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Emmanuel Macron, à la recherche d’une légende introuvable…

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Déçu par les journalistes dont il juge la plume trop médiocre, Emmanuel Macron a pris l’habitude de cajoler quelques écrivains choisis, qu’il va parfois jusqu’à inviter lors de déplacements officiels dans l’espoir d’acheter leur mansuétude à l’égard de ses mandats présidentiels. À l’heure actuelle, les chouchous de l’Élysée se nomment Emmanuel Carrère, Giuliano da Empoli, Dany Laferrière et Wajdi Mouawad. D’autres figures littéraires, en revanche, inspireraient désormais une franche méfiance, voire une crainte assumée: Édouard Louis, Michel Houellebecq, Alain Finkielkraut ou encore Michel Onfray.


Le président de la République « choie les écrivains » et est, je crois, sincèrement épris de littérature. A priori, ce n’est pas le pire moyen pour se faire façonner une légende… Mais encore faut-il qu’il y ait de quoi : de la substance, de la grandeur, de l’épopée, de l’efficacité, moins de souci de soi et davantage de service du pays, pour la forger !

Et que les écrivains choisis dans et par le cercle présidentiel puissent la trouver et ériger en mythe ce qui pourrait n’être au fond qu’une quotidienneté surchargée !

Je ne doute pas que, autour de lui, certains – je songe notamment à Baptiste Rossi, qui est souvent sa « plume » – soient capables de lui suggérer des noms d’écrivains conformes au souhait présidentiel d’exclure « des opposants caractérisés. ». « On ne propose pas Édouard Louis », selon un proche d’Emmanuel Macron. Le tout est rapporté dans un excellent article de Martin Bernier, publié dans Le Figaro[1].

Principe de précaution

On comprend cette prudence, qui vise à ne pas transformer les rencontres – même littéraires, mais est-il possible d’échapper peu ou prou à la politique ? – avec le président en foire d’empoigne. Mais ce dernier, en poussant trop loin le principe de précaution, ne s’est-il pas privé de lumières et d’avis qui auraient été certes moins équilibrés, voire moins complaisants, mais en réalité plus signifiants et plus utiles, et sans doute, en cette période de crise et de délitement, plus nécessaires que jamais ?

Parmi ceux que le président a déjà conviés à ces réunions et échanges, je suis certain qu’au moins Emmanuel Carrère et Pascal Bruckner n’ont pas hésité à « parler vrai ». Mais cette manière de procéder — le Prince invite, et l’on s’y rend — ne garantit pas une sincérité absolue.

D’autant plus que, par une aberration totale — dont on se demande dans quelle tête elle a pu germer, et que je me refuse à attribuer au seul président, que l’on sait pourtant méfiant à l’égard de Michel Onfray, Régis Debray et Alain Finkielkraut —, ceux-ci ont été ostracisés au motif surréaliste qu’« ils regardaient avec les yeux d’hier le monde d’hier ». Ce point de vue est totalement inepte.

A lire aussi, Stéphane Germain: Des mots pour ne pas dire

À supposer qu’ils aient accepté ces échanges, cette confrontation — ce dont je doute fort pour Michel Onfray et Régis Debray —, ils auraient pu démontrer au président qu’ils regardent avec les yeux d’aujourd’hui le monde d’aujourd’hui, à travers la comparaison ou la nostalgie — sentiment nullement honteux — d’un certain monde d’hier. Rien n’aurait été plus éclairant pour Emmanuel Macron que d’entendre, de la part de ces intelligences brillantes, n’attendant ni n’espérant rien, des analyses de ce qu’il aurait dû être et accomplir, formulées avec une liberté et une expérience — du moins pour Régis Debray — sans égales. Il s’est privé, par confort, de visions décisives et décapantes sur le cours de son second quinquennat ; il en aurait fait ce qu’il voulait. Quitte à susciter des liens entre politique et littérature, autant aller au plus profond, au plus intense de la relation.

Cette dernière, même exemplaire sur le fond comme sur la forme, n’aurait évidemment engendré aucune possibilité de légende, puisqu’elle aurait au contraire mis en pleine lumière la crudité du réel et du pouvoir. Elle aurait davantage dissipé les illusions qu’elle ne les aurait sublimées.

Dur métier

Où, ailleurs, aurait-on pu trouver de quoi inventer une légende ? Sans appartenir au camp de ceux qui, du fait de la contestation importante de sa politique, dénient au président toute intelligence et nombre de qualités, le traitant avec mépris et dérision, je ne vois pourtant nulle part les éléments — un récit, des miracles, une puissance, une réussite — susceptibles de nourrir une cause légendaire.

Les traits de résistance parfois exceptionnels de la personnalité présidentielle – son sommeil très réduit, sa manière de solliciter à n’importe quelle heure, sa façon solitaire de présider, sa conviction de savoir mieux que quiconque, sa perception à la fois lucide et brutale des Français – constituent un terreau anecdotique et psychologique, l’expression d’une singularité. Mais rien, en cela, qui possède l’épaisseur propice à l’imagination et aux songes d’une légende, celle-ci se nourrissant certes du réel, mais toujours au-delà de lui.

Pourrait-on aller jusqu’à soutenir qu’Emmanuel Macron, à la recherche d’une légende introuvable, a négligé la pâte du présent et, par certains côtés, le dur métier de présider ?


[1] https://www.lefigaro.fr/vox/politique/en-choyant-les-ecrivains-emmanuel-macron-tente-d-ecrire-sa-legende-20251230

Péril et mystère autour de la sépulture de Loïe Fuller

Si personne ne revendique des droits sur la concession accordée il y a cent ans pour la sépulture de Loïe Fuller (1862-1928), et n’est prêt à payer 10 000 euros pour la renouveler, les cendres de cette artiste devenue un mythe et qui fut l’une des gloires de la Belle Epoque risquent de disparaître dans une fosse commune…


Ce 2 janvier 2026 sera le 98e anniversaire de la mort de Loïe Fuller. Loïe Fuller, « la » Loïe Fuller, ce mythe de la Belle Epoque, cette petite dame replète et sans beauté, cette danseuse assez médiocre qui affola cependant le regard de ses contemporains. En se noyant sous des voiles immenses qu’elle faisait danser sous des effets lumineux alors inédits, cent fois plagiée, elle fut la première à user sur scène avec autant de virtuosité des trésors nouveaux de la fée Electricité.

Loïe Fuller que croqueront peintres, affichistes et dessinateurs, Toulouse-Lautrec, Jules Chéret, Maurice Biais, Pierre Roche, Ferdinand von Reznicek, Pal, Georges Meunier… Loïe Fuller dont la silhouette serpentine entourée de nuées de soie alla jusqu’à inspirer d’innombrables figurines à son image comme celle de Daum en pâte de verre. Et jusqu’à des pieds de lampes. Loïe Fuller qui triompha dans son propre théâtre devant le monde entier au sein de l’Exposition Universelle de 1900. Loïe Fuller, l’amie de Marie d’Edimbourg, reine de Roumanie, de Rodin, de Mallarmé, de Guimard, des Curie, la protectrice bientôt déçue d’Isadora Duncan…

Echéance inéluctable

Il n’y aurait pas sujet d’en parler particulièrement aujourd’hui, alors que le centenaire de la mort de Loïe Fuller n’échoira que le 2 janvier 2028. Mais ce centenaire marquera aussi la fin de la concession que sa compagne, Gabrielle Bloch, avait acquise dans le columbarium du Père-Lachaise afin d’y déposer l’urne contenant les cendres de l’artiste, Juste en face de la lugubre chapelle laïque du cimetière où les cérémonies funèbres se succèdent à un rythme industriel.

Ainsi les restes de celle qui enivra les foules risquent d’être retirées par l’administration dès le 9 janvier 2028 de la case 5382 où ils reposent. Et d’être misérablement jetés à la fosse commune.  « La » Loïe Fuller qui fut une des gloires du Paris de 1900, qu’on célèbre partout encore aujourd’hui, dans des films, des documentaires, des livres, des musées, pourrait disparaître une seconde fois, par ignorance ou par indifférence des pouvoirs publics.  Les cendres de sa compatriote Isadora Duncan, morte quelques mois avant elle, en septembre 1927, ont été déposées non loin. Et tout à côté sont renfermées celles de deux autres chorégraphes américains célèbres, Alwin Nikolais (1910-1993)  et Murray Louis (1926-2016). Une conjonction qui n’est pas due au hasard. Isadora et Loïe avaient fait de Paris leur seconde patrie. Même chose pour Alwin et Murray qui avaient triomphé à leur tour sur les scènes parisiennes et pour qui la proximité voulue de ces quatre sépultures de chorégraphes américains étaient une forme de reconnaissance pour l’accueil reçu en France et pour leur public.

Comment pourrait-on imaginer sans frémir que disparaisse ce lieu de mémoire alors que le renouvellement de la concession se chiffre à 10 000 euros et que l’on ne connaît aucun parent ou ayant droit pouvant en réclamer les droits ? Ce serait évidemment à la Ville de Paris de décider d’en perpétuer indéfiniment le cours, afin d’honorer une artiste qui contribua jadis à son rayonnement universel. Et de se substituer à des héritiers perdus dans les brumes du temps.

De mystérieux inconnus

Il y a peu, à l’automne de 2023, des artistes chorégraphiques découvraient que la plaque funéraire qui ornait la niche 5382 (la seule à porter le nom de sa destinataire sous la forme de sa signature) gisait à terre, brisée en plusieurs fragments, sans que l’administration du cimetière ne se soit par ailleurs aperçue de quoi que ce soit et ne se soit alarmée. De pieuses mains avaient alors fixé une photographie de Loïe Füller protégée sous une enveloppe de plastique pour remplacer le bronze ruiné. Mais, plus extraordinairement, et bien plus mystérieusement encore, la plaque sera remplacée par des inconnus quelques mois plus tard, sans que le bureau des concessions en soit autrement avisé. Sans que jamais l’on ait pu découvrir de qui est venu ce geste miraculeux, de quels admirateurs ou de quelles admiratrices éperdus, assez généreux pour faire effectuer cette tâche pie à l’insu de tous !

Que tout cela se soit déroulé en plein cœur du cimetière envahi par les visiteurs, face à cette chapelle qui voit défiler chaque jour des centaines de personnes endeuillées, dans l’ignorance absolue de la direction du cimetière : cela donne une bien fâcheuse idée de la façon dont il est administré et surveillé.

Mais cette dévotion anonyme apporte aussi une note d’étrangeté et de romantisme noir, digne du Fantôme de l’Opéra, du Mystère de la chambre jaune ou des aventures de Fantômas, les romans fantastiques de Gaston Leroux, de Pierre Souvestre et de Marcel Allain. Tous des contemporains de Loïe Fuller. Et qui comptèrent sans doute parmi ses admirateurs…

2019

A lire : Loïe Fuller, danseuse de la Belle Epoque, de Giovanni Lista. 680 pages. Editions Stock. La biographie la plus achevée de l’artiste américaine.

Loïe Fuller: Danseuse de la Belle époque

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Trump et l’Europe: la croisée des chemins?

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Le procès intenté par Donald Trump à la BBC n’est que le symptôme d’une divergence grandissante et inquiétante entre les Etats-Unis et l’Europe. La réaction des médias et une partie des classes politiques européennes à ce procès, comme aux sanctions imposées par le gouvernement américain à Thierry Breton, révèle combien certains en Europe considèrent que le président américain a toujours et nécessairement tort. Tribune.


Le procès intenté par Donald Trump contre la British Broadcasting Corporation (BBC) le 15 décembre 2025, pour un montant pouvant atteindre dix milliards de dollars, a été immédiatement disqualifié par une large partie de la presse européenne. Provocation, excès, gesticulation trumpienne. Cette réaction pavlovienne évite pourtant le cœur du dossier : la mise en cause d’un documentaire diffusé juste avant l’élection présidentielle américaine de novembre 2024, fondé sur des montages trompeurs ensuite abondamment repris et sanctuarisés comme sources d’autorité. En cause notamment, la démonstration que Trump aurait appelé à la violence le 6 janvier 2021, alors même que ses propos publics appelant explicitement à manifester pacifiquement ont été écartés. Que se passe-t-il lorsque des médias internationaux aussi reconnus que la BBC cessent d’informer et commencent à falsifier le réel politique ? Quand un journaliste comme l’Allemand, Claas Relotius inventent un grand nombre de ses articles publiés dans Der Spiegel – malgré les 70 vérificateurs qu’emploie ce titre prestigieux ; lorsque Le Monde et The Guardian reconnaissent à répétition des erreurs factuelles sans jamais interroger la logique éditoriale qui les produit, ce n’est plus un accident. Ces erreurs sont en effet corrigées de façon très tardive et du bout des lèvres, puis rapidement oubliées.

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Le 17 décembre 2025, la Süddeutsche Zeitung illustre parfaitement ce glissement. Plutôt que d’examiner le fond juridique de la plainte de Trump, le journal s’attarde sur les excuses de la BBC pour de supposées « erreurs techniques » liées à son traitement de Donald Trump et des événements du 6 janvier 2021. L’affaire serait donc close. Mieux : « personne n’a fait dire à Trump ce qu’il n’avait pas dit ». Cette formule dilue toute responsabilité juridique dans un langage administratif froid, comme si cela suffisait à effacer toute conséquence.

Le 18 décembre 2025, l’Irish Independent adopte une autre stratégie, tout aussi commode. Sous la plume de Peter Vandermeersch, la plainte est réduite à un élément du « playbook » de Trump : intimidation, montants excessifs, et mise en scène. Quelques jours plus tard, Emmanuel Macron dénoncera à son tour une logique d’« intimidation » pour qualifier les sanctions américaines du 23 décembre 2025 visant cinq Européens, dont Thierry Breton. Ce vocabulaire n’est qu’un exemple parmi d’autres d’un alignement discursif désormais bien rodé entre responsables politiques et grands médias européens face à Donald Trump. Un langage qui permet d’évacuer systématiquement le fond du dossier et qui prive délibérément les citoyens européens d’un débat réel sur les faits, au profit d’un récit biaisé et préfabriqué.

Or, juridiquement, la plainte contre la BBC n’a absolument rien de fantaisiste. La compétence des tribunaux américains est établie dès lors que les contenus sont diffusés aux États-Unis et que le préjudice y est invoqué. Le seuil certes élevé du droit américain de la diffamation a déjà été franchi par des médias majeurs. CBS a accepté une transaction dans une affaire très fortement médiatisée. The Washington Post a dû revoir ses pratiques après la forte pression de procédures longues et coûteuses. La logique est simple : lorsque l’« erreur » n’est plus accidentelle, les rédactions cessent soudainement d’en produire autant. NBC, ABC et d’autres observent désormais l’affaire BBC avec une attention nouvelle.

A lire aussi: Dire le réel en démocratie: le cas Trump–Ilhan Omar et l’impossibilité contemporaine du conflit

Le contraste avec l’Europe est brutal. À Bruxelles, la logique est inversée. Les institutions européennes ont multiplié les offensives réglementaires au nom de la lutte contre la désinformation, ciblant prioritairement X. Cette ligne idéologique a culminé avec l’activisme de Thierry Breton, figure centrale d’une stratégie visant à contraindre des plateformes américaines à se conformer à des standards politiques à forte charge idéologique. Les sanctions américaines ont valeur de rappel à l’ordre : les bureaucrates supranationaux non élus ne disposent pas d’une immunité automatique lorsqu’ils projettent leur idéologie hors de leurs frontières. Dans le même temps, l’Union européenne est restée étrangement silencieuse face à des acteurs autrement plus problématiques. Aucune condamnation sérieuse n’a visé Al Jazeera, pourtant financée par le Qatar, que certains – dont Donald Trump lui-même en 2017 – ont accusé de laxisme par rapport au financement de réseaux islamistes. À l’inverse, des plateformes comme Rumble ont été marginalisées non pour des mensonges démontrés, mais pour leur positionnement hors des circuits de validation idéologique européens. Les États-Unis ont récemment montré qu’une autre ligne était possible. La sanction visant Francesca Albanese a rappelé qu’aucun statut institutionnel, pas même onusien, ne confère une impunité perpétuelle lorsque de telles lignes rouges sont franchies.

