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La boîte du bouquiniste

« Paris est la seule ville du monde où coule un fleuve encadré par deux rangées de livres », dixit Blaise Cendrars. Causeur peut y dénicher quelques pépites…


Ida Pfeiffer est une femme du monde, une vraie : la première à avoir sillonné le vaste globe en solitaire. Cette brave bourgeoise autrichienne née à Vienne en 1797 a d’abord mené une vie rangée. Mais cette épouse aimante et mère attentive de deux enfants a fini par dire le mot de Cambronne à son mari et claquer la porte du domicile conjugal avec sa progéniture sous le bras. Elle a assumé seule l’éducation de ses fils et attendu patiemment qu’ils soient lancés dans la société pour abandonner son existence de ménagère. Puis avec ses maigres économies elle a entrepris d’assouvir un désir fantasmé depuis l’enfance, voyager.

Cette femme petite et robuste âgée de 45 ans se lance donc, en 1842, dans un périple en Terre sainte. Sans guide, elle traverse la Turquie, la Palestine et l’Égypte. « Et voyez, j’en suis revenue », écrit-elle dans Voyage d’une Viennoise dans la Terre sainte (1844). Ida Pfeiffer ne veut pas seulement voir le monde, elle veut témoigner de ce qu’elle a vu. À chaque voyage sa publication. Après les chaleurs du Proche-Orient elle prend la direction du nord : Suède, Norvège et Laponie la mènent jusqu’en Islande. Les salons viennois frissonnent à la lecture du Voyage au nord de la Scandinavie et en Islande dans le cours de l’année 1845. Elle qui refuse d’être appelée « touriste » (l’acception est alors noble et flatteuse) envisage avec une modestie déconcertante un tour du monde digne des plus grands explorateurs.

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Mme Pfeiffer quitte Vienne le 1er mai 1846. La suite donne le tournis. Embarquée sur un navire danois à Hambourg, elle accoste à Rio avant de franchir le cap Horn pour découvrir le Chili. De là, elle fait voile vers la Chine en prenant soin de s’arrêter à Tahiti. Canton n’est pour elle qu’une escale : l’Inde la démange. Mais le luxe et les mœurs britanniques de Ceylan, Madras et Calcutta la déçoivent. Qu’à cela ne tienne. D’un coup de bateau à vapeur elle remonte le Gange jusqu’aux beautés de Bénarès et de Delhi. Et c’est dans une charrette à bœufs qu’elle arrive à Bombay. Là, une simple mer la sépare du golfe Persique. Elle la franchit. Après Bagdad et Mossoul, Tauris, deuxième ville de Perse, la rapproche de la Russie. Une visite s’impose – et pourquoi pas un détour par la Sibérie. Elle rejoint ensuite Odessa pour gagner la Grèce. Retour à Vienne fin 1848. Voyage d’une femme autour du monde est publié (en allemand) en 1850.

La clarté de son récit et la profusion de détails qu’elle relève parmi mille anecdotes – mœurs, artisanats, paysages, climats, etc. – lui valent la reconnaissance des grands scientifiques de son temps, au premier rang desquels Alexandre de Humboldt, le doyen des savants européens. Le gouvernement autrichien la récompense par une bourse suffisamment importante pour financer un nouveau tour du monde en 1851. Elle retourne à Java en passant cette fois par l’Afrique du Sud. Après Bornéo, elle côtoie des cannibales à Sumatra, arrive en Californie et arpente le Pérou. Mon second tour du monde est publié en 1856, année où la Société de géographie française lui décerne une médaille d’honneur. Les compagnies maritimes la font désormais voyager gracieusement.

Malgré les mises en garde, l’insatiable Ida Pfeiffer embarque pour Madagascar. Épidémies et instabilité politique abrègent l’expédition et le retour de la dame en Europe est lui-même rocambolesque. Elle en tire tout de même un Voyage à Madagascar avant de mourir dans son lit, à Vienne, en octobre 1858.

Voyage d’une femme autour du monde, Ida Pfeiffer, Librairie Hachette et Cie, 1880.

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Notre cause commune

De Renan à Kirk en passant par Orwell, les penseurs qui se sont référés à des valeurs « judéo-chrétiennes » sont légion dans l’histoire occidentale et singulièrement anglo-saxonne. Contrairement à ce qu’affirme la doxa islamo-gauchiste, ce concept ancien n’a pas été forgé pour s’opposer aux musulmans.


Début août, Mike Johnson le président de la Chambre des représentants, de religion baptiste, fait une visite privée en Israël. Ignorant les églises chrétiennes à Jérusalem, il se rend dans les colonies de Cisjordanie où il déclare : « Les montagnes de Judée et de Samarie appartiennent de droit au peuple d’Israël. » Au-delà de la solidarité américaine avec les Israéliens, il montre ainsi sa fidélité à une lecture littérale de la Bible, livre qui résumerait toute sa vision du monde. Il lui arrive même de parler des États-Unis comme d’une « république biblique ». En mai, quand le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, scandalise la plupart des médias en organisant une séance de prière au Pentagone, Johnson le défend en affirmant sur X que leur pays « est fondé sur des principes et une éthique judéo-chrétiens ». Les mêmes références se retrouvaient chez l’influenceur Charlie Kirk, apparenté à la mouvance pentecôtiste. Kirk s’est souvent présenté comme un ami de l’État juif et a légué à la postérité un livre, à paraître en décembre, exhortant le monde à honorer le shabbat, ce qu’il a prétendu faire lui-même en fermant son smartphone du vendredi soir au samedi soir. Pour ces deux protestants, il ne s’agit plus de convertir les israélites, comme dans les siècles passés, mais de forger une alliance entre conservateurs chrétiens et juifs. Et leurs efforts sont récompensés. Après l’assassinat de Kirk, Benyamin Netanyahou a posté un éloge dithyrambique de ce dernier en tant que défenseur de la civilisation « judéo-chrétienne ».

Cette invocation d’une tradition bicéphale dépasse le contexte des relations Israël-États-Unis. Depuis dix ans, la nécessité de défendre les « valeurs judéo-chrétiennes » est régulièrement soulignée par des politiques de droite, de Nigel Farage à Bruno Retailleau, en passant par Christian Estrosi, Marion Maréchal, Ted Cruz, Donald Trump ou Éric Ciotti. Du côté juif, on trouve Sarah Knafo ou l’activiste américain Dennis Prager. L’orientation conservatrice de toutes ces figures a incité les commentateurs de gauche à proclamer que la tradition judéo-chrétienne était un mythe inventé récemment pour créer un front commun destiné à exclure les musulmans, un cri de ralliement islamophobe dans le choc des civilisations. Certes le terme ne désigne pas quelque rapprochement entre le christianisme et le judaïsme, mais il représente un phénomène réel, bien que nébuleux et protéiforme, composé de l’influence continue et multiple du judaïsme ancien sur le christianisme et des contributions des communautés juives à la vie politique et civique dans les sociétés occidentales. Plus culturel que théologique, il a reçu ses lettres de noblesse quand il a été mobilisé en France et surtout aux États-Unis pour combattre le fascisme et le communisme.

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L’échec de Marcion

Le premier usage connu du terme « judéo-chrétien » se trouve en 1821 sous la plume de l’Irlandais Alexander McCaul, missionnaire protestant et hébraïste. Huit ans plus tard, il revient sous celle du juif allemand converti au catholicisme, Joseph Wolff. Les deux hommes l’utilisent dans le contexte de leurs efforts pour convertir les juifs selon une logique « supercessioniste » qui veut que la révélation chrétienne ait remplacé celle du judaïsme. En 1831, le théologien protestant allemand Ferdinand Christian Baur adopte le terme « judéo-christianisme » pour désigner un christianisme primitif antérieur à la séparation avec le judaïsme. Dans tous ces cas, il s’agit de parler des origines juives de la religion chrétienne, et ces origines sont réelles. Car il est indéniable que Jésus lui-même était juif et que le christianisme primitifregroupait un certain nombre de sectes juives. La rupture avec le judaïsme, consolidé au ive siècle, est inévitable : pour les juifs, Jésus n’est pas le messie et pour les chrétiens, les juifs sont le peuple déicide. Pourtant le christianisme s’est montré incapable de couper les ponts, comme le révèle le rejet à Rome, au iie siècle, de l’hérésie de Marcion. Ce dernier prétend que le Dieu des juifs n’est pas le même que celui des Évangiles et que la Bible ne peut donc pas inclure les textes de l’Ancien Testament. Après l’échec du marcionisme, tout effort des chrétiens pour approfondir le sens et l’histoire de leur religion les obligera à scruter ses origines juives et les textes juifs. 

Une étape importante dans ce travail d’autocompréhension intervient à la Renaissance quand les humanistes européens découvrent la langue hébraïque qui leur permet de lire l’Ancien Testament dans le texte d’origine. Mais c’est le mouvement de la Réforme qui change tout. Car les protestants, voulant revenir aux origines du christianisme qu’ils considèrent comme obscurcies par des siècles de pratiques ecclésiastiques dévoyées, mettent l’accent sur la lecture des textes bibliques dont ils cherchent les versions les plus authentiques, afin de les traduire. C’est ainsi que cette sélection de textes juifs qu’on appelle l’Ancien Testament – les sélections protestante et catholique sont différentes – acquiert une importance inédite, d’autant que l’Ancien est plus volumineux que le Nouveau Testament. En 1607, l’université de Cambridge embauche son premier rabbin pour enseigner l’hébreu. Ses élèves vont participer à la traduction de la Bible du roi Jacques, parue en 1611, livre de référence dans le monde anglophone. De la Grande-Bretagne à l’Amérique, les pratiques religieuses, la théologie, la culture, les prénoms et jusqu’aux rituels de la Franc-maçonnerie écossaise et anglaise seront imprégnés par la partie la plus juive de la Bible. La politique aussi subit une influence vétérotestamentaire : aux xvie et xviie siècles, penseurs catholiques et protestants s’inspirent de l’Ancien Testament pour définir un État idéal conforme à la volonté divine sans avoir besoin du droit divin des monarques. La république anglaise du régicide puritain Oliver Cromwell en est une application concrète, tout comme la république des indépendantistes américains de 1776 – qui façonne encore la vision d’un Mike Johnson.

Juifs et chrétiens contre l’obscurantisme

Certes, la tradition qui se crée ainsi est à sens unique, puisque le judaïsme est exploité sans rien donner en retour et sans que cette exploitation affaiblisse les préjugés antijuifs. D’ailleurs, le regard chrétien reste focalisé sur la période la plus ancienne du judaïsme, sans s’intéresser à ses développements ultérieurs. Mais les chrétiens assument une forme de continuité qui, au fur et à mesure que l’acceptation des juifs progresse péniblement dans les sociétés occidentales, permet de parler d’une contribution juive à une éthique commune. Quand en 1883, l’apostat catholique Renan s’adresse à la Société des études juives, il loue le rôle essentiel joué dans le progrès moral de l’homme par le judaïsme, qualifié de « religion pure et […] définitive de l’humanité ». Et ce rôle n’est pas terminé, car cette religion continuera à servir « la vraie cause, la cause du libéralisme ». Le judaïsme est ainsi récupéré, avec le christianisme, comme un des fondements d’une éthique universelle d’ordre républicain. Cette idée d’un apport du judaïsme à la société démocratique moderne est renforcée par la participation des juifs à la vie de la nation. Au cours de la guerre de 14-18, leur patriotisme convainc même l’ancien antidreyfusard Barrès d’inclure le judaïsme parmi « les diverses familles spirituelles de la France ». Dans les années 1930 en France, le terme de « judéo-chrétien » est utilisé explicitement dans des appels à créer une alliance interreligieuse pour faire face à la menace montante du fascisme. En 1941, George Orwell écrit que l’objectif d’Hitler est de détruire « l’idée judéo-chrétienne de l’égalité ». Mais c’est outre-Atlantique, dans cette Amérique protestante qui devient le fer de lance du combat contre la barbarie, que la tradition judéo-chrétienne est mobilisée de manière soutenue. 

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Dans une émission radiophonique de 1936, le président Roosevelt appelle protestants, catholiques et juifs à « faire cause commune » contre l’irréligion, autrement dit le nazisme. Il promeut les activités de la National Conference of Jews and Christians, une association créée en 1927 pour lutter contre l’antisémitisme et l’anticatholicisme. Lorsque la guerre commence, les autorités prennent soin d’embaucher des aumôniers militaires en proportion du nombre des protestants, catholiques et juifs engagés dans les forces armées. Le symbole suprême de cette solidarité interreligieuse est la mort de quatre d’entre eux – deux protestants, un catholique et un rabbin – lors du torpillage du SS Dorchester par les Allemands en 1943. Ayant donné leur gilet de sauvetage à d’autres marins, ils ont coulé avec le navire, récitant leurs prières en anglais, latin et hébreu.

À partir de 1945, la même alliance est exploitée dans la lutte de la démocratie contre le communisme athée. En 1952, le président élu Eisenhower déclare qu’un système démocratique doit être fondé sur un article de foi comme, aux États-Unis, « le concept judéo-chrétien » qui affirme que tous les hommes sont égaux. Trois ans plus tard, Will Herberg, un ancien communiste devenu théologien juif et penseur conservateur, publie un livre remarqué sous le titre Protestant – Catholic – Jew. Il y soutient que les États-Unis sont devenus une nation à trois religions et que ce pluralisme religieux comble un vide creusé par le sécularisme moderne. Le résultat est « la plus haute expression de la coexistence et de la coopération religieuses dans le cadre de la compréhension américaine de la religion », cette compréhension impliquant à la fois la séparation de l’Église et de l’État, et une grande tolérance de la religion dans la vie publique. Selon Herberg, dans les sociétés marxistes, non seulement l’État est sans religion, mais il n’y pas de valeurs religieuses pour renforcer les virtus civiques. En Amérique, l’influence positive de la tradition judéo-chrétienne oblige les élus à expliquer publiquement comment leurs convictions religieuses guident leurs actions.

Exclure ou inclure ? 

Si la tradition judéo-chrétienne est devenue une référence forte aux États-Unis, elle devient de plus en plus l’apanage de la droite, plus favorable à la religion, de sorte que les autres camps y ont renoncé. Obama, qui n’a jamais caché sa foi chrétienne, a attiré l’ire des conservateurs en 2009 quand il a annoncé, en Turquie, que les Américains ne se considéraient pas comme une nation chrétienne, juive ou musulmane. En l’absence d’ennemi fasciste ou communiste, la droite mobilise surtout le judéo-christianisme – comme Johnson ou Kirk – pour combattre les prétendus excès de la libération des mœurs ainsi que l’ensemble d’idéologies qu’on appelle le wokisme. Après le 11-Septembre, la référence judéo-chrétienne a été évoquée par certains dans le contexte de la lutte contre l’islamisme, mais les Américains ont besoin de garder de bonnes relations avec les pays arabes. Aux États-Unis, elle ne sert pas vraiment à exclure les musulmans qui y sont très minoritaires. 87 % des membres du Congrès sont chrétiens. Il y a 32 juifs, mais seulement quatre musulmans et autant d’hindous. 

En Europe, les références à la tradition judéo-chrétienne ont été moins fréquentes. En 2003 et 2007, des tentatives pour faire inscrire les racines judéo-chrétiennes dans des traités de l’UE ont échoué. Margaret Thatcher a fait l’éloge du judéo-christianisme mais en 1998, après avoir quitté le pouvoir. Le chancelier Helmut Kohl en a parlé en 1990, avant la réunification allemande, et Angela Merkel en 2010. Autrefois, évoquer le judéo-christianisme était permis outre-Rhin pour expier la culpabilité de l’époque nazie, mais actuellement l’AfD s’est approprié la référence. 

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Aujourd’hui, le judéo-christianisme se réduit-il à un alibi pour des populistes antimusulmans ? Depuis un siècle, il est cité au nom de combats divers : contre les despotismes, contre les prétendus excès de l’irreligion, contre les folies wokistes. Si les politiques de droite l’invoquent de nouveau, ce n’est pas contre l’islam en tant que tel, mais ses formes les plus extrêmes, les moins compatibles avec une société démocratique et tolérante. Nos concitoyens musulmans peuvent toujours embrasser ces valeurs sous la houlette élargie d’une tradition abrahamique. 

La Suisse va-t-elle plafonner l’immigration?

En Suisse, l’électorat va voter sur une initiative déposée par le principal parti de droite qui, si adoptée, fixerait une limite à la population de 10 millions d’habitants. Le chiffre actuel est de 9 millions. Un tel plafond obligerait les autorités à mettre en pause l’immigration, seule source de croissance démographique.


La Suisse va-t-elle plafonner la part de sa population étrangère ? En juin 2026, les Helvètes se prononceront par référendum sur cette initiative déposée par l’Union démocratique du centre (UDC). Ce parti de droite souhaite inscrire dans la Constitution le principe suivant : arrêter net les flux migratoires si le seuil de 10 millions d’habitants devait être franchi avant 2050. Dès que le chiffre de 9,5 millions sera atteint, le Parlement et le Conseil fédéral seront obligés d’intervenir. Pour le moment, le pays est passé entre 1992 et 2025 de 7 à 9 millions d’habitants. Un dynamisme seulement porté par l’immigration, tandis que la natalité s’effondre : en 2024, le nombre d’enfants par femme était de 1,29.

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La Suisse importe une main d’œuvre qualifiée pour alimenter ses géants économiques, tels Roche, UBS ou le centre d’ingénierie de Google à Zurich. Ainsi, 27 % des résidents suisses ne sont pas détenteurs d’un passeport suisse. Si les Allemands et les Italiens constituent les premiers contingents, le pays s’est aussi ouvert à une immigration venue des Balkans et comptait 177 000 Kosovars et 82 000 Turcs en 2024. Ce modèle, perçu comme le moteur de la croissance helvétique, produit des effets pervers. Le marché immobilier devient quasiment impraticable pour la classe moyenne locale, ce qui accélère son propre déclin démographique. Dans certaines classes, les élèves étrangers dépassent les 50 %. A Noël, un scandale a été provoqué par la décision de certaines crèches, au nom du « pluralisme », de ne pas afficher de symboles chrétiens. Quant à la criminalité, elle explose. En 2023, les délits ont bondi de 14 %, atteignant 1 431 infractions par jour. Selon l’UDC, 58% des délits sont commis par des étrangers. Bref, autant de signaux qui laissent à penser que la fameuse tranquillité suisse n’en a plus pour très longtemps.  

