thuram, remplacez le mot pensée par le mot sauce, et vous obtiendrez une magnifique… béchamel intellectuelle (béchamel = sauce blanche que l’on réalise avec de la crème et qui accompagne de nombreuses recettes).

La pensée blanche

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Macron le grand restituteur


Un projet de loi prévoit de rendre des objets et statues au Sénégal et surtout au Bénin. Pour Julien Volper, conservateur et spécialiste de l’art africain, cela revient à spolier les musées français, sans que les droits du Bénin sur ces objets soient établis. La volonté présidentielle relève plutôt d’une politique française de soft power non moins discutable.


À la date du 16 juillet 2020 était enregistré à la présidence de l’Assemblée nationale un projet de loi (le n° 3221), un parmi plus de 1 600 déposés à l’Assemblée pendant la XVe législature.

Ce document concerne la restitution de biens culturels à deux pays africains : le Sénégal (un objet) et le Bénin (26 objets). Il est à peu près certain que le rapporteur dudit projet, Yannick Kerlogot (député LREM), aura à cœur d’écouter poliment différents avis, mais n’y changera pas une virgule. Ce projet de loi ne fait que mettre en musique la volonté proclamée par Emmanuel Macron en novembre 2018 de rendre « sans tarder » les objets béninois, au mépris total du caractère inaliénable des collections nationales françaises.

Grâce à Macron, ni les contribuables béninois ni leur richissime président n’auront à mettre la main à la poche

Il est vrai que le président Macron dispose d’une majorité qui lui permet de rendre légal ce qui n’est pas légitime. Il faut aussi reconnaître que cette attaque en règle contre les musées nationaux n’a pas franchement ému l’opposition ni suscité grande réaction des conservateurs et directeurs de musée français. Prisonniers du « devoir de réserve » et soumis aux directives du ministère de la Culture, ces professionnels de la culture n’ont osé que quelques « objections de façade ».

Alfred Amédée Dodds, un officier d’ascendance… africaine

Il y aurait pourtant beaucoup à faire connaître au sujet de ces restitutions, en particulier celles qui concernent le Bénin.

Tout d’abord, il faut préciser que les 26 objets concernés représentent l’intégralité d’une donation faite aux collections nationales par un officier français d’ascendance africaine, le général Alfred Amédée Dodds (1842-1922). Si les restitutions ont lieu, on condamnera à la damnatio memoriae l’un des donateurs du musée du Trocadéro (dont les collections ont été transférées au musée du Quai Branly).

Carte postale représentant le trône du roi Guézo, vers 1935. Guézo régna sur le royaume de Dahomey (actuel Bénin) de 1818 à 1858. Photo: Pierre Verger / Musée du Quai Branly.
Carte postale (années 1930-1940) montrant le trône du roi Ghezo (grand-père de Béhanzin). Les crânes humains qui lui tiennent lieu de pieds témoignent des conquêtes du souverain… et du sort des vaincus. D.R.

L’officier Dodds avait mis la main sur ces objets au cours de la campagne du Dahomey (1892-1894), menée au nom de la France contre ce royaume ancêtre de l’actuel Bénin, dont le monarque était Béhanzin (1845-1906). Si elle obéissait à de nombreuses autres considérations, cette expédition militaire française ripostait à de multiples incursions militaires menées par Béhanzin dans des territoires dont les dirigeants avaient signé des traités de protection avec la France.

À la fin de ce conflit, qui se solda par la défaite de Béhanzin, Alfred Dodds, comme d’autres militaires, rapporta dans ses bagages des souvenirs de bataille. Aussi choquante puisse sembler cette pratique aujourd’hui, il faut rappeler qu’à cette époque, elle est aussi courante que légale. Il faut attendre la convention de La Haye de 1899 pour que l’usage des butins de guerre commence à être déclaré illégal. On dira qu’il s’agit là du point de vue de l’Europe colonialiste, mais il en va de même du côté dahoméen. Dans la deuxième moitié du xixe siècle, lorsque les rois du Dahomey (Glélé et son fils Béhanzin) menaient bataille chez des peuples et des cités voisines, leurs lois et coutumes les autorisaient à piller, réduire les vaincus en esclavage et procéder à des sacrifices rituels de prisonniers.

Une statue au Dahomey pendant seulement deux ans

L’esprit de conquête était, au demeurant, l’essence même du royaume du Dahomey. Ainsi, durant l’année 1890, dans le cadre des funérailles officielles de Glélé, son fils et successeur fit sacrifier dignement 82 jeunes gens. Pour rester dans les traditions, il décida aussi de lancer des raids chez les Egba, qui ne faisaient pas vraiment le poids face à l’armée fon (ethnie dominante du royaume) dotée d’armes modernes achetées notamment à des firmes allemandes. Logiquement, les Egba d’Abeokouta proposèrent aux Français une alliance pour marcher sur Abomey, la capitale du Dahomey. Et les habitants de Kétou, littéralement rasée par les troupes du bon roi Glélé en 1886, célébrèrent la chute définitive de Béhanzin en 1894 !

Pour en revenir aux fameux 26 objets ramenés par Dodds, leur liste atteste en effet d’un pillage culturel sans égal réclamant une réparation : on songe en particulier à un métier à tisser, un pantalon de soldat, un sac en cuir et un fuseau. Elle comporte cependant des pièces plus importantes, notamment les Boccio, trois grandes statues rituelles dont la plus fameuse représente un homme-poisson, qui a un rapport avec Béhanzin.

Il y a cependant beaucoup à dire sur les derniers moments que passa cet objet en territoire dahoméen. À la fin de l’année 1892, Béhanzin, voyant que tout est perdu, ordonne l’incendie du palais d’Abomey[tooltips content= »Au cours de son histoire, Abomey a connu de nombreux incendies accidentels ou volontaires qui détruisirent une grande partie de son patrimoine. »](1)[/tooltips]. C’est dans cette ville que les Français trouveront les Boccio abandonnés par le roi. Selon un descendant de ce dernier, Houédogni Béhanzin (mort en 2013), l’homme-poisson avait été désacralisé et n’était donc plus qu’un « bout de bois » sans grande valeur.

Il faut aussi souligner l’âge de ce Boccio. Cette statue, attribuée à l’artiste Sossa Dede, a été réalisée vers 1890. Au moment de sa saisie par les troupes françaises, cet objet béninois n’a connu que deux ans de vie rituelle au Dahomey. Depuis, il a vécu plus de cent vingt années dans les collections françaises. On peut juger que cela n’a aucune importance, mais alors il faudra expliquer aux Espagnols que Le Jardin des délices, de Jheronimus Bosch, présent depuis quatre cent cinquante années sur le territoire ibérique, ne fait pas partie de leur histoire et qu’il doit être restitué à la Belgique où il a séjourné entre soixante et soixante-dix ans avant d’être confisqué par le duc d’Albe.

L’éloge de Christiane Taubira

Cependant, le fond de l’affaire n’est pas historique, mais évidemment politique. En 2005, une députée nommée Christiane Taubira interpelle le Premier ministre Dominique de Villepin au sujet de la restitution des biens à Béhanzin, lequel, déclare-t-elle, « lutta farouchement pour préserver l’indépendance et l’intégrité territoriale du Dahomey » et « opposa une glorieuse résistance aux troupes françaises ». Cette demande reste lettre morte, mais on notera en passant l’ironie de cet éloge d’un royaume esclavagiste par une députée qui a laissé son nom à la loi du 21 mai 2001 relative à la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité.

En 2013, le CRAN (Conseil représentatif des associations noires de France) et son président Louis-George Tin s’emparent de ce sujet à fort potentiel médiatique. L’association lance sur change.org une pétition pour la « Restitution des trésors d’Abomey à la famille royale et au peuple béninois »… qui recueille 3 162 signatures. En 2016, c’est encore le CRAN et sa branche béninoise, présidée par Laurent Tonegnikes, qui soutient la demande officielle de restitution formulée par l’État béninois.

Il faut croire que le président Hollande avait encore une certaine idée de ce que sont des collections nationales inaliénables. La demande du Bénin fut poliment déboutée.

Il n’en est pas allé de même avec Emmanuel Macron qui, dès son discours de Ouagadougou de 2017, a semblé décider à donner une seconde chance au projet du CRAN. On peut raisonnablement émettre l’hypothèse qu’un homme politique franco-béninois de premier plan du nom de Lionel Zinsou ait joué un rôle dans cette décision. D’après un article paru dans L’Opinion en juin 2017, Lionel Zinsou a d’abord rencontré le jeune Emmanuel Macron à la banque Rothschild, puis a eu recours à ses services comme banquier-conseil quand il dirigeait le fonds d’investissement PAI Partners. Il aurait continué à le fréquenter et à le soutenir tout au long de sa carrière politique jusqu’à l’Élysée.

La police appelée Musée du Quai Branly

La fille de Lionel Zinsou, Marie-Cécile Zinsou, a pris activement part au projet français des restitutions. Cette jeune femme titulaire d’un baccalauréat a été consultée à plusieurs reprises par Felwine Sarr, proche des Indigènes de la République, et Bénédicte Savoy, deux personnes mandatées en 2018 par Emmanuel Macron pour rédiger un rapport sur les restitutions. Leur travail, dénué de toute finesse, pourrait s’intituler « Dix recettes pour dépecer un musée ». En août dernier, une petite troupe de la Ligue de défense noire a vaguement fait mine d’occuper le musée du Quai Branly pour obtenir la restitution des Boccio, nécessitant l’intervention de la police. Ces mauvaises manières sont inutiles entre gens de bonne compagnie, dès lors que le président est décidé à rendre les Boccio.

On peut aussi remarquer que le cadeau promis par le président de la République au Bénin s’inscrit dans une série d’aides à ce pays qu’il aime décidément beaucoup. Ainsi, en 2018, le président a-t-il également annoncé à son homologue béninois, Patrice Talon, qu’il soutiendrait généreusement une initiative visant à « réinventer la cité lacustre de Ganvié ». « Les deux pays ont, à ce propos, signé une déclaration d’intention portant sur un montant de 43 millions d’euros, dont 40 millions considérés comme un prêt et 3 millions comme une subvention. » [tooltips content= »La Tribune Afrique, 8 mars 2018. »](2)[/tooltips]

Plus récemment, en 2019, il a été annoncé que la France, par le biais de l’Agence française de développement (AFD), accordera au Bénin un « prêt » de 20 millions d’euros, dont 12 seront entièrement dédiés au nouveau musée d’Abomey censé accueillir les pièces, dont le président veut arbitrairement spolier le musée du Quai Branly.

Grâce à la générosité du président français, ni le contribuable béninois, ni le président Talon, qui est pourtant à la tête d’une fortune estimée à 400 millions de dollars, n’auront à mettre la main à la poche. Il est vrai que Patrice Talon a d’autres préoccupations, comme rétablir l’ordre public de manière parfois brutale et museler la presse, ainsi qu’une partie de l’opposition (faits dénoncés dans différents journaux français). On pourrait imaginer partenaire plus présentable pour porter le soft power français.

Gravure intitulée « Béhanzin et sa famille » publiée en 1895 dans le livre d’Edouard Foa Le Dahomey. Béhanzin est l’homme assis au milieu fumant la pipe. D.R.
Gravure intitulée « Béhanzin et sa famille » publiée en 1895 dans le livre d’Edouard Foa Le Dahomey.
Béhanzin est l’homme assis au milieu fumant la pipe. D.R.

Sapphô, le vrai génie lesbien

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 La militante énervante Alice Coffin est malheureusement si loin de Sapphô, poétesse grecque de l’Antiquité dont l’œuvre est parvenue jusqu’à nous…


Alice Coffin et son livre Le génie lesbien sont sans véritable intérêt – à part, peut-être, comme cas concrets illustrant un traité de psychopathologie. En revanche, ce qui doit être pensé, c’est l’engouement de certains pour sa personne et ses écrits, révélateur des aspirations totalitaires, de l’arrogance et du refus de tout universalisme de cette gauche régressive qui se dit « progressiste ».

Ainsi naissent les goulags

Remarquons d’abord qu’en France, en 2020, un parti (EELV) ayant gagné les mairies de bien des grandes villes fait siéger au conseil municipal de la capitale une personne relevant soit de la prise en charge psychiatrique, soit du fanatisme crasse. Il est vrai qu’à côté du maire de Bordeaux opposé aux sapins de Noël parce que ce sont des « arbres morts » mais célébrant volontiers la mise à mort des moutons de l’Aïd, et du maire de Lyon refusant la cérémonie des échevins au nom de la laïcité mais fier de poser la première pierre d’une mosquée, Alice Coffin fait presque figure de personnalité raisonnable et équilibrée au sein de son parti.

A lire aussi, Robert Ménard: Bienvenue dans l’enfer vert

Remarquons aussi l’absence totale de colonne vertébrale éthique de cette intelligentsia qui salue les propos d’une personne se vantant de rejeter les mâles, au point de déclarer qu’il faudrait les éliminer (on espère, mais sans certitude, que ce n’est qu’une figure de style), mais qui hurlerait si les mêmes propos étaient tenus au sujet des femmes, ou d’autres catégories. Le camp du Bien, ce n’est pas nouveau, s’autorise tout au nom de ce Bien qu’il est persuadé d’incarner, et ainsi naissent les goulags.

Retrouvez la critique du livre de Madame Coffin par Sophie Bachat dans notre numéro 83, aujourd'hui en kiosque.
Retrouvez la critique du livre de Madame Coffin par Sophie Bachat dans notre numéro 83, aujourd’hui en kiosque.