Enfin, le décalage entre l’Europe et les Etats-Unis s’étend de plus en plus sur le champ stratégique. Le 19 décembre 2025, les États-Unis ont lancé des frappes ciblées en Syrie contre des combattants de l’État islamique, neutralisant des capacités opérationnelles du djihadisme armé et idéologique. L’Europe, elle, persiste dans une gestion déclarative du risque qui est sans prise d’action. De même, le 25 décembre 2025, jour de Noël, Washington a frappé des positions de l’État islamique au Nigeria après des avertissements explicites de Donald Trump concernant les massacres de chrétiens. L’Europe, en revanche, persiste dans une inaction incompréhensible pour les Américains. À force de décrier ce que fait Trump, médias et bureaucrates européens confondent l’arbitraire avec la responsabilité, et la morale affichée avec la civilisation qu’ils invoquent.

Le Pas-de-Calais fait la leçon à la France

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Depuis de nombreuses années, nous assistons à l’enlisement de milliers de plaintes et de procédures dans les commissariats français. Or, le Pas-de-Calais vient de prendre une initiative pour accélérer le traitement des dossiers dans le domaine des violences conjugales. Qu’attend l’Etat pour imiter cet exemple?


Le Pas-de-Calais a créé « une task force pour accélérer la lutte contre les violences conjugales. Cette unité mobile, unique en France, sillonne les commissariats du Pas-de-Calais en renfort des enquêteurs locaux afin de résorber un stock de procédures accumulées depuis 2019 » (Le Parisien). Comment expliquer qu’une initiative aussi évidente n’ait vu le jour que si tardivement, dans un seul département, et exclusivement pour lutter contre les violences conjugales ?

Cela fait des années qu’à mon niveau modeste, je dénonce sur mon blog le scandale absolu de l’enlisement de milliers de plaintes et de procédures dans les commissariats français, avec l’aval choquant de l’ensemble des autorités concernées. Ce mouvement, visant à classer systématiquement sans suite une multitude de dossiers au motif de retards prétendument insurmontables, n’a cessé de s’amplifier. Il n’a pourtant suscité que peu d’indignation parmi nos concitoyens, y compris – et surtout – parmi les très nombreux justiciables qui ont vu leur aspiration à la justice réduite à néant dans un effacement généralisé. Confrontés à l’ampleur du nombre de dossiers, commissaires et magistrats du parquet ont parfois fait le choix de se laisser dominer, n’envisageant d’autre réponse que l’inaction.

A lire aussi: Magistrats, policiers et gendarmes sont du bon côté…

Le Pas-de-Calais, lui, a pris partiellement la mesure du fiasco et s’est efforcé d’y remédier en mettant en place une task force qui mériterait d’être généralisée. Celle-ci pourrait utilement venir en renfort partout où une administration policière débordée, dépassée, ne transmet plus les plaintes aux parquets et les laisse s’accumuler au point de n’avoir d’autre recours que leur relégation. Est-il inconcevable, pour l’excellent ministre de la Justice qu’est Gérald Darmanin et pour le nouveau ministre de l’Intérieur, de se pencher sur ce problème dramatique et de constituer, toutes affaires cessantes, un véritable service d’urgence destiné, à l’échelle nationale, non plus à faire disparaître les dossiers, mais à les mettre en lumière ; non plus à éradiquer les plaintes, mais à rendre la justice possible ?

Qu’on ne me dise pas que c’est impossible : dans un arbitrage à opérer entre l’étouffement mécanique et une entreprise de redressement multiple, patiente et courageuse, c’est le signe d’une démocratie malade que d’opter pour le premier en négligeant la seconde ! Ces unités mobiles, qui combattraient partout un immobilisme scandaleux et un lamentable statu quo, pourraient démontrer leur utilité et leur efficacité, à condition d’être également adaptées au champ judiciaire. Si les inspections générales des services n’étaient pas vouées uniquement à contrôler, sanctionner, soupçonner et mettre en cause – trop souvent – des comportements à peine fautifs mais explicables, au détriment de dysfonctionnements authentiques et de retards impardonnables, on aurait pu envisager de leur confier une part de responsabilité dans une politique résolue de « chasse à la lenteur ».

Je me souviens du grand magistrat qu’a été Pierre Truche, alors procureur général, sous l’autorité duquel il était gratifiant de travailler, et de ce coup d’éclat qui révélait à quel point il avait conscience de cette plaie fondamentale du service public de la Justice : son inadmissible incurie. C’est le citoyen qui en pâtit. Pierre Truche avait demandé à ses collaborateurs de requérir, auprès des juges d’instruction, le retour des dossiers vieux de deux ans ou davantage, et d’en assurer le règlement lorsque cela était possible. Cette injonction a eu des conséquences très positives. Elle n’a plus jamais été mise en œuvre depuis.

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Sans me pousser du col, j’avais moi-même, il y a des années, à la tête d’une section du droit bancaire à Paris, mis en place un système qui avait été reconnu efficace pour éviter aux victimes de vols de leurs papiers d’identité et de leur permis de conduire d’être sans cesse mis en cause par les délinquants qui avaient usurpé leur identité. Il avait suffi de quelques formulaires et d’une réaction immédiate pour faire échapper au pire de la bureaucratie et de l’injustice beaucoup d’honnêtes citoyens.

Face aux maux criants, il y a des solutions.

Mais on constate que la police, la gendarmerie et la magistrature s’habituent trop aisément à ce que l’on pourrait appeler une crise chronique, et qu’elles ne sont pas suffisamment attentives à la dévastation qu’engendrent, dans l’esprit des citoyens, cette indifférence et ces lenteurs. Dans les programmes judiciaires qui, je l’espère, n’auront pas peur de la rupture d’ici à 2027, je forme le vœu que soit affirmée cette règle capitale : le citoyen ne passera jamais à la trappe et l’institution devra répondre à tout.

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Le Mur des cons

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Diane de Selliers et l’histoire de la photographie

L’éditrice des beaux livres illustrés nous propose un volume dans lequel les poèmes des Contemplations de Victor Hugo sont accompagnés par des photographies des pionniers de cet art, de 1826 à 1910. Si les vers de Hugo peuvent sembler aujourd’hui un peu poussifs et prévisibles, les images qui illustrent ce volume magnifique étonnent par leur modernité.


Comme chaque année au moment des fêtes, l’éditrice de livres d’art Diane de Selliers nous offre un nouveau titre, toujours élaboré avec un luxe de soins qui confine à la perfection. Cette fois, le sujet en est la naissance de la photographie au XIXe siècle. C’est l’occasion de pouvoir contempler 136 photographies admirables, que l’on doit aux pionniers de cet art majeur, et qui sont reproduites en grand format. Le plaisir esthétique est très grand, chaque image comportant une part de secret, sur laquelle il est loisible de rêver longuement. Bien sûr, toutes ces photos sont déjà connues des amateurs, mais elles sont ici recueillies dans un écrin précieux, et donc merveilleusement mises en valeur.

Deux choses différentes

Pour la partie texte, en contrepoint des photos, Diane de Selliers a choisi des poèmes de Victor Hugo tirés des Contemplations. En effet, l’œuvre de Hugo est contemporaine des premiers balbutiements de la photographie. Cependant, je constate que c’est à peu près le seul point commun qui peut être détecté entre le travail de Hugo et celui des inventeurs de l’image. Je vois mal le rapport direct entre le vers de Hugo, trop facilement pompier, et ces images littéralement sublimes, caractérisées, comme l’écrit Diane de Selliers dans son avant-propos, par « une fragilité, un tremblement, un mystère ». Ce sont deux choses très différentes, en réalité.

« Hugolâtrie »

Je dois avouer que je n’aime pas beaucoup le Victor Hugo poète. Je ne suis pas « hugolâtre », comme disait Eugène Ionesco dans un pamphlet. Je trouve un Lamartine beaucoup plus fin. Ma prédilection va en général aux poètes qui arrivent plus tard dans le siècle, Baudelaire, le peintre de la vie moderne, sans hésiter ; et Rimbaud, bien sûr ; et Mallarmé, au style dandy. La photographie — et les clichés ici rassemblés le prouvent assez — me paraît davantage chue d’un désastre obscur, pour reprendre la formule célèbre du même MallarméDès sa naissance, la photographie se préfigure comme un art d’avenir, alors que l’œuvre en vers de Victor Hugo regarde le passé et, en tout cas, ne révolutionne rien du tout. De lui, j’aime mieux les romans, notamment Quatrevingt-treize (sic), paru en 1874, cette merveille sur la Révolution française, avec ce simple chapitre que je relis souvent et dont le titre me terrifie toujours : « La Convention ». Je pense aux têtes qui ne cessaient de tomber, au sens propre. C’est là que Hugo a donné son meilleur, c’est là qu’il continue de nous fasciner.

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La bonne interlocutrice : la prix Nobel Han Kang

Ce serait ici l’occasion de s’amuser à un petit jeu et d’essayer de répondre à la question : « Mais alors, à défaut de Hugo, quel auteur aurait-il fallu choisir ? » Pour moi, j’aurais recouru volontiers à un texte écrit par un Nobel de littérature, par exemple la romancière coréenne Han Kang, lauréate en 2024. Elle-même a publié de la poésie, et sa prose a souvent été caractérisée de « poétique ». Elle a beaucoup de talent, je crois, les Nobel font souvent d’excellents choix, comme le dernier en date, le Hongrois László Krasznahorkai. Ces deux-là sont des auteurs dont je vous reparlerai en 2026, je l’espère. En tout cas, par leur modernité, par ce qu’ils essaient de recommencer en littérature, ils auraient bien mieux évoqué les débuts de la photographie que Victor Hugo, qui n’en demandait pas tant, car il n’était pas un moderne.

Se concentrer sur les images

Je vous conseillerais par conséquent, si vous tenez entre les mains l’album de Diane de Selliers, de vous en tenir aux images. Elles apparaissent comme sorties des limbes du temps, grâce aux inventions nouvelles : daguerréotypes, calotypes, premiers tirages à l’albumine, et tant d’autres, aux appellations techniques enchanteresses, qui jalonnent cette belle histoire. D’ailleurs, c’est une évidence, les commentaires sur la photographie ne manquent pas. Il y en a pour tous les goûts. Je mets très haut celui de Roland Barthes, dans La Chambre claire (1980), ainsi que celui de Susan Sontag, dans son livre culte Sur la photographie (1973). (Susan Sontag faisait notamment cette remarque, plus que jamais d’actualité : « Réhabiliter d’anciennes photographies en leur trouvant un nouveau contexte est devenu une des grandes activités de l’industrie du livre »). Ou bien, pourquoi ne pas le citer, le court texte de Jacques Derrida, Aletheia (1993) qui vient tout juste, en juin dernier, de faire l’objet d’un tiré à part aux très élitistes éditions William Blake & Co. Toutes ces lectures accompagneront votre dégustation du volume de Diane de Selliers, pour peu que vous oubliiez un instant l’encombrant Victor Hugo.  

Une rêverie propre et irremplaçable

Vous me demanderez peut-être le genre de méditation qu’une photo peut faire naître ? Je prends, par exemple, celle qui est reproduite page 116, et qui représente une petite cabane en pleine nature, au milieu du feuillage luxuriant qui la fait presque disparaître. Elle date de 1845-1850. Tout de suite, je pense à l’ermitage d’un sage taoïste qui habiterait un coin reculé de la Chine. La cabane pourrait dater de l’Antiquité. L’ancienneté de la photographie, le halo particulier qu’elle diffuse, permet cette petite divagation. Mais il nous suffit de lire, au-dessus, la manière dont cette image est légendée pour nous détromper : « Louis Adolphe Humbert de Molard, La Remise à outils, château à Argenteuil. Épreuve sur papier salé. National Gallery of Art, Washington ». Chaque cliché est ainsi une heureuse surprise, qui fait remonter en nous d’autres vies.

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Roland Barthes prônait d’ailleurs la compréhension subjective des photographies. Selon lui (et selon moi, à sa suite), on doit se laisser guider par ses émotions : « Qu’avais-je à faire, écrit Barthes dans La Chambre clairedes règles de composition du paysage photographique, ou, à l’autre bout, de la Photographie [Barthes l’écrit avec une majuscule] comme rite familial ? »

Eh oui ! La photographie est assurément un art de la liberté… Le beau livre de Diane de Selliers vient nous le rappeler de manière éclatante.


Éditions Diane de Selliers, Victor Hugo, Les Contemplations, illustrées par les débuts de la photographie (1826-1910). Important appareil critique, notamment concernant l’histoire de la photographie. 400 pp.

Aux mêmes éditions, magnifique reparution du Décaméron de Boccace, illustré par l’auteur et les peintres de son époque. 1ère édition chez Diane de Selliers en 1999. 656 pp.

Jacques Derrida, Aletheia. Tiré à part. Éd. William Blake & Co, 2025. 29 pp.

Roland Barthes, La chambre claire. Gallimard, 1980.

Susan Sontag, Sur la photographie. Éd. Christian Bourgois. Et du même auteur, chez le même éditeur, la réédition en poche en novembre 2025 de Le style Camp, opuscule lui aussi devenu culte.

Aletheia

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Sur la photographie

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Journal d’une femme occupée

Une nouvelle réédition de Paris de ma fenêtre et une exposition à la Bibliothèque nationale de France permettent de plonger dans la vie et la prose de Colette, notamment la Colette de l’Occupation qui vit recluse dans son appartement parisien et parle de tout – sauf des Allemands.


En 1942, Colette approche les 70 ans. Les douleurs d’une arthrite naissante s’ajoutant à celle d’une récente fracture du péroné, l’écrivaine assagie ne quitte pas son divan. Elle vit recluse dans son appartement du 9 rue de Beaujolais, dont les fenêtres, côté sud, donnent sur la perspective du jardin du Palais-Royal. C’est une femme célèbre. Elle a Cocteau et Jean Marais pour voisins. En 1935, elle s’est mariée avec Maurice Goudeket (que Valéry, jaloux, surnomme « M. de Bonnequeue » ou « Goodkéket ») ; il a 16 ans de moins qu’elle. En 1941, Maurice est arrêté comme juif par la Gestapo ; elle fait jouer ses relations. Toutes les victimes de la « rafle des notables » n’auront pas la même chance : en février 1942, Goudeket vient d’échapper miraculeusement à Auschwitz ; il est libre. C’est l’année où, sous le titre De ma fenêtre paraît l’édition originale des onze chroniques qu’elle a donné au journal Le Petit Parisien dès son retour de l’exode, à partir d’octobre 1940, et ce jusqu’au 11 décembre 1941. En 1944, sous le titre Paris de ma fenêtre, le recueil est publié par une maison d’édition suisse, enrichi d’une préface signée Francis Carco (1886-1958), auteur comme l’on sait, en 1914, du merveilleux roman Jésus-la-Caille, plongée dans l’univers interlope dont Jean Genet, plus tard, fera son miel avec Notre-Dame-des-Fleurs

Votre serviteur avoue sans peine puiser pas mal de ces précisions dans le texte que Gérald Duchemin, sous l’intitulé « La Paysanne de Paris », propose fort utilement en guise de postface à cette nouvelle édition de Paris de ma fenêtre millésimée 2025, par les soins des Éditions Le Chat Rouge, en contrepoint de l’exposition que la BNF consacre actuellement à Colette (jusqu’au 18 janvier prochain). 

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Que trouve-t-on dans ces chroniques de la diariste entravée dans la solitude, la froidure, les privations, la mélancolie de l’Occupation ? « L’équateur et la sous-alimentation frappe la créature d’un même impôt, qui est la fatigue », écrit-elle. Rien donc qui, de près ou de loin, se rapproche du Journal d’un homme occupé, ce chef-d’œuvre du pauvre Robert Brasillach. Nulle part nommée par Colette, la présence allemande est comme l’arrière-plan aveugle du livre. Non, Colette s’adresse d’abord à ses lectrices : elle leur fournit, par exemple, la recette de la « flognarde » (une sorte de crêpe) ; elle médite sur « l’heure du thé » ; poétise sur les abeilles citadines ; évoque Jean Lorrain, Renée Vivien ou Kipling entre deux considérations sur les rats qu’apprivoisaient Rachilde, les rossignols du Bois de Boulogne, le sourire de Cécile Sorel, les chats et chiens du quartier, la « névrose […] aussi vieille que l’or immémorial, fauteur de vésanies »,  ce métal jaune qui « traverse les guerres, les suscite et les paie »… Une prose passant du coq-à-l’âne, mélodie dont les effluves fleuris ont, pour le lecteur de 2025, quelque chose de délicieusement daté.  

