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Un mouton livré, une conscience apaisée: l’Aïd en France à l’ère de l’ubérisation

Sur Internet, le site Kebchi permet aux musulmans pratiquants d’obtenir un sacrifice de mouton pour l’Aïd avec certificat de distribution et vidéo à la clé. Mais quand cet acte religieux devient une transaction numérique, dont on reçoit la quittance par email, quelque chose ne s’allège-t-il pas dans le rite, et n’est-ce pas précisément ce qui s’allège qui importait pourtant le plus? Analyse.


C’est un tract partagé par WhatsApp à une échelle presque industrielle qui est à l’origine de cette réflexion (voir ci-contre). Une carte soigneusement imprimée, au graphisme épuré, proposant, pour 159 euros, de faire sacrifier un mouton en Afrique subsaharienne pour l’Aïd al-Adha, avec vidéo nominative et certificat de distribution à la clé. L’entreprise s’appelle Kebchi. Elle se présente comme « l’association la mieux notée de France sur Google », se targue d’avoir organisé plus de 90 000 sacrifices, d’entretenir des partenariats avec plus de cent mosquées françaises et d’opérer dans six pays africains.

Son site, d’une facture digne des meilleures startups de la fintech caritative, affiche en temps réel le tableau des dons, un compteur de sacrifices, des témoignages-clients et des hadiths soigneusement sélectionnés pour asseoir la légitimité de la démarche. Ce tract n’est pas un détail anecdotique. Il est un symptôme.

Il en dit long de la recomposition profonde, silencieuse et accélérée de la religiosité musulmane en France, à l’intersection du capitalisme de plateforme, de la sécularisation ambiante et de la crise des institutions cultuelles traditionnelles. Pour en saisir la portée, il faut refuser deux facilités symétriques : ni la condamnation morale précipitée, ni la célébration naïve de la modernisation du religieux.

La contrainte structurelle qui a créé le marché

Commençons par l’honnêteté intellectuelle qui s’impose : Kebchi n’a pas inventé un besoin artificiel. Elle a comblé un vide réel. Dans les métropoles françaises, l’abattage familial est devenu quasi-impossible – interdit ou inaccessible du fait des normes sanitaires européennes, du manque d’espace urbain, de la saturation des abattoirs agréés et des contraintes techniques liées au respect scrupuleux des rituels de l’abattage. Les familles en appartement, les jeunes couples sans liens villageois, les classes moyennes précaires qui ne peuvent plus ni héberger un animal ni organiser la logistique d’un abattage traditionnel – tous ces ménages se trouvent face à une obligation religieuse que les circuits habituels ne permettent plus d’accomplir dans des conditions acceptables.

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Les mosquées auraient pu répondre à ce problème. Elles ne l’ont, dans l’ensemble, pas fait – du moins pas à l’échelle, pas avec la transparence, pas avec la traçabilité que les nouvelles générations exigent. C’est sur ce sol fertile que Kebchi a prospéré. La vidéo nominative envoyée par email, le certificat de sacrifice, la photo du mouton – tout ce que l’on peut être tenté de railler comme un gadget consumériste – est d’abord la réponse à une méfiance accumulée envers des circuits locaux soupçonnés d’opacité, de surfacturation ou parfois même de  non-respect de la norme religieuse. On ne juge pas Kebchi sans juger, dans le même mouvement, les défaillances institutionnelles qui lui ont ouvert la voie.

L’uberisation du rite ou la plateforme comme nouveau médiateur du sacré

Cela dit, la forme que prend cette réponse est révélatrice d’une mutation de nature, et pas simplement de degré. Ce qui s’opère avec Kebchi, comme avec d’autres acteurs de l’écosystème halal – cosmétiques islamiquement certifiés, finance sans intérêt packagée, tourisme « halal friendly », fast-food avec label de conformité – c’est une transformation de l’acte religieux en produit de consommation optimisé. Le vocabulaire du site en dit long : « parcours client fluide », « notation Google », « impact social maximum », « Sunna honorée ». Ces expressions ne sont pas anodines. Elles signalent que le rite sacrificiel est désormais pensé selon les catégories du commerce en ligne : expérience utilisateur, traçabilité, garantie de résultat, satisfaction client.

Le sociologue pourrait parler d’une uberisation du religieux, au sens précis où Uber a disrupté le taxi non pas en supprimant la course, mais en reconfigurant l’ensemble de la chaîne : plus d’intermédiaire traditionnel, algorithme de mise en relation, notation bilatérale, scalabilité infinie. Kebchi fait de même avec le sacrifice abrahamique : elle supprime le boucher de quartier et l’imam local comme médiateurs du rite, les remplace par une plateforme numérique dotée d’une légitimité double – technologique et jurisprudentielle – et reproduit l’opération des dizaines de milliers de fois par an, de Dakar à Kampala.

L’imam-entrepreneur ou la privatisation du sens

Ce qui distingue Kebchi d’un simple prestataire de services halal, c’est précisément cette légitimation jurisprudentielle qui est au cœur du modèle. À la tête de l’association : un imam. Autour d’elle : un réseau de prédicateurs, de mosquées partenaires, de références textuelles – le hadith d’At-Tirmidhi sur le sacrifice, le concept de wakala (délégation) qui autorise à confier le rite à un tiers. Cette mobilisation de l’autorité religieuse au service d’un modèle économique n’est pas un détail accessoire. Elle est la clé de voûte du dispositif.

Il y a là une figure nouvelle dans le paysage de l’islam de France : l’imam-entrepreneur, ou plus exactement le producteur de sens qui entre dans une alliance fonctionnelle avec des entrepreneurs économiques, pour offrir aux consommateurs musulmans ce dont ils ont besoin – une pratique dite « purifiée », conforme, éthique et suffisamment commode pour s’intégrer dans des vies modernes. Cette triade – producteurs de sens, entrepreneurs du halal, consommateurs en quête d’une religiosité apaisée – fonctionne comme un système auto-entretenu : la légitimation religieuse ouvre le marché, le marché finance la production de sens, qui ouvre d’autres marchés.

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Le phénomène dépasse largement le seul sacrifice de l’Aïd. Il traverse l’ensemble du marché halal, dont le volume en France et en Europe se compte en milliards d’euros. Des prédicateurs sont sollicités pour certifier des gammes de vêtements, des hôtels, des crèmes solaires ou des applications de rencontre. La jurisprudence islamique (dans le fond faible au regard des avis même juridique que considère que le sacrifice de l’Aïd n’est pas une Sunna Mu’akkadah « ensemble des traditions et pratiques du Prophète Muhammad qui sont fortement recommandées aux musulmans») devient un outil de différenciation commerciale, un avantage compétitif sur un segment de marché identifié. Ce qui était de l’ordre du sacré se convertit, progressivement, en marque de certification.

La sophistication graphique comme vecteur d’une religiosité de surface

Il faut dire un mot du design, parce qu’il n’est pas innocent. Le site de Kebchi, comme ceux de ses homologues dans l’écosystème halal, emprunte délibérément les codes visuels des plateformes de financement participatif les plus abouties comme Ulule, GoFundMe ou Kickstarter. Compteur en temps réel, paliers à débloquer, tableau des donateurs, galerie photo en défilement continu, témoignages vidéo, chiffres d’impact mis en scène. Ce n’est pas de la communication religieuse au sens traditionnel du terme. C’est du marketing émotionnel qui cible des publics identifiés : jeunes générations nées en France, femmes (généralement) en charge de l’organisation familiale, classes moyennes urbaines en quête d’une pratique halal qui soit à la fois éthique, commode et incontestable.

Les réseaux sociaux (TikTok, Instagram, Facebook) prolongent ce dispositif. Ils permettent une désintermédiation radicale : le fidèle n’a plus besoin de l’imam de sa mosquée, souvent perçu comme trop traditionnel, trop « docile » ou simplement trop peu disponible. Il accède directement, depuis son smartphone, à une offre religieuse packagée, certifiée et livrée dans les délais. La baraka à portée de clic !

Ce que cette recomposition dit de nous

On aurait tort de réduire ce phénomène à une dérive consumériste propre à l’islam. La même logique opère dans le judaïsme avec le marché casher, dans le christianisme évangélique avec ses produits « bénis », dans le bouddhisme de bien-être occidental. La marchandisation du religieux est un phénomène global, profondément lié à la montée de l’individualisme, à la fragmentation des appartenances communautaires et à la capacité du capitalisme à coloniser tous les espaces de sens.

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Mais cette banalisation comparatiste ne doit pas endormir la vigilance. Car ce qui se joue ici, au fond, c’est une question de définition de l’espace du sacré. Le sacrifice de l’Aïd est, dans la tradition islamique, un acte à la fois individuel et communautaire – un rappel de la soumission d’Abraham, un geste de redistribution aux démunis, une expérience partagée dans l’espace physique de la communauté et un moment participant du renforcement du lien social. Quand cet acte devient une transaction numérique dont on reçoit la quittance par email, quelque chose s’allège dans le rite, et c’est précisément ce qui s’allège qui importait le plus.

La vidéo de preuve, aussi bien intentionnée soit-elle, est révélatrice de cette réduction : elle transforme un acte de foi en une opération vérifiable, un engagement spirituel en une transaction dont on exige le justificatif. Elle déplace la question du rite « ai-je accompli cet acte d’adoration dans un esprit juste en souvenir d’Abraham ? », vers une question de traçabilité « ai-je la preuve que ça a réellement été fait ? ». Ce glissement, aussi discret soit-il, n’est pas anodin. Il décrit l’état d’une religiosité qui a perdu confiance en elle-même et qui cherche dans la certification externe ce que la conviction intérieure ne fournit plus.

La responsabilité des institutions

Ce n’est pas un procès à Kebchi qu’il faut instruire. L’entreprise répond à des besoins réels avec une efficacité que ses concurrents traditionnels n’ont pas su ni élaborer ni déployer. Mais c’est précisément à ce niveau là que réside le problème et la responsabilité. Si une plateforme numérique parvient à organiser en quelques années ce que les institutions cultuelles françaises n’ont pas structuré depuis plusieurs décennies, la question n’est pas celle de Kebchi : elle est celle des mosquées tout particulièrement et des instances représentatives musulmanes en général.

Les institutions religieuses musulmanes de France (grandes ou modestes, bien dotées ou sous-financées) ont longtemps pensé que leur rôle se limitait à la prière du vendredi, à l’enseignement coranique et à la gestion des obsèques. Elles ont abandonné, parfois par manque de moyens, souvent par manque de vision et conservatisme, des pans entiers de la vie religieuse des fidèles (le sacrifice, l’aumône organisée, l’accompagnement des rites de passage, la production des livres, la consommation, l’école, la médecine, l’art, la culture…) à des acteurs privés qui ont compris, eux, que la religiosité est aussi un espace à organiser, à structurer, à habiter en bonne intelligence avec le reste de la société. Le résultat, c’est ce que l’on voit aujourd’hui : des tracts distribués devant les mosquées pour capter, à leur sortie même, les fidèles que l’institution n’a pas su retenir dans son propre espace d’action.

La reprise en main n’est pas une question de concurrence commerciale. Elle est une question de cohérence théologique et de responsabilité communautaire et commune. Une mosquée qui laisse le marché définir à sa place les contours de la pratique religieuse de ses fidèles abdique quelque chose d’essentiel. Ce n’est pas l’efficacité de Kebchi qu’il faut imiter, c’est l’intuition qui la sous-tend et la mécanique qui la fait fonctionner : que les musulmans de France ont besoin d’institutions qui leur apport l’équilibre nécessaire entre leur vécu dans des espaces sécularisés et leur religiosité, et non les accompagnent dans les seuls moments liturgiques. Des institutions qui soient des lieux vivants du sacré et non des prestataires de services cultuels à temps partiel.

La guerre des écolos est déclarée!

Si on ne veut pas que la raison se mette au vert, il faut que les Verts se mettent à la raison. Selon François de Rugy et Laurent Lesage qui refusent de laisser l’environnement aux militants, on ne sauvera pas la planète avec du catastrophisme racoleur ni de l’anticapitalisme bon teint. Sur leur chaîne YouTube « Et si l’économie sauvait l’écologie ? », ils rappellent que l’écologie a besoin de la science.


Causeur. François de Rugy, devant la commission d’enquête sur l’audiovisuel, vous avez affirmé que le traitement des questions écologiques dans l’audiovisuel public était plus porté sur l’émotion et le militantisme que sur la science. Le monde scientifique est-il épargné par le militantisme ?

François de Rugy. Que l’audiovisuel public confie ses émissions sur l’écologie à des militants, qui invitent des ONG sans leur porter la moindre contradiction, est problématique, d’autant plus que les scientifiques sont soit absents de ces émissions, soit eux-mêmes « engagés », comme ils disent. Que des politiques soient militants, c’est normal. Que des associatifs soient militants, c’est normal. Mais ni les journalistes ni les scientifiques ne devraient être militants. Cela nuit au débat public, car on ne sait plus si on a affaire à de l’information ou à de l’opinion.

Laurent Lesage. Il y a globalement un problème avec le traitement de l’information scientifique et environnementale sur les antennes du service public, et ça ne date pas d’hier. François et moi regardons souvent ces émissions. La liste des cas de désinformation que nous relevons ne cesse de s’allonger. Cela s’explique effectivement en partie par le militantisme d’un certain nombre de journalistes qui défendent l’écologie radicale ou décroissante. Mais c’est aussi lié à la course à l’audimat. Si vous êtes catastrophiste, si vous dénoncez de vilains industriels ou de vilains agriculteurs pollueurs, vous êtes assuré d’avoir de meilleures audiences.

Vous critiquez également la place accordée aux ONG. N’ont-elles pas un rôle positif dans la société ?

F. de R. Bien sûr que les associations ou les ONG contribuent au débat public, jouent un rôle de lanceurs d’alerte et proposent des solutions. Mais il y a deux problèmes. Le premier, c’est que ces ONG sont présentées dans un certain nombre de médias comme des experts alors qu’elles ne sont ni neutres ni impartiales et que, dans la plupart des cas, elles ont la même orientation : anti-entreprises, anticapitaliste, anti-économie de marché mais aussi, et c’est peut-être encore plus grave, anti-technologie. Cette technophobie est particulièrement problématique lorsqu’on veut relever les défis écologiques. Le second problème, c’est qu’un certain nombre de ces ONG utilisent l’écologie pour défendre d’autres causes. Greenpeace participe à la flottille pour Gaza, QuotaClimat, sous couvert d’analyser le traitement des enjeux climatiques dans l’audiovisuel, produit des publications contre Pierre-Édouard Stérin et Vincent Bolloré, ou sur des sujets qui n’ont rien à voir avec le climat. 

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Vous malmenez quelque peu la jeune icône écologiste Camille Étienne, ainsi qu’une autre vache sacrée de l’écologie française, Hugo Clément, avec qui vous ferraillez volontiers sur les réseaux sociaux. Auriez-vous déclenché « la guerre des écolos » ?

F. de R. Si guerre des écolos il y a, ce n’est pas de notre fait. En revanche, nous voulons qu’il y ait du débat. Nous affirmons qu’il y a plusieurs visions de l’écologie, pas seulement celle d’Europe Écologie Les Verts et des ONG. Sur l’énergie, il n’y a pas que Greenpeace, sur la forêt, il n’y a pas que Canopée. Et Hugo Clément n’a pas le monopole de l’écologie. Certes, il est assez habile pour défendre une écologie décroissante sans jamais le dire ouvertement. Nous espérons contribuer à ce que les masques tombent, à ce qu’il y ait de la confrontation d’idées. Malheureusement, nos contradicteurs n’aiment guère la critique, Hugo Clément l’a démontré ces derniers temps.

L. L. Dans une émission sur les PFAS, nous avons démontré l’existence d’une Sainte-Alliance qui communie dans leur diabolisation. Le député EELV Nicolas Thierry l’a révélée face caméra, alors que je l’interrogeais sur la loi dont il était le rapporteur. Il expliquait qu’une coalition s’était formée entre les élus EELV, des scientifiques, des ONG, des journalistes et bien entendu Camille Etienne. On voit bien qu’une espèce d’écosystème rassemble tous ces gens. Ceux qui, comme nous, refusent de s’inscrire dans cet espace de combat dont l’une des dimensions est l’anticapitalisme sont montrés du doigt alors qu’ils essaient, eux aussi, de faire avancer l’écologie. C’est la vocation de notre chaîne et cela le restera, peu importent les critiques.

Pouvez-vous nous donner un exemple des biais que vous avez observés ?

F. de R. Sur la question des pesticides, c’est frappant. Quand on s’informe dans les médias classiques, on ne peut qu’être convaincu que les pesticides donnent le cancer et même qu’ils sont responsables d’une explosion des cas de cancer. Dans notre dernière émission sur le sujet, nous donnons la parole à des spécialistes, à des médecins, à Agnès Buzyn qui a été ministre de la Santé et surtout présidente de l’Institut national du Cancer pendant cinq ans. Tous disent la même chose : il n’y a pas d’explosion de cas de cancer en France, il y a une augmentation des cas de cancer liés au vieillissement de la population. Quant au lien entre pesticides et cancer, ces experts affirment que s’il ne peut pas être exclu, il est aujourd’hui identifié comme ayant une portée minime, comparé aux autres causes bien connues du cancer et qui sont aujourd’hui complètement éclipsées du débat public : l’alcoolisme, le tabagisme, l’obésité et le manque d’activité physique. Ces sujets-là, nous les abordons avec des données scientifiques et avec une approche aussi neutre et impartiale que possible.