Et Brigitte Bardot créa une certaine femme…

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« De mortuis nihil nisi bonum » – des morts, il ne faut parler qu’en bien. De ce vieux principe il ne reste apparemment rien, à en juger par la manière dont certains politiques et journalistes de gauche se sont empressés de réduire Brigitte Bardot au statut de « raciste » et d’électrice du Front National. Le regard de Philippe Bilger.


Jordan Bardella a eu raison de dénoncer le « mépris » et la « haine » dont ont fait preuve certains, ainsi qu’une partie de l’audiovisuel public, à l’égard de Brigitte Bardot (BB) après sa mort.

Cela a commencé avec Clément Guillou qui, dans Le Monde, a consacré l’intégralité de son article aux liens de BB avec l’extrême droite. À rebours, mais selon une perversion symétrique, Aymeric Caron, que je n’ai pas l’habitude de défendre, se voit traité par la gauche radicale de suppôt de Marine Le Pen parce qu’il a salué le rôle décisif de Brigitte Bardot pour la cause animale !

On aurait pu espérer, a minima, une mise entre parenthèses de ces dénonciations, qu’il est difficile de faire passer pour de l’information, le jour même de la disparition d’une icône à 91 ans… Par simple décence, on aurait dû observer, durant un court laps de temps, un silence sur l’écume du siècle, pour ne songer qu’à l’hommage à rendre sans réserve à cette personnalité qui, sur bien des plans, a nourri les fantasmes et les songes. En ce sens également, mais sur un registre exceptionnel, la disparition de BB et les réactions qu’elle a suscitées montrent qu’il n’existe plus ni délicatesse ni réserve, y compris lorsque celles-ci devraient être le signe d’une civilisation encore digne de ce nom.

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Pourtant, à l’égard de BB, la diversité des sentiments, des idées, des émotions et des regards est non seulement possible, mais nécessaire. Parce qu’elle a été, dans son parcours d’actrice et de mythe, et plus tard dans ses engagements de citoyenne, successivement l’incarnation d’une modernité heureuse et réjouissante – malgré les dérives représentées dans son film préféré, Vie privée de Louis Malle – puis l’expression d’une indignation et d’une liberté la conduisant, sans fard, à fulminer contre son époque.

Parce qu’ayant tout gagné, elle n’avait plus rien à perdre, cette liberté a pris parfois la tonalité de propos réactionnaires qui, à mon sens, ont fait l’objet d’une judiciarisation excessive.

Elle était d’une beauté telle – à la fois harmonieuse et sensuelle – qu’on ose à peine, aujourd’hui, évoquer le miracle de cette esthétique parfaite, capable de susciter le désir des hommes en même temps que l’admiration désintéressée des femmes.

Qu’elle ait parfois mis cette beauté au service de films qu’elle-même ne surestimait guère, et qu’on ait pu discuter son talent ou sa voix dans la sphère artistique, importe finalement peu. Sa présence, le soufre qu’elle dégageait, l’irradiation de son image – non seulement magnifiée par une nudité ponctuelle, mais surtout par la grâce et l’allure avec lesquelles elle s’offrait aux multiples expressions de la sensibilité de son temps – résistaient aisément aux déceptions que pouvaient susciter certains de ses films. Elles dépassaient leur cadre étroit pour contraindre le spectateur à s’avouer : c’était bien, parce que c’était elle, et que plus rien ne comptait face à ces fulgurances d’un être fait pour la lumière et pour le cinéma.

J’ai toujours profondément admiré, lorsque la citoyenne Bardot a pris le relais de la star lassée, désormais sans illusion sur les sortilèges du septième art et sur ceux qu’elle-même avait pu engendrer, le courage et l’absolutisme avec lesquels à aucun moment elle ne s’est retournée en arrière, assumant pleinement tout ce que sa volonté, sa passion pour la cause animale et sa détestation du siècle lui inspiraient.

Pour les animaux, j’ai été comme certains Français qui ont pu juger excessives sa dilection, sa sollicitude envers les bêtes en souffrance. Mais j’ai changé d’avis lorsque j’ai constaté que les horreurs qu’elle dénonçait n’étaient que trop réelles, et surtout qu’elle ne se contentait ni de s’apitoyer ni de pleurer, mais qu’elle agissait sans relâche, avec une organisation et une efficacité indépassables.

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Quant à la BB fulminante, jouissant de cet immense privilège – à intervalles imprévisibles et lorsqu’elle l’avait décidé – de faire entendre ce que l’époque, la modernité dévoyée et le sentiment d’une France en péril mortel lui inspiraient, je l’ai appréciée au-delà de tout. Elle jetait ses pavés dans la mare, et plus encore dans celle qui, rétrospectivement, suscitait sans doute chez elle la plus vive hostilité : ce marais artistique, porté à gauche comme on arbore le dernier vêtement à la mode.

Il est scandaleux de voir l’infinité des progressistes jamais en retard d’une mansuétude choquante envers les délinquants et les criminels, se repaître des condamnations infligées à BB pour des infractions relevant de la liberté d’expression – condamnations que je n’aurais, pour ma part, pas forcément requises. Une telle posture est tout simplement déshonorante.

BB a incarné une certaine idée de la femme : une splendide plénitude, née de la rencontre entre une beauté unanimement reconnue et un engagement décisif en faveur d’un humanisme profondément attaché à un double objectif. D’une part, regretter le délitement civilisationnel et identitaire de la France qu’elle aimait plus que tout ; d’autre part, apaiser le plus possible les souffrances des bêtes, dont l’innocence lui paraissait plus incontestable que celle de bien des humains.

Le Mur des cons

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En finir avec les fake news

Brigitte Bardot a atteint l’immortalité. Il y a longtemps. Puisqu’elle est immortelle, elle n’a pas pu mourir. Sa mort ne serait qu’une autre de ces théories du complot qui circulent sur internet !


De mauvais plaisants associés à des crétins bas de plafond n’ont de cesse de chercher à nous faire prendre des vessies pour des lanternes, à nous faire avaler couleuvre sur couleuvre. En voilà assez, il faut en finir.

On s’était efforcé de nous persuader qu’un gars, homonyme d’un fameux trompettiste et d’un très finaud coureur cycliste, avait réussi, une belle nuit de juillet 1969, à se balader sur la lune, et cela  – tenez-vous bien – quasiment en tenue de scaphandrier ! Grotesque ! Je plains de tout mon cœur ceux qui ont apporté foi à cette baliverne. La lune, elle, n’a pas marché dans l’histoire un seul instant. La preuve, elle n’a en aucune façon modifié ses habitudes. Exacte au rendez-vous soir après soir. D’ailleurs, elle en avait vu d’autres car, quelques années plus tôt, elle avait eu l’insigne honneur de recevoir sur son sol aride, au milieu de ses cratères, l’astucieux reporter Tintin, sa mascotte Milou et leurs proches copains. Une vraie visite, celle-ci, attestée par les lectures de mon enfance. Donc, indiscutable.

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On avait essayé aussi de nous faire croire que Sa Majesté la reine d’Angleterre, Élisabeth II, de si glorieuse mémoire, faisait du patin à roulettes dans les corridors de Buckingham Palace et de Balmoral en été. Faux, archi-faux. Je m’insurge. Sa Majesté ne s’abaissait nullement à pratiquer le patin à roulettes, étant adepte et championne d’équitation sur poney du Connemara. C’est donc exclusivement juchée sur Prince Phiphi, de beaucoup son préféré, qu’elle parcourait ses palais.

Et voilà bien que, profitant de l’abrutissement des masses entre deux fêtes propices aux libations un tantinet excessives, de très mal embouchés tenteraient de nous faire croire que Brigitte Bardot serait morte ! Alors là, je crie sacrilège ! Cette fois, espèces de débiles profonds, vous poussez vraiment le macabre un peu trop loin ! 

Mais en l’occurrence, croyez-moi, vous en serez pour vos frais, vous paierez du ridicule le plus cinglant votre audace car personne, je dis bien personne, ne vous croira, ne serait-ce qu’une seconde ! BB morte ! Allons donc ! Comment serait-il possible que cette créature qui réunit en sa personne l’incarnation parfaite de l’ange et du démon ne soit pas immortelle ! Non BB n’est pas morte. J’en suis certain. La preuve en est que cette nuit, si, ce qu’à Dieu ne plaise, cet effroyable drame était survenu, les animaux de nos forêts, de nos écuries, chenils et salons auraient hurlé à la mort du premier au dernier rayon de lune ! Ce qui, à ma connaissance, ne s’est pas produit. Donc BB ne peut pas être morte. CQFD.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Bardot corps et âme

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La gauche n’a pas manqué de dénoncer Brigitte Bardot pour ses prises de position politiques. Il ne faut pas oublier que BB incarnait – et a porté à son acmé – un érotisme spécifiquement français.


« Avec Mémé, mourait une partie de moi-même. Encore maintenant, je refuse la mort, je suis bouleversée par cette chose inconnue, implacable. La mort, me paralyse, m’effraie à un point inimaginable. J’aime la vie de toutes mes forces, je ne comprends ni n’admets la mort […] ». Brigitte Bardot, Initiales B.B., mémoires (Grasset, 2020).

Bardot, Belmondo, Delon : la trinité d’un désir français

Ils ont incarné un moment éblouissant du désir qu’on éprouvait pour les Français : mêlé de gouaille pour Belmondo, de tourment pour Delon, d’insolence pour Bardot. Elle venait d’un milieu très éduqué, en possédait toute la solide extravagance, le pas assuré, la bouderie nonchalante. Delon avait fui un destin de garçon boucher, Belmondo était le fils d’un talentueux sculpteur.
En ce temps-là, le monde voulait du nouveau. La France lui a proposé ces trois figures, et il s’en est immédiatement épris. Il a aimé la mèche dans les yeux d’Alain le sombre, la sueur sur sa peau si lisse ; il fut séduit pas le charme cabossé de Jean-Paul, le boxeur bien élevé ; il s’affola devant la sensualité innocente et têtue de Brigitte Bardot.

Belmondo a tiré sa révérence en 2021, Alain Delon en 2024, avant-hier, Brigitte Bardot : la beauté française (son empire sur le monde, sa force colonisatrice) est décimée.

Bardot contre la révolte fonctionnarisée

Comptons sur France 2, France Inter, France Info et assimilés  pour mettre en valeur, dans les propos que les employés de ces entreprises d’encadrement idéologique de la société française tiendront sur Brigitte Bardot, les déboires judiciaires de la star de toutes les nations (avec Marylin Monroe, sortie cependant d’un tout autre moule). On les entend ricaner ou même jouir à cette seule perspective.[1]

Soyons assurés de leur zèle de moralisateurs fortifiés, car ils sont tous membres de la brigade de surveillance des propos hostiles au conformisme contemporain, ces aigres examinateurs, censeurs bilieux des pensées secrètes ou révélées de l’opposition politique non-conforme. Ils démontreront l’acrimonie de ton et l’arrogance des imprécateurs d’inutilité publique, des pions chargés de dénoncer la pensée indépendante. « Laquelle » d’entre eux osera, la première, glisser dans son commentaire : « N’exprimait-elle pas clairement sa nostalgie pétainiste en lançant la mode du tissu vichy ? ». Nous avons des noms sur le bout de la langue, mais nous ne sommes pas des cafteurs…

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Encore ceci signé B.B., bien propre à enflammer l’érythème de la jeune fille pudique dont souffre les salariés du micro totalitaire d’État dès qu’ils sont mis en présence d’une expression « de droite évidemment extrême » : « Il n’y a plus que des barbus et des actrices aux cheveux gras, qui se font violer dans les coins, et qui trouvent des excuses à leurs agresseurs. Il n’y a qu’à regarder la cérémonie des César, où de gentils zombies remercient papa-maman, leur concierge et leur chauffeur de taxi, tout en lançant l’incontournable appel à la fraternité humaine et à l’antiracisme ». (Entretien dans Valeurs actuelles, mars 2017).

Enfin, pour nous, B.B. est d’abord la plus puissante – et la seule véritablement pérenne – des persistances rétiniennes créée par l’écran français après la Seconde Guerre mondiale.

De la grâce dans un bas nylon

Tout fétichiste digne de ce beau nom, évoque, non sans émotion, une scène autrefois censurée du film de Claude Autant-Lara, En cas de malheur (1958). Devant Gabin, impavide, Bardot soulève sa jupe ; elle n’apparaît pas exactement nue, elle semble surgir d’une féérie du désir, les reins ceints d’un porte-jarretelles – indispensable pièce du trouble et du secret, mécanisme fluide, suspension dérobée au regard, révélée à l’amant seul, décorée de dentelle – et les jambes voilées de nylon. Et tout cet appareil de la tentation n’est mis en place que pour consacrer les deux globes de ses fesses, qui viennent tendrement s’écraser sur un bureau.[2]

Toute la nation française d’avant Sandrine Rousseau est contenue dans cette magnifique et fugace parade d’invention et d’insolence : sa civilisation de pur raffinement, sa théorie de l’évolution de la chair, son sens du péché et de l’absolution immédiate. Tout cela s’était réfugié dans la personne de Brigitte Bardot. Il avait fallu mille cinq cents ans pour produire ce miracle, cette absolue perfection, et quelques décennies d’organisation sensuelle par la haute bourgeoisie française. Car Bardot appartient à cette classe et à ce pays, elle en est le produit, le rejeton, l’incarnation sans défaut. Des voyous surarmés, des politiciens frustrés achèveront peut-être de détruire jusqu’au souvenir de cette créature.[3]

« Ce que je tenais entre mes mains était de la dynamite. C’était aussi pour moi l’occasion d’être, une fois dans ma vie, une actrice, une vraie, capable de jouer sur une gamme qui allait de la comédie légère à la tragédie profonde ». Brigitte Bardot, Initiales B.B., mémoires (op. cit.).

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Elle inventa sa place et son jeu dans la parade charmante que se donnent les êtres, dans la surprise du désir qu’ils éprouvent, ses métamorphoses et… sa vérité.

Pour preuve : elle n’a pas trente ans, elle vient de la tentation, elle y retourne, elle porte un short blanc qui paraît suscité par une large ceinture de cuir, et son buste républicain (elle sera Marianne en 1971, sculptée par Aslan) est plus que souligné par une manière de gilet en maille fine. On ne trouvera pas une once de vulgarité, rien qui contrarie le goût, l’élégance, ni l’allure. Elle a derrière elle dix ans de danse classique, une éducation française, c’est à dire libérale et de bon aloi. Elle arrive et elle fonde immédiatement quelque chose qui pourrait se résumer ainsi : le chic rénové.

La ronde du désir

L’amour en France ? Un moment d’abandon à notre magnifique fantaisie animale augmentée de notre imagination rationnelle. Car le plaisir ne s’obtient pas sans le piment de la raison. C’est que, dans ce pays, si nous aimons bien avec le corps, nous aimons mieux encore lorsqu’il s’accorde à l’esprit. Les Français s’envoient en l’air… pour prendre de la hauteur ! Aimons-nous comme des bêtes, mais ne nous montrons pas stupides au déduit ! La géométrie dans les spasmes admet du spirituel dans ses formules : « […] qu’est-ce que les caresses de deux amants, lorsqu’elles ne peuvent être l’expression du cas infini qu’ils font d’eux-mêmes ? Qu’il y a de petitesse et de misère dans les transports des amants ordinaires ! Qu’il y a de charmes, d’élévation et d’énergie dans nos embrassements » (Lettre de Diderot à Sophie Volland, 1er juin 1759).

À la fin, que reste-t-il des transports amoureux ? Une bousculade de souvenirs, des corps et des visages fondus dans la brume de la mémoire, et l’émouvante impression de s’être glissé dans la ronde éternelle de la séduction et du désir. 
Ces deux êtres que menacent le temps, ces deux-là l’un dans l’autre, avant d’être las l’un de l’autre, ne manquent pas d’audace : « Adieu, Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu’on te fera de ces récits hideux qui t’ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : « J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui » » (Alfred de Musset, On ne badine pas avec l’amour, Perdican à Camille, Acte II, scène 5)

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Voilà, c’est fini ! B.B. est partie, à pied derrière le traîneau du Père Noël, afin de ne pas augmenter de son faible poids la charge des rênes qui le tiraient, et après avoir interdit au vieillard à barbe blanche d’user de son fouet.


[1] Comme démonstration, cet extrait d’un article d’une certaine Anne Lamotte sur le site de France Info le 28 décembre à 11h06 : « Elle se fait aussi remarquer à de nombreuses reprises pour ses déclarations anti-immigration. Celle qui voyait en Marine Le Pen « la Jeanne d’Arc du XXIe siècle » et qui soutiendra publiquement à la fin des années 90 les premiers maires FN de grandes villes, Toulon et Vitrolles, avait été condamnée à 5 reprises pour incitation à la haine raciale »Le Monde rappelle sa lettre publiée par le magazine d’extrême-droite Présent dans laquelle elle alerte contre l’Aïd-el-Kébir, un thème récurrent : « On égorge femmes et enfants, nos moines, nos fonctionnaires, nos touristes et nos moutons, on nous égorgera un jour, et nous l’aurons bien mérité. La France musulmane, une Marianne maghrébine ? Pourquoi pas, au point où on en est ? » Elle se défendra alors à la barre en affirmant : « Je ne suis pas raciste dans l’âme ».

[2] Néanmoins, Bardot incarnera une sensualité animale débarrassée de la bimbeloterie érotique des années cinquante.

[3] Arletty avait ouvert la brèche, avec, dans la voix, l’ironie et la gouaille d’une aristo de Courbevoie.


Initiales B.B NED

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David, artiste engagé

L’arrivée simultanée d’une exposition majeure consacrée au peintre de la Révolution et de la gloire napoléonienne et de la publication d’une biographie remarquable permet de prendre toute la mesure de l’oeuvre d’un génie qui a marqué non seulement l’histoire de l’art en France, mais aussi l’Histoire tout court.


En parallèle à l’incontournable exposition du Louvre qui s’achève fin janvier, on ne saura trop vous recommander la fête d’une lecture qui s’impose d’elle-même :  sous la plume alerte et concise de David Chanteranne, historien surtout connu comme spécialiste du Premier empire, cette remarquable biographie du peintre sans le génie duquel jamais l’aventure napoléonienne n’aurait été immortalisée de façon aussi… impériale. Sous-titré à bon escient « l’empereur des peintres », son Jacques-Louis David se déguste d’un trait.