A lire : 

Paris de ma fenêtre, par Colette. Préface par Francis Carco. Éditions Le Chat Rouge, 2025, 301pp.

Catalogue de l’exposition Les mondes de Colette, sous la direction d’Émilie Bouvard, Julien Dimerman et Laurence Le Bras. Gallimard/Bibliothèque nationale de France, 2025, 256pp., 140 illustrations.

A voir :

L’exposition, Les Mondes de Colette. Bibliothèque François Mitterrand, Galeries 2, Paris. Jusqu’au 18 janvier 2026. 

Les mondes de Colette

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PARIS DE MA FENÊTRE

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L’Italie sous le choc du Hamas

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L’Italie vient d’accomplir un travail vital, en arrêtant sept personnes soupçonnées de financer le Hamas. Parmi elles, Mohammad Hannoun, président de l’association des Palestiniens en Italie. Les forces de l’ordre italiennes ont ainsi démasqué certaines des coqueluches de la gauche propalestinienne, enfin révélées pour ce qu’elles sont : des soutiens des terroristes. Qu’attendent la France et d’autres pays européens pour faire comme l’Italie?


La police italienne a arrêté sept personnes pour financement du terrorisme Hamas, ce que Samidoun, le réseau de soutien aux prisonniers palestiniens (pas ceux de droit commun, seulement les terroristes) a traduit par un titre insoumis « Nouvelle attaque italienne contre la Palestine : Solidarité avec Mohammad Hannoun et tous les Palestiniens persécutés ! »

On a les soutiens qu’on mérite

La solidarité de Samidoun avec les terroristes se manifeste de manière sonnante, trébuchante, tranchante et plus, car affinités. Le 15 octobre 2023 à Bruxelles, à l’occasion d’une manifestation de soutien aux héroïques pogromistes, son coordinateur européen avait déclaré « Nous ne qualifions pas les attaques du Hamas en Israël de terrorisme, mais de résistance légitime. […] Les actes du Hamas sont légitimes dans notre lutte de résistance. C’est la réponse à des décennies de terreur et d’occupation. Donc oui, nous fêtons cela ». Au moment où ces mots ont été prononcés, deux décennies s’étaient écoulées depuis la fin de l’occupation et la terreur était le seul produit d’exportation de l’État de facto de Palestine, dirigé par un Hamas, aussi « légitimement élu » que l’avait été Hitler en 1933… et avec un programme adapté.

Philologie, morale et politique

Le champ politique occidental ne peut fonctionner que grâce à l’aveuglement vis-à-vis d’un paradoxe qui crève les yeux. En effet, vu de Paris, le Parti national-socialiste des travailleurs allemands, dont l’abréviation française, « nazi », figure dans le Larousse, est considéré comme une extrême-droite synonyme d’antisémitisme exclusif. En revanche, Staline, Mao Tse Toung, Pol Pot, Khomeiny, Arafat et d’autres du même acabit idéologique, dont le fascisme a entraîné la mort d’un nombre encore plus important de civils que le nazisme, sont classés à gauche, dans le camp des « gentils », tout comme le Hamas, dont la charte préconise le djihad et l’extermination des Juifs.

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Jusqu’au 7-octobre, le RN, parti d’extrême-droite, était le seul qui défendait les Juifs de France, depuis que l’antisémitisme sévissait majoritairement à gauche. L’obligation est faite aux LGBT, sous peine d’expulsion du camp progressiste, de soutenir les deux Palestine, dans lesquelles leurs semblables sont tués en prison ou jetés du haut des toits. Enfin le parti pour qui la religion est l’opium du peuple recrute des électeurs dans les mosquées.

L’Italie a connu le fascisme. Aujourd’hui elle distingue la droite de la gauche

On pourrait en douter, tant le palestinisme y est bruyant, mais les institutions ne sombrent pas dans le manichéisme victimaire des manifestants. Elles s’en tiennent aux faits. Après avoir mené l’enquête pendant deux décennies et tenté, plusieurs fois en vain, de procéder à des arrestations, elles ont bénéficié de renseignements israéliens et ont pu arrêter sept figures charismatiques du terrorisme populaire, alias le Hamas. 

Le haut de l’affiche est une star : Mohammad Hannoun, chéri des démocrates transalpins, l’Association caritative de solidarité avec le peuple palestinien (ABSPP. La police et le contre-espionnage italiens l’ont à l’œil depuis longtemps et pour des motifs pas exclusivement financiers, car il s’est également signalé à leur attention par la ferveur avec laquelle il s’extasiait de la mort de Juifs dans les attentats.

D’après les écoutes de la police, qui le surveille depuis plus de 20 ans, le 1er août 2002, son frère Said et lui-même « se réjouissent d’une explosion dans le bar de l’université de Jérusalem, où neuf civils ont trouvé la mort ». Le 5 mai 2003, il connaît un nouveau moment d’exaltation, cette fois avec son frère Ahmad : « Ils célèbrent un attentat contre un bus dans lequel 23 civils ont été tués ». Trois mois plus tard, le 19 août, il ne se sent plus de joie, quand 23 autres civils sont assassinés, dont 7 enfants, ce qui le ravit car « la douleur pour les sionistes sera plus grande ».

Les petits ruisseaux font le grandes rivières (jusqu’à la mer)

Avec Mohammad Hannoun, son second à Florence, Raed Al Salahat, a été arrêté. Le Corriere della sera a publié la vidéo d’une perquisition au cours de laquelle des valises pleines de billets ont été découvertes. Au total, plus de huit millions d’euros. L’enquête a révélé que plus de 70 % de l’argent collecté comme aide humanitaire, chez des particuliers, dans des commerces et dans des mosquées, finissait dans les caisses du Hamas ou servait à financer ses filiales. Depuis le siège de l’ONG à Gênes, l’argent était dispatché au Hamas en Palestine, « soit en espèces, soit sous forme de titres de crédit, soit par le biais d’une triangulation depuis la Turquie ».

Al Salahat partage évidemment avec son collègue un amour de l’humanité qui se traduit par des messages exaltés célébrant le pogrom du 7-octobre sur son profil Facebook. Selon l’enquête, il était co-décisionnaire avec Hannoun des mesures à prendre pour poursuivre la collecte de fonds malgré les freins mis en place par les Autorités italiennes. 

Du beau linge

Puisque le Hamas c’est la gauche bienveillante, la gauche italienne a accueilli Hannoun avec bienveillance : conférence avec Francesca Albanese, la rapporteuse spéciale des Nations unies contre Israël, rencontres avec Laura Boldrini, passée successivement par SI-SEL (gauche écolo), LeU (libres et unis, démocrates de gauche), PD (parti démocrate) et PD-ITP (Partito Democratico – Italia Democratica e Progressista), avec Nicola Fratoianni, secrétaire de la Gauche italienne depuis 2021, et de nombreux parlementaires, de gauche et de centre-gauche. Parmi eux, Davide Tripiedi et Marco Bella (tous deux du M5S, le mouvement 5 étoiles fondé en 2009, par un Coluche italien : Beppe Grillo), Matteo Orfini (PD), Stefano Fassina (Sinistra italiana, la Gauche italienne). En 2018, il a fait participer Marco Furfaro (PD) comme orateur à la conférence des Palestiniens européens où il intervenait aussi.

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Une fois qu’il a été arrêté, ses amis sont devenus amnésiques : Albanese a oublié sa conférence, Fratoianni la sienne et Boldrini ne se souvient que d’une courte rencontre…

Marco Carrai, consul d’Israël pour la Toscane, l’Émilie-Romagne et la Lombardie, a remercié les forces de l’ordre : « Nous espérons que cette enquête fera toute la lumière une fois pour toutes sur les partisans du terrorisme islamique présents en Italie. J’espère que tous ceux qui sont toujours prêts à descendre dans la rue et à proférer des slogans antisémites et antisionistes en prendront bonne note ».

Hannoun a raté le train de la poudre d’escampette

Hannoun avait prévu de s’échapper vers la Turquie, via Turin, avec l’aide de l’imam de cette ville. Avant de partir, il a exhorté ses troupes à accélérer la collecte et l’expédition de fonds « par tous les moyens possibles ». Il a été arrêté in extrémis : il ne faisait pas le poids face à la Digos (Division des enquêtes et des opérations spéciales) en collaboration avec la Guardia di Finanza (police financière) et sous la coordination du parquet national antimafia et antiterrorisme. 

Il sera jugé sur l’accusation « d’être un membre haut placé du Hamas et d’avoir affecté, dans le cadre d’une collecte de fonds présentée comme destinée à des fins humanitaires pour la population palestinienne, une partie importante (plus de 71 %) de ces fonds au financement direct du Hamas ou d’associations qui lui sont liées ou contrôlées par lui et d’autres branches de l’organisation terroriste », ainsi que « d’avoir ainsi contribué à verser, directement ou indirectement, à l’organisation terroriste, à partir du 18 octobre 2001 et jusqu’à ce jour, mais surtout à la suite des événements du 7 octobre 2023, des sommes d’argent considérables, s’élevant à 7 288 248,15 euros, en détournant ces fonds des objectifs déclarés et des besoins réels de la population civile de Gaza ».

La frontière entre la France et l’Italie est morale

En France, le président se précipite au chevet des malfrats pour accuser la police d’avoir été trop violente avec eux. En Italie, Giorgia Meloni a applaudi le succès de l’opération et le ministre de l’Intérieur, Matteo Piantedosi, qui sait qu’il est  là pour aider les victimes, pas les malfaiteurs, a déclaré : « Même si la présomption d’innocence doit toujours être respectée à ce stade, le voile a été levé sur des comportements et des activités qui, sous le couvert d’initiatives en faveur des populations palestiniennes, cachaient le soutien et la participation à des organisations ayant de véritables objectifs terroristes islamistes. Un danger auquel notre gouvernement accorde la plus grande attention ».

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Samedi 27 décembre, quelques centaines de personnes ont manifesté à Milan contre les arrestations, notamment sous une banderole posant « antisionisme = antifascisme, antisémitisme = nazifascisme ». Dans le quartier du Duomo, la circulation a été paralysée pour laisser passer le cortège.

Cela n’empêchera certainement pas la majorité des Italiens de réveillonner tranquilles et il est probable que leur ministre ne passera pas le Jour de l’An à compter les voitures incendiées. 

Chroniques de la guerre des pacifistes: 2025

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Pour Elon Musk, Bruxelles n’est plus belge

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La capitale de la Belgique a perdu presque tout son caractère traditionnel. Livrée aux islamo-wokistes, aux Fréristes et leurs compagnons de route, aux antisémites et aux narcotrafiquants, la ville ne peut plus compter sur les partis politiques de la Région pour la sauver : ils n’arrivent pas à former une majorité de gouvernement. Bilan de l’année 2025.


Il n’y a pas un endroit dans le vaste monde où l’évocation de ma ville d’origine ne provoque une moue empreinte de compassion, de la part de mes contacts sur place, des chauffeurs de taxi ou des rencontres fortuites. Dans la majestueuse Budapest, où l’on se promène à toute heure sans crainte pour sa propre sécurité, on me répète que Bruxelles est le meilleur antidote à toute velléité d’ouvrir les frontières du pays à l’immigration ; au Texas, qu’elle est pire « shithole » encore que Dallas ; à Paris et ailleurs en France, qu’elle est dans un état de délabrement plus avancé encore que les villes de l’Hexagone. Bruxelles est désormais partout synonyme d’islamisation, de terrorisme, d’antisémitisme et d’insécurité, autant de phénomènes que 2025 a amplifiés. 

La situation démographique de la capitale belge est largement révélatrice : 25 % au moins des habitants sont musulmans ; plus de quatre Bruxellois sur dix sont d’origine extra-européenne ; parmi ces derniers, la communauté marocaine est la plus représentée – la société flamande de transports publics a même pris soin de dévier le trajet de ses bus lors des matches du Maroc à la CAN pour éviter les dégradations. Commentant la statistique selon laquelle trois enfants sur quatre à Bruxelles sont d’origine non-européenne, Elon Musk vient d’écrire sur son compte X que « Bruxelles n’est plus belge ».

Tous ces chiffres ne sont rien par rapport aux réalités palpables du terrain, celles que l’on observe en déambulant dans les rues délabrées et où les commerces sont majoritairement estampillés « halal », en étant bloqués dans un trafic congestionné par les plans de mobilité concoctés par les écologistes, en scrutant les visages, menaçant chez les uns, dirigés vers le sol chez les autres. Évidemment, il demeure encore des communes de la Région bruxelloise épargnées, mais elles sont de moins en moins nombreuses, Uccle et ses quartiers de millionnaires, Boitsfort et sa cohorte de bobos, ou Woluwe-Saint-Pierre et ses classes aisées faisant leurs courses au marché de Stockel. En dehors de ces zones préservées, le constat est partout pareil.

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« Je ne rentre plus jamais seule chez moi en soirée » : combien de fois ai-je entendu des amies me faire cet aveu qui, à chaque fois, me révolte ? A la petite délinquance, celle qui crée l’insécurité et le sentiment qui l’accompagne, se sont ajoutées aujourd’hui les fusillades sur fond de règlements de compte liés au trafic de drogue. En cela, l’année qui s’achève a battu tous les records, plaçant la capitale belge dans une catégorie où l’on retrouve d’ordinaire des villes comme Naples, Marseille ou, pire encore, des mégapoles d’Amérique du Sud. 

Sur le front de l’islamisation, tout s’est encore accéléré et, devrais-je écrire, détérioré. La faculté de droit de l’Université libre de Bruxelles a choisi d’affubler sa promotion annuelle du nom de Rima Hassan. Fallait-il s’en étonner alors que le campus, autrefois acquis à Salvador Allende, est depuis des années le repère des pires soutiens à la cause palestinienne ? En juin, des militants ont rejoué le pogrom du 7-Octobre à Saint-Gilles, une des dix-neuf communes de la capitale. Sans doute trop juif, Raphaël Enthoven fut interdit de conférence dans une célèbre librairie. En réalité, le Proche-Orient a cristallisé, attisé et mis à la lumière du jour ce que tout le monde savait : il existe à Bruxelles une frange de la population qui est de plus en plus ouvertement antisémite, islamisée et anti-occidentale.  

Celle-ci se sera sans doute amusée de l’installation d’une crèche « inclusive », où les personnages de la Bible furent représentés par des morceaux de chiffon, ne laissant entrevoir aucun visage. Comble de l’ironie, cette crèche qui n’en était pas une, fut recouverte, après quelques jours, d’un « Free Palestine », comme si certains voulaient ajouter de l’obscénité à la laideur. Et nous, attachés à nos traditions, ne savions pas s’il fallait alors dénoncer un énième acte de vandalisme ou nous amuser de ce parfait symbole de l’islamo-wokisme dominant. 

Ne comptez pas sur les politiques pour sortir de la crise : de la gauche à la droite libérale, les partis n’ont pas été en mesure de former un gouvernement, pas plus que l’année précédente, et la Région bruxelloise se trouve donc sans exécutif depuis 568 jours. Un record du monde. Aucun ne semble avoir pris la réelle mesure des enjeux et tous s’en mordront les doigts car des représentants islamistes ont déjà commencé à se structurer et à obtenir des élus ; bientôt ceux-ci n’auront plus besoin des partis traditionnels qui les ont tant nourris.

