Si on ne veut pas que la raison se mette au vert, il faut que les Verts se mettent à la raison. Selon François de Rugy et Laurent Lesage qui refusent de laisser l’environnement aux militants, on ne sauvera pas la planète avec du catastrophisme racoleur ni de l’anticapitalisme bon teint. Sur leur chaîne YouTube « Et si l’économie sauvait l’écologie ? », ils rappellent que l’écologie a besoin de la science.
Causeur. François de Rugy, devant la commission d’enquête sur l’audiovisuel, vous avez affirmé que le traitement des questions écologiques dans l’audiovisuel public était plus porté sur l’émotion et le militantisme que sur la science. Le monde scientifique est-il épargné par le militantisme ?
François de Rugy. Que l’audiovisuel public confie ses émissions sur l’écologie à des militants, qui invitent des ONG sans leur porter la moindre contradiction, est problématique, d’autant plus que les scientifiques sont soit absents de ces émissions, soit eux-mêmes « engagés », comme ils disent. Que des politiques soient militants, c’est normal. Que des associatifs soient militants, c’est normal. Mais ni les journalistes ni les scientifiques ne devraient être militants. Cela nuit au débat public, car on ne sait plus si on a affaire à de l’information ou à de l’opinion.
Laurent Lesage. Il y a globalement un problème avec le traitement de l’information scientifique et environnementale sur les antennes du service public, et ça ne date pas d’hier. François et moi regardons souvent ces émissions. La liste des cas de désinformation que nous relevons ne cesse de s’allonger. Cela s’explique effectivement en partie par le militantisme d’un certain nombre de journalistes qui défendent l’écologie radicale ou décroissante. Mais c’est aussi lié à la course à l’audimat. Si vous êtes catastrophiste, si vous dénoncez de vilains industriels ou de vilains agriculteurs pollueurs, vous êtes assuré d’avoir de meilleures audiences.
Vous critiquez également la place accordée aux ONG. N’ont-elles pas un rôle positif dans la société ?
F. de R. Bien sûr que les associations ou les ONG contribuent au débat public, jouent un rôle de lanceurs d’alerte et proposent des solutions. Mais il y a deux problèmes. Le premier, c’est que ces ONG sont présentées dans un certain nombre de médias comme des experts alors qu’elles ne sont ni neutres ni impartiales et que, dans la plupart des cas, elles ont la même orientation : anti-entreprises, anticapitaliste, anti-économie de marché mais aussi, et c’est peut-être encore plus grave, anti-technologie. Cette technophobie est particulièrement problématique lorsqu’on veut relever les défis écologiques. Le second problème, c’est qu’un certain nombre de ces ONG utilisent l’écologie pour défendre d’autres causes. Greenpeace participe à la flottille pour Gaza, QuotaClimat, sous couvert d’analyser le traitement des enjeux climatiques dans l’audiovisuel, produit des publications contre Pierre-Édouard Stérin et Vincent Bolloré, ou sur des sujets qui n’ont rien à voir avec le climat.
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Vous malmenez quelque peu la jeune icône écologiste Camille Étienne, ainsi qu’une autre vache sacrée de l’écologie française, Hugo Clément, avec qui vous ferraillez volontiers sur les réseaux sociaux. Auriez-vous déclenché « la guerre des écolos » ?
F. de R. Si guerre des écolos il y a, ce n’est pas de notre fait. En revanche, nous voulons qu’il y ait du débat. Nous affirmons qu’il y a plusieurs visions de l’écologie, pas seulement celle d’Europe Écologie Les Verts et des ONG. Sur l’énergie, il n’y a pas que Greenpeace, sur la forêt, il n’y a pas que Canopée. Et Hugo Clément n’a pas le monopole de l’écologie. Certes, il est assez habile pour défendre une écologie décroissante sans jamais le dire ouvertement. Nous espérons contribuer à ce que les masques tombent, à ce qu’il y ait de la confrontation d’idées. Malheureusement, nos contradicteurs n’aiment guère la critique, Hugo Clément l’a démontré ces derniers temps.
L. L. Dans une émission sur les PFAS, nous avons démontré l’existence d’une Sainte-Alliance qui communie dans leur diabolisation. Le député EELV Nicolas Thierry l’a révélée face caméra, alors que je l’interrogeais sur la loi dont il était le rapporteur. Il expliquait qu’une coalition s’était formée entre les élus EELV, des scientifiques, des ONG, des journalistes et bien entendu Camille Etienne. On voit bien qu’une espèce d’écosystème rassemble tous ces gens. Ceux qui, comme nous, refusent de s’inscrire dans cet espace de combat dont l’une des dimensions est l’anticapitalisme sont montrés du doigt alors qu’ils essaient, eux aussi, de faire avancer l’écologie. C’est la vocation de notre chaîne et cela le restera, peu importent les critiques.
Pouvez-vous nous donner un exemple des biais que vous avez observés ?
F. de R. Sur la question des pesticides, c’est frappant. Quand on s’informe dans les médias classiques, on ne peut qu’être convaincu que les pesticides donnent le cancer et même qu’ils sont responsables d’une explosion des cas de cancer. Dans notre dernière émission sur le sujet, nous donnons la parole à des spécialistes, à des médecins, à Agnès Buzyn qui a été ministre de la Santé et surtout présidente de l’Institut national du Cancer pendant cinq ans. Tous disent la même chose : il n’y a pas d’explosion de cas de cancer en France, il y a une augmentation des cas de cancer liés au vieillissement de la population. Quant au lien entre pesticides et cancer, ces experts affirment que s’il ne peut pas être exclu, il est aujourd’hui identifié comme ayant une portée minime, comparé aux autres causes bien connues du cancer et qui sont aujourd’hui complètement éclipsées du débat public : l’alcoolisme, le tabagisme, l’obésité et le manque d’activité physique. Ces sujets-là, nous les abordons avec des données scientifiques et avec une approche aussi neutre et impartiale que possible.
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LL. Au même moment, France Télévisions a diffusé un numéro de « Sur le front », l’émission d’Hugo Clément, sur les pesticides. Dans la promo, il montrait une famille dont un enfant était mort du cancer et on expliquait que sa maladie était liée à l’exposition aux pesticides. D’un cas particulier dramatique, il concluait à l’existence d’un lien assez systématique entre l’exposition aux pesticides et les cancers. Or, répétons-le, ce lien, en l’état actuel des connaissances scientifiques, n’est en rien avéré.
Hugo Clément vous occupe beaucoup ! Il y a quelques années, il acceptait de débattre écologie avec Jordan Bardella, ce qui lui valut de nombreuses critiques de la part de ses pairs. Pourquoi ne pas l’inviter à débattre sur votre chaîne ?F. de R.
Eh bien, l’invitation est lancée ! Hugo Clément est notre invité pour débattre sur notre plateau dès qu’il le souhaite, comme Marine Tondelier, un militant de Greenpeace ou de Générations futures. Il serait dommage que nos débats n’aient lieu que par réseaux sociaux interposés