Remarquons enfin qu’il n’y a ni cohérence ni honnêteté dans la posture militante d’Alice Coffin : refusant ce qui vient des mâles, fière de bouder leurs œuvres cinématographiques ou musicales, elle ne voit pourtant aucun problème à bénéficier des suffrages masculins lors d’une élection, des impôts payés par des hommes dans sa rémunération, et des réalisations scientifiques, techniques ou médicales mises au point par des mâles. Mais elle est chez EELV, et la cohérence intellectuelle n’est pas le point fort de ceux qui au nom de l’écologie veulent fermer les centrales nucléaires pour rouvrir des centrales à charbon….

Mais il n’y a pas que ça

Quelle est donc cette mode selon laquelle on peut se vanter de refuser par pure idéologie d’admirer la 5ème symphonie de Beethoven ou Show Must Go On de Freddy Mercury ? Se vanter d’amputer sa propre humanité de ce qui nous permet de pleurer d’émotion en les écoutant ? Leurs œuvres auraient-elles été conçues pour servir de propagande à l’horreur, pour qu’on les rejette ainsi ? Même pas : mais leur sexe déplaît. Qu’est-ce qui a pu produire un contexte dans lequel des faiseurs d’opinion encouragent cette démence ? Quelle est cette arrogance qui fait croire à une poignée de chroniqueurs et de militants qu’ils pourraient, eux, du haut de leur supériorité auto-proclamée, se permettre de dédaigner le génie, sans oublier le talent et le travail de dizaines voire de centaines de générations ?

Vouloir faire table rase du passé n’a jamais engendré que des horreurs. On s’interdit ainsi de s’enraciner, de se nourrir de la patiente maturation des siècles, on s’interdit de s’inscrire dans la durée et dans cet indéfinissable pacte qui fonde les civilisations en unissant ceux qui ne vivent plus, ceux qui vivent et ceux qui ne vivent pas encore, et on s’interdit d’admirer, n’ayant des accomplissements d’autrui qu’une vision nombriliste et utilitaire.

A découvrir, notre dernier numéro: Causeur: le coup de gueule de Robert Ménard contre les maires écolos

Or, il n’y a pas de grandeur sans admiration, cet élan qui dans le même mouvement nous oblige à l’humilité et nous inspire l’excellence. César admirait Alexandre, au point pour un temps de craindre de n’avoir rien fait de sa vie, lorsqu’il la comparait à celle de celui qui, à 30 ans, avait bâti un empire et était considéré comme un dieu vivant. Alexandre admirait Achille, emportant partout avec lui un exemplaire de l’Iliade, pour ne jamais oublier la mesure selon laquelle sont jugés les héros parmi lesquels il aspirait à prendre place. Et Achille côtoyait les Dieux.

Triste Sapphô

J’aime cet aphorisme de Chesterton : « La démocratie nous interdit de négliger l’opinion d’un honnête homme même s’il est notre valet de chambre. La tradition nous requiert de ne pas négliger l’opinion d’un honnête homme, même s’il est notre père. » Il faudrait désormais ajouter « ne pas négliger l’opinion d’un honnête homme, même s’il est un homme » pour rappeler cette évidence universaliste, car c’est aussi d’universalisme qu’il s’agit.

Dans leur arrogance, Alice Coffin et ses thuriféraires sont tragiquement loin de ce qu’ils prétendent célébrer. Le génie lesbien par excellence, le vrai, c’est Sapphô. Et le mâle hétérosexuel que je suis ne connaît pas de plus beau texte pour parler d’amour que son Hymne à Aphrodite, prière et poésie, éclatante et inégalable. Car la poétesse de Lesbos n’a pas chanté l’amour lesbien à l’exclusion de tout autre : elle a témoigné avec une sincérité absolue, et pour ses bien-aimées elle a évoqué et invoqué l’Amour lui-même, le Désir et la Beauté, dans leurs essences éternelles, universelles, divines. Chacun de ses vers va au-delà des mots pour éveiller cette part de notre âme capable de ressentir ce qu’elle célèbre, qui que nous soyons. Il n’y a pas, il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais un seul être humain authentiquement amoureux qui ne puisse faire siens les mots de Sapphô pour dire ce qui le bouleverse.

Comment ? On pourrait être touché et inspiré par les œuvres de quelqu’un dont on ne partage pas le sexe, le genre ou l’orientation sexuelle ? Comment ? Des hommes ont au fil des siècles admiré la poétesse, l’ont appelée la Dixième Muse, ont perpétué sa mémoire, et sans ces mâles le mot même de « lesbien » nous serait inconnu ? Idées sacrilèges pour la gauche régressive, ce clan barbare qui voudrait réduire Éros et Aphrodite et l’art et la beauté à ses petits calculs militants, ses petites détestations, ses petites censures. Dieux ! Que ces gens sont médiocres.

A lire ensuite: Les Anglais laissent tomber le T

Mais Sapphô, elle, n’avait pas besoin de mépriser Homère pour se sentir exister. Elle était, elle accomplissait, elle créait. Authentique génie lesbien, oui, d’une femme qui sans jamais renier celle qu’elle était ni ce qu’elle était, et sans jamais non plus confondre les deux, les a portés au sublime, a tutoyé l’âme du monde et atteint l’éternité.

Triste misère d’Alice Coffin. Refusant l’universel, elle refuse ce chemin magnifique de l’art véritable qui, en portant le particulier à son accomplissement, en fait l’incarnation de ce qu’il y a de plus haut dans notre essence commune, et qui parle à tous. Triste misère de ceux qui vantent un livre appelé Le génie lesbien mais seraient désespérément incapables de comprendre Sapphô.

Le génie lesbien

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Causeur: le coup de gueule de Robert Ménard contre les maires écolos

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Bienvenue dans l’enfer vert… Le maire de Béziers n’y va pas par quatre chemins (même en voiture électrique), lui qui accuse sans ambages ses collègues écolos de représenter une « extrême gauche haineuse, antifrançaise, antihumaine qui s’est grossièrement badigeonnée de vert. » Mais attention : « la peinture s’écaille. » Selon lui, leur véritable objectif est de « foutre dans une benne, sans tri pour le coup », le sapin de Noël, le cyclisme sportif et jusqu’à la belle langue française. Présentant notre dossier, « Écolos, verts et contre tout », Elisabeth Lévy souligne l’antagonisme fondamental entre ces nouveaux élus et le peuple, qu’ils méprisent : « les écolos n’aiment pas le populo qui, précisément, veut pouvoir chérir son héritage. » Gardons à l’esprit le vieux dicton populaire qui nous rappelle qu’à quelque chose malheur est bon. Malgré le succès électoral des Verts, l’étalage de leur extrémisme idéologique « devrait, en toute logique, barrer la route de l’Élysée aux plus délirants. » 

En critiquant les excès de ses collègues, Yannick Jadot semble le moins délirant des Verts. Frédéric Ferney se demande si Jadot peut les rassembler et les conduire jusqu’à l’Élysée, mais finalement le trouve trop sage : il lui manque justement un brin de folie. La journaliste d’investigation et éditrice Isabelle Saporta, qui est la compagne de Jadot, se confie à Martin Pimentel. Elle recommande aux maires EELV d’« être modestes » et de « travailler », autrement dit, de rester les pieds sur terre. Sauf que, comme le montre Bérénice Levet, pour les plus sectaires des écolos, la terre n’est que « de la matière, sans histoire, sans passé, sans imaginaire. »

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Toujours aux avant-postes dans la guerre contre la cancel culture, Causeur accueille dans ses pages l’écrivain et journaliste anglais, Douglas Murray, dont le nouveau livre, La Grande Déraison. Race, genre, identité, sort ce mois-ci aux éditions de L’Artilleur. Interviewé par mes soins, ce guerrier culturel nous exhorte à faire preuve de courage et à ne pas « nous prosterner, nous lamenter et agir en victimes passives de la cancel culture. » A cet égard, Peggy Sastre nous apporte l’exemple de chercheurs qui résistent au nouveau maccarthysme racialiste sévissant dans les sciences dures. Pourtant, parfois on gagne, parfois on perd… Corinne Berger nous raconte les nouveaux manuels scolaires qui sont autant d’outils de matraquage idéologique, tandis que Julien Volper interroge la motivation du président Macron qui entend restituer au Bénin des biens culturels appartenant aux collections françaises. Napoléon, le vainqueur de tellement de combats, semble aujourd’hui battre en retraite : à l’heure où sa statue disparaît à Rouen, Jonathan Siksou révèle qu’une grande exposition prévue en 2021 pour le bicentenaire de la mort de l’Empereur risque d’être annulée. La cancel culture rôde toujours. 

Si le chemin de l’enfer est pavé de bonnes intentions, souvent celles-ci ne sont bonnes qu’en apparence. Sur l’île grecque de Lesbos, nous explique Gérard Thirioux, les habitants subissent une véritable invasion de clandestins encouragée par des ONG cyniques. Pour Gil Mihaely, le prince héritier d’Arabie Saoudite, Mohammed Ben Salmane, veut impressionner par sa modernité et son enthousiasme pour les nouvelles technologies, mais en réalité il pratique un despotisme qui connaît peu de limites ou de frontières.

L’historien, Emmanuel de Waresquiel, dont le dernier livre, Sept jours : 17-23 juin 1789 La France entre en révolution, vient de paraître, explique à Elisabeth Lévy pourquoi les événements de 1789 constituent le début d’une longue guerre civile française qui n’est toujours pas terminée. Selon lui, « nous n’avons pas fini de faire l’apprentissage de nos illusions. » Quant aux hommes sans illusions, Jean-Pierre Montal salue la parution en français d’un roman posthume du grand Autrichien Joseph Roth, inachevé, tandis que Jérôme Leroy plébiscite une biographie de Charles Bukowski qui évite les clichés habituels à propos de ce poète et romancier, traité trop souvent de « vieux dégueulasse. » De toute façon, pour se faire entendre, il faut parfois une grande gueule…

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La grande débâcle des conservateurs américains

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« La droite américaine a toujours été une tribu indisciplinée, plus souvent unie par ce à quoi elle s’oppose que par ce qu’elle propose… »
Analyse du livre We Should Have Seen It Coming de Gerald F. Seib


Aujourd’hui, ce monde semble très lointain. Le vaste mouvement qui rassemblait aussi bien des traditionalistes religieux que des libertariens[tooltips content= »Libertarians a été traduit par « libertariens » plutôt que par « libertaires ». Dans le contexte américain, libertarians renvoie aux libéraux « classiques » et liberals aux « gauchistes ». »](1)[/tooltips] athées n’est plus ce qu’il était. Les différents groupes qui se sont autrefois rassemblés sous sa bannière semblent plus préoccupés à se quereller plutôt qu’à résister à une gauche qui veut transformer l’Amérique en une dystopie politique identitaire dirigée par des professeurs de salon qui se détestent, des PDG célébrant la culture « woke », des maires de grandes villes économiquement incultes et diverses célébrités.

Il est généralement admis que les raisons pour lesquelles la droite se trouve dans cet état peuvent se résumer en deux mots : « Donald Trump ». En réalité, l’élection de Trump comme 45e président des États-Unis et les changements politiques qui ont suivi sont tout autant un symptôme qu’une cause de ces divisions. Gerald F. Seib, dans son ouvrage Nous aurions dû le voir venir : de Reagan à Trump, un regard sur une révolution politique, en retrace l’histoireCollaborateur de longue date du Wall Street Journal, Seib décrit les changements survenus à droite au cours des 40 dernières années, principalement à travers le prisme de la politique conservatrice et républicaine.

L’ouvrage de Seib est une histoire dans laquelle les leaders intellectuels de la droite jouent des rôles plus visibles au début et à la fin. Ils n’occupent pas une place importante entre les deux.

Cela est sans doute dû au fait que l’auteur est un journaliste en poste à Washington D.C., une ville où la vie politique et l’actualité incessante ont inévitablement la priorité sur un engagement plus profond dans le domaine des idées. Mais cela peut aussi suggérer une certaine autosatisfaction qui s’est progressivement manifestée à droite entre 1980 et 2016. À cet égard, Seib affirme que de nombreux conservateurs n’ont pas réussi à évaluer à leur juste mesure deux changements qui ont contribué à faciliter la grande débâcle conservatrice.

Le premier fut la disparition de certaines idées reaganiennes fondamentales (marchés libres, gouvernement limité, etc.) au sein de l’électorat populaire, parmi lequel beaucoup considèrent que certains aspects des fondements politiques et intellectuelles de la droite sont opposés à leurs intérêts. Le second changement fut l’émergence de nettes divergences d’opinion à droite sur des sujets spécifiques, divergences qui avaient toujours existé mais qui étaient restées relativement souterraines. Selon Seib, la plupart des conservateurs n’ont pas anticipé les conséquences de ces changements.

Du tabouret à trois pattes à Pat Buchanan

La droite américaine a toujours été une tribu indisciplinée, plus souvent unie par ce à quoi elle s’oppose que par ce qu’elle propose. La grande réussite politique de Reagan a été de souder les conservateurs religieux, les partisans du marché libre et les faucons de la sécurité nationale en une coalition assez cohérente contre plusieurs opposants : le New Deal et la « Big society » [tooltips content= »Le concept de big society s’oppose à celui de big governement. On pourrait traduire cela par la subsidiarité, le pouvoir donné aux échelons locaux, aux associations et aux personnes contre un État providence qui contrôle tout. C’était le projet politique de David Cameron lors de sa campagne de 2010. »](2)[/tooltips], les partisans de la détente avec l’Union soviétique et la permissivité morale des années 1960.