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Pour emprunter au vocabulaire de la guerre, Bruxelles est tombée en 2025. Elle est à genoux, presque à plat ventre, face aux narcotrafiquants, aux Frères musulmans, à l’extrême-gauche, aux boutefeux de la diversité. Gageons qu’elle puisse encore se relever, mais, pour les Bruxellois d’origine, qu’ils soient contraints de vivre dans des quartiers perdus ou qu’ils aient fui dans les deux Brabant – flamand au nord, wallon au sud -, la peine est immense. Nous savons que nous ne reverrons plus le Bruxelles de Tintin, de Jacques Brel et d’Eddy Merckx, le Bruxelles où l’on parlait avec l’accent des Marolles, du nom de ce quartier populaire où battait autrefois le cœur de la capitale, le Bruxelles où Bossemans et Coppenolle, deux personnages du folklore local, se disputaient sur fond de rivalités footballistiques sous le regard de « Madame Chapeau », le Bruxelles qui brusselait en attendant le tram 33 pour aller manger des frites chez Eugène. Il reste heureusement notre zwanze, ce trait de caractère fait d’humour, de gouaille, d’auto-dérision et d’un zeste de mélancolie. 

Thierry Breton et Jacques Baud: deux poids, deux mesures?

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Quand les Etats-Unis ont annoncé que l’ancien Commissaire européen, Thierry Breton (ainsi que quatre autres personnalités européennes) serait interdit de séjour, étant accusés d’avoir exercé une forme de censure, les autorités françaises et de l’UE ont condamné ces « sanctions injustifiées ». Pourtant, l’Union européenne vient d’interdire à l’essayiste controversé suisse, Jacques Baud, accusé d’avoir répandu des fake news favorables à la Russie, de circuler dans l’UE. Dans quelle mesure ces deux interdictions sont-elles comparables dans leur refus de la liberté d’expression?


Ancien officier des services secrets suisses, l’essayiste controversé Jacques Baud, qui publie des essais chez l’éditeur Max Milo sur la guerre en Ukraine, fait partie de la douzaine de personnalités considérées par le Conseil de l’Union européenne comme des « agents de déstabilisation russe en Europe ». De nationalité suisse, mais résidant à Bruxelles, Jacques Baud s’est vu signifier une interdiction de circulation dans l’Union européenne au nom d’un certain nombre de critères juridiques comme « des menaces hybrides » sur l’UE. Si le background juridique le concernant est une réalité, les sanctions qui le frappent peuvent interroger dans un contexte démocratique.

Reproches et sanctions

Dans sa décision du 15 décembre, le Conseil de l’Union européen adresse les reproches suivants à Baud :

« Jacques Baud, ancien colonel de l’armée suisse et analyste stratégique, est un invité régulier de programmes de télévision et de radio pro-russes. Il agit comme un porte-voix de la propagande pro-russe et diffuse des théories du complot, accusant par exemple l’Ukraine d’avoir orchestré sa propre invasion afin de rejoindre l’OTAN ».

« Dès lors, Jacques Baud est tenu pour responsable de la mise en œuvre ou du soutien à des actions ou des politiques imputables au gouvernement de la Fédération de Russie qui portent atteinte à la stabilité ou à la sécurité d’un pays tiers (l’Ukraine), en se livrant à des activités de manipulation et d’ingérence informationnelles ».

Et le Conseil d’imposer les sanctions suivantes à Baud comme à d’autres figurant sur une liste de personnes accusées d’être au service de la propagande russe:

« Les personnes et entités inscrites sur la liste font l’objet d’un gel de leurs avoirs, et il est interdit aux citoyens et aux entreprises de l’Union européenne de mettre des fonds, des actifs financiers ou des ressources économiques à leur disposition ».

« Les personnes physiques sont en outre frappées d’une interdiction de voyager, qui leur interdit d’entrer sur les territoires de l’Union européenne ou d’y transiter »

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Thierry Breton versus Jacques Baud

Pour avoir lu deux des essais de Jacques Baud – L’art de la guerre russe, comment l’occident a conduit l’Ukraine à l’échec (2024) et Poutine, maître du jeu (2022) – je puis dire qu’ils sont fouillés, référencés et prêtent peu le flanc à des théories conspirationnistes. Il est vrai en revanche que Jacques Baud a déclaré au micro d’André Bercoff, notamment, qu’il ne croyait pas qu’Oussama Ben Laden soit à l’origine de l’attaque du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis – alors que le chef d’Al Qaeda a revendiqué l’attaque. Il est persuadé également  – il le répète sur ses capsules Youtube vues par au moins 100.000 personnes – que les attaques chimiques en Syrie n’étaient pas le fait de Bachar-el-Assad. Il a également accusé l’Ukraine « d’avoir orchestré sa propre invasion pour rejoindre l’OTAN ».

Anti-américain et donc par voie de conséquence anti-israélien, il use, pour asseoir sa légitimité, de son ancienne appartenance au Service de renseignement stratégique suisse mais aussi de sa qualité d’ancien chargé de mission auprès du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés à Goma (RDC).

A l’heure où Thierry Breton, au nom d’une vision diamétralement opposée de la liberté d’expression, est interdit de séjour aux Etats-Unis, on peut se demander si considérer Jacques Baud comme un agent russe est pertinent ou, au contraire, scandaleux dans un contexte démocratique. Car il faut souligner qu’en théorie, l’essayiste suisse a vu ses avoirs bancaires en Europe saisis et ne peut rejoindre la Suisse depuis Bruxelles – à moins d’utiliser des voies illégales comme tenter sa chance en voiture par des petites routes de montagne.Au contraire d’une des autres personnalités européennes dans l’œil du cyclone, Xavier Moreau, désormais franco-russe et qui a avoué qu’il « souhaitait la victoire de la Russie », Jacques Baud n’est pas explicitement « pro-russe ». Par ailleurs, ni l’UE ni la Belgique n’est officiellement en guerre avec la Russie.

Plan juridique versus plan démocratique

Sur le plan juridique et institutionnel, ce qui arrive à Jacques Baud est justifiable au sens où l’UE a un cadre légal explicite pour sanctionner des activités de manipulation de l’information attribuées à la Russie, et elle a formalisé une motivation.Sur le plan politique et démocratique, c’est beaucoup plus discutable, tout d’abord parce que manque à cette sanction la décision d’un juge – pénal ou civil. On apprend que le Conseil de l’Union européenne peut sanctionner apparemment sans autre forme de procès des citoyens de l’Union ou hors-Union.

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En outre, la motivation publique ressemble à une qualification générale plus qu’à une démonstration. La sanction est très lourde (gel des avoirs et interdiction de mobilité dans l’UE) pour des faits qui, vus de l’extérieur, relèvent d’abord de la parole et de la publication. Enfin, l’UE prend le risque d’apparaître comme juge des « bons » et « mauvais » récits, plutôt que comme arbitre de la légalité.L’UE peut avoir de bonnes raisons de s’inquiéter d’un rôle d’amplification des « pro-Russes » mais en l’absence de reproches plus concrets, la mesure peut sembler disproportionnée et contre-productive : et elle donne à l’intéressé un statut de martyr, ce qui est le carburant classique de ce type de réseaux d’influence. L’intéressé ne manquera pas de s’arroger ce statut en utilisant toutes les voies de droit pour inverser cette décision européenne.

Médiacratie, la fabrique des narratifs

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Ma Bayadère, avec les Ballets de Monte Carlo

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Non sans audace, le chorégraphe Jean-Christophe Maillot transfère le mélodrame du palais indien d’un radjah à un studio de danse européen, en le rebaptisant Ma Bayadère.


La bayadère ! Longtemps la figure de la danseuse sacrée des temples de l’hindouisme aura hanté l’imaginaire des romantiques et des post romantiques : de Théophile Gautier et Victor Hugo à Pierre Loti, Anatole France ou Jules Verne, en passant par Lucien et  Marius Petipa ou en remontant jusqu’aux grands voyageurs qui, dès le XVIIe siècle, découvrirent émerveillés les devadâsî lors des solennités se déroulant dans  les lieux de culte des Indes orientales.

Aujourd’hui, c’est avant tout le ballet de Marius Petipa, La Bayadère, créé en 1877 à Saint-Pétersbourg sur des compositions de Léon Minkus, qui entretient le mythe. Et au cœur de ce mélodrame, c’est le fascinant Grand pas des Ombres qui en est l’acmé : ce défilé mythique, mystique et solennel est l’une des plus belles et des plus impressionnantes inventions du grand ballet académique, dont on dit qu’elle aurait été inspirée à Petipa par une illustration de Gustave Doré pour La Divine Comédie.

Au sein des palais de Golconde

Bayadère, balhadera, balhadeira ou bailadeira : la devadâsî des Indiens est l’héroïne du drame dansé de Petipa. Au sein des palais et des temples de Golconde, la danseuse Nikiya se trouve engluée  dans un imbroglio qui la dépasse, mais qu’elle va savoir sublimer au moment de mourir. Amoureuse ardente et aimée en retour d’un beau guerrier, Solor, elle se voit condamnée à devenir le rivale de Gamzatti, la fille du radjah de Golconde que ce dernier veut donner pour épouse à Solor qui n’en veut pas, mais doit bien s’incliner. Et pour comble de malheur, le grand-prêtre local est lui aussi amoureux d’elle, Nikiya, ce qui ne va certainement pas simplifier les choses. 

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Inévitablement, celle-ci court le risque de finir vieille fille, d’autant qu’elle est vierge consacrée et normalement vouée à la chasteté. Mais si l’ignoble radjah, qui sait tout des amours de la rivale de sa fille, l’oblige à danser pour célébrer l’union de la princesse avec Solor, c’est aussi pour faire perfidement parvenir à Nikiya une corbeille de fleurs dans laquelle s’est lové un serpent des plus venimeux. Piquée à la gorge et sachant le mariage de son aimé inéluctable, Nikiya refuse tout contrepoison pour se sauver. Elle se laisse mourir non sans maudire ses assassins. Lesquels, par un juste retour des choses, seront impitoyablement aplatis dans le temple qui s’écroule au moment des noces, vengeant ainsi la mort de l’innocente.

Un incroyable laboratoire humain

A la tête des Ballets de Monte Carlo depuis plus de trente ans, le chorégraphe Jean-Christophe Maillot s’est saisi du thème, mais en le transposant dans le contexte d’une compagnie de danse. La sienne, qui a vu défiler des générations de danseurs, ne connaît rien sans doute des perfidies d’une cour orientale. Et lui-même n’a rien d’un autocrate sanguinaire. Cependant une troupe aussi nombreuse constitue un monde relativement clos d’où peuvent naître des passions exacerbées.  « C’est un incroyable laboratoire humain », souligne à juste titre le chorégraphe lors d’un entretien publié par Le Monde.

Dans Ma Bayadère, Rajah, chorégraphe et directeur de compagnie – suivez mon regard – entreprend  avec sa nombreuse troupe de remonter le ballet de Petipa. Il est flanqué d’un assistant, Brahma, qui relaie ici le grand-prêtre néfaste de La Bayadère.  La danseuse étoile Gamza se découvre rivale d’une débutante pleine de promesses, Niki, l’une et l’autre étant éprises de Solo, le bien nommé. Lequel Solo, manifestant une lâcheté et une duplicité toute masculines, flirte aussi bien avec l’une qu’avec l’autre. Tout cela finira fort mal dans un accident de plateau au cours duquel, folle de jalousie, Niki trouvera la mort.

La règle implacable des duos amoureux

Repenser, réinventer un livret est chose infiniment complexe. Et ce dernier, réécrit pour les besoins d’une histoire transposée d’une principauté indienne à un studio de danse occidental,  apparaît un peu confus ou plus exactement un peu difficile à déchiffrer dans sa représentation scénique.  Cependant, portée par la partition de Minkus comme par des insertions musicales réussies du propre frère du chorégraphe, Bertrand Maillot, la mise en scène, ingénieuse, enlevée, trépidante même, est mue par une dynamique que sert à merveille la cinquantaine de danseurs des Ballets de Monte Carlo. Lesquels, où qu’on les conduise, forment immanquablement un troupe d’une qualité exceptionnelle. Toute la première partie de Ma Bayadère est ainsi emportée dans un rythme soutenu, au cours de scènes pleines de vie et de naturel qui sont celles du quotidien des danseurs, mais où s’infiltre tout de même la violence d’une rivalité entre artistes et entre amants. Et plus que son aspect dansé peut-être, c’est sa dimension théâtrale qui séduit. Ce qui n’empêche pas une écriture chorégraphique soignée, parfois surprenante… même si les duos amoureux n’obéissent que trop à la règle implacable des duos amoureux.

Des rêves de « baba cool »

Ainsi que dans le livret original, la seconde partie du ballet est transportée dans un monde de songes générés par des substances illicites. Et tout comme Solor après la mort de Nikiya, Solo rêve à son tour après la mort de Niki. Honteux et confus pour cause de lâcheté, il rêve d’un monde meilleur d’où toute tension, toute jalousie seraient bannies, où l’on vivrait en parfaite harmonie. Il imagine même Niki copinant avec Gamza, espérant peut-être, dans son délire de séducteur de gare, pouvoir profiter et de l’une et de l’autre sans avoir à choisir. Autour d’eux, dit le livret, « la compagnie vit un bonheur parfait et se lance dans une grande farandole ».   

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Hélas, ces rêveries de danseurs « baba cool » des années 1960- 1970, comme Jean Christophe Maillot a dû en côtoyer du temps qu’il était engagé au sein du Ballet de Hambourg, ces rêveries et ces farandoles ne constituent pas un argument suffisamment charpenté, propre à engendrer une chorégraphie éloquente. Errant sur ces songes inconsistants, l’écriture du chorégraphe s‘enlise lentement dans un académisme insipide, très surprenant chez un artiste qui a su produire des ouvrages autrement plus beaux et vigoureux, et qui apparaît ici comme la victime d’ un évident manque d’inspiration qui le conduit à se renier lui-même.

Une audacieuse version du Pas des Ombres

Toutefois, ce second volet de Ma Bayadère offre en son début un  impressionnant tableau. Parce qu’il était impensable de ne pas répondre à la bien aimable partition de Minkus, à ce Grand pas des Ombres où Petipa fait défiler 32 ballerines revêtues de blanches vapeurs dans une suite ensorcelée d’arabesques cent fois répétées, Jean-Christophe Maillot en a composé une version audacieuse en le fragmentant en trois flots de danseurs glissant sans bruit vers le sol du haut de praticables aux formes aigües qui font penser au Cervin, en Suisse, dans le canton du Valais. Ce n’est en soi pas aussi saisissant que l’est la version originale, mais c’est remarquablement bien trouvé et joliment efficace, même si la sécheresse du décor n’en favorise guère la magie.    

Une chorégraphie peut toujours être remaniée. Celle-ci aurait tout à y gagner. Mais cette frilosité d’écriture semble-t-il assumée n’a surtout pas effarouché le public du Forum Grimadi à Monte Carlo. Un académisme rassurant n’est pas pour lui déplaire. Et il a réservé un accueil triomphal au ballet, avec son inévitable cohorte d’imbéciles qui, selon la mode nouvelle, se lèvent ostensiblement aussitôt l’ouvrage achevé pour afficher haut et fort leur enthousiasme et signifier à tout un chacun une approbation qu’on ne leur demande pas. Le directeur des Ballets de Monte Carlo est bien trop intelligent et trop lucide pour être dupe d’un succès si démonstratif, lequel récompense cependant une cinquantaine de danseurs talentueux pleinement engagés dans leurs rôles.

Ma Bayadère par les Ballets de Monte Carlo. Forum Grimaldi de Monte Carlo. Jusqu’au 4 janvier 2026.

Emmanuel Macron, à la recherche d’une légende introuvable…

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L'écrivain italien Giuliano da Empoli et l'écrivain français Emmanuel Carrère photographiés à Venise le 31 août 2025 © SGP/Shutterstock/SIPA

Déçu par les journalistes dont il juge la plume trop médiocre, Emmanuel Macron a pris l’habitude de cajoler quelques écrivains choisis, qu’il va parfois jusqu’à inviter lors de déplacements officiels dans l’espoir d’acheter leur mansuétude à l’égard de ses mandats présidentiels. À l’heure actuelle, les chouchous de l’Élysée se nomment Emmanuel Carrère, Giuliano da Empoli, Dany Laferrière et Wajdi Mouawad. D’autres figures littéraires, en revanche, inspireraient désormais une franche méfiance, voire une crainte assumée: Édouard Louis, Michel Houellebecq, Alain Finkielkraut ou encore Michel Onfray.