Issu de la petite bourgeoisie parisienne, Jacques-Louis, fils unique né en 1748, est d’abord une bête à concours. Après quelques échecs, « le 2 octobre 1773, il reçoit le premier prix. La chance a tourné. Elle ne le quittera plus ». Dès 1782, Louis obtient un logement au Louvre, se marie avec une jouvencelle née Pécoul – elle a 16 ans. Un an plus tard, le voilà académicien. En 1784, la campagne d’Italie ouvre à Bonaparte le chemin de la gloire, tandis que triomphe Le Serment des Horaces. La toile révèle son génie : « quelque soixante mille personnes se pressent pour admirer son véritable manifeste » ; David est bien le « chef de file des néo-classiques ».

Le peintre voyage de Rome à Paris, mais la prise de la Bastille précipite les choses ; son art se radicalise. Au point de confier à un ami, à propos de Marie-Antoinette : « c’est un grand malheur que cette charogne n’ait pas été étranglée ou taillée en morceaux par les émeutières, car tant qu’elle sera vivante, il n’y aura pas de paix dans ce royaume » (sic). Comme quoi tout grand homme a ses bassesses. Séparé de sa femme en 1790, David compte aussi parmi les signataires « de la demande de destruction du monument élevé à Louis XIV place des Victoires ». La Constituante lui commande une toile colossale commémorant le Serment du Jeu de Paume ; il n’en fera qu’une esquisse (dont la présente exposition permet d’admirer le projet dans son immense format, où seuls ont été peints les visages de Barnave, Gérard, Mirabeau et Dubois-Crancé). Acquis aux Jacobins, David signe la pétition des Cordeliers pour la déchéance du roi, fait son entrée en politique, vote la mort de Louis XVI : « la France vient de basculer. Et avec elle, le destin du peintre », commente Chanteranne. Dans ce climat de Terreur révolutionnaire (il s’est joint en personne au procès de Marie-Antoinette !), élu en janvier 1794 président de la Convention nationale, David « continue de signer les envois à l’échafaud », s’associe au « délirant programme de la fête de l’Être suprême », mais lorsque tombe la tête de Robespierre, le voilà inquiété à son tour. En nage, pris de bégaiement, envahi par la peur, « Grosse-Joue », comme le moquent ses ennemis, fait face. Incarcéré plus de quatre mois, il finit par être libéré, officiellement pour raison de santé. 

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Le carnage de Thermidor passé, « les manières redeviennent celles de l’Ancien Régime, et […] l’on recommence à se vouvoyer », note le biographe du franc-maçon affiché qu’est David. Enfin « lavé de tout soupçon par le nouveau régime du Directoire » et amnistié, le peintre des martyrs de la Révolution (Marat assassinéLe Jeune BaraLe Peletier de Saint-Fargeau – tableau perdu) renoue avec l’inspiration antique : à bonne distance des polémiques, c’est L’Enlèvement des sabines.  Le nu (masculin) impose ses juvéniles académies à la pudeur des dames. David, en Bonaparte, a trouvé son héraut. L’installation du Premier consul à la tête du pays vient « à point nommé pour affermir la puissance d’influence de David. Les deux hommes se sont bien trouvés. Ils ne se quitteront plus », conclut Chanteranne. De fait, David (qui dessine même le costume consulaire) « a toujours l’oreille de Bonaparte ».

La proclamation de l’Empire en 1804 marque une nouvelle étape. Arborant fièrement sa Légion d’honneur, David (dont Eugène, son fils, sera blessé à Austerlitz), et qui approche la soixantaine, consolide l’édifice du régime avec le fameux tableau du Sacre (toile millésimée 1808) dans les « décors parsemés d’abeilles d’or signés Percier et Fontaine ». Les grands formats du peintre se succèdent. Si Dominique Vivant Denon (1747-1825, premier patron du musée du Louvre) a la mainmise sur les arts, le prestige de David s’accroît. Installé rue d’Enfer, face au Luxembourg (car Napoléon a pris ses quartiers au Louvre), il impose ses « disciples » autour de lui – de Gros à Granet, jusqu’à Ingres, le plus doué. Mais « il a lié son sort à celui de Napoléon ». Jusqu’à participer à la réalisation des étendards, ou à dessiner le fauteuil de l’empereur ! « Sans le savoir, le peintre invente une véritable « allégorie du Législateur » » dans cette fameuse effigie de 1811. Et le biographe d’observer : « la renommée de la toile sera telle qu’elle servira, bien après, d’étalon et presque de canevas pour tous les portraits, non seulement peints mais plus tard photographiques, de la quasi-totalité des chefs d’État français jusqu’à Georges Pompidou »

En 1814, l’inquiétude le gagne à nouveau. Paris est occupé par les coalisés. Puis le gouvernement de Louis XVIII le tient à l’écart, « ses faits et gestes sont épiés ». Survient le « vol de l’Aigle » ; les Cent Jours signent les retrouvailles du peintre avec son grand homme, – court répit : la veille même du retour du roi podagre, David est déjà parti pour l’exil. Il trouve son point de chute à Bruxelles, d’où il ne reviendra plus, y assumant au reste une production prolifique.

« A sa façon, David est un historien », émet Chanteranne. Réclamé par des commanditaires passionnés, l’artiste doit renoncer à plusieurs reprises à l’idée de rentrer en France. La mort de Napoléon à Sainte-Hélène le consterne ; sa propre vie touche à sa fin. Conscient de ce qu’il incarne, « au duc de Wellington qui lui rend visite et lui demande son portrait, [David] aurait rétorqué : « je vous l’ai déjà dit, Mylord, je ne peins que l’histoire » ». La réplique est cruelle. Féru d’opéra italien, le vieux maître a sa place réservée au parterre de la Monnaie, où il sort quasiment chaque soir. Mars désarmé par Vénus et les grâces sera son ultime chef d’œuvre – David a 76 ans ! Mais l’époque a changé. Adolphe Thiers lui reproche « un fatigant cliquetis de tons » ; même Stendhal assène que « l’école de David ne peut peindre que les corps ; elle est décidément inhabile à peindre les âmes »

L’avènement de Charles X réduit à néant pour David toute velléité de retour à Paris. Tandis que Girodet, à peine âgé de 59 ans, vient de mourir, David voit sa santé se dégrader. Le 29 décembre 1825, il rend son dernier soupir. « Hasard du calendrier : sa mort coïncide avec le jour de la Saint-David », note Chanteranne – David de son prénom… Le biographe ne manque pas de relater les mesquineries du ci-devant comte d’Artois : « Charles X s’oppose toujours au retour du cercueil en France », devançant un nouveau refus pour l’accueil de sa dépouille au Panthéon, en 1827. La monarchie de Juillet calme le jeu, avant que le Second Empire ne réhabilite tout à fait, et l’artiste, et la personnalité. Cité par David Chanteranne, Delacroix reconnaît dans son Journal qu’« il est manifeste que tout dérive encore de [David] et de ses principes ». Ce temps est bien fini.

Du travail de l’historien à l’approfondissement porté par l’historien de l’art : ainsi pourrait-on qualifier la pente exigeante qui, du bel exercice de synthèse effectué comme on vient de le voir par David Chanteranne, remonte également, étape par étape, vers l’œuvre entier de l’artiste génial : écrit à quatre mains par leurs commissaires  Sébastien Allard et Côme Fabre, auxquels se sont adjointes Aude Godet et Morgane Weinling, le passionnant  catalogue de l’exposition David(laquelle, rappelons-le, se clôture le 26 janvier prochain) s’offre pour un outil de haute précision à qui prétend comprendre la peinture de David au-delà de la simple délectation du regard.  

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De conserve avec le cheminement de la manifestation, obéissant à la même chronologie adhérant à la biographie de l’artiste, l’ouvrage en suit l’itinéraire esthétique, stationnant d’œuvre en œuvre, reproduites au sein du volume, dans une très haute qualité photographique, bien souvent en pleine page mais en faisant choix, prioritairement, de révéler tel ou tel détail significatif – Roland Barthes appelait cela le « punctum » : ce qui, dans un tableau, vous « point ». De sorte que le beau livre (format 28 X 24 cm), loin de se contenter d’être un ornement de l’exposition en forme d’album illustré, projette sur celle-ci, tout du long, la loupe grossissante, intrigante, révélatrice, du gros plan – comme le cinéma sait en user si bien. Associée à un commentaire où l’élégance du style se conjugue à la haute érudition, la matière même de la peinture, indécelable à l’œil nu, nourrit ainsi l’investigation.

Sciemment plus resserrée, en termes de corpus, que l’énorme rétrospective qui lui avait été consacrée en 1989 dans le cadre des commémorations du bicentenaire de la Révolution, gouvernée cette fois par une lecture critique essentiellement attentive à fixer les méandres de l’engagement politique du peintre au fil de sa très longue carrière, l’actuelle exposition Jacques-Louis David, ce remarquable catalogue en témoigne, assigne à l’imperium idéologique un artiste qui ne saurait être réduit à incarner « la-figure-de-proue-du-néoclassicisme ». Sébastien Allard le souligne : « l’essence de son art, depuis les années 1780, est politique, tout comme le sera en 1800 le tableau des Sabines. […]C’est là un point capital. Même si, s’étant brûlé les ailes pendant la Terreur et ayant échappé de peu au sort de Robespierre, il ne jouera plus de rôle politique de premier plan, jamais il n’acceptera l’idée d’un art déconnecté des questions de son temps, ce qu’on appellera bien plus tard « l’art pour l’art » ». Ainsi par exemple, poursuit l’auteur, « les œuvres qu’il réalise en partie en captivité dans cette période cruciale de 1794-1795 demandent-elles à être analysées non comme l’expression d’un mouvement de repli mais, au contraire, comme une interrogation sur la façon dont il peut continuer son action en tant que peintre citoyen après la chute de Robespierre […] dans une dynamique où l’action […] permet, une fois encore, de surmonter l’épisode mélancolique lié au traumatisme de Thermidor ».  Et plus loin, d’analyser : « David est un homme qui ne lâche rien : son œuvre se déploie sur un principe de morphogenèse, les formes, les thématiques ne cessent de se transformer sans se dévitaliser, contrairement à une certaine vision qui s’est appliquée à isoler les différents moments de sa carrière. Cette remarquable se nourrit de sa conviction intacte que, par son art, il peut changer le monde. […] La distance qu’il prend avec l’activisme politique ne signifie ni un affaiblissement de son engagement, ni un repli mélancolique sur son art ». Dès lors sa fascination précoce pour l’ « homme à cheval » (cf. la toile fabuleuse intitulée Bonaparte franchissant les Alpes au Grand Saint-Bernard, un des clous de l’exposition) puis son allégeance à l’Empereur (qui lui vaudra, comme on l’a vu plus haut, tant d’avanies au retour des Bourbons sur le trône) doit s’envisager comme une variation d’un Protée à l’inspiration toujours entée sur le réel : « cette fois-ci, il ne s’agit plus d’éveiller la conscience politique du visiteur mais de lui faire revivre cet événement, à la manière d’un panorama », commente l’historien de l’art à propos du fameux tableau du Sacre. De même David reprend-il en 1813 son Lénonidas aux Thermopyles « alors que la Grande Armée s’enlise dans les défaites », […] d’une actualité brûlante »« tableau entre deux mondes », qui « ne sait plus s’il doit célébrer des lendemains qui chanteront après les désastres de la guerre ou commémorer ceux qui ont disparu dans la catastrophe ». David, notre contemporain ? 

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En forme de coda à cette partition critique admirablement orchestrée, Côme Fabre livre, sous le titre « David en son palais : une vie au Louvre », un texte formidable qui s’emploie à suivre la trace de l’artiste dans cette enceinte en mutation, tandis que dans deux ultimes chapitres, Aude Godet d’abord restitue, année par année, le « Récit biographique (1748-1825) » de notre gloire nationale ; avant que Morgane Weinling, dans « David après David (1825-2025) », n’interroge la postérité de cet immense artiste, à l’heure où le bicentenaire de sa mort soulève l’occasion d’invoquer ses mânes.    

A lire : 

Jacques-Louis David, l’empereur des peintres, par David Chanteranne. Passés/Composés, 2025, 331pp., 24,00€.

Jacques-Louis David, sous la direction de Sébastien Allard : catalogue de l’exposition David, actuellement présentée au Louvre. Musée du Louvre / Hazan, 2025, 370pp., 49,00€.

Jacques-Louis David: L'empereur des peintres

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Le pari économique de Donald Trump

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Le président des Etats-Unis fait face à un défi. Pour remporter les élections intermédiaires en novembre 2026, il devra montrer que, sous sa gestion, la situation économique de ses concitoyens se sera améliorée de manière sensible. Les nombreuses réformes qu’il a introduites jusqu’ici sont calculées pour atteindre cet objectif, mais leurs effets ne se sont pas encore fait sentir. L’analyse de Gerald Olivier.


« J’ai hérité d’un bazar et j’essaye d’y mettre de l’ordre ». Le président Donald Trump s’est adressé aux Américains depuis la Maison Blanche, à l’occasion d’une intervention télévisée, le 17 décembre. Sa troisième depuis son retour à la Maison Blanche le 20 janvier 2025. Le prétexte était de leur souhaiter un « Joyeux Noël ». Mais la raison véritable était de vanter ses réussites économiques. Et si Trump a ressenti le besoin de s’adresser directement à ses concitoyens, c’est que, d’une part, une élection majeure se tiendra en 2026 et que, d’autre part, les médias dominants ne cessent de mettre en doute ses accomplissements… voire de les railler.

Les 3 novembre 2026 se tiendront les élections de mi-mandat. Les Américains seront appelés à renouveler tous les élus de la Chambre des Représentants (435) et un tiers de leurs sénateurs (33), ainsi que myriades d’élus locaux. Ces élections sont capitales car si les Républicains perdent la très étroite majorité dont ils disposent actuellement au Congrès, le président verra son agenda bloqué et sa légitimité même remise en cause via de nouvelles tentatives de destitution (impeachment), certes vouées à l’échec, comme les précédentes, mais qui perturberont la fin de son mandat.

Il est donc crucial pour Donald Trump et les Républicains de conserver leur majorité. Pour cela,  ils comptent sur deux arguments, (1) la sécurité, (2) l’économie. 

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Par sécurité, ils entendent la sécurité des frontières, la sécurité intérieure et la sécurité internationale. Sur ces points leurs succès sont incontestables. La frontière des Etats-Unis est sous contrôle. Véritablement. L’immigration clandestine a été réduite à néant. La criminalité recule partout aux Etats-Unis, surtout là où ICE (Immigration & Customs Enforcement, la police des frontières) agit et là où la Garde Nationale est déployée. Trump a mis fin à huit conflits à travers le monde, même si les paix obtenues semblent souvent fragiles. 

Sur l’économie, les choses sont moins claires et les résultats moins probants. Le président Trump s’est donc senti obligé de faire une mise au point. D’autant que les Américains semblent sensibles à d’autres sirènes que celles de son administration. L’élection du socialiste Zohran Mandani à la mairie de New York le 4 novembre, ainsi que celles de quelques autres candidats très à gauche, ont révélé l’existence d’un important réservoir d’insatisfaction dans l’électorat. 

Son intervention du 17 décembre fait d’ailleurs suite à une visite en Pennsylvanie , un « état clé, (« swing state » ) le 9 décembre, pour y présenter le même message. A savoir, l’économie va bien et ira encore mieux demain. L’inflation est sous contrôle et continue de reculer. Le marché du travail est sain, et le nombre d’Américains ayant un emploi augmente. Les salaires sont en hausse et les impôts en baisse, donc le revenu réel progresse…

Le problème est que les Américains ne ressentent pas forcément cela et ne partagent pas toujours ce sentiment. Pour eux le coût de la vie reste trop élevé pour leur revenu. Leur pouvoir d’achat semble baisser. Le mot « affordability », qui peut se traduire par « pouvoir d’achat », est le mot politique clé de l’automne. 

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Or rien n’est pire en politique que de vouloir convaincre un électorat que leur ressenti est faux et que la réalité n’est pas ce qu’ils vivent tous les jours. Biden s’y est cassé les dents. Et d’autres aussi ailleurs… (notamment le président Macron en France).

Trump et les Républicains sont donc engagés dans une course contre la montre. Ils ont obligation de délivrer des bénéfices économiques tangibles aux Américains d’ici dix mois, ou bien ils seront châtiés dans les urnes et verront leurs ambitions d’une transformation radicale et durable de l’économie et de la société américaine tuées avant d’avoir pu porter leurs fruits.  

Ils ont de bonnes chances d’y parvenir mais rien n’est sûr. Voici pourquoi. 

Première raison : l’inflation semble maîtrisée, mais doit encore tomber plus bas. Quelques heures après le discours de Trump, le « CPI » (« Consumer Price Index », l’indice des prix à la consommation) pour le mois de novembre a été publié. Il était de 2,7% sur un an. Tous les spécialistes l’avaient annoncé plus haut, à 3,1%. Preuve s’il en fallait que ces « spécialistes » voient la réalité plus sombre qu’elle n’est ! Et que leur détestation de Trump y est peut-être pour quelque chose… 

Ce chiffre était très encourageant pour l’économie américaine et pour Donald Trump mais toujours supérieur à l’objectif affiché qui est de 2%, niveau à partir duquel le revenu réel peut augmenter de façon perceptible. On est loin des 9% d’inflation enregistrés en juin 2022, au plus fort de « l’inflation Biden » mais pas encore au 1,2% enregistré en 2020 dernière année du premier mandat de Trump. 

Autre statistique encourageante majeure pour les Américains, le prix de l’énergie qui est en net repli. L’essence à la pompe est à 2,9$ en moyenne le gallon (4 litres), et parfois à 1,7$, comme dans certaines stations-services de l’Oklahoma. En juillet 2022 la moyenne nationale dépassait les 5 dollars, un niveau jamais atteint jusqu’alors. 

Le prix de l’électricité qui n’avait cessé d’augmenter depuis 2021, passant de 11 centimes du kwh à 17,5 centimes, s’est stabilisé depuis le mois d’avril à 17,4 cts/kwh. Toutefois il ne baisse pas encore. Idem pour les prix du charbon et du gaz naturel. Ils sont désormais stables et entre deux et trois fois moins chers qu’à leur pic de l’été 2022. 

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Ces évolutions sont très positives pour les Américains, mais aussi très inquiétantes pour les Démocrates, et les écologistes qui voient leur « Green new deal » battu en brèche. Une essence moins chère et une électricité qui ne baisse pas, c’est moins de pression pour l’achat de véhicules électriques. Tout le monde y est sensible. Le constructeur Ford vient d’abandonner son programme de « pick-up trucks » (utilitaires légers) électriques – un programme qui lui a couté vingt milliards de dollars. 