La logique de « l’ennemi de mon ennemi est mon ami » ne vous mène cependant pas très loin. Sous la surface, les divergences de vue persistent. De nombreux libertariens et conservateurs ont défendu des positions très différentes sur les questions sociales. En outre, avec l’effondrement de l’URSS, certains traditionalistes se sont fait davantage entendre dans leur opposition aux partisans de l’interventionnisme militaire américain à l’étranger.

Certaines des divisions les plus intenses tournaient autour de la sexualité et du mariage. La situation était d’autant plus compliquée que beaucoup avaient été attirés par la coalition de Reagan précisément parce que, comme l’affirme Seib, ils étaient consternés par l’adhésion implacable du Parti démocrate au social-libéralisme. Pour nombre de ces électeurs, « les opinions économiques étaient secondaires » et ils n’étaient pas nécessairement aussi enthousiastes à l’égard du libre marché que d’autres parties de la droite.

Pour M. Seib, les débats au sein de la droite ont finalement gravité autour de deux questions, qui concernaient toutes deux les relations des États-Unis avec le reste du monde, mais qui touchaient simultanément aux questions sociales et économiques. L’une était l’immigration, l’autre les effets de la mondialisation économique. Des fossés importants ont commencé à se creuser entre les trois pieds du tabouret sur ces sujets, ainsi qu’entre de nombreux généraux de la droite et certains des bataillons qu’ils pensaient diriger.

C’est le journaliste et homme politique Pat Buchanan qui a mis au jour ces contradictions. En 1992, son protectionnisme et son scepticisme à l’égard de l’immigration se sont heurtés à d’importantes résistances dans son propre camp. Le défi lancé par Buchanan à George H.W. Bush, suivi par la campagne anti-Alena de Ross Perot, a aidé à renverser le président sortant, mais a également constitué, selon Seib, « une critique précoce reprise par Donald Trump » contre le consensus reaganien, avec une réussite spectaculaire.

Ross Perot. Il obtient 19% des voix à l’élection de 1992, le plus grand score d’un troisième homme. (c) Wikipédia

Ce qui ressort de cette section du livre de Seib est que beaucoup de personnes à droite ont considéré que cet épisode Buchanan-Perot n’était qu’une simple péripétie. Par conséquent, les problèmes qu’il désignait n’ont pas été traités. En fait, Seib soutient que le mouvement conservateur a atteint « son apogée avec le Contract with America, la prise de contrôle du Congrès par les Républicains en 1994, et les importantes avancées conservatrices au niveau des États ». Bien qu’identifié à Newt Gingrich, le contrat était aussi indubitablement reaganien dans son contenu. Curieusement, Bill Clinton s’est montré beaucoup plus attentif à l’angoisse croissante que suscitent les questions d’immigration que ses adversaires politiques. Alors que la plate-forme démocrate de 1996 embrassait le libre-échange, Seib note qu’elle « avait des consonances trumpiennes sur l’immigration ».

Cela signifie-t-il que la droite aurait dû abandonner l’opinion généralement favorable à l’immigration de la coalition Reagan dans les années 1990 ? Pas nécessairement. Cependant, ce fut l’occasion pour les principales voix de la droite de reconnaître que l’immigration impose certains coûts aux pays de destination, qu’une politique d’immigration généreuse doit aller de pair avec le respect de l’État de droit, qu’une immigration à grande échelle et de grands programmes sociaux sont incompatibles, qu’une immigration réussie exige l’assimilation et non une politique identitaire, et que la politique d’immigration est une responsabilité des États-nations souverains et non des institutions supranationales qui prétendent à la souveraineté mondiale.

De telles modifications auraient-elles satisfait Buchanan ? Probablement pas. Néanmoins, cela aurait montré que les conservateurs pouvaient …

>>> Lire la fin de l’analyse sur le site de la revue de géopolitique Conflits <<<

Renforcer l’islam pour contrer l’islamisme: la dangereuse illusion de Macron

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Une tribune libre de Nicolas Bay (Rassemblement national), député français au Parlement européen, vice-président du groupe « Identité et Démocratie »


Les annonces d’Emmanuel Macron contre « les séparatismes », en réalité exclusivement contre le « séparatisme islamiste » comme il l’a reconnu lui-même lors de sa conférence de presse, ne sont pas anodines. On aurait tort de les traiter par le mépris et de n’en discuter que les détails de mise en œuvre. L’essentiel se situe malheureusement dans l’acceptation et la promotion d’une société multiculturelle qui n’aurait plus de France que le nom. Loin de défendre l’idée républicaine française, c’est un accommodement à l’anglo-saxonne que le président de la République souhaite mettre en place rapidement.

Partant du fait, réel mais récent, que « des civilisations cohabitent sur notre sol compte tenu de ce qu’est aujourd’hui le peuple français », mêlant ainsi au passage naturalisés anciens, récents et, dans son esprit, les étrangers naturalisables à terme, Emmanuel Macron en tire des conclusions qui vont bouleverser en profondeur notre pays. Quand il décrète qu’il veut que la France « devienne un pays d’excellence dans l’étude des civilisations musulmanes », quand il décide que la langue arabe doit être enseignée massivement parce que l’arabe est « la richesse » de « nos enfants, de leurs familles » et qu’il convient de « la reconnaître et de l’exalter », Emmanuel Macron semble sincèrement persuadé de combattre le « séparatisme ». Comme Gribouille se jetant à l’eau pour ne pas être mouillé par la pluie, il pense donc combattre l’islamisme en islamisant. Car il faut rappeler que l’arabe est la langue du Coran et de l’islam comme le latin a été celle de la Chrétienté occidentale durant des siècles.

Reconnaître que l’arabe – ou le wolof – est une langue que notre pays doit exalter au nom de la République, ce n’est pas combattre le séparatisme, mais entretenir le communautarisme, et donc armer mentalement les « séparatistes », renforcer ce qu’ils croient être leur légitimité. C’est aussi faire de l’intégration à l’envers.

Emmanuel Macron ne compte pas s’en tenir là. Il entend changer notre perception du passé, le défranciser afin de le rendre compatible avec les vagues migratoires arrivées, en partance ou à venir. Plusieurs éléments de son discours le prouvent. D’abord, sa volonté d’insister sur le passé : « Nous sommes un pays qui a un passé colonial (…) avec des faits fondateurs de notre psyché collective ». Pour la pensée présidentielle, ce passé divise, il oppose deux mémoires nationales, celle des Français, celles des peuples colonisés. Or, nombre de descendants de ces peuples sont installés chez nous, bien souvent naturalisés. Pour Emmanuel Macron, la synthèse de ces deux mémoires ne peut se faire qu’au prix de concessions, de ce qu’il appelle « faire un pas l’un vers l’autre ». Et qu’importe qu’une seule partie, la française, fasse ce pas. Ce pas, c’est pour le président à l’école de la République de le franchir. La France n’existe plus dans ce contexte que comme un passé à dépasser, au risque de le dénaturer.

Dans ce contexte, les mesures concrètes contre l’islamisme comme le (trop faible) renforcement de la neutralité du service public ne peuvent être décisives. Elles ne sont que des réactions ponctuelles face à une offensive qui ne sera nullement gênée et contournera en s’adaptant. Elles frapperont, en revanche, des personnes étrangères à l’islamisme, notamment des familles d’autres confessions ou agnostiques, ayant fait le choix de l’école à la maison.

Emmanuel Macron a cité les Frères musulmans, principalement pour les exonérer d’avoir toujours eu une nature et un projet politique. Mais il n’a annoncé aucune mesure spécifique les concernant. Les mosquées radicales en France ne se chiffrent pas par dizaines mais par centaines. Elles sont et resteront ouvertes, hors exceptions gérées par des maladroits disant tout haut ce que les autres préparent tout bas.

Interrogé sur le rôle des élus, Emmanuel Macron a magnifié leur rôle, refusant ainsi de voir que deux catégories de maires sont les complices de l’islamisme et souvent des Frères musulmans. Les premiers en étant eux-mêmes liés à la mouvance de l’islam politique même si, convenons-en, les cas sont pour l’heure rares. Avec le bouleversement démographique en cours, ce ne sera plus le cas d’ici 2030. La seconde, la plus nombreuse, est celle des édiles qui achètent des voix en subventionnant des clubs et des associations gangrénées par l’islamisme ou en facilitant l’installation de mosquées contrôlées par des radicaux. Ces élus jouent depuis vingt ans un rôle déterminant dans l’avancée islamiste en France. Ne rien dire sur ce sujet, c’est accepter que continuent des tractations et des renoncements pourtant bien peu « républicains ».

Finalement, cette négation de la France, de son histoire, de sa langue, de l’existence d’un peuple historique d’ailleurs jamais consulté sur l’immigration, cette volonté de promouvoir une nouvelle « mémoire », ne peut que renforcer l’offensive islamiste. Cette république séparée de la France, telle que la propose Emmanuel Macron, n’est pas une digue, mais une autoroute pour le séparatisme.

Interdire l’instruction en famille et restreindre les écoles hors contrat, est-ce vraiment lutter contre le séparatisme islamiste?

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Une tribune d’Anne Coffinier, présidente de Créer son école et d’Educ’France


On s’attendait à un tour de vis supplémentaire sur les écoles privées hors contrat, mais c’est sur l’instruction en famille que les foudres présidentielles sont tombées vendredi.

Le Président Macron a en effet annoncé que le projet de loi sur le séparatisme interdirait de faire l’école à la maison, hormis pour les élèves handicapés ou malades. 50 000 enfants seraient instruits en famille aujourd’hui. Ce chiffre serait en expansion, et le confinement aurait donné l’idée à de nouveaux parents de se lancer dans l’aventure. Il faut dire que quand les enfants sont jeunes, ou qu’on habite dans la ruralité, c’est souvent tellement plus simple et plus naturel que de les envoyer « en collectivité » !

On écrase une mouche avec un marteau

Si le projet de loi est adopté, les enfants seront donc obligés d’être instruits dans des établissements scolaires, et ce, dès trois ans, puisque c’est l’âge de l’instruction obligatoire depuis la rentrée 2019. Peu importe qu’ils ne soient pas encore propres, qu’ils habitent loin de toute école et qu’ils s’épuisent en longs temps de trajet pour se rendre dans leur établissement scolaire. On imagine mal un enfant de trois ou quatre ans faire chaque jour 45 minutes de bus ou de voiture aller et 45 minutes retour, s’il vit dans la « périphérie ». Finis les horaires aménagés pour suivre le rythme des enfants ! Finies les longues siestes à la maison, pour ceux qui en ont besoin. Ce sera l’école obligatoire de trois à 16 ans. Inhumaine.

Mais est-ce vraiment en imposant l’école pour tous et à tout âge qu’on éradiquera le séparatisme islamiste ? Combien de familles pratiquent-elles « le homeschooling » pour des raisons de séparatisme islamiste ou même pour des raisons essentiellement religieuses ? Sûrement une infime partie de ces 50 000. L’État reconnaît avoir d’ailleurs d’avoir de problème qu’avec deux à 3000 enfants. N’est-ce pas écraser une mouche avec un marteau ? Ne serait-ce pas plus indiqué de renforcer les efforts de détection et de fermeture des écoles non déclarées ou des lieux de formation islamiste clandestins ?

Un décision hypocrite?

Le projet de loi donne le vertige tant il semble déphasé par rapport à l’objectif annoncé de lutte contre le séparatisme islamiste. Pourquoi l’État a-t-il décidé de priver toutes les familles d’une partie essentielle de leurs libertés éducatives alors qu’il s’agit, semble-t-il, d’accroître ses contrôles sur une minorité bien précise ? 

Si la loi passe, ce sera au prix d’une inflation certaine des dérogations à cette interdiction que chercheront à obtenir les parents des enfants handicapés, ou sortant de maladies, ou pratiquant un sport ou de la musique à haut niveau, des enfants dyslexiques, dyspraxiques ou victimes d’une trouble de l’apprentissage, des enfants à haut potentiel, des hyperactifs, des enfants de gens du voyage, ceux des intermittents du spectacle ou des professions itinérantes, des enfants victimes de harcèlement ou de phobie scolaire etc… Ce qui alimentera le processus de victimisation qu’on déplore par ailleurs. Et pour ceux qui n’auront pas su faire reconnaître leur cas particulier, la tentation sera grande de trouver un médecin compréhensif qui établira un certificat médical de complaisance, à l’instar de ceux qui fournissent des certificats d’allergie au chlore aux jeunes filles musulmanes ne souhaitant pas aller à la piscine. Notre République y aura-t-elle gagné quelque chose, hormis une débauche de démarches administratives et une explosion de l’hypocrisie ? Ne s’honorerait-elle pas plus à garantir le droit des citoyens à choisir le type d’instruction qui convient le mieux à chacun de leurs enfants ? Où est donc notre liberté, notre liberté chérie, dans cette affaire ? Face à l’essor de l’école à la maison, le gouvernement impose donc l’école obligatoire. Et face à la montée de l’abstention, sera-ce demain le vote obligatoire ? Le sommet de l’État ne sent-il pas monter la fureur des parents ? Lorsque l’école dysfonctionne, n’est-ce pas de l’assistance à personne à danger que d’en libérer les enfants ? 

Certains parents perçoivent ce choix comme une recollectivisation forcée

Car on ne choisit pas l’école à la maison par caprice. C’est souvent la dernière solution. On convaincra très difficilement un parent de rescolariser son enfant s’il est atteint de phobie scolaire, qu’il subit des discriminations ou des violences en classe. Qui gèrera les fugues et les suicides ? Oui, pour la génération Y ou Z, l’école classique ne va plus toujours de soi. Oui, les enfants ont des talents et des aspirations variées et se sentent parfois vraiment mal dans le cadre collectif que constitue l’institution scolaire.