Le président de la République « choie les écrivains » et est, je crois, sincèrement épris de littérature. A priori, ce n’est pas le pire moyen pour se faire façonner une légende… Mais encore faut-il qu’il y ait de quoi : de la substance, de la grandeur, de l’épopée, de l’efficacité, moins de souci de soi et davantage de service du pays, pour la forger !

Et que les écrivains choisis dans et par le cercle présidentiel puissent la trouver et ériger en mythe ce qui pourrait n’être au fond qu’une quotidienneté surchargée !

Je ne doute pas que, autour de lui, certains – je songe notamment à Baptiste Rossi, qui est souvent sa « plume » – soient capables de lui suggérer des noms d’écrivains conformes au souhait présidentiel d’exclure « des opposants caractérisés. ». « On ne propose pas Édouard Louis », selon un proche d’Emmanuel Macron. Le tout est rapporté dans un excellent article de Martin Bernier, publié dans Le Figaro[1].

Principe de précaution

On comprend cette prudence, qui vise à ne pas transformer les rencontres – même littéraires, mais est-il possible d’échapper peu ou prou à la politique ? – avec le président en foire d’empoigne. Mais ce dernier, en poussant trop loin le principe de précaution, ne s’est-il pas privé de lumières et d’avis qui auraient été certes moins équilibrés, voire moins complaisants, mais en réalité plus signifiants et plus utiles, et sans doute, en cette période de crise et de délitement, plus nécessaires que jamais ?

Parmi ceux que le président a déjà conviés à ces réunions et échanges, je suis certain qu’au moins Emmanuel Carrère et Pascal Bruckner n’ont pas hésité à « parler vrai ». Mais cette manière de procéder — le Prince invite, et l’on s’y rend — ne garantit pas une sincérité absolue.

D’autant plus que, par une aberration totale — dont on se demande dans quelle tête elle a pu germer, et que je me refuse à attribuer au seul président, que l’on sait pourtant méfiant à l’égard de Michel Onfray, Régis Debray et Alain Finkielkraut —, ceux-ci ont été ostracisés au motif surréaliste qu’« ils regardaient avec les yeux d’hier le monde d’hier ». Ce point de vue est totalement inepte.

A lire aussi, Stéphane Germain: Des mots pour ne pas dire

À supposer qu’ils aient accepté ces échanges, cette confrontation — ce dont je doute fort pour Michel Onfray et Régis Debray —, ils auraient pu démontrer au président qu’ils regardent avec les yeux d’aujourd’hui le monde d’aujourd’hui, à travers la comparaison ou la nostalgie — sentiment nullement honteux — d’un certain monde d’hier. Rien n’aurait été plus éclairant pour Emmanuel Macron que d’entendre, de la part de ces intelligences brillantes, n’attendant ni n’espérant rien, des analyses de ce qu’il aurait dû être et accomplir, formulées avec une liberté et une expérience — du moins pour Régis Debray — sans égales. Il s’est privé, par confort, de visions décisives et décapantes sur le cours de son second quinquennat ; il en aurait fait ce qu’il voulait. Quitte à susciter des liens entre politique et littérature, autant aller au plus profond, au plus intense de la relation.

Cette dernière, même exemplaire sur le fond comme sur la forme, n’aurait évidemment engendré aucune possibilité de légende, puisqu’elle aurait au contraire mis en pleine lumière la crudité du réel et du pouvoir. Elle aurait davantage dissipé les illusions qu’elle ne les aurait sublimées.

Dur métier

Où, ailleurs, aurait-on pu trouver de quoi inventer une légende ? Sans appartenir au camp de ceux qui, du fait de la contestation importante de sa politique, dénient au président toute intelligence et nombre de qualités, le traitant avec mépris et dérision, je ne vois pourtant nulle part les éléments — un récit, des miracles, une puissance, une réussite — susceptibles de nourrir une cause légendaire.

Les traits de résistance parfois exceptionnels de la personnalité présidentielle – son sommeil très réduit, sa manière de solliciter à n’importe quelle heure, sa façon solitaire de présider, sa conviction de savoir mieux que quiconque, sa perception à la fois lucide et brutale des Français – constituent un terreau anecdotique et psychologique, l’expression d’une singularité. Mais rien, en cela, qui possède l’épaisseur propice à l’imagination et aux songes d’une légende, celle-ci se nourrissant certes du réel, mais toujours au-delà de lui.

Pourrait-on aller jusqu’à soutenir qu’Emmanuel Macron, à la recherche d’une légende introuvable, a négligé la pâte du présent et, par certains côtés, le dur métier de présider ?


[1] https://www.lefigaro.fr/vox/politique/en-choyant-les-ecrivains-emmanuel-macron-tente-d-ecrire-sa-legende-20251230

Péril et mystère autour de la sépulture de Loïe Fuller

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La danseuse américaine Loïe Fuller en 1889. DR.

Si personne ne revendique des droits sur la concession accordée il y a cent ans pour la sépulture de Loïe Fuller (1862-1928), et n’est prêt à payer 10 000 euros pour la renouveler, les cendres de cette artiste devenue un mythe et qui fut l’une des gloires de la Belle Epoque risquent de disparaître dans une fosse commune…


Ce 2 janvier 2026 sera le 98e anniversaire de la mort de Loïe Fuller. Loïe Fuller, « la » Loïe Fuller, ce mythe de la Belle Epoque, cette petite dame replète et sans beauté, cette danseuse assez médiocre qui affola cependant le regard de ses contemporains. En se noyant sous des voiles immenses qu’elle faisait danser sous des effets lumineux alors inédits, cent fois plagiée, elle fut la première à user sur scène avec autant de virtuosité des trésors nouveaux de la fée Electricité.

Loïe Fuller que croqueront peintres, affichistes et dessinateurs, Toulouse-Lautrec, Jules Chéret, Maurice Biais, Pierre Roche, Ferdinand von Reznicek, Pal, Georges Meunier… Loïe Fuller dont la silhouette serpentine entourée de nuées de soie alla jusqu’à inspirer d’innombrables figurines à son image comme celle de Daum en pâte de verre. Et jusqu’à des pieds de lampes. Loïe Fuller qui triompha dans son propre théâtre devant le monde entier au sein de l’Exposition Universelle de 1900. Loïe Fuller, l’amie de Marie d’Edimbourg, reine de Roumanie, de Rodin, de Mallarmé, de Guimard, des Curie, la protectrice bientôt déçue d’Isadora Duncan…

Echéance inéluctable

Il n’y aurait pas sujet d’en parler particulièrement aujourd’hui, alors que le centenaire de la mort de Loïe Fuller n’échoira que le 2 janvier 2028. Mais ce centenaire marquera aussi la fin de la concession que sa compagne, Gabrielle Bloch, avait acquise dans le columbarium du Père-Lachaise afin d’y déposer l’urne contenant les cendres de l’artiste, Juste en face de la lugubre chapelle laïque du cimetière où les cérémonies funèbres se succèdent à un rythme industriel.

Ainsi les restes de celle qui enivra les foules risquent d’être retirées par l’administration dès le 9 janvier 2028 de la case 5382 où ils reposent. Et d’être misérablement jetés à la fosse commune.  « La » Loïe Fuller qui fut une des gloires du Paris de 1900, qu’on célèbre partout encore aujourd’hui, dans des films, des documentaires, des livres, des musées, pourrait disparaître une seconde fois, par ignorance ou par indifférence des pouvoirs publics.  Les cendres de sa compatriote Isadora Duncan, morte quelques mois avant elle, en septembre 1927, ont été déposées non loin. Et tout à côté sont renfermées celles de deux autres chorégraphes américains célèbres, Alwin Nikolais (1910-1993)  et Murray Louis (1926-2016). Une conjonction qui n’est pas due au hasard. Isadora et Loïe avaient fait de Paris leur seconde patrie. Même chose pour Alwin et Murray qui avaient triomphé à leur tour sur les scènes parisiennes et pour qui la proximité voulue de ces quatre sépultures de chorégraphes américains étaient une forme de reconnaissance pour l’accueil reçu en France et pour leur public.

Comment pourrait-on imaginer sans frémir que disparaisse ce lieu de mémoire alors que le renouvellement de la concession se chiffre à 10 000 euros et que l’on ne connaît aucun parent ou ayant droit pouvant en réclamer les droits ? Ce serait évidemment à la Ville de Paris de décider d’en perpétuer indéfiniment le cours, afin d’honorer une artiste qui contribua jadis à son rayonnement universel. Et de se substituer à des héritiers perdus dans les brumes du temps.

De mystérieux inconnus

Il y a peu, à l’automne de 2023, des artistes chorégraphiques découvraient que la plaque funéraire qui ornait la niche 5382 (la seule à porter le nom de sa destinataire sous la forme de sa signature) gisait à terre, brisée en plusieurs fragments, sans que l’administration du cimetière ne se soit par ailleurs aperçue de quoi que ce soit et ne se soit alarmée. De pieuses mains avaient alors fixé une photographie de Loïe Füller protégée sous une enveloppe de plastique pour remplacer le bronze ruiné. Mais, plus extraordinairement, et bien plus mystérieusement encore, la plaque sera remplacée par des inconnus quelques mois plus tard, sans que le bureau des concessions en soit autrement avisé. Sans que jamais l’on ait pu découvrir de qui est venu ce geste miraculeux, de quels admirateurs ou de quelles admiratrices éperdus, assez généreux pour faire effectuer cette tâche pie à l’insu de tous !

Que tout cela se soit déroulé en plein cœur du cimetière envahi par les visiteurs, face à cette chapelle qui voit défiler chaque jour des centaines de personnes endeuillées, dans l’ignorance absolue de la direction du cimetière : cela donne une bien fâcheuse idée de la façon dont il est administré et surveillé.

Mais cette dévotion anonyme apporte aussi une note d’étrangeté et de romantisme noir, digne du Fantôme de l’Opéra, du Mystère de la chambre jaune ou des aventures de Fantômas, les romans fantastiques de Gaston Leroux, de Pierre Souvestre et de Marcel Allain. Tous des contemporains de Loïe Fuller. Et qui comptèrent sans doute parmi ses admirateurs…

2019

A lire : Loïe Fuller, danseuse de la Belle Epoque, de Giovanni Lista. 680 pages. Editions Stock. La biographie la plus achevée de l’artiste américaine.

Loïe Fuller: Danseuse de la Belle époque

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Trump et l’Europe: la croisée des chemins?

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Emmanuel Macron et Donald Trump lors du sommet sur la paix à Gaza, à Charm el-Cheikh, Egypte, le 14 octobre 2025. Michael Kappeler/DPA/SIPA

Le procès intenté par Donald Trump à la BBC n’est que le symptôme d’une divergence grandissante et inquiétante entre les Etats-Unis et l’Europe. La réaction des médias et une partie des classes politiques européennes à ce procès, comme aux sanctions imposées par le gouvernement américain à Thierry Breton, révèle combien certains en Europe considèrent que le président américain a toujours et nécessairement tort. Tribune.


Le procès intenté par Donald Trump contre la British Broadcasting Corporation (BBC) le 15 décembre 2025, pour un montant pouvant atteindre dix milliards de dollars, a été immédiatement disqualifié par une large partie de la presse européenne. Provocation, excès, gesticulation trumpienne. Cette réaction pavlovienne évite pourtant le cœur du dossier : la mise en cause d’un documentaire diffusé juste avant l’élection présidentielle américaine de novembre 2024, fondé sur des montages trompeurs ensuite abondamment repris et sanctuarisés comme sources d’autorité. En cause notamment, la démonstration que Trump aurait appelé à la violence le 6 janvier 2021, alors même que ses propos publics appelant explicitement à manifester pacifiquement ont été écartés. Que se passe-t-il lorsque des médias internationaux aussi reconnus que la BBC cessent d’informer et commencent à falsifier le réel politique ? Quand un journaliste comme l’Allemand, Claas Relotius inventent un grand nombre de ses articles publiés dans Der Spiegel – malgré les 70 vérificateurs qu’emploie ce titre prestigieux ; lorsque Le Monde et The Guardian reconnaissent à répétition des erreurs factuelles sans jamais interroger la logique éditoriale qui les produit, ce n’est plus un accident. Ces erreurs sont en effet corrigées de façon très tardive et du bout des lèvres, puis rapidement oubliées.

A lire aussi: Venezuela: une crise américaine, un sujet français

Le 17 décembre 2025, la Süddeutsche Zeitung illustre parfaitement ce glissement. Plutôt que d’examiner le fond juridique de la plainte de Trump, le journal s’attarde sur les excuses de la BBC pour de supposées « erreurs techniques » liées à son traitement de Donald Trump et des événements du 6 janvier 2021. L’affaire serait donc close. Mieux : « personne n’a fait dire à Trump ce qu’il n’avait pas dit ». Cette formule dilue toute responsabilité juridique dans un langage administratif froid, comme si cela suffisait à effacer toute conséquence.

Le 18 décembre 2025, l’Irish Independent adopte une autre stratégie, tout aussi commode. Sous la plume de Peter Vandermeersch, la plainte est réduite à un élément du « playbook » de Trump : intimidation, montants excessifs, et mise en scène. Quelques jours plus tard, Emmanuel Macron dénoncera à son tour une logique d’« intimidation » pour qualifier les sanctions américaines du 23 décembre 2025 visant cinq Européens, dont Thierry Breton. Ce vocabulaire n’est qu’un exemple parmi d’autres d’un alignement discursif désormais bien rodé entre responsables politiques et grands médias européens face à Donald Trump. Un langage qui permet d’évacuer systématiquement le fond du dossier et qui prive délibérément les citoyens européens d’un débat réel sur les faits, au profit d’un récit biaisé et préfabriqué.

Or, juridiquement, la plainte contre la BBC n’a absolument rien de fantaisiste. La compétence des tribunaux américains est établie dès lors que les contenus sont diffusés aux États-Unis et que le préjudice y est invoqué. Le seuil certes élevé du droit américain de la diffamation a déjà été franchi par des médias majeurs. CBS a accepté une transaction dans une affaire très fortement médiatisée. The Washington Post a dû revoir ses pratiques après la forte pression de procédures longues et coûteuses. La logique est simple : lorsque l’« erreur » n’est plus accidentelle, les rédactions cessent soudainement d’en produire autant. NBC, ABC et d’autres observent désormais l’affaire BBC avec une attention nouvelle.

A lire aussi: Dire le réel en démocratie: le cas Trump–Ilhan Omar et l’impossibilité contemporaine du conflit

Le contraste avec l’Europe est brutal. À Bruxelles, la logique est inversée. Les institutions européennes ont multiplié les offensives réglementaires au nom de la lutte contre la désinformation, ciblant prioritairement X. Cette ligne idéologique a culminé avec l’activisme de Thierry Breton, figure centrale d’une stratégie visant à contraindre des plateformes américaines à se conformer à des standards politiques à forte charge idéologique. Les sanctions américaines ont valeur de rappel à l’ordre : les bureaucrates supranationaux non élus ne disposent pas d’une immunité automatique lorsqu’ils projettent leur idéologie hors de leurs frontières. Dans le même temps, l’Union européenne est restée étrangement silencieuse face à des acteurs autrement plus problématiques. Aucune condamnation sérieuse n’a visé Al Jazeera, pourtant financée par le Qatar, que certains – dont Donald Trump lui-même en 2017 – ont accusé de laxisme par rapport au financement de réseaux islamistes. À l’inverse, des plateformes comme Rumble ont été marginalisées non pour des mensonges démontrés, mais pour leur positionnement hors des circuits de validation idéologique européens. Les États-Unis ont récemment montré qu’une autre ligne était possible. La sanction visant Francesca Albanese a rappelé qu’aucun statut institutionnel, pas même onusien, ne confère une impunité perpétuelle lorsque de telles lignes rouges sont franchies.

