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ABCD de l’égalité: non au redressement de la nature humaine

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Cela a commencé avec le mariage pour tous. On pouvait penser que le mimétisme européen avait joué avec un engagement présidentiel à l’évidence plus facile à tenir que l’inversion de la courbe du chômage.

Cela a continué avec l’affaire Dieudonné et les injonctions du ministre de l’Intérieur qui dépassaient, et de très loin, le cadre de sa mission pourtant si difficile à assumer quand on constate les piètres résultats de la lutte contre l’insécurité en 2013. Ce n’était pas à lui d’intimider les spectateurs des représentations de Dieudonné en leur faisant la morale et en les stigmatisant quasiment. Devaient-ils demander à Manuel Valls la permission de sortir le soir ?

Cela dure avec la conception de la justice socialiste qui, fuyant le réel et ses incommodités, rêve de l’avenir, fantasme sur le futur et élabore ses projets, qui le demeurent, pour un peuple imaginaire merveilleusement à l’écoute et détaché des misères humaines, des tragédies causées par les crimes et les délits.

Cela s’aggrave avec la théorie du genre et, même si les démentis des ministres sont sincères, il y a une aspiration de ceux qui nous gouvernent à faire de l’école et de l’enseignement tout autre chose que ce qu’ils devraient être. Apprendre, lire, écrire, calculer, s’imprégner de notre Histoire de France, se former à la passion des grands auteurs et de la littérature, apprivoiser les langues étrangères, autant d’objectifs et d’ambitions qui, pour être d’une heureuse banalité, sont aujourd’hui peu ou prou relégués au profit d’une éducation même plus civique mais bouleversante, destinée à constituer les établissements pour des lieux d’expérimentation et d’indifférenciation des sexes.

Dans 600 écoles de dix académies, si on n’apprend pas aux garçons à devenir des filles, les nouveaux ABCD de l’éducation, de la grande section de maternelle au CM2, s’assignent pour but de lutter contre les stéréotypes filles-garçons. « Nous voulons tout de même qu’il y ait égalité entre les hommes et les femmes au sein de la société, dans le choix d’un métier », a déclaré Vincent Peillon (Le Parisien).

Soit, mais si une telle ambition est légitime, incombe-t-il à l’école de superposer sans cesse à ses missions fondamentales de plus en plus négligées des prises de conscience et des ateliers vecteurs d’une bouillie éthique et sociale difficilement assimilable ? L’enseignement est-il voué à diffuser une certaine conception de la morale qui se résume peu ou prou à un féminisme même plus raisonnable ? Serait-il absurde de laisser aux parents, aux familles, aux vies amoureuses et à l’influence aussi bien forte que subtile des hommes et des femmes dans leurs relations quotidiennes, la charge, l’honneur de se faire progresser, d’avancer en lucidité, en égalité ? La vie privée du président serait sacrée mais les intrusions dans notre sphère d’existence tolérables ? Est-il normal de poser la main de l’Etat, sa volonté orientée, son idéologie plus sectaire – une seule vision, toujours, de l’humain, de sa liberté, de sa responsabilité – qu’équitable, sur un monde qui appelle d’autres démarches, et surtout pas de la politique même déguisée en soie, en velours et en injonctions patelines à suivre ? Pourquoi s’immisce-t-il dans ce qui nous regarde au premier chef ?

Avec ces insensibles ou ostensibles dérives, je perçois l’émergence, dans la démocratie selon François Hollande, d’îlots de totalitarisme mou, d’un caporalisme collectif qui s’en donne d’autant plus à coeur joie qu’à défaut de changer le monde, de réformer la France, le pouvoir n’a plus que la ressource de s’en prendre aux « fondamentaux », aux permanences, aux stabilités, à l’ordre, aux évidences de la nature.

Il y a de manière dévastatrice, sur tous les plans, une obsession de rupture. Si, en effet, parfois le naturel mérite d’être amendé ou complété par le culturel, nous n’en sommes plus là avec ce gouvernement. Pourquoi a-t-il une telle hantise devant ce qui coule de source, ce qui a été admis durant des siècles, ce qui a fait ses preuves et qui autorise une politique digne de ce nom ? Pourquoi la nature et ses leçons inspirent-elles autant de dégoût à ce pouvoir ? Parce que ce qui est proche, accessible, irréfutable, légitime fait peur ? Qu’on met le désordre et l’agitation là où on peut ? Que, dépassés par la nature, on a pris le parti de lui faire la peau ? Que la culture est un beau mot qui à force d’être exploité tourne à vide mais qu’on prétend s’en servir comme arme de guerre contre l’intolérable pesanteur des comportements et des déterminismes parce que ceux-ci seraient en eux-mêmes pervers ?

Parce que cette gauche ne sait plus quoi faire pour se faire remarquer. Alors elle change l’insupportable cohérence née du passé et du pragmatisme.

Ce totalitarisme qui pointe est soft, certes, mais clair et net. Logique aussi : la liberté est en effet une ennemie. Partout.

Pourquoi prétendre, à toute force ou à coups fourrés, dénaturer, confondre, enjoindre, ne pas succomber à l’immédiate compassion pour les victimes, détourner les institutions et les services de leur but, déséquilibrer une société, dégrader les identités, instiller de la mauvaise conscience dans des liens qui se sont toujours construits en s’opposant, qui s’opposent mais se complètent, quel besoin a l’Etat de venir s’immiscer dans ce qui ne le concerne pas ?

J’écoute, je lis Vincent Peillon et Najat Vallaud-Belkacem. Le premier : « La lutte contre les stéréotypes de genre – les opinions toutes faites sur les femmes et les hommes – et l’homophobie doit être menée avec force à tous les niveaux d’enseignement ». La seconde : « La théorie du genre, qui explique « l’identité sexuelle » des individus autant par le contexte socio-culturel que par la biologie a pour vertu d’aborder la question des inadmissibles inégalités persistantes entre les hommes et les femmes ou encore de l’homosexualité et de faire oeuvre de pédagogie sur ces sujets » (Le Figaro).

Pourquoi pas ? Mais il y a des politiques et des ministres pour cela. Ce prêchi-prêcha n’a pas sa place à l’école.

Les homosexuels se marient parce qu’il convenait de fabriquer une égalité artificielle. Des spectateurs sont réprimandés parce qu’ils croyaient avoir le droit, en démocratie, d’assister à des spectacles selon leur bon plaisir. L’angélisme gouvernemental s’obstine à faire céder les évidentes compassions pour les victimes et la rigueur qu’elles appelleraient en retour face aux constructions idéologiques gangrenées par la fuite du réel et fondées sur un autre peuple que celui, insupportable, réclamant sécurité et justice. L’école, les petits enfants et les enseignants sont embarqués dans un processus qui vise à déconstruire et à troubler. Le progressisme niais non seulement accable mais fait perdre son temps à un service public qui devrait pouvoir se concentrer sur l’essentiel.

Le naturel, partout, est chassé au galop.

Je suis contre le RNH. Contre le « redressement de la nature humaine » dont ce pouvoir s’est fait une dangereuse spécialité.

 

*Photo : ECARPENTIER-POOL/SIPA. 00652846_000001.

La femme qui aimait l’automobile

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francoise sagan retromobile

Le Salon Rétromobile, Panthéon de l’automobile de collection, ouvrira ses portes du 5 au 9 février avec, en apothéose, une vente aux enchères Artcurial dédiée aux voitures de stars (l’Aston de Richard Anthony, la Packard de McQueen, la Rolls de BB et d’Aznavour, etc…).

C’est pour nous l’occasion de retracer le parcours d’un écrivain amoureuse de la vitesse et authentique star : Françoise Sagan.  « J’ai claqué des centaines de millions anciens. Comment j’ai fait ? Je ne sais pas » disait-elle. À une époque où les écrivains sont plus attentifs à la courbe de leurs ventes qu’à leur style, cette formule de Sagan en dit long sur sa personnalité. Derrière ce visage de petite fille modèle, ce charmant petit monstre comme l’écrivait François Mauriac, Sagan avait décidé de s’octroyer toutes les libertés et en premier, celle d’écrire. Rien ne prédestinait pourtant cette enfant des beaux quartiers à devenir écrivain, si ce n’est un caractère porté sur la nostalgie et la valse des sentiments. Elle avait compris que sans mélancolie, il n’y a pas de grand livre. La parution de « Bonjour Tristesse » allait lui ouvrir les portes de la littérature avec ces excès d’euphorie et ces gouffres intérieurs.

De son vrai nom, Françoise Quoirez aura nourri deux passions dans sa vie : l’écriture et la vitesse. Très tôt, elle a été bercée au son des mécaniques survoltées. Son père, Pierre Quoirez s’était lié d’amitié avant-guerre avec l’ingénieur Jean-Albert Grégoire, l’homme qui inventa la Traction Avant. Sagan a donc entretenu une passion des automobiles qui va au-delà de la simple envie de parader au volant de voitures de sport dans les ruelles de St-Tropez ou sur le Boulevard St-Germain. Peu d’écrivains ont, en fait, si bien parlé de ce sentiment de légèreté et d’abandon que procure la vitesse.