Cette réforme suscite de l’incompréhension, de la fureur et une sourde détermination des parents à protéger leurs parents d’une recollectivisation forcée. Certains se procureront à toute force des certificats médicaux, en se disant avec malaise que ce document suivra leur enfant toute leur vie, comme un fichage de plus. D’autres créeront une école hors contrat, conséquence sans doute peu anticipée par les pouvoirs publics. Après tout, lorsque des familles se rassemblent pour instruire leurs enfants, et en font la déclaration aux autorités publiques compétentes, cela s’appelle une école privée hors contrat. Alors gageons que les prochaines années connaitront un incroyable boom de ces écoles !

Charlie Hebdo, combien de divisions?

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La journaliste Élisabeth Lévy © Photo: Pierre Olivier

L’éditorial d’octobre d’Elisabeth Lévy


Le 23 septembre, 90 médias français signaient une tribune pour défendre la liberté d’expression, une initiative saluée comme historique par ses promoteurs – et que Causeur a rejointe dès qu’on nous l’a proposé. Comme le dit l’adage populaire, si ça ne fait pas de bien, ça ne peut pas faire de mal.

Deux jours plus tard, Zaheer Hassan Mehmood, faux mineur pakistanais de 25 ans, attaquait au hachoir deux personnes qui fumaient devant les anciens locaux de Charlie, où a eu lieu le massacre du 7 janvier 2015. À la grande fierté de son cher papa, resté au pays.

Il n’y a aucun lien entre ces deux événements. Mehmood, qui ignorait que Charlie Hebdo avait déménagé, n’avait évidemment pas lu cet appel vibrant au sursaut collectif.

La jeune génération, en particulier, a troqué la joyeuse tolérance voltairienne ou réputée telle contre le respect scrupuleux des susceptibilités

La coïncidence donne cependant à réfléchir sur l’efficacité de notre action. Depuis cinq ans, des centaines de textes, de livres, de pétitions ont paru pour soutenir Charlie et dénoncer le fanatisme islamiste. Pas plus que les proclamations martiales de nos dirigeants, ils ne semblent avoir particulièrement ébranlé les candidats au djihad ou contribué à éveiller la société.

Certes, il est bon que L’Humanité et Le Figaro, Libération et Causeur, Valeurs actuelles et Le Monde protègent le droit au blasphème – qui devrait également concerner les religions féministe et antiraciste, mais passons. Seulement, cette union sacrée du Parti des médias a visiblement été obtenue en arrondissant les angles, pour ne pas dire en noyant le poisson. Comme l’ont remarqué Ivan Rioufol et Barbara Lefebvre, il n’est nullement question, dans la tribune des médias, d’islamisme, d’islam radical ou politique, mais de fanatiques non identifiés. Or, s’il existe des fanatiques de toutes sortes, chez nous ceux qui tuent sont toujours de la même sorte.

Capture d'Hassan H. place de la Bastille le 25 septembre 2020. Le Pakistanais a reconnu avoir attaqué au hachoir deux personnes en bas des anciens locaux du journal Charlie Hebdo. © Laura CAMBAUD / AFP
Capture d’Hassan H. place de la Bastille le 25 septembre 2020. Le Pakistanais a reconnu avoir attaqué au hachoir deux personnes en bas des anciens locaux du journal Charlie Hebdo. © Laura CAMBAUD / AFP

Si les rédacteurs du texte n’ont pas voulu désigner l’ennemi, c’est sans doute parce que cela aurait dissuadé certains médias de le signer. On ne citera personne pour ne pas casser l’ambiance. Cette sympathique alliance entre ceux qui croient aux territoires perdus et ceux qui n’y croient pas aura au moins procuré un certain réconfort à ses signataires qui sont ainsi Charlie à peu de frais.

Peu importe que ce texte offre un certificat de virginité politique à tous ceux qui expliquent inlassablement que le principal problème de la France est l’islamophobie et que le séparatisme islamiste, quand ils admettent son existence, est le produit des discriminations et de la désespérance sociale.

En attendant, Charlie Hebdo est toujours seul en première ligne. Et toujours pour la même raison : dessins blasphématoires. Zaheer Hassan Mehmood n’a sans doute pas vu la une du 9 septembre[tooltips content= » Celle où Charlie Hebdo, pour l’ouverture du procès, a republié les caricatures. »](1)[/tooltips], mais il connaissait son existence. Pour lui (et pour combien d’autres ?), le même crime vaut la même punition.

Il ne suffit pas de partager l’émotion, encore faut-il accepter de partager le danger – d’autant plus qu’en l’espèce, c’est la seule façon de le réduire. Seul le nombre protège. Pour que l’équipe de Charlie Hebdo soit en sécurité (en tout cas plus qu’aujourd’hui), il faudrait que la France entière fasse office de paratonnerre collectif. On veut punir Charlie pour des caricatures de Mahomet, publions les ensemble, en même temps, pas seulement les médias, mais tous les Français ! Contre les censeurs et les tueurs, organisons la journée du déconnage à pleins tubes. Et pour rassurer nos concitoyens musulmans, sortons en même temps des dessins scabreux de Jésus, Moïse et des autres. À l’image du recteur de la mosquée de Paris, montrons que, croyants ou incroyants, nous sommes capables d’endurer les douleurs de la liberté.

Ne rêvons pas trop. Une grande partie de la société a lâché l’affaire, quand elle ne condamne pas les blasphémateurs, rituellement accusés de jeter de l’huile sur le feu, comme les filles trop court vêtues qui l’ont bien cherché. Deux jours après l’attentat, Charlie, qui fêtait son cinquantième anniversaire, dessinait, à sa une, le tueur découpant le gâteau au hachoir. Sur le site de Morandini, le premier commentaire était un concentré de l’esprit du temps : « Je n’aime pas ce journal, et je les tiens pour responsable de l’attaque de la semaine dernière. Ils n’avaient pas besoin d’en rajouter une couche en republiant leurs dessins, c’était donner le bâton pour se faire battre, l’ennui c’est que c’est tombé sur des innocents. » Il voulait tuer des membres de Charlie Hebdo, il a blessé des Français innocents. Pour de plus grands esprits, le blasphème n’est qu’une vexation gratuite infligée à des croyants qui n’ont rien demandé. La jeune génération, en particulier, a troqué la joyeuse tolérance voltairienne ou réputée telle contre le respect scrupuleux des susceptibilités. Le vivre-ensemble, c’est chacun fait ce qui lui plaît. À condition de ne jamais déplaire.

On me dira (on me l’a déjà dit) que cet appel (à publier en masse les caricatures) est une provocation irresponsable. Nul ne peut jurer qu’il n’y aurait aucun danger. Mais nul ne peut le jurer aujourd’hui, alors qu’on peut croiser n’importe où un fanatique vexé et armé.

On ne va pas se mentir, aucun d’entre nous n’a envie de mourir pour Charlie. En conséquence, nous ne publierons pas ces caricatures si nous sommes seuls ou seulement quelques-uns. « Citoyens, élus locaux, responsables politiques, journalistes, militants, nous devons réunir nos forces pour chasser la peur et faire triompher notre amour indestructible de la Liberté », lit-on dans la tribune des médias. On ne peut pas prétendre combattre et laisser tout le risque aux autres. « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus morts », écrivait Muray. Nous sommes les plus nombreux. Reste à savoir si nous sommes vivants.

Chers djihadistes...

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Les Rien-pensants

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>> Lire le magazine Causeur #83, Écolos, Verts et contre tout <<

Post-Scriptum. – Je me réjouis d’annoncer l’arrivée dans ces pages, et dans notre petite escouade, de Frédéric Ferney, écrivain et critique littéraire à l’ancienne, s’il m’autorise ce compliment. Chaque mois, il nous livrera ses méditations et divagations. Par ailleurs, nous espérons retrouver bientôt notre cher Basile, requis par d’autres occupations. Enfin, que Roland Jaccard et Jean-Paul Lilienfeld, qui ont souhaité voguer vers d’autres cieux, soient remerciés pour le bout de chemin fait ensemble. Ils seront toujours les bienvenus dans ces pages.

Bienvenue dans l’enfer vert

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Robert Ménard est maire de Béziers © Hannah Assouline

De Lyon à Grenoble, en passant par Bordeaux, les nouveaux élus écolos s’en prennent aux coutumes et traditions si chères aux Français. Pour le maire de Béziers, ce mépris du peuple et ces clowneries auront pour seul effet de décrédibiliser la fonction d’élu local, et, malgré son succès électoral récent, l’écologie elle-même.


Je vais être honnête avec vous : je crois que nous avons passé un cap. Je pense que nous avons tourné une page de notre histoire. Et que, dans les bouquins d’histoire justement, ceux qui seront écrits dans cinquante ans, on retiendra cette date : le jeudi 10 septembre 2020, le jour où tout a basculé. Le jour où un abîme d’imbécillité s’est ouvert sous nos pieds. Le jour où Pierre Hurmic, maire de Bordeaux, a décidé de supprimer le sapin de Noël.

Il a fallu que cela arrive en 2020, une année bizarre. L’année des masques, l’année où celui des maires écolos est tombé. Quelques mois après leur élection, on voit enfin à qui on a affaire. Au moins, avec les maires socialos ou cocos d’antan, c’était Balzac et La Comédie humaine. Avec les nouveaux maires écolos, c’est San-Antonio. On est avec Béru chez les fous.

Nous savons qu’ils sont l’extrême gauche haineuse, antifrançaise, antihumaine qui s’est grossièrement badigeonnée de vert. Mais attention, la peinture s’écaille

Chaque jour ou presque, Twitter s’enflamme dès qu’un « kmaire vert » lance un oukaze. Dans ce happening permanent, la raison vacille. Partout où ils sont au pouvoir, il faut se pincer pour y croire. À Lyon, ils introduisent dès le premier conseil municipal l’écriture inclusive, cette diablerie d’idéologue en fin de vie. Dans la même ville, ils refusent d’accueillir le Tour de France sous prétexte de machisme et snobent le Vœu des Échevins ! Plus au sud, à Grenoble, les cours de récré sont désormais « non genrées » et, à Bordeaux, clou du spectacle, le sapin de Noël est devenu « un arbre mort » à interdire. Une géographie du délire. Une grande carte dépliée où la tache verte a dégouliné dans le relief, où les fleuves charrient des pensées vénéneuses. Comment les électeurs ont-ils pu signer ce pacte avec l’hôpital psychiatrique ? Je veux bien que le public des « métropoles », ce soit la France d’après, mais je n’arrive pas à m’y faire. Ou alors il y a eu lobotomie ?

En kiosque, Causeur #83: Découvrez le sommaire de notre dossier spécial « Ecolos, verts et contre tout »

Mais cette euphorie verdâtre est sans doute un trompe-l’œil. Selon moi, malgré ce vent en poupe électoral, l’écologie est en phase terminale. Hurmic et ses collègues n’en sont que les métastases aux sourires tristes. Ça ronge depuis longtemps le corps de la nation. Les mots détournés, les idées violées, tout cela a retourné le cerveau des gens. La dépolitisation qui s’accélère aussi. Le réchauffement climatique a tapé sur le ciboulot de pas mal de monde. C’est cash. Génération Greta Thunberg. L’activisme de la douche froide. Ils disent des conneries monumentales en prenant l’air sérieux d’un Savonarole.

À Bordeaux, c’est vrai, les électeurs ont peut-être tiré le gros lot. Au moment de l’épidémie de coups de couteau dans la ville, ça pique, si j’ose dire. Son combat au maire de Bordeaux, ce n’est pas l’insécurité, c’est donc le sapin de Noël ? Je n’ose imaginer ce que M. Hurmic et ses apôtres doivent penser de la crèche abritée chaque fin d’année dans l’hôtel de ville de Béziers ? Sans doute une réminiscence franquiste ? En tout cas, les bobos parisiens qui se sont faits bordelais pour avoir Paris sans racailles doivent être au minimum déçus : leur premier magistrat a d’autres priorités.

En réalité, ce que veulent le maire de Bordeaux et tous les autres maires verts aux têtes des « métropoles », c’est mettre fin à la France que nous aimons. Foutre dans une benne, sans tri pour le coup, la France du Tour et des belles jeunes filles qui embrassent les coureurs, les écoliers genrés, Noël, la Marseillaise, le pays de Gabin, de Bardot, de Jean-Pierre Marielle et de Platini. Et même jusqu’à l’écriture de notre langue ! Ce qu’ils haïssent, de moins en moins secrètement, c’est notre France chaleureuse, celle qui croit en quelque chose, qui s’émerveille naïvement devant un maillot jaune, qui chérit ses statues, notre France qui drague encore les mots fugaces, les verbes sagaces, l’audace qui déborde comme dans une chanson de Gainsbourg.

Bref, l’impertinence et l’insouciance, les mœurs gauloises. Ils appellent ça la France « étriquée », qui sent mauvais sous les bras. Ils sont les nouveaux inquisiteurs. Nous sommes dans leurs futurs bûchers.

A lire ensuite, Martin Pimentel: Rejet massif des bigoteries d’EELV (sondage)

Hurmic, comme les autres curés de cette religion, a envie d’éradiquer. De détruire, de brûler. Il va sans doute bientôt interdire le vin de Bordeaux parce que c’est fait avec des raisins morts qui ont agonisé dans des barriques en chêne mort.

