Victoire du PSG, déchaînement de violence, destruction de quartiers entiers de Paris. Notre chroniqueur, qui vit désormais loin de ce monde en ébullition, jette un regard désabusé sur la situation. Peut-être se prend-il pour Philippulus le Prophète…

Au chapitre VII des Copains, sublime chef d’œuvre de Jules Romains écrit juste avant la Première Guerre mondiale (1913), on assiste à la « destruction d’Issoire ». La paisible sous-préfecture du Puy-de-Dôme est mise sens dessus dessous par les joyeux énergumènes qui, quelques chapitres auparavant, avaient ressuscité Ambert, autre sous-préfecture tout aussi paisible… « Les notabilités s’enfuirent en renversant les chaises ; les enfants des écoles, avec des cris perçants, se précipitèrent sur le rempart des invités debout, qui s’éboula en un clin d’œil. Le cordon de fantassins fut rompu et se débanda. La musique militaire partit au pas gymnastique. La place Sainte-Ursule éclata dans tous les sens, projetant au loin les morceaux de la foule. Issoire était pulvérisé, anéanti par sa propre explosion. »
Un renversement de civilisation
Début 2018, j’écrivais dans Causeur, dans un article destiné à chanter Lalbenque-en-Périgord, une vraie ville avec de vrais gens : « Il y a deux France. L’une est fictive, elle s’appelle Paris. C’est une ville qui n’existe pas, mais qui se croit le centre de l’Hexagone, peut-être celui du monde. C’est fréquent chez ceux qui ne sont rien, et pensent que leur nombril est tout. » Et voici que Paris est révélé par quelques milliers de voyous décidés à terroriser les bourgeois bohèmes de la capitale sous prétexte d’une victoire du PSG. Scènes d’émeutes, destructions en série, voitures incendiées, des centaines de blessés, y compris parmi les forces de l’ordre, passablement passives — et un mort. Un avant-goût de ce que seront les villes lorsque la guerre civile larvée dans laquelle nous vivons passera en phase chaude.
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Parce que contrairement à ce que s’imaginent candidement certains, à gauche, le déchaînement de violence ne trouve pas son origine dans la « misère » des banlieues. D’abord parce qu’il n’y a pas que les banlieues, en ce moment, qui flirtent avec la misère. Ensuite, parce que ces jeunes gens, la main crispée sur leur portable, dévalisant les boutiques d’objets factices de désir, gavés de subventions et d’aides diverses, sont largement moins misérables que ne le furent leurs parents, et la plupart des gens en zone rurale. Ce qui se joue en ce moment, c’est le renversement d’un modèle de civilisation, basée sur la convivialité et le « vivre ensemble », la civilisation que s’acharne à défendre, entre autres, le Canon français, par une non-civilisation barbare. Ce qui se joue, c’est le renversement d’un ordre ancien par un désordre sans autre objet que sa propre dynamique.
Un air de guerre civile

Toutes les conditions sont désormais réunies pour l’effondrement final. Les barbares, accueillis durant des décennies — exactement comme Rome pendant deux siècles a ouvert les bras aux Goths venus s’occuper chez elle des tâches qui désormais rebutaient les citoyens romains — déferlent en masse, et seront encore plus nombreux demain, et on ne les « remigrera » pas. Les conditions climatiques incertaines, les épidémies qui rôdent, la disruption des échanges commerciaux internationaux qui non seulement font des carburants des produits de luxe, mais cassent la connectique qui assurait l’approvisionnement et le remplacement des produits, demandez-vous avec quoi on fertilisera les terres qui vous nourrissent, tout cela crée les mêmes conditions qui ont vu jadis s’effondrer en très peu de temps la Méditerranée de l’âge du bronze récent, l’empire romain ou l’Angleterre d’Arthur, pour ne prendre que les plus emblématiques des « dark ages », comme disent les historiens britanniques.
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Les hordes ne sont que l’avant-garde des nuées qui nous dévasteront. Et qui peut-être, comme dans le roman de Jules Romains, nous inciteront, plus tard, à revivre. Les élections qui viennent, dans ce contexte, et qui, quel que soit le résultat, ouvriront une période de guerre civile ouverte, sont un épiphénomène, la tentative dérisoire d’une classe politique cherchant à survivre au milieu des décombres qu’elle a accumulés sur nos têtes. Rappelez-vous la fin de l’Electre de Giraudoux — jouée pour la première fois en 1937, par un homme qui travaillait au plus haut sommet des Affaires étrangères et assistera l’année suivante, désabusé, à la reddition des Accords de Munich, juste avant la Deuxième Guerre mondiale :
« – Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire, et qu’on a tout perdu, que la ville brûle, que les innocents s’entretuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève ?
– Cela a un très beau nom. Cela s’appelle l’aurore. »
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