Deux, le marché de l’emploi est en pleine mutation, au bénéfice des travailleurs du secteur privé et en particulier des emplois les moins rémunérés. Sur l’ensemble des Etats-Unis, le chômage est à 4,6%. De quoi rendre certains jaloux, mais pas de quoi satisfaire un Américain. Il est de 5,6% en Californie, son plus haut niveau national, et de 1,8% dans le Dakota du Sud, son niveau le plus bas. 

Par contre ce chiffre est en hausse de 0,5% sur un an. Soit environ 850 000 chômeurs de plus. Une partie de cette hausse s’explique par les trois cent mille emplois de fonctionnaires supprimés par DOGE, au printemps, mais une partie seulement. Reste un demi-million de chômeurs supplémentaires sur un an. Preuve que l’économie américaine ne tourne pas à plein régime, que les entreprises hésitent pour l’instant à embaucher et que la croissance actuelle peine à créer des emplois. Ainsi en novembre 2025 l’économie américaine a généré 64 000 nouveaux emplois seulement, contre 150 à 200 000 habituellement.

Le « shutdown » du gouvernement est passé par là. Pendant 46 jours, du 1er octobre au 15 novembre, le gouvernement américain a suspendu ses activités, faute d’un accord sur le budget. Les Démocrates refusaient tout simplement de voter le budget de l’administration, bloquant toute activité. Des milliers de personnes et d’entreprises ont été affectées.  

Mais il y a plus. 

La question des tarifs douaniers reste un frein majeur à l’embauche pour les entreprises. Non pas pour les tarifs eux-mêmes, car leur hausse tient surtout de l’effet d’annonce et ils sont souvent plus bas qu’au départ une fois les négociations terminées, mais à cause de l’incertitude suscitée par ces négociations publiques prolongées. Plus tôt les multiples négociations commerciales engagées par l’administration Trump seront terminées, mieux ce sera. 

L’autre question est celle de l’arrivée de l’intelligence artificielle. L’IA est présente dans tous les secteurs économiques aux Etats-Unis, pas seulement dans les hautes technologies : du « back office » aux transports, de la médecine aux chaines d’assemblages, des assurances aux cabinets d’avocats, des relations clients à la comptabilité. Elle permet des gains de productivité importants mais détruit, pour l’instant, plus d’emplois qu’elle n’en génère. Une estimation récente indique que depuis 2020 plus de trois millions d’emplois ont été « affectés » par l’intelligence artificielle (« affectés » ne veut pas dire « supprimés ») sans que l’on sache combien d’emplois « nouveaux » ont été crées par l’AI.

Par contre, en dépit de ce marché de l’emploi hésitant, le revenu réel augmente aux Etats-Unis. Avant et surtout après impôts. Le travailleur américain moyen du secteur privé a vu son revenu réel augmenter de mille dollars en 2025, et même de deux mille dollars pour les travailleurs en usine et trois mille dollars pour les mineurs. Sachant que ce même revenu avait reculé de trois mille dollars durant la présidence de Joe Biden. Le retard accumulé n’est donc pas encore rattrapé, d’où la difficile réalité vécue par beaucoup de ménages américains. 

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L’une des causes de cette hausse des revenus est la fin des pressions à la baisse apportées par l’immigration sauvage des années 2020 à 2024. L’immigration clandestine est à son niveau le plus bas depuis plus de soixante ans. La frontière sud du pays est devenue infranchissable et personne, ou presque, ne s’y aventure.

2,5 millions d’immigrants clandestins ont même quitté les Etats-Unis au cours de l’année écoulée. Parmi eux, 600 000 étaient des criminels expulsés par Krsitie Noem et Tom Homan en charge du DHS et de ICE, tandis que 1,8 million sont partis volontairement. Des milliers d’emplois non qualifiés ont été libérés, ouvrant la place à des travailleurs américains et à des salaires plus élevés. 

En fin de compte, l’ambition de Donald Trump de relancer les emplois industriels correctement rémunérés qui ont fait la richesse et la stabilité des Etats-Unis de 1940 à l’an 2000, n’est pas encore devenue réalité. Mais elle prend forme.

Les « trillions » (milliers de milliards) de dollars d’investissements étrangers annoncés tout au long de l’année 2025 y contribueront inévitablement. Donald Trump, toujours enclin à « gonfler » les chiffres, parle de vingt mille milliards promis par des entreprises et des gouvernements étrangers sous forme d’usines construites aux Etats-Unis. Le site de la Maison Blanche présente un plus sobre total de 9,6 milliers de milliards, ce qui est déjà monumental. Cela représente des centaines de milliers d’emplois directs et des millions d’emplois indirects sur les années à venir, ainsi qu’une croissance économique solide. Ce qui fait dire à Trump que l’économie des Etats-Unis est la plus « chaude » du monde. Par son dynamisme et par son attractivité. 

Les marchés boursiers, qui sont au plus haut et qui n’ont cessé de battre des records en 2025, illustrent la confiance des investisseurs dans l’économie U.S. Le Dow Jones Industrial Average, l’indice phare de Wall Street, a gagné 16% depuis la victoire de Donald Trump le 5 novembre 2024, et battu cinquante-deux fois son record en 2025. Idem pour le « S&P 500 », l’indice des 500 plus grandes sociétés par capitalisation. Quant au Nasdaq, l’indice des valeurs technologiques, il a bondi de 29%.

Et pour l’heure les effets de la « One Big Beautiful Bill » votée en juillet ne se sont pas encore fait sentir car elle n’entrera en vigueur qu’à partir du 1er janvier 2026. Sa première conséquence sera un remboursement d’impôt de plusieurs milliers de dollars pour la plupart des ménages américains. Les impôts aux Etats-Unis sont calculés et payés à la source, comme en France, donnant lieu à un ajustement à chaque nouvelle déclaration. En 2025 leur calcul s’est fait au printemps, avant que la loi ne soit votée. Or celle-ci comporte d’importantes coupes d’impôts. 

Les tarifs douaniers ont par ailleurs généré plus de deux cents milliards de dollars de revenus pour le trésor américain que le président a décidé de redistribuer aux membres des forces armées. 1,3 millions de G.I.s vont donc recevoir une prime de 1776 dollars, un montant inspiré par l’année de naissance des Etats-Unis, 1776, alors que le pays s’apprête à célébrer son 250e anniversaire en 2026 !

En janvier enfin, Donald Trump nommera le futur président de la Réserve Fédérale. C’est-à-dire le premier banquier des Etats-Unis dont le job est, entre autres, de décider avec les douze gouverneurs que compte cette institution des taux d’intérêt directeurs. Le favori pour le poste est Steven Hasset, actuel président du Conseil Economique à la Maison Blanche, un proche de Trump partisan d’une politique de taux bas. Le taux d’intérêt de base aux Etats-Unis est actuellement de 3,5%. Il a connu trois baisses consécutives de 0,25%, tous les mois depuis septembre. Mais Trump le considère toujours trop élevé. Il souhaite une baisse de 0,50 points, voir même d’un point entier au printemps. Si une telle baisse intervient, elle donnera un coup de fouet à l’économie américaine à quelques mois des élections, et elle permettra d’alléger instantanément les traites immobilières de millions d’américains, ainsi mêmes que les remboursements de l’Etat sur la dette publiques américaine…

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« Nous sommes à la veille d’un boom économique comme il n’y a rarement eu » a dit Trump en conclusion de son discours du 17 décembre. Si ce boom se matérialise, les Républicains pourraient créer une énorme surprise et remporter les élections du 3 novembre. S’il ne se matérialise pas, ils perdront vraisemblablement ce scrutin. 

C’est ce que tous les médias bienpensants anticipent et annoncent, avec délectation. Ils soulignent que la côte de popularité de Trump est au plus bas, 43% d’opinions favorables seulement, contre 52% à son entrée en fonction. Ils ajoutent que 60% des Américains désapprouvent sa conduite de l’économie. Et ils trouvent réconfort dans la tradition politique américaine qui veut que le parti qui occupe la Maison Blanche perde toujours les élections intermédiaires, comme cela a été le cas pour 47 des 50 derniers scrutins intermédiaires !

Mais le 3 novembre est encore loin. Trump mise sur l’économie pour obtenir des électeurs la possibilité de poursuivre la plus formidable révolution économique entreprise aux Etats-Unis depuis Franklin Roosevelt. Ses adversaires et détracteurs ne sont pas à l’abri d’une nouvelle désillusion.

Magistrats, policiers et gendarmes sont du bon côté…

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Dans une démocratie comme la France, on a toujours le droit de critiquer ceux qui, tels les magistrats et les forces de l’ordre, sont au service de l’Etat régalien et luttent contre l’insécurité, la délinquance et l’immigration illégale. Mais il ne faudrait pas que ces serviteurs de l’Etat se laissent convaincre par un certain discours de gauche qui les présente comme étant du mauvais côté. Le billet justice de Philippe Bilger.


Les forces régaliennes évoluent dans un environnement difficile qui, chaque jour, les confronte à l’insupportable hiatus entre leur idéal et la réalité. Elles le font toutefois avec la volonté constante d’accomplir, le moins mal possible, leur mission au service de leurs concitoyens. Vouées à cultiver bien davantage l’empirisme courageux d’un Créon que la pureté confortable d’une Antigone.

Ceux qui ont démissionné – magistrats, policiers et gendarmes qui, un jour, lassés, ont jeté l’éponge – « racontent souvent les mêmes histoires, entre lourdeurs administratives, dysfonctionnements et culture du silence » (Le Monde). On peut y ajouter le sentiment, parfois, de n’avoir jamais bénéficié du sort professionnel qu’ils estimaient leur être dû.

Je n’ai jamais été sensible aux discours de ceux qui, insatisfaits de ce qu’ils avaient pourtant choisi, étaient trop souvent conviés par les médias à médire de ce qu’ils avaient quitté. Cette complaisance consistant à dénigrer, avec acrimonie, des services publics et des institutions qu’ils avaient servis m’a fréquemment paru suspecte ; plus encore la naïveté médiatique qui prêtait à ces paroles une autorité qu’elles n’avaient pas, tant elles semblaient n’exprimer, au bout du compte, que le ressentiment ou l’amertume de trajectoires contrariées.

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Dans ces contestations comme dans ces démissions, dans l’inévitable distance entre ce que l’on rêvait d’accomplir et la quotidienneté à laquelle il fallait se confronter, il n’y a rien que de très ordinaire, et cela vaut pour toute fonction, plus encore lorsqu’elle est naturellement investie par la confiance et l’espérance de ses concitoyens.

Ce qui me semble dramatique en revanche, et dangereux pour la démocratie, c’est l’interrogation « que finissent par se poser policiers et gendarmes », auxquels il faut désormais adjoindre les magistrats : « suis-je vraiment du bon côté ? »

Je n’ai jamais compris pourquoi certains magistrats choisissaient ce beau métier, qui exige ordre et équilibre, souci d’autrui et équité, empathie et sens social, alors qu’à l’évidence ils n’étaient absolument pas faits pour lui.

Mais que des personnalités accordées au régalien, conscientes des droits qui étaient les leurs comme des devoirs qui leur incombaient, pleinement adaptées à une société qui réclame prioritairement une lutte efficace contre l’insécurité, la délinquance et l’immigration illégale, puissent être à ce point gangrenées par les discours de la gauche et de l’extrême gauche au point de se croire illégitimes et de douter d’être du bon côté, cela dépasse l’entendement. 

Si une telle pente devait s’accentuer, si elle venait à instiller le poison du soupçon au cœur même de cette fierté républicaine qui distingue sans l’ombre d’une hésitation les lumières et les ombres, la tranquillité et la subversion, les gardiens – au sens large – de la paix et les fauteurs de troubles, nous verrions s’accroître un risque majeur.

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Défi qui, au-delà de l’extrême difficulté sociale, technique et politique des missions régaliennes, constituerait l’épreuve la plus grave lancée au visage de notre nation : que nos protecteurs ne soient plus fiers de leur rôle ; qu’ils en viennent à concevoir qu’ils pourraient, sans se renier, se tenir du côté de leurs adversaires ; que le bon côté ne soit plus celui d’une démocratie capable de se défendre, grâce à eux, sans se renier, mais celui d’une subversion où la destruction l’emporterait sur le sens du bien commun.

À cette angoisse de ne plus se sentir du bon côté, la faiblesse de nos gouvernants n’apporte aucun remède mais au contraire amplifie le mal. Lorsque le bien n’est plus clairement secouru ni défendu, comment s’étonner que ceux qui le servent en viennent à douter ?

MeTooMuch ?

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Le Mur des cons

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La Déconstruction du gentleman

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Adieu gentlemen et l’Angleterre à la barre ! Dans son dernier essai, Richard de Seze déboulonne l’élite britannique à coups de portraits au vitriol. Mais à force de juger l’histoire comme au tribunal, son essai interroge : s’agit-il d’une enquête historique ou d’un réquisitoire contre l’Angleterre elle-même ?


Si vous faites partie de ceux dont le cœur bat plus fort en entendant le « God Save the King » ou le « Flower of Scotland » lors d’un match de rugby ; si vous admirez Shakespeare, Austen, Dickens, Stevenson et autres génies littéraire, si vous raffolez de cette élégance toute en retenue, de ce flegme légendaire qui infuse dans les veines de la société comme les effluves d’un thé Earl Grey de chez Fortnum & Mason ; si vous admirez ces Britanniques qui ont gardé leur couronne quand nous, peuple de régicides, nous avons tranché la nôtre, si, enfin, vous avez des yeux de Chimène pour l’agent le plus séduisant des services secrets, James Bond, ou pour le charme désarmant de Hugh Grant dans Quatre mariages et un enterrement, alors préparez-vous à déchanter en lisant l’essai de Richard de Seze : De Vrais Gentlemen. Car, selon lui, vous avez été dupes d’une illusion, d’une fake news !

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Sous une plume sarcastique, très certainement trempée dans le fiel d’un vieux ressentiment contre la perfide Albion, celle qui fit brûler Jeanne d’Arc et battre l’Empereur à Waterloo, Richard de Seze entreprend de déconstruire le gentleman anglais. À travers une trentaine de portraits brossés au scalpel, il s’emploie à démythifier cette figure sacralisée et brandie comme l’incarnation héréditaire de l’élégance britannique. Endossant la toge de Platon, l’auteur descend dans la caverne pour nous arracher aux ombres : 007 et Hugh Grant n’auraient été que des illusions, et le gentleman anglais serait tout… sauf un gentleman.

Ainsi, Winston Churchill, le héros du Blitz et le vainqueur d’Hitler disparaît sous la plume de l’auteur, qui ne retient de lui que son obsession eugéniste et ses projets de stérilisation des « faibles d’esprit ». Arthur Harris, artisan de la résistance britannique face au nazisme, n’est plus que l’homme qui incendie Dresde et bombarde les villes normandes. Quant à Lord Kitchener, figure centrale de l’Empire britannique, il n’est convoqué que comme le pionnier des camps de concentration boers. La galerie se poursuit avec des figures moins connues mais pour le moins dérangeantes, tel Peter Bossey, chirurgien de prison accusé en 1847 à la Chambre des Communes de disséquer les cadavres de détenus encore tièdes et de jeter leurs organes à la mer.

Et Richard de Seze ne s’arrête pas aux hommes : il conjugue le gentleman au féminin en s’attardant sur deux figures. Marie Stopes, pionnière du contrôle des naissances, n’est plus sous sa plume qu’une fanatique de la « pureté raciale » comme si son délire eugéniste résumait toute une époque. Lady Di n’est pas mieux traitée : l’auteur recycle les potins des tabloïds, s’attarde sur ses amants, ses frasques, ses confidences aux paparazzis et va jusqu’à traiter la « princesse des cœurs » de… « catin ». Peu importe que Charles, qui n’a jamais cessé d’aimer Camilla, lui fût lui-même infidèle : dans ce règlement de comptes, l’infidélité devient un crime… mais seulement lorsqu’elle est féminine.

Quant à Élisabeth II, à la reine Victoria, incarnations mêmes du devoir et du courage, pas une ligne ne leur est consacrée. Ce n’est pas ce qui intéresse Richard de Séze. « J’ai musé dans l’histoire anglaise, piochant là un traître, ici un fou, là un assassin, ici un pervers, en mélangeant crapules fameuses et discrètes canailles. La matière est riche, le filon est inépuisable », confesse-t-il, soulignant avec gourmandise que tous ces personnages ont été décorés par la Couronne britannique, comme si leurs turpitudes constituaient un titre de noblesse. Mais derrière cette pique, son aveu est clair : l’objectif n’est pas de comprendre, mais de condamner.

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En ne retenant que la légende noire de ces figures britanniques, Richard de Seze réduit l’histoire à un dossier d’accusation : ce qui devrait relever de la complexité devient un procès. Par ailleurs, en arrachant ces personnages à leur contexte politique et à leur époque, il glisse vers l’anachronisme et juge le passé selon les normes morales du présent, à la manière de ces Torquemada « woke » aux cheveux bleu fluo qui déboulonnent les statues de Grands hommes au nom de l’idéologie du jour.

Devant cette démonstration aussi subjective, on ne peut qu’être sceptique. Car enfin, l’histoire britannique ne se réduit pas à ses monstres certifiés OBE (« Officer of the Order of the British Empire »). Elle compte aussi, entre autres, de grandes figures de droiture et de courage : on peut citer par exemple Thomas More, qui préféra l’échafaud au reniement de sa conscience ; William Wilberforce, le parlementaire qui consacra sa vie à l’abolition de l’esclavage ; les jeunes soldats britanniques qui débarquèrent sur les plages normandes, pour libérer l’Europe du joug nazi. Autant de contre-exemples que Richard de Seze écarte soigneusement, parce qu’ils introduiraient de la nuance là où il veut dresser un réquisitoire.

À la fin, on se surprend parfois à se demander si la véritable cible de son livre est vraiment la « gentlemanliness »… ou tout simplement les Anglais eux-mêmes !

Richard de Seze, De vrais gentlemen : À propos de quelques Anglais, Editions Salvator, 2025. 122pp, 16,00€.

De vrais gentlemen : À propos de quelques Anglais

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La boîte du bouquiniste

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Ida Pfeiffer D.R.

« Paris est la seule ville du monde où coule un fleuve encadré par deux rangées de livres », dixit Blaise Cendrars. Causeur peut y dénicher quelques pépites…


Ida Pfeiffer est une femme du monde, une vraie : la première à avoir sillonné le vaste globe en solitaire. Cette brave bourgeoise autrichienne née à Vienne en 1797 a d’abord mené une vie rangée. Mais cette épouse aimante et mère attentive de deux enfants a fini par dire le mot de Cambronne à son mari et claquer la porte du domicile conjugal avec sa progéniture sous le bras. Elle a assumé seule l’éducation de ses fils et attendu patiemment qu’ils soient lancés dans la société pour abandonner son existence de ménagère. Puis avec ses maigres économies elle a entrepris d’assouvir un désir fantasmé depuis l’enfance, voyager.

