Dans la non-communication actuelle entre les entreprises et le gouvernement, en dehors des consultations des pseudo « partenaires sociaux », on pourrait croire qu’il existe une possibilité de s’adresser aux ministres ou à leur cabinet pour attirer leur attention sur des sujets de préoccupation majeure pour leur entreprise. C’est ainsi que des centaines de lettres sont acheminées ou portées au ministre concerné; le tout, évidemment, doublé de courriels. On fait les deux pour être sûr que, sur un malentendu, quelqu’un prenne connaissance du message ! On peut passer de très bons moments à lire la réponse qui arrive, souvent trois mois après le recours engagé. Elle vous remercie alors « de l’intérêt que vous portez aux actions du ministre », alors même que vous avez incendié ce dernier en pointant les anomalies ou le problème rencontré sur le sujet évoqué. Que nenni !
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Cocon
Ces réponses stéréotypées et inadaptées ne sont pas nouvelles. Mais en cette période grinçante où nos forces vives sont sur un fil et ne décolèrent pas, il est d’autant plus important que les ministres interpellés répondent en marquant une attention intelligente à ce qui leur a été dit ou demandé. Or, il n’en est rien, pour une simple raison : les ministres sont « préservés » et laissés dans un cocon par des conseillers (vertueux, forcément !) se chargeant de ne pas encombrer l’esprit du ministre (intègre, forcément) par des problèmes ou réclamations de la piétaille économique. Une des premières réformes, simple et gratuite, serait d’exiger que tout conseiller d’un ministère (et il y en a pléthore) ait passé au moins trois ans dans des entreprises privées. Pas seulement dans un cabinet de conseil, et pas seulement à Paris ! En effet, frais émoulu de Sciences Po ou de l’ENA, notre jeune conseiller, intitulé sobrement « économique », sera chargé de prendre ou non en considération le courrier envoyé à son ministre. En cas de doute existentiel, il pourra aller jusqu’à transmettre ledit courrier au secrétariat du ministre. En cas d’extrême gravité, cela pourra remonter au directeur de cabinet, après être passé par le chef de cabinet, qui ne se remet toujours pas d’avoir obtenu son titre : un assistant qui fait des notes, mais qui est chef ?! Des cabinets qui n’ont d’autre pouvoir que de bloquer.
Les entrepreneurs étouffent
Ce fonctionnement gouvernemental, donc de l’État, est un problème crucial alors que l’informatique, les réseaux sociaux et les messageries ont rendu notre monde interactif au plus haut niveau. « Messieurs les ronds de cuir », a-t-on envie de dire, comment n’avez-vous pas évolué et trouvé le moyen d’étudier avec sérieux et respect les remontées des entrepreneurs qui souffrent ? Ces petits hommes gris continuent de gouverner par l’interdiction et de vivre dans leur monde administratif, en ne comprenant pas eux-mêmes ce qu’ils administrent.
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C’est ainsi qu’alerté sur le fait qu’il conviendrait de réfléchir à une manière de souhaiter une bonne fête aux entreprises (24e édition de « J’aime ma boîte » le jeudi 15 octobre !) et aux Français qui travaillent, le ministre du Travail et des Solidarités a fait répondre – ou du moins le chef de cabinet a répondu – que l’agenda du ministre (cinq mois à l’avance, et sera-t-il encore ministre ?) ne permettrait vraiment pas de répondre positivement à tout ce qui était évoqué ! Par exemple, en enregistrant un simple message vidéo pour souhaiter une bonne fête aux entreprises ! Par-delà le fait scandaleux que le ministre du Travail ne s’intéresse pas à la célébration du travail, il y a la gestion du temps : la nouvelle manie des conseillers est d’attendre et de gérer l’agenda du grand chef selon leur bon vouloir et les fluctuations possibles d’un emploi du temps. C’est donc deux ou trois jours avant que l’on a confirmation de sa participation à un débat, une réunion ou un déplacement… selon la formule consacrée : « l’agenda du ministre ne lui permettra peut-être pas d’honorer son engagement ». Tout est dit. Un chef d’entreprise, lui, s’engage sur tout et à tout moment. Un ministre a tous les droits et peu de devoirs ?
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Quand par hasard on a réussi à communiquer sur la proposition faite ou sur la réforme suggérée, on vous répond systématiquement (c’est la nouvelle mode) : «Oui, mais c’est difficile, il faut d’abord faire de la pédagogie», avec un air lourd, sous-entendu « aux imbéciles qui ne comprendraient pas ». «Faire de la pédagogie» est le nouveau mantra de ceux auxquels, au contraire, les entrepreneurs devraient faire de la pédagogie ! Nous entrons dans une période terrible où les candidats à la présidentielle ne vont certainement pas se risquer à faire la pédagogie de quoi que ce soit. Le meilleur exemple est celui des retraites, car personne ne prendra le risque d’expliquer qu’il est obligatoire (sans discussion possible) de rallonger le temps de travail des salariés français pour la survie du modèle économique français. On confond donc « pédagogie » et « démagogie »… c’est plus simple.
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