Alors que l’écologiste Sandrine Rousseau propose de renommer les steaks en «cadavres d’animaux», Yves d’Amécourt publie un manifeste touchant d’humanité. L’écologie qu’il décrit, celle du terrain et de la responsabilité, est un rappel que l’Homme n’est pas en conflit avec la nature, il dialogue avec elle.

Il existe aujourd’hui deux écologies. La première aime les paysages mais déteste ceux qui y vivent. Elle adore les cartes, les normes, les interdictions, les schémas régionaux, les conférences citoyennes et les comités Théodule. Elle parle du vivant avec des mots morts. Elle rêve d’une planète administrée par des experts en mobilité douce et des diplômés de Sciences Po sous perfusion de subventions publiques.
Et puis il y a l’autre. L’écologie des gens qui vivent quelque part. Celle des paysans, des forestiers, des chasseurs, des maires ruraux, des viticulteurs, des ingénieurs, des artisans. Une écologie enracinée. Charnelle. Empirique. Une écologie qui sait qu’un paysage n’est pas un décor mais une civilisation. C’est cette écologie-là qu’Yves d’Amécourt défend dans un livre passionnant, L’humain, l’écologie et la politique.
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Autant prévenir immédiatement le lecteur parisien sous anxiolytiques climatiques : ce livre risque de lui déplaire. Car son auteur commet plusieurs fautes désormais presque impardonnables dans le débat public français : il croit au progrès, à la liberté, à la responsabilité… et à l’homme. Oui, à l’homme. Pas à « l’usager ». Pas au « consommateur ». Pas à « l’individu déconstruit ». À l’homme concret. Celui qui travaille, transmet, construit, plante, entreprend, décide… et parfois se trompe, mais librement.
Un homme de terrain
Ancien maire de Sauveterre-de-Guyenne, ancien conseiller général, viticulteur, ingénieur de formation, Yves d’Amécourt écrit comme il gouvernait : à partir du terrain. Et cela change tout. Son livre est rempli d’anecdotes locales qui disent souvent davantage sur l’état réel du pays que bien des rapports parlementaires. Chez lui, la critique de la bureaucratie n’est jamais théorique. Elle sent le dossier absurde, la commission inutile, l’étude publique coûtant plus cher que les travaux eux-mêmes. Lorsqu’il raconte qu’il a fallu mobiliser quinze personnes et une étude réglementaire pour conclure qu’il suffisait… d’ajouter une buse sous une route inondable en Gironde, on comprend soudain pourquoi la France s’épuise administrativement.
Le grand mérite du livre est là : montrer que l’écologie punitive procède souvent du même logiciel que l’hypercentralisation technocratique. Dans les deux cas, on ne fait plus confiance aux hommes. On les administre. D’Amécourt décrit admirablement cette transformation de l’État protecteur en État infantilisant. Tout doit désormais être encadré, surveillé, normé, contrôlé. Le moindre problème appelle une loi, le moindre risque une interdiction, le moindre fait divers un nouveau formulaire CERFA. À force de vouloir protéger les Français de tout, on finit par les empêcher de vivre.
Une vision de la liberté et de la responsabilité humaine
Le plus intéressant est que cette critique n’est jamais libertarienne au sens américain du terme. Le livre est profondément français. Il parle d’autorité, de transmission, de bien commun, de mérite, de travail, de civilisation.
On y retrouve cette vieille idée française (presque disparue) selon laquelle la liberté n’a de sens que si elle s’accompagne de responsabilité.
Voilà pourquoi L’humain, l’écologie et la politique est plus qu’un essai politique : c’est une contre-offensive intellectuelle contre l’air du temps.
Depuis trente ans, l’écologie politique française a progressivement cessé d’aimer le monde réel. Elle préfère désormais la société rêvée à la société vécue. Elle protège parfois davantage les procédures que les paysages eux-mêmes.
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Le paradoxe est cruel : jamais on n’a autant parlé de nature et jamais les campagnes françaises n’ont semblé aussi méprisées par les élites urbaines. On interdit des retenues d’eau à des agriculteurs mais on bétonne les périphéries commerciales. On détruit des barrages hydroélectriques au nom de la continuité écologique. On culpabilise les éleveurs français tout en important des produits étrangers fabriqués selon des normes que nous refusons chez nous.
À travers tout cela, Yves d’Amécourt rappelle une évidence devenue révolutionnaire : l’homme n’est pas l’ennemi de la nature. Mieux encore: la civilisation peut embellir le monde lorsqu’elle repose sur l’enracinement et la transmission. Au fond, ce livre pose une question simple : une société qui ne croit plus en l’homme peut-elle encore protéger quoi que ce soit ? La réponse d’Yves d’Amécourt est clairement non. Et il se pourrait bien qu’il ait raison.
Yves d’Amécourt, L’humain, l’écologie et la politique, Les éditions du bien commun, 2026, 148 pages
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