Le moment est à la fois historique et tragi-comique. Pendant que les maires de villes moyennes comme la mienne cravachent sept jours sur sept pour panser les plaies de la mondialisation, pour que les « petites gens » vivent un peu mieux dans l’enfer du vivre-ensemble, Hurmic et ses collègues kmaires me font honte avec leurs délires. Ils décrédibilisent la fonction. Les grandes villes sont transformées en labo. Dans ce carnaval municipal, les clowns sont à la fête, mais la fête est lugubre, peuplée de commissaires politiques. Hurmic n’a pas envie de rire. Pour lui, le sapin de Noël est un ennemi de classe. Tout ce qui rassemble – à Béziers, chrétiens, musulmans, juifs et athées sont côte à côte devant la crèche de Noël – les débecte. Tout ce qui fait plaisir au peuple. Ils sont contre le bonheur. Le bonheur, c’est facho.

Pourtant, impossible de se planquer encore longtemps derrière les éoliennes : nous savons qui sont vraiment Hurmic et tous les maires « écolos ». Nous savons qu’ils sont l’extrême gauche haineuse, antifrançaise, antihumaine qui s’est grossièrement badigeonnée de vert. Mais attention, la peinture s’écaille. L’entourloupe démocratique commence à se voir.

Le plus triste, c’est que d’honnêtes gens ont voté pour les petits oiseaux et les pistes cyclables. Ils se retrouvent avec des idéologues de la pire espèce, dévorés par leur dogme. À la place des circuits courts, ils auront les migrants des circuits longs, l’insécurité et un fatras d’interdictions sur le dos. Derrière le drapeau vert et le yaourt bio, une secte extrémiste s’installe et va pourrir la vie des Français. Oui, décidément, sous le sapin de Noël de Bordeaux, le cadeau était empoisonné…

"Un maire ne devrait pas faire ça..."

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Journal intime de campagne: Et si je disais tout...

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Des ratés et des rats

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Image Gordon Johnson / Pixabay .

La crise sanitaire que nous traversons est une expérience d’Henri Laborit géante


La gestion de la crise du Covid-19 par les autorités politiques rappelle les fameuses expériences d’Henri Laborit, dans les années 1970, sur l’inhibition de l’action chez les rats[tooltips content= »Henri Laborit, Éloge de la fuite, Éditions Robert Laffont, coll. « La vie selon … », 1976 « ](1)[/tooltips]. On peut dire que dans les deux phases de la maladie (épidémie et post-épidémie), les citoyens se sont trouvés « piégés comme des rats ».

Rappelons le schéma de ces expériences :

  1. Un rat est placé seul dans une cage avec un plancher grillagé qui peut lui envoyer des chocs électriques. Un signal sonore et un flash lumineux précèdent de quatre secondes le courant électrique. Le rat peut fuir dans un compartiment accessible par une porte ouverte.

Le rat apprend très vite la relation temporelle entre les signaux sonores et lumineux et la décharge électrique qu’il reçoit dans les pattes. Il ne tarde pas à éviter cette « punition » en passant dans le compartiment adjacent. Le même mécanisme se déclenche dans l’autre partie de la cage et le rat doit alors parcourir le chemin inverse.

Soumis à ce va et vient pendant dix minutes par jour pendant huit jours consécutifs son état biologique reste bon.

  1. Dans une autre expérience, la porte de communication avec le deuxième compartiment est fermée. Le rat subit donc les chocs électriques sans pouvoir s’enfuir.

Au huitième jour, les examens biologiques révèlent une chute de poids importante, une hypertension artérielle qui persiste plusieurs semaines et de multiples lésions ulcéreuses de l’estomac.

  1. Dans une autre expérience on place deux rats dans la cage dont la porte de sortie est bloquée. Ils subissent les chocs électriques sans pouvoir s’enfuir. A ce moment ils commencent à se battre, se mordre et se griffer.

Après une expérimentation d’une durée analogue aux autres phases, leur état biologique excellent, à part les morsures et les griffures.

Conclusion : un rat isolé soumis à un stress sans possibilité de fuite ou de lutte tombe malade. Son angoisse engendre des maladies physiques.

Les ratés de la crise du Covid ont mis les populations dans une situation analogue à celle de ces rats.

A) Pendant l’épidémie, c’est-à-dire la phase où un grand nombre de personnes sont tombées malades en peu de temps (mars-avril), le gouvernement a rationné ou même interdit les masques, les tests, et les traitements. Toutes les issues, les moyens d’échapper à l’angoisse étaient bloqués.

Rappelons-nous ces médecins barricadés dans leur cabinet, ces nombreuses personnes âgées décédées dans les institutions pour personnes âgées sans avoir accès aux hôpitaux, ainsi que les malades rejetés par les hôpitaux parce qu’ils n’étaient pas assez malades et qui sont morts ensuite.

La population confinée se trouvait dans le même état d’impuissance que le rat enfermé sans possibilité de fuir.

B) Dans la phase post-épidémique où nous sommes aujourd’hui, alors que le nombre de malades et de morts a fortement décru, la liberté des populations continue à être fortement inhibée.

Le masque déconseillé est devenu obligatoire, les tests sont multipliés sans que l’on fasse clairement la distinction entre les cas positifs et les malades. La vie sociale reste largement paralysée (voyages, cultures), et soumise à des décisions arbitraires et versatiles.

La population reste angoissée sans possibilité de fuir un virus insaisissable, dont la menace est exagérée par la confusion entretenue entre maladie et test positif.

On a fini par persuader les gens que l’épidémie ne pourrait s’achever que par la découverte d’un vaccin, ce qui revient à leur faire miroiter une bouée de sauvetage virtuelle.

Il n’est donc pas étonnant d’observer une élévation de l’agressivité, comme dans l’expérience de Laborit. Ceux qui ont le bon sens de ne pas porter constamment le masque se font traiter dans la rue d’égoïstes et de criminels.

Ceci explique également l’étonnante agressivité de certains contre le professeur Raoult, qu’on a vu maltraité en audience publique par des sénateurs français, alors que son traitement est pratiqué dans des régions occupées par… 4,5 milliards d’individus.

Éloge de la fuite

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Un traité dermatologique contre les réactions épidermiques des Blancs: « La pensée blanche », du docteur Thuram

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Lilian Thuram © Jeff Holmes/REX/SIPA Numéro de reportage: Shutterstock40716265_000003

Depuis qu’il a entendu une phrase ambiguë d’un coéquipier dans un vestiaire («Avec mon intelligence et tes qualités physiques, je serais un joueur extraordinaire»), le champion du monde – et grand penseur – Lilian Thuram est persuadé d’avoir mis à jour un racisme inhérent à la société française « blanche ».


«Je souhaite que les Blancs comprennent que leur couleur de peau est une construction politique. J’insiste : personne ne naît blanc»
Lilian Thuram. Introduction à La pensée blanche

L’ex-footballeur Lilian Thuram a écrit un essai intitulé La pensée blanche. Trouvant la célèbre formule beauvoirienne suffisamment heureuse pour être une nouvelle fois détournée, il l’a sous-titré « On ne naît pas blanc, on le devient. » Il vient de donner un entretien aux journalistes de l’Obs. Votre serviteur l’a lu.

Pour Lilian Thuram, tout commence par une « histoire personnelle » : « J’ai neuf ans, j’arrive de Guadeloupe, j’entre en classe de CM2, des enfants m’insultent : “Sale noir !” » Plus tard, il se demande comment, à neuf ans, ces enfants ont pu développer la conviction qu’être blanc c’était mieux. « C’est cela, la “pensée blanche”, la construction de ce sentiment de supériorité. » 

Thuram pense que tout Blanc a des arrières-pensées racistes

Des insultes comme ça, et d’autres plus croustillantes encore, presque tous les enfants de neuf ans en disent ou en sont victimes. Pourtant, je ne connais aucun roux qui, ayant souffert de se faire traiter de « sale rouquemoute » pendant ses très jeunes années, en a tiré des assertions quasi-sociologiques sur la « construction d’un sentiment de supériorité » des blonds ou des bruns. Les enfants sont cruels et pleins de préjugés. Heureusement, le plus souvent, l’âge, les rencontres, la vie tout simplement, permettent de dépasser ces préjugés. 

A lire aussi, Anne-Sophie Chazaud: Débat public: l’intolérance crasse de Geoffroy de Lagasnerie

Il n’est pas certain que cela soit le cas pour notre ex-footballeur. Un jour, un coéquipier blanc lui a dit : « Avec mon intelligence et tes qualités physiques, je serais un joueur extraordinaire. » « C’est une “pensée blanche”», décrète Thuram qui, préjugeant que tout Blanc a des arrières-pensées racistes et essentialistes, a entendu une phrase que son coéquipier n’a pourtant pas dite et qui aurait été celle-ci : « Avec mon intelligence de Blanc et tes qualités physiques de Noir, je serais un joueur extraordinaire. » 

Le défenseur assailli de partout par la « pensée blanche »

Peintre des mœurs de l’Occident raciste, Lilian Thuram possède un nuancier coloré et conceptuel lui permettant de débusquer de la « pensée blanche » à peu près partout : « Nous étions plusieurs joueurs noirs dans les vestiaires et l’un d’eux dit : “Tu as vu comme tu es noir ? Moi je suis plus métis, j’ai la classe.” Ce joueur ne se rendait pas compte qu’il reproduisait lui aussi un schéma de la pensée blanche. » S’il lit les déductions de Thuram ici rapportées, il est bien possible que ce joueur ne comprenne toujours pas de quoi il retourne.

« Si quelqu’un se sent agressé par le fait de parler de la “pensée blanche”, cela dit surtout quelque chose de lui », dit encore Lilian Thuram. Ce « quelque chose » est bien entendu le racisme inconscient, la supposée supériorité intériorisée et raciste du Blanc qui pense blanc. Cette thèse est ardemment soutenue par les sociologues français qui adhèrent au concept de « fragilité blanche » développée par la sociologue américaine Robin DiAngelo, et qui commence à faire son entrée dans les universités françaises. Comme elle, Lilian Thuram a scindé l’humanité en deux : les racistes qui ignorent leur racisme, c’est-à-dire tous les Blancs ; et les victimes du racisme, c’est-à-dire tous les non-Blancs. Armé de cette triste grille de lecture binaire, essentialiste et racialiste de l’histoire des hommes, il dit comprendre l’utilisation de l’expression « privilège blanc » : « Les non-Blancs étant discriminés, ils perçoivent les Blancs comme privilégiés de ne pas l’être. » (sic)

Fragilité blanche, masculinité toxique, quelle béchamel intellectuelle!

Comment se faire un peu diable, un peu homme, avant que de se revêtir du manteau de la victime éternelle de la « pensée blanche » ? En s’auto-désignant coupable d’un crime à la mode, ici la « masculinité » : « En tant qu’homme, par exemple, j’ai des biais masculins, mais j’essaie de me soigner. » Le Blanc, lui aussi, doit se soigner pour éviter « les réactions épidermiques dès lors qu’on parle de blanchité » – cette phrase involontairement comique n’est pas de mon dermatologue mais des journalistes de l’Obs. Comment éviter ce prurit ? « Je vous ai donné l’ordonnance [l’écoute, la bienveillance et l’amour des gens] mais ça ne veut pas dire que la prescription soit suivie », se désole le bon docteur Thuram.

A lire aussi, du même auteur: Léonora Miano sur France Inter: «La France doit faire des sacrifices»

Rappelons à Lilian Thuram qu’il n’est pas le seul footballeur à avoir vécu des épisodes traumatisants et racistes. Il y a quelques années, Christophe Dugarry, un peu exaspéré par les leçons de morale de son ex-coéquipier de l’équipe de France, racontait sur Canal + l’anecdote suivante : « On était en train de prendre des photos avec la Coupe du monde, entre nous. Et Lilian dit : “Allez les Blacks, on fait une photo tous ensemble”. Moi, je n’ai pas relevé, je n’ai pas fait l’amalgame, je n’ai pas mal interprété ses propos. Franck Leboeuf, lui, a remarqué et a lancé : “Lilian, qu’est-ce que tu dis ? Et si, moi, je disais : allez les Blancs, on fait une photo tous ensemble ?” Mais à aucun moment on s’est dit que Lilian était raciste. Lilian ne doit pas oublier qu’il arrive à tout le monde de dire des choses qui dépassent sa pensée ou qui peuvent être mal interprétées.» 

Lisez l’entretien de Thuram, remplacez le mot pensée par le mot sauce, et vous obtiendrez une magnifique… béchamel intellectuelle (béchamel = sauce blanche que l’on réalise avec de la crème et qui accompagne de nombreuses recettes).

La pensée blanche

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Macron le grand restituteur

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Statues du palais royal d'Abomey (musée du quai Branly - Jacques Chirac, Paris) © Jean-Pierre Dalbéra.

Un projet de loi prévoit de rendre des objets et statues au Sénégal et surtout au Bénin. Pour Julien Volper, conservateur et spécialiste de l’art africain, cela revient à spolier les musées français, sans que les droits du Bénin sur ces objets soient établis. La volonté présidentielle relève plutôt d’une politique française de soft power non moins discutable.


À la date du 16 juillet 2020 était enregistré à la présidence de l’Assemblée nationale un projet de loi (le n° 3221), un parmi plus de 1 600 déposés à l’Assemblée pendant la XVe législature.

Ce document concerne la restitution de biens culturels à deux pays africains : le Sénégal (un objet) et le Bénin (26 objets). Il est à peu près certain que le rapporteur dudit projet, Yannick Kerlogot (député LREM), aura à cœur d’écouter poliment différents avis, mais n’y changera pas une virgule. Ce projet de loi ne fait que mettre en musique la volonté proclamée par Emmanuel Macron en novembre 2018 de rendre « sans tarder » les objets béninois, au mépris total du caractère inaliénable des collections nationales françaises.