Trois voitures des années 50 auront été décisives dans sa carrière et tout simplement dans sa vie de femme. Bien sûr, celle qui avait coutume de dire par provocation, mais aussi par accès de sincérité « d’un certain côté, c’était vrai que j’aimais les Ferrari et l’alcool», a possédé de nombreuses voitures. La première est celle de ses débuts, de la mise en place d’un destin hors norme. Le 6 janvier 1954, une jeune fille mineure de 18 ans dépose chez l’éditeur René Julliard un manuscrit qui allait changer le cours de sa vie. Elle inscrit sur la chemise « Françoise Quoirez, 167 boulevard Malesherbes, Carnot 59-81, née le 21 juin 1935 ». Elle n’a pas caché à son entourage proche qu’elle écrivait un roman. En 1953, elle vient de rater son examen de propédeutique. Elle a du temps devant elle, le goût des livres et la certitude qu’elle sera un écrivain riche et célèbre. Sa mère, plus attachée aux conventions de son milieu, n’y voit qu’un passe-temps aussi prenant que le point de croix ou la canasta. En revanche, son père et son frère Jacques ont su très vite que Françoise avait un don, une intelligence électrique, un sens de l’observation, une fragilité de façade, une obstination sans limite, enfin toutes les qualités pour souffrir donc pour écrire. Après avoir fait lire son manuscrit à François Le Grix, son meilleur lecteur, Julliard l’emporte avec lui le soir-même. Il est emballé par cette histoire amorale pour l’époque et en homme d’affaires avisé, il sent qu’un phénomène littéraire est en train d’éclore. Il sera le maître d’orchestre de cette déferlante qui secouera pendant cinquante ans la vie littéraire française. Dès le lendemain, il donne rendez-vous à Sagan dans son appartement du 14, rue de l’Université. Pour se donner du courage, Françoise avale un grand verre de cognac et prend la Buick de son père. Il va sans dire qu’elle n’a pas encore le permis de conduire. Cette imposante américaine allait d’une certaine façon sceller son destin.

Chez Sagan, littérature et automobile forment un couple indissociable. Le spectacle devait être étonnant, une jeune fille légère comme une plume derrière le volant d’une Buick lourde comme un paquebot. On dirait presque le début d’un roman et pourtant il s’agit bien de la vie de Sagan. La suite est aussi surréaliste, Julliard lui signe un chèque de 50 000 francs libellé à l’ordre de son père qui lui conseille de tout dépenser. Durant son existence, elle s’appliquera à respecter cette volonté paternelle. Son livre obtient le prix de la critique et la machine Sagan est lancée.

Un million d’exemplaires vendus, traduit dans vingt-cinq langues, « Bonjour Tristesse » bouleverse les règles de l’édition. Du jour au lendemain, Sagan devient une star. Les paparazzi font le siège de son appartement. Elle sort tous les soirs, fréquente le tout-Paris, débarque à New York auréolée d’une gloire sulfureuse. Sagan vit dans l’instant, elle est trop exaltée pour mettre de l’argent de côté, ce serait une déplorable faute de goût. Élégante, elle l’est dans son écriture soyeuse et perfide, elle l’est aussi dans le choix de sa deuxième voiture. Cette fois-ci, elle a le permis, elle n’a plus besoin d’emprunter la Buick de son père, elle s’offre une Jaguar XK 140 d’occasion qu’elle paye comptant 1 300 000 francs, une somme considérable pour l’époque. Cette deuxième voiture affiche la couleur rouge du désir. Sagan s’affirme. Elle vivra dorénavant selon ses propres codes, personne ne lui dictera sa conduite. La photo d’une Sagan échevelée, pieds nus, au volant de cette Jaguar fera le tour du monde. A sa mort, on ressortira même ce cliché car il est le condensé exact d’une existence où derrière une apparente frivolité se niche un désespoir plus profond. Dans son livre « Avec mon meilleur souvenir » paru chez Gallimard en 1984, elle écrira que la vitesse « décoiffe tous les chagrins : on a beau être amoureux fou, en vain, on l’est moins à deux cents kilomètres à l’heure ».

Sa troisième voiture lui fera prendre conscience des dangers de la route. Comme une longue rédemption, l’accident de 1957 à bord de l’Aston Martin DB Mark III la blessera dans sa chair ce qui lui fera dire bien plus tard « jusqu’à mon accident de voiture, je m’étais crue invulnérable. Je ne pensais pas que cela pût m’arriver, ni même d’être malade. Et puis soudain : la catastrophe ». Bilan : crâne ouvert, onze côtes cassées, l’omoplate, les deux poignets et les deux vertèbres abîmés. Et surtout une addiction au Palfium, une puissante drogue qui lui donnera le goût des paradis artificiels.

Ce jour-là, tout avait démarré sur un air de fête. Le couple Dassin prévient au téléphone qu’il a crevé en route avec sa Peugeot 203, il faudra les attendre. Françoise Sagan toujours aussi impatiente veut aller à leur devant. Elle embarque dans son Aston Martin, l’écrivain Bernard Frank, le journaliste Woldemar Lestienne et Véronique Campion. Les amis se retrouvent en chemin. Embrassades de circonstance et tout cette joyeuse bande reprend la route. Sur le chemin du retour, l’Aston Martin dérape sur le bas-côté et bascule dans le fossé. Les trois passagers sont éjectés, seule Françoise reste bloquée dans cet amas de ferrailles. On la transporte d’urgence à l’Hôpital de Corbeil, un prêtre s’apprête à lui donner l’extrême-onction, son frère s’y refuse et la transfère à la clinique Maillot de Neuilly. Si elle ne succombe pas à ses blessures, la douleur qu’elle allait endurer toute sa vie, lui rappellera la fragilité de cette vie.

 

À lire : Madame Sagan : à tombeau ouvert, une biographie de Geneviève Moll, J’ai lu.

Salon Rétromobile du 5 au 9 février – Porte de Versailles – Pour plus de renseignements :

www.retromobile.com

 

*Photo : WITT/SIPA. 00652351_000041. 

 

Grand Siècle, l’Etat policé

amour courtois lumieres

Lorsqu’il parcourt près de deux siècles de pensée morale et philosophique, à travers l’Europe française et anglaise, puis jusqu’au Nouveau Monde, Philippe Raynaud nous fait cette première politesse d’être clair, toujours didactique, mais jamais universitaire. C’est l’habitude de notre grand professeur dira-t-on, mais ici le projet – étudier « les lois, les mœurs, les manières » des hommes, au regard de la politesse, de compagnie avec les « philosophes » des Lumières – était pour le moins périlleux. L’art de vivre de l’Ancien Régime est en effet une matière suffisamment rebattue pour que l’on croie que tout en a été dit, ou bien qu’on la réduise à un chromo.[access capability= »lire_inedits »]

Mais sous la plume de Raynaud, on découvre que ce que l’on nomme « politesse », « civilité » ou « affabilité » constitue l’origine de notre pensée politique et philosophique. Remontant au Grand Siècle, français bien entendu, formalisation de cet esprit de « civilisation » contre la barbarie extérieure et intérieure, Philippe Raynaud montre quelle dialectique, quelle ambivalence native la politesse porte en elle. Art de « polir » les rapports humains, d’éviter les rugosités de tempérament, les frottements d’individus destinés à vivre en société, il est considéré du même mouvement comme un ferment d’hypocrisie qui s’oppose à la véritable charité pour les chrétiens ou à la sincérité pour les autres. Ainsi, pour Montesquieu, la politesse « flatte les vices des autres, et la civilité nous empêche de mettre les nôtres au jour : c’est une barrière que les hommes mettent entre eux pour s’empêcher de se corrompre ».

À rebours, pour Rousseau, la conversation de salon, apanage de Paris, « apprend à plaider avec art la cause du mensonge », à quoi il oppose, après Voltaire, la franchise anglaise dont le régime parlementaire libéré de l’absolutisme révèle le retour aux valeurs saines des peuples. Vint ensuite Kant, qui tranche en affirmant que la Providence a voulu que l’homme ne soit pas totalement ouvert aux autres pour cela, même qu’il porte le mal en lui, et que la politesse est donc le masque nécessaire et bienveillant de cette distance. Après la rupture révolutionnaire, continue Raynaud, le problème se déporte outre-Atlantique où, dans une société sans classes, la politesse devient le plus sûr moyen de faire cohabiter les hommes.

C’est l’histoire démocratique qui commence, et que nous n’avons pas achevée car, comme dit à son tour Marcel Gauchet, s’il n’est écrit nulle part dans la loi que nous dussions être polis avec notre voisin, dès que l’incivilité grandit, l’on voit bien que la démocratie est égratignée.

La politesse des Lumières, Philippe Raynaud, Gallimard, 2013.[/access]

À propos de Jour de colère

jour colere pichon

Mon cher Jacques,

J’ai lu avec attention ton petit billet prenant à partie les organisateurs de Jour de Colère.

Je ne me porterai pas de jugement sur la ligne géopolitique atlantiste de Causeur en rupture avec la longue tradition française d’indépendance du Général de Gaulle. Depuis quelques jours, ce magazine qui se veut non-conformiste hurle avec les loups dans des termes qui n’ont rien à envier à la gauche boboïsante, mondialiste et cocaïnomane ni au «Petit Journal »de Canal +.

