« Polony, présidente ! » ne devraient pas tarder à crier les foules souverainistes aux prochaines présidentielles. L’ex-patronne de Marianne publie un ouvrage rempli d’audacieuses mesures pour redresser une France désindustrialisée et maltraitée par l’Europe. Sans toutefois annoncer sa candidature.

Natacha Polony n’est pas candidate aux élections, même si la couverture de son nouveau livre ressemble à une affiche de campagne. Elle semble tâter la température de l’eau, mais son essai constitue surtout un joli CV. L’éditorialiste de 51 ans, ancienne prof et directrice de Marianne de 2018 à 2024, n’insiste plus seulement sur l’école, sujet qui l’a fait connaître et auquel elle ne consacre ici qu’une quinzaine de pages. Après dix ans d’un macronisme européiste et disruptif ayant nommé « des ministres aux antipodes les uns des autres », cet essai souverainiste a tout d’un programme complet. Signé par celle qu’on écoute sur France Inter ou France 5 (malgré la lassitude du spectacle politique ambiant que trahit parfois sa voix) et qui vient de lancer la revue L’Audace !, l’ouvrage balaie de façon cohérente les thèmes clés : agriculture, identité de la France, commerce international, industrie (portefeuille numéro deux de son gouvernement idéal), place des femmes, armée… « Le modèle français, c’est la centralité de l’État. […] Il est difficile de singer un fonctionnement propre à un autre pays », peste-t-elle contre une classe dirigeante qui à force de copier le modèle anglo-saxon a réussi l’exploit de faire sortir les gilets jaunes de leurs provinces – et dont certains, montés à Paris, rêvaient de la déloger de ses palais. Déplorant qu’en 2025 la France compte plus de décès que de naissances, que le PIB par habitant chute sous la moyenne européenne et que la balance commerciale agricole devienne déficitaire, Natacha Polony actualise ses remèdes de cheval souverainistes pour éviter une sortie de piste fatale.
Contre l’Europe et le “globish”
Elle veut « mettre entre parenthèses les règles européennes » pour réindustrialiser et assurer la souveraineté alimentaire, « enjeu majeur de la décennie ». Pour « éviter la révolte des pauvres, on a jugé préférable d’importer notre alimentation, quitte à tuer notre agriculture », tandis que « l’interdiction de produits phytosanitaires sans solution de remplacement est parfaitement incompatible avec la libre circulation des marchandises », analyse-t-elle. Elle propose de renoncer temporairement à la pléthore de produits bon marché sur nos étals, affirme que les « boomers » devront finir par faire quelque effort, prône un « service public de la garde d’enfants » et veut « rapatrier le budget de la recherche de la Commission ». Pourfendant le « règne du globish », elle déplore comme nous la mainmise du wokisme sur l’école : « C’est depuis qu’on a fixé comme objectif principal la lutte contre les inégalités sociales qu’elle est devenue monstrueusement inégalitaire. » Elle prône un concours d’entrée à l’université et persifle contre ces activistes qui accusent les mathématiques d’être racistes car elles « véhiculeraient une vision occidentale du monde ».
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Bifurcation souverainiste
Existe-t-il une brèche politique pour elle ? Si Marine Le Pen est empêchée et si Jordan Bardella poursuit sa mue libérale vers les chefs d’entreprise et les élites européennes, assurément. Polony veut elle aussi modifier l’article 55 de la Constitution par référendum pour que le législateur national reprenne le dessus sur les traités, et juge la défaite de l’Ukraine « probable ». Après Macron, c’est à Éric Zemmour qu’elle réserve ses piques les plus nombreuses (sur le féminisme, les prénoms ou le roman national). Qui pourrait-elle rallier ? Ou qui pourrait l’aider à défendre ses idées ? Guaino n’est pas franchement décidé à se lancer, Balladur est trop vieux, Philippe et Lisnard pas assez étatistes. Blanquer ? Des agriculteurs de la Coordination rurale lassés du RN ? Pas Villepin quand même ? Il lui manque aussi des mesures-gadgets médiatiquement habiles pour faire parler d’elle (interdire Uber Eats ou les réseaux sociaux aux jeunes après 21 heures, par exemple). En attendant, ce n’est pas sur elle qu’il faut compter pour parler d’immigration ou d’islam, sujets prioritaires pour CNews ou nombre de plumes de Causeur. Mais Natacha Polony n’est pas candidate aux élections.
La France corps et âme, Natacha Polony, Plon, 2026, 193 pages.