Grâce à Macron, ni les contribuables béninois ni leur richissime président n’auront à mettre la main à la poche

Il est vrai que le président Macron dispose d’une majorité qui lui permet de rendre légal ce qui n’est pas légitime. Il faut aussi reconnaître que cette attaque en règle contre les musées nationaux n’a pas franchement ému l’opposition ni suscité grande réaction des conservateurs et directeurs de musée français. Prisonniers du « devoir de réserve » et soumis aux directives du ministère de la Culture, ces professionnels de la culture n’ont osé que quelques « objections de façade ».

Alfred Amédée Dodds, un officier d’ascendance… africaine

Il y aurait pourtant beaucoup à faire connaître au sujet de ces restitutions, en particulier celles qui concernent le Bénin.

Tout d’abord, il faut préciser que les 26 objets concernés représentent l’intégralité d’une donation faite aux collections nationales par un officier français d’ascendance africaine, le général Alfred Amédée Dodds (1842-1922). Si les restitutions ont lieu, on condamnera à la damnatio memoriae l’un des donateurs du musée du Trocadéro (dont les collections ont été transférées au musée du Quai Branly).

Carte postale représentant le trône du roi Guézo, vers 1935. Guézo régna sur le royaume de Dahomey (actuel Bénin) de 1818 à 1858. Photo: Pierre Verger / Musée du Quai Branly.
Carte postale (années 1930-1940) montrant le trône du roi Ghezo (grand-père de Béhanzin). Les crânes humains qui lui tiennent lieu de pieds témoignent des conquêtes du souverain… et du sort des vaincus. D.R.

L’officier Dodds avait mis la main sur ces objets au cours de la campagne du Dahomey (1892-1894), menée au nom de la France contre ce royaume ancêtre de l’actuel Bénin, dont le monarque était Béhanzin (1845-1906). Si elle obéissait à de nombreuses autres considérations, cette expédition militaire française ripostait à de multiples incursions militaires menées par Béhanzin dans des territoires dont les dirigeants avaient signé des traités de protection avec la France.

À la fin de ce conflit, qui se solda par la défaite de Béhanzin, Alfred Dodds, comme d’autres militaires, rapporta dans ses bagages des souvenirs de bataille. Aussi choquante puisse sembler cette pratique aujourd’hui, il faut rappeler qu’à cette époque, elle est aussi courante que légale. Il faut attendre la convention de La Haye de 1899 pour que l’usage des butins de guerre commence à être déclaré illégal. On dira qu’il s’agit là du point de vue de l’Europe colonialiste, mais il en va de même du côté dahoméen. Dans la deuxième moitié du xixe siècle, lorsque les rois du Dahomey (Glélé et son fils Béhanzin) menaient bataille chez des peuples et des cités voisines, leurs lois et coutumes les autorisaient à piller, réduire les vaincus en esclavage et procéder à des sacrifices rituels de prisonniers.

Une statue au Dahomey pendant seulement deux ans

L’esprit de conquête était, au demeurant, l’essence même du royaume du Dahomey. Ainsi, durant l’année 1890, dans le cadre des funérailles officielles de Glélé, son fils et successeur fit sacrifier dignement 82 jeunes gens. Pour rester dans les traditions, il décida aussi de lancer des raids chez les Egba, qui ne faisaient pas vraiment le poids face à l’armée fon (ethnie dominante du royaume) dotée d’armes modernes achetées notamment à des firmes allemandes. Logiquement, les Egba d’Abeokouta proposèrent aux Français une alliance pour marcher sur Abomey, la capitale du Dahomey. Et les habitants de Kétou, littéralement rasée par les troupes du bon roi Glélé en 1886, célébrèrent la chute définitive de Béhanzin en 1894 !

Pour en revenir aux fameux 26 objets ramenés par Dodds, leur liste atteste en effet d’un pillage culturel sans égal réclamant une réparation : on songe en particulier à un métier à tisser, un pantalon de soldat, un sac en cuir et un fuseau. Elle comporte cependant des pièces plus importantes, notamment les Boccio, trois grandes statues rituelles dont la plus fameuse représente un homme-poisson, qui a un rapport avec Béhanzin.

Il y a cependant beaucoup à dire sur les derniers moments que passa cet objet en territoire dahoméen. À la fin de l’année 1892, Béhanzin, voyant que tout est perdu, ordonne l’incendie du palais d’Abomey[tooltips content= »Au cours de son histoire, Abomey a connu de nombreux incendies accidentels ou volontaires qui détruisirent une grande partie de son patrimoine. »](1)[/tooltips]. C’est dans cette ville que les Français trouveront les Boccio abandonnés par le roi. Selon un descendant de ce dernier, Houédogni Béhanzin (mort en 2013), l’homme-poisson avait été désacralisé et n’était donc plus qu’un « bout de bois » sans grande valeur.

Il faut aussi souligner l’âge de ce Boccio. Cette statue, attribuée à l’artiste Sossa Dede, a été réalisée vers 1890. Au moment de sa saisie par les troupes françaises, cet objet béninois n’a connu que deux ans de vie rituelle au Dahomey. Depuis, il a vécu plus de cent vingt années dans les collections françaises. On peut juger que cela n’a aucune importance, mais alors il faudra expliquer aux Espagnols que Le Jardin des délices, de Jheronimus Bosch, présent depuis quatre cent cinquante années sur le territoire ibérique, ne fait pas partie de leur histoire et qu’il doit être restitué à la Belgique où il a séjourné entre soixante et soixante-dix ans avant d’être confisqué par le duc d’Albe.

L’éloge de Christiane Taubira

Cependant, le fond de l’affaire n’est pas historique, mais évidemment politique. En 2005, une députée nommée Christiane Taubira interpelle le Premier ministre Dominique de Villepin au sujet de la restitution des biens à Béhanzin, lequel, déclare-t-elle, « lutta farouchement pour préserver l’indépendance et l’intégrité territoriale du Dahomey » et « opposa une glorieuse résistance aux troupes françaises ». Cette demande reste lettre morte, mais on notera en passant l’ironie de cet éloge d’un royaume esclavagiste par une députée qui a laissé son nom à la loi du 21 mai 2001 relative à la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité.

En 2013, le CRAN (Conseil représentatif des associations noires de France) et son président Louis-George Tin s’emparent de ce sujet à fort potentiel médiatique. L’association lance sur change.org une pétition pour la « Restitution des trésors d’Abomey à la famille royale et au peuple béninois »… qui recueille 3 162 signatures. En 2016, c’est encore le CRAN et sa branche béninoise, présidée par Laurent Tonegnikes, qui soutient la demande officielle de restitution formulée par l’État béninois.

Il faut croire que le président Hollande avait encore une certaine idée de ce que sont des collections nationales inaliénables. La demande du Bénin fut poliment déboutée.

Il n’en est pas allé de même avec Emmanuel Macron qui, dès son discours de Ouagadougou de 2017, a semblé décider à donner une seconde chance au projet du CRAN. On peut raisonnablement émettre l’hypothèse qu’un homme politique franco-béninois de premier plan du nom de Lionel Zinsou ait joué un rôle dans cette décision. D’après un article paru dans L’Opinion en juin 2017, Lionel Zinsou a d’abord rencontré le jeune Emmanuel Macron à la banque Rothschild, puis a eu recours à ses services comme banquier-conseil quand il dirigeait le fonds d’investissement PAI Partners. Il aurait continué à le fréquenter et à le soutenir tout au long de sa carrière politique jusqu’à l’Élysée.

La police appelée Musée du Quai Branly

La fille de Lionel Zinsou, Marie-Cécile Zinsou, a pris activement part au projet français des restitutions. Cette jeune femme titulaire d’un baccalauréat a été consultée à plusieurs reprises par Felwine Sarr, proche des Indigènes de la République, et Bénédicte Savoy, deux personnes mandatées en 2018 par Emmanuel Macron pour rédiger un rapport sur les restitutions. Leur travail, dénué de toute finesse, pourrait s’intituler « Dix recettes pour dépecer un musée ». En août dernier, une petite troupe de la Ligue de défense noire a vaguement fait mine d’occuper le musée du Quai Branly pour obtenir la restitution des Boccio, nécessitant l’intervention de la police. Ces mauvaises manières sont inutiles entre gens de bonne compagnie, dès lors que le président est décidé à rendre les Boccio.

On peut aussi remarquer que le cadeau promis par le président de la République au Bénin s’inscrit dans une série d’aides à ce pays qu’il aime décidément beaucoup. Ainsi, en 2018, le président a-t-il également annoncé à son homologue béninois, Patrice Talon, qu’il soutiendrait généreusement une initiative visant à « réinventer la cité lacustre de Ganvié ». « Les deux pays ont, à ce propos, signé une déclaration d’intention portant sur un montant de 43 millions d’euros, dont 40 millions considérés comme un prêt et 3 millions comme une subvention. » [tooltips content= »La Tribune Afrique, 8 mars 2018. »](2)[/tooltips]

Plus récemment, en 2019, il a été annoncé que la France, par le biais de l’Agence française de développement (AFD), accordera au Bénin un « prêt » de 20 millions d’euros, dont 12 seront entièrement dédiés au nouveau musée d’Abomey censé accueillir les pièces, dont le président veut arbitrairement spolier le musée du Quai Branly.

Grâce à la générosité du président français, ni le contribuable béninois, ni le président Talon, qui est pourtant à la tête d’une fortune estimée à 400 millions de dollars, n’auront à mettre la main à la poche. Il est vrai que Patrice Talon a d’autres préoccupations, comme rétablir l’ordre public de manière parfois brutale et museler la presse, ainsi qu’une partie de l’opposition (faits dénoncés dans différents journaux français). On pourrait imaginer partenaire plus présentable pour porter le soft power français.

Gravure intitulée « Béhanzin et sa famille » publiée en 1895 dans le livre d’Edouard Foa Le Dahomey. Béhanzin est l’homme assis au milieu fumant la pipe. D.R.
Gravure intitulée « Béhanzin et sa famille » publiée en 1895 dans le livre d’Edouard Foa Le Dahomey.
Béhanzin est l’homme assis au milieu fumant la pipe. D.R.

Sapphô, le vrai génie lesbien

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Alice Coffin est une journaliste et militante LGBT, cofondatrice de la Conférence Européenne Lesbienne et de l'Association des journalistes LGBT. Elle est élue EELV au Conseil de Paris depuis 2020 © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 00983858_000015

 La militante énervante Alice Coffin est malheureusement si loin de Sapphô, poétesse grecque de l’Antiquité dont l’œuvre est parvenue jusqu’à nous…


Alice Coffin et son livre Le génie lesbien sont sans véritable intérêt – à part, peut-être, comme cas concrets illustrant un traité de psychopathologie. En revanche, ce qui doit être pensé, c’est l’engouement de certains pour sa personne et ses écrits, révélateur des aspirations totalitaires, de l’arrogance et du refus de tout universalisme de cette gauche régressive qui se dit « progressiste ».

Ainsi naissent les goulags

Remarquons d’abord qu’en France, en 2020, un parti (EELV) ayant gagné les mairies de bien des grandes villes fait siéger au conseil municipal de la capitale une personne relevant soit de la prise en charge psychiatrique, soit du fanatisme crasse. Il est vrai qu’à côté du maire de Bordeaux opposé aux sapins de Noël parce que ce sont des « arbres morts » mais célébrant volontiers la mise à mort des moutons de l’Aïd, et du maire de Lyon refusant la cérémonie des échevins au nom de la laïcité mais fier de poser la première pierre d’une mosquée, Alice Coffin fait presque figure de personnalité raisonnable et équilibrée au sein de son parti.

A lire aussi, Robert Ménard: Bienvenue dans l’enfer vert

Remarquons aussi l’absence totale de colonne vertébrale éthique de cette intelligentsia qui salue les propos d’une personne se vantant de rejeter les mâles, au point de déclarer qu’il faudrait les éliminer (on espère, mais sans certitude, que ce n’est qu’une figure de style), mais qui hurlerait si les mêmes propos étaient tenus au sujet des femmes, ou d’autres catégories. Le camp du Bien, ce n’est pas nouveau, s’autorise tout au nom de ce Bien qu’il est persuadé d’incarner, et ainsi naissent les goulags.

Retrouvez la critique du livre de Madame Coffin par Sophie Bachat dans notre numéro 83, aujourd'hui en kiosque.
Retrouvez la critique du livre de Madame Coffin par Sophie Bachat dans notre numéro 83, aujourd’hui en kiosque.

Remarquons enfin qu’il n’y a ni cohérence ni honnêteté dans la posture militante d’Alice Coffin : refusant ce qui vient des mâles, fière de bouder leurs œuvres cinématographiques ou musicales, elle ne voit pourtant aucun problème à bénéficier des suffrages masculins lors d’une élection, des impôts payés par des hommes dans sa rémunération, et des réalisations scientifiques, techniques ou médicales mises au point par des mâles. Mais elle est chez EELV, et la cohérence intellectuelle n’est pas le point fort de ceux qui au nom de l’écologie veulent fermer les centrales nucléaires pour rouvrir des centrales à charbon….

Mais il n’y a pas que ça

Quelle est donc cette mode selon laquelle on peut se vanter de refuser par pure idéologie d’admirer la 5ème symphonie de Beethoven ou Show Must Go On de Freddy Mercury ? Se vanter d’amputer sa propre humanité de ce qui nous permet de pleurer d’émotion en les écoutant ? Leurs œuvres auraient-elles été conçues pour servir de propagande à l’horreur, pour qu’on les rejette ainsi ? Même pas : mais leur sexe déplaît. Qu’est-ce qui a pu produire un contexte dans lequel des faiseurs d’opinion encouragent cette démence ? Quelle est cette arrogance qui fait croire à une poignée de chroniqueurs et de militants qu’ils pourraient, eux, du haut de leur supériorité auto-proclamée, se permettre de dédaigner le génie, sans oublier le talent et le travail de dizaines voire de centaines de générations ?