Enfin, le décalage entre l’Europe et les Etats-Unis s’étend de plus en plus sur le champ stratégique. Le 19 décembre 2025, les États-Unis ont lancé des frappes ciblées en Syrie contre des combattants de l’État islamique, neutralisant des capacités opérationnelles du djihadisme armé et idéologique. L’Europe, elle, persiste dans une gestion déclarative du risque qui est sans prise d’action. De même, le 25 décembre 2025, jour de Noël, Washington a frappé des positions de l’État islamique au Nigeria après des avertissements explicites de Donald Trump concernant les massacres de chrétiens. L’Europe, en revanche, persiste dans une inaction incompréhensible pour les Américains. À force de décrier ce que fait Trump, médias et bureaucrates européens confondent l’arbitraire avec la responsabilité, et la morale affichée avec la civilisation qu’ils invoquent.

Le Pas-de-Calais fait la leçon à la France

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Le president de la République, Emmanuel Macron, et le Garde des Sceaux, Gérald Darmanin, lors de l'inauguration de l'extension de la prison Marseille-Baumettes, le 16 décembre 2025. Christian Liewig -Pool/SIPA

Depuis de nombreuses années, nous assistons à l’enlisement de milliers de plaintes et de procédures dans les commissariats français. Or, le Pas-de-Calais vient de prendre une initiative pour accélérer le traitement des dossiers dans le domaine des violences conjugales. Qu’attend l’Etat pour imiter cet exemple?


Le Pas-de-Calais a créé « une task force pour accélérer la lutte contre les violences conjugales. Cette unité mobile, unique en France, sillonne les commissariats du Pas-de-Calais en renfort des enquêteurs locaux afin de résorber un stock de procédures accumulées depuis 2019 » (Le Parisien). Comment expliquer qu’une initiative aussi évidente n’ait vu le jour que si tardivement, dans un seul département, et exclusivement pour lutter contre les violences conjugales ?

Cela fait des années qu’à mon niveau modeste, je dénonce sur mon blog le scandale absolu de l’enlisement de milliers de plaintes et de procédures dans les commissariats français, avec l’aval choquant de l’ensemble des autorités concernées. Ce mouvement, visant à classer systématiquement sans suite une multitude de dossiers au motif de retards prétendument insurmontables, n’a cessé de s’amplifier. Il n’a pourtant suscité que peu d’indignation parmi nos concitoyens, y compris – et surtout – parmi les très nombreux justiciables qui ont vu leur aspiration à la justice réduite à néant dans un effacement généralisé. Confrontés à l’ampleur du nombre de dossiers, commissaires et magistrats du parquet ont parfois fait le choix de se laisser dominer, n’envisageant d’autre réponse que l’inaction.

A lire aussi: Magistrats, policiers et gendarmes sont du bon côté…

Le Pas-de-Calais, lui, a pris partiellement la mesure du fiasco et s’est efforcé d’y remédier en mettant en place une task force qui mériterait d’être généralisée. Celle-ci pourrait utilement venir en renfort partout où une administration policière débordée, dépassée, ne transmet plus les plaintes aux parquets et les laisse s’accumuler au point de n’avoir d’autre recours que leur relégation. Est-il inconcevable, pour l’excellent ministre de la Justice qu’est Gérald Darmanin et pour le nouveau ministre de l’Intérieur, de se pencher sur ce problème dramatique et de constituer, toutes affaires cessantes, un véritable service d’urgence destiné, à l’échelle nationale, non plus à faire disparaître les dossiers, mais à les mettre en lumière ; non plus à éradiquer les plaintes, mais à rendre la justice possible ?

Qu’on ne me dise pas que c’est impossible : dans un arbitrage à opérer entre l’étouffement mécanique et une entreprise de redressement multiple, patiente et courageuse, c’est le signe d’une démocratie malade que d’opter pour le premier en négligeant la seconde ! Ces unités mobiles, qui combattraient partout un immobilisme scandaleux et un lamentable statu quo, pourraient démontrer leur utilité et leur efficacité, à condition d’être également adaptées au champ judiciaire. Si les inspections générales des services n’étaient pas vouées uniquement à contrôler, sanctionner, soupçonner et mettre en cause – trop souvent – des comportements à peine fautifs mais explicables, au détriment de dysfonctionnements authentiques et de retards impardonnables, on aurait pu envisager de leur confier une part de responsabilité dans une politique résolue de « chasse à la lenteur ».

Je me souviens du grand magistrat qu’a été Pierre Truche, alors procureur général, sous l’autorité duquel il était gratifiant de travailler, et de ce coup d’éclat qui révélait à quel point il avait conscience de cette plaie fondamentale du service public de la Justice : son inadmissible incurie. C’est le citoyen qui en pâtit. Pierre Truche avait demandé à ses collaborateurs de requérir, auprès des juges d’instruction, le retour des dossiers vieux de deux ans ou davantage, et d’en assurer le règlement lorsque cela était possible. Cette injonction a eu des conséquences très positives. Elle n’a plus jamais été mise en œuvre depuis.

A lire aussi: Que Gérald Darmanin nous aide à le soutenir…

Sans me pousser du col, j’avais moi-même, il y a des années, à la tête d’une section du droit bancaire à Paris, mis en place un système qui avait été reconnu efficace pour éviter aux victimes de vols de leurs papiers d’identité et de leur permis de conduire d’être sans cesse mis en cause par les délinquants qui avaient usurpé leur identité. Il avait suffi de quelques formulaires et d’une réaction immédiate pour faire échapper au pire de la bureaucratie et de l’injustice beaucoup d’honnêtes citoyens.

Face aux maux criants, il y a des solutions.

Mais on constate que la police, la gendarmerie et la magistrature s’habituent trop aisément à ce que l’on pourrait appeler une crise chronique, et qu’elles ne sont pas suffisamment attentives à la dévastation qu’engendrent, dans l’esprit des citoyens, cette indifférence et ces lenteurs. Dans les programmes judiciaires qui, je l’espère, n’auront pas peur de la rupture d’ici à 2027, je forme le vœu que soit affirmée cette règle capitale : le citoyen ne passera jamais à la trappe et l’institution devra répondre à tout.

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Le Mur des cons

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Diane de Selliers et l’histoire de la photographie

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Victor Hugo
Victor Hugo (Wikipédia)

L’éditrice des beaux livres illustrés nous propose un volume dans lequel les poèmes des Contemplations de Victor Hugo sont accompagnés par des photographies des pionniers de cet art, de 1826 à 1910. Si les vers de Hugo peuvent sembler aujourd’hui un peu poussifs et prévisibles, les images qui illustrent ce volume magnifique étonnent par leur modernité.


Comme chaque année au moment des fêtes, l’éditrice de livres d’art Diane de Selliers nous offre un nouveau titre, toujours élaboré avec un luxe de soins qui confine à la perfection. Cette fois, le sujet en est la naissance de la photographie au XIXe siècle. C’est l’occasion de pouvoir contempler 136 photographies admirables, que l’on doit aux pionniers de cet art majeur, et qui sont reproduites en grand format. Le plaisir esthétique est très grand, chaque image comportant une part de secret, sur laquelle il est loisible de rêver longuement. Bien sûr, toutes ces photos sont déjà connues des amateurs, mais elles sont ici recueillies dans un écrin précieux, et donc merveilleusement mises en valeur.

Deux choses différentes

Pour la partie texte, en contrepoint des photos, Diane de Selliers a choisi des poèmes de Victor Hugo tirés des Contemplations. En effet, l’œuvre de Hugo est contemporaine des premiers balbutiements de la photographie. Cependant, je constate que c’est à peu près le seul point commun qui peut être détecté entre le travail de Hugo et celui des inventeurs de l’image. Je vois mal le rapport direct entre le vers de Hugo, trop facilement pompier, et ces images littéralement sublimes, caractérisées, comme l’écrit Diane de Selliers dans son avant-propos, par « une fragilité, un tremblement, un mystère ». Ce sont deux choses très différentes, en réalité.

« Hugolâtrie »

Je dois avouer que je n’aime pas beaucoup le Victor Hugo poète. Je ne suis pas « hugolâtre », comme disait Eugène Ionesco dans un pamphlet. Je trouve un Lamartine beaucoup plus fin. Ma prédilection va en général aux poètes qui arrivent plus tard dans le siècle, Baudelaire, le peintre de la vie moderne, sans hésiter ; et Rimbaud, bien sûr ; et Mallarmé, au style dandy. La photographie — et les clichés ici rassemblés le prouvent assez — me paraît davantage chue d’un désastre obscur, pour reprendre la formule célèbre du même MallarméDès sa naissance, la photographie se préfigure comme un art d’avenir, alors que l’œuvre en vers de Victor Hugo regarde le passé et, en tout cas, ne révolutionne rien du tout. De lui, j’aime mieux les romans, notamment Quatrevingt-treize (sic), paru en 1874, cette merveille sur la Révolution française, avec ce simple chapitre que je relis souvent et dont le titre me terrifie toujours : « La Convention ». Je pense aux têtes qui ne cessaient de tomber, au sens propre. C’est là que Hugo a donné son meilleur, c’est là qu’il continue de nous fasciner.

A lire aussi: Le philosophe Sénèque entre otium et suicide

La bonne interlocutrice : la prix Nobel Han Kang

Ce serait ici l’occasion de s’amuser à un petit jeu et d’essayer de répondre à la question : « Mais alors, à défaut de Hugo, quel auteur aurait-il fallu choisir ? » Pour moi, j’aurais recouru volontiers à un texte écrit par un Nobel de littérature, par exemple la romancière coréenne Han Kang, lauréate en 2024. Elle-même a publié de la poésie, et sa prose a souvent été caractérisée de « poétique ». Elle a beaucoup de talent, je crois, les Nobel font souvent d’excellents choix, comme le dernier en date, le Hongrois László Krasznahorkai. Ces deux-là sont des auteurs dont je vous reparlerai en 2026, je l’espère. En tout cas, par leur modernité, par ce qu’ils essaient de recommencer en littérature, ils auraient bien mieux évoqué les débuts de la photographie que Victor Hugo, qui n’en demandait pas tant, car il n’était pas un moderne.

Se concentrer sur les images

Je vous conseillerais par conséquent, si vous tenez entre les mains l’album de Diane de Selliers, de vous en tenir aux images. Elles apparaissent comme sorties des limbes du temps, grâce aux inventions nouvelles : daguerréotypes, calotypes, premiers tirages à l’albumine, et tant d’autres, aux appellations techniques enchanteresses, qui jalonnent cette belle histoire. D’ailleurs, c’est une évidence, les commentaires sur la photographie ne manquent pas. Il y en a pour tous les goûts. Je mets très haut celui de Roland Barthes, dans La Chambre claire (1980), ainsi que celui de Susan Sontag, dans son livre culte Sur la photographie (1973). (Susan Sontag faisait notamment cette remarque, plus que jamais d’actualité : « Réhabiliter d’anciennes photographies en leur trouvant un nouveau contexte est devenu une des grandes activités de l’industrie du livre »). Ou bien, pourquoi ne pas le citer, le court texte de Jacques Derrida, Aletheia (1993) qui vient tout juste, en juin dernier, de faire l’objet d’un tiré à part aux très élitistes éditions William Blake & Co. Toutes ces lectures accompagneront votre dégustation du volume de Diane de Selliers, pour peu que vous oubliiez un instant l’encombrant Victor Hugo.  

Une rêverie propre et irremplaçable

Vous me demanderez peut-être le genre de méditation qu’une photo peut faire naître ? Je prends, par exemple, celle qui est reproduite page 116, et qui représente une petite cabane en pleine nature, au milieu du feuillage luxuriant qui la fait presque disparaître. Elle date de 1845-1850. Tout de suite, je pense à l’ermitage d’un sage taoïste qui habiterait un coin reculé de la Chine. La cabane pourrait dater de l’Antiquité. L’ancienneté de la photographie, le halo particulier qu’elle diffuse, permet cette petite divagation. Mais il nous suffit de lire, au-dessus, la manière dont cette image est légendée pour nous détromper : « Louis Adolphe Humbert de Molard, La Remise à outils, château à Argenteuil. Épreuve sur papier salé. National Gallery of Art, Washington ». Chaque cliché est ainsi une heureuse surprise, qui fait remonter en nous d’autres vies.

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Roland Barthes prônait d’ailleurs la compréhension subjective des photographies. Selon lui (et selon moi, à sa suite), on doit se laisser guider par ses émotions : « Qu’avais-je à faire, écrit Barthes dans La Chambre clairedes règles de composition du paysage photographique, ou, à l’autre bout, de la Photographie [Barthes l’écrit avec une majuscule] comme rite familial ? »

Eh oui ! La photographie est assurément un art de la liberté… Le beau livre de Diane de Selliers vient nous le rappeler de manière éclatante.


Éditions Diane de Selliers, Victor Hugo, Les Contemplations, illustrées par les débuts de la photographie (1826-1910). Important appareil critique, notamment concernant l’histoire de la photographie. 400 pp.

Aux mêmes éditions, magnifique reparution du Décaméron de Boccace, illustré par l’auteur et les peintres de son époque. 1ère édition chez Diane de Selliers en 1999. 656 pp.

Jacques Derrida, Aletheia. Tiré à part. Éd. William Blake & Co, 2025. 29 pp.

Roland Barthes, La chambre claire. Gallimard, 1980.

Susan Sontag, Sur la photographie. Éd. Christian Bourgois. Et du même auteur, chez le même éditeur, la réédition en poche en novembre 2025 de Le style Camp, opuscule lui aussi devenu culte.

Aletheia

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Sur la photographie

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Le style camp

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Journal d’une femme occupée

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Colette, 1902 © Bridgeman

Une nouvelle réédition de Paris de ma fenêtre et une exposition à la Bibliothèque nationale de France permettent de plonger dans la vie et la prose de Colette, notamment la Colette de l’Occupation qui vit recluse dans son appartement parisien et parle de tout – sauf des Allemands.


En 1942, Colette approche les 70 ans. Les douleurs d’une arthrite naissante s’ajoutant à celle d’une récente fracture du péroné, l’écrivaine assagie ne quitte pas son divan. Elle vit recluse dans son appartement du 9 rue de Beaujolais, dont les fenêtres, côté sud, donnent sur la perspective du jardin du Palais-Royal. C’est une femme célèbre. Elle a Cocteau et Jean Marais pour voisins. En 1935, elle s’est mariée avec Maurice Goudeket (que Valéry, jaloux, surnomme « M. de Bonnequeue » ou « Goodkéket ») ; il a 16 ans de moins qu’elle. En 1941, Maurice est arrêté comme juif par la Gestapo ; elle fait jouer ses relations. Toutes les victimes de la « rafle des notables » n’auront pas la même chance : en février 1942, Goudeket vient d’échapper miraculeusement à Auschwitz ; il est libre. C’est l’année où, sous le titre De ma fenêtre paraît l’édition originale des onze chroniques qu’elle a donné au journal Le Petit Parisien dès son retour de l’exode, à partir d’octobre 1940, et ce jusqu’au 11 décembre 1941. En 1944, sous le titre Paris de ma fenêtre, le recueil est publié par une maison d’édition suisse, enrichi d’une préface signée Francis Carco (1886-1958), auteur comme l’on sait, en 1914, du merveilleux roman Jésus-la-Caille, plongée dans l’univers interlope dont Jean Genet, plus tard, fera son miel avec Notre-Dame-des-Fleurs

Votre serviteur avoue sans peine puiser pas mal de ces précisions dans le texte que Gérald Duchemin, sous l’intitulé « La Paysanne de Paris », propose fort utilement en guise de postface à cette nouvelle édition de Paris de ma fenêtre millésimée 2025, par les soins des Éditions Le Chat Rouge, en contrepoint de l’exposition que la BNF consacre actuellement à Colette (jusqu’au 18 janvier prochain). 