Cette femme petite et robuste âgée de 45 ans se lance donc, en 1842, dans un périple en Terre sainte. Sans guide, elle traverse la Turquie, la Palestine et l’Égypte. « Et voyez, j’en suis revenue », écrit-elle dans Voyage d’une Viennoise dans la Terre sainte (1844). Ida Pfeiffer ne veut pas seulement voir le monde, elle veut témoigner de ce qu’elle a vu. À chaque voyage sa publication. Après les chaleurs du Proche-Orient elle prend la direction du nord : Suède, Norvège et Laponie la mènent jusqu’en Islande. Les salons viennois frissonnent à la lecture du Voyage au nord de la Scandinavie et en Islande dans le cours de l’année 1845. Elle qui refuse d’être appelée « touriste » (l’acception est alors noble et flatteuse) envisage avec une modestie déconcertante un tour du monde digne des plus grands explorateurs.

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Mme Pfeiffer quitte Vienne le 1er mai 1846. La suite donne le tournis. Embarquée sur un navire danois à Hambourg, elle accoste à Rio avant de franchir le cap Horn pour découvrir le Chili. De là, elle fait voile vers la Chine en prenant soin de s’arrêter à Tahiti. Canton n’est pour elle qu’une escale : l’Inde la démange. Mais le luxe et les mœurs britanniques de Ceylan, Madras et Calcutta la déçoivent. Qu’à cela ne tienne. D’un coup de bateau à vapeur elle remonte le Gange jusqu’aux beautés de Bénarès et de Delhi. Et c’est dans une charrette à bœufs qu’elle arrive à Bombay. Là, une simple mer la sépare du golfe Persique. Elle la franchit. Après Bagdad et Mossoul, Tauris, deuxième ville de Perse, la rapproche de la Russie. Une visite s’impose – et pourquoi pas un détour par la Sibérie. Elle rejoint ensuite Odessa pour gagner la Grèce. Retour à Vienne fin 1848. Voyage d’une femme autour du monde est publié (en allemand) en 1850.

La clarté de son récit et la profusion de détails qu’elle relève parmi mille anecdotes – mœurs, artisanats, paysages, climats, etc. – lui valent la reconnaissance des grands scientifiques de son temps, au premier rang desquels Alexandre de Humboldt, le doyen des savants européens. Le gouvernement autrichien la récompense par une bourse suffisamment importante pour financer un nouveau tour du monde en 1851. Elle retourne à Java en passant cette fois par l’Afrique du Sud. Après Bornéo, elle côtoie des cannibales à Sumatra, arrive en Californie et arpente le Pérou. Mon second tour du monde est publié en 1856, année où la Société de géographie française lui décerne une médaille d’honneur. Les compagnies maritimes la font désormais voyager gracieusement.

Malgré les mises en garde, l’insatiable Ida Pfeiffer embarque pour Madagascar. Épidémies et instabilité politique abrègent l’expédition et le retour de la dame en Europe est lui-même rocambolesque. Elle en tire tout de même un Voyage à Madagascar avant de mourir dans son lit, à Vienne, en octobre 1858.

Voyage d’une femme autour du monde, Ida Pfeiffer, Librairie Hachette et Cie, 1880.

Voyage d'une femme autour du monde

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Notre cause commune

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Mike Johnson à Jérusalem, le 3 août 2025. Western Wall Heritage Foundation

De Renan à Kirk en passant par Orwell, les penseurs qui se sont référés à des valeurs « judéo-chrétiennes » sont légion dans l’histoire occidentale et singulièrement anglo-saxonne. Contrairement à ce qu’affirme la doxa islamo-gauchiste, ce concept ancien n’a pas été forgé pour s’opposer aux musulmans.


Début août, Mike Johnson le président de la Chambre des représentants, de religion baptiste, fait une visite privée en Israël. Ignorant les églises chrétiennes à Jérusalem, il se rend dans les colonies de Cisjordanie où il déclare : « Les montagnes de Judée et de Samarie appartiennent de droit au peuple d’Israël. » Au-delà de la solidarité américaine avec les Israéliens, il montre ainsi sa fidélité à une lecture littérale de la Bible, livre qui résumerait toute sa vision du monde. Il lui arrive même de parler des États-Unis comme d’une « république biblique ». En mai, quand le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, scandalise la plupart des médias en organisant une séance de prière au Pentagone, Johnson le défend en affirmant sur X que leur pays « est fondé sur des principes et une éthique judéo-chrétiens ». Les mêmes références se retrouvaient chez l’influenceur Charlie Kirk, apparenté à la mouvance pentecôtiste. Kirk s’est souvent présenté comme un ami de l’État juif et a légué à la postérité un livre, à paraître en décembre, exhortant le monde à honorer le shabbat, ce qu’il a prétendu faire lui-même en fermant son smartphone du vendredi soir au samedi soir. Pour ces deux protestants, il ne s’agit plus de convertir les israélites, comme dans les siècles passés, mais de forger une alliance entre conservateurs chrétiens et juifs. Et leurs efforts sont récompensés. Après l’assassinat de Kirk, Benyamin Netanyahou a posté un éloge dithyrambique de ce dernier en tant que défenseur de la civilisation « judéo-chrétienne ».

Cette invocation d’une tradition bicéphale dépasse le contexte des relations Israël-États-Unis. Depuis dix ans, la nécessité de défendre les « valeurs judéo-chrétiennes » est régulièrement soulignée par des politiques de droite, de Nigel Farage à Bruno Retailleau, en passant par Christian Estrosi, Marion Maréchal, Ted Cruz, Donald Trump ou Éric Ciotti. Du côté juif, on trouve Sarah Knafo ou l’activiste américain Dennis Prager. L’orientation conservatrice de toutes ces figures a incité les commentateurs de gauche à proclamer que la tradition judéo-chrétienne était un mythe inventé récemment pour créer un front commun destiné à exclure les musulmans, un cri de ralliement islamophobe dans le choc des civilisations. Certes le terme ne désigne pas quelque rapprochement entre le christianisme et le judaïsme, mais il représente un phénomène réel, bien que nébuleux et protéiforme, composé de l’influence continue et multiple du judaïsme ancien sur le christianisme et des contributions des communautés juives à la vie politique et civique dans les sociétés occidentales. Plus culturel que théologique, il a reçu ses lettres de noblesse quand il a été mobilisé en France et surtout aux États-Unis pour combattre le fascisme et le communisme.

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L’échec de Marcion

Le premier usage connu du terme « judéo-chrétien » se trouve en 1821 sous la plume de l’Irlandais Alexander McCaul, missionnaire protestant et hébraïste. Huit ans plus tard, il revient sous celle du juif allemand converti au catholicisme, Joseph Wolff. Les deux hommes l’utilisent dans le contexte de leurs efforts pour convertir les juifs selon une logique « supercessioniste » qui veut que la révélation chrétienne ait remplacé celle du judaïsme. En 1831, le théologien protestant allemand Ferdinand Christian Baur adopte le terme « judéo-christianisme » pour désigner un christianisme primitif antérieur à la séparation avec le judaïsme. Dans tous ces cas, il s’agit de parler des origines juives de la religion chrétienne, et ces origines sont réelles. Car il est indéniable que Jésus lui-même était juif et que le christianisme primitifregroupait un certain nombre de sectes juives. La rupture avec le judaïsme, consolidé au ive siècle, est inévitable : pour les juifs, Jésus n’est pas le messie et pour les chrétiens, les juifs sont le peuple déicide. Pourtant le christianisme s’est montré incapable de couper les ponts, comme le révèle le rejet à Rome, au iie siècle, de l’hérésie de Marcion. Ce dernier prétend que le Dieu des juifs n’est pas le même que celui des Évangiles et que la Bible ne peut donc pas inclure les textes de l’Ancien Testament. Après l’échec du marcionisme, tout effort des chrétiens pour approfondir le sens et l’histoire de leur religion les obligera à scruter ses origines juives et les textes juifs. 

Une étape importante dans ce travail d’autocompréhension intervient à la Renaissance quand les humanistes européens découvrent la langue hébraïque qui leur permet de lire l’Ancien Testament dans le texte d’origine. Mais c’est le mouvement de la Réforme qui change tout. Car les protestants, voulant revenir aux origines du christianisme qu’ils considèrent comme obscurcies par des siècles de pratiques ecclésiastiques dévoyées, mettent l’accent sur la lecture des textes bibliques dont ils cherchent les versions les plus authentiques, afin de les traduire. C’est ainsi que cette sélection de textes juifs qu’on appelle l’Ancien Testament – les sélections protestante et catholique sont différentes – acquiert une importance inédite, d’autant que l’Ancien est plus volumineux que le Nouveau Testament. En 1607, l’université de Cambridge embauche son premier rabbin pour enseigner l’hébreu. Ses élèves vont participer à la traduction de la Bible du roi Jacques, parue en 1611, livre de référence dans le monde anglophone. De la Grande-Bretagne à l’Amérique, les pratiques religieuses, la théologie, la culture, les prénoms et jusqu’aux rituels de la Franc-maçonnerie écossaise et anglaise seront imprégnés par la partie la plus juive de la Bible. La politique aussi subit une influence vétérotestamentaire : aux xvie et xviie siècles, penseurs catholiques et protestants s’inspirent de l’Ancien Testament pour définir un État idéal conforme à la volonté divine sans avoir besoin du droit divin des monarques. La république anglaise du régicide puritain Oliver Cromwell en est une application concrète, tout comme la république des indépendantistes américains de 1776 – qui façonne encore la vision d’un Mike Johnson.

Juifs et chrétiens contre l’obscurantisme

Certes, la tradition qui se crée ainsi est à sens unique, puisque le judaïsme est exploité sans rien donner en retour et sans que cette exploitation affaiblisse les préjugés antijuifs. D’ailleurs, le regard chrétien reste focalisé sur la période la plus ancienne du judaïsme, sans s’intéresser à ses développements ultérieurs. Mais les chrétiens assument une forme de continuité qui, au fur et à mesure que l’acceptation des juifs progresse péniblement dans les sociétés occidentales, permet de parler d’une contribution juive à une éthique commune. Quand en 1883, l’apostat catholique Renan s’adresse à la Société des études juives, il loue le rôle essentiel joué dans le progrès moral de l’homme par le judaïsme, qualifié de « religion pure et […] définitive de l’humanité ». Et ce rôle n’est pas terminé, car cette religion continuera à servir « la vraie cause, la cause du libéralisme ». Le judaïsme est ainsi récupéré, avec le christianisme, comme un des fondements d’une éthique universelle d’ordre républicain. Cette idée d’un apport du judaïsme à la société démocratique moderne est renforcée par la participation des juifs à la vie de la nation. Au cours de la guerre de 14-18, leur patriotisme convainc même l’ancien antidreyfusard Barrès d’inclure le judaïsme parmi « les diverses familles spirituelles de la France ». Dans les années 1930 en France, le terme de « judéo-chrétien » est utilisé explicitement dans des appels à créer une alliance interreligieuse pour faire face à la menace montante du fascisme. En 1941, George Orwell écrit que l’objectif d’Hitler est de détruire « l’idée judéo-chrétienne de l’égalité ». Mais c’est outre-Atlantique, dans cette Amérique protestante qui devient le fer de lance du combat contre la barbarie, que la tradition judéo-chrétienne est mobilisée de manière soutenue. 

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Dans une émission radiophonique de 1936, le président Roosevelt appelle protestants, catholiques et juifs à « faire cause commune » contre l’irréligion, autrement dit le nazisme. Il promeut les activités de la National Conference of Jews and Christians, une association créée en 1927 pour lutter contre l’antisémitisme et l’anticatholicisme. Lorsque la guerre commence, les autorités prennent soin d’embaucher des aumôniers militaires en proportion du nombre des protestants, catholiques et juifs engagés dans les forces armées. Le symbole suprême de cette solidarité interreligieuse est la mort de quatre d’entre eux – deux protestants, un catholique et un rabbin – lors du torpillage du SS Dorchester par les Allemands en 1943. Ayant donné leur gilet de sauvetage à d’autres marins, ils ont coulé avec le navire, récitant leurs prières en anglais, latin et hébreu.

À partir de 1945, la même alliance est exploitée dans la lutte de la démocratie contre le communisme athée. En 1952, le président élu Eisenhower déclare qu’un système démocratique doit être fondé sur un article de foi comme, aux États-Unis, « le concept judéo-chrétien » qui affirme que tous les hommes sont égaux. Trois ans plus tard, Will Herberg, un ancien communiste devenu théologien juif et penseur conservateur, publie un livre remarqué sous le titre Protestant – Catholic – Jew. Il y soutient que les États-Unis sont devenus une nation à trois religions et que ce pluralisme religieux comble un vide creusé par le sécularisme moderne. Le résultat est « la plus haute expression de la coexistence et de la coopération religieuses dans le cadre de la compréhension américaine de la religion », cette compréhension impliquant à la fois la séparation de l’Église et de l’État, et une grande tolérance de la religion dans la vie publique. Selon Herberg, dans les sociétés marxistes, non seulement l’État est sans religion, mais il n’y pas de valeurs religieuses pour renforcer les virtus civiques. En Amérique, l’influence positive de la tradition judéo-chrétienne oblige les élus à expliquer publiquement comment leurs convictions religieuses guident leurs actions.

Exclure ou inclure ? 

Si la tradition judéo-chrétienne est devenue une référence forte aux États-Unis, elle devient de plus en plus l’apanage de la droite, plus favorable à la religion, de sorte que les autres camps y ont renoncé. Obama, qui n’a jamais caché sa foi chrétienne, a attiré l’ire des conservateurs en 2009 quand il a annoncé, en Turquie, que les Américains ne se considéraient pas comme une nation chrétienne, juive ou musulmane. En l’absence d’ennemi fasciste ou communiste, la droite mobilise surtout le judéo-christianisme – comme Johnson ou Kirk – pour combattre les prétendus excès de la libération des mœurs ainsi que l’ensemble d’idéologies qu’on appelle le wokisme. Après le 11-Septembre, la référence judéo-chrétienne a été évoquée par certains dans le contexte de la lutte contre l’islamisme, mais les Américains ont besoin de garder de bonnes relations avec les pays arabes. Aux États-Unis, elle ne sert pas vraiment à exclure les musulmans qui y sont très minoritaires. 87 % des membres du Congrès sont chrétiens. Il y a 32 juifs, mais seulement quatre musulmans et autant d’hindous. 

En Europe, les références à la tradition judéo-chrétienne ont été moins fréquentes. En 2003 et 2007, des tentatives pour faire inscrire les racines judéo-chrétiennes dans des traités de l’UE ont échoué. Margaret Thatcher a fait l’éloge du judéo-christianisme mais en 1998, après avoir quitté le pouvoir. Le chancelier Helmut Kohl en a parlé en 1990, avant la réunification allemande, et Angela Merkel en 2010. Autrefois, évoquer le judéo-christianisme était permis outre-Rhin pour expier la culpabilité de l’époque nazie, mais actuellement l’AfD s’est approprié la référence. 

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Aujourd’hui, le judéo-christianisme se réduit-il à un alibi pour des populistes antimusulmans ? Depuis un siècle, il est cité au nom de combats divers : contre les despotismes, contre les prétendus excès de l’irreligion, contre les folies wokistes. Si les politiques de droite l’invoquent de nouveau, ce n’est pas contre l’islam en tant que tel, mais ses formes les plus extrêmes, les moins compatibles avec une société démocratique et tolérante. Nos concitoyens musulmans peuvent toujours embrasser ces valeurs sous la houlette élargie d’une tradition abrahamique. 

La Suisse va-t-elle plafonner l’immigration?

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Affiche, Lausanne, Suisse, à la veille d'un vote pour limiter le nombre de citoyens de l'UE qui peuvent vivre et travailler en Suisse. 26/9/20 LAURENT GILLIERON/AP/SIPA

En Suisse, l’électorat va voter sur une initiative déposée par le principal parti de droite qui, si adoptée, fixerait une limite à la population de 10 millions d’habitants. Le chiffre actuel est de 9 millions. Un tel plafond obligerait les autorités à mettre en pause l’immigration, seule source de croissance démographique.


La Suisse va-t-elle plafonner la part de sa population étrangère ? En juin 2026, les Helvètes se prononceront par référendum sur cette initiative déposée par l’Union démocratique du centre (UDC). Ce parti de droite souhaite inscrire dans la Constitution le principe suivant : arrêter net les flux migratoires si le seuil de 10 millions d’habitants devait être franchi avant 2050. Dès que le chiffre de 9,5 millions sera atteint, le Parlement et le Conseil fédéral seront obligés d’intervenir. Pour le moment, le pays est passé entre 1992 et 2025 de 7 à 9 millions d’habitants. Un dynamisme seulement porté par l’immigration, tandis que la natalité s’effondre : en 2024, le nombre d’enfants par femme était de 1,29.

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La Suisse importe une main d’œuvre qualifiée pour alimenter ses géants économiques, tels Roche, UBS ou le centre d’ingénierie de Google à Zurich. Ainsi, 27 % des résidents suisses ne sont pas détenteurs d’un passeport suisse. Si les Allemands et les Italiens constituent les premiers contingents, le pays s’est aussi ouvert à une immigration venue des Balkans et comptait 177 000 Kosovars et 82 000 Turcs en 2024. Ce modèle, perçu comme le moteur de la croissance helvétique, produit des effets pervers. Le marché immobilier devient quasiment impraticable pour la classe moyenne locale, ce qui accélère son propre déclin démographique. Dans certaines classes, les élèves étrangers dépassent les 50 %. A Noël, un scandale a été provoqué par la décision de certaines crèches, au nom du « pluralisme », de ne pas afficher de symboles chrétiens. Quant à la criminalité, elle explose. En 2023, les délits ont bondi de 14 %, atteignant 1 431 infractions par jour. Selon l’UDC, 58% des délits sont commis par des étrangers. Bref, autant de signaux qui laissent à penser que la fameuse tranquillité suisse n’en a plus pour très longtemps.  

Et Brigitte Bardot créa une certaine femme…

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Brigitte Bardot a reçu BFMTV. Mai 2025. Capture d'écran BFM.

« De mortuis nihil nisi bonum » – des morts, il ne faut parler qu’en bien. De ce vieux principe il ne reste apparemment rien, à en juger par la manière dont certains politiques et journalistes de gauche se sont empressés de réduire Brigitte Bardot au statut de « raciste » et d’électrice du Front National. Le regard de Philippe Bilger.


Jordan Bardella a eu raison de dénoncer le « mépris » et la « haine » dont ont fait preuve certains, ainsi qu’une partie de l’audiovisuel public, à l’égard de Brigitte Bardot (BB) après sa mort.

Cela a commencé avec Clément Guillou qui, dans Le Monde, a consacré l’intégralité de son article aux liens de BB avec l’extrême droite. À rebours, mais selon une perversion symétrique, Aymeric Caron, que je n’ai pas l’habitude de défendre, se voit traité par la gauche radicale de suppôt de Marine Le Pen parce qu’il a salué le rôle décisif de Brigitte Bardot pour la cause animale !

On aurait pu espérer, a minima, une mise entre parenthèses de ces dénonciations, qu’il est difficile de faire passer pour de l’information, le jour même de la disparition d’une icône à 91 ans… Par simple décence, on aurait dû observer, durant un court laps de temps, un silence sur l’écume du siècle, pour ne songer qu’à l’hommage à rendre sans réserve à cette personnalité qui, sur bien des plans, a nourri les fantasmes et les songes. En ce sens également, mais sur un registre exceptionnel, la disparition de BB et les réactions qu’elle a suscitées montrent qu’il n’existe plus ni délicatesse ni réserve, y compris lorsque celles-ci devraient être le signe d’une civilisation encore digne de ce nom.

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Pourtant, à l’égard de BB, la diversité des sentiments, des idées, des émotions et des regards est non seulement possible, mais nécessaire. Parce qu’elle a été, dans son parcours d’actrice et de mythe, et plus tard dans ses engagements de citoyenne, successivement l’incarnation d’une modernité heureuse et réjouissante – malgré les dérives représentées dans son film préféré, Vie privée de Louis Malle – puis l’expression d’une indignation et d’une liberté la conduisant, sans fard, à fulminer contre son époque.

Parce qu’ayant tout gagné, elle n’avait plus rien à perdre, cette liberté a pris parfois la tonalité de propos réactionnaires qui, à mon sens, ont fait l’objet d’une judiciarisation excessive.

Elle était d’une beauté telle – à la fois harmonieuse et sensuelle – qu’on ose à peine, aujourd’hui, évoquer le miracle de cette esthétique parfaite, capable de susciter le désir des hommes en même temps que l’admiration désintéressée des femmes.

Qu’elle ait parfois mis cette beauté au service de films qu’elle-même ne surestimait guère, et qu’on ait pu discuter son talent ou sa voix dans la sphère artistique, importe finalement peu. Sa présence, le soufre qu’elle dégageait, l’irradiation de son image – non seulement magnifiée par une nudité ponctuelle, mais surtout par la grâce et l’allure avec lesquelles elle s’offrait aux multiples expressions de la sensibilité de son temps – résistaient aisément aux déceptions que pouvaient susciter certains de ses films. Elles dépassaient leur cadre étroit pour contraindre le spectateur à s’avouer : c’était bien, parce que c’était elle, et que plus rien ne comptait face à ces fulgurances d’un être fait pour la lumière et pour le cinéma.

J’ai toujours profondément admiré, lorsque la citoyenne Bardot a pris le relais de la star lassée, désormais sans illusion sur les sortilèges du septième art et sur ceux qu’elle-même avait pu engendrer, le courage et l’absolutisme avec lesquels à aucun moment elle ne s’est retournée en arrière, assumant pleinement tout ce que sa volonté, sa passion pour la cause animale et sa détestation du siècle lui inspiraient.

Pour les animaux, j’ai été comme certains Français qui ont pu juger excessives sa dilection, sa sollicitude envers les bêtes en souffrance. Mais j’ai changé d’avis lorsque j’ai constaté que les horreurs qu’elle dénonçait n’étaient que trop réelles, et surtout qu’elle ne se contentait ni de s’apitoyer ni de pleurer, mais qu’elle agissait sans relâche, avec une organisation et une efficacité indépassables.

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Quant à la BB fulminante, jouissant de cet immense privilège – à intervalles imprévisibles et lorsqu’elle l’avait décidé – de faire entendre ce que l’époque, la modernité dévoyée et le sentiment d’une France en péril mortel lui inspiraient, je l’ai appréciée au-delà de tout. Elle jetait ses pavés dans la mare, et plus encore dans celle qui, rétrospectivement, suscitait sans doute chez elle la plus vive hostilité : ce marais artistique, porté à gauche comme on arbore le dernier vêtement à la mode.

Il est scandaleux de voir l’infinité des progressistes jamais en retard d’une mansuétude choquante envers les délinquants et les criminels, se repaître des condamnations infligées à BB pour des infractions relevant de la liberté d’expression – condamnations que je n’aurais, pour ma part, pas forcément requises. Une telle posture est tout simplement déshonorante.

BB a incarné une certaine idée de la femme : une splendide plénitude, née de la rencontre entre une beauté unanimement reconnue et un engagement décisif en faveur d’un humanisme profondément attaché à un double objectif. D’une part, regretter le délitement civilisationnel et identitaire de la France qu’elle aimait plus que tout ; d’autre part, apaiser le plus possible les souffrances des bêtes, dont l’innocence lui paraissait plus incontestable que celle de bien des humains.

MeTooMuch ?

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Le Mur des cons

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En finir avec les fake news

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bardot saint tropez animaux
Brigitte Bardot, Gorizia (Italie), 2000. Auteurs : OLYMPIA/SIPA. Numéro de reportage : 00399960_000009

Brigitte Bardot a atteint l’immortalité. Il y a longtemps. Puisqu’elle est immortelle, elle n’a pas pu mourir. Sa mort ne serait qu’une autre de ces théories du complot qui circulent sur internet !


De mauvais plaisants associés à des crétins bas de plafond n’ont de cesse de chercher à nous faire prendre des vessies pour des lanternes, à nous faire avaler couleuvre sur couleuvre. En voilà assez, il faut en finir.

On s’était efforcé de nous persuader qu’un gars, homonyme d’un fameux trompettiste et d’un très finaud coureur cycliste, avait réussi, une belle nuit de juillet 1969, à se balader sur la lune, et cela  – tenez-vous bien – quasiment en tenue de scaphandrier ! Grotesque ! Je plains de tout mon cœur ceux qui ont apporté foi à cette baliverne. La lune, elle, n’a pas marché dans l’histoire un seul instant. La preuve, elle n’a en aucune façon modifié ses habitudes. Exacte au rendez-vous soir après soir. D’ailleurs, elle en avait vu d’autres car, quelques années plus tôt, elle avait eu l’insigne honneur de recevoir sur son sol aride, au milieu de ses cratères, l’astucieux reporter Tintin, sa mascotte Milou et leurs proches copains. Une vraie visite, celle-ci, attestée par les lectures de mon enfance. Donc, indiscutable.

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On avait essayé aussi de nous faire croire que Sa Majesté la reine d’Angleterre, Élisabeth II, de si glorieuse mémoire, faisait du patin à roulettes dans les corridors de Buckingham Palace et de Balmoral en été. Faux, archi-faux. Je m’insurge. Sa Majesté ne s’abaissait nullement à pratiquer le patin à roulettes, étant adepte et championne d’équitation sur poney du Connemara. C’est donc exclusivement juchée sur Prince Phiphi, de beaucoup son préféré, qu’elle parcourait ses palais.

Et voilà bien que, profitant de l’abrutissement des masses entre deux fêtes propices aux libations un tantinet excessives, de très mal embouchés tenteraient de nous faire croire que Brigitte Bardot serait morte ! Alors là, je crie sacrilège ! Cette fois, espèces de débiles profonds, vous poussez vraiment le macabre un peu trop loin ! 

Mais en l’occurrence, croyez-moi, vous en serez pour vos frais, vous paierez du ridicule le plus cinglant votre audace car personne, je dis bien personne, ne vous croira, ne serait-ce qu’une seconde ! BB morte ! Allons donc ! Comment serait-il possible que cette créature qui réunit en sa personne l’incarnation parfaite de l’ange et du démon ne soit pas immortelle ! Non BB n’est pas morte. J’en suis certain. La preuve en est que cette nuit, si, ce qu’à Dieu ne plaise, cet effroyable drame était survenu, les animaux de nos forêts, de nos écuries, chenils et salons auraient hurlé à la mort du premier au dernier rayon de lune ! Ce qui, à ma connaissance, ne s’est pas produit. Donc BB ne peut pas être morte. CQFD.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Bardot corps et âme

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La gauche n’a pas manqué de dénoncer Brigitte Bardot pour ses prises de position politiques. Il ne faut pas oublier que BB incarnait – et a porté à son acmé – un érotisme spécifiquement français.


« Avec Mémé, mourait une partie de moi-même. Encore maintenant, je refuse la mort, je suis bouleversée par cette chose inconnue, implacable. La mort, me paralyse, m’effraie à un point inimaginable. J’aime la vie de toutes mes forces, je ne comprends ni n’admets la mort […] ». Brigitte Bardot, Initiales B.B., mémoires (Grasset, 2020).

Bardot, Belmondo, Delon : la trinité d’un désir français

Ils ont incarné un moment éblouissant du désir qu’on éprouvait pour les Français : mêlé de gouaille pour Belmondo, de tourment pour Delon, d’insolence pour Bardot. Elle venait d’un milieu très éduqué, en possédait toute la solide extravagance, le pas assuré, la bouderie nonchalante. Delon avait fui un destin de garçon boucher, Belmondo était le fils d’un talentueux sculpteur.
En ce temps-là, le monde voulait du nouveau. La France lui a proposé ces trois figures, et il s’en est immédiatement épris. Il a aimé la mèche dans les yeux d’Alain le sombre, la sueur sur sa peau si lisse ; il fut séduit pas le charme cabossé de Jean-Paul, le boxeur bien élevé ; il s’affola devant la sensualité innocente et têtue de Brigitte Bardot.

Belmondo a tiré sa révérence en 2021, Alain Delon en 2024, avant-hier, Brigitte Bardot : la beauté française (son empire sur le monde, sa force colonisatrice) est décimée.

Bardot contre la révolte fonctionnarisée

Comptons sur France 2, France Inter, France Info et assimilés  pour mettre en valeur, dans les propos que les employés de ces entreprises d’encadrement idéologique de la société française tiendront sur Brigitte Bardot, les déboires judiciaires de la star de toutes les nations (avec Marylin Monroe, sortie cependant d’un tout autre moule). On les entend ricaner ou même jouir à cette seule perspective.[1]

Soyons assurés de leur zèle de moralisateurs fortifiés, car ils sont tous membres de la brigade de surveillance des propos hostiles au conformisme contemporain, ces aigres examinateurs, censeurs bilieux des pensées secrètes ou révélées de l’opposition politique non-conforme. Ils démontreront l’acrimonie de ton et l’arrogance des imprécateurs d’inutilité publique, des pions chargés de dénoncer la pensée indépendante. « Laquelle » d’entre eux osera, la première, glisser dans son commentaire : « N’exprimait-elle pas clairement sa nostalgie pétainiste en lançant la mode du tissu vichy ? ». Nous avons des noms sur le bout de la langue, mais nous ne sommes pas des cafteurs…

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Encore ceci signé B.B., bien propre à enflammer l’érythème de la jeune fille pudique dont souffre les salariés du micro totalitaire d’État dès qu’ils sont mis en présence d’une expression « de droite évidemment extrême » : « Il n’y a plus que des barbus et des actrices aux cheveux gras, qui se font violer dans les coins, et qui trouvent des excuses à leurs agresseurs. Il n’y a qu’à regarder la cérémonie des César, où de gentils zombies remercient papa-maman, leur concierge et leur chauffeur de taxi, tout en lançant l’incontournable appel à la fraternité humaine et à l’antiracisme ». (Entretien dans Valeurs actuelles, mars 2017).

Enfin, pour nous, B.B. est d’abord la plus puissante – et la seule véritablement pérenne – des persistances rétiniennes créée par l’écran français après la Seconde Guerre mondiale.

De la grâce dans un bas nylon

Tout fétichiste digne de ce beau nom, évoque, non sans émotion, une scène autrefois censurée du film de Claude Autant-Lara, En cas de malheur (1958). Devant Gabin, impavide, Bardot soulève sa jupe ; elle n’apparaît pas exactement nue, elle semble surgir d’une féérie du désir, les reins ceints d’un porte-jarretelles – indispensable pièce du trouble et du secret, mécanisme fluide, suspension dérobée au regard, révélée à l’amant seul, décorée de dentelle – et les jambes voilées de nylon. Et tout cet appareil de la tentation n’est mis en place que pour consacrer les deux globes de ses fesses, qui viennent tendrement s’écraser sur un bureau.[2]

Toute la nation française d’avant Sandrine Rousseau est contenue dans cette magnifique et fugace parade d’invention et d’insolence : sa civilisation de pur raffinement, sa théorie de l’évolution de la chair, son sens du péché et de l’absolution immédiate. Tout cela s’était réfugié dans la personne de Brigitte Bardot. Il avait fallu mille cinq cents ans pour produire ce miracle, cette absolue perfection, et quelques décennies d’organisation sensuelle par la haute bourgeoisie française. Car Bardot appartient à cette classe et à ce pays, elle en est le produit, le rejeton, l’incarnation sans défaut. Des voyous surarmés, des politiciens frustrés achèveront peut-être de détruire jusqu’au souvenir de cette créature.[3]

« Ce que je tenais entre mes mains était de la dynamite. C’était aussi pour moi l’occasion d’être, une fois dans ma vie, une actrice, une vraie, capable de jouer sur une gamme qui allait de la comédie légère à la tragédie profonde ». Brigitte Bardot, Initiales B.B., mémoires (op. cit.).

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Elle inventa sa place et son jeu dans la parade charmante que se donnent les êtres, dans la surprise du désir qu’ils éprouvent, ses métamorphoses et… sa vérité.

Pour preuve : elle n’a pas trente ans, elle vient de la tentation, elle y retourne, elle porte un short blanc qui paraît suscité par une large ceinture de cuir, et son buste républicain (elle sera Marianne en 1971, sculptée par Aslan) est plus que souligné par une manière de gilet en maille fine. On ne trouvera pas une once de vulgarité, rien qui contrarie le goût, l’élégance, ni l’allure. Elle a derrière elle dix ans de danse classique, une éducation française, c’est à dire libérale et de bon aloi. Elle arrive et elle fonde immédiatement quelque chose qui pourrait se résumer ainsi : le chic rénové.

La ronde du désir

L’amour en France ? Un moment d’abandon à notre magnifique fantaisie animale augmentée de notre imagination rationnelle. Car le plaisir ne s’obtient pas sans le piment de la raison. C’est que, dans ce pays, si nous aimons bien avec le corps, nous aimons mieux encore lorsqu’il s’accorde à l’esprit. Les Français s’envoient en l’air… pour prendre de la hauteur ! Aimons-nous comme des bêtes, mais ne nous montrons pas stupides au déduit ! La géométrie dans les spasmes admet du spirituel dans ses formules : « […] qu’est-ce que les caresses de deux amants, lorsqu’elles ne peuvent être l’expression du cas infini qu’ils font d’eux-mêmes ? Qu’il y a de petitesse et de misère dans les transports des amants ordinaires ! Qu’il y a de charmes, d’élévation et d’énergie dans nos embrassements » (Lettre de Diderot à Sophie Volland, 1er juin 1759).

À la fin, que reste-t-il des transports amoureux ? Une bousculade de souvenirs, des corps et des visages fondus dans la brume de la mémoire, et l’émouvante impression de s’être glissé dans la ronde éternelle de la séduction et du désir. 
Ces deux êtres que menacent le temps, ces deux-là l’un dans l’autre, avant d’être las l’un de l’autre, ne manquent pas d’audace : « Adieu, Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu’on te fera de ces récits hideux qui t’ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : « J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui » » (Alfred de Musset, On ne badine pas avec l’amour, Perdican à Camille, Acte II, scène 5)

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Voilà, c’est fini ! B.B. est partie, à pied derrière le traîneau du Père Noël, afin de ne pas augmenter de son faible poids la charge des rênes qui le tiraient, et après avoir interdit au vieillard à barbe blanche d’user de son fouet.


[1] Comme démonstration, cet extrait d’un article d’une certaine Anne Lamotte sur le site de France Info le 28 décembre à 11h06 : « Elle se fait aussi remarquer à de nombreuses reprises pour ses déclarations anti-immigration. Celle qui voyait en Marine Le Pen « la Jeanne d’Arc du XXIe siècle » et qui soutiendra publiquement à la fin des années 90 les premiers maires FN de grandes villes, Toulon et Vitrolles, avait été condamnée à 5 reprises pour incitation à la haine raciale »Le Monde rappelle sa lettre publiée par le magazine d’extrême-droite Présent dans laquelle elle alerte contre l’Aïd-el-Kébir, un thème récurrent : « On égorge femmes et enfants, nos moines, nos fonctionnaires, nos touristes et nos moutons, on nous égorgera un jour, et nous l’aurons bien mérité. La France musulmane, une Marianne maghrébine ? Pourquoi pas, au point où on en est ? » Elle se défendra alors à la barre en affirmant : « Je ne suis pas raciste dans l’âme ».

[2] Néanmoins, Bardot incarnera une sensualité animale débarrassée de la bimbeloterie érotique des années cinquante.

[3] Arletty avait ouvert la brèche, avec, dans la voix, l’ironie et la gouaille d’une aristo de Courbevoie.


Initiales B.B NED

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David, artiste engagé

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Portrait de Napoléon par Jacques-Louis David, détail. 14/2/24 imageBROKER.com/SIPA

L’arrivée simultanée d’une exposition majeure consacrée au peintre de la Révolution et de la gloire napoléonienne et de la publication d’une biographie remarquable permet de prendre toute la mesure de l’oeuvre d’un génie qui a marqué non seulement l’histoire de l’art en France, mais aussi l’Histoire tout court.


En parallèle à l’incontournable exposition du Louvre qui s’achève fin janvier, on ne saura trop vous recommander la fête d’une lecture qui s’impose d’elle-même :  sous la plume alerte et concise de David Chanteranne, historien surtout connu comme spécialiste du Premier empire, cette remarquable biographie du peintre sans le génie duquel jamais l’aventure napoléonienne n’aurait été immortalisée de façon aussi… impériale. Sous-titré à bon escient « l’empereur des peintres », son Jacques-Louis David se déguste d’un trait.