Vouloir faire table rase du passé n’a jamais engendré que des horreurs. On s’interdit ainsi de s’enraciner, de se nourrir de la patiente maturation des siècles, on s’interdit de s’inscrire dans la durée et dans cet indéfinissable pacte qui fonde les civilisations en unissant ceux qui ne vivent plus, ceux qui vivent et ceux qui ne vivent pas encore, et on s’interdit d’admirer, n’ayant des accomplissements d’autrui qu’une vision nombriliste et utilitaire.

A découvrir, notre dernier numéro: Causeur: le coup de gueule de Robert Ménard contre les maires écolos

Or, il n’y a pas de grandeur sans admiration, cet élan qui dans le même mouvement nous oblige à l’humilité et nous inspire l’excellence. César admirait Alexandre, au point pour un temps de craindre de n’avoir rien fait de sa vie, lorsqu’il la comparait à celle de celui qui, à 30 ans, avait bâti un empire et était considéré comme un dieu vivant. Alexandre admirait Achille, emportant partout avec lui un exemplaire de l’Iliade, pour ne jamais oublier la mesure selon laquelle sont jugés les héros parmi lesquels il aspirait à prendre place. Et Achille côtoyait les Dieux.

Triste Sapphô

J’aime cet aphorisme de Chesterton : « La démocratie nous interdit de négliger l’opinion d’un honnête homme même s’il est notre valet de chambre. La tradition nous requiert de ne pas négliger l’opinion d’un honnête homme, même s’il est notre père. » Il faudrait désormais ajouter « ne pas négliger l’opinion d’un honnête homme, même s’il est un homme » pour rappeler cette évidence universaliste, car c’est aussi d’universalisme qu’il s’agit.

Dans leur arrogance, Alice Coffin et ses thuriféraires sont tragiquement loin de ce qu’ils prétendent célébrer. Le génie lesbien par excellence, le vrai, c’est Sapphô. Et le mâle hétérosexuel que je suis ne connaît pas de plus beau texte pour parler d’amour que son Hymne à Aphrodite, prière et poésie, éclatante et inégalable. Car la poétesse de Lesbos n’a pas chanté l’amour lesbien à l’exclusion de tout autre : elle a témoigné avec une sincérité absolue, et pour ses bien-aimées elle a évoqué et invoqué l’Amour lui-même, le Désir et la Beauté, dans leurs essences éternelles, universelles, divines. Chacun de ses vers va au-delà des mots pour éveiller cette part de notre âme capable de ressentir ce qu’elle célèbre, qui que nous soyons. Il n’y a pas, il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais un seul être humain authentiquement amoureux qui ne puisse faire siens les mots de Sapphô pour dire ce qui le bouleverse.

Comment ? On pourrait être touché et inspiré par les œuvres de quelqu’un dont on ne partage pas le sexe, le genre ou l’orientation sexuelle ? Comment ? Des hommes ont au fil des siècles admiré la poétesse, l’ont appelée la Dixième Muse, ont perpétué sa mémoire, et sans ces mâles le mot même de « lesbien » nous serait inconnu ? Idées sacrilèges pour la gauche régressive, ce clan barbare qui voudrait réduire Éros et Aphrodite et l’art et la beauté à ses petits calculs militants, ses petites détestations, ses petites censures. Dieux ! Que ces gens sont médiocres.

A lire ensuite: Les Anglais laissent tomber le T

Mais Sapphô, elle, n’avait pas besoin de mépriser Homère pour se sentir exister. Elle était, elle accomplissait, elle créait. Authentique génie lesbien, oui, d’une femme qui sans jamais renier celle qu’elle était ni ce qu’elle était, et sans jamais non plus confondre les deux, les a portés au sublime, a tutoyé l’âme du monde et atteint l’éternité.

Triste misère d’Alice Coffin. Refusant l’universel, elle refuse ce chemin magnifique de l’art véritable qui, en portant le particulier à son accomplissement, en fait l’incarnation de ce qu’il y a de plus haut dans notre essence commune, et qui parle à tous. Triste misère de ceux qui vantent un livre appelé Le génie lesbien mais seraient désespérément incapables de comprendre Sapphô.

Le génie lesbien

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Causeur: le coup de gueule de Robert Ménard contre les maires écolos

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Le numéro 83 du magazine Causeur présente en une le maire de Béziers Robert Ménard, qui pousse un coup de gueule contre ses homologues écolos.

Découvrez le sommaire de notre numéro d’octobre


Bienvenue dans l’enfer vert… Le maire de Béziers n’y va pas par quatre chemins (même en voiture électrique), lui qui accuse sans ambages ses collègues écolos de représenter une « extrême gauche haineuse, antifrançaise, antihumaine qui s’est grossièrement badigeonnée de vert. » Mais attention : « la peinture s’écaille. » Selon lui, leur véritable objectif est de « foutre dans une benne, sans tri pour le coup », le sapin de Noël, le cyclisme sportif et jusqu’à la belle langue française. Présentant notre dossier, « Écolos, verts et contre tout », Elisabeth Lévy souligne l’antagonisme fondamental entre ces nouveaux élus et le peuple, qu’ils méprisent : « les écolos n’aiment pas le populo qui, précisément, veut pouvoir chérir son héritage. » Gardons à l’esprit le vieux dicton populaire qui nous rappelle qu’à quelque chose malheur est bon. Malgré le succès électoral des Verts, l’étalage de leur extrémisme idéologique « devrait, en toute logique, barrer la route de l’Élysée aux plus délirants. » 

En critiquant les excès de ses collègues, Yannick Jadot semble le moins délirant des Verts. Frédéric Ferney se demande si Jadot peut les rassembler et les conduire jusqu’à l’Élysée, mais finalement le trouve trop sage : il lui manque justement un brin de folie. La journaliste d’investigation et éditrice Isabelle Saporta, qui est la compagne de Jadot, se confie à Martin Pimentel. Elle recommande aux maires EELV d’« être modestes » et de « travailler », autrement dit, de rester les pieds sur terre. Sauf que, comme le montre Bérénice Levet, pour les plus sectaires des écolos, la terre n’est que « de la matière, sans histoire, sans passé, sans imaginaire. »

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Toujours aux avant-postes dans la guerre contre la cancel culture, Causeur accueille dans ses pages l’écrivain et journaliste anglais, Douglas Murray, dont le nouveau livre, La Grande Déraison. Race, genre, identité, sort ce mois-ci aux éditions de L’Artilleur. Interviewé par mes soins, ce guerrier culturel nous exhorte à faire preuve de courage et à ne pas « nous prosterner, nous lamenter et agir en victimes passives de la cancel culture. » A cet égard, Peggy Sastre nous apporte l’exemple de chercheurs qui résistent au nouveau maccarthysme racialiste sévissant dans les sciences dures. Pourtant, parfois on gagne, parfois on perd… Corinne Berger nous raconte les nouveaux manuels scolaires qui sont autant d’outils de matraquage idéologique, tandis que Julien Volper interroge la motivation du président Macron qui entend restituer au Bénin des biens culturels appartenant aux collections françaises. Napoléon, le vainqueur de tellement de combats, semble aujourd’hui battre en retraite : à l’heure où sa statue disparaît à Rouen, Jonathan Siksou révèle qu’une grande exposition prévue en 2021 pour le bicentenaire de la mort de l’Empereur risque d’être annulée. La cancel culture rôde toujours. 

Si le chemin de l’enfer est pavé de bonnes intentions, souvent celles-ci ne sont bonnes qu’en apparence. Sur l’île grecque de Lesbos, nous explique Gérard Thirioux, les habitants subissent une véritable invasion de clandestins encouragée par des ONG cyniques. Pour Gil Mihaely, le prince héritier d’Arabie Saoudite, Mohammed Ben Salmane, veut impressionner par sa modernité et son enthousiasme pour les nouvelles technologies, mais en réalité il pratique un despotisme qui connaît peu de limites ou de frontières.

L’historien, Emmanuel de Waresquiel, dont le dernier livre, Sept jours : 17-23 juin 1789 La France entre en révolution, vient de paraître, explique à Elisabeth Lévy pourquoi les événements de 1789 constituent le début d’une longue guerre civile française qui n’est toujours pas terminée. Selon lui, « nous n’avons pas fini de faire l’apprentissage de nos illusions. » Quant aux hommes sans illusions, Jean-Pierre Montal salue la parution en français d’un roman posthume du grand Autrichien Joseph Roth, inachevé, tandis que Jérôme Leroy plébiscite une biographie de Charles Bukowski qui évite les clichés habituels à propos de ce poète et romancier, traité trop souvent de « vieux dégueulasse. » De toute façon, pour se faire entendre, il faut parfois une grande gueule…

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La grande débâcle des conservateurs américains

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Ronald Reagan, président américain de 1981 à 1989. Image: WikiImages / Pixabay.

« La droite américaine a toujours été une tribu indisciplinée, plus souvent unie par ce à quoi elle s’oppose que par ce qu’elle propose… »
Analyse du livre We Should Have Seen It Coming de Gerald F. Seib


Aujourd’hui, ce monde semble très lointain. Le vaste mouvement qui rassemblait aussi bien des traditionalistes religieux que des libertariens[tooltips content= »Libertarians a été traduit par « libertariens » plutôt que par « libertaires ». Dans le contexte américain, libertarians renvoie aux libéraux « classiques » et liberals aux « gauchistes ». »](1)[/tooltips] athées n’est plus ce qu’il était. Les différents groupes qui se sont autrefois rassemblés sous sa bannière semblent plus préoccupés à se quereller plutôt qu’à résister à une gauche qui veut transformer l’Amérique en une dystopie politique identitaire dirigée par des professeurs de salon qui se détestent, des PDG célébrant la culture « woke », des maires de grandes villes économiquement incultes et diverses célébrités.

Il est généralement admis que les raisons pour lesquelles la droite se trouve dans cet état peuvent se résumer en deux mots : « Donald Trump ». En réalité, l’élection de Trump comme 45e président des États-Unis et les changements politiques qui ont suivi sont tout autant un symptôme qu’une cause de ces divisions. Gerald F. Seib, dans son ouvrage Nous aurions dû le voir venir : de Reagan à Trump, un regard sur une révolution politique, en retrace l’histoireCollaborateur de longue date du Wall Street Journal, Seib décrit les changements survenus à droite au cours des 40 dernières années, principalement à travers le prisme de la politique conservatrice et républicaine.

L’ouvrage de Seib est une histoire dans laquelle les leaders intellectuels de la droite jouent des rôles plus visibles au début et à la fin. Ils n’occupent pas une place importante entre les deux.

Cela est sans doute dû au fait que l’auteur est un journaliste en poste à Washington D.C., une ville où la vie politique et l’actualité incessante ont inévitablement la priorité sur un engagement plus profond dans le domaine des idées. Mais cela peut aussi suggérer une certaine autosatisfaction qui s’est progressivement manifestée à droite entre 1980 et 2016. À cet égard, Seib affirme que de nombreux conservateurs n’ont pas réussi à évaluer à leur juste mesure deux changements qui ont contribué à faciliter la grande débâcle conservatrice.

Le premier fut la disparition de certaines idées reaganiennes fondamentales (marchés libres, gouvernement limité, etc.) au sein de l’électorat populaire, parmi lequel beaucoup considèrent que certains aspects des fondements politiques et intellectuelles de la droite sont opposés à leurs intérêts. Le second changement fut l’émergence de nettes divergences d’opinion à droite sur des sujets spécifiques, divergences qui avaient toujours existé mais qui étaient restées relativement souterraines. Selon Seib, la plupart des conservateurs n’ont pas anticipé les conséquences de ces changements.

Du tabouret à trois pattes à Pat Buchanan

La droite américaine a toujours été une tribu indisciplinée, plus souvent unie par ce à quoi elle s’oppose que par ce qu’elle propose. La grande réussite politique de Reagan a été de souder les conservateurs religieux, les partisans du marché libre et les faucons de la sécurité nationale en une coalition assez cohérente contre plusieurs opposants : le New Deal et la « Big society » [tooltips content= »Le concept de big society s’oppose à celui de big governement. On pourrait traduire cela par la subsidiarité, le pouvoir donné aux échelons locaux, aux associations et aux personnes contre un État providence qui contrôle tout. C’était le projet politique de David Cameron lors de sa campagne de 2010. »](2)[/tooltips], les partisans de la détente avec l’Union soviétique et la permissivité morale des années 1960.

La logique de « l’ennemi de mon ennemi est mon ami » ne vous mène cependant pas très loin. Sous la surface, les divergences de vue persistent. De nombreux libertariens et conservateurs ont défendu des positions très différentes sur les questions sociales. En outre, avec l’effondrement de l’URSS, certains traditionalistes se sont fait davantage entendre dans leur opposition aux partisans de l’interventionnisme militaire américain à l’étranger.

Certaines des divisions les plus intenses tournaient autour de la sexualité et du mariage. La situation était d’autant plus compliquée que beaucoup avaient été attirés par la coalition de Reagan précisément parce que, comme l’affirme Seib, ils étaient consternés par l’adhésion implacable du Parti démocrate au social-libéralisme. Pour nombre de ces électeurs, « les opinions économiques étaient secondaires » et ils n’étaient pas nécessairement aussi enthousiastes à l’égard du libre marché que d’autres parties de la droite.