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Que trouve-t-on dans ces chroniques de la diariste entravée dans la solitude, la froidure, les privations, la mélancolie de l’Occupation ? « L’équateur et la sous-alimentation frappe la créature d’un même impôt, qui est la fatigue », écrit-elle. Rien donc qui, de près ou de loin, se rapproche du Journal d’un homme occupé, ce chef-d’œuvre du pauvre Robert Brasillach. Nulle part nommée par Colette, la présence allemande est comme l’arrière-plan aveugle du livre. Non, Colette s’adresse d’abord à ses lectrices : elle leur fournit, par exemple, la recette de la « flognarde » (une sorte de crêpe) ; elle médite sur « l’heure du thé » ; poétise sur les abeilles citadines ; évoque Jean Lorrain, Renée Vivien ou Kipling entre deux considérations sur les rats qu’apprivoisaient Rachilde, les rossignols du Bois de Boulogne, le sourire de Cécile Sorel, les chats et chiens du quartier, la « névrose […] aussi vieille que l’or immémorial, fauteur de vésanies »,  ce métal jaune qui « traverse les guerres, les suscite et les paie »… Une prose passant du coq-à-l’âne, mélodie dont les effluves fleuris ont, pour le lecteur de 2025, quelque chose de délicieusement daté.  

A lire : 

Paris de ma fenêtre, par Colette. Préface par Francis Carco. Éditions Le Chat Rouge, 2025, 301pp.

Catalogue de l’exposition Les mondes de Colette, sous la direction d’Émilie Bouvard, Julien Dimerman et Laurence Le Bras. Gallimard/Bibliothèque nationale de France, 2025, 256pp., 140 illustrations.

A voir :

L’exposition, Les Mondes de Colette. Bibliothèque François Mitterrand, Galeries 2, Paris. Jusqu’au 18 janvier 2026. 

Les mondes de Colette

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PARIS DE MA FENÊTRE

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L’Italie sous le choc du Hamas

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Perquisition par la police et la brigade financière au siège de l'association propalestinienne Cupola d'Oro, Milan (Italie), le 27 décembre 2025. Furlan/LaPresse/Shutterstock/SIPA

L’Italie vient d’accomplir un travail vital, en arrêtant sept personnes soupçonnées de financer le Hamas. Parmi elles, Mohammad Hannoun, président de l’association des Palestiniens en Italie. Les forces de l’ordre italiennes ont ainsi démasqué certaines des coqueluches de la gauche propalestinienne, enfin révélées pour ce qu’elles sont : des soutiens des terroristes. Qu’attendent la France et d’autres pays européens pour faire comme l’Italie?


La police italienne a arrêté sept personnes pour financement du terrorisme Hamas, ce que Samidoun, le réseau de soutien aux prisonniers palestiniens (pas ceux de droit commun, seulement les terroristes) a traduit par un titre insoumis « Nouvelle attaque italienne contre la Palestine : Solidarité avec Mohammad Hannoun et tous les Palestiniens persécutés ! »

On a les soutiens qu’on mérite

La solidarité de Samidoun avec les terroristes se manifeste de manière sonnante, trébuchante, tranchante et plus, car affinités. Le 15 octobre 2023 à Bruxelles, à l’occasion d’une manifestation de soutien aux héroïques pogromistes, son coordinateur européen avait déclaré « Nous ne qualifions pas les attaques du Hamas en Israël de terrorisme, mais de résistance légitime. […] Les actes du Hamas sont légitimes dans notre lutte de résistance. C’est la réponse à des décennies de terreur et d’occupation. Donc oui, nous fêtons cela ». Au moment où ces mots ont été prononcés, deux décennies s’étaient écoulées depuis la fin de l’occupation et la terreur était le seul produit d’exportation de l’État de facto de Palestine, dirigé par un Hamas, aussi « légitimement élu » que l’avait été Hitler en 1933… et avec un programme adapté.

Philologie, morale et politique

Le champ politique occidental ne peut fonctionner que grâce à l’aveuglement vis-à-vis d’un paradoxe qui crève les yeux. En effet, vu de Paris, le Parti national-socialiste des travailleurs allemands, dont l’abréviation française, « nazi », figure dans le Larousse, est considéré comme une extrême-droite synonyme d’antisémitisme exclusif. En revanche, Staline, Mao Tse Toung, Pol Pot, Khomeiny, Arafat et d’autres du même acabit idéologique, dont le fascisme a entraîné la mort d’un nombre encore plus important de civils que le nazisme, sont classés à gauche, dans le camp des « gentils », tout comme le Hamas, dont la charte préconise le djihad et l’extermination des Juifs.

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Jusqu’au 7-octobre, le RN, parti d’extrême-droite, était le seul qui défendait les Juifs de France, depuis que l’antisémitisme sévissait majoritairement à gauche. L’obligation est faite aux LGBT, sous peine d’expulsion du camp progressiste, de soutenir les deux Palestine, dans lesquelles leurs semblables sont tués en prison ou jetés du haut des toits. Enfin le parti pour qui la religion est l’opium du peuple recrute des électeurs dans les mosquées.

L’Italie a connu le fascisme. Aujourd’hui elle distingue la droite de la gauche

On pourrait en douter, tant le palestinisme y est bruyant, mais les institutions ne sombrent pas dans le manichéisme victimaire des manifestants. Elles s’en tiennent aux faits. Après avoir mené l’enquête pendant deux décennies et tenté, plusieurs fois en vain, de procéder à des arrestations, elles ont bénéficié de renseignements israéliens et ont pu arrêter sept figures charismatiques du terrorisme populaire, alias le Hamas. 

Le haut de l’affiche est une star : Mohammad Hannoun, chéri des démocrates transalpins, l’Association caritative de solidarité avec le peuple palestinien (ABSPP. La police et le contre-espionnage italiens l’ont à l’œil depuis longtemps et pour des motifs pas exclusivement financiers, car il s’est également signalé à leur attention par la ferveur avec laquelle il s’extasiait de la mort de Juifs dans les attentats.

D’après les écoutes de la police, qui le surveille depuis plus de 20 ans, le 1er août 2002, son frère Said et lui-même « se réjouissent d’une explosion dans le bar de l’université de Jérusalem, où neuf civils ont trouvé la mort ». Le 5 mai 2003, il connaît un nouveau moment d’exaltation, cette fois avec son frère Ahmad : « Ils célèbrent un attentat contre un bus dans lequel 23 civils ont été tués ». Trois mois plus tard, le 19 août, il ne se sent plus de joie, quand 23 autres civils sont assassinés, dont 7 enfants, ce qui le ravit car « la douleur pour les sionistes sera plus grande ».

Les petits ruisseaux font le grandes rivières (jusqu’à la mer)

Avec Mohammad Hannoun, son second à Florence, Raed Al Salahat, a été arrêté. Le Corriere della sera a publié la vidéo d’une perquisition au cours de laquelle des valises pleines de billets ont été découvertes. Au total, plus de huit millions d’euros. L’enquête a révélé que plus de 70 % de l’argent collecté comme aide humanitaire, chez des particuliers, dans des commerces et dans des mosquées, finissait dans les caisses du Hamas ou servait à financer ses filiales. Depuis le siège de l’ONG à Gênes, l’argent était dispatché au Hamas en Palestine, « soit en espèces, soit sous forme de titres de crédit, soit par le biais d’une triangulation depuis la Turquie ».

Al Salahat partage évidemment avec son collègue un amour de l’humanité qui se traduit par des messages exaltés célébrant le pogrom du 7-octobre sur son profil Facebook. Selon l’enquête, il était co-décisionnaire avec Hannoun des mesures à prendre pour poursuivre la collecte de fonds malgré les freins mis en place par les Autorités italiennes. 

Du beau linge

Puisque le Hamas c’est la gauche bienveillante, la gauche italienne a accueilli Hannoun avec bienveillance : conférence avec Francesca Albanese, la rapporteuse spéciale des Nations unies contre Israël, rencontres avec Laura Boldrini, passée successivement par SI-SEL (gauche écolo), LeU (libres et unis, démocrates de gauche), PD (parti démocrate) et PD-ITP (Partito Democratico – Italia Democratica e Progressista), avec Nicola Fratoianni, secrétaire de la Gauche italienne depuis 2021, et de nombreux parlementaires, de gauche et de centre-gauche. Parmi eux, Davide Tripiedi et Marco Bella (tous deux du M5S, le mouvement 5 étoiles fondé en 2009, par un Coluche italien : Beppe Grillo), Matteo Orfini (PD), Stefano Fassina (Sinistra italiana, la Gauche italienne). En 2018, il a fait participer Marco Furfaro (PD) comme orateur à la conférence des Palestiniens européens où il intervenait aussi.

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Une fois qu’il a été arrêté, ses amis sont devenus amnésiques : Albanese a oublié sa conférence, Fratoianni la sienne et Boldrini ne se souvient que d’une courte rencontre…

Marco Carrai, consul d’Israël pour la Toscane, l’Émilie-Romagne et la Lombardie, a remercié les forces de l’ordre : « Nous espérons que cette enquête fera toute la lumière une fois pour toutes sur les partisans du terrorisme islamique présents en Italie. J’espère que tous ceux qui sont toujours prêts à descendre dans la rue et à proférer des slogans antisémites et antisionistes en prendront bonne note ».

Hannoun a raté le train de la poudre d’escampette

Hannoun avait prévu de s’échapper vers la Turquie, via Turin, avec l’aide de l’imam de cette ville. Avant de partir, il a exhorté ses troupes à accélérer la collecte et l’expédition de fonds « par tous les moyens possibles ». Il a été arrêté in extrémis : il ne faisait pas le poids face à la Digos (Division des enquêtes et des opérations spéciales) en collaboration avec la Guardia di Finanza (police financière) et sous la coordination du parquet national antimafia et antiterrorisme. 

Il sera jugé sur l’accusation « d’être un membre haut placé du Hamas et d’avoir affecté, dans le cadre d’une collecte de fonds présentée comme destinée à des fins humanitaires pour la population palestinienne, une partie importante (plus de 71 %) de ces fonds au financement direct du Hamas ou d’associations qui lui sont liées ou contrôlées par lui et d’autres branches de l’organisation terroriste », ainsi que « d’avoir ainsi contribué à verser, directement ou indirectement, à l’organisation terroriste, à partir du 18 octobre 2001 et jusqu’à ce jour, mais surtout à la suite des événements du 7 octobre 2023, des sommes d’argent considérables, s’élevant à 7 288 248,15 euros, en détournant ces fonds des objectifs déclarés et des besoins réels de la population civile de Gaza ».

La frontière entre la France et l’Italie est morale

En France, le président se précipite au chevet des malfrats pour accuser la police d’avoir été trop violente avec eux. En Italie, Giorgia Meloni a applaudi le succès de l’opération et le ministre de l’Intérieur, Matteo Piantedosi, qui sait qu’il est  là pour aider les victimes, pas les malfaiteurs, a déclaré : « Même si la présomption d’innocence doit toujours être respectée à ce stade, le voile a été levé sur des comportements et des activités qui, sous le couvert d’initiatives en faveur des populations palestiniennes, cachaient le soutien et la participation à des organisations ayant de véritables objectifs terroristes islamistes. Un danger auquel notre gouvernement accorde la plus grande attention ».

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Samedi 27 décembre, quelques centaines de personnes ont manifesté à Milan contre les arrestations, notamment sous une banderole posant « antisionisme = antifascisme, antisémitisme = nazifascisme ». Dans le quartier du Duomo, la circulation a été paralysée pour laisser passer le cortège.

Cela n’empêchera certainement pas la majorité des Italiens de réveillonner tranquilles et il est probable que leur ministre ne passera pas le Jour de l’An à compter les voitures incendiées. 

Chroniques de la guerre des pacifistes: 2025

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Pour Elon Musk, Bruxelles n’est plus belge

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Crèche de Noël, Grand-Place, Bruxelles. NICOLAS MAETERLINCK/BELGA/SIPA

La capitale de la Belgique a perdu presque tout son caractère traditionnel. Livrée aux islamo-wokistes, aux Fréristes et leurs compagnons de route, aux antisémites et aux narcotrafiquants, la ville ne peut plus compter sur les partis politiques de la Région pour la sauver : ils n’arrivent pas à former une majorité de gouvernement. Bilan de l’année 2025.


Il n’y a pas un endroit dans le vaste monde où l’évocation de ma ville d’origine ne provoque une moue empreinte de compassion, de la part de mes contacts sur place, des chauffeurs de taxi ou des rencontres fortuites. Dans la majestueuse Budapest, où l’on se promène à toute heure sans crainte pour sa propre sécurité, on me répète que Bruxelles est le meilleur antidote à toute velléité d’ouvrir les frontières du pays à l’immigration ; au Texas, qu’elle est pire « shithole » encore que Dallas ; à Paris et ailleurs en France, qu’elle est dans un état de délabrement plus avancé encore que les villes de l’Hexagone. Bruxelles est désormais partout synonyme d’islamisation, de terrorisme, d’antisémitisme et d’insécurité, autant de phénomènes que 2025 a amplifiés. 

La situation démographique de la capitale belge est largement révélatrice : 25 % au moins des habitants sont musulmans ; plus de quatre Bruxellois sur dix sont d’origine extra-européenne ; parmi ces derniers, la communauté marocaine est la plus représentée – la société flamande de transports publics a même pris soin de dévier le trajet de ses bus lors des matches du Maroc à la CAN pour éviter les dégradations. Commentant la statistique selon laquelle trois enfants sur quatre à Bruxelles sont d’origine non-européenne, Elon Musk vient d’écrire sur son compte X que « Bruxelles n’est plus belge ».

Tous ces chiffres ne sont rien par rapport aux réalités palpables du terrain, celles que l’on observe en déambulant dans les rues délabrées et où les commerces sont majoritairement estampillés « halal », en étant bloqués dans un trafic congestionné par les plans de mobilité concoctés par les écologistes, en scrutant les visages, menaçant chez les uns, dirigés vers le sol chez les autres. Évidemment, il demeure encore des communes de la Région bruxelloise épargnées, mais elles sont de moins en moins nombreuses, Uccle et ses quartiers de millionnaires, Boitsfort et sa cohorte de bobos, ou Woluwe-Saint-Pierre et ses classes aisées faisant leurs courses au marché de Stockel. En dehors de ces zones préservées, le constat est partout pareil.

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« Je ne rentre plus jamais seule chez moi en soirée » : combien de fois ai-je entendu des amies me faire cet aveu qui, à chaque fois, me révolte ? A la petite délinquance, celle qui crée l’insécurité et le sentiment qui l’accompagne, se sont ajoutées aujourd’hui les fusillades sur fond de règlements de compte liés au trafic de drogue. En cela, l’année qui s’achève a battu tous les records, plaçant la capitale belge dans une catégorie où l’on retrouve d’ordinaire des villes comme Naples, Marseille ou, pire encore, des mégapoles d’Amérique du Sud. 

Sur le front de l’islamisation, tout s’est encore accéléré et, devrais-je écrire, détérioré. La faculté de droit de l’Université libre de Bruxelles a choisi d’affubler sa promotion annuelle du nom de Rima Hassan. Fallait-il s’en étonner alors que le campus, autrefois acquis à Salvador Allende, est depuis des années le repère des pires soutiens à la cause palestinienne ? En juin, des militants ont rejoué le pogrom du 7-Octobre à Saint-Gilles, une des dix-neuf communes de la capitale. Sans doute trop juif, Raphaël Enthoven fut interdit de conférence dans une célèbre librairie. En réalité, le Proche-Orient a cristallisé, attisé et mis à la lumière du jour ce que tout le monde savait : il existe à Bruxelles une frange de la population qui est de plus en plus ouvertement antisémite, islamisée et anti-occidentale.  

Celle-ci se sera sans doute amusée de l’installation d’une crèche « inclusive », où les personnages de la Bible furent représentés par des morceaux de chiffon, ne laissant entrevoir aucun visage. Comble de l’ironie, cette crèche qui n’en était pas une, fut recouverte, après quelques jours, d’un « Free Palestine », comme si certains voulaient ajouter de l’obscénité à la laideur. Et nous, attachés à nos traditions, ne savions pas s’il fallait alors dénoncer un énième acte de vandalisme ou nous amuser de ce parfait symbole de l’islamo-wokisme dominant. 

Ne comptez pas sur les politiques pour sortir de la crise : de la gauche à la droite libérale, les partis n’ont pas été en mesure de former un gouvernement, pas plus que l’année précédente, et la Région bruxelloise se trouve donc sans exécutif depuis 568 jours. Un record du monde. Aucun ne semble avoir pris la réelle mesure des enjeux et tous s’en mordront les doigts car des représentants islamistes ont déjà commencé à se structurer et à obtenir des élus ; bientôt ceux-ci n’auront plus besoin des partis traditionnels qui les ont tant nourris.

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Pour emprunter au vocabulaire de la guerre, Bruxelles est tombée en 2025. Elle est à genoux, presque à plat ventre, face aux narcotrafiquants, aux Frères musulmans, à l’extrême-gauche, aux boutefeux de la diversité. Gageons qu’elle puisse encore se relever, mais, pour les Bruxellois d’origine, qu’ils soient contraints de vivre dans des quartiers perdus ou qu’ils aient fui dans les deux Brabant – flamand au nord, wallon au sud -, la peine est immense. Nous savons que nous ne reverrons plus le Bruxelles de Tintin, de Jacques Brel et d’Eddy Merckx, le Bruxelles où l’on parlait avec l’accent des Marolles, du nom de ce quartier populaire où battait autrefois le cœur de la capitale, le Bruxelles où Bossemans et Coppenolle, deux personnages du folklore local, se disputaient sur fond de rivalités footballistiques sous le regard de « Madame Chapeau », le Bruxelles qui brusselait en attendant le tram 33 pour aller manger des frites chez Eugène. Il reste heureusement notre zwanze, ce trait de caractère fait d’humour, de gouaille, d’auto-dérision et d’un zeste de mélancolie. 

Thierry Breton et Jacques Baud: deux poids, deux mesures?

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Le Conseil européen, Bruxelles. 12/10/2021. ISA HARSIN/SIPA

Quand les Etats-Unis ont annoncé que l’ancien Commissaire européen, Thierry Breton (ainsi que quatre autres personnalités européennes) serait interdit de séjour, étant accusés d’avoir exercé une forme de censure, les autorités françaises et de l’UE ont condamné ces « sanctions injustifiées ». Pourtant, l’Union européenne vient d’interdire à l’essayiste controversé suisse, Jacques Baud, accusé d’avoir répandu des fake news favorables à la Russie, de circuler dans l’UE. Dans quelle mesure ces deux interdictions sont-elles comparables dans leur refus de la liberté d’expression?


Ancien officier des services secrets suisses, l’essayiste controversé Jacques Baud, qui publie des essais chez l’éditeur Max Milo sur la guerre en Ukraine, fait partie de la douzaine de personnalités considérées par le Conseil de l’Union européenne comme des « agents de déstabilisation russe en Europe ». De nationalité suisse, mais résidant à Bruxelles, Jacques Baud s’est vu signifier une interdiction de circulation dans l’Union européenne au nom d’un certain nombre de critères juridiques comme « des menaces hybrides » sur l’UE. Si le background juridique le concernant est une réalité, les sanctions qui le frappent peuvent interroger dans un contexte démocratique.

Reproches et sanctions

Dans sa décision du 15 décembre, le Conseil de l’Union européen adresse les reproches suivants à Baud :

« Jacques Baud, ancien colonel de l’armée suisse et analyste stratégique, est un invité régulier de programmes de télévision et de radio pro-russes. Il agit comme un porte-voix de la propagande pro-russe et diffuse des théories du complot, accusant par exemple l’Ukraine d’avoir orchestré sa propre invasion afin de rejoindre l’OTAN ».

« Dès lors, Jacques Baud est tenu pour responsable de la mise en œuvre ou du soutien à des actions ou des politiques imputables au gouvernement de la Fédération de Russie qui portent atteinte à la stabilité ou à la sécurité d’un pays tiers (l’Ukraine), en se livrant à des activités de manipulation et d’ingérence informationnelles ».

Et le Conseil d’imposer les sanctions suivantes à Baud comme à d’autres figurant sur une liste de personnes accusées d’être au service de la propagande russe:

« Les personnes et entités inscrites sur la liste font l’objet d’un gel de leurs avoirs, et il est interdit aux citoyens et aux entreprises de l’Union européenne de mettre des fonds, des actifs financiers ou des ressources économiques à leur disposition ».

« Les personnes physiques sont en outre frappées d’une interdiction de voyager, qui leur interdit d’entrer sur les territoires de l’Union européenne ou d’y transiter »

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Thierry Breton versus Jacques Baud

Pour avoir lu deux des essais de Jacques Baud – L’art de la guerre russe, comment l’occident a conduit l’Ukraine à l’échec (2024) et Poutine, maître du jeu (2022) – je puis dire qu’ils sont fouillés, référencés et prêtent peu le flanc à des théories conspirationnistes. Il est vrai en revanche que Jacques Baud a déclaré au micro d’André Bercoff, notamment, qu’il ne croyait pas qu’Oussama Ben Laden soit à l’origine de l’attaque du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis – alors que le chef d’Al Qaeda a revendiqué l’attaque. Il est persuadé également  – il le répète sur ses capsules Youtube vues par au moins 100.000 personnes – que les attaques chimiques en Syrie n’étaient pas le fait de Bachar-el-Assad. Il a également accusé l’Ukraine « d’avoir orchestré sa propre invasion pour rejoindre l’OTAN ».

Anti-américain et donc par voie de conséquence anti-israélien, il use, pour asseoir sa légitimité, de son ancienne appartenance au Service de renseignement stratégique suisse mais aussi de sa qualité d’ancien chargé de mission auprès du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés à Goma (RDC).

A l’heure où Thierry Breton, au nom d’une vision diamétralement opposée de la liberté d’expression, est interdit de séjour aux Etats-Unis, on peut se demander si considérer Jacques Baud comme un agent russe est pertinent ou, au contraire, scandaleux dans un contexte démocratique. Car il faut souligner qu’en théorie, l’essayiste suisse a vu ses avoirs bancaires en Europe saisis et ne peut rejoindre la Suisse depuis Bruxelles – à moins d’utiliser des voies illégales comme tenter sa chance en voiture par des petites routes de montagne.Au contraire d’une des autres personnalités européennes dans l’œil du cyclone, Xavier Moreau, désormais franco-russe et qui a avoué qu’il « souhaitait la victoire de la Russie », Jacques Baud n’est pas explicitement « pro-russe ». Par ailleurs, ni l’UE ni la Belgique n’est officiellement en guerre avec la Russie.

Plan juridique versus plan démocratique

Sur le plan juridique et institutionnel, ce qui arrive à Jacques Baud est justifiable au sens où l’UE a un cadre légal explicite pour sanctionner des activités de manipulation de l’information attribuées à la Russie, et elle a formalisé une motivation.Sur le plan politique et démocratique, c’est beaucoup plus discutable, tout d’abord parce que manque à cette sanction la décision d’un juge – pénal ou civil. On apprend que le Conseil de l’Union européenne peut sanctionner apparemment sans autre forme de procès des citoyens de l’Union ou hors-Union.

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En outre, la motivation publique ressemble à une qualification générale plus qu’à une démonstration. La sanction est très lourde (gel des avoirs et interdiction de mobilité dans l’UE) pour des faits qui, vus de l’extérieur, relèvent d’abord de la parole et de la publication. Enfin, l’UE prend le risque d’apparaître comme juge des « bons » et « mauvais » récits, plutôt que comme arbitre de la légalité.L’UE peut avoir de bonnes raisons de s’inquiéter d’un rôle d’amplification des « pro-Russes » mais en l’absence de reproches plus concrets, la mesure peut sembler disproportionnée et contre-productive : et elle donne à l’intéressé un statut de martyr, ce qui est le carburant classique de ce type de réseaux d’influence. L’intéressé ne manquera pas de s’arroger ce statut en utilisant toutes les voies de droit pour inverser cette décision européenne.

Médiacratie, la fabrique des narratifs

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Ma Bayadère, avec les Ballets de Monte Carlo

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Les Ballets de Monte Carlo 'Ma Bayadère' choreography Jean-Christophe Maillot. Prémière December 27, 2025 Grimaldi Forum Monte Carlo, Monaco. Image : Hans Gerritsen

Non sans audace, le chorégraphe Jean-Christophe Maillot transfère le mélodrame du palais indien d’un radjah à un studio de danse européen, en le rebaptisant Ma Bayadère.


La bayadère ! Longtemps la figure de la danseuse sacrée des temples de l’hindouisme aura hanté l’imaginaire des romantiques et des post romantiques : de Théophile Gautier et Victor Hugo à Pierre Loti, Anatole France ou Jules Verne, en passant par Lucien et  Marius Petipa ou en remontant jusqu’aux grands voyageurs qui, dès le XVIIe siècle, découvrirent émerveillés les devadâsî lors des solennités se déroulant dans  les lieux de culte des Indes orientales.

Aujourd’hui, c’est avant tout le ballet de Marius Petipa, La Bayadère, créé en 1877 à Saint-Pétersbourg sur des compositions de Léon Minkus, qui entretient le mythe. Et au cœur de ce mélodrame, c’est le fascinant Grand pas des Ombres qui en est l’acmé : ce défilé mythique, mystique et solennel est l’une des plus belles et des plus impressionnantes inventions du grand ballet académique, dont on dit qu’elle aurait été inspirée à Petipa par une illustration de Gustave Doré pour La Divine Comédie.

Au sein des palais de Golconde

Bayadère, balhadera, balhadeira ou bailadeira : la devadâsî des Indiens est l’héroïne du drame dansé de Petipa. Au sein des palais et des temples de Golconde, la danseuse Nikiya se trouve engluée  dans un imbroglio qui la dépasse, mais qu’elle va savoir sublimer au moment de mourir. Amoureuse ardente et aimée en retour d’un beau guerrier, Solor, elle se voit condamnée à devenir le rivale de Gamzatti, la fille du radjah de Golconde que ce dernier veut donner pour épouse à Solor qui n’en veut pas, mais doit bien s’incliner. Et pour comble de malheur, le grand-prêtre local est lui aussi amoureux d’elle, Nikiya, ce qui ne va certainement pas simplifier les choses. 

A lire aussi : Colette Cléo

Inévitablement, celle-ci court le risque de finir vieille fille, d’autant qu’elle est vierge consacrée et normalement vouée à la chasteté. Mais si l’ignoble radjah, qui sait tout des amours de la rivale de sa fille, l’oblige à danser pour célébrer l’union de la princesse avec Solor, c’est aussi pour faire perfidement parvenir à Nikiya une corbeille de fleurs dans laquelle s’est lové un serpent des plus venimeux. Piquée à la gorge et sachant le mariage de son aimé inéluctable, Nikiya refuse tout contrepoison pour se sauver. Elle se laisse mourir non sans maudire ses assassins. Lesquels, par un juste retour des choses, seront impitoyablement aplatis dans le temple qui s’écroule au moment des noces, vengeant ainsi la mort de l’innocente.

Un incroyable laboratoire humain

A la tête des Ballets de Monte Carlo depuis plus de trente ans, le chorégraphe Jean-Christophe Maillot s’est saisi du thème, mais en le transposant dans le contexte d’une compagnie de danse. La sienne, qui a vu défiler des générations de danseurs, ne connaît rien sans doute des perfidies d’une cour orientale. Et lui-même n’a rien d’un autocrate sanguinaire. Cependant une troupe aussi nombreuse constitue un monde relativement clos d’où peuvent naître des passions exacerbées.  « C’est un incroyable laboratoire humain », souligne à juste titre le chorégraphe lors d’un entretien publié par Le Monde.

Dans Ma Bayadère, Rajah, chorégraphe et directeur de compagnie – suivez mon regard – entreprend  avec sa nombreuse troupe de remonter le ballet de Petipa. Il est flanqué d’un assistant, Brahma, qui relaie ici le grand-prêtre néfaste de La Bayadère.  La danseuse étoile Gamza se découvre rivale d’une débutante pleine de promesses, Niki, l’une et l’autre étant éprises de Solo, le bien nommé. Lequel Solo, manifestant une lâcheté et une duplicité toute masculines, flirte aussi bien avec l’une qu’avec l’autre. Tout cela finira fort mal dans un accident de plateau au cours duquel, folle de jalousie, Niki trouvera la mort.

La règle implacable des duos amoureux

Repenser, réinventer un livret est chose infiniment complexe. Et ce dernier, réécrit pour les besoins d’une histoire transposée d’une principauté indienne à un studio de danse occidental,  apparaît un peu confus ou plus exactement un peu difficile à déchiffrer dans sa représentation scénique.  Cependant, portée par la partition de Minkus comme par des insertions musicales réussies du propre frère du chorégraphe, Bertrand Maillot, la mise en scène, ingénieuse, enlevée, trépidante même, est mue par une dynamique que sert à merveille la cinquantaine de danseurs des Ballets de Monte Carlo. Lesquels, où qu’on les conduise, forment immanquablement un troupe d’une qualité exceptionnelle. Toute la première partie de Ma Bayadère est ainsi emportée dans un rythme soutenu, au cours de scènes pleines de vie et de naturel qui sont celles du quotidien des danseurs, mais où s’infiltre tout de même la violence d’une rivalité entre artistes et entre amants. Et plus que son aspect dansé peut-être, c’est sa dimension théâtrale qui séduit. Ce qui n’empêche pas une écriture chorégraphique soignée, parfois surprenante… même si les duos amoureux n’obéissent que trop à la règle implacable des duos amoureux.

Des rêves de « baba cool »

Ainsi que dans le livret original, la seconde partie du ballet est transportée dans un monde de songes générés par des substances illicites. Et tout comme Solor après la mort de Nikiya, Solo rêve à son tour après la mort de Niki. Honteux et confus pour cause de lâcheté, il rêve d’un monde meilleur d’où toute tension, toute jalousie seraient bannies, où l’on vivrait en parfaite harmonie. Il imagine même Niki copinant avec Gamza, espérant peut-être, dans son délire de séducteur de gare, pouvoir profiter et de l’une et de l’autre sans avoir à choisir. Autour d’eux, dit le livret, « la compagnie vit un bonheur parfait et se lance dans une grande farandole ».   

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Hélas, ces rêveries de danseurs « baba cool » des années 1960- 1970, comme Jean Christophe Maillot a dû en côtoyer du temps qu’il était engagé au sein du Ballet de Hambourg, ces rêveries et ces farandoles ne constituent pas un argument suffisamment charpenté, propre à engendrer une chorégraphie éloquente. Errant sur ces songes inconsistants, l’écriture du chorégraphe s‘enlise lentement dans un académisme insipide, très surprenant chez un artiste qui a su produire des ouvrages autrement plus beaux et vigoureux, et qui apparaît ici comme la victime d’ un évident manque d’inspiration qui le conduit à se renier lui-même.

Une audacieuse version du Pas des Ombres

Toutefois, ce second volet de Ma Bayadère offre en son début un  impressionnant tableau. Parce qu’il était impensable de ne pas répondre à la bien aimable partition de Minkus, à ce Grand pas des Ombres où Petipa fait défiler 32 ballerines revêtues de blanches vapeurs dans une suite ensorcelée d’arabesques cent fois répétées, Jean-Christophe Maillot en a composé une version audacieuse en le fragmentant en trois flots de danseurs glissant sans bruit vers le sol du haut de praticables aux formes aigües qui font penser au Cervin, en Suisse, dans le canton du Valais. Ce n’est en soi pas aussi saisissant que l’est la version originale, mais c’est remarquablement bien trouvé et joliment efficace, même si la sécheresse du décor n’en favorise guère la magie.    

Une chorégraphie peut toujours être remaniée. Celle-ci aurait tout à y gagner. Mais cette frilosité d’écriture semble-t-il assumée n’a surtout pas effarouché le public du Forum Grimadi à Monte Carlo. Un académisme rassurant n’est pas pour lui déplaire. Et il a réservé un accueil triomphal au ballet, avec son inévitable cohorte d’imbéciles qui, selon la mode nouvelle, se lèvent ostensiblement aussitôt l’ouvrage achevé pour afficher haut et fort leur enthousiasme et signifier à tout un chacun une approbation qu’on ne leur demande pas. Le directeur des Ballets de Monte Carlo est bien trop intelligent et trop lucide pour être dupe d’un succès si démonstratif, lequel récompense cependant une cinquantaine de danseurs talentueux pleinement engagés dans leurs rôles.

Ma Bayadère par les Ballets de Monte Carlo. Forum Grimaldi de Monte Carlo. Jusqu’au 4 janvier 2026.