Je n’ai pas le sentiment que nous parlions de la même manifestation. Tu t’es peut être fondé sur les déclarations de Frédéric Haziza – dont on ne pas dire que la tempérance et la prudence soit les vertus premières – ou sur celles de Rioufol dans le quotidien bourgeois des exilés fiscaux.

Qu’il y ait eu des slogans et des dérapages – que par ailleurs je condamne- en fin de cortège notamment chez certains groupes de quenelliers quelque peu bigarrés ou quelques groupuscules dissous qui se complaisent dans le rôle de méchant du film vu par le petit journal, je ne le nie pas. Mais certains désinformateurs ont prétendu  entendre des « juifs hors de France  » en lieu et place de « Crif hors de France ».On peut légitimement critiquer un communautarisme sans critiquer les communautés.

J’ajoute que, dès le départ, les organisateurs avaient pris soin par avance de condamner par avance tout appel à la haine quel qu’il soit.

Mais il serait parfaitement malhonnête de réduire à ces incidents marginaux et ultra-minoritaires, cet immense rassemblement populaire coagulant des gens de tous horizons dans une expérience totalement inédite et qui est très certainement le succès de cette journée : catholiques versaillais côtoyant des jeunes des cités, bonnets rouges, chefs d’entreprises, artisans, chômeurs et même cégétistes.

Et c’est derrière le drapeau tricolore que cette foule bigarrée et diverse a marché pendant 6 km sous la pluie, unie contre un gouvernement qui se livre à une entreprise systématique de destruction de tous les fondamentaux de l’anthropologie humaine, de la famille, du lien social  et de la patrie.

Oui, j’ai vu des chômeurs et artisans bonnets rouges de Quimper payer leur billet de train 114 euros côtoyer des Jennifer et des Salima (non voilées) brandissant des drapeaux tricolores à côté des Charles-Henri, Louis-Gonzague ou Marie-Sixtine.

Non nous n’étions pas des supplétifs du Medef ni d’un certain patronat qui se veut chrétien qui n’a pas donné un sou pour cette manif que nous avons payée de notre poche et d’une misérable cagnotte qui a récolté à ce jour 8 000 euros. Ce même patronat qui nous bassine avec des conférences sur l’éthique et la finance et dans le même temps cautionne la mondialisation libérale, le travail le dimanche ou encore les délocalisations.

Je ne parlerai pas des gardes à vue ni des méthodes honteuses de la police française – la même qui déportait les juifs au Vel’ d’hiv – embarquant, parquant, traitant de « sales cathos » des jeunes filles de 18 ans qui n’avaient pas pu quitter la place parce que les CRS de M. Valls, incapables de ramener la paix sociale dans des banlieues gangrenées par les dealers et les salafistes (les amis de BHL qui soutient l’opposition syrienne), sont utilisés à réprimer la plus belle jeunesse de France.

J’aimerai, Jacques, que tes amis de Causeur aient quelques mots de compassion plutôt que de s’écouter parler comme des esthètes nombrilistes dans les soirées enfumées et décadentes du cercle cosaque.

Quant à l’antisémitisme, tu sais que ceux qui me connaissent ne trouveront pas la moindre once de suspicion en ce sens ni à l’encontre du moindre des organisateurs.

Lorsque Dieudonné, que nous n’avons pas sollicité, a appelé à venir à cette manifestation, bien qu’embarrassés nous avons finalement décidé de ne pas céder aux injonctions hystérico-laïcisantes de certains qui veulent parquer des musulmans dans des camps (j’en connais un paquet chez Causeur et j’aimerai que tu les condamnes de la même manière) et des cerbères de la pensée unique.

Et nous l’avons fait parce que nous sommes attachés à la liberté d’expression.

Et puisqu’il faut parler de la question Dieudonné, oui je crois intimement que l’instrumentalisation du CRIF et de la LICRA par M. Valls ces dernières semaines dessert infiniment plus la communauté juive que quelques vociférations stériles. Je crois que l’arrogance de certaines personnes qui prétendent parler au nom des juifs de France est le plus fervent moyen de propagation de l’antisémitisme que je condamne évidemment par ailleurs.

Pour ma part, je refuse de choisir entre le camp de ceux qui, à l’instar  de BHL, veulent nous embarquer dans une guerre pour les multinationales, les pétrodollars et les émirs du Qatar ou de ceux qui, par haine du système,  s’allieraient avec le diable.

Mon seul combat politique est celui de mon pays, la France fille aînée de l’Eglise. C’est celui du bien commun qui vise à rassembler et non à diviser les personnes de tous horizons dès lors qu’ils s’inscrivent dans cette magnifique lignée.

Le combat actuel est difficile, passionnant, il y a des lignes qui bougent. Cela ne se fera pas sans heurts ni ajustements. Et parfois même des erreurs. Les divergences de vue stratégiques ont leur place ainsi que les critiques. Mais en entendant ceux qui – au nom du Christ – donnent des leçons de catholicisme parce qu’ils seraient au-dessus de la mêlée, je ne peux m’empêcher de penser à ces kantiens dénoncés par Péguy : « Le kantisme a les mains pures mais il n’a pas de mains. »

*Photo : MEUNIER AURELIEN/SIPA. 00674233_000002.

Les désillusionnés de La nuit étoilée

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denis tillinac portrait

Depuis la fin des années soixante, depuis le délicat et subtil Spleen en Corrèze, Denis Tillinac nous donne à lire des romans à la fois mélancoliques, doucement désabusés, et hérissés de beaux éclats d’énergie. Tillinac, c’est un peu la mélancolie de Patrick Modiano avec l’énergie de Maurice Barrès. La nuit étoilée,  en référence à la toile de Van Gogh poursuit dans cette veine d’une tristesse altière et digne.

Il nous invite à suivre trois personnages singuliers : Marcile Kalf, écrivain d’une érudition étonnante, Victor, son éditeur parisien, et Claire, maîtresse du premier et dont est follement amoureux le second. Ils ont allègrement dépassé les soixante ans; elle n’en a pas quarante, affiche une classe, une allure et un charme auxquels il est impossible de résister.

Le monde actuel n’est pas le leur. Ils se réfugient dans l’art, leur thébaïde. Ils croient en la Beauté. Claire, elle, croit aussi en Dieu. C’est sa force. Kalf  y croit-il, en Dieu? À sa manière, certainement. Victor, dandy humble et désabusé, lui, croit en Claire. Et à son ami Kalf. Ils forment un trio improbable, vraiment décalé, c’est à dire sans cales, sans attaches, sans ancres.

Denis Tillinac nous fait entendre leurs voix, et découpe son roman avec les deux  récits de Victor qui encerclent celui de Claire. Ils tentent, en fait, de cerner le personnage de Marcile Kalf. Victor raconte qu’il l’a déjà croisé avec Philippe Muray, qu’il rend parfois visite à Cioran, déambule dans les allées du Luxembourg avec Cossery, « cet écrivain égyptien hâve et squelettique, au cou de condor, usant lui aussi d’un fume-cigarette et que je voyais souvent attablé chez Lipp, toujours seul, le regard tourné vers l’intérieur« . Il confie que Marcille a connu Jean-Claude Pirotte, « un poète belge saturé de mélancolie qui vivait en Arbois dans le Jura mais venait parfois s’échouer dans les bars du Quartier latin, comme une mouette blessée s’abrite sous les anfractuosités d’une falaise« .

Lors de leurs pérégrinations, Marcile veut voir la tombe de Paul-Jean Toulet à Guéthary. Il va également assister à un match de rugby, affirme que son idole est Boniface, tout comme il voue un culte à d’Artagnan, Bob Morane, Quentin Durward, Anquetil et Kopa. Au fil des conversations se dévoilent les étranges relations qui unissent Claire à Marcile Kalf. Il est devenu son maître; elle est son esclave, ne s’en cache pas : « Soudain des vannes en moi s’ouvrent, comme si mon cœur se vidait de ses scories. Mon cœur, mon âme. Mon corps aussi, je me rejoins. Une évidence s’impose : Marcile est l’homme de ma vie. Depuis longtemps je n’étais heureuse qu’en sa présence. Heureuse et vraie : avec lui, pas de rôle, pas de frime, rien qu’une jeune femme paumée, encombrée de soi. Encombrée de ce moi que je traîne comme un boulet. » Et un peu plus loin, cette confidence de Claire : « Être… Oui, être son esclave. Le mot m’a surpris. Je l’ai retourné sous toutes ses facettes. Esclave! Quelle transgression plus absolue, dans ce monde où la femme « moderne » se gausse de sa « liberté », de son « autonomie »? Moderne, j’en présente les extérieurs puisque je dispose de mon argent et de mes jours à ma guise. En vue de quoi? De rien. Ma liberté, avec quoi rime-t-elle? Avec rien. Mon autonomie? La cage dorée de ce moi que j’ai fini par prendre en grippe. Autant que Marcile, je suis dans ce monde comme un taulard dans sa geôle. Autant que lui mais sans son génie, je m’évertue à en distendre les barreaux. Sans lui je n’en ai pas la force. »

Ce huis-clos sombre entre ces trois personnages désenchantés sonne si juste qu’il en devient poignant.