Pour M. Seib, les débats au sein de la droite ont finalement gravité autour de deux questions, qui concernaient toutes deux les relations des États-Unis avec le reste du monde, mais qui touchaient simultanément aux questions sociales et économiques. L’une était l’immigration, l’autre les effets de la mondialisation économique. Des fossés importants ont commencé à se creuser entre les trois pieds du tabouret sur ces sujets, ainsi qu’entre de nombreux généraux de la droite et certains des bataillons qu’ils pensaient diriger.

C’est le journaliste et homme politique Pat Buchanan qui a mis au jour ces contradictions. En 1992, son protectionnisme et son scepticisme à l’égard de l’immigration se sont heurtés à d’importantes résistances dans son propre camp. Le défi lancé par Buchanan à George H.W. Bush, suivi par la campagne anti-Alena de Ross Perot, a aidé à renverser le président sortant, mais a également constitué, selon Seib, « une critique précoce reprise par Donald Trump » contre le consensus reaganien, avec une réussite spectaculaire.

Ross Perot. Il obtient 19% des voix à l’élection de 1992, le plus grand score d’un troisième homme. (c) Wikipédia

Ce qui ressort de cette section du livre de Seib est que beaucoup de personnes à droite ont considéré que cet épisode Buchanan-Perot n’était qu’une simple péripétie. Par conséquent, les problèmes qu’il désignait n’ont pas été traités. En fait, Seib soutient que le mouvement conservateur a atteint « son apogée avec le Contract with America, la prise de contrôle du Congrès par les Républicains en 1994, et les importantes avancées conservatrices au niveau des États ». Bien qu’identifié à Newt Gingrich, le contrat était aussi indubitablement reaganien dans son contenu. Curieusement, Bill Clinton s’est montré beaucoup plus attentif à l’angoisse croissante que suscitent les questions d’immigration que ses adversaires politiques. Alors que la plate-forme démocrate de 1996 embrassait le libre-échange, Seib note qu’elle « avait des consonances trumpiennes sur l’immigration ».

Cela signifie-t-il que la droite aurait dû abandonner l’opinion généralement favorable à l’immigration de la coalition Reagan dans les années 1990 ? Pas nécessairement. Cependant, ce fut l’occasion pour les principales voix de la droite de reconnaître que l’immigration impose certains coûts aux pays de destination, qu’une politique d’immigration généreuse doit aller de pair avec le respect de l’État de droit, qu’une immigration à grande échelle et de grands programmes sociaux sont incompatibles, qu’une immigration réussie exige l’assimilation et non une politique identitaire, et que la politique d’immigration est une responsabilité des États-nations souverains et non des institutions supranationales qui prétendent à la souveraineté mondiale.

De telles modifications auraient-elles satisfait Buchanan ? Probablement pas. Néanmoins, cela aurait montré que les conservateurs pouvaient …

>>> Lire la fin de l’analyse sur le site de la revue de géopolitique Conflits <<<

Renforcer l’islam pour contrer l’islamisme: la dangereuse illusion de Macron

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Nicolas Bay (Rassemblement national) © Michel Stoupak / NurPhoto / NurPhoto via AFP.

Une tribune libre de Nicolas Bay (Rassemblement national), député français au Parlement européen, vice-président du groupe « Identité et Démocratie »


Les annonces d’Emmanuel Macron contre « les séparatismes », en réalité exclusivement contre le « séparatisme islamiste » comme il l’a reconnu lui-même lors de sa conférence de presse, ne sont pas anodines. On aurait tort de les traiter par le mépris et de n’en discuter que les détails de mise en œuvre. L’essentiel se situe malheureusement dans l’acceptation et la promotion d’une société multiculturelle qui n’aurait plus de France que le nom. Loin de défendre l’idée républicaine française, c’est un accommodement à l’anglo-saxonne que le président de la République souhaite mettre en place rapidement.

Partant du fait, réel mais récent, que « des civilisations cohabitent sur notre sol compte tenu de ce qu’est aujourd’hui le peuple français », mêlant ainsi au passage naturalisés anciens, récents et, dans son esprit, les étrangers naturalisables à terme, Emmanuel Macron en tire des conclusions qui vont bouleverser en profondeur notre pays. Quand il décrète qu’il veut que la France « devienne un pays d’excellence dans l’étude des civilisations musulmanes », quand il décide que la langue arabe doit être enseignée massivement parce que l’arabe est « la richesse » de « nos enfants, de leurs familles » et qu’il convient de « la reconnaître et de l’exalter », Emmanuel Macron semble sincèrement persuadé de combattre le « séparatisme ». Comme Gribouille se jetant à l’eau pour ne pas être mouillé par la pluie, il pense donc combattre l’islamisme en islamisant. Car il faut rappeler que l’arabe est la langue du Coran et de l’islam comme le latin a été celle de la Chrétienté occidentale durant des siècles.

Reconnaître que l’arabe – ou le wolof – est une langue que notre pays doit exalter au nom de la République, ce n’est pas combattre le séparatisme, mais entretenir le communautarisme, et donc armer mentalement les « séparatistes », renforcer ce qu’ils croient être leur légitimité. C’est aussi faire de l’intégration à l’envers.

Emmanuel Macron ne compte pas s’en tenir là. Il entend changer notre perception du passé, le défranciser afin de le rendre compatible avec les vagues migratoires arrivées, en partance ou à venir. Plusieurs éléments de son discours le prouvent. D’abord, sa volonté d’insister sur le passé : « Nous sommes un pays qui a un passé colonial (…) avec des faits fondateurs de notre psyché collective ». Pour la pensée présidentielle, ce passé divise, il oppose deux mémoires nationales, celle des Français, celles des peuples colonisés. Or, nombre de descendants de ces peuples sont installés chez nous, bien souvent naturalisés. Pour Emmanuel Macron, la synthèse de ces deux mémoires ne peut se faire qu’au prix de concessions, de ce qu’il appelle « faire un pas l’un vers l’autre ». Et qu’importe qu’une seule partie, la française, fasse ce pas. Ce pas, c’est pour le président à l’école de la République de le franchir. La France n’existe plus dans ce contexte que comme un passé à dépasser, au risque de le dénaturer.

Dans ce contexte, les mesures concrètes contre l’islamisme comme le (trop faible) renforcement de la neutralité du service public ne peuvent être décisives. Elles ne sont que des réactions ponctuelles face à une offensive qui ne sera nullement gênée et contournera en s’adaptant. Elles frapperont, en revanche, des personnes étrangères à l’islamisme, notamment des familles d’autres confessions ou agnostiques, ayant fait le choix de l’école à la maison.

Emmanuel Macron a cité les Frères musulmans, principalement pour les exonérer d’avoir toujours eu une nature et un projet politique. Mais il n’a annoncé aucune mesure spécifique les concernant. Les mosquées radicales en France ne se chiffrent pas par dizaines mais par centaines. Elles sont et resteront ouvertes, hors exceptions gérées par des maladroits disant tout haut ce que les autres préparent tout bas.

Interrogé sur le rôle des élus, Emmanuel Macron a magnifié leur rôle, refusant ainsi de voir que deux catégories de maires sont les complices de l’islamisme et souvent des Frères musulmans. Les premiers en étant eux-mêmes liés à la mouvance de l’islam politique même si, convenons-en, les cas sont pour l’heure rares. Avec le bouleversement démographique en cours, ce ne sera plus le cas d’ici 2030. La seconde, la plus nombreuse, est celle des édiles qui achètent des voix en subventionnant des clubs et des associations gangrénées par l’islamisme ou en facilitant l’installation de mosquées contrôlées par des radicaux. Ces élus jouent depuis vingt ans un rôle déterminant dans l’avancée islamiste en France. Ne rien dire sur ce sujet, c’est accepter que continuent des tractations et des renoncements pourtant bien peu « républicains ».

Finalement, cette négation de la France, de son histoire, de sa langue, de l’existence d’un peuple historique d’ailleurs jamais consulté sur l’immigration, cette volonté de promouvoir une nouvelle « mémoire », ne peut que renforcer l’offensive islamiste. Cette république séparée de la France, telle que la propose Emmanuel Macron, n’est pas une digue, mais une autoroute pour le séparatisme.

Interdire l’instruction en famille et restreindre les écoles hors contrat, est-ce vraiment lutter contre le séparatisme islamiste?

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Image d'illustration Pixabay

Une tribune d’Anne Coffinier, présidente de Créer son école et d’Educ’France


On s’attendait à un tour de vis supplémentaire sur les écoles privées hors contrat, mais c’est sur l’instruction en famille que les foudres présidentielles sont tombées vendredi.

Le Président Macron a en effet annoncé que le projet de loi sur le séparatisme interdirait de faire l’école à la maison, hormis pour les élèves handicapés ou malades. 50 000 enfants seraient instruits en famille aujourd’hui. Ce chiffre serait en expansion, et le confinement aurait donné l’idée à de nouveaux parents de se lancer dans l’aventure. Il faut dire que quand les enfants sont jeunes, ou qu’on habite dans la ruralité, c’est souvent tellement plus simple et plus naturel que de les envoyer « en collectivité » !

On écrase une mouche avec un marteau

Si le projet de loi est adopté, les enfants seront donc obligés d’être instruits dans des établissements scolaires, et ce, dès trois ans, puisque c’est l’âge de l’instruction obligatoire depuis la rentrée 2019. Peu importe qu’ils ne soient pas encore propres, qu’ils habitent loin de toute école et qu’ils s’épuisent en longs temps de trajet pour se rendre dans leur établissement scolaire. On imagine mal un enfant de trois ou quatre ans faire chaque jour 45 minutes de bus ou de voiture aller et 45 minutes retour, s’il vit dans la « périphérie ». Finis les horaires aménagés pour suivre le rythme des enfants ! Finies les longues siestes à la maison, pour ceux qui en ont besoin. Ce sera l’école obligatoire de trois à 16 ans. Inhumaine.

Mais est-ce vraiment en imposant l’école pour tous et à tout âge qu’on éradiquera le séparatisme islamiste ? Combien de familles pratiquent-elles « le homeschooling » pour des raisons de séparatisme islamiste ou même pour des raisons essentiellement religieuses ? Sûrement une infime partie de ces 50 000. L’État reconnaît avoir d’ailleurs d’avoir de problème qu’avec deux à 3000 enfants. N’est-ce pas écraser une mouche avec un marteau ? Ne serait-ce pas plus indiqué de renforcer les efforts de détection et de fermeture des écoles non déclarées ou des lieux de formation islamiste clandestins ?

Un décision hypocrite?

Le projet de loi donne le vertige tant il semble déphasé par rapport à l’objectif annoncé de lutte contre le séparatisme islamiste. Pourquoi l’État a-t-il décidé de priver toutes les familles d’une partie essentielle de leurs libertés éducatives alors qu’il s’agit, semble-t-il, d’accroître ses contrôles sur une minorité bien précise ? 

Si la loi passe, ce sera au prix d’une inflation certaine des dérogations à cette interdiction que chercheront à obtenir les parents des enfants handicapés, ou sortant de maladies, ou pratiquant un sport ou de la musique à haut niveau, des enfants dyslexiques, dyspraxiques ou victimes d’une trouble de l’apprentissage, des enfants à haut potentiel, des hyperactifs, des enfants de gens du voyage, ceux des intermittents du spectacle ou des professions itinérantes, des enfants victimes de harcèlement ou de phobie scolaire etc… Ce qui alimentera le processus de victimisation qu’on déplore par ailleurs. Et pour ceux qui n’auront pas su faire reconnaître leur cas particulier, la tentation sera grande de trouver un médecin compréhensif qui établira un certificat médical de complaisance, à l’instar de ceux qui fournissent des certificats d’allergie au chlore aux jeunes filles musulmanes ne souhaitant pas aller à la piscine. Notre République y aura-t-elle gagné quelque chose, hormis une débauche de démarches administratives et une explosion de l’hypocrisie ? Ne s’honorerait-elle pas plus à garantir le droit des citoyens à choisir le type d’instruction qui convient le mieux à chacun de leurs enfants ? Où est donc notre liberté, notre liberté chérie, dans cette affaire ? Face à l’essor de l’école à la maison, le gouvernement impose donc l’école obligatoire. Et face à la montée de l’abstention, sera-ce demain le vote obligatoire ? Le sommet de l’État ne sent-il pas monter la fureur des parents ? Lorsque l’école dysfonctionne, n’est-ce pas de l’assistance à personne à danger que d’en libérer les enfants ? 

Certains parents perçoivent ce choix comme une recollectivisation forcée

Car on ne choisit pas l’école à la maison par caprice. C’est souvent la dernière solution. On convaincra très difficilement un parent de rescolariser son enfant s’il est atteint de phobie scolaire, qu’il subit des discriminations ou des violences en classe. Qui gèrera les fugues et les suicides ? Oui, pour la génération Y ou Z, l’école classique ne va plus toujours de soi. Oui, les enfants ont des talents et des aspirations variées et se sentent parfois vraiment mal dans le cadre collectif que constitue l’institution scolaire.

Cette réforme suscite de l’incompréhension, de la fureur et une sourde détermination des parents à protéger leurs parents d’une recollectivisation forcée. Certains se procureront à toute force des certificats médicaux, en se disant avec malaise que ce document suivra leur enfant toute leur vie, comme un fichage de plus. D’autres créeront une école hors contrat, conséquence sans doute peu anticipée par les pouvoirs publics. Après tout, lorsque des familles se rassemblent pour instruire leurs enfants, et en font la déclaration aux autorités publiques compétentes, cela s’appelle une école privée hors contrat. Alors gageons que les prochaines années connaitront un incroyable boom de ces écoles !