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LL. Au même moment, France Télévisions a diffusé un numéro de « Sur le front », l’émission d’Hugo Clément, sur les pesticides. Dans la promo, il montrait une famille dont un enfant était mort du cancer et on expliquait que sa maladie était liée à l’exposition aux pesticides. D’un cas particulier dramatique, il concluait à l’existence d’un lien assez systématique entre l’exposition aux pesticides et les cancers. Or, répétons-le, ce lien, en l’état actuel des connaissances scientifiques, n’est en rien avéré.

Hugo Clément vous occupe beaucoup ! Il y a quelques années, il acceptait de débattre écologie avec Jordan Bardella, ce qui lui valut de nombreuses critiques de la part de ses pairs. Pourquoi ne pas l’inviter à débattre sur votre chaîne ?F. de R.

Eh bien, l’invitation est lancée ! Hugo Clément est notre invité pour débattre sur notre plateau dès qu’il le souhaite, comme Marine Tondelier, un militant de Greenpeace ou de Générations futures. Il serait dommage que nos débats n’aient lieu que par réseaux sociaux interposés

Dame Panot et la sottise dans son «entièreté»

Identité. « La France blanche et chrétienne n’a jamais existé » avance la députée lfiste, invitée de la webtélé d’extrême gauche Le Media.


On a toujours quelque motif de satisfaction à écouter ce que raconte Madame la députée Mathilde Panot, présidente du groupe parlementaire LFI à l’Assemblée nationale.

Dans un moment de notre histoire où nous sommes en quête de réels talents comiques, cette élue de la nation me paraît être une sorte de « divine surprise ». Je sais que le recours à cette expression due à Charles Maurras saluant l’avènement de Philippe Pétain aux affaires du pays sera particulièrement agréable à celle dont il est ici question…

Pas d’amalgame !

En effet, j’avoue que, fort souvent, elle me fait rire, tant l’ineptie à ce point assumée, si péremptoire et si crânement exposée, me semble relever du prodige.

Dernier sketch hilarant en date, sa brillantissime analyse sur la France. La France, son histoire, son identité. Cela valait la peine, le répèterais-je jamais assez ? – d’être écouté. Les Georges Duby, les Fernand Braudel, les Jacques Le Goff, et tant d’autres, les voilà renvoyés à leurs chères études, ces ignares, ces béotiens, ces mous du bulbe ! Dame Panot en quelques mots a su faire table rase de leurs travaux, et, avec l’autorité naturelle, l’assurance, la suffisance dans le ton qu’on lui connaît, elle aura clos une fois pour toutes le si riche débat sur les sources identitaires du pays et de son peuple.

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La Pic de Mirandole en jupons de la France Insoumise n’y va pas par quatre chemins. Selon elle, « la France blanche et chrétienne n’a jamais existé. » Bien entendu, cette joyeuse ânerie n’est là que pour, en préambule, nous vendre la grande trouvaille mélenchonienne qu’est le concept de « Nouvelle France ». Concept sublime, selon la même Dame Panot, puisqu’il vise à fédérer, amalgamer, fondre dans une seule et unique identité les diverses populations du pays dans (je cite) « leur entièreté ».

Ah, le beau mot d’entièreté ! D’où sort-il ? Je ne sais pas trop. En revanche je crois savoir qu’il a aujourd’hui la faveur des blablateurs de plateau tv et radios soucieux de paraître à la pointe de ce qui se fait. On serait dans le barbarisme que cela ne m’étonnerait pas. Là où les substantifs « entier » ou « intégralité » feraient non seulement très bien l’affaire mais de surcroît respecteraient la langue, pourquoi donc aller convoquer cette horreur d’entièreté ? Pour Madame Panot, la raison est toute simple : se pousser du col, donner à croire qu’on pense et qu’on pense fort, qu’on est à la pointe des avancées de la connaissance et du langage. Cela impressionne probablement dans les banlieues et ailleurs. Ou pas.

Donc, selon elle, la France chrétienne et blanche n’aurait jamais existé.

La France aux 36 000 clochers

Il conviendrait assez, me semble-t-il que Dame Panot sorte de temps à autre du cocon mélenchonien où son ébouriffante intelligence donne à présent maints signes de s’étioler. Elle devrait se mettre à parcourir la France des villes, des villages, des bourgades. Là où, le plus souvent au centre et surmonté d’un fier clocher, lui-même agrémenté d’un coq, s’élève un monument des plus bizarres appelé tout aussi bizarrement église. Allez savoir pourquoi ! Pour ma part je serais bien obligé à Madame Panot de nous expliquer ce pourquoi, l’origine de cet étrange édifice, puisque, à l’en croire, ce n’est pas du côté d’une France chrétienne qu’il faudrait aller chercher les réponses. (D’ailleurs, elle le déclare tout net : cette notion de France chrétienne n’est qu’un abject fantasme véhiculé par l’extrême droite. Puisqu’elle le dit…)

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Même chose pour l’affirmation qui veut que la France blanche n’ait jamais existé. Avec cette autre stupidité, Dame Panot, mine de rien, se fait complotiste. Et complotiste grave ! Car il faut bien qu’il y ait eu conspiration, qu’il y ait eu complot pour que, en autant de siècles, que ce soit par la peinture, le dessin, la photo on s’en soit tenu à ne représenter que sous les traits d’individus de complexion blanche les gens de chez nous. Pour ne citer qu’un seul exemple, je renvoie aux peintures champêtres des impressionnistes, genre « déjeuner sur l’herbe », etc. Quelle horreur ! Que des blancs et des blanches !

Voulez-vous que je vous dise, si j’étais Dame Panot, j’exigerais la purge générale de nos musées, puisqu’ils ne nous livrent que la représentation fallacieuse d’une réalité qui n’a jamais existé. Que sont-ils donc, sinon les temples du déni, les sanctuaires de la plus odieuse, la plus ignoble des manipulations de masse ? Hâtons-nous d’y foutre le feu, camarades !

Pour un prochain prix Nobel, il n’y a pas à dire, il faudra penser à cette haute intelligence. Catégorie inepties en tout genre. Ou sottise en majesté. Enfin, un truc comme ça…

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Les Palestiniens: de Cannes à Jénine

Le monde a refusé aux Palestiniens la paix, parce que la paix aurait exigé une vérité insupportable: Israël ne disparaîtrait pas. Et on a refusé aux Palestiniens une vie normale parce qu’un peuple vivant normalement intéresse moins le monde qu’un peuple éternellement blessé… Le conflit israélo palestinien est une guerre de territoires sans fin dont certains parlent inlassablement entre deux coupes de champagne.


À Cannes, sous les éclairs blancs des photographes, Bella Hadid avançait comme une princesse orientale sortie d’un conte moderne. Les robes semblaient venues d’un autre monde que celui dont elle parlait parfois avec émotion devant les caméras. Les diamants étincelaient sur sa peau nue tandis que les journalistes occidentaux murmuraient le mot « Palestine » entre deux cocktails et trois publicités pour des parfums de luxe. Derrière elle, la Méditerranée scintillait paisiblement sous les lumières du festival de Cannes, cette mer même où tant d’hommes du Levant avaient autrefois embarqué comme pêcheurs, dockers ou migrants anonymes bien avant que le XXe siècle ne transforme leur histoire en religion politique.

Propagandes

Sa sœur Gigi Hadid posait elle aussi pour les magazines du monde entier. Leur père, Mohamed Hadid, milliardaire de l’immobilier californien, vivait parmi les villas géantes, les piscines suspendues et les fortunes américaines. Et pourtant, au milieu de ce luxe presque obscène, revenait sans cesse le mot magique : Palestine. Comme un talisman moral. Comme une blessure héréditaire devenue passeport symbolique dans l’Occident sentimental.

Pendant ce temps, d’autres Palestiniens grandissaient au milieu des humiliations, des pénuries, des murs lépreux, des affiches de martyrs et des colères transmises comme un héritage familial. Les unes défilaient à Cannes ; les autres enterraient leurs morts. Entre ces deux mondes circulait pourtant la même clé rouillée du retour, suspendue au cou des enfants comme une relique sacrée.

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La même fracture traversait déjà la dynastie de Yasser Arafat. Tandis que des générations entières vivaient dans des camps devenus des villes de béton, sa femme Suha Arafat menait une existence fastueuse entre Paris, Tunis, Malte et les monarchies du Golfe, entourée d’argent, de privilèges et de protections. Leur fille Zahwa Arafat grandissait loin des foules misérables qui nourrissaient pourtant la légende nationale palestinienne. Ainsi prospérait cette étrange noblesse révolutionnaire : les riches de l’exil parlant au nom des pauvres du malheur.

Car la Palestine moderne possède désormais deux aristocraties contradictoires : celle des célébrités mondiales qui pleurent un pays depuis les terrasses de Malibu ou les marches de Cannes, et celle des chefs politiques milliardaires qui ont bâti leur puissance sur une blessure qu’ils ne peuvent ni guérir ni laisser mourir.

Puis viennent les autres. Les pauvres immobiles. Les humiliés utiles.

Sous les derniers Ottomans puis sous les Anglais, ils étaient des Arabes parmi les Arabes : familles de paysans, bédouins nomades du Levant, commerçants, pêcheurs, clans dispersés entre les villages pierreux, les faubourgs poussiéreux de Jérusalem, Jaffa, Naplouse ou Haïfa. Ils n’étaient pas encore ce peuple mythique que le XXe siècle allait fabriquer dans le feu des guerres, des humiliations et des propagandes. Car le siècle moderne adore créer des nations à partir des blessures, comme les anciens empires fabriquaient des religions avec des martyrs.

Figure sacrée

Alors naquit le Palestinien. Non seulement un homme, mais une figure sacrée. Une plaie vivante. Une identité construite autour d’un manque, d’une perte, d’un retour impossible devenu le cœur même de l’existence. On suspendit au cou des enfants la vieille clé rouillée des maisons perdues comme d’autres suspendent un crucifix ou une amulette. La clé du retour. Mais cette clé n’ouvrait déjà plus aucune porte. Elle ouvrait seulement les tombeaux de la mémoire.

On leur apprit très tôt qu’ils n’étaient pas faits pour vivre là où ils étaient, mais pour revenir ailleurs. Revenir dans des villages disparus. Revenir dans un passé devenu religion politique. Ainsi grandirent des générations entières dans l’attente d’une revanche impossible.

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Les riches, eux, partirent souvent loin du désastre qu’ils invoquaient sans cesse. Londres, Paris, Doha, New York. On les retrouve aujourd’hui dans les universités américaines, les hôtels de luxe, les plateaux de télévision et les conférences humanitaires où l’on parle de révolution entre deux coupes de champagne. Ils parlent du retour avec émotion, mais leurs enfants parlent anglais, fréquentent les meilleures écoles et vivent derrière les vitres fumées des quartiers riches. Certains n’ont jamais revu les ruelles qu’ils évoquent les yeux humides devant les caméras occidentales.

Et puis il y eut les autres. Les pauvres immobiles. Les humiliés utiles. Ceux qu’on conserva dans les camps comme on entretient une blessure afin qu’elle ne cicatrise jamais. Le monde arabe construisait des tours de verre, des palais et des autoroutes, mais le Palestinien devait demeurer réfugié. Réfugié éternel. Car un Palestinien qui devient simplement un citoyen arabe ordinaire cesse d’être une arme politique.

Alors les camps devinrent des villes sans jamais perdre leur nom de camps. Des quartiers de béton, grouillants, commerçants, parfois moins misérables que tant de villes d’Égypte ou du Maghreb où des millions d’Arabes vivent dans une pauvreté sans photographes ni journalistes étrangers. Mais il fallait conserver le décor du malheur. Chaque mur fissuré, chaque enfant pieds nus, chaque ruelle sombre rapportait davantage à la cause que mille usines ou écoles. Ainsi prospéra une étrange aristocratie révolutionnaire : milliardaires de l’exil gouvernant des pauvres condamnés à attendre.

Palais climatisés

On leur enseigna moins la construction que le ressentiment. Moins le travail que le sacrifice. Moins la vie que le martyre. Dans les écoles, les chansons, les affiches et les prêches, la mort devint parfois plus noble que l’existence elle-même. Le martyr souriait sur les murs. Le chef, lui, vivait dans les palais climatisés du Golfe. Entre les deux : la foule maigre, les familles enterrant leurs enfants, les jeunes hommes consumés de colère, de frustration et d’humiliation.

Et derrière toute cette tragédie se cachait une croyance plus profonde encore : le Juif devait rester faible. On leur avait raconté pendant des générations que les Juifs étaient faits pour subir, négocier, pleurer ou fuir. Qu’ils accepteraient toujours la condition ancienne du soumis toléré, du dhimmi prudent, ou celle du persécuté européen montant silencieusement dans les wagons de l’Histoire. Mais voici qu’apparut un Juif nouveau : armé, souverain, brutal parfois, vivant surtout. Un Juif qui ne demandait plus pardon d’exister. Le choc fut immense. Car le monde aime souvent les Juifs morts. Les Juifs des cimetières, des musées, des violons tristes et des commémorations. Mais le Juif qui construit des chars, ferme des frontières et répond à la violence devient aussitôt obscène. Il détruit le vieux scénario où il devait rester éternellement victime.

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Alors la tragédie palestinienne prit un visage encore plus cruel : celui d’un peuple pauvre sacrifié à une guerre que ses chefs n’avaient jamais réellement l’intention de gagner, mais qu’ils ne pouvaient pas non plus laisser mourir. Car leur pouvoir, leur fortune et parfois leur prestige reposaient sur cette blessure ouverte.

On a refusé aux Palestiniens la paix parce que la paix aurait exigé une vérité insupportable : Israël ne disparaîtrait pas. Et l’on a refusé aux Palestiniens une vie normale parce qu’un peuple vivant normalement intéresse moins le monde qu’un peuple éternellement blessé.

Ainsi continue cette longue procession de fantômes : les riches de l’exil parlant de sacrifice dans les salons occidentaux, les enfants portant des clés rouillées comme des nœuds de pendus, les ruines exhibées au monde, et en face un peuple juif qui refuse désormais de mourir.

Voilà peut-être le cœur secret de cette tragédie sans fin. Non seulement une guerre de territoires. Mais la rencontre impossible entre un peuple élevé dans le rêve du retour absolu et un autre qui a juré, après des siècles de massacres et d’humiliations, qu’il ne disparaîtrait plus jamais.

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Immigration: le réveil bien tardif des Hibernatus

Selon Gérald Darmanin, les thèses racialistes de l’extrème gauche nous mènent au pire. Constatant que « l’absence, par certains étrangers, de respect des valeurs d’intégration et d’assimilation pose problème », le ministre de la Justice propose un moratoire de trois ans sur l’immigration. Mais, selon notre chroniqueur, il ne faut plus rien attendre des hussards de la onzième heure du « bloc central ».


Quand Hibernatus fait de la politique, cela donne Gérald Darmanin. Dans le JDD, le ministre de la Justice a déclaré : « Nous sommes arrivés à la limite de nos capacités d’intégration et d’assimilation. J’ai donc désormais une conviction très forte : il faut mettre fin à l’immigration telle qu’elle est aujourd’hui ». Il propose un moratoire de trois ans sur l’immigration légale, des quotas limitatifs, la fin du regroupement familial pour les visas de travail, une exigence accrue pour les expulsions (OQTF).

Ensauvagements

Bref, le ministre de la Justice promet, à quelques mois de la présidentielle, ce que le même, à l’Intérieur, se refusait d’envisager dans sa glaciation idéologique. Mais comment prendre au sérieux ces briseurs de tabous du dimanche ? Ils découvrent, avec quarante ans de retard, les catastrophes d’une immigration invasive et souvent colonisatrice dont ils niaient jusqu’alors l’existence, soucieux de se fondre dans le chœur bien-pensant. La violence qui s’étend en France, jusque dans les petites communes, n’est pas seulement le fait de voyous majoritairement issus de la diversité sacralisée. L’insécurité est d’abord et avant tout le résultat d’un demi-siècle d’incompétences et de lâchetés de dirigeants clonés craignant de « faire le jeu de Marine Le Pen » ou de déplaire au progressisme cosmopolite. Ce week-end, la canaille de Nantes et de Saint-Nazaire a débarqué par TER à La Baule, naguère paisible cité balnéaire à clubs Mickey, pour y semer des désordres sur le remblai. Samedi, les forces de l’ordre parisiennes seront sur les dents dans la perspective de probables émeutes liées à la finale de football de la Ligue des champions qui opposera le PSG à Arsenal, à Budapest. Dans ces ensauvagements, la véritable extrême droite y trouve sa place quand des supporteurs de Nice ont aussi semé la haine dans un quartier de Paris le 21 mai.

A lire aussi, du même auteur: Présidentielle: la ridicule valse des ego

LFI : « La France blanche et chrétienne n’a jamais existé »

Rien n’est à attendre des hussards de la onzième heure. Darmanin et ses amis du bloc central, à peine extraits de leur pétrification mentale, n’auront jamais un mot pour s’excuser des calamités sécuritaires et civilisationnelles qu’ils ont causé en restant sourds aux lanceurs d’alertes. Pour avoir été de ceux-ci depuis les années 90, je n’oublie rien des critiques et ricanements portés sur mon « idée fixe ».

Heidegger avait vu juste : « Penser c’est se limiter à une unique idée, qui un jour demeurera comme une étoile au ciel du monde ». Mais que de temps perdu ! Que de saccages rendus possibles ! L’immigration de masse a affaibli la cohésion nationale et l’économie.

Pourtant, les militants en sciences sociales soutiennent que tout va bien. Dans Le Monde du 22 mai, les signataires d’une étude de l’Ined se félicitaient de l’émergence d’identités « ethnicisées et racialisées » tournant le dos à la vision « assimilationniste simpliste qui voudrait que les rapports aux origines se diluent au fil des générations[1] ».