La nuit étoilée, Denis Tillinac, Plon

*Photo: BALTEL/SIPA. 00537318_000015.

Le sport, dernière Bastille sexiste

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parite femmes sport

On ne peut pas dire que la gauche au pouvoir, modèle Hollande- Vallaud-Belkacem, ait ménagé ses efforts pour lutter contre les préjugés sexistes qui perdurent dans notre société. Dans quelques semaines, toutes les communes de plus de mille habitants seront pourvues de conseils municipaux strictement paritaires. Il en sera de même, dans quelques mois, pour les départements, avec l’astucieuse invention de cantons élisant des « binômes », un homme, une femme pour siéger dans les conseils généraux.

L’école se voit assigner comme tâche prioritaire de compenser la reproduction des stéréotypes masculins et féminins par des familles rétives à inciter leurs petits garçons à jouer à la poupée, et leurs petites filles à faire vroum-vroum avec le dernier modèle réduit de Porsche Cayenne.

On devrait pouvoir constater, dans quelques décennies, les bienfaits de ce combat historique contre le déterminisme biologique auquel notre espèce s’est  trop longtemps soumis, sous l’influence de religions inventées par des mâles.

Il reste pourtant un domaine qui résiste farouchement à participer à ce grand mouvement émancipateur du XXIème siècle, le sport, dans lequel une partie importante de nos concitoyens investissent des affects intenses, comme pratiquant(e)s ou spectateurs(trices).

On tente bien, du côté de chez Valérie Fourneyron, ministre socialiste de l’effort physique, de se mettre au goût du jour en imposant la présence de femmes dans les bureaucraties des fédérations sportives (ce dont les habitués des tribunes du Parc des Princes se fichent totalement), ou d’exhorter les fans de football à se passionner autant pour les exploits des «  Bleues » que pour ceux de la bande de voyous qui porteront nos couleurs au Brésil. Cause toujours, tu m’intéresses…

À l’exception de quelques sports comme le tennis, l’athlétisme ou le ski, dans lesquels les athlètes de sexe féminin (à l’exception de quelques tricheurs devenus tricheuses) jouissent d’un notoriété presqu’égale à celle de leurs homologues masculins, le reste du monde sportif réserve la gloire et la fortune aux champions mâles.

Cela doit cesser, et il n’est pas de tâche plus urgente que de « dégenriser », si l’on ose écrire, la pratique des sports les plus populaires, football, rugby, cyclisme. L’exemple de l’école, où la mixité à tous les niveaux s’est imposée à partir des années soixante du siècle dernier, doit maintenant être progressivement étendu   aux stades, et même au Tour de France. Cela commencera par une concertation nationale réunissant les pouvoirs publics, les fédérations sportives, les associations de supporters. Le gouvernement leur soumettra gentiment, mais fermement ses projets de réforme des règles des compétitions qu’ils organisent. Ainsi, toute équipe de football, de rugby, de cyclisme devra paritairement être composée d’hommes et de femmes, sur le terrain comme sur le banc de touche. On veillera à ce qu’aucune discrimination salariale ne soit tolérée en fonction du sexe. Dans le cas où une joueuse devient indisponible pour cause de maternité, un joueur masculin de l’équipe sera invité à prendre un congé parental de même durée pour s’occuper de ses gosses. On laissera ouverte au champ de la négociation la question de permettre, au rugby, aux dames d’être affectées aux postes d’avant, car il existe un risque, pour elles, d’être victimes de gestes déplacés au sein de la mêlée…Des crédits seront dégagés pour modifier l’agencement des vestiaires et des douches pour que la pudeur de chacun et de chacune soit préservée.

Dans le tour de France, on supprimera le classement individuel pour le remplacer par le seul classement par équipe, et France 2 sera invitée à retransmettre un temps équivalent des péripéties du peloton des dames et de celui des messieurs. Jean-Paul Ollivier se verra adjoindre une coéquipière d’égal talent pour décrire les merveilles de notre patrimoine sur le parcours de la Grande Boucle.

Pour les sports individuels, on appliquera la règle du binôme : courses, lancer et sauts verront des couples s’affronter, le vainqueur étant celui qui réalise la meilleure performance totale. Ainsi les champions du monde du 100 mètres plat 2013 seront les Jamaïcains Usein Bolt – Shelly Ann Fraser-Pryce en 20 secondes 48 centièmes. Pourquoi n’avait-on pas pensé à cela plus tôt ?

*Photo : NIVIERE/CHAMUSSY/SIPA. 00641997_000012.

Syrie : les enfants français du jihad

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syrie jihad valls

Pendant toute l’année 2013, les élites politiques et médiatiques ont appelé l’opinion à soutenir une intervention en Syrie pour renverser la dictature baassiste en place. Parmi ces interventionnistes, venus de droite comme de gauche, chacun proposait, qui d’envoyer des armes aux rebelles, qui d’envoyer des experts militaires pour aider les rebelles, qui d’envoyer des soldats, qui de bombarder les forces gouvernementales. Une cacophonie interventionniste, bienveillante naturellement. Au nom du droit d’ingérence.

Pendant longtemps, la question du mélange des jihadistes fondamentalistes et des rebelles démocrates fut éludée. Quand elle est apparue évidente, les voix appelant à l’intervention se sont faites plus discordantes. Pourtant, même au sein du gouvernement, ministre des Affaires étrangères en tête, l’appel au soutien actif à la rébellion s’est fait entendre.

Laurent Fabius s’est fait entendre et il a même très bien été entendu. Selon le Ministère de l’intérieur, plus de 700 français ont quitté la France pour s’enrôler dans les rangs de la rébellion, aux côtés des jihadistes.

Plusieurs pères de famille s’en sont inquiété et certains ont réussi à récupérer in extremis leurs enfants partis en Syrie. Ils sont aujourd’hui de retour en France, entendus par la justice qui veut les inculper « d’association de malfaiteurs en vue de commettre des actes de terrorisme ». D’autres sont actuellement jugés en correctionnelle pour le même motif.

Une question se pose aujourd’hui. Qui sont les malfaiteurs ? Qui sont les apprentis terroristes ? Ceux qui sont partis en Syrie la fleur au fusil et dans la barbe ? Ou ceux qui jour après jour les y ont encouragés sur les ondes, à la télévision, au gouvernement ?

Un gouvernement qui joue les boutefeux, qui soutient la rébellion et qui ose accuser ceux qu’il a conduit à s’enrôler dans la rébellion d’être des malfaiteurs et des terroristes ? Un gouvernement qui s’est activé tout a long de 2013 sur le front de l’interventionnisme en Syrie via le ministère des Affaires Etrangères et qui s’active en 2014 sur le front de la répression des soldats perdus du jihad, via le ministère de la Justice. Quelle responsabilité ! Je n’aimerais pas être à leur place.

*Photo : AP21512995_000001. Anonymous/AP/SIPA.

Charte des langues régionales et minoritaires : un piège européen

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drapeau europe region

Depuis samedi et la parution de la chronique de Natacha Polony dans Le Figaro, j’avais déjà l’idée de lui répondre et voilà qu’hier, Frédéric Rouvillois en remet une couche sur cette fameuse charte sur Causeur. Que mes deux amis me pardonnent mais, dans leurs plaidoyers respectifs contre « l’uniformité » jacobine, ils omettent quelques éléments qui ne sont pas sans importance.

Avant de vous les indiquer, chère Natacha, cher Frédéric, permettez-moi de vous rassurer : je ne suis pas -ou précisément je ne suis plus- le jacobin obtus que vous imaginez. J’ai longtemps pensé, effectivement, fruit de mon engagement séguino-chevènementiste et de mon origine -la Franche-Comté- dénuée de langue régionale, que mon jacobinisme était inséparable de mon attachement au triptyque Nation-Etat-République. C’est vous, Natacha, qui avez contribué à me faire évoluer sur le sujet. Je suis désormais plus sensible à cette diversité célébrée par Braudel et j’ai fini par trouver incohérent de la célébrer à mon tour sur les seuls plans géographiques et gastronomiques. Autant le reconnaître, la perspective d’allier la République à la diversité de ses territoires contre la globalisation avait même de quoi me séduire.

Seulement voilà, il ne nous est pas demandé de célébrer la diversité linguistique française, ce qui a du reste a déjà été fait en 2008, comme vous le rappelez, chère Natacha. Il nous est demandé de ratifier une charte. Une charte européenne. Et une charte européenne de promotion des langues régionales, certes, mais aussi minoritaires, ce que vous omettez tous les deux (opportunément ?). Cette charte pourrait avoir des conséquences inquiétantes sur notre droit.

