Pendant la crise du coronavirus, les sympathiques cyclistes d’autrefois sont devenus les maléfiques “vélos”. Dans nos grandes villes, ces derniers bénéficient d’un statut d’exception étrange les dispensant du port du masque, tout comme les joggers. Une chronique de la philosophe Françoise Bonardel.


Un malheur, c’est bien connu, n’arrive jamais seul. Les citadins avaient déjà dû se rendre à l’évidence : l’innocente bicyclette, la bonne vieille bécane qui fit les beaux jours de leur enfance et de leurs vacances est désormais supplantée en milieu urbain par cet engin maléfique qu’est devenu le « vélo » lorsqu’il est conduit par des bobos-écolos, responsables de la planète mais pas de la sécurité des piétons. Aussi les bipèdes irréductibles pour qui la marche n’est pas qu’un slogan politique, doivent-ils redoubler de vigilance s’ils ne veulent pas terminer la journée aux urgences. Fini, le plaisir de flâner paisiblement dans Paris ! On dit d’ailleurs maintenant « les vélos » plus fréquemment que « les cyclistes », comme si leurs conducteurs s’identifiaient pleinement à ce moyen de locomotion certifié « bio ». 

Les privilégiés de l’idéologie du sport

Les pouvoirs publics ont d’ailleurs de dispensé « les usagers des modes de circulation douce » – si douce que ça, vraiment ? – de porter le masque dans la mesure où, précise la Préfecture de police de Paris, « étant de passage, ils ne font pas courir de risque de contact dans les voies dans lesquelles ils circulent. » La Préfecture ignorerait-elle que les militants de la cause cycliste circulent à peu près n’importe où ?

Quant aux joggers, personne ne semble plus se souvenir qu’ils furent, durant le confinement, jugés si dangereux pour les piétons que des créneaux horaires leur avaient été imposés!

Déjà forts du droit qu’ils s’octroient, les heureux gagnants de la loterie sanitaire vont donc pouvoir rouler à  visage découvert, tandis qu’une population de zombies masqués devra se contenter de déambuler à leurs pieds. Les joggers étant eux aussi autorisés à courir sans  masque, on constate que l’idéologie du Sport gagne décidément chaque jour du terrain au point d’influencer les décisions politico-sanitaires. On peut évidemment se dire pour se consoler que si le masque ne protège pas efficacement du coronavirus, il isole au moins de l’air pollué ambiant. Se dire aussi que tout peut encore changer d’un jour à l’autre, et le contraire du diktat du jour devenir la vérité du lendemain.

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Toujours est-il qu’en matière de protection sanitaire et d’équité citoyenne les dernières décisions en vigueur ne tiennent guère la rou

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