Ouvert en fanfare le samedi 28 mars avec Le Prophète, de Meyerbeer, apothéose du grand opéra « à la française » soit trois heures de musique tonitruante donnée en version concert sous les ors du Théâtre des Champs-Elysées, le « Festival sacré » s’est poursuivi sous les auspices de Bach, avec une monumentale Messe en si dominicale, puis, le dernier lundi de mars, par le Requiem de Mozart, précédé du Concerto pour violon n°5, ce dernier concert dans une production « Les Grandes voix ».
Chœur déchaîné
Semaine pascale sous le signe de Bach, encore: ce mercredi 1er avril, l’Ensemble Il Caravaggio et le chœur Accentus se sont attaqués – le mot n’est pas de trop – à la première des deux célébrissimes « passions » composées par Bach pour Leipzig, la Passion selon Saint-Jean (1723-24). Au pupitre, la cheffe Camille Delaforge impose une battue énergique et rigide. Brillance, dynamisme, expressivité s’y débondent sans frein, ménageant même de longs interludes de silence entre certains morceaux pour intensifier le caractère dramaturgique de la partition: une exécution, en somme, plus opératique que portée au recueillement introspectif, moins religieuse que sécularisée – et un chœur ici plus déchaîné qu’habité. Ce à quoi contribuent au reste une phalange orchestrale particulièrement imposante en nombre d’instruments – les spécialistes disputent encore aujourd’hui s’il y avait un orgue ou un clavecin, ou bien les deux, en plus des bassons, violons et violoncelles, viole d’amour et viole de gambe…
Tenues par des femmes et non par de jeunes garçons comme l’exigerait le pur respect de la tradition d’époque en matière de musique sacrée, les voix des solistes alto et soprano, organiquement affectées de leur puissant vibrato, ajoutait à la dimension tendanciellement lyrique de cette interprétation… discutable, joint au fait que si la soprano Marie Lys y faisait montre d’une belle agilité, la contralto canadienne Marie-Nicole Lemieux n’était pas, quant à elle, au mieux de sa forme.
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Côté solistes masculins, c’est sans conteste Cyrille Dubois qui remporte de très haut la palme dans la présente distribution vocale. Décidément à l’aise dans tous les répertoires, du belcanto à la musique française, le ténor joue de tous les nuances avec une virtuosité sans pareil, insufflant ici à l’Evangéliste une présence dramatique superlative – d’une volupté sonore et théâtrale presque anachronique dans ce registre non profane.
Joseph Haydn en clôture
Votre serviteur revenait à peine d’Aix-en-Provence, où s’était ouvert, quelques jours auparavant, le bien nommé Festival de Pâques. Dès ce soir vendredi 3 avril, la manifestation aixoise reprend dans une formation identique cette exigeante Passion selon Saint-Jean: elle sera donnée au Grand Théâtre de Provence, salle contemporaine, à l’acoustique de haute précision.
Pour revenir au TCE, le Festival sacré se continue donc avec, également en ce vendredi saint, la Passion selon Saint Matthieu, composé sur plusieurs années par Jean-Sébastien Bach, et créé en 1729, précisément un Vendredi saint: liturgie d’une amplitude encore plus magistrale que la Saint-Jean. Double, voire triple chœur, peinture sonore aux colorations inouïes… On attend beaucoup de cette production maison, portée par l’orchestre Les Ambassadeurs- La Grande écurie, que dirigera le chef et violoniste « baroqueux » Thibault Noally…
Concert de clôture également très attendu, La Création (Die Schöpfung), cet oratorio monumental écrit comme l’on sait par Joseph Haydn dans son âge avancé (1798), et qui sera donné le 8 avril prochain par le Concert de la Loge et le Chœur de Chambre de Namur, avec l’extraordinaire ténor Stanislas de Barbeyrac dans le rôle d’Uriel… A la baguette, le violoniste Julien Chauvin, fondateur de cette phalange qui joue sur instruments d’époque.
Passion selon Saint Matthieu/ Matthäus-Passion, de Jean-Sébastien Bach.
Ce vendredi 3 avril, 19h30. Durée : 2h50
Festival sacré. Théâtre des Champs-Elysées, Paris. Jusqu’au 8 avril.
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