Lors de la signature de cette charte, Lionel Jospin avait demandé à un juriste d’en étudier ses effets. D’après ce dernier, on pouvait adjoindre à la charte une déclaration interprétative permettant à la France de ne ratifier que 35 articles sur 98. Aujourd’hui, la possibilité de pouvoir piocher à la carte dans les articles de cette charte n’est plus si évidente. Son article 21- que les députés viennent d’approuver – dispose que le texte interdit toute réserve, hormis sur les paragraphes 2 à 5 de l’article 7. D’autre part, en son préambule, il est stipulé que «  que le droit de pratiquer une langue régionale ou minoritaire dans sa vie privée et publique constitue un droit imprescriptible ». Autant dire que, malgré la déclaration interprétative française, la Cour européenne des droits de l’Homme pourra très bien reconnaître à un justiciable de voir se dérouler son procès en occitan, ou à un couple armoricain de voir célébrer son mariage en breton. Cela constituerait un recul par rapport à l’ordonnance de Villers-Côtterets (1539), chère à François 1er. Juridiquement, rien n’est certain mais le doute est permis. J’avoue que ma confiance dans les jugements futurs de la CEDH n’est pas excessive. Chat échaudé…

Cette charte est européenne. Elle ne tombe pas du ciel. Qui en sont les promoteurs ? Un collectif, la FUEV (Föderalistische Union Europäischer Volksgruppen). Fondée en 1949, présidée par Joseph Martray puis par le séparatiste breton Lemoine, elle n’était pas sans lien avec les réseaux pangermanistes. Elle a malgré tout réussi à devenir un groupe de pression très puissant au point qu’on lui confie la rédaction de cette charte, ayant obtenu un statut de groupe de travail au Conseil de l’Europe. Véritable adversaire de l’Etat-Nation, la FUEV n’a pas rédigé cette charte dans un esprit braudélien, c’est le moins qu’on puisse écrire. Dès lors, comment peut-on rêver d’une alliance Nation-Territoires en acceptant de ratifier un tel texte ? C’est bien dans l’optique d’une Europe des ethnies qu’a été rédigée la charte des langues régionales et minoritaires.

Je veux bien que notre pays s’efforce de préserver son patrimoine linguistique. Mais à condition que nous le décidions nous-même, en nation souveraine. S’appuyer, pour le faire, sur un texte supranational rédigé par des ennemis de l’Etat et de la République, c’est sans moi. Et, franchement, pour commencer à bien vous connaître tous les deux, cela devrait être sans vous.

En 1969, lorsque le Général de Gaulle fit son discours à Quimper, il acta le fait que la nation étant redevenue solide et unie, il était temps de redonner la parole aux provinces et aux territoires. Et il proposa la régionalisation (qui n’était pas une fédéralisation !). Aujourd’hui, nous sommes une nation de moins en moins solide, unie et souveraine ; ce n’est pas le moment de diviser encore davantage le pays. Et puis, franchement, vous pensez vraiment que les langues régionales se meurent parce que nous n’avons pas ratifié cette charte? Il y a aujourd’hui possibilité de passer des épreuves en occitan ou en basque. Ne pas pratiquer le corse dans une école de  Bastia entraîne déjà la convocation de ses parents au rectorat !

Ce qui tue les langues régionales, à l’évidence, c’est l’éclatement des familles, le divorce de masse, la perte de la transmission, notamment au cours des grandes tablées qui réunissaient trois ou quatre générations le dimanche. Aujourd’hui, le dimanche, les Français courent pour rendre les gosses à la maman, ou au papa. Ils ont de moins en moins de temps pour ces grands banquets. Et quand ils forment une famille nucléaire classique, ils préfèrent aller à Casto ou se reposer d’une semaine de travail pas toujours épanouissante. Les nombreuses restructurations économiques intervenues depuis une trentaine d’années ont aussi déplacé de nombreuses populations françaises, de l’est vers l’ouest, et du nord vers le sud, contribuant à faire éclater les cellules familiales et à diluer le fait régional. Ce n’est pas la ratification de cette charte qui réglera ces problèmes.

Chère Natacha, Cher Frédéric, comme le rappelait Philippe Séguin dans un de ses meilleurs discours, « souvenez-vous du cri de Chateaubriand à la Chambre en 1816 : Si l’Europe civilisée voulait m’imposer la Charte, j’irais vivre à Constantinople ! » On ne saurait mieux résumer mon état d’esprit.

*Photo : *Photo : SERGE POUZET/SIPA. 00673312_000001.

François Hollande et l’amour

francois hollande femmes

Comme nous l’écrivions, François Hollande tient sa promesse : il est normal. Il est normal jusque dans ses amours.

Les enfants ressemblent plus à leur temps qu’à leur père, écrit Guy Debord dans ses Commentaires à la société du spectle. On notera donc pour commencer l’aspect libéral-libertaire, très générationnel, de la vision hollandienne du couple. Ce refus obstiné du mariage, cette volonté de « vivre à la colle » comme disaient nos grands-mères, est surtout, derrière la revendication d’émancipation et d’autonomie, une espèce de mépris déguisé d’une institution qui a pourtant fait ses preuves. On ne demande pas au Président de vivre comme dans un roman de Chardonne, où le mariage apparaît comme la seule véritable aventure, une aventure modeste et héroïque, entre renoncements tranquilles et acceptation d’un bonheur qui ne se découvre que dans la durée. Mais au moins pourrait-il nous épargner ce mélange entre une goujaterie matoise et une vision purement consumériste de ce qu’est un couple: on s’aime, tant mieux ; on ne s’aime plus, au revoir. De toute manière, c’était Mitterrand qui lisait Chardonne mais Mitterrand était d’une vieille droite littéraire alors que François Hollande est simplement un moderne, de surcroît tout entier pétri de cette inculture propre aux technocrates d’aujourd’hui. On aurait pu, éventuellement, accepter cette attitude si elle avait été un lointain souvenir de Marx qui voyait dans le mariage bourgeois la forme la plus accomplie de la prostitution. Mais, on a beau faire, pas plus que l’on n’imagine Hollande lire Chardonne, on ne  l’imagine lire Marx. Après tout, n’est-il pas un social-démocrate assumé, maintenant ?

Pourtant,  là où la normalité de Hollande est encore plus forte en la matière, c’est dans le choix des femmes de sa vie. Hollande est désespérant d’endogamie, comme tous les présidents qui l’ont précédé. Examinons un instant ses destinées sentimentales aurait dit Chardonne, encore lui. Il a d’abord longtemps vécu avec une énarque de sa promotion. Ils ont tout fait ensemble : les enfants, les cabinets ministériels, la députation et la candidature à la présidence de la République. Ensuite, François Hollande est tombé amoureux d’une journaliste politique et puis, après la journaliste politique, il a eu une liaison avec une actrice. Quelle originalité ! Quelle prise de risque ! Et surtout quelle vision de la femme française d’aujourd’hui, puisqu’il est bien connu en France que toutes les femmes sont soit des politiques, soit des journalistes, soit des actrices. Et demain, qui sait, il quittera l’actrice pour une patronne de choc dans les nouvelles technologies présentée par Fleur Pellerin.

Dans les contes de notre enfance, il arrivait que les princes tombent amoureux des bergères et c’est pour cela que c’étaient des contes. Plus tard, adolescents romantiques, nous vibrions pour Ruy Blas, le valet qui en pinçait pour une reine,  le « ver de terre amoureux d’une étoile. » Là, on n’est plus chez Chardonne, mais du côté des surréalistes, de l’amour fou et du plus beau poème de Breton, «Union libre. »  Cet amour-là porte en lui le renversement de toutes les valeurs, il est la subversion de l’ordre social, il redistribue les cartes d’un jeu dont les règles s’inventent en même temps qu’on y joue. On ne s’y retrouve plus, on affole les familles, on bafoue la société, on désespère les gouvernements.

François Hollande a peut-être désespéré le sien, de gouvernement, mais uniquement pour des raisons de communication, pas pour des raisons de fond. Ce qui aurait été vraiment subversif, inquiétant, choquant, scandaleux, ce qui pour le coup aurait étonné, c’est que le Président de la République tombe amoureux, par exemple, d’une ouvrière de La Redoute promise au licenciement, d’une infirmière fatiguée dans une maternité sur le point de fermer, d’une prof de français dans une ZEP problématique ou encore d’une fliquette épuisée par la baisse des effectifs dans un commissariat de banlieue.

On imagine le scénario, forcément. Une visite présidentielle dans des conditions houleuses d’un site industriel occupé, les gardes du corps, les CRS, la bousculade. Le président qui se retrouve amené, le temps que les choses se calment, dans un local de repos. Là, une  syndicaliste, la trentaine, les yeux un peu cernés à cause des nuits de veille autour des braseros, lui tend gentiment un café. Leurs regards se croisent et c’est le coup de foudre. Rien ne sera plus comme avant pour le président comme pour la syndicaliste. Elle devient racinienne,

« Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
Je sentis tout mon corps, et transir et brûler. »

Lui devient flaubertien :

« Ce fut comme une apparition. »

Ils se revoient, bien sûr. Il a suffi d’un numéro de portable griffonné qui passe de la main à la main. Tous les deux ont l’impression de trahir et c’est délicieux, cette trahison. Leur nid d’amour n’est pas un appartement des beaux quartiers, c’est la chambre d’un Campanile dans la zone commerciale d’une sous-préfecture improbable. Le président écoute beaucoup la syndicaliste. Elle lui raconte la France à 1 000 euros par mois, la France de la précarité, la France de la peur, la France des vies qui se gâchent dans la mélancolie de l’aliénation.