Cette « nouvelle France » islamisée est celle que Jean-Luc Mélenchon veut promouvoir, le 7 juin à Saint-Denis, devant la basilique des rois de France, en rassemblant ses troupes. Pour lui « la ruralité n’existe plus ». Mathilde Panot insiste : « La France blanche et chrétienne n’a jamais existé ». Ces fossoyeurs voient les Français indigènes comme des morts-vivants.

LFI devrait se méfier de leurs réactions. Les 20000 jeunes pèlerins de Chartres ont témoigné, parmi d’autres signes, de la renaissance qui vient.

La révolution des oubliés

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[1] https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/05/20/immigration-un-grand-brassage-mais-des-inegalites-persistantes_6691739_3224.html

The Perfect Woman (ou presque)…

La venue de la DJ Barbara Butch à Grenoble suscite la polémique. L’artiste doit se produire lors du festival Cabaret Frappé à la mi-juillet, mais la section locale de La France insoumise appelle au boycott de la musicienne en raison de sa signature d’une tribune contre l’antisémitisme.


La gauche militante la tenait, son icône chimiquement pure : la figure de proue tant recherchée de toutes les luttes intersectionnelles, comme ils disent.

 
 
 
 
 
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Elle s’appelle Barbara Butch. Elle officie en tant que DJ, non sans succès apparemment. Elle est de surcroît victime d’une double discrimination : l’une en tant que personne de forte corpulence, et donc en butte à la grossophobie ; l’autre parce qu’elle est lesbienne, et par conséquent la cible d’insultes et de comportements homophobes, en l’occurrence lesbophobes. Cette jeune personne cochait donc a priori toutes les cases pour représenter à la perfection les combats de la gauche extrême en faveur des minorités en souffrance, celles que notre société épouvantablement patriarcale et débile n’a de cesse de maltraiter, comme chacun le sait bien.

Elle pouvait en effet incarner ce porte-oriflamme idéal, d’autant plus qu’on l’avait vue en majesté lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, à l’été 2024. Elle dominait de toute son imposante personne cette scène de banquet qui, quoi qu’on ait tenté de nous faire accroire depuis, évoquait bel et bien la Cène, le dernier repas du Christ au milieu de ses Apôtres. Il paraît qu’on se mettait le doigt dans l’œil. C’est ainsi que Laurent Joffrin peut écrire encore aujourd’hui, dans un édito récent de son Libre Journal : « banquet qu’on avait abusivement assimilé à la Cène ». Ce qui, ajoute-t-il, « avait mis en rage l’extrême droite. »

Abusivement ? À quoi d’autre pouvait donc bien renvoyer ce tableau allégorique, si ce n’est à la Cène ? Et surtout, pourquoi ce choix qui allait inévitablement blesser certaines sensibilités ? Sur ce point, M. Joffrin, comme les décisionnaires de la cérémonie en question, restent obstinément muets. De même, ne se montrent-ils pas beaucoup plus diserts lorsqu’on exige d’eux qu’ils précisent pour quelle raison ils n’ont guère retenu de la Révolution française que la décapitation de la reine Marie-Antoinette. Le martyre d’une femme, exposé complaisamment lors d’une célébration officielle destinée à être retransmise de par le vaste monde, y compris dans des contrées comme l’Iran, l’Afghanistan, etc., où, nul ne l’ignore, la femme en tant que telle est à la noce chaque jour que Dieu fait. Passons sur ces broutilles.

A lire aussi: Carnet de bord d’une gauche déboussolée

Donc, notre Barbara Butch était alors à son zénith. Mais voilà bien que, plombant radicalement ces incontestables mérites et qualités, on lui découvre des origines juives. Non seulement des origines, mais une réelle tendance à s’inquiéter de la montée de l’antisémitisme dans notre pays, puisqu’elle est allée jusqu’à signer une tribune de soutien à la proposition de loi contre l’antisémitisme portée par la députée macroniste Caroline Yadan.

Dès lors, la voilà, la pauvre Barbara, qui, d’un coup d’un seul, passe du camp des victimes à celui des coupables. LFI lui crache dessus. Elle a droit à une nouvelle variété d’insultes et la section féminine du parti mélenchoniste de Grenoble n’hésite pas à appeler au boycott de la jeune femme lors de sa venue dans cette bonne ville.

Pauvre personne. On compatit volontiers. On compatit, mais on n’est guère surpris : nous savions pertinemment que le pire des racismes, dans sa forme la plus perverse, la plus hypocrite, se pare le plus souvent du masque et des grimaces de l’antiracisme. Nous en avons là, avec et grâce à la « mélenchonnerie » décidément très en verve, un énième et magnifique exemple.

Soudain, un frisson d’effroi me saisit. Imaginons un instant qu’on en vienne à découvrir quelque ascendance juive à M. Mélenchon lui-même, ce qui, à la vérité, ne serait guère étonnant, puisqu’il ne cesse de se flatter d’être de souche maghrébine – le Maghreb, le Maroc, là où plus que partout ailleurs sans doute, se sont mêlés les sangs coloniaux, juifs, arabes… Ce serait amusant, n’est-ce pas ? Mélenchon, une ascendance juive. Comme notre Barbara. Comme aussi Jésus et Karl Marx. À mourir de rire, vous dis-je.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Deux étés à Zaporijjia: comment la guerre en Ukraine a changé de visage

Les drones permettent aujourd’hui à l’Ukraine de perturber le corridor logistique russe vers la Crimée, un objectif stratégique que les colonnes blindées traditionnelles n’avaient pas réussi à atteindre lors de la contre-offensive de 2023. Gil Mihaely raconte.


Au printemps 2026, dans le sud de l’Ukraine, des drones ukrainiens frappent régulièrement les infrastructures logistiques russes reliant Rostov-sur-le-Don aux territoires occupés puis à la Crimée. La route R-280 dite « Novorossiya », devenue depuis quatre ans un axe vital pour l’effort de guerre russe, se trouve désormais sous pression. Les autorités russes ont dû restreindre la circulation civile sur certains tronçons face au risque permanent d’attaques aériennes ukrainiennes. Une situation qui présente une ironie stratégique remarquable. Car cet objectif militaire n’est pas nouveau. Il était déjà au cœur de la grande offensive ukrainienne de l’été 2023. À l’époque, Kiev voulait atteindre la mer d’Azov à l’ouest de Berdiansk afin de couper le corridor terrestre russe vers la Crimée. L’opération échoua. Trois ans plus tard, ce que les colonnes blindées ukrainiennes n’avaient pas réussi à accomplir semble partiellement devenir possible grâce aux drones.

Pour comprendre la situation actuelle, il faut revenir à l’été 2023. À l’automne précédent, l’Ukraine avait connu ses plus grands succès militaires depuis le début de l’invasion russe. Après avoir remporté la bataille de Kiev en février-mars 2022, les forces ukrainiennes, dans la région de Kharkiv d’abord, puis autour de Kherson, avaient repris plusieurs milliers de kilomètres carrés. L’enthousiasme dominait à Kiev comme dans les capitales occidentales. L’idée qu’une victoire ukrainienne pouvait être obtenue par des opérations offensives classiques s’imposait progressivement.

La perspective d’une grande contre-offensive prit alors forme. Son objectif principal était situé dans la région de Zaporijjia. Le plan consistait à progresser vers Tokmak puis Melitopol afin d’atteindre la mer d’Azov. Une telle percée aurait coupé le corridor terrestre reliant la Russie continentale à la Crimée occupée. Depuis février 2022, cet axe était devenu essentiel pour Moscou. Munitions, carburant, pièces détachées, renforts humains, tout transitait largement par cette continuité territoriale obtenue au prix des conquêtes russes du sud.

Nouveaux obstacles

Le débat stratégique entre Washington et Kiev fut intense. Les responsables militaires américains privilégiaient une offensive concentrée sur un axe principal afin de maximiser les chances d’obtenir une rupture opérationnelle. Plusieurs responsables du Pentagone considéraient qu’une dispersion des forces ukrainiennes réduirait fortement les probabilités de succès. Les dirigeants ukrainiens voyaient la situation différemment. Craignant des attaques russes sur d’autres secteurs du front et soucieux de préserver des réserves, ils préféraient répartir davantage leurs moyens.

L’Ukraine engagea néanmoins des ressources considérables. De nouvelles brigades furent entraînées en Europe selon des standards occidentaux. Les livraisons de matériel lourd s’accélérèrent. Les chars Leopard 2 allemands et les véhicules Bradley américains arrivèrent ainsi que des chars Challenger britanniques. L’espoir était clair : reproduire, à plus grande échelle, la dynamique de Kharkiv.

Mais entre novembre 2022 et juin 2023, le champ de bataille avait profondément changé. Pendant des mois, la Russie avait préparé ses défenses. Les images satellites montraient l’apparition progressive de plusieurs lignes fortifiées successives. Des champs de mines massifs furent déployés. Des fossés antichars furent creusés. Des réseaux de tranchées se multiplièrent. Les fameuses « dents du dragon » apparurent sur des dizaines de kilomètres. L’armée russe avait également renforcé son artillerie et préparé l’emploi systématique d’hélicoptères d’attaque, notamment les Ka-52, qui jouèrent un rôle important contre les blindés ukrainiens.

Les premiers jours de l’offensive révélèrent immédiatement la difficulté de l’entreprise. En juin 2023, plusieurs attaques mécanisées ukrainiennes subirent des pertes importantes dans la région d’Orikhiv. Des véhicules occidentaux furent détruits ou endommagés. Les images de Bradley immobilisés et de Leopard touchés circulèrent rapidement. Ces pertes furent parfois instrumentalisées politiquement, mais elles révélaient une réalité plus profonde : le modèle de guerre mobile imaginé à partir des expériences de 2022 rencontrait désormais des obstacles majeurs.

A lire aussi, du même auteur: De la terre promise à la terre due

Le problème n’était pas uniquement russe. La guerre elle-même évoluait. L’omniprésence des drones de reconnaissance rendait les concentrations de forces beaucoup plus visibles. La surveillance permanente du champ de bataille réduisait considérablement l’effet de surprise. Les véhicules détectés devenaient rapidement des cibles pour l’artillerie. Les opérations mécanisées classiques se heurtaient à une densité de détection et de feu rarement observée depuis la Seconde Guerre mondiale.

L’Ukraine adapta progressivement ses méthodes. Les grandes manœuvres blindées laissèrent davantage place à une progression lente, prudente, souvent menée par de petits groupes d’infanterie. Quelques gains furent obtenus. Robotyne fut reprise en août 2023. Certaines lignes russes furent percées localement. Mais le rythme demeurait insuffisant.

À l’automne 2023, le constat s’imposa progressivement. L’objectif stratégique principal ne serait pas atteint. La grande offensive ukrainienne avait échoué à atteindre la mer d’Azov. Elle marqua également la fin d’une période particulière du conflit. Depuis les succès spectaculaires de Kharkiv et Kherson, l’Ukraine n’a plus retrouvé la même capacité de reprise territoriale rapide. La Russie, de son côté, adapta progressivement sa stratégie à ses avantages structurels.

Avantages russes

Le premier est démographique. Moscou dispose d’un réservoir humain supérieur. Le deuxième est industriel. Malgré les sanctions occidentales, la Russie a réussi à accroître fortement certaines productions militaires. Obus d’artillerie, drones, missiles, véhicules rénovés, équipements électroniques, une partie importante de l’économie a progressivement été réorientée vers l’effort de guerre. Le troisième est économique. Les prévisions occidentales d’effondrement rapide ne se sont pas réalisées. Les exportations énergétiques russes se sont réorganisées vers l’Asie. Les capacités d’adaptation logistique ont été plus importantes qu’anticipé.

Pendant ce temps, l’Ukraine demeure dépendante de ses soutiens occidentaux pour ses munitions, ses systèmes de défense aérienne, ses véhicules spécialisés et une partie importante de son financement. Pourtant, l’évolution technologique du conflit produit aujourd’hui un paradoxe remarquable.

Au printemps 2026, l’objectif central de la contre-offensive de 2023 réapparaît sous une autre forme. Non plus grâce aux brigades blindées mais grâce aux drones. L’Ukraine a considérablement développé sa capacité de frappe à longue distance. Drones FPV, drones d’interdiction logistique, frappes profondes contre dépôts, infrastructures ferroviaires et convois modifient progressivement les équilibres opérationnels.

La route R-280 reliant Rostov aux territoires occupés du sud représente aujourd’hui un axe logistique majeur pour Moscou. Or les frappes ukrainiennes compliquent désormais son utilisation. Là où l’Ukraine cherchait autrefois à couper physiquement le corridor terrestre, elle tente désormais d’en réduire l’utilité opérationnelle. Cette évolution illustre une transformation plus profonde.

La guerre industrielle classique n’a pas disparu. L’artillerie reste centrale. Les blindés demeurent importants et les effectifs humains continuent de peser lourdement. Mais une nouvelle couche technologique transforme l’ensemble. Le drone est devenu à la fois capteur, arme, moyen de correction d’artillerie et outil d’interdiction logistique. La capacité ukrainienne repose également sur un autre élément souvent moins visible : les communications.

Le réseau Starlink a joué un rôle majeur depuis 2022. La résilience des communications ukrainiennes, la coordination tactique, la transmission rapide d’informations et le pilotage d’une partie des systèmes sans pilote ont bénéficié de cette infrastructure satellitaire. Cet avantage technologique a profondément influencé certaines dimensions du conflit.

La Russie s’est adaptée à son tour. Production massive de drones FPV. Renforcement de la guerre électronique. Développement de drones guidés par fibre optique afin d’échapper au brouillage. Industrialisation accélérée de nouvelles capacités.

Trois ans après la contre-offensive de Zaporijjia, la leçon apparaît plus clairement. L’Ukraine de 2023 tentait encore de gagner une guerre du XXIe siècle avec certains outils conceptuels hérités du XXe. L’Ukraine de 2026 cherche désormais à atteindre les mêmes objectifs par des moyens profondément différents. Et cette évolution pourrait bien constituer l’une des transformations militaires majeures de notre époque.

La culture du combat en Israël

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Mirwais et la fabrique du vide contemporain

À l’occasion de la parution de Nihilium aux Éditions Séguier, Mirwais, figure incontournable de la scène artistique française et compositeur de renom, signe un texte d’une noirceur satirique féroce. L’ancien guitariste de Taxi Girl et producteur de Madonna délaisse ses machines pour livrer un roman clinique et désenchanté, qui radiographie sans concession les impasses politiques et existentielles d’une génération Z prise au piège de la société du spectacle.


Nihilium frappe d’abord par son architecture verbale. Mirwais y forge un idiolecte composite mêlant argot urbain, langue des réseaux, hispanismes et résidus du Nadsat d’Anthony Burgess. Cette langue artificielle installe une distance clinique. Le narrateur Juan Nihilski s’exprime dans un flux fragmenté, symptôme d’une conscience saturée par les flux numériques et les paradis artificiels : « Je me réveille d’un coup, avec un gros dégoût en moi, viddying bien ce que j’ai gobé… ». L’alternance entre trivialité brutale et références savantes déstabilise. La langue cesse d’être un outil, elle devient le symptôme d’une culture disloquée, un idiome qui accompagne la disparition du réel.

Radicalisation et dépolitisation

Sur le plan politique, le roman dresse le portrait d’une jeunesse radicalisée mais profondément dépolitisée. Juan Nihilski incarne ce basculement : de la contestation sociale vers un nihilisme esthétique. L’émeute n’est plus un levier collectif, mais une performance individuelle, un espace de jouissance et de prédation. Mirwais cible avec précision les dérives d’une contestation devenue posture, renvoyant dos à dos parents anesthésiés par les écrans et violence fétichisée des Black Blocs.

La trajectoire de Juan constitue le cœur du récit. Elle est linéaire, implacable : de la subversion marginale à la complicité d’État. D’abord prédateur nocturne sous uniforme anonyme, il incarne un anarchisme de surface où casser et voler tiennent lieu de pensée. Mais cette révolte contient déjà sa capitulation. Juan ne hait pas le système marchand, il le désire. Fasciné par ses signes extérieurs, il cherche à en capter la puissance. Sa quête n’est ni morale ni politique : elle est celle de la domination et de la visibilité. « Moi, je voulais être politikon célèbre… »

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Après son arrestation place de la Nation, la bascule s’opère sans heurt. Introduit dans les cercles du pouvoir, Juan n’a rien à apprendre. Le voyou et le technocrate partagent une même logique: mépris des “gens honnêtes” et culte de la mise en scène. Du jogging noir au costume de conseiller, il n’y a pas de rupture morale. Le roman révèle ainsi une continuité troublante: le nihilisme des barricades et le cynisme institutionnel relèvent d’un même régime de pensée. L’État ne réprime plus la révolte, il la récupère et la transforme en spectacle.

L’ombre de William S. Burroughs

Cette vision s’inscrit dans un imaginaire nourri de science-fiction postmoderne. Le rapport de Juan au réel est profondément dickien : le monde n’est qu’un empilement d’illusions. « La réalité, c’est tout ce qui revient chaque den’ au même endroit. » Dans cet univers instable, saturé de drogues de synthèse, toute morale devient caduque. Si le réel n’est qu’un décor, alors violence, pillage ou trahison ne sont que des interactions sans poids. L’ombre de William S. Burroughs plane également sur le texte, renforçant l’idée d’un Occident en phase terminale, où la liberté dérive vers un contrôle total.

Ce détachement prend racine dans une cellule familiale dégradée. Les parents, Jefe et Jefa, incarnent une bourgeoisie vide, oscillant entre confort matériel et vacuité existentielle. Ils « zonent devant Netflix », consomment une spiritualité de façade pour masquer leur inertie. Leur hypocrisie nourrit chez Juan une haine sourde. L’absence de repères et d’autorité le pousse à chercher ailleurs une structure, d’abord dans la rue, puis dans le pouvoir. Sa rébellion apparaît dès lors comme une tentative désespérée d’échapper au néant domestique.

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Le roman déploie également une satire féroce des médias. À travers la journaliste de « Dnwaz », Mirwais caricature une presse fétichiste et déconnectée. Avant même d’informer, elle exhibe des signes de classe : peau lisse, sac Vuitton, Rolex. L’information devient récit, calibré pour les réseaux et les plateaux. La violence réelle s’efface derrière sa mise en scène. Le fait divers n’est plus rapporté, il est produit. Les médias ne transmettent pas le réel, ils le fabriquent et le neutralisent, transformant la conflictualité sociale en divertissement.

Les forces de l’ordre, elles aussi, passent par le filtre de cette fascination. Juan ne les perçoit pas comme des garants de l’ordre républicain, mais comme des techniciens efficaces de la violence. Il admire leur organisation, leur calme, leur professionnalisme. Cette admiration révèle sa dépolitisation totale : seule compte l’efficacité. Le roman insiste aussi sur un point essentiel : la protection de la marchandise prime sur celle des individus. « Défoncer la gueule des jeunes… ça passait crème, mais toucher au saint matos, non… » Lorsque Juan rejoint les sphères du pouvoir, il ne fait que rejoindre la logique qu’il admirait déjà.

Nihilium évite pourtant toute leçon. Mirwais ne moralise pas, il tend un miroir brutal. La trajectoire de Juan résume un cynisme contemporain où barricades et palais ne s’opposent plus, mais participent d’un même théâtre. La révolte devient une valeur d’échange, récupérable et monnayable. C’est dans ce refus du compromis que le roman trouve sa force. Texte inconfortable, parfois glaçant, Nihilium s’impose comme une autopsie lucide et électrique de notre aliénation collective.

192 pages

Nihilium

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Comment «Star Wars» est devenu une grosse madeleine industrielle

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En cherchant constamment à plaire aux fans, Star Wars s’est transformé en produit nostalgique figé, loin de son identité originale fondée sur l’innovation et l’imaginaire


C’est pratiquement un demi-siècle qui sépare le tout premier film Star Wars, A New Hope (1977), de tout ce qui a suivi après le rachat de Lucasfilm par The Walt Disney Company. Cinquante années qui embrassent quatre générations… bientôt cinq, pour aboutir à The Mandalorian & Grogu.

Vers l’infini et au-delà !

George Lucas en 2009. DR.

George Lucas, grand démiurge de tout cela, barbu grisonnant arborant une banane à la Dick Rivers, imagina un jour, le mélange improbable entre Le Seigneur des Anneaux, Dune et les sérials Flash Gordon qu’il regardait enfant à la télévision. Il saupoudra le tout de récits arthuriens, des films de cape et d’épée de l’âge d’or hollywoodien, des chanbaras d’Akira Kurosawa, le tout lié à la maïzena Joseph Campbell. Finalement, voilà ce qui allait devenir l’ultime représentation de la pop culture mondiale : une vulgarisation des grands mythes fondateurs de notre histoire, fondue avec de la spiritualité bouddhiste et mâtinée de robots, de créatures étranges et de vaisseaux spatiaux… L’identité Star Wars était née.

Ce titre, accompagné de son logo jaune inimitable sur fond de nuit galactique, va devenir un mantra, une formule magique. Pas seulement pour tous ceux qui avaient compris très tôt, qu’il y avait énormément d’argent à gagner avec ces deux mots-là, mais aussi pour des générations d’enfants qui grandiraient avec cet univers conçu pour eux.

Effets spéciaux inédits

Star Wars fut également pensé comme un fantasme en perpétuelle expansion : la partie émergée d’un iceberg laissant deviner un univers infini de personnages, d’histoires et de possibilités. Lucas nous proposait avant tout une invitation à nourrir notre propre imaginaire. Même lorsqu’il fallait attendre trois ans entre deux films — chacun possédait sa propre Guerre des Étoiles intérieure. C’est probablement là la plus grande force de ce qu’a imaginé le réalisateur d’American Graffiti. Un monde sans limites, sans contours précis, sans véritable début ni fin. Voilà pourquoi cela génère autant de passion, de débats, d’amour et de haine. George Lucas a enfanté un monstre qu’il a fini par ne plus pouvoir contrôler : un enfant qui, un jour, s’est retourné contre son père.

A lire aussi: Un mirage nommé Cannes

À l’origine, Lucas ne voulait pas seulement raconter une épopée opposant le bien au mal. Il voulait surtout utiliser ces mythes fédérateurs pour innover, surprendre et repousser les limites technologiques en matière d’effets spéciaux, de son et de mise en scène. Toujours plus audacieux, il tenta ensuite de sublimer et de complexifier son œuvre en y injectant de la politique et des enjeux plus adultes. Un pari risqué car une partie du public ne semblait se réveiller qu’à l’apparition du logo “Star Wars” sur un paquet de céréales. En essayant de renouveler l’image de sa saga, Lucas se heurta violemment au conservatisme des gardiens du temple. La nouvelle trilogie (1999-2005) représentait un bond technologique gigantesque et libérait enfin toutes les frustrations créatives de l’inventeur du son THX. Jamais une série de films n’aura été autant décriée par des fans qui, quelques années plus tôt, ne juraient pourtant que par cet homme à l’allure débonnaire. Ces mêmes fans réclamaient désormais des comptes et criaient à la trahison, oubliant que celui qui leur proposait ces nouveaux films restait George Lucas lui-même, propriétaire intellectuel de cet univers. Star Wars ne pouvait donc plus évoluer, ni se transformer, ni devenir autre chose que ce qu’il avait toujours été. La saga devait rester figée dans une esthétique précise, avec ses codes, ses personnages et ses archétypes immuables. Un univers placé sous cloche.

Cinéma ou taxidermie ?

Lucas, passé du statut de réalisateur à celui d’inventeur visionnaire, devait désormais, selon les injonctions de certains fans, devenir le taxidermiste de sa propre création. Mais c’était sans compter sur une souris carnassière qui rôdait dans les parages et qui avait parfaitement compris les attentes de ce public nostalgique. En rachetant Lucasfilm pour quatre milliards de dollars, Disney n’allait pas seulement exploiter Star Wars comme une franchise destinée à quelques passionnés quadragénaires. Non. L’entreprise allait entretenir cette nostalgie à coups de fan- service[1] et de recettes déjà usées. Marvel, les Studios Pixar… La compagnie aux grandes oreilles, tel un ogre jamais rassasié, engloutit tout ce qui évoque le rêve, mais surtout tout ce qui génère des billets verts. Pressé de rentabiliser son coûteux investissement, Disney lança rapidement une nouvelle trilogie ainsi qu’une série que deux spin-offs. Le problème, c’est que ces productions se contentaient souvent de recycler les Star Wars du passé sans retrouver l’ombre de leur originalité. Les récits perdaient leur sens, les nouveaux personnages paraissaient bien falots et même le retour des anciennes gloires semblait enterrer ce qu’elles avaient contribué à bâtir autrefois et à faire résonner en nous (Luke, Leia et Han, des figures désormais essoufflées) pour un résultat vite consommé… puis oublié.

Jon Favreau donnant des directions à son acteur Pedro Pascal sur le tournage © Nicola Goode. 2026 Lucasfilm Ltd.

Pour nourrir les orphelins en manque de “starwarseries”, Disney va nous abreuver aussi d’une avalanche de séries pour sa plateforme : Obi-Wan Kenobi, Ahsoka, Andor, Skeleton Crew, The Acolyte, sans compter les innombrables séries animées. À une exception près — Andor — beaucoup de ces productions ressemblent davantage à de belles démos de jeux vidéo qu’à de véritables œuvres inventives et originales. Bref, Star Wars est devenu un produit de consommation comme un autre. Ni meilleur ni pire qu’une série quelconque proposée par une plateforme de streaming et consommée distraitement devant un paquet de chips. Fini l’événement. Fini le film rare attendu fébrilement pendant trois ans.

A lire aussi: Pas d’accord

The Mandalorian et Grogu, sorti récemment en salle, est une suite directe de la série éponyme qui a connu un joli succès sur la plateforme. On y suit une nouvelle aventure galactique de ce chasseur de primes et son petit compagnon Grogu, un mini Yoda adorable doté de pouvoirs de Jedi. Le film s’adressant davantage cette fois-ci aux enfants, il se résume à deux trois péripéties et quelques bonds en hyper espace. Entre des seigneurs Impériaux revanchards, la famille de l’infâme Jabba The Hutt (à ne pas confondre avec la Pizza) et de plus grands dangers encore. Ce nouveau Star Wars avec les stars Pédro Pascal et Sigourney Weaver ne va pas vraiment révolutionner l’univers du space opéra le plus connu au monde. Une fois de plus, on navigue en terrain archi balisé et truffé de fan service au ras des pâquerettes et autres références pour afficionados incollables. On surfe ici sur un total fétichisme entre objets, tenues, bruitage et décors référentiels. On ne prend surtout aucun risque par peur d’énerver ou de frustrer.

Concernant notre amour irrationnel pour ce que George Lucas a créé à partir de 1977, il ne sert probablement plus à rien d’espérer davantage de cette franchise et de ses dérivés. Il faut désormais se contenter de fantasmer ce monde comme un mirage inaccessible ou une malédiction collective. Oui, Star Wars est devenu le tonneau des Danaïdes. L’ironie et le paradoxe, c’est qu’on a longtemps présenté George Lucas comme un simple homme d’affaires devenu milliardaire grâce à sa poule aux œufs d’or. Pourtant, Lucas voyait surtout dans Star Wars un moyen d’inventer de nouvelles technologies — THX, Industrial Light & Magic, Skywalker Ranch — et de pousser le cinéma vers l’avenir. Quelle déconvenue de constater que sa création ne sert plus aujourd’hui qu’à photocopier encore et encore le même produit sans âme. Avec les mêmes moules à madeleines, Disney recuit sans cesse cette nostalgie industrielle. Pour nous, rêveurs impénitents ayant découvert cet univers à la fin des années 70, Star Wars restera toujours cette petite lumière au loin, semblable à une étoile située à des millions d’années-lumière. Une lumière que l’on voudrait toucher du doigt mais qui s’éloigne à mesure qu’on tente de s’en approcher. Un amour impossible. « Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine… »


[1] Le « fan service » peut se définir comme un clin d’œil dans la narration. Ce sont les histoires, personnages, actions, etc. qui sont ajoutés dans un film ou une série télévisée spécifiquement afin de faire plaisir à ses fans NDLR.

Tu seras gamer, mon fils

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L’inscription de l’esport, le «jeu vidéo compétitif», dans le cursus scolaire à la rentrée prochaine fait bondir l’enseignante et essayiste Lisa Hirsig. À juste titre. La France n’en finit pas de sacrifier sa jeunesse.


Le gouvernement affiche bruyamment sa croisade contre l’addiction des adolescents aux écrans. Mais en même temps, Matignon a validé en catimini la stratégie nationale « Esport 2026-2030 » qui prévoit d’intégrer le jeu vidéo de compétition dans les parcours scolaires ! Le 8 avril dernier, les huiles qui nous gouvernent ont décidé d’un plan quinquennal en vue d’aménager des horaires pour les jeunes gamers à l’école.

Depuis des mois, des campagnes point gouv nous exhortent à « faire bouger nos ados », rappelant que l’obésité et la sédentarité sont des fléaux et les professeurs de sport s’alarment du fait que la moitié des élèves de sixième soient incapables de courir plus de cinq minutes. Comment expliquer alors que le ministère de l’Éducation nationale valide cette promotion de l’esport – qui n’a de sportif que le nom puisqu’il s’agit de tournois en ligne – au cœur de nos écoles ? Accès de schizophrénie ou calcul cynique ?

Dirigisme et marchandisation de l’école

Sous couvert de développement économique de l’industrie numérique, ce plan déploie une stratégie interministérielle incluant des partenariats avec les acteurs privés du jeu vidéo, l’inscription de l’esport dans les parcours éducatifs, un programme national « Esport et Éducation » pour vanter les « débouchés professionnels », et la création d’outils pédagogiques pour les enseignants. 

Cette initiative illustre une dérive étatique typique : l’interventionnisme public au service d’un secteur privé, au mépris des libertés individuelles et des données scientifiques sur la santé des enfants. L’État s’apprête à transformer les écoles en incubateurs de futurs « pros du joystick », alors même que l’illettrisme, le décrochage et l’obésité explosent.

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Convaincus de son bon droit à flécher l’argent du contribuable, l’État se montre une nouvelle fois interventionniste sans aucune excuse. Nous ne sommes pas en guerre, les Français n’ont pas réclamé une « stratégie de développement de l’esport en France », bref, rien ne justifie que des fonctionnaires fassent profiter d’un public captif et mineur à des « partenaires privés ». L’école publique n’est pas un laboratoire. Nos enfants ne sont pas des cobayes. Et les subventions déguisées sont illégales.

Personne n’a demandé leur avis aux parents d’élèves qui bien souvent bataillent à la maison pour que leurs enfants décrochent des écrans. Il leur revient pourtant de choisir s’ils souhaitent exposer leurs enfants à des pratiques potentiellement addictives. Les fonds publics et les heures de classe n’ont pas pour vocation de stimuler tel ou tel secteur. Que les studios vendent leurs jeux ; que les individus et le marché décident. Pas un ministère.

Des ravages sanitaires en cascade

L’Organisation Mondiale de la Santé recommande de façon on ne peut plus claire des temps d’écran extrêmement limités pour les enfants. Elle se base sur de nombreuses études concordantes : une recherche de l’université canadienne McMaster démontre notamment que l’addiction aux jeux vidéo est à l’origine du manque de sommeil chez les jeunes joueurs, ce qui a pour conséquences une élévation de la pression artérielle, du taux de mauvais cholestérol, de triglycérides, et de la résistance à l’insuline. Le Dr. Mark Tremblay et ses collègues soulignent le lien direct entre sédentarité, écrans et obésité. Harvard Health note que le gaming excessif est associé à la dépression, l’agressivité et l’anxiété, sans oublier la prise de poids due à la surconsommation alimentaire pendant les sessions.

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Les pédiatres et neurologues ne mâchent pas leurs mots. Le Dr. Rebecca Foljambe, pédiatre, témoigne des effets dévastateurs sur le développement physique et mental: anxiété et troubles de l’attention doublés au-delà de trois heures d’écran par jour. Le Dr. Ran Barzilay (Children’s Hospital of Philadelphia) lie également l’accès précoce aux jeux sur écrans à une hausse des risques de dépression, d’obésité et d’insomnies. Des neurologues pédiatriques alertent sur les conséquences des jeux vidéo à hautes doses sur un cerveau en développement: circuits de récompense dopaminergiques hyperstimulés, addiction comparable aux drogues ou à l’alcool, altération de l’attention et de la régulation émotionnelle. Le tableau est terrifiant. 

Snobisme chronologique

« L’homme moderne est l’esclave de la modernité : il n’est point de progrès qui ne tourne pas à sa plus complète servitude », écrivait Paul Valéry. Or l’école doit former des personnes libres, pas des adorateurs de leur propre asservissement ni des « élèves sensibilisés aux débouchés » d’une industrie quelle qu’elle soit. Elle doit donc se montrer critique vis-à-vis des lubies modernes. Pendant que la France dégringole dans les classements internationaux, on mise sur le ludique virtuel qui n’a jamais fait ses preuves. C’est la tendance qu’avait amorcée Najat Vallaud-Belkacem avec la mise en œuvre du « plan numérique » à l’école.

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Nous savons tous que le sport c’est l’effort, la discipline, la constance, qualités éminemment utiles dans la démarche d’apprentissage. Comme l’écrit Julia de Funès dans La Vertu dangereuse : « Une seule et unique vérité féroce gouverne le sport : celle du mérite. » Or celui-ci est aujourd’hui méthodiquement rejeté de l’école au profit de l’égalitarisme.

Nos responsables politiques nous rebattent les oreilles de leurs discours d’exigence et d’excellence puis décident, sans aucun débat public, de transformer les collèges en LAN parties1 subventionnées. Le progressisme, ce « snobisme chronologique2 » qui empêche l’école de jouer son rôle de transmission et de conservation civilisationnelle, est un fléau bien plus redoutable que l’obésité, surtout lorsqu’il est érigé en dogme par la caste au pouvoir.

La Grande Garderie

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  1. Tournois de jeux en ligne. ↩︎
  2. Expression que je dois à Clive Staples Lewis. ↩︎

Un mouton livré, une conscience apaisée: l’Aïd en France à l’ère de l’ubérisation

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Marseille, cité Bellevue, juin 2003 © SETBOUN PHOTOS/SIPA

Sur Internet, le site Kebchi permet aux musulmans pratiquants d’obtenir un sacrifice de mouton pour l’Aïd avec certificat de distribution et vidéo à la clé. Mais quand cet acte religieux devient une transaction numérique, dont on reçoit la quittance par email, quelque chose ne s’allège-t-il pas dans le rite, et n’est-ce pas précisément ce qui s’allège qui importait pourtant le plus? Analyse.


C’est un tract partagé par WhatsApp à une échelle presque industrielle qui est à l’origine de cette réflexion (voir ci-contre). Une carte soigneusement imprimée, au graphisme épuré, proposant, pour 159 euros, de faire sacrifier un mouton en Afrique subsaharienne pour l’Aïd al-Adha, avec vidéo nominative et certificat de distribution à la clé. L’entreprise s’appelle Kebchi. Elle se présente comme « l’association la mieux notée de France sur Google », se targue d’avoir organisé plus de 90 000 sacrifices, d’entretenir des partenariats avec plus de cent mosquées françaises et d’opérer dans six pays africains.

Son site, d’une facture digne des meilleures startups de la fintech caritative, affiche en temps réel le tableau des dons, un compteur de sacrifices, des témoignages-clients et des hadiths soigneusement sélectionnés pour asseoir la légitimité de la démarche. Ce tract n’est pas un détail anecdotique. Il est un symptôme.

Il en dit long de la recomposition profonde, silencieuse et accélérée de la religiosité musulmane en France, à l’intersection du capitalisme de plateforme, de la sécularisation ambiante et de la crise des institutions cultuelles traditionnelles. Pour en saisir la portée, il faut refuser deux facilités symétriques : ni la condamnation morale précipitée, ni la célébration naïve de la modernisation du religieux.

La contrainte structurelle qui a créé le marché

Commençons par l’honnêteté intellectuelle qui s’impose : Kebchi n’a pas inventé un besoin artificiel. Elle a comblé un vide réel. Dans les métropoles françaises, l’abattage familial est devenu quasi-impossible – interdit ou inaccessible du fait des normes sanitaires européennes, du manque d’espace urbain, de la saturation des abattoirs agréés et des contraintes techniques liées au respect scrupuleux des rituels de l’abattage. Les familles en appartement, les jeunes couples sans liens villageois, les classes moyennes précaires qui ne peuvent plus ni héberger un animal ni organiser la logistique d’un abattage traditionnel – tous ces ménages se trouvent face à une obligation religieuse que les circuits habituels ne permettent plus d’accomplir dans des conditions acceptables.

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Les mosquées auraient pu répondre à ce problème. Elles ne l’ont, dans l’ensemble, pas fait – du moins pas à l’échelle, pas avec la transparence, pas avec la traçabilité que les nouvelles générations exigent. C’est sur ce sol fertile que Kebchi a prospéré. La vidéo nominative envoyée par email, le certificat de sacrifice, la photo du mouton – tout ce que l’on peut être tenté de railler comme un gadget consumériste – est d’abord la réponse à une méfiance accumulée envers des circuits locaux soupçonnés d’opacité, de surfacturation ou parfois même de  non-respect de la norme religieuse. On ne juge pas Kebchi sans juger, dans le même mouvement, les défaillances institutionnelles qui lui ont ouvert la voie.

L’uberisation du rite ou la plateforme comme nouveau médiateur du sacré

Cela dit, la forme que prend cette réponse est révélatrice d’une mutation de nature, et pas simplement de degré. Ce qui s’opère avec Kebchi, comme avec d’autres acteurs de l’écosystème halal – cosmétiques islamiquement certifiés, finance sans intérêt packagée, tourisme « halal friendly », fast-food avec label de conformité – c’est une transformation de l’acte religieux en produit de consommation optimisé. Le vocabulaire du site en dit long : « parcours client fluide », « notation Google », « impact social maximum », « Sunna honorée ». Ces expressions ne sont pas anodines. Elles signalent que le rite sacrificiel est désormais pensé selon les catégories du commerce en ligne : expérience utilisateur, traçabilité, garantie de résultat, satisfaction client.

Le sociologue pourrait parler d’une uberisation du religieux, au sens précis où Uber a disrupté le taxi non pas en supprimant la course, mais en reconfigurant l’ensemble de la chaîne : plus d’intermédiaire traditionnel, algorithme de mise en relation, notation bilatérale, scalabilité infinie. Kebchi fait de même avec le sacrifice abrahamique : elle supprime le boucher de quartier et l’imam local comme médiateurs du rite, les remplace par une plateforme numérique dotée d’une légitimité double – technologique et jurisprudentielle – et reproduit l’opération des dizaines de milliers de fois par an, de Dakar à Kampala.

L’imam-entrepreneur ou la privatisation du sens

Ce qui distingue Kebchi d’un simple prestataire de services halal, c’est précisément cette légitimation jurisprudentielle qui est au cœur du modèle. À la tête de l’association : un imam. Autour d’elle : un réseau de prédicateurs, de mosquées partenaires, de références textuelles – le hadith d’At-Tirmidhi sur le sacrifice, le concept de wakala (délégation) qui autorise à confier le rite à un tiers. Cette mobilisation de l’autorité religieuse au service d’un modèle économique n’est pas un détail accessoire. Elle est la clé de voûte du dispositif.

Il y a là une figure nouvelle dans le paysage de l’islam de France : l’imam-entrepreneur, ou plus exactement le producteur de sens qui entre dans une alliance fonctionnelle avec des entrepreneurs économiques, pour offrir aux consommateurs musulmans ce dont ils ont besoin – une pratique dite « purifiée », conforme, éthique et suffisamment commode pour s’intégrer dans des vies modernes. Cette triade – producteurs de sens, entrepreneurs du halal, consommateurs en quête d’une religiosité apaisée – fonctionne comme un système auto-entretenu : la légitimation religieuse ouvre le marché, le marché finance la production de sens, qui ouvre d’autres marchés.

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Le phénomène dépasse largement le seul sacrifice de l’Aïd. Il traverse l’ensemble du marché halal, dont le volume en France et en Europe se compte en milliards d’euros. Des prédicateurs sont sollicités pour certifier des gammes de vêtements, des hôtels, des crèmes solaires ou des applications de rencontre. La jurisprudence islamique (dans le fond faible au regard des avis même juridique que considère que le sacrifice de l’Aïd n’est pas une Sunna Mu’akkadah « ensemble des traditions et pratiques du Prophète Muhammad qui sont fortement recommandées aux musulmans») devient un outil de différenciation commerciale, un avantage compétitif sur un segment de marché identifié. Ce qui était de l’ordre du sacré se convertit, progressivement, en marque de certification.

La sophistication graphique comme vecteur d’une religiosité de surface

Il faut dire un mot du design, parce qu’il n’est pas innocent. Le site de Kebchi, comme ceux de ses homologues dans l’écosystème halal, emprunte délibérément les codes visuels des plateformes de financement participatif les plus abouties comme Ulule, GoFundMe ou Kickstarter. Compteur en temps réel, paliers à débloquer, tableau des donateurs, galerie photo en défilement continu, témoignages vidéo, chiffres d’impact mis en scène. Ce n’est pas de la communication religieuse au sens traditionnel du terme. C’est du marketing émotionnel qui cible des publics identifiés : jeunes générations nées en France, femmes (généralement) en charge de l’organisation familiale, classes moyennes urbaines en quête d’une pratique halal qui soit à la fois éthique, commode et incontestable.

Les réseaux sociaux (TikTok, Instagram, Facebook) prolongent ce dispositif. Ils permettent une désintermédiation radicale : le fidèle n’a plus besoin de l’imam de sa mosquée, souvent perçu comme trop traditionnel, trop « docile » ou simplement trop peu disponible. Il accède directement, depuis son smartphone, à une offre religieuse packagée, certifiée et livrée dans les délais. La baraka à portée de clic !

Ce que cette recomposition dit de nous

On aurait tort de réduire ce phénomène à une dérive consumériste propre à l’islam. La même logique opère dans le judaïsme avec le marché casher, dans le christianisme évangélique avec ses produits « bénis », dans le bouddhisme de bien-être occidental. La marchandisation du religieux est un phénomène global, profondément lié à la montée de l’individualisme, à la fragmentation des appartenances communautaires et à la capacité du capitalisme à coloniser tous les espaces de sens.

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Mais cette banalisation comparatiste ne doit pas endormir la vigilance. Car ce qui se joue ici, au fond, c’est une question de définition de l’espace du sacré. Le sacrifice de l’Aïd est, dans la tradition islamique, un acte à la fois individuel et communautaire – un rappel de la soumission d’Abraham, un geste de redistribution aux démunis, une expérience partagée dans l’espace physique de la communauté et un moment participant du renforcement du lien social. Quand cet acte devient une transaction numérique dont on reçoit la quittance par email, quelque chose s’allège dans le rite, et c’est précisément ce qui s’allège qui importait le plus.

La vidéo de preuve, aussi bien intentionnée soit-elle, est révélatrice de cette réduction : elle transforme un acte de foi en une opération vérifiable, un engagement spirituel en une transaction dont on exige le justificatif. Elle déplace la question du rite « ai-je accompli cet acte d’adoration dans un esprit juste en souvenir d’Abraham ? », vers une question de traçabilité « ai-je la preuve que ça a réellement été fait ? ». Ce glissement, aussi discret soit-il, n’est pas anodin. Il décrit l’état d’une religiosité qui a perdu confiance en elle-même et qui cherche dans la certification externe ce que la conviction intérieure ne fournit plus.

La responsabilité des institutions

Ce n’est pas un procès à Kebchi qu’il faut instruire. L’entreprise répond à des besoins réels avec une efficacité que ses concurrents traditionnels n’ont pas su ni élaborer ni déployer. Mais c’est précisément à ce niveau là que réside le problème et la responsabilité. Si une plateforme numérique parvient à organiser en quelques années ce que les institutions cultuelles françaises n’ont pas structuré depuis plusieurs décennies, la question n’est pas celle de Kebchi : elle est celle des mosquées tout particulièrement et des instances représentatives musulmanes en général.

Les institutions religieuses musulmanes de France (grandes ou modestes, bien dotées ou sous-financées) ont longtemps pensé que leur rôle se limitait à la prière du vendredi, à l’enseignement coranique et à la gestion des obsèques. Elles ont abandonné, parfois par manque de moyens, souvent par manque de vision et conservatisme, des pans entiers de la vie religieuse des fidèles (le sacrifice, l’aumône organisée, l’accompagnement des rites de passage, la production des livres, la consommation, l’école, la médecine, l’art, la culture…) à des acteurs privés qui ont compris, eux, que la religiosité est aussi un espace à organiser, à structurer, à habiter en bonne intelligence avec le reste de la société. Le résultat, c’est ce que l’on voit aujourd’hui : des tracts distribués devant les mosquées pour capter, à leur sortie même, les fidèles que l’institution n’a pas su retenir dans son propre espace d’action.

La reprise en main n’est pas une question de concurrence commerciale. Elle est une question de cohérence théologique et de responsabilité communautaire et commune. Une mosquée qui laisse le marché définir à sa place les contours de la pratique religieuse de ses fidèles abdique quelque chose d’essentiel. Ce n’est pas l’efficacité de Kebchi qu’il faut imiter, c’est l’intuition qui la sous-tend et la mécanique qui la fait fonctionner : que les musulmans de France ont besoin d’institutions qui leur apport l’équilibre nécessaire entre leur vécu dans des espaces sécularisés et leur religiosité, et non les accompagnent dans les seuls moments liturgiques. Des institutions qui soient des lieux vivants du sacré et non des prestataires de services cultuels à temps partiel.

La guerre des écolos est déclarée!

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Laurent Lesage et François de Rugy. © D.R.

Si on ne veut pas que la raison se mette au vert, il faut que les Verts se mettent à la raison. Selon François de Rugy et Laurent Lesage qui refusent de laisser l’environnement aux militants, on ne sauvera pas la planète avec du catastrophisme racoleur ni de l’anticapitalisme bon teint. Sur leur chaîne YouTube « Et si l’économie sauvait l’écologie ? », ils rappellent que l’écologie a besoin de la science.


Causeur. François de Rugy, devant la commission d’enquête sur l’audiovisuel, vous avez affirmé que le traitement des questions écologiques dans l’audiovisuel public était plus porté sur l’émotion et le militantisme que sur la science. Le monde scientifique est-il épargné par le militantisme ?

François de Rugy. Que l’audiovisuel public confie ses émissions sur l’écologie à des militants, qui invitent des ONG sans leur porter la moindre contradiction, est problématique, d’autant plus que les scientifiques sont soit absents de ces émissions, soit eux-mêmes « engagés », comme ils disent. Que des politiques soient militants, c’est normal. Que des associatifs soient militants, c’est normal. Mais ni les journalistes ni les scientifiques ne devraient être militants. Cela nuit au débat public, car on ne sait plus si on a affaire à de l’information ou à de l’opinion.

Laurent Lesage. Il y a globalement un problème avec le traitement de l’information scientifique et environnementale sur les antennes du service public, et ça ne date pas d’hier. François et moi regardons souvent ces émissions. La liste des cas de désinformation que nous relevons ne cesse de s’allonger. Cela s’explique effectivement en partie par le militantisme d’un certain nombre de journalistes qui défendent l’écologie radicale ou décroissante. Mais c’est aussi lié à la course à l’audimat. Si vous êtes catastrophiste, si vous dénoncez de vilains industriels ou de vilains agriculteurs pollueurs, vous êtes assuré d’avoir de meilleures audiences.

Vous critiquez également la place accordée aux ONG. N’ont-elles pas un rôle positif dans la société ?

F. de R. Bien sûr que les associations ou les ONG contribuent au débat public, jouent un rôle de lanceurs d’alerte et proposent des solutions. Mais il y a deux problèmes. Le premier, c’est que ces ONG sont présentées dans un certain nombre de médias comme des experts alors qu’elles ne sont ni neutres ni impartiales et que, dans la plupart des cas, elles ont la même orientation : anti-entreprises, anticapitaliste, anti-économie de marché mais aussi, et c’est peut-être encore plus grave, anti-technologie. Cette technophobie est particulièrement problématique lorsqu’on veut relever les défis écologiques. Le second problème, c’est qu’un certain nombre de ces ONG utilisent l’écologie pour défendre d’autres causes. Greenpeace participe à la flottille pour Gaza, QuotaClimat, sous couvert d’analyser le traitement des enjeux climatiques dans l’audiovisuel, produit des publications contre Pierre-Édouard Stérin et Vincent Bolloré, ou sur des sujets qui n’ont rien à voir avec le climat. 

A lire aussi: Quand QuotaClimat entend « modeler » le paysage informationnel

Vous malmenez quelque peu la jeune icône écologiste Camille Étienne, ainsi qu’une autre vache sacrée de l’écologie française, Hugo Clément, avec qui vous ferraillez volontiers sur les réseaux sociaux. Auriez-vous déclenché « la guerre des écolos » ?

F. de R. Si guerre des écolos il y a, ce n’est pas de notre fait. En revanche, nous voulons qu’il y ait du débat. Nous affirmons qu’il y a plusieurs visions de l’écologie, pas seulement celle d’Europe Écologie Les Verts et des ONG. Sur l’énergie, il n’y a pas que Greenpeace, sur la forêt, il n’y a pas que Canopée. Et Hugo Clément n’a pas le monopole de l’écologie. Certes, il est assez habile pour défendre une écologie décroissante sans jamais le dire ouvertement. Nous espérons contribuer à ce que les masques tombent, à ce qu’il y ait de la confrontation d’idées. Malheureusement, nos contradicteurs n’aiment guère la critique, Hugo Clément l’a démontré ces derniers temps.

L. L. Dans une émission sur les PFAS, nous avons démontré l’existence d’une Sainte-Alliance qui communie dans leur diabolisation. Le député EELV Nicolas Thierry l’a révélée face caméra, alors que je l’interrogeais sur la loi dont il était le rapporteur. Il expliquait qu’une coalition s’était formée entre les élus EELV, des scientifiques, des ONG, des journalistes et bien entendu Camille Etienne. On voit bien qu’une espèce d’écosystème rassemble tous ces gens. Ceux qui, comme nous, refusent de s’inscrire dans cet espace de combat dont l’une des dimensions est l’anticapitalisme sont montrés du doigt alors qu’ils essaient, eux aussi, de faire avancer l’écologie. C’est la vocation de notre chaîne et cela le restera, peu importent les critiques.

Pouvez-vous nous donner un exemple des biais que vous avez observés ?

F. de R. Sur la question des pesticides, c’est frappant. Quand on s’informe dans les médias classiques, on ne peut qu’être convaincu que les pesticides donnent le cancer et même qu’ils sont responsables d’une explosion des cas de cancer. Dans notre dernière émission sur le sujet, nous donnons la parole à des spécialistes, à des médecins, à Agnès Buzyn qui a été ministre de la Santé et surtout présidente de l’Institut national du Cancer pendant cinq ans. Tous disent la même chose : il n’y a pas d’explosion de cas de cancer en France, il y a une augmentation des cas de cancer liés au vieillissement de la population. Quant au lien entre pesticides et cancer, ces experts affirment que s’il ne peut pas être exclu, il est aujourd’hui identifié comme ayant une portée minime, comparé aux autres causes bien connues du cancer et qui sont aujourd’hui complètement éclipsées du débat public : l’alcoolisme, le tabagisme, l’obésité et le manque d’activité physique. Ces sujets-là, nous les abordons avec des données scientifiques et avec une approche aussi neutre et impartiale que possible.

A lire aussi: Yves d’Amécourt, ou l’écologie contre les petits gardes rouges de l’effondrement

LL. Au même moment, France Télévisions a diffusé un numéro de « Sur le front », l’émission d’Hugo Clément, sur les pesticides. Dans la promo, il montrait une famille dont un enfant était mort du cancer et on expliquait que sa maladie était liée à l’exposition aux pesticides. D’un cas particulier dramatique, il concluait à l’existence d’un lien assez systématique entre l’exposition aux pesticides et les cancers. Or, répétons-le, ce lien, en l’état actuel des connaissances scientifiques, n’est en rien avéré.

Hugo Clément vous occupe beaucoup ! Il y a quelques années, il acceptait de débattre écologie avec Jordan Bardella, ce qui lui valut de nombreuses critiques de la part de ses pairs. Pourquoi ne pas l’inviter à débattre sur votre chaîne ?F. de R.

Eh bien, l’invitation est lancée ! Hugo Clément est notre invité pour débattre sur notre plateau dès qu’il le souhaite, comme Marine Tondelier, un militant de Greenpeace ou de Générations futures. Il serait dommage que nos débats n’aient lieu que par réseaux sociaux interposés

Dame Panot et la sottise dans son «entièreté»

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La députée d'extreme gauche Mathilde Panot invitée de "Le Média". Capture.

Identité. « La France blanche et chrétienne n’a jamais existé » avance la députée lfiste, invitée de la webtélé d’extrême gauche Le Media.


On a toujours quelque motif de satisfaction à écouter ce que raconte Madame la députée Mathilde Panot, présidente du groupe parlementaire LFI à l’Assemblée nationale.

Dans un moment de notre histoire où nous sommes en quête de réels talents comiques, cette élue de la nation me paraît être une sorte de « divine surprise ». Je sais que le recours à cette expression due à Charles Maurras saluant l’avènement de Philippe Pétain aux affaires du pays sera particulièrement agréable à celle dont il est ici question…

Pas d’amalgame !

En effet, j’avoue que, fort souvent, elle me fait rire, tant l’ineptie à ce point assumée, si péremptoire et si crânement exposée, me semble relever du prodige.

Dernier sketch hilarant en date, sa brillantissime analyse sur la France. La France, son histoire, son identité. Cela valait la peine, le répèterais-je jamais assez ? – d’être écouté. Les Georges Duby, les Fernand Braudel, les Jacques Le Goff, et tant d’autres, les voilà renvoyés à leurs chères études, ces ignares, ces béotiens, ces mous du bulbe ! Dame Panot en quelques mots a su faire table rase de leurs travaux, et, avec l’autorité naturelle, l’assurance, la suffisance dans le ton qu’on lui connaît, elle aura clos une fois pour toutes le si riche débat sur les sources identitaires du pays et de son peuple.

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La Pic de Mirandole en jupons de la France Insoumise n’y va pas par quatre chemins. Selon elle, « la France blanche et chrétienne n’a jamais existé. » Bien entendu, cette joyeuse ânerie n’est là que pour, en préambule, nous vendre la grande trouvaille mélenchonienne qu’est le concept de « Nouvelle France ». Concept sublime, selon la même Dame Panot, puisqu’il vise à fédérer, amalgamer, fondre dans une seule et unique identité les diverses populations du pays dans (je cite) « leur entièreté ».

Ah, le beau mot d’entièreté ! D’où sort-il ? Je ne sais pas trop. En revanche je crois savoir qu’il a aujourd’hui la faveur des blablateurs de plateau tv et radios soucieux de paraître à la pointe de ce qui se fait. On serait dans le barbarisme que cela ne m’étonnerait pas. Là où les substantifs « entier » ou « intégralité » feraient non seulement très bien l’affaire mais de surcroît respecteraient la langue, pourquoi donc aller convoquer cette horreur d’entièreté ? Pour Madame Panot, la raison est toute simple : se pousser du col, donner à croire qu’on pense et qu’on pense fort, qu’on est à la pointe des avancées de la connaissance et du langage. Cela impressionne probablement dans les banlieues et ailleurs. Ou pas.

Donc, selon elle, la France chrétienne et blanche n’aurait jamais existé.

La France aux 36 000 clochers

Il conviendrait assez, me semble-t-il que Dame Panot sorte de temps à autre du cocon mélenchonien où son ébouriffante intelligence donne à présent maints signes de s’étioler. Elle devrait se mettre à parcourir la France des villes, des villages, des bourgades. Là où, le plus souvent au centre et surmonté d’un fier clocher, lui-même agrémenté d’un coq, s’élève un monument des plus bizarres appelé tout aussi bizarrement église. Allez savoir pourquoi ! Pour ma part je serais bien obligé à Madame Panot de nous expliquer ce pourquoi, l’origine de cet étrange édifice, puisque, à l’en croire, ce n’est pas du côté d’une France chrétienne qu’il faudrait aller chercher les réponses. (D’ailleurs, elle le déclare tout net : cette notion de France chrétienne n’est qu’un abject fantasme véhiculé par l’extrême droite. Puisqu’elle le dit…)

A lire aussi: Immigration et démographie urbaine: les cartes à peine croyables de France Stratégie

Même chose pour l’affirmation qui veut que la France blanche n’ait jamais existé. Avec cette autre stupidité, Dame Panot, mine de rien, se fait complotiste. Et complotiste grave ! Car il faut bien qu’il y ait eu conspiration, qu’il y ait eu complot pour que, en autant de siècles, que ce soit par la peinture, le dessin, la photo on s’en soit tenu à ne représenter que sous les traits d’individus de complexion blanche les gens de chez nous. Pour ne citer qu’un seul exemple, je renvoie aux peintures champêtres des impressionnistes, genre « déjeuner sur l’herbe », etc. Quelle horreur ! Que des blancs et des blanches !

Voulez-vous que je vous dise, si j’étais Dame Panot, j’exigerais la purge générale de nos musées, puisqu’ils ne nous livrent que la représentation fallacieuse d’une réalité qui n’a jamais existé. Que sont-ils donc, sinon les temples du déni, les sanctuaires de la plus odieuse, la plus ignoble des manipulations de masse ? Hâtons-nous d’y foutre le feu, camarades !

Pour un prochain prix Nobel, il n’y a pas à dire, il faudra penser à cette haute intelligence. Catégorie inepties en tout genre. Ou sottise en majesté. Enfin, un truc comme ça…

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Les Palestiniens: de Cannes à Jénine

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Le mannequin américain Bella Hadid arrive à la première de « La Bataille de Gaulle : L'Âge de fer » lors du 79e Festival de Cannes, le 20 mai 2026. © Dave Bedrosian/Future Image/Cover Images/SIPA

Le monde a refusé aux Palestiniens la paix, parce que la paix aurait exigé une vérité insupportable: Israël ne disparaîtrait pas. Et on a refusé aux Palestiniens une vie normale parce qu’un peuple vivant normalement intéresse moins le monde qu’un peuple éternellement blessé… Le conflit israélo palestinien est une guerre de territoires sans fin dont certains parlent inlassablement entre deux coupes de champagne.


À Cannes, sous les éclairs blancs des photographes, Bella Hadid avançait comme une princesse orientale sortie d’un conte moderne. Les robes semblaient venues d’un autre monde que celui dont elle parlait parfois avec émotion devant les caméras. Les diamants étincelaient sur sa peau nue tandis que les journalistes occidentaux murmuraient le mot « Palestine » entre deux cocktails et trois publicités pour des parfums de luxe. Derrière elle, la Méditerranée scintillait paisiblement sous les lumières du festival de Cannes, cette mer même où tant d’hommes du Levant avaient autrefois embarqué comme pêcheurs, dockers ou migrants anonymes bien avant que le XXe siècle ne transforme leur histoire en religion politique.

Propagandes

Sa sœur Gigi Hadid posait elle aussi pour les magazines du monde entier. Leur père, Mohamed Hadid, milliardaire de l’immobilier californien, vivait parmi les villas géantes, les piscines suspendues et les fortunes américaines. Et pourtant, au milieu de ce luxe presque obscène, revenait sans cesse le mot magique : Palestine. Comme un talisman moral. Comme une blessure héréditaire devenue passeport symbolique dans l’Occident sentimental.

Pendant ce temps, d’autres Palestiniens grandissaient au milieu des humiliations, des pénuries, des murs lépreux, des affiches de martyrs et des colères transmises comme un héritage familial. Les unes défilaient à Cannes ; les autres enterraient leurs morts. Entre ces deux mondes circulait pourtant la même clé rouillée du retour, suspendue au cou des enfants comme une relique sacrée.

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La même fracture traversait déjà la dynastie de Yasser Arafat. Tandis que des générations entières vivaient dans des camps devenus des villes de béton, sa femme Suha Arafat menait une existence fastueuse entre Paris, Tunis, Malte et les monarchies du Golfe, entourée d’argent, de privilèges et de protections. Leur fille Zahwa Arafat grandissait loin des foules misérables qui nourrissaient pourtant la légende nationale palestinienne. Ainsi prospérait cette étrange noblesse révolutionnaire : les riches de l’exil parlant au nom des pauvres du malheur.

Car la Palestine moderne possède désormais deux aristocraties contradictoires : celle des célébrités mondiales qui pleurent un pays depuis les terrasses de Malibu ou les marches de Cannes, et celle des chefs politiques milliardaires qui ont bâti leur puissance sur une blessure qu’ils ne peuvent ni guérir ni laisser mourir.

Puis viennent les autres. Les pauvres immobiles. Les humiliés utiles.

Sous les derniers Ottomans puis sous les Anglais, ils étaient des Arabes parmi les Arabes : familles de paysans, bédouins nomades du Levant, commerçants, pêcheurs, clans dispersés entre les villages pierreux, les faubourgs poussiéreux de Jérusalem, Jaffa, Naplouse ou Haïfa. Ils n’étaient pas encore ce peuple mythique que le XXe siècle allait fabriquer dans le feu des guerres, des humiliations et des propagandes. Car le siècle moderne adore créer des nations à partir des blessures, comme les anciens empires fabriquaient des religions avec des martyrs.

Figure sacrée

Alors naquit le Palestinien. Non seulement un homme, mais une figure sacrée. Une plaie vivante. Une identité construite autour d’un manque, d’une perte, d’un retour impossible devenu le cœur même de l’existence. On suspendit au cou des enfants la vieille clé rouillée des maisons perdues comme d’autres suspendent un crucifix ou une amulette. La clé du retour. Mais cette clé n’ouvrait déjà plus aucune porte. Elle ouvrait seulement les tombeaux de la mémoire.

On leur apprit très tôt qu’ils n’étaient pas faits pour vivre là où ils étaient, mais pour revenir ailleurs. Revenir dans des villages disparus. Revenir dans un passé devenu religion politique. Ainsi grandirent des générations entières dans l’attente d’une revanche impossible.

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Les riches, eux, partirent souvent loin du désastre qu’ils invoquaient sans cesse. Londres, Paris, Doha, New York. On les retrouve aujourd’hui dans les universités américaines, les hôtels de luxe, les plateaux de télévision et les conférences humanitaires où l’on parle de révolution entre deux coupes de champagne. Ils parlent du retour avec émotion, mais leurs enfants parlent anglais, fréquentent les meilleures écoles et vivent derrière les vitres fumées des quartiers riches. Certains n’ont jamais revu les ruelles qu’ils évoquent les yeux humides devant les caméras occidentales.

Et puis il y eut les autres. Les pauvres immobiles. Les humiliés utiles. Ceux qu’on conserva dans les camps comme on entretient une blessure afin qu’elle ne cicatrise jamais. Le monde arabe construisait des tours de verre, des palais et des autoroutes, mais le Palestinien devait demeurer réfugié. Réfugié éternel. Car un Palestinien qui devient simplement un citoyen arabe ordinaire cesse d’être une arme politique.

Alors les camps devinrent des villes sans jamais perdre leur nom de camps. Des quartiers de béton, grouillants, commerçants, parfois moins misérables que tant de villes d’Égypte ou du Maghreb où des millions d’Arabes vivent dans une pauvreté sans photographes ni journalistes étrangers. Mais il fallait conserver le décor du malheur. Chaque mur fissuré, chaque enfant pieds nus, chaque ruelle sombre rapportait davantage à la cause que mille usines ou écoles. Ainsi prospéra une étrange aristocratie révolutionnaire : milliardaires de l’exil gouvernant des pauvres condamnés à attendre.

Palais climatisés

On leur enseigna moins la construction que le ressentiment. Moins le travail que le sacrifice. Moins la vie que le martyre. Dans les écoles, les chansons, les affiches et les prêches, la mort devint parfois plus noble que l’existence elle-même. Le martyr souriait sur les murs. Le chef, lui, vivait dans les palais climatisés du Golfe. Entre les deux : la foule maigre, les familles enterrant leurs enfants, les jeunes hommes consumés de colère, de frustration et d’humiliation.

Et derrière toute cette tragédie se cachait une croyance plus profonde encore : le Juif devait rester faible. On leur avait raconté pendant des générations que les Juifs étaient faits pour subir, négocier, pleurer ou fuir. Qu’ils accepteraient toujours la condition ancienne du soumis toléré, du dhimmi prudent, ou celle du persécuté européen montant silencieusement dans les wagons de l’Histoire. Mais voici qu’apparut un Juif nouveau : armé, souverain, brutal parfois, vivant surtout. Un Juif qui ne demandait plus pardon d’exister. Le choc fut immense. Car le monde aime souvent les Juifs morts. Les Juifs des cimetières, des musées, des violons tristes et des commémorations. Mais le Juif qui construit des chars, ferme des frontières et répond à la violence devient aussitôt obscène. Il détruit le vieux scénario où il devait rester éternellement victime.

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Alors la tragédie palestinienne prit un visage encore plus cruel : celui d’un peuple pauvre sacrifié à une guerre que ses chefs n’avaient jamais réellement l’intention de gagner, mais qu’ils ne pouvaient pas non plus laisser mourir. Car leur pouvoir, leur fortune et parfois leur prestige reposaient sur cette blessure ouverte.

On a refusé aux Palestiniens la paix parce que la paix aurait exigé une vérité insupportable : Israël ne disparaîtrait pas. Et l’on a refusé aux Palestiniens une vie normale parce qu’un peuple vivant normalement intéresse moins le monde qu’un peuple éternellement blessé.

Ainsi continue cette longue procession de fantômes : les riches de l’exil parlant de sacrifice dans les salons occidentaux, les enfants portant des clés rouillées comme des nœuds de pendus, les ruines exhibées au monde, et en face un peuple juif qui refuse désormais de mourir.

Voilà peut-être le cœur secret de cette tragédie sans fin. Non seulement une guerre de territoires. Mais la rencontre impossible entre un peuple élevé dans le rêve du retour absolu et un autre qui a juré, après des siècles de massacres et d’humiliations, qu’il ne disparaîtrait plus jamais.

La société malade

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Immigration: le réveil bien tardif des Hibernatus

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Le ministre de la Justice Gérald Darmanin et le Premier ministre Sébastien Lecornu à l'Assemblée nationale, le 19 mai 2026 © Jeanne Accorsini/SIPA

Selon Gérald Darmanin, les thèses racialistes de l’extrème gauche nous mènent au pire. Constatant que « l’absence, par certains étrangers, de respect des valeurs d’intégration et d’assimilation pose problème », le ministre de la Justice propose un moratoire de trois ans sur l’immigration. Mais, selon notre chroniqueur, il ne faut plus rien attendre des hussards de la onzième heure du « bloc central ».


Quand Hibernatus fait de la politique, cela donne Gérald Darmanin. Dans le JDD, le ministre de la Justice a déclaré : « Nous sommes arrivés à la limite de nos capacités d’intégration et d’assimilation. J’ai donc désormais une conviction très forte : il faut mettre fin à l’immigration telle qu’elle est aujourd’hui ». Il propose un moratoire de trois ans sur l’immigration légale, des quotas limitatifs, la fin du regroupement familial pour les visas de travail, une exigence accrue pour les expulsions (OQTF).

Ensauvagements

Bref, le ministre de la Justice promet, à quelques mois de la présidentielle, ce que le même, à l’Intérieur, se refusait d’envisager dans sa glaciation idéologique. Mais comment prendre au sérieux ces briseurs de tabous du dimanche ? Ils découvrent, avec quarante ans de retard, les catastrophes d’une immigration invasive et souvent colonisatrice dont ils niaient jusqu’alors l’existence, soucieux de se fondre dans le chœur bien-pensant. La violence qui s’étend en France, jusque dans les petites communes, n’est pas seulement le fait de voyous majoritairement issus de la diversité sacralisée. L’insécurité est d’abord et avant tout le résultat d’un demi-siècle d’incompétences et de lâchetés de dirigeants clonés craignant de « faire le jeu de Marine Le Pen » ou de déplaire au progressisme cosmopolite. Ce week-end, la canaille de Nantes et de Saint-Nazaire a débarqué par TER à La Baule, naguère paisible cité balnéaire à clubs Mickey, pour y semer des désordres sur le remblai. Samedi, les forces de l’ordre parisiennes seront sur les dents dans la perspective de probables émeutes liées à la finale de football de la Ligue des champions qui opposera le PSG à Arsenal, à Budapest. Dans ces ensauvagements, la véritable extrême droite y trouve sa place quand des supporteurs de Nice ont aussi semé la haine dans un quartier de Paris le 21 mai.

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LFI : « La France blanche et chrétienne n’a jamais existé »

Rien n’est à attendre des hussards de la onzième heure. Darmanin et ses amis du bloc central, à peine extraits de leur pétrification mentale, n’auront jamais un mot pour s’excuser des calamités sécuritaires et civilisationnelles qu’ils ont causé en restant sourds aux lanceurs d’alertes. Pour avoir été de ceux-ci depuis les années 90, je n’oublie rien des critiques et ricanements portés sur mon « idée fixe ».

Heidegger avait vu juste : « Penser c’est se limiter à une unique idée, qui un jour demeurera comme une étoile au ciel du monde ». Mais que de temps perdu ! Que de saccages rendus possibles ! L’immigration de masse a affaibli la cohésion nationale et l’économie.

Pourtant, les militants en sciences sociales soutiennent que tout va bien. Dans Le Monde du 22 mai, les signataires d’une étude de l’Ined se félicitaient de l’émergence d’identités « ethnicisées et racialisées » tournant le dos à la vision « assimilationniste simpliste qui voudrait que les rapports aux origines se diluent au fil des générations[1] ».

Cette « nouvelle France » islamisée est celle que Jean-Luc Mélenchon veut promouvoir, le 7 juin à Saint-Denis, devant la basilique des rois de France, en rassemblant ses troupes. Pour lui « la ruralité n’existe plus ». Mathilde Panot insiste : « La France blanche et chrétienne n’a jamais existé ». Ces fossoyeurs voient les Français indigènes comme des morts-vivants.

LFI devrait se méfier de leurs réactions. Les 20000 jeunes pèlerins de Chartres ont témoigné, parmi d’autres signes, de la renaissance qui vient.

La révolution des oubliés

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[1] https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/05/20/immigration-un-grand-brassage-mais-des-inegalites-persistantes_6691739_3224.html

The Perfect Woman (ou presque)…

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La DJ Barbara Butch photographiée à Paris en février 2025 © SADAKA EDMOND/SIPA

La venue de la DJ Barbara Butch à Grenoble suscite la polémique. L’artiste doit se produire lors du festival Cabaret Frappé à la mi-juillet, mais la section locale de La France insoumise appelle au boycott de la musicienne en raison de sa signature d’une tribune contre l’antisémitisme.


La gauche militante la tenait, son icône chimiquement pure : la figure de proue tant recherchée de toutes les luttes intersectionnelles, comme ils disent.

 
 
 
 
 
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Elle s’appelle Barbara Butch. Elle officie en tant que DJ, non sans succès apparemment. Elle est de surcroît victime d’une double discrimination : l’une en tant que personne de forte corpulence, et donc en butte à la grossophobie ; l’autre parce qu’elle est lesbienne, et par conséquent la cible d’insultes et de comportements homophobes, en l’occurrence lesbophobes. Cette jeune personne cochait donc a priori toutes les cases pour représenter à la perfection les combats de la gauche extrême en faveur des minorités en souffrance, celles que notre société épouvantablement patriarcale et débile n’a de cesse de maltraiter, comme chacun le sait bien.

Elle pouvait en effet incarner ce porte-oriflamme idéal, d’autant plus qu’on l’avait vue en majesté lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, à l’été 2024. Elle dominait de toute son imposante personne cette scène de banquet qui, quoi qu’on ait tenté de nous faire accroire depuis, évoquait bel et bien la Cène, le dernier repas du Christ au milieu de ses Apôtres. Il paraît qu’on se mettait le doigt dans l’œil. C’est ainsi que Laurent Joffrin peut écrire encore aujourd’hui, dans un édito récent de son Libre Journal : « banquet qu’on avait abusivement assimilé à la Cène ». Ce qui, ajoute-t-il, « avait mis en rage l’extrême droite. »

Abusivement ? À quoi d’autre pouvait donc bien renvoyer ce tableau allégorique, si ce n’est à la Cène ? Et surtout, pourquoi ce choix qui allait inévitablement blesser certaines sensibilités ? Sur ce point, M. Joffrin, comme les décisionnaires de la cérémonie en question, restent obstinément muets. De même, ne se montrent-ils pas beaucoup plus diserts lorsqu’on exige d’eux qu’ils précisent pour quelle raison ils n’ont guère retenu de la Révolution française que la décapitation de la reine Marie-Antoinette. Le martyre d’une femme, exposé complaisamment lors d’une célébration officielle destinée à être retransmise de par le vaste monde, y compris dans des contrées comme l’Iran, l’Afghanistan, etc., où, nul ne l’ignore, la femme en tant que telle est à la noce chaque jour que Dieu fait. Passons sur ces broutilles.

A lire aussi: Carnet de bord d’une gauche déboussolée

Donc, notre Barbara Butch était alors à son zénith. Mais voilà bien que, plombant radicalement ces incontestables mérites et qualités, on lui découvre des origines juives. Non seulement des origines, mais une réelle tendance à s’inquiéter de la montée de l’antisémitisme dans notre pays, puisqu’elle est allée jusqu’à signer une tribune de soutien à la proposition de loi contre l’antisémitisme portée par la députée macroniste Caroline Yadan.

Dès lors, la voilà, la pauvre Barbara, qui, d’un coup d’un seul, passe du camp des victimes à celui des coupables. LFI lui crache dessus. Elle a droit à une nouvelle variété d’insultes et la section féminine du parti mélenchoniste de Grenoble n’hésite pas à appeler au boycott de la jeune femme lors de sa venue dans cette bonne ville.

Pauvre personne. On compatit volontiers. On compatit, mais on n’est guère surpris : nous savions pertinemment que le pire des racismes, dans sa forme la plus perverse, la plus hypocrite, se pare le plus souvent du masque et des grimaces de l’antiracisme. Nous en avons là, avec et grâce à la « mélenchonnerie » décidément très en verve, un énième et magnifique exemple.

Soudain, un frisson d’effroi me saisit. Imaginons un instant qu’on en vienne à découvrir quelque ascendance juive à M. Mélenchon lui-même, ce qui, à la vérité, ne serait guère étonnant, puisqu’il ne cesse de se flatter d’être de souche maghrébine – le Maghreb, le Maroc, là où plus que partout ailleurs sans doute, se sont mêlés les sangs coloniaux, juifs, arabes… Ce serait amusant, n’est-ce pas ? Mélenchon, une ascendance juive. Comme notre Barbara. Comme aussi Jésus et Karl Marx. À mourir de rire, vous dis-je.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Deux étés à Zaporijjia: comment la guerre en Ukraine a changé de visage

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Un secouriste s’éloigne d’un camion-citerne en feu, après une attaque de drone russe à Zaporijjia, en Ukraine, le 15 mai 2026 © D. Smolienko / UKRINFORM/SIPA

Les drones permettent aujourd’hui à l’Ukraine de perturber le corridor logistique russe vers la Crimée, un objectif stratégique que les colonnes blindées traditionnelles n’avaient pas réussi à atteindre lors de la contre-offensive de 2023. Gil Mihaely raconte.


Au printemps 2026, dans le sud de l’Ukraine, des drones ukrainiens frappent régulièrement les infrastructures logistiques russes reliant Rostov-sur-le-Don aux territoires occupés puis à la Crimée. La route R-280 dite « Novorossiya », devenue depuis quatre ans un axe vital pour l’effort de guerre russe, se trouve désormais sous pression. Les autorités russes ont dû restreindre la circulation civile sur certains tronçons face au risque permanent d’attaques aériennes ukrainiennes. Une situation qui présente une ironie stratégique remarquable. Car cet objectif militaire n’est pas nouveau. Il était déjà au cœur de la grande offensive ukrainienne de l’été 2023. À l’époque, Kiev voulait atteindre la mer d’Azov à l’ouest de Berdiansk afin de couper le corridor terrestre russe vers la Crimée. L’opération échoua. Trois ans plus tard, ce que les colonnes blindées ukrainiennes n’avaient pas réussi à accomplir semble partiellement devenir possible grâce aux drones.

Pour comprendre la situation actuelle, il faut revenir à l’été 2023. À l’automne précédent, l’Ukraine avait connu ses plus grands succès militaires depuis le début de l’invasion russe. Après avoir remporté la bataille de Kiev en février-mars 2022, les forces ukrainiennes, dans la région de Kharkiv d’abord, puis autour de Kherson, avaient repris plusieurs milliers de kilomètres carrés. L’enthousiasme dominait à Kiev comme dans les capitales occidentales. L’idée qu’une victoire ukrainienne pouvait être obtenue par des opérations offensives classiques s’imposait progressivement.

La perspective d’une grande contre-offensive prit alors forme. Son objectif principal était situé dans la région de Zaporijjia. Le plan consistait à progresser vers Tokmak puis Melitopol afin d’atteindre la mer d’Azov. Une telle percée aurait coupé le corridor terrestre reliant la Russie continentale à la Crimée occupée. Depuis février 2022, cet axe était devenu essentiel pour Moscou. Munitions, carburant, pièces détachées, renforts humains, tout transitait largement par cette continuité territoriale obtenue au prix des conquêtes russes du sud.

Nouveaux obstacles

Le débat stratégique entre Washington et Kiev fut intense. Les responsables militaires américains privilégiaient une offensive concentrée sur un axe principal afin de maximiser les chances d’obtenir une rupture opérationnelle. Plusieurs responsables du Pentagone considéraient qu’une dispersion des forces ukrainiennes réduirait fortement les probabilités de succès. Les dirigeants ukrainiens voyaient la situation différemment. Craignant des attaques russes sur d’autres secteurs du front et soucieux de préserver des réserves, ils préféraient répartir davantage leurs moyens.

L’Ukraine engagea néanmoins des ressources considérables. De nouvelles brigades furent entraînées en Europe selon des standards occidentaux. Les livraisons de matériel lourd s’accélérèrent. Les chars Leopard 2 allemands et les véhicules Bradley américains arrivèrent ainsi que des chars Challenger britanniques. L’espoir était clair : reproduire, à plus grande échelle, la dynamique de Kharkiv.

Mais entre novembre 2022 et juin 2023, le champ de bataille avait profondément changé. Pendant des mois, la Russie avait préparé ses défenses. Les images satellites montraient l’apparition progressive de plusieurs lignes fortifiées successives. Des champs de mines massifs furent déployés. Des fossés antichars furent creusés. Des réseaux de tranchées se multiplièrent. Les fameuses « dents du dragon » apparurent sur des dizaines de kilomètres. L’armée russe avait également renforcé son artillerie et préparé l’emploi systématique d’hélicoptères d’attaque, notamment les Ka-52, qui jouèrent un rôle important contre les blindés ukrainiens.

Les premiers jours de l’offensive révélèrent immédiatement la difficulté de l’entreprise. En juin 2023, plusieurs attaques mécanisées ukrainiennes subirent des pertes importantes dans la région d’Orikhiv. Des véhicules occidentaux furent détruits ou endommagés. Les images de Bradley immobilisés et de Leopard touchés circulèrent rapidement. Ces pertes furent parfois instrumentalisées politiquement, mais elles révélaient une réalité plus profonde : le modèle de guerre mobile imaginé à partir des expériences de 2022 rencontrait désormais des obstacles majeurs.

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Le problème n’était pas uniquement russe. La guerre elle-même évoluait. L’omniprésence des drones de reconnaissance rendait les concentrations de forces beaucoup plus visibles. La surveillance permanente du champ de bataille réduisait considérablement l’effet de surprise. Les véhicules détectés devenaient rapidement des cibles pour l’artillerie. Les opérations mécanisées classiques se heurtaient à une densité de détection et de feu rarement observée depuis la Seconde Guerre mondiale.

L’Ukraine adapta progressivement ses méthodes. Les grandes manœuvres blindées laissèrent davantage place à une progression lente, prudente, souvent menée par de petits groupes d’infanterie. Quelques gains furent obtenus. Robotyne fut reprise en août 2023. Certaines lignes russes furent percées localement. Mais le rythme demeurait insuffisant.

À l’automne 2023, le constat s’imposa progressivement. L’objectif stratégique principal ne serait pas atteint. La grande offensive ukrainienne avait échoué à atteindre la mer d’Azov. Elle marqua également la fin d’une période particulière du conflit. Depuis les succès spectaculaires de Kharkiv et Kherson, l’Ukraine n’a plus retrouvé la même capacité de reprise territoriale rapide. La Russie, de son côté, adapta progressivement sa stratégie à ses avantages structurels.

Avantages russes

Le premier est démographique. Moscou dispose d’un réservoir humain supérieur. Le deuxième est industriel. Malgré les sanctions occidentales, la Russie a réussi à accroître fortement certaines productions militaires. Obus d’artillerie, drones, missiles, véhicules rénovés, équipements électroniques, une partie importante de l’économie a progressivement été réorientée vers l’effort de guerre. Le troisième est économique. Les prévisions occidentales d’effondrement rapide ne se sont pas réalisées. Les exportations énergétiques russes se sont réorganisées vers l’Asie. Les capacités d’adaptation logistique ont été plus importantes qu’anticipé.

Pendant ce temps, l’Ukraine demeure dépendante de ses soutiens occidentaux pour ses munitions, ses systèmes de défense aérienne, ses véhicules spécialisés et une partie importante de son financement. Pourtant, l’évolution technologique du conflit produit aujourd’hui un paradoxe remarquable.

Au printemps 2026, l’objectif central de la contre-offensive de 2023 réapparaît sous une autre forme. Non plus grâce aux brigades blindées mais grâce aux drones. L’Ukraine a considérablement développé sa capacité de frappe à longue distance. Drones FPV, drones d’interdiction logistique, frappes profondes contre dépôts, infrastructures ferroviaires et convois modifient progressivement les équilibres opérationnels.

La route R-280 reliant Rostov aux territoires occupés du sud représente aujourd’hui un axe logistique majeur pour Moscou. Or les frappes ukrainiennes compliquent désormais son utilisation. Là où l’Ukraine cherchait autrefois à couper physiquement le corridor terrestre, elle tente désormais d’en réduire l’utilité opérationnelle. Cette évolution illustre une transformation plus profonde.

La guerre industrielle classique n’a pas disparu. L’artillerie reste centrale. Les blindés demeurent importants et les effectifs humains continuent de peser lourdement. Mais une nouvelle couche technologique transforme l’ensemble. Le drone est devenu à la fois capteur, arme, moyen de correction d’artillerie et outil d’interdiction logistique. La capacité ukrainienne repose également sur un autre élément souvent moins visible : les communications.

Le réseau Starlink a joué un rôle majeur depuis 2022. La résilience des communications ukrainiennes, la coordination tactique, la transmission rapide d’informations et le pilotage d’une partie des systèmes sans pilote ont bénéficié de cette infrastructure satellitaire. Cet avantage technologique a profondément influencé certaines dimensions du conflit.

La Russie s’est adaptée à son tour. Production massive de drones FPV. Renforcement de la guerre électronique. Développement de drones guidés par fibre optique afin d’échapper au brouillage. Industrialisation accélérée de nouvelles capacités.

Trois ans après la contre-offensive de Zaporijjia, la leçon apparaît plus clairement. L’Ukraine de 2023 tentait encore de gagner une guerre du XXIe siècle avec certains outils conceptuels hérités du XXe. L’Ukraine de 2026 cherche désormais à atteindre les mêmes objectifs par des moyens profondément différents. Et cette évolution pourrait bien constituer l’une des transformations militaires majeures de notre époque.

La culture du combat en Israël

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Mirwais et la fabrique du vide contemporain

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Le musicien français Mirwais © Séguier

À l’occasion de la parution de Nihilium aux Éditions Séguier, Mirwais, figure incontournable de la scène artistique française et compositeur de renom, signe un texte d’une noirceur satirique féroce. L’ancien guitariste de Taxi Girl et producteur de Madonna délaisse ses machines pour livrer un roman clinique et désenchanté, qui radiographie sans concession les impasses politiques et existentielles d’une génération Z prise au piège de la société du spectacle.


Nihilium frappe d’abord par son architecture verbale. Mirwais y forge un idiolecte composite mêlant argot urbain, langue des réseaux, hispanismes et résidus du Nadsat d’Anthony Burgess. Cette langue artificielle installe une distance clinique. Le narrateur Juan Nihilski s’exprime dans un flux fragmenté, symptôme d’une conscience saturée par les flux numériques et les paradis artificiels : « Je me réveille d’un coup, avec un gros dégoût en moi, viddying bien ce que j’ai gobé… ». L’alternance entre trivialité brutale et références savantes déstabilise. La langue cesse d’être un outil, elle devient le symptôme d’une culture disloquée, un idiome qui accompagne la disparition du réel.

Radicalisation et dépolitisation

Sur le plan politique, le roman dresse le portrait d’une jeunesse radicalisée mais profondément dépolitisée. Juan Nihilski incarne ce basculement : de la contestation sociale vers un nihilisme esthétique. L’émeute n’est plus un levier collectif, mais une performance individuelle, un espace de jouissance et de prédation. Mirwais cible avec précision les dérives d’une contestation devenue posture, renvoyant dos à dos parents anesthésiés par les écrans et violence fétichisée des Black Blocs.

La trajectoire de Juan constitue le cœur du récit. Elle est linéaire, implacable : de la subversion marginale à la complicité d’État. D’abord prédateur nocturne sous uniforme anonyme, il incarne un anarchisme de surface où casser et voler tiennent lieu de pensée. Mais cette révolte contient déjà sa capitulation. Juan ne hait pas le système marchand, il le désire. Fasciné par ses signes extérieurs, il cherche à en capter la puissance. Sa quête n’est ni morale ni politique : elle est celle de la domination et de la visibilité. « Moi, je voulais être politikon célèbre… »

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Après son arrestation place de la Nation, la bascule s’opère sans heurt. Introduit dans les cercles du pouvoir, Juan n’a rien à apprendre. Le voyou et le technocrate partagent une même logique: mépris des “gens honnêtes” et culte de la mise en scène. Du jogging noir au costume de conseiller, il n’y a pas de rupture morale. Le roman révèle ainsi une continuité troublante: le nihilisme des barricades et le cynisme institutionnel relèvent d’un même régime de pensée. L’État ne réprime plus la révolte, il la récupère et la transforme en spectacle.

L’ombre de William S. Burroughs

Cette vision s’inscrit dans un imaginaire nourri de science-fiction postmoderne. Le rapport de Juan au réel est profondément dickien : le monde n’est qu’un empilement d’illusions. « La réalité, c’est tout ce qui revient chaque den’ au même endroit. » Dans cet univers instable, saturé de drogues de synthèse, toute morale devient caduque. Si le réel n’est qu’un décor, alors violence, pillage ou trahison ne sont que des interactions sans poids. L’ombre de William S. Burroughs plane également sur le texte, renforçant l’idée d’un Occident en phase terminale, où la liberté dérive vers un contrôle total.

Ce détachement prend racine dans une cellule familiale dégradée. Les parents, Jefe et Jefa, incarnent une bourgeoisie vide, oscillant entre confort matériel et vacuité existentielle. Ils « zonent devant Netflix », consomment une spiritualité de façade pour masquer leur inertie. Leur hypocrisie nourrit chez Juan une haine sourde. L’absence de repères et d’autorité le pousse à chercher ailleurs une structure, d’abord dans la rue, puis dans le pouvoir. Sa rébellion apparaît dès lors comme une tentative désespérée d’échapper au néant domestique.

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Le roman déploie également une satire féroce des médias. À travers la journaliste de « Dnwaz », Mirwais caricature une presse fétichiste et déconnectée. Avant même d’informer, elle exhibe des signes de classe : peau lisse, sac Vuitton, Rolex. L’information devient récit, calibré pour les réseaux et les plateaux. La violence réelle s’efface derrière sa mise en scène. Le fait divers n’est plus rapporté, il est produit. Les médias ne transmettent pas le réel, ils le fabriquent et le neutralisent, transformant la conflictualité sociale en divertissement.

Les forces de l’ordre, elles aussi, passent par le filtre de cette fascination. Juan ne les perçoit pas comme des garants de l’ordre républicain, mais comme des techniciens efficaces de la violence. Il admire leur organisation, leur calme, leur professionnalisme. Cette admiration révèle sa dépolitisation totale : seule compte l’efficacité. Le roman insiste aussi sur un point essentiel : la protection de la marchandise prime sur celle des individus. « Défoncer la gueule des jeunes… ça passait crème, mais toucher au saint matos, non… » Lorsque Juan rejoint les sphères du pouvoir, il ne fait que rejoindre la logique qu’il admirait déjà.

Nihilium évite pourtant toute leçon. Mirwais ne moralise pas, il tend un miroir brutal. La trajectoire de Juan résume un cynisme contemporain où barricades et palais ne s’opposent plus, mais participent d’un même théâtre. La révolte devient une valeur d’échange, récupérable et monnayable. C’est dans ce refus du compromis que le roman trouve sa force. Texte inconfortable, parfois glaçant, Nihilium s’impose comme une autopsie lucide et électrique de notre aliénation collective.

192 pages

Nihilium

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Comment «Star Wars» est devenu une grosse madeleine industrielle

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Grogu dans "The Mandalorian and Grogu" © Lucasfilm LTD

En cherchant constamment à plaire aux fans, Star Wars s’est transformé en produit nostalgique figé, loin de son identité originale fondée sur l’innovation et l’imaginaire


C’est pratiquement un demi-siècle qui sépare le tout premier film Star Wars, A New Hope (1977), de tout ce qui a suivi après le rachat de Lucasfilm par The Walt Disney Company. Cinquante années qui embrassent quatre générations… bientôt cinq, pour aboutir à The Mandalorian & Grogu.

Vers l’infini et au-delà !

George Lucas en 2009. DR.

George Lucas, grand démiurge de tout cela, barbu grisonnant arborant une banane à la Dick Rivers, imagina un jour, le mélange improbable entre Le Seigneur des Anneaux, Dune et les sérials Flash Gordon qu’il regardait enfant à la télévision. Il saupoudra le tout de récits arthuriens, des films de cape et d’épée de l’âge d’or hollywoodien, des chanbaras d’Akira Kurosawa, le tout lié à la maïzena Joseph Campbell. Finalement, voilà ce qui allait devenir l’ultime représentation de la pop culture mondiale : une vulgarisation des grands mythes fondateurs de notre histoire, fondue avec de la spiritualité bouddhiste et mâtinée de robots, de créatures étranges et de vaisseaux spatiaux… L’identité Star Wars était née.

Ce titre, accompagné de son logo jaune inimitable sur fond de nuit galactique, va devenir un mantra, une formule magique. Pas seulement pour tous ceux qui avaient compris très tôt, qu’il y avait énormément d’argent à gagner avec ces deux mots-là, mais aussi pour des générations d’enfants qui grandiraient avec cet univers conçu pour eux.

Effets spéciaux inédits

Star Wars fut également pensé comme un fantasme en perpétuelle expansion : la partie émergée d’un iceberg laissant deviner un univers infini de personnages, d’histoires et de possibilités. Lucas nous proposait avant tout une invitation à nourrir notre propre imaginaire. Même lorsqu’il fallait attendre trois ans entre deux films — chacun possédait sa propre Guerre des Étoiles intérieure. C’est probablement là la plus grande force de ce qu’a imaginé le réalisateur d’American Graffiti. Un monde sans limites, sans contours précis, sans véritable début ni fin. Voilà pourquoi cela génère autant de passion, de débats, d’amour et de haine. George Lucas a enfanté un monstre qu’il a fini par ne plus pouvoir contrôler : un enfant qui, un jour, s’est retourné contre son père.

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À l’origine, Lucas ne voulait pas seulement raconter une épopée opposant le bien au mal. Il voulait surtout utiliser ces mythes fédérateurs pour innover, surprendre et repousser les limites technologiques en matière d’effets spéciaux, de son et de mise en scène. Toujours plus audacieux, il tenta ensuite de sublimer et de complexifier son œuvre en y injectant de la politique et des enjeux plus adultes. Un pari risqué car une partie du public ne semblait se réveiller qu’à l’apparition du logo “Star Wars” sur un paquet de céréales. En essayant de renouveler l’image de sa saga, Lucas se heurta violemment au conservatisme des gardiens du temple. La nouvelle trilogie (1999-2005) représentait un bond technologique gigantesque et libérait enfin toutes les frustrations créatives de l’inventeur du son THX. Jamais une série de films n’aura été autant décriée par des fans qui, quelques années plus tôt, ne juraient pourtant que par cet homme à l’allure débonnaire. Ces mêmes fans réclamaient désormais des comptes et criaient à la trahison, oubliant que celui qui leur proposait ces nouveaux films restait George Lucas lui-même, propriétaire intellectuel de cet univers. Star Wars ne pouvait donc plus évoluer, ni se transformer, ni devenir autre chose que ce qu’il avait toujours été. La saga devait rester figée dans une esthétique précise, avec ses codes, ses personnages et ses archétypes immuables. Un univers placé sous cloche.

Cinéma ou taxidermie ?

Lucas, passé du statut de réalisateur à celui d’inventeur visionnaire, devait désormais, selon les injonctions de certains fans, devenir le taxidermiste de sa propre création. Mais c’était sans compter sur une souris carnassière qui rôdait dans les parages et qui avait parfaitement compris les attentes de ce public nostalgique. En rachetant Lucasfilm pour quatre milliards de dollars, Disney n’allait pas seulement exploiter Star Wars comme une franchise destinée à quelques passionnés quadragénaires. Non. L’entreprise allait entretenir cette nostalgie à coups de fan- service[1] et de recettes déjà usées. Marvel, les Studios Pixar… La compagnie aux grandes oreilles, tel un ogre jamais rassasié, engloutit tout ce qui évoque le rêve, mais surtout tout ce qui génère des billets verts. Pressé de rentabiliser son coûteux investissement, Disney lança rapidement une nouvelle trilogie ainsi qu’une série que deux spin-offs. Le problème, c’est que ces productions se contentaient souvent de recycler les Star Wars du passé sans retrouver l’ombre de leur originalité. Les récits perdaient leur sens, les nouveaux personnages paraissaient bien falots et même le retour des anciennes gloires semblait enterrer ce qu’elles avaient contribué à bâtir autrefois et à faire résonner en nous (Luke, Leia et Han, des figures désormais essoufflées) pour un résultat vite consommé… puis oublié.

Jon Favreau donnant des directions à son acteur Pedro Pascal sur le tournage © Nicola Goode. 2026 Lucasfilm Ltd.

Pour nourrir les orphelins en manque de “starwarseries”, Disney va nous abreuver aussi d’une avalanche de séries pour sa plateforme : Obi-Wan Kenobi, Ahsoka, Andor, Skeleton Crew, The Acolyte, sans compter les innombrables séries animées. À une exception près — Andor — beaucoup de ces productions ressemblent davantage à de belles démos de jeux vidéo qu’à de véritables œuvres inventives et originales. Bref, Star Wars est devenu un produit de consommation comme un autre. Ni meilleur ni pire qu’une série quelconque proposée par une plateforme de streaming et consommée distraitement devant un paquet de chips. Fini l’événement. Fini le film rare attendu fébrilement pendant trois ans.

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The Mandalorian et Grogu, sorti récemment en salle, est une suite directe de la série éponyme qui a connu un joli succès sur la plateforme. On y suit une nouvelle aventure galactique de ce chasseur de primes et son petit compagnon Grogu, un mini Yoda adorable doté de pouvoirs de Jedi. Le film s’adressant davantage cette fois-ci aux enfants, il se résume à deux trois péripéties et quelques bonds en hyper espace. Entre des seigneurs Impériaux revanchards, la famille de l’infâme Jabba The Hutt (à ne pas confondre avec la Pizza) et de plus grands dangers encore. Ce nouveau Star Wars avec les stars Pédro Pascal et Sigourney Weaver ne va pas vraiment révolutionner l’univers du space opéra le plus connu au monde. Une fois de plus, on navigue en terrain archi balisé et truffé de fan service au ras des pâquerettes et autres références pour afficionados incollables. On surfe ici sur un total fétichisme entre objets, tenues, bruitage et décors référentiels. On ne prend surtout aucun risque par peur d’énerver ou de frustrer.

Concernant notre amour irrationnel pour ce que George Lucas a créé à partir de 1977, il ne sert probablement plus à rien d’espérer davantage de cette franchise et de ses dérivés. Il faut désormais se contenter de fantasmer ce monde comme un mirage inaccessible ou une malédiction collective. Oui, Star Wars est devenu le tonneau des Danaïdes. L’ironie et le paradoxe, c’est qu’on a longtemps présenté George Lucas comme un simple homme d’affaires devenu milliardaire grâce à sa poule aux œufs d’or. Pourtant, Lucas voyait surtout dans Star Wars un moyen d’inventer de nouvelles technologies — THX, Industrial Light & Magic, Skywalker Ranch — et de pousser le cinéma vers l’avenir. Quelle déconvenue de constater que sa création ne sert plus aujourd’hui qu’à photocopier encore et encore le même produit sans âme. Avec les mêmes moules à madeleines, Disney recuit sans cesse cette nostalgie industrielle. Pour nous, rêveurs impénitents ayant découvert cet univers à la fin des années 70, Star Wars restera toujours cette petite lumière au loin, semblable à une étoile située à des millions d’années-lumière. Une lumière que l’on voudrait toucher du doigt mais qui s’éloigne à mesure qu’on tente de s’en approcher. Un amour impossible. « Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine… »


[1] Le « fan service » peut se définir comme un clin d’œil dans la narration. Ce sont les histoires, personnages, actions, etc. qui sont ajoutés dans un film ou une série télévisée spécifiquement afin de faire plaisir à ses fans NDLR.

Tu seras gamer, mon fils

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DaXe (à droite), joueur star esport du PSG, est le champion du monde en titre et grand favori de la compétition lors de la phase finale du tournoi esport France FIFA17 qui s'est déroulé à l'Olympia de Paris, le mardi 20 décembre 2016. © Tristan Reynaud/SIPA

L’inscription de l’esport, le «jeu vidéo compétitif», dans le cursus scolaire à la rentrée prochaine fait bondir l’enseignante et essayiste Lisa Hirsig. À juste titre. La France n’en finit pas de sacrifier sa jeunesse.


Le gouvernement affiche bruyamment sa croisade contre l’addiction des adolescents aux écrans. Mais en même temps, Matignon a validé en catimini la stratégie nationale « Esport 2026-2030 » qui prévoit d’intégrer le jeu vidéo de compétition dans les parcours scolaires ! Le 8 avril dernier, les huiles qui nous gouvernent ont décidé d’un plan quinquennal en vue d’aménager des horaires pour les jeunes gamers à l’école.

Depuis des mois, des campagnes point gouv nous exhortent à « faire bouger nos ados », rappelant que l’obésité et la sédentarité sont des fléaux et les professeurs de sport s’alarment du fait que la moitié des élèves de sixième soient incapables de courir plus de cinq minutes. Comment expliquer alors que le ministère de l’Éducation nationale valide cette promotion de l’esport – qui n’a de sportif que le nom puisqu’il s’agit de tournois en ligne – au cœur de nos écoles ? Accès de schizophrénie ou calcul cynique ?

Dirigisme et marchandisation de l’école

Sous couvert de développement économique de l’industrie numérique, ce plan déploie une stratégie interministérielle incluant des partenariats avec les acteurs privés du jeu vidéo, l’inscription de l’esport dans les parcours éducatifs, un programme national « Esport et Éducation » pour vanter les « débouchés professionnels », et la création d’outils pédagogiques pour les enseignants. 

Cette initiative illustre une dérive étatique typique : l’interventionnisme public au service d’un secteur privé, au mépris des libertés individuelles et des données scientifiques sur la santé des enfants. L’État s’apprête à transformer les écoles en incubateurs de futurs « pros du joystick », alors même que l’illettrisme, le décrochage et l’obésité explosent.

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Convaincus de son bon droit à flécher l’argent du contribuable, l’État se montre une nouvelle fois interventionniste sans aucune excuse. Nous ne sommes pas en guerre, les Français n’ont pas réclamé une « stratégie de développement de l’esport en France », bref, rien ne justifie que des fonctionnaires fassent profiter d’un public captif et mineur à des « partenaires privés ». L’école publique n’est pas un laboratoire. Nos enfants ne sont pas des cobayes. Et les subventions déguisées sont illégales.

Personne n’a demandé leur avis aux parents d’élèves qui bien souvent bataillent à la maison pour que leurs enfants décrochent des écrans. Il leur revient pourtant de choisir s’ils souhaitent exposer leurs enfants à des pratiques potentiellement addictives. Les fonds publics et les heures de classe n’ont pas pour vocation de stimuler tel ou tel secteur. Que les studios vendent leurs jeux ; que les individus et le marché décident. Pas un ministère.

Des ravages sanitaires en cascade

L’Organisation Mondiale de la Santé recommande de façon on ne peut plus claire des temps d’écran extrêmement limités pour les enfants. Elle se base sur de nombreuses études concordantes : une recherche de l’université canadienne McMaster démontre notamment que l’addiction aux jeux vidéo est à l’origine du manque de sommeil chez les jeunes joueurs, ce qui a pour conséquences une élévation de la pression artérielle, du taux de mauvais cholestérol, de triglycérides, et de la résistance à l’insuline. Le Dr. Mark Tremblay et ses collègues soulignent le lien direct entre sédentarité, écrans et obésité. Harvard Health note que le gaming excessif est associé à la dépression, l’agressivité et l’anxiété, sans oublier la prise de poids due à la surconsommation alimentaire pendant les sessions.

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Les pédiatres et neurologues ne mâchent pas leurs mots. Le Dr. Rebecca Foljambe, pédiatre, témoigne des effets dévastateurs sur le développement physique et mental: anxiété et troubles de l’attention doublés au-delà de trois heures d’écran par jour. Le Dr. Ran Barzilay (Children’s Hospital of Philadelphia) lie également l’accès précoce aux jeux sur écrans à une hausse des risques de dépression, d’obésité et d’insomnies. Des neurologues pédiatriques alertent sur les conséquences des jeux vidéo à hautes doses sur un cerveau en développement: circuits de récompense dopaminergiques hyperstimulés, addiction comparable aux drogues ou à l’alcool, altération de l’attention et de la régulation émotionnelle. Le tableau est terrifiant. 

Snobisme chronologique

« L’homme moderne est l’esclave de la modernité : il n’est point de progrès qui ne tourne pas à sa plus complète servitude », écrivait Paul Valéry. Or l’école doit former des personnes libres, pas des adorateurs de leur propre asservissement ni des « élèves sensibilisés aux débouchés » d’une industrie quelle qu’elle soit. Elle doit donc se montrer critique vis-à-vis des lubies modernes. Pendant que la France dégringole dans les classements internationaux, on mise sur le ludique virtuel qui n’a jamais fait ses preuves. C’est la tendance qu’avait amorcée Najat Vallaud-Belkacem avec la mise en œuvre du « plan numérique » à l’école.

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Nous savons tous que le sport c’est l’effort, la discipline, la constance, qualités éminemment utiles dans la démarche d’apprentissage. Comme l’écrit Julia de Funès dans La Vertu dangereuse : « Une seule et unique vérité féroce gouverne le sport : celle du mérite. » Or celui-ci est aujourd’hui méthodiquement rejeté de l’école au profit de l’égalitarisme.

Nos responsables politiques nous rebattent les oreilles de leurs discours d’exigence et d’excellence puis décident, sans aucun débat public, de transformer les collèges en LAN parties1 subventionnées. Le progressisme, ce « snobisme chronologique2 » qui empêche l’école de jouer son rôle de transmission et de conservation civilisationnelle, est un fléau bien plus redoutable que l’obésité, surtout lorsqu’il est érigé en dogme par la caste au pouvoir.

La Grande Garderie

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  1. Tournois de jeux en ligne. ↩︎
  2. Expression que je dois à Clive Staples Lewis. ↩︎