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Belgique: la famille royale s’agrandit

Belgique: la famille royale s’agrandit
Conférence de presse de la plasticienne Delphine Boel, désormais princesse de Belgique, de Saxe-Cobourg © Frederic Andrieu/SIPA Numéro de reportage: 00984520_000021.

Du rififi dans la monarchie


Youpeeee ! La famille royale belge vient de s’agrandir ! Pas de bébé joufflu à l’horizon, hélas, et inutile d’envoyer des timbales en argent au palais, il s’agit simplement de la surréaliste conclusion des nombreuses tentatives de Delphine Boël de se faire enfin reconnaître pour ce qu’elle est, une bâtarde adultérine et pour ce qu’elle n’est pas, une princesse. Petit voyage au pays des fous du roi.

Bâtarde adultérine donc de l’ancien Roi des Belges Albert II, Delphine Boël avait été reconnue comme telle l’an dernier. Les amateurs de têtes couronnées avaient pu suivre cette saga ridicule et peu glorieuse, orchestrée par Maître Uytendaele, l’époux de l’ancienne ministre Laurette Onckelinckx. Celui-ci a toujours mis son point d’honneur à enfoncer des coups de boutoir dans tout ce qu’il pense être un ciment de l’unité nationale belge. Il doit d’ailleurs être le dernier des Belges à imaginer que la monarchie puisse en être un. A sa place, on viserait plutôt l’équipe de foot du Standard ou la Duvel qui réunissent bien mieux Flamands et Wallons que des rois infoutus depuis des décennies de siffler la fin de la récré particratique.

Contraint à une analyse ADN, Albert II avait donc reconnu du bout des lèvres être le père biologique de Delphine, qu’il avait eue d’une vieille maîtresse, légèrement mythomane et pensant sans rire se faire épouser. Madame Sybille de Sélys, la vieille maîtresse en question, lorgnait vers le trône ou en tout cas vers le palais. Peut-être ignorait-elle que le Prince Albert, frère du Roi, était marié et père de trois enfants. Voilà ce qui arrive quand on ne lit pas Point de Vue et Images du Monde avec suffisamment d’application. Ou peut-être ignorait-elle que, de tout temps, les princes comme les bergers ont donné des coups de canif dans le contrat sans trop s’embarrasser des conséquences de cette tocade. Voilà ce qui arrive quand on ne lit pas Paris-Match avec assez d’assiduité. Bref, elle réclama toujours que son mari et père officiel, Jacques Boël, renonçât à la paternité et qu’Albert, devenu roi entre temps, reconnût la gamine. Ce fut une grande première dans cette dynastie où les bâtards ne manquent pas et n’ont jamais fait tant d’histoires. On ne voit pas très bien d’ailleurs ce que Delphine Boël avait à gagner dans cette affaire. Artiste plasticienne approximative, dans la catégorie « Niki de Saint Phalle de proximité », peut-être espérait-elle voir monter sa côte ? C’était risqué car il apparaît que suite à ce micmac, Jacques Boël, légitimement agacé, l’aurait déshéritée. C’est ballot, la famille Boël est classée comme la quatorzième famille la plus riche de Belgique !

Delphine, bâtarde héréditaire?

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Toute fiérote d’avoir décroché son titre de bâtarde, visiblement plus pimpant que celui d’héritière de Jacques Boël, Delphine, voulut porter le nom de « Saxe Cobourg » qui sent bon la charcuterie teutonne. Mieux encore, elle exigeât de porter le titre de Princesse de Belgique. C’est assez étonnant car son comportement larmoyant pour obtenir une éprouvette de pipi de son papa putatif n’était guère aristocratique… Et ça n’a aucun sens, une princesse étant soit l’épouse d’un prince, soit la fille qu’un prince ou un roi a eue de son épouse légitime. Or Delphine n’est même pas issue d’un mariage morganatique, mais d’une partie de jambes en l’air hors mariage. «Elle ne veut pas être une enfant au rabais, elle veut avoir exactement les mêmes prérogatives, titres et qualités que ses frères et sœur» martelait son avocat, Marc Uyttendaele. Mais justement, ce ne sont pas ses frères et sœur, ce sont ses demi-frères et sa demi-sœur.

Il signalait en outre que ses enfants – Joséphine et Oscar, nés le 17 octobre 2003 et le 28 avril 2008 – devaient eux aussi pouvoir prétendre au titre de Princesse et Prince de Belgique. C’est chose faite, sauf pourvoi en cassation, depuis le premier octobre, par la grâce de la cour d’appel de Bruxelles qui lui certifie son titre. Magnanime et pas bêcheuse, Delphine a précisé qu’elle ne souhaitait pas forcément qu’on l’appelât « Son Altesse » !

Cette épilogue ouvre des perspectives grandioses ! Si l’on prend en compte la porte de service, les amourettes de cuisine et les erreurs d’un soir, il y a gros à parier que nous sommes tous issus de la bite de Jupiter… On notera au passage, quitte à faire pleurer les égalitaristes rigides, que si Albert II avait été une femme, il aurait pu accoucher sous X et personne n’aurait pu venir l’emmerder ou lui réclamer un échantillon d’ADN.

Mais le plus étonnant, ce sont les salves d’applaudissements qui accompagnent cette piteuse croisade, provenant d’une partie de la population belge. En effet, les plus fervents supporters de Delphine Boël sont aussi les thuriféraires de la GPA, du don de sperme ou d’ovule et de l’enfantement par les couples homosexuels, bref, de la reproduction 2.0 où seul compte le lien « social », la filiation biologique étant sans importance.

L’incohérence est probablement le prix à payer pour la destruction de ces vieilles lunes que sont la famille et la monarchie.


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Romancière et scénariste belge, critique BD et chroniqueuse presse écrite et radio. Dernier roman: Sophonisbe.

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