Comme tous les amoureux, il a soudain envie de changer le monde car les amoureux sont heureux et veulent que le monde soit à l’image de leur bonheur. Plus personne ne comprend quand le Président annonce lors de ses vœux, puis de sa conférence de presse, un tournant radical : le voilà qui parle de démondialisation et même d’une sortie de l’euro, si les Allemands ne veulent vraiment rien comprendre. En attendant, pour relancer la consommation, il augmente les salaires de 20%. On s’étrangle chez les éditorialistes économiques, Standard and Poor’s dégrade la note de la France à BBB+ avec perspective négative, Pierre Gattaz dit qu’on l’égorge, l’UMP appelle à la désobéissance civile, le Front de Gauche demande au président d’éviter l’aventurisme gauchiste et le Front national ne sait plus quoi dire, ce qui repose tout le monde.

Quand le scandale éclate, Closer photographiant le couple montant dans une Clio de location à la sortie du Campanile, François Hollande clarifie très vite la situation. Il publie un communiqué d’une grande délicatesse. La syndicaliste arrive ensuite à l’Elysée avec son fils de six ans qui n’a pas de père. La presse people se moque des fautes de goûts et des bévues protocolaires de la nouvelle première dame, la presse politique s’interroge gravement sur la politique de la France qui serait orientée par les amours présidentielles. Le président s’en moque. Il continue. Sa popularité grimpe en flèche. Il s’en moque aussi. Il se marie avec la syndicaliste, reconnaît l’enfant.

Et cette fois-ci, ses ex comprennent que c’est vraiment fichu : il ne reviendra plus. Quant à la droite, elle, elle comprend que ça va être très compliqué, mais alors très compliqué pour 2017.

Mais Hollande s’en moque aussi. Il se demande même s’il va se représenter.

Après tout, quand on est amoureux, la vraie vie est ailleurs…

 

*Photo :  Zacharie Scheurer/AP/SIPA. AP21509143_000002.

ABCD de l’égalité: non au redressement de la nature humaine

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abcd egalite vallaud peillon

abcd egalite vallaud peillon

Cela a commencé avec le mariage pour tous. On pouvait penser que le mimétisme européen avait joué avec un engagement présidentiel à l’évidence plus facile à tenir que l’inversion de la courbe du chômage.

Cela a continué avec l’affaire Dieudonné et les injonctions du ministre de l’Intérieur qui dépassaient, et de très loin, le cadre de sa mission pourtant si difficile à assumer quand on constate les piètres résultats de la lutte contre l’insécurité en 2013. Ce n’était pas à lui d’intimider les spectateurs des représentations de Dieudonné en leur faisant la morale et en les stigmatisant quasiment. Devaient-ils demander à Manuel Valls la permission de sortir le soir ?

Cela dure avec la conception de la justice socialiste qui, fuyant le réel et ses incommodités, rêve de l’avenir, fantasme sur le futur et élabore ses projets, qui le demeurent, pour un peuple imaginaire merveilleusement à l’écoute et détaché des misères humaines, des tragédies causées par les crimes et les délits.

Cela s’aggrave avec la théorie du genre et, même si les démentis des ministres sont sincères, il y a une aspiration de ceux qui nous gouvernent à faire de l’école et de l’enseignement tout autre chose que ce qu’ils devraient être. Apprendre, lire, écrire, calculer, s’imprégner de notre Histoire de France, se former à la passion des grands auteurs et de la littérature, apprivoiser les langues étrangères, autant d’objectifs et d’ambitions qui, pour être d’une heureuse banalité, sont aujourd’hui peu ou prou relégués au profit d’une éducation même plus civique mais bouleversante, destinée à constituer les établissements pour des lieux d’expérimentation et d’indifférenciation des sexes.

Dans 600 écoles de dix académies, si on n’apprend pas aux garçons à devenir des filles, les nouveaux ABCD de l’éducation, de la grande section de maternelle au CM2, s’assignent pour but de lutter contre les stéréotypes filles-garçons. « Nous voulons tout de même qu’il y ait égalité entre les hommes et les femmes au sein de la société, dans le choix d’un métier », a déclaré Vincent Peillon (Le Parisien).

Soit, mais si une telle ambition est légitime, incombe-t-il à l’école de superposer sans cesse à ses missions fondamentales de plus en plus négligées des prises de conscience et des ateliers vecteurs d’une bouillie éthique et sociale difficilement assimilable ? L’enseignement est-il voué à diffuser une certaine conception de la morale qui se résume peu ou prou à un féminisme même plus raisonnable ? Serait-il absurde de laisser aux parents, aux familles, aux vies amoureuses et à l’influence aussi bien forte que subtile des hommes et des femmes dans leurs relations quotidiennes, la charge, l’honneur de se faire progresser, d’avancer en lucidité, en égalité ? La vie privée du président serait sacrée mais les intrusions dans notre sphère d’existence tolérables ? Est-il normal de poser la main de l’Etat, sa volonté orientée, son idéologie plus sectaire – une seule vision, toujours, de l’humain, de sa liberté, de sa responsabilité – qu’équitable, sur un monde qui appelle d’autres démarches, et surtout pas de la politique même déguisée en soie, en velours et en injonctions patelines à suivre ? Pourquoi s’immisce-t-il dans ce qui nous regarde au premier chef ?

Avec ces insensibles ou ostensibles dérives, je perçois l’émergence, dans la démocratie selon François Hollande, d’îlots de totalitarisme mou, d’un caporalisme collectif qui s’en donne d’autant plus à coeur joie qu’à défaut de changer le monde, de réformer la France, le pouvoir n’a plus que la ressource de s’en prendre aux « fondamentaux », aux permanences, aux stabilités, à l’ordre, aux évidences de la nature.

Il y a de manière dévastatrice, sur tous les plans, une obsession de rupture. Si, en effet, parfois le naturel mérite d’être amendé ou complété par le culturel, nous n’en sommes plus là avec ce gouvernement. Pourquoi a-t-il une telle hantise devant ce qui coule de source, ce qui a été admis durant des siècles, ce qui a fait ses preuves et qui autorise une politique digne de ce nom ? Pourquoi la nature et ses leçons inspirent-elles autant de dégoût à ce pouvoir ? Parce que ce qui est proche, accessible, irréfutable, légitime fait peur ? Qu’on met le désordre et l’agitation là où on peut ? Que, dépassés par la nature, on a pris le parti de lui faire la peau ? Que la culture est un beau mot qui à force d’être exploité tourne à vide mais qu’on prétend s’en servir comme arme de guerre contre l’intolérable pesanteur des comportements et des déterminismes parce que ceux-ci seraient en eux-mêmes pervers ?

Parce que cette gauche ne sait plus quoi faire pour se faire remarquer. Alors elle change l’insupportable cohérence née du passé et du pragmatisme.

Ce totalitarisme qui pointe est soft, certes, mais clair et net. Logique aussi : la liberté est en effet une ennemie. Partout.

Pourquoi prétendre, à toute force ou à coups fourrés, dénaturer, confondre, enjoindre, ne pas succomber à l’immédiate compassion pour les victimes, détourner les institutions et les services de leur but, déséquilibrer une société, dégrader les identités, instiller de la mauvaise conscience dans des liens qui se sont toujours construits en s’opposant, qui s’opposent mais se complètent, quel besoin a l’Etat de venir s’immiscer dans ce qui ne le concerne pas ?

J’écoute, je lis Vincent Peillon et Najat Vallaud-Belkacem. Le premier : « La lutte contre les stéréotypes de genre – les opinions toutes faites sur les femmes et les hommes – et l’homophobie doit être menée avec force à tous les niveaux d’enseignement ». La seconde : « La théorie du genre, qui explique « l’identité sexuelle » des individus autant par le contexte socio-culturel que par la biologie a pour vertu d’aborder la question des inadmissibles inégalités persistantes entre les hommes et les femmes ou encore de l’homosexualité et de faire oeuvre de pédagogie sur ces sujets » (Le Figaro).

Pourquoi pas ? Mais il y a des politiques et des ministres pour cela. Ce prêchi-prêcha n’a pas sa place à l’école.

Les homosexuels se marient parce qu’il convenait de fabriquer une égalité artificielle. Des spectateurs sont réprimandés parce qu’ils croyaient avoir le droit, en démocratie, d’assister à des spectacles selon leur bon plaisir. L’angélisme gouvernemental s’obstine à faire céder les évidentes compassions pour les victimes et la rigueur qu’elles appelleraient en retour face aux constructions idéologiques gangrenées par la fuite du réel et fondées sur un autre peuple que celui, insupportable, réclamant sécurité et justice. L’école, les petits enfants et les enseignants sont embarqués dans un processus qui vise à déconstruire et à troubler. Le progressisme niais non seulement accable mais fait perdre son temps à un service public qui devrait pouvoir se concentrer sur l’essentiel.

Le naturel, partout, est chassé au galop.

Je suis contre le RNH. Contre le « redressement de la nature humaine » dont ce pouvoir s’est fait une dangereuse spécialité.

 

*Photo : ECARPENTIER-POOL/SIPA. 00652846_000001.

La femme qui aimait l’automobile

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francoise sagan retromobile

francoise sagan retromobile

Le Salon Rétromobile, Panthéon de l’automobile de collection, ouvrira ses portes du 5 au 9 février avec, en apothéose, une vente aux enchères Artcurial dédiée aux voitures de stars (l’Aston de Richard Anthony, la Packard de McQueen, la Rolls de BB et d’Aznavour, etc…).

C’est pour nous l’occasion de retracer le parcours d’un écrivain amoureuse de la vitesse et authentique star : Françoise Sagan.  « J’ai claqué des centaines de millions anciens. Comment j’ai fait ? Je ne sais pas » disait-elle. À une époque où les écrivains sont plus attentifs à la courbe de leurs ventes qu’à leur style, cette formule de Sagan en dit long sur sa personnalité. Derrière ce visage de petite fille modèle, ce charmant petit monstre comme l’écrivait François Mauriac, Sagan avait décidé de s’octroyer toutes les libertés et en premier, celle d’écrire. Rien ne prédestinait pourtant cette enfant des beaux quartiers à devenir écrivain, si ce n’est un caractère porté sur la nostalgie et la valse des sentiments. Elle avait compris que sans mélancolie, il n’y a pas de grand livre. La parution de « Bonjour Tristesse » allait lui ouvrir les portes de la littérature avec ces excès d’euphorie et ces gouffres intérieurs.

De son vrai nom, Françoise Quoirez aura nourri deux passions dans sa vie : l’écriture et la vitesse. Très tôt, elle a été bercée au son des mécaniques survoltées. Son père, Pierre Quoirez s’était lié d’amitié avant-guerre avec l’ingénieur Jean-Albert Grégoire, l’homme qui inventa la Traction Avant. Sagan a donc entretenu une passion des automobiles qui va au-delà de la simple envie de parader au volant de voitures de sport dans les ruelles de St-Tropez ou sur le Boulevard St-Germain. Peu d’écrivains ont, en fait, si bien parlé de ce sentiment de légèreté et d’abandon que procure la vitesse.

Trois voitures des années 50 auront été décisives dans sa carrière et tout simplement dans sa vie de femme. Bien sûr, celle qui avait coutume de dire par provocation, mais aussi par accès de sincérité « d’un certain côté, c’était vrai que j’aimais les Ferrari et l’alcool», a possédé de nombreuses voitures. La première est celle de ses débuts, de la mise en place d’un destin hors norme. Le 6 janvier 1954, une jeune fille mineure de 18 ans dépose chez l’éditeur René Julliard un manuscrit qui allait changer le cours de sa vie. Elle inscrit sur la chemise « Françoise Quoirez, 167 boulevard Malesherbes, Carnot 59-81, née le 21 juin 1935 ». Elle n’a pas caché à son entourage proche qu’elle écrivait un roman. En 1953, elle vient de rater son examen de propédeutique. Elle a du temps devant elle, le goût des livres et la certitude qu’elle sera un écrivain riche et célèbre. Sa mère, plus attachée aux conventions de son milieu, n’y voit qu’un passe-temps aussi prenant que le point de croix ou la canasta. En revanche, son père et son frère Jacques ont su très vite que Françoise avait un don, une intelligence électrique, un sens de l’observation, une fragilité de façade, une obstination sans limite, enfin toutes les qualités pour souffrir donc pour écrire. Après avoir fait lire son manuscrit à François Le Grix, son meilleur lecteur, Julliard l’emporte avec lui le soir-même. Il est emballé par cette histoire amorale pour l’époque et en homme d’affaires avisé, il sent qu’un phénomène littéraire est en train d’éclore. Il sera le maître d’orchestre de cette déferlante qui secouera pendant cinquante ans la vie littéraire française. Dès le lendemain, il donne rendez-vous à Sagan dans son appartement du 14, rue de l’Université. Pour se donner du courage, Françoise avale un grand verre de cognac et prend la Buick de son père. Il va sans dire qu’elle n’a pas encore le permis de conduire. Cette imposante américaine allait d’une certaine façon sceller son destin.

Chez Sagan, littérature et automobile forment un couple indissociable. Le spectacle devait être étonnant, une jeune fille légère comme une plume derrière le volant d’une Buick lourde comme un paquebot. On dirait presque le début d’un roman et pourtant il s’agit bien de la vie de Sagan. La suite est aussi surréaliste, Julliard lui signe un chèque de 50 000 francs libellé à l’ordre de son père qui lui conseille de tout dépenser. Durant son existence, elle s’appliquera à respecter cette volonté paternelle. Son livre obtient le prix de la critique et la machine Sagan est lancée.

Un million d’exemplaires vendus, traduit dans vingt-cinq langues, « Bonjour Tristesse » bouleverse les règles de l’édition. Du jour au lendemain, Sagan devient une star. Les paparazzi font le siège de son appartement. Elle sort tous les soirs, fréquente le tout-Paris, débarque à New York auréolée d’une gloire sulfureuse. Sagan vit dans l’instant, elle est trop exaltée pour mettre de l’argent de côté, ce serait une déplorable faute de goût. Élégante, elle l’est dans son écriture soyeuse et perfide, elle l’est aussi dans le choix de sa deuxième voiture. Cette fois-ci, elle a le permis, elle n’a plus besoin d’emprunter la Buick de son père, elle s’offre une Jaguar XK 140 d’occasion qu’elle paye comptant 1 300 000 francs, une somme considérable pour l’époque. Cette deuxième voiture affiche la couleur rouge du désir. Sagan s’affirme. Elle vivra dorénavant selon ses propres codes, personne ne lui dictera sa conduite. La photo d’une Sagan échevelée, pieds nus, au volant de cette Jaguar fera le tour du monde. A sa mort, on ressortira même ce cliché car il est le condensé exact d’une existence où derrière une apparente frivolité se niche un désespoir plus profond. Dans son livre « Avec mon meilleur souvenir » paru chez Gallimard en 1984, elle écrira que la vitesse « décoiffe tous les chagrins : on a beau être amoureux fou, en vain, on l’est moins à deux cents kilomètres à l’heure ».

Sa troisième voiture lui fera prendre conscience des dangers de la route. Comme une longue rédemption, l’accident de 1957 à bord de l’Aston Martin DB Mark III la blessera dans sa chair ce qui lui fera dire bien plus tard « jusqu’à mon accident de voiture, je m’étais crue invulnérable. Je ne pensais pas que cela pût m’arriver, ni même d’être malade. Et puis soudain : la catastrophe ». Bilan : crâne ouvert, onze côtes cassées, l’omoplate, les deux poignets et les deux vertèbres abîmés. Et surtout une addiction au Palfium, une puissante drogue qui lui donnera le goût des paradis artificiels.

Ce jour-là, tout avait démarré sur un air de fête. Le couple Dassin prévient au téléphone qu’il a crevé en route avec sa Peugeot 203, il faudra les attendre. Françoise Sagan toujours aussi impatiente veut aller à leur devant. Elle embarque dans son Aston Martin, l’écrivain Bernard Frank, le journaliste Woldemar Lestienne et Véronique Campion. Les amis se retrouvent en chemin. Embrassades de circonstance et tout cette joyeuse bande reprend la route. Sur le chemin du retour, l’Aston Martin dérape sur le bas-côté et bascule dans le fossé. Les trois passagers sont éjectés, seule Françoise reste bloquée dans cet amas de ferrailles. On la transporte d’urgence à l’Hôpital de Corbeil, un prêtre s’apprête à lui donner l’extrême-onction, son frère s’y refuse et la transfère à la clinique Maillot de Neuilly. Si elle ne succombe pas à ses blessures, la douleur qu’elle allait endurer toute sa vie, lui rappellera la fragilité de cette vie.

 

À lire : Madame Sagan : à tombeau ouvert, une biographie de Geneviève Moll, J’ai lu.

Salon Rétromobile du 5 au 9 février – Porte de Versailles – Pour plus de renseignements :

www.retromobile.com

 

*Photo : WITT/SIPA. 00652351_000041. 

 

Grand Siècle, l’Etat policé

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amour courtois lumieres

amour courtois lumieres

Lorsqu’il parcourt près de deux siècles de pensée morale et philosophique, à travers l’Europe française et anglaise, puis jusqu’au Nouveau Monde, Philippe Raynaud nous fait cette première politesse d’être clair, toujours didactique, mais jamais universitaire. C’est l’habitude de notre grand professeur dira-t-on, mais ici le projet – étudier « les lois, les mœurs, les manières » des hommes, au regard de la politesse, de compagnie avec les « philosophes » des Lumières – était pour le moins périlleux. L’art de vivre de l’Ancien Régime est en effet une matière suffisamment rebattue pour que l’on croie que tout en a été dit, ou bien qu’on la réduise à un chromo.[access capability= »lire_inedits »]

Mais sous la plume de Raynaud, on découvre que ce que l’on nomme « politesse », « civilité » ou « affabilité » constitue l’origine de notre pensée politique et philosophique. Remontant au Grand Siècle, français bien entendu, formalisation de cet esprit de « civilisation » contre la barbarie extérieure et intérieure, Philippe Raynaud montre quelle dialectique, quelle ambivalence native la politesse porte en elle. Art de « polir » les rapports humains, d’éviter les rugosités de tempérament, les frottements d’individus destinés à vivre en société, il est considéré du même mouvement comme un ferment d’hypocrisie qui s’oppose à la véritable charité pour les chrétiens ou à la sincérité pour les autres. Ainsi, pour Montesquieu, la politesse « flatte les vices des autres, et la civilité nous empêche de mettre les nôtres au jour : c’est une barrière que les hommes mettent entre eux pour s’empêcher de se corrompre ».

À rebours, pour Rousseau, la conversation de salon, apanage de Paris, « apprend à plaider avec art la cause du mensonge », à quoi il oppose, après Voltaire, la franchise anglaise dont le régime parlementaire libéré de l’absolutisme révèle le retour aux valeurs saines des peuples. Vint ensuite Kant, qui tranche en affirmant que la Providence a voulu que l’homme ne soit pas totalement ouvert aux autres pour cela, même qu’il porte le mal en lui, et que la politesse est donc le masque nécessaire et bienveillant de cette distance. Après la rupture révolutionnaire, continue Raynaud, le problème se déporte outre-Atlantique où, dans une société sans classes, la politesse devient le plus sûr moyen de faire cohabiter les hommes.

C’est l’histoire démocratique qui commence, et que nous n’avons pas achevée car, comme dit à son tour Marcel Gauchet, s’il n’est écrit nulle part dans la loi que nous dussions être polis avec notre voisin, dès que l’incivilité grandit, l’on voit bien que la démocratie est égratignée.

La politesse des Lumières, Philippe Raynaud, Gallimard, 2013.[/access]

À propos de Jour de colère

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jour colere pichon

jour colere pichon

Mon cher Jacques,

J’ai lu avec attention ton petit billet prenant à partie les organisateurs de Jour de Colère.

Je ne me porterai pas de jugement sur la ligne géopolitique atlantiste de Causeur en rupture avec la longue tradition française d’indépendance du Général de Gaulle. Depuis quelques jours, ce magazine qui se veut non-conformiste hurle avec les loups dans des termes qui n’ont rien à envier à la gauche boboïsante, mondialiste et cocaïnomane ni au «Petit Journal »de Canal +.

Je n’ai pas le sentiment que nous parlions de la même manifestation. Tu t’es peut être fondé sur les déclarations de Frédéric Haziza – dont on ne pas dire que la tempérance et la prudence soit les vertus premières – ou sur celles de Rioufol dans le quotidien bourgeois des exilés fiscaux.

Qu’il y ait eu des slogans et des dérapages – que par ailleurs je condamne- en fin de cortège notamment chez certains groupes de quenelliers quelque peu bigarrés ou quelques groupuscules dissous qui se complaisent dans le rôle de méchant du film vu par le petit journal, je ne le nie pas. Mais certains désinformateurs ont prétendu  entendre des « juifs hors de France  » en lieu et place de « Crif hors de France ».On peut légitimement critiquer un communautarisme sans critiquer les communautés.

J’ajoute que, dès le départ, les organisateurs avaient pris soin par avance de condamner par avance tout appel à la haine quel qu’il soit.

Mais il serait parfaitement malhonnête de réduire à ces incidents marginaux et ultra-minoritaires, cet immense rassemblement populaire coagulant des gens de tous horizons dans une expérience totalement inédite et qui est très certainement le succès de cette journée : catholiques versaillais côtoyant des jeunes des cités, bonnets rouges, chefs d’entreprises, artisans, chômeurs et même cégétistes.

Et c’est derrière le drapeau tricolore que cette foule bigarrée et diverse a marché pendant 6 km sous la pluie, unie contre un gouvernement qui se livre à une entreprise systématique de destruction de tous les fondamentaux de l’anthropologie humaine, de la famille, du lien social  et de la patrie.

Oui, j’ai vu des chômeurs et artisans bonnets rouges de Quimper payer leur billet de train 114 euros côtoyer des Jennifer et des Salima (non voilées) brandissant des drapeaux tricolores à côté des Charles-Henri, Louis-Gonzague ou Marie-Sixtine.

Non nous n’étions pas des supplétifs du Medef ni d’un certain patronat qui se veut chrétien qui n’a pas donné un sou pour cette manif que nous avons payée de notre poche et d’une misérable cagnotte qui a récolté à ce jour 8 000 euros. Ce même patronat qui nous bassine avec des conférences sur l’éthique et la finance et dans le même temps cautionne la mondialisation libérale, le travail le dimanche ou encore les délocalisations.

Je ne parlerai pas des gardes à vue ni des méthodes honteuses de la police française – la même qui déportait les juifs au Vel’ d’hiv – embarquant, parquant, traitant de « sales cathos » des jeunes filles de 18 ans qui n’avaient pas pu quitter la place parce que les CRS de M. Valls, incapables de ramener la paix sociale dans des banlieues gangrenées par les dealers et les salafistes (les amis de BHL qui soutient l’opposition syrienne), sont utilisés à réprimer la plus belle jeunesse de France.

J’aimerai, Jacques, que tes amis de Causeur aient quelques mots de compassion plutôt que de s’écouter parler comme des esthètes nombrilistes dans les soirées enfumées et décadentes du cercle cosaque.

Quant à l’antisémitisme, tu sais que ceux qui me connaissent ne trouveront pas la moindre once de suspicion en ce sens ni à l’encontre du moindre des organisateurs.

Lorsque Dieudonné, que nous n’avons pas sollicité, a appelé à venir à cette manifestation, bien qu’embarrassés nous avons finalement décidé de ne pas céder aux injonctions hystérico-laïcisantes de certains qui veulent parquer des musulmans dans des camps (j’en connais un paquet chez Causeur et j’aimerai que tu les condamnes de la même manière) et des cerbères de la pensée unique.

Et nous l’avons fait parce que nous sommes attachés à la liberté d’expression.

Et puisqu’il faut parler de la question Dieudonné, oui je crois intimement que l’instrumentalisation du CRIF et de la LICRA par M. Valls ces dernières semaines dessert infiniment plus la communauté juive que quelques vociférations stériles. Je crois que l’arrogance de certaines personnes qui prétendent parler au nom des juifs de France est le plus fervent moyen de propagation de l’antisémitisme que je condamne évidemment par ailleurs.

Pour ma part, je refuse de choisir entre le camp de ceux qui, à l’instar  de BHL, veulent nous embarquer dans une guerre pour les multinationales, les pétrodollars et les émirs du Qatar ou de ceux qui, par haine du système,  s’allieraient avec le diable.

Mon seul combat politique est celui de mon pays, la France fille aînée de l’Eglise. C’est celui du bien commun qui vise à rassembler et non à diviser les personnes de tous horizons dès lors qu’ils s’inscrivent dans cette magnifique lignée.

Le combat actuel est difficile, passionnant, il y a des lignes qui bougent. Cela ne se fera pas sans heurts ni ajustements. Et parfois même des erreurs. Les divergences de vue stratégiques ont leur place ainsi que les critiques. Mais en entendant ceux qui – au nom du Christ – donnent des leçons de catholicisme parce qu’ils seraient au-dessus de la mêlée, je ne peux m’empêcher de penser à ces kantiens dénoncés par Péguy : « Le kantisme a les mains pures mais il n’a pas de mains. »

*Photo : MEUNIER AURELIEN/SIPA. 00674233_000002.

Les désillusionnés de La nuit étoilée

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denis tillinac portrait

denis tillinac portrait

Depuis la fin des années soixante, depuis le délicat et subtil Spleen en Corrèze, Denis Tillinac nous donne à lire des romans à la fois mélancoliques, doucement désabusés, et hérissés de beaux éclats d’énergie. Tillinac, c’est un peu la mélancolie de Patrick Modiano avec l’énergie de Maurice Barrès. La nuit étoilée,  en référence à la toile de Van Gogh poursuit dans cette veine d’une tristesse altière et digne.

Il nous invite à suivre trois personnages singuliers : Marcile Kalf, écrivain d’une érudition étonnante, Victor, son éditeur parisien, et Claire, maîtresse du premier et dont est follement amoureux le second. Ils ont allègrement dépassé les soixante ans; elle n’en a pas quarante, affiche une classe, une allure et un charme auxquels il est impossible de résister.

Le monde actuel n’est pas le leur. Ils se réfugient dans l’art, leur thébaïde. Ils croient en la Beauté. Claire, elle, croit aussi en Dieu. C’est sa force. Kalf  y croit-il, en Dieu? À sa manière, certainement. Victor, dandy humble et désabusé, lui, croit en Claire. Et à son ami Kalf. Ils forment un trio improbable, vraiment décalé, c’est à dire sans cales, sans attaches, sans ancres.

Denis Tillinac nous fait entendre leurs voix, et découpe son roman avec les deux  récits de Victor qui encerclent celui de Claire. Ils tentent, en fait, de cerner le personnage de Marcile Kalf. Victor raconte qu’il l’a déjà croisé avec Philippe Muray, qu’il rend parfois visite à Cioran, déambule dans les allées du Luxembourg avec Cossery, « cet écrivain égyptien hâve et squelettique, au cou de condor, usant lui aussi d’un fume-cