La venue de la DJ Barbara Butch à Grenoble suscite la polémique. L’artiste doit se produire lors du festival Cabaret Frappé à la mi-juillet, mais la section locale de La France insoumise appelle au boycott de la musicienne en raison de sa signature d’une tribune contre l’antisémitisme.
La gauche militante la tenait, son icône chimiquement pure : la figure de proue tant recherchée de toutes les luttes intersectionnelles, comme ils disent.
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Elle s’appelle Barbara Butch. Elle officie en tant que DJ, non sans succès apparemment. Elle est de surcroît victime d’une double discrimination : l’une en tant que personne de forte corpulence, et donc en butte à la grossophobie ; l’autre parce qu’elle est lesbienne, et par conséquent la cible d’insultes et de comportements homophobes, en l’occurrence lesbophobes. Cette jeune personne cochait donc a priori toutes les cases pour représenter à la perfection les combats de la gauche extrême en faveur des minorités en souffrance, celles que notre société épouvantablement patriarcale et débile n’a de cesse de maltraiter, comme chacun le sait bien.
Elle pouvait en effet incarner ce porte-oriflamme idéal, d’autant plus qu’on l’avait vue en majesté lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, à l’été 2024. Elle dominait de toute son imposante personne cette scène de banquet qui, quoi qu’on ait tenté de nous faire accroire depuis, évoquait bel et bien la Cène, le dernier repas du Christ au milieu de ses Apôtres. Il paraît qu’on se mettait le doigt dans l’œil. C’est ainsi que Laurent Joffrin peut écrire encore aujourd’hui, dans un édito récent de son Libre Journal : « banquet qu’on avait abusivement assimilé à la Cène ». Ce qui, ajoute-t-il, « avait mis en rage l’extrême droite. »
Abusivement ? À quoi d’autre pouvait donc bien renvoyer ce tableau allégorique, si ce n’est à la Cène ? Et surtout, pourquoi ce choix qui allait inévitablement blesser certaines sensibilités ? Sur ce point, M. Joffrin, comme les décisionnaires de la cérémonie en question, restent obstinément muets. De même, ne se montrent-ils pas beaucoup plus diserts lorsqu’on exige d’eux qu’ils précisent pour quelle raison ils n’ont guère retenu de la Révolution française que la décapitation de la reine Marie-Antoinette. Le martyre d’une femme, exposé complaisamment lors d’une célébration officielle destinée à être retransmise de par le vaste monde, y compris dans des contrées comme l’Iran, l’Afghanistan, etc., où, nul ne l’ignore, la femme en tant que telle est à la noce chaque jour que Dieu fait. Passons sur ces broutilles.
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Donc, notre Barbara Butch était alors à son zénith. Mais voilà bien que, plombant radicalement ces incontestables mérites et qualités, on lui découvre des origines juives. Non seulement des origines, mais une réelle tendance à s’inquiéter de la montée de l’antisémitisme dans notre pays, puisqu’elle est allée jusqu’à signer une tribune de soutien à la proposition de loi contre l’antisémitisme portée par la députée macroniste Caroline Yadan.
Dès lors, la voilà, la pauvre Barbara, qui, d’un coup d’un seul, passe du camp des victimes à celui des coupables. LFI lui crache dessus. Elle a droit à une nouvelle variété d’insultes et la section féminine du parti mélenchoniste de Grenoble n’hésite pas à appeler au boycott de la jeune femme lors de sa venue dans cette bonne ville.
Pauvre personne. On compatit volontiers. On compatit, mais on n’est guère surpris : nous savions pertinemment que le pire des racismes, dans sa forme la plus perverse, la plus hypocrite, se pare le plus souvent du masque et des grimaces de l’antiracisme. Nous en avons là, avec et grâce à la « mélenchonnerie » décidément très en verve, un énième et magnifique exemple.
Soudain, un frisson d’effroi me saisit. Imaginons un instant qu’on en vienne à découvrir quelque ascendance juive à M. Mélenchon lui-même, ce qui, à la vérité, ne serait guère étonnant, puisqu’il ne cesse de se flatter d’être de souche maghrébine – le Maghreb, le Maroc, là où plus que partout ailleurs sans doute, se sont mêlés les sangs coloniaux, juifs, arabes… Ce serait amusant, n’est-ce pas ? Mélenchon, une ascendance juive. Comme notre Barbara. Comme aussi Jésus et Karl Marx. À mourir de rire, vous dis-je.