Issu de la petite bourgeoisie parisienne, Jacques-Louis, fils unique né en 1748, est d’abord une bête à concours. Après quelques échecs, « le 2 octobre 1773, il reçoit le premier prix. La chance a tourné. Elle ne le quittera plus ». Dès 1782, Louis obtient un logement au Louvre, se marie avec une jouvencelle née Pécoul – elle a 16 ans. Un an plus tard, le voilà académicien. En 1784, la campagne d’Italie ouvre à Bonaparte le chemin de la gloire, tandis que triomphe Le Serment des Horaces. La toile révèle son génie : « quelque soixante mille personnes se pressent pour admirer son véritable manifeste » ; David est bien le « chef de file des néo-classiques ».

Le peintre voyage de Rome à Paris, mais la prise de la Bastille précipite les choses ; son art se radicalise. Au point de confier à un ami, à propos de Marie-Antoinette : « c’est un grand malheur que cette charogne n’ait pas été étranglée ou taillée en morceaux par les émeutières, car tant qu’elle sera vivante, il n’y aura pas de paix dans ce royaume » (sic). Comme quoi tout grand homme a ses bassesses. Séparé de sa femme en 1790, David compte aussi parmi les signataires « de la demande de destruction du monument élevé à Louis XIV place des Victoires ». La Constituante lui commande une toile colossale commémorant le Serment du Jeu de Paume ; il n’en fera qu’une esquisse (dont la présente exposition permet d’admirer le projet dans son immense format, où seuls ont été peints les visages de Barnave, Gérard, Mirabeau et Dubois-Crancé). Acquis aux Jacobins, David signe la pétition des Cordeliers pour la déchéance du roi, fait son entrée en politique, vote la mort de Louis XVI : « la France vient de basculer. Et avec elle, le destin du peintre », commente Chanteranne. Dans ce climat de Terreur révolutionnaire (il s’est joint en personne au procès de Marie-Antoinette !), élu en janvier 1794 président de la Convention nationale, David « continue de signer les envois à l’échafaud », s’associe au « délirant programme de la fête de l’Être suprême », mais lorsque tombe la tête de Robespierre, le voilà inquiété à son tour. En nage, pris de bégaiement, envahi par la peur, « Grosse-Joue », comme le moquent ses ennemis, fait face. Incarcéré plus de quatre mois, il finit par être libéré, officiellement pour raison de santé. 

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Le carnage de Thermidor passé, « les manières redeviennent celles de l’Ancien Régime, et […] l’on recommence à se vouvoyer », note le biographe du franc-maçon affiché qu’est David. Enfin « lavé de tout soupçon par le nouveau régime du Directoire » et amnistié, le peintre des martyrs de la Révolution (Marat assassinéLe Jeune BaraLe Peletier de Saint-Fargeau – tableau perdu) renoue avec l’inspiration antique : à bonne distance des polémiques, c’est L’Enlèvement des sabines.  Le nu (masculin) impose ses juvéniles académies à la pudeur des dames. David, en Bonaparte, a trouvé son héraut. L’installation du Premier consul à la tête du pays vient « à point nommé pour affermir la puissance d’influence de David. Les deux hommes se sont bien trouvés. Ils ne se quitteront plus », conclut Chanteranne. De fait, David (qui dessine même le costume consulaire) « a toujours l’oreille de Bonaparte ».

La proclamation de l’Empire en 1804 marque une nouvelle étape. Arborant fièrement sa Légion d’honneur, David (dont Eugène, son fils, sera blessé à Austerlitz), et qui approche la soixantaine, consolide l’édifice du régime avec le fameux tableau du Sacre (toile millésimée 1808) dans les « décors parsemés d’abeilles d’or signés Percier et Fontaine ». Les grands formats du peintre se succèdent. Si Dominique Vivant Denon (1747-1825, premier patron du musée du Louvre) a la mainmise sur les arts, le prestige de David s’accroît. Installé rue d’Enfer, face au Luxembourg (car Napoléon a pris ses quartiers au Louvre), il impose ses « disciples » autour de lui – de Gros à Granet, jusqu’à Ingres, le plus doué. Mais « il a lié son sort à celui de Napoléon ». Jusqu’à participer à la réalisation des étendards, ou à dessiner le fauteuil de l’empereur ! « Sans le savoir, le peintre invente une véritable « allégorie du Législateur » » dans cette fameuse effigie de 1811. Et le biographe d’observer : « la renommée de la toile sera telle qu’elle servira, bien après, d’étalon et presque de canevas pour tous les portraits, non seulement peints mais plus tard photographiques, de la quasi-totalité des chefs d’État français jusqu’à Georges Pompidou »

En 1814, l’inquiétude le gagne à nouveau. Paris est occupé par les coalisés. Puis le gouvernement de Louis XVIII le tient à l’écart, « ses faits et gestes sont épiés ». Survient le « vol de l’Aigle » ; les Cent Jours signent les retrouvailles du peintre avec son grand homme, – court répit : la veille même du retour du roi podagre, David est déjà parti pour l’exil. Il trouve son point de chute à Bruxelles, d’où il ne reviendra plus, y assumant au reste une production prolifique.

« A sa façon, David est un historien », émet Chanteranne. Réclamé par des commanditaires passionnés, l’artiste doit renoncer à plusieurs reprises à l’idée de rentrer en France. La mort de Napoléon à Sainte-Hélène le consterne ; sa propre vie touche à sa fin. Conscient de ce qu’il incarne, « au duc de Wellington qui lui rend visite et lui demande son portrait, [David] aurait rétorqué : « je vous l’ai déjà dit, Mylord, je ne peins que l’histoire » ». La réplique est cruelle. Féru d’opéra italien, le vieux maître a sa place réservée au parterre de la Monnaie, où il sort quasiment chaque soir. Mars désarmé par Vénus et les grâces sera son ultime chef d’œuvre – David a 76 ans ! Mais l’époque a changé. Adolphe Thiers lui reproche « un fatigant cliquetis de tons » ; même Stendhal assène que « l’école de David ne peut peindre que les corps ; elle est décidément inhabile à peindre les âmes »

L’avènement de Charles X réduit à néant pour David toute velléité de retour à Paris. Tandis que Girodet, à peine âgé de 59 ans, vient de mourir, David voit sa santé se dégrader. Le 29 décembre 1825, il rend son dernier soupir. « Hasard du calendrier : sa mort coïncide avec le jour de la Saint-David », note Chanteranne – David de son prénom… Le biographe ne manque pas de relater les mesquineries du ci-devant comte d’Artois : « Charles X s’oppose toujours au retour du cercueil en France », devançant un nouveau refus pour l’accueil de sa dépouille au Panthéon, en 1827. La monarchie de Juillet calme le jeu, avant que le Second Empire ne réhabilite tout à fait, et l’artiste, et la personnalité. Cité par David Chanteranne, Delacroix reconnaît dans son Journal qu’« il est manifeste que tout dérive encore de [David] et de ses principes ». Ce temps est bien fini.

Du travail de l’historien à l’approfondissement porté par l’historien de l’art : ainsi pourrait-on qualifier la pente exigeante qui, du bel exercice de synthèse effectué comme on vient de le voir par David Chanteranne, remonte également, étape par étape, vers l’œuvre entier de l’artiste génial : écrit à quatre mains par leurs commissaires  Sébastien Allard et Côme Fabre, auxquels se sont adjointes Aude Godet et Morgane Weinling, le passionnant  catalogue de l’exposition David(laquelle, rappelons-le, se clôture le 26 janvier prochain) s’offre pour un outil de haute précision à qui prétend comprendre la peinture de David au-delà de la simple délectation du regard.  

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De conserve avec le cheminement de la manifestation, obéissant à la même chronologie adhérant à la biographie de l’artiste, l’ouvrage en suit l’itinéraire esthétique, stationnant d’œuvre en œuvre, reproduites au sein du volume, dans une très haute qualité photographique, bien souvent en pleine page mais en faisant choix, prioritairement, de révéler tel ou tel détail significatif – Roland Barthes appelait cela le « punctum » : ce qui, dans un tableau, vous « point ». De sorte que le beau livre (format 28 X 24 cm), loin de se contenter d’être un ornement de l’exposition en forme d’album illustré, projette sur celle-ci, tout du long, la loupe grossissante, intrigante, révélatrice, du gros plan – comme le cinéma sait en user si bien. Associée à un commentaire où l’élégance du style se conjugue à la haute érudition, la matière même de la peinture, indécelable à l’œil nu, nourrit ainsi l’investigation.

Sciemment plus resserrée, en termes de corpus, que l’énorme rétrospective qui lui avait été consacrée en 1989 dans le cadre des commémorations du bicentenaire de la Révolution, gouvernée cette fois par une lecture critique essentiellement attentive à fixer les méandres de l’engagement politique du peintre au fil de sa très longue carrière, l’actuelle exposition Jacques-Louis David, ce remarquable catalogue en témoigne, assigne à l’imperium idéologique un artiste qui ne saurait être réduit à incarner « la-figure-de-proue-du-néoclassicisme ». Sébastien Allard le souligne : « l’essence de son art, depuis les années 1780, est politique, tout comme le sera en 1800 le tableau des Sabines. […]C’est là un point capital. Même si, s’étant brûlé les ailes pendant la Terreur et ayant échappé de peu au sort de Robespierre, il ne jouera plus de rôle politique de premier plan, jamais il n’acceptera l’idée d’un art déconnecté des questions de son temps, ce qu’on appellera bien plus tard « l’art pour l’art » ». Ainsi par exemple, poursuit l’auteur, « les œuvres qu’il réalise en partie en captivité dans cette période cruciale de 1794-1795 demandent-elles à être analysées non comme l’expression d’un mouvement de repli mais, au contraire, comme une interrogation sur la façon dont il peut continuer son action en tant que peintre citoyen après la chute de Robespierre […] dans une dynamique où l’action […] permet, une fois encore, de surmonter l’épisode mélancolique lié au traumatisme de Thermidor ».  Et plus loin, d’analyser : « David est un homme qui ne lâche rien : son œuvre se déploie sur un principe de morphogenèse, les formes, les thématiques ne cessent de se transformer sans se dévitaliser, contrairement à une certaine vision qui s’est appliquée à isoler les différents moments de sa carrière. Cette remarquable se nourrit de sa conviction intacte que, par son art, il peut changer le monde. […] La distance qu’il prend avec l’activisme politique ne signifie ni un affaiblissement de son engagement, ni un repli mélancolique sur son art ». Dès lors sa fascination précoce pour l’ « homme à cheval » (cf. la toile fabuleuse intitulée Bonaparte franchissant les Alpes au Grand Saint-Bernard, un des clous de l’exposition) puis son allégeance à l’Empereur (qui lui vaudra, comme on l’a vu plus haut, tant d’avanies au retour des Bourbons sur le trône) doit s’envisager comme une variation d’un Protée à l’inspiration toujours entée sur le réel : « cette fois-ci, il ne s’agit plus d’éveiller la conscience politique du visiteur mais de lui faire revivre cet événement, à la manière d’un panorama », commente l’historien de l’art à propos du fameux tableau du Sacre. De même David reprend-il en 1813 son Lénonidas aux Thermopyles « alors que la Grande Armée s’enlise dans les défaites », […] d’une actualité brûlante »« tableau entre deux mondes », qui « ne sait plus s’il doit célébrer des lendemains qui chanteront après les désastres de la guerre ou commémorer ceux qui ont disparu dans la catastrophe ». David, notre contemporain ? 

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En forme de coda à cette partition critique admirablement orchestrée, Côme Fabre livre, sous le titre « David en son palais : une vie au Louvre », un texte formidable qui s’emploie à suivre la trace de l’artiste dans cette enceinte en mutation, tandis que dans deux ultimes chapitres, Aude Godet d’abord restitue, année par année, le « Récit biographique (1748-1825) » de notre gloire nationale ; avant que Morgane Weinling, dans « David après David (1825-2025) », n’interroge la postérité de cet immense artiste, à l’heure où le bicentenaire de sa mort soulève l’occasion d’invoquer ses mânes.    

A lire : 

Jacques-Louis David, l’empereur des peintres, par David Chanteranne. Passés/Composés, 2025, 331pp., 24,00€.

Jacques-Louis David, sous la direction de Sébastien Allard : catalogue de l’exposition David, actuellement présentée au Louvre. Musée du Louvre / Hazan, 2025, 370pp., 49,00€.

Jacques-Louis David: L'empereur des peintres

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Le pari économique de Donald Trump

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Tradeurs à la bourse de New York, Wall Street, le 22 décembre 2025. UPI/Newscom/SIPA

Le président des Etats-Unis fait face à un défi. Pour remporter les élections intermédiaires en novembre 2026, il devra montrer que, sous sa gestion, la situation économique de ses concitoyens se sera améliorée de manière sensible. Les nombreuses réformes qu’il a introduites jusqu’ici sont calculées pour atteindre cet objectif, mais leurs effets ne se sont pas encore fait sentir. L’analyse de Gerald Olivier.


« J’ai hérité d’un bazar et j’essaye d’y mettre de l’ordre ». Le président Donald Trump s’est adressé aux Américains depuis la Maison Blanche, à l’occasion d’une intervention télévisée, le 17 décembre. Sa troisième depuis son retour à la Maison Blanche le 20 janvier 2025. Le prétexte était de leur souhaiter un « Joyeux Noël ». Mais la raison véritable était de vanter ses réussites économiques. Et si Trump a ressenti le besoin de s’adresser directement à ses concitoyens, c’est que, d’une part, une élection majeure se tiendra en 2026 et que, d’autre part, les médias dominants ne cessent de mettre en doute ses accomplissements… voire de les railler.

Les 3 novembre 2026 se tiendront les élections de mi-mandat. Les Américains seront appelés à renouveler tous les élus de la Chambre des Représentants (435) et un tiers de leurs sénateurs (33), ainsi que myriades d’élus locaux. Ces élections sont capitales car si les Républicains perdent la très étroite majorité dont ils disposent actuellement au Congrès, le président verra son agenda bloqué et sa légitimité même remise en cause via de nouvelles tentatives de destitution (impeachment), certes vouées à l’échec, comme les précédentes, mais qui perturberont la fin de son mandat.

Il est donc crucial pour Donald Trump et les Républicains de conserver leur majorité. Pour cela,  ils comptent sur deux arguments, (1) la sécurité, (2) l’économie. 

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Par sécurité, ils entendent la sécurité des frontières, la sécurité intérieure et la sécurité internationale. Sur ces points leurs succès sont incontestables. La frontière des Etats-Unis est sous contrôle. Véritablement. L’immigration clandestine a été réduite à néant. La criminalité recule partout aux Etats-Unis, surtout là où ICE (Immigration & Customs Enforcement, la police des frontières) agit et là où la Garde Nationale est déployée. Trump a mis fin à huit conflits à travers le monde, même si les paix obtenues semblent souvent fragiles. 

Sur l’économie, les choses sont moins claires et les résultats moins probants. Le président Trump s’est donc senti obligé de faire une mise au point. D’autant que les Américains semblent sensibles à d’autres sirènes que celles de son administration. L’élection du socialiste Zohran Mandani à la mairie de New York le 4 novembre, ainsi que celles de quelques autres candidats très à gauche, ont révélé l’existence d’un important réservoir d’insatisfaction dans l’électorat. 

Son intervention du 17 décembre fait d’ailleurs suite à une visite en Pennsylvanie , un « état clé, (« swing state » ) le 9 décembre, pour y présenter le même message. A savoir, l’économie va bien et ira encore mieux demain. L’inflation est sous contrôle et continue de reculer. Le marché du travail est sain, et le nombre d’Américains ayant un emploi augmente. Les salaires sont en hausse et les impôts en baisse, donc le revenu réel progresse…

Le problème est que les Américains ne ressentent pas forcément cela et ne partagent pas toujours ce sentiment. Pour eux le coût de la vie reste trop élevé pour leur revenu. Leur pouvoir d’achat semble baisser. Le mot « affordability », qui peut se traduire par « pouvoir d’achat », est le mot politique clé de l’automne. 

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Or rien n’est pire en politique que de vouloir convaincre un électorat que leur ressenti est faux et que la réalité n’est pas ce qu’ils vivent tous les jours. Biden s’y est cassé les dents. Et d’autres aussi ailleurs… (notamment le président Macron en France).

Trump et les Républicains sont donc engagés dans une course contre la montre. Ils ont obligation de délivrer des bénéfices économiques tangibles aux Américains d’ici dix mois, ou bien ils seront châtiés dans les urnes et verront leurs ambitions d’une transformation radicale et durable de l’économie et de la société américaine tuées avant d’avoir pu porter leurs fruits.  

Ils ont de bonnes chances d’y parvenir mais rien n’est sûr. Voici pourquoi. 

Première raison : l’inflation semble maîtrisée, mais doit encore tomber plus bas. Quelques heures après le discours de Trump, le « CPI » (« Consumer Price Index », l’indice des prix à la consommation) pour le mois de novembre a été publié. Il était de 2,7% sur un an. Tous les spécialistes l’avaient annoncé plus haut, à 3,1%. Preuve s’il en fallait que ces « spécialistes » voient la réalité plus sombre qu’elle n’est ! Et que leur détestation de Trump y est peut-être pour quelque chose… 

Ce chiffre était très encourageant pour l’économie américaine et pour Donald Trump mais toujours supérieur à l’objectif affiché qui est de 2%, niveau à partir duquel le revenu réel peut augmenter de façon perceptible. On est loin des 9% d’inflation enregistrés en juin 2022, au plus fort de « l’inflation Biden » mais pas encore au 1,2% enregistré en 2020 dernière année du premier mandat de Trump. 

Autre statistique encourageante majeure pour les Américains, le prix de l’énergie qui est en net repli. L’essence à la pompe est à 2,9$ en moyenne le gallon (4 litres), et parfois à 1,7$, comme dans certaines stations-services de l’Oklahoma. En juillet 2022 la moyenne nationale dépassait les 5 dollars, un niveau jamais atteint jusqu’alors. 

Le prix de l’électricité qui n’avait cessé d’augmenter depuis 2021, passant de 11 centimes du kwh à 17,5 centimes, s’est stabilisé depuis le mois d’avril à 17,4 cts/kwh. Toutefois il ne baisse pas encore. Idem pour les prix du charbon et du gaz naturel. Ils sont désormais stables et entre deux et trois fois moins chers qu’à leur pic de l’été 2022. 

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Ces évolutions sont très positives pour les Américains, mais aussi très inquiétantes pour les Démocrates, et les écologistes qui voient leur « Green new deal » battu en brèche. Une essence moins chère et une électricité qui ne baisse pas, c’est moins de pression pour l’achat de véhicules électriques. Tout le monde y est sensible. Le constructeur Ford vient d’abandonner son programme de « pick-up trucks » (utilitaires légers) électriques – un programme qui lui a couté vingt milliards de dollars. 

Deux, le marché de l’emploi est en pleine mutation, au bénéfice des travailleurs du secteur privé et en particulier des emplois les moins rémunérés. Sur l’ensemble des Etats-Unis, le chômage est à 4,6%. De quoi rendre certains jaloux, mais pas de quoi satisfaire un Américain. Il est de 5,6% en Californie, son plus haut niveau national, et de 1,8% dans le Dakota du Sud, son niveau le plus bas. 

Par contre ce chiffre est en hausse de 0,5% sur un an. Soit environ 850 000 chômeurs de plus. Une partie de cette hausse s’explique par les trois cent mille emplois de fonctionnaires supprimés par DOGE, au printemps, mais une partie seulement. Reste un demi-million de chômeurs supplémentaires sur un an. Preuve que l’économie américaine ne tourne pas à plein régime, que les entreprises hésitent pour l’instant à embaucher et que la croissance actuelle peine à créer des emplois. Ainsi en novembre 2025 l’économie américaine a généré 64 000 nouveaux emplois seulement, contre 150 à 200 000 habituellement.

Le « shutdown » du gouvernement est passé par là. Pendant 46 jours, du 1er octobre au 15 novembre, le gouvernement américain a suspendu ses activités, faute d’un accord sur le budget. Les Démocrates refusaient tout simplement de voter le budget de l’administration, bloquant toute activité. Des milliers de personnes et d’entreprises ont été affectées.  

Mais il y a plus. 

La question des tarifs douaniers reste un frein majeur à l’embauche pour les entreprises. Non pas pour les tarifs eux-mêmes, car leur hausse tient surtout de l’effet d’annonce et ils sont souvent plus bas qu’au départ une fois les négociations terminées, mais à cause de l’incertitude suscitée par ces négociations publiques prolongées. Plus tôt les multiples négociations commerciales engagées par l’administration Trump seront terminées, mieux ce sera. 

L’autre question est celle de l’arrivée de l’intelligence artificielle. L’IA est présente dans tous les secteurs économiques aux Etats-Unis, pas seulement dans les hautes technologies : du « back office » aux transports, de la médecine aux chaines d’assemblages, des assurances aux cabinets d’avocats, des relations clients à la comptabilité. Elle permet des gains de productivité importants mais détruit, pour l’instant, plus d’emplois qu’elle n’en génère. Une estimation récente indique que depuis 2020 plus de trois millions d’emplois ont été « affectés » par l’intelligence artificielle (« affectés » ne veut pas dire « supprimés ») sans que l’on sache combien d’emplois « nouveaux » ont été crées par l’AI.

Par contre, en dépit de ce marché de l’emploi hésitant, le revenu réel augmente aux Etats-Unis. Avant et surtout après impôts. Le travailleur américain moyen du secteur privé a vu son revenu réel augmenter de mille dollars en 2025, et même de deux mille dollars pour les travailleurs en usine et trois mille dollars pour les mineurs. Sachant que ce même revenu avait reculé de trois mille dollars durant la présidence de Joe Biden. Le retard accumulé n’est donc pas encore rattrapé, d’où la difficile réalité vécue par beaucoup de ménages américains. 

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L’une des causes de cette hausse des revenus est la fin des pressions à la baisse apportées par l’immigration sauvage des années 2020 à 2024. L’immigration clandestine est à son niveau le plus bas depuis plus de soixante ans. La frontière sud du pays est devenue infranchissable et personne, ou presque, ne s’y aventure.

2,5 millions d’immigrants clandestins ont même quitté les Etats-Unis au cours de l’année écoulée. Parmi eux, 600 000 étaient des criminels expulsés par Krsitie Noem et Tom Homan en charge du DHS et de ICE, tandis que 1,8 million sont partis volontairement. Des milliers d’emplois non qualifiés ont été libérés, ouvrant la place à des travailleurs américains et à des salaires plus élevés. 

En fin de compte, l’ambition de Donald Trump de relancer les emplois industriels correctement rémunérés qui ont fait la richesse et la stabilité des Etats-Unis de 1940 à l’an 2000, n’est pas encore devenue réalité. Mais elle prend forme.

Les « trillions » (milliers de milliards) de dollars d’investissements étrangers annoncés tout au long de l’année 2025 y contribueront inévitablement. Donald Trump, toujours enclin à « gonfler » les chiffres, parle de vingt mille milliards promis par des entreprises et des gouvernements étrangers sous forme d’usines construites aux Etats-Unis. Le site de la Maison Blanche présente un plus sobre total de 9,6 milliers de milliards, ce qui est déjà monumental. Cela représente des centaines de milliers d’emplois directs et des millions d’emplois indirects sur les années à venir, ainsi qu’une croissance économique solide. Ce qui fait dire à Trump que l’économie des Etats-Unis est la plus « chaude » du monde. Par son dynamisme et par son attractivité. 

Les marchés boursiers, qui sont au plus haut et qui n’ont cessé de battre des records en 2025, illustrent la confiance des investisseurs dans l’économie U.S. Le Dow Jones Industrial Average, l’indice phare de Wall Street, a gagné 16% depuis la victoire de Donald Trump le 5 novembre 2024, et battu cinquante-deux fois son record en 2025. Idem pour le « S&P 500 », l’indice des 500 plus grandes sociétés par capitalisation. Quant au Nasdaq, l’indice des valeurs technologiques, il a bondi de 29%.

Et pour l’heure les effets de la « One Big Beautiful Bill » votée en juillet ne se sont pas encore fait sentir car elle n’entrera en vigueur qu’à partir du 1er janvier 2026. Sa première conséquence sera un remboursement d’impôt de plusieurs milliers de dollars pour la plupart des ménages américains. Les impôts aux Etats-Unis sont calculés et payés à la source, comme en France, donnant lieu à un ajustement à chaque nouvelle déclaration. En 2025 leur calcul s’est fait au printemps, avant que la loi ne soit votée. Or celle-ci comporte d’importantes coupes d’impôts. 

Les tarifs douaniers ont par ailleurs généré plus de deux cents milliards de dollars de revenus pour le trésor américain que le président a décidé de redistribuer aux membres des forces armées. 1,3 millions de G.I.s vont donc recevoir une prime de 1776 dollars, un montant inspiré par l’année de naissance des Etats-Unis, 1776, alors que le pays s’apprête à célébrer son 250e anniversaire en 2026 !

En janvier enfin, Donald Trump nommera le futur président de la Réserve Fédérale. C’est-à-dire le premier banquier des Etats-Unis dont le job est, entre autres, de décider avec les douze gouverneurs que compte cette institution des taux d’intérêt directeurs. Le favori pour le poste est Steven Hasset, actuel président du Conseil Economique à la Maison Blanche, un proche de Trump partisan d’une politique de taux bas. Le taux d’intérêt de base aux Etats-Unis est actuellement de 3,5%. Il a connu trois baisses consécutives de 0,25%, tous les mois depuis septembre. Mais Trump le considère toujours trop élevé. Il souhaite une baisse de 0,50 points, voir même d’un point entier au printemps. Si une telle baisse intervient, elle donnera un coup de fouet à l’économie américaine à quelques mois des élections, et elle permettra d’alléger instantanément les traites immobilières de millions d’américains, ainsi mêmes que les remboursements de l’Etat sur la dette publiques américaine…

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« Nous sommes à la veille d’un boom économique comme il n’y a rarement eu » a dit Trump en conclusion de son discours du 17 décembre. Si ce boom se matérialise, les Républicains pourraient créer une énorme surprise et remporter les élections du 3 novembre. S’il ne se matérialise pas, ils perdront vraisemblablement ce scrutin. 

C’est ce que tous les médias bienpensants anticipent et annoncent, avec délectation. Ils soulignent que la côte de popularité de Trump est au plus bas, 43% d’opinions favorables seulement, contre 52% à son entrée en fonction. Ils ajoutent que 60% des Américains désapprouvent sa conduite de l’économie. Et ils trouvent réconfort dans la tradition politique américaine qui veut que le parti qui occupe la Maison Blanche perde toujours les élections intermédiaires, comme cela a été le cas pour 47 des 50 derniers scrutins intermédiaires !

Mais le 3 novembre est encore loin. Trump mise sur l’économie pour obtenir des électeurs la possibilité de poursuivre la plus formidable révolution économique entreprise aux Etats-Unis depuis Franklin Roosevelt. Ses adversaires et détracteurs ne sont pas à l’abri d’une nouvelle désillusion.

Magistrats, policiers et gendarmes sont du bon côté…

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Paris, 23 septembre 2023 © Fiora GARENZI/SIPA

Dans une démocratie comme la France, on a toujours le droit de critiquer ceux qui, tels les magistrats et les forces de l’ordre, sont au service de l’Etat régalien et luttent contre l’insécurité, la délinquance et l’immigration illégale. Mais il ne faudrait pas que ces serviteurs de l’Etat se laissent convaincre par un certain discours de gauche qui les présente comme étant du mauvais côté. Le billet justice de Philippe Bilger.


Les forces régaliennes évoluent dans un environnement difficile qui, chaque jour, les confronte à l’insupportable hiatus entre leur idéal et la réalité. Elles le font toutefois avec la volonté constante d’accomplir, le moins mal possible, leur mission au service de leurs concitoyens. Vouées à cultiver bien davantage l’empirisme courageux d’un Créon que la pureté confortable d’une Antigone.

Ceux qui ont démissionné – magistrats, policiers et gendarmes qui, un jour, lassés, ont jeté l’éponge – « racontent souvent les mêmes histoires, entre lourdeurs administratives, dysfonctionnements et culture du silence » (Le Monde). On peut y ajouter le sentiment, parfois, de n’avoir jamais bénéficié du sort professionnel qu’ils estimaient leur être dû.

Je n’ai jamais été sensible aux discours de ceux qui, insatisfaits de ce qu’ils avaient pourtant choisi, étaient trop souvent conviés par les médias à médire de ce qu’ils avaient quitté. Cette complaisance consistant à dénigrer, avec acrimonie, des services publics et des institutions qu’ils avaient servis m’a fréquemment paru suspecte ; plus encore la naïveté médiatique qui prêtait à ces paroles une autorité qu’elles n’avaient pas, tant elles semblaient n’exprimer, au bout du compte, que le ressentiment ou l’amertume de trajectoires contrariées.

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Dans ces contestations comme dans ces démissions, dans l’inévitable distance entre ce que l’on rêvait d’accomplir et la quotidienneté à laquelle il fallait se confronter, il n’y a rien que de très ordinaire, et cela vaut pour toute fonction, plus encore lorsqu’elle est naturellement investie par la confiance et l’espérance de ses concitoyens.

Ce qui me semble dramatique en revanche, et dangereux pour la démocratie, c’est l’interrogation « que finissent par se poser policiers et gendarmes », auxquels il faut désormais adjoindre les magistrats : « suis-je vraiment du bon côté ? »

Je n’ai jamais compris pourquoi certains magistrats choisissaient ce beau métier, qui exige ordre et équilibre, souci d’autrui et équité, empathie et sens social, alors qu’à l’évidence ils n’étaient absolument pas faits pour lui.

Mais que des personnalités accordées au régalien, conscientes des droits qui étaient les leurs comme des devoirs qui leur incombaient, pleinement adaptées à une société qui réclame prioritairement une lutte efficace contre l’insécurité, la délinquance et l’immigration illégale, puissent être à ce point gangrenées par les discours de la gauche et de l’extrême gauche au point de se croire illégitimes et de douter d’être du bon côté, cela dépasse l’entendement. 

Si une telle pente devait s’accentuer, si elle venait à instiller le poison du soupçon au cœur même de cette fierté républicaine qui distingue sans l’ombre d’une hésitation les lumières et les ombres, la tranquillité et la subversion, les gardiens – au sens large – de la paix et les fauteurs de troubles, nous verrions s’accroître un risque majeur.

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Défi qui, au-delà de l’extrême difficulté sociale, technique et politique des missions régaliennes, constituerait l’épreuve la plus grave lancée au visage de notre nation : que nos protecteurs ne soient plus fiers de leur rôle ; qu’ils en viennent à concevoir qu’ils pourraient, sans se renier, se tenir du côté de leurs adversaires ; que le bon côté ne soit plus celui d’une démocratie capable de se défendre, grâce à eux, sans se renier, mais celui d’une subversion où la destruction l’emporterait sur le sens du bien commun.

À cette angoisse de ne plus se sentir du bon côté, la faiblesse de nos gouvernants n’apporte aucun remède mais au contraire amplifie le mal. Lorsque le bien n’est plus clairement secouru ni défendu, comment s’étonner que ceux qui le servent en viennent à douter ?

MeTooMuch ?

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Le Mur des cons

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La Déconstruction du gentleman

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Winston Churchill arrive à la Maison Blanche, 29/06/1954. Charles Gorry/AP/SIPA

Adieu gentlemen et l’Angleterre à la barre ! Dans son dernier essai, Richard de Seze déboulonne l’élite britannique à coups de portraits au vitriol. Mais à force de juger l’histoire comme au tribunal, son essai interroge : s’agit-il d’une enquête historique ou d’un réquisitoire contre l’Angleterre elle-même ?


Si vous faites partie de ceux dont le cœur bat plus fort en entendant le « God Save the King » ou le « Flower of Scotland » lors d’un match de rugby ; si vous admirez Shakespeare, Austen, Dickens, Stevenson et autres génies littéraire, si vous raffolez de cette élégance toute en retenue, de ce flegme légendaire qui infuse dans les veines de la société comme les effluves d’un thé Earl Grey de chez Fortnum & Mason ; si vous admirez ces Britanniques qui ont gardé leur couronne quand nous, peuple de régicides, nous avons tranché la nôtre, si, enfin, vous avez des yeux de Chimène pour l’agent le plus séduisant des services secrets, James Bond, ou pour le charme désarmant de Hugh Grant dans Quatre mariages et un enterrement, alors préparez-vous à déchanter en lisant l’essai de Richard de Seze : De Vrais Gentlemen. Car, selon lui, vous avez été dupes d’une illusion, d’une fake news !

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Sous une plume sarcastique, très certainement trempée dans le fiel d’un vieux ressentiment contre la perfide Albion, celle qui fit brûler Jeanne d’Arc et battre l’Empereur à Waterloo, Richard de Seze entreprend de déconstruire le gentleman anglais. À travers une trentaine de portraits brossés au scalpel, il s’emploie à démythifier cette figure sacralisée et brandie comme l’incarnation héréditaire de l’élégance britannique. Endossant la toge de Platon, l’auteur descend dans la caverne pour nous arracher aux ombres : 007 et Hugh Grant n’auraient été que des illusions, et le gentleman anglais serait tout… sauf un gentleman.

Ainsi, Winston Churchill, le héros du Blitz et le vainqueur d’Hitler disparaît sous la plume de l’auteur, qui ne retient de lui que son obsession eugéniste et ses projets de stérilisation des « faibles d’esprit ». Arthur Harris, artisan de la résistance britannique face au nazisme, n’est plus que l’homme qui incendie Dresde et bombarde les villes normandes. Quant à Lord Kitchener, figure centrale de l’Empire britannique, il n’est convoqué que comme le pionnier des camps de concentration boers. La galerie se poursuit avec des figures moins connues mais pour le moins dérangeantes, tel Peter Bossey, chirurgien de prison accusé en 1847 à la Chambre des Communes de disséquer les cadavres de détenus encore tièdes et de jeter leurs organes à la mer.

Et Richard de Seze ne s’arrête pas aux hommes : il conjugue le gentleman au féminin en s’attardant sur deux figures. Marie Stopes, pionnière du contrôle des naissances, n’est plus sous sa plume qu’une fanatique de la « pureté raciale » comme si son délire eugéniste résumait toute une époque. Lady Di n’est pas mieux traitée : l’auteur recycle les potins des tabloïds, s’attarde sur ses amants, ses frasques, ses confidences aux paparazzis et va jusqu’à traiter la « princesse des cœurs » de… « catin ». Peu importe que Charles, qui n’a jamais cessé d’aimer Camilla, lui fût lui-même infidèle : dans ce règlement de comptes, l’infidélité devient un crime… mais seulement lorsqu’elle est féminine.

Quant à Élisabeth II, à la reine Victoria, incarnations mêmes du devoir et du courage, pas une ligne ne leur est consacrée. Ce n’est pas ce qui intéresse Richard de Séze. « J’ai musé dans l’histoire anglaise, piochant là un traître, ici un fou, là un assassin, ici un pervers, en mélangeant crapules fameuses et discrètes canailles. La matière est riche, le filon est inépuisable », confesse-t-il, soulignant avec gourmandise que tous ces personnages ont été décorés par la Couronne britannique, comme si leurs turpitudes constituaient un titre de noblesse. Mais derrière cette pique, son aveu est clair : l’objectif n’est pas de comprendre, mais de condamner.

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En ne retenant que la légende noire de ces figures britanniques, Richard de Seze réduit l’histoire à un dossier d’accusation : ce qui devrait relever de la complexité devient un procès. Par ailleurs, en arrachant ces personnages à leur contexte politique et à leur époque, il glisse vers l’anachronisme et juge le passé selon les normes morales du présent, à la manière de ces Torquemada « woke » aux cheveux bleu fluo qui déboulonnent les statues de Grands hommes au nom de l’idéologie du jour.

Devant cette démonstration aussi subjective, on ne peut qu’être sceptique. Car enfin, l’histoire britannique ne se réduit pas à ses monstres certifiés OBE (« Officer of the Order of the British Empire »). Elle compte aussi, entre autres, de grandes figures de droiture et de courage : on peut citer par exemple Thomas More, qui préféra l’échafaud au reniement de sa conscience ; William Wilberforce, le parlementaire qui consacra sa vie à l’abolition de l’esclavage ; les jeunes soldats britanniques qui débarquèrent sur les plages normandes, pour libérer l’Europe du joug nazi. Autant de contre-exemples que Richard de Seze écarte soigneusement, parce qu’ils introduiraient de la nuance là où il veut dresser un réquisitoire.

À la fin, on se surprend parfois à se demander si la véritable cible de son livre est vraiment la « gentlemanliness »… ou tout simplement les Anglais eux-mêmes !

Richard de Seze, De vrais gentlemen : À propos de quelques Anglais, Editions Salvator, 2025. 122pp, 16,00€.

De vrais gentlemen : À propos de quelques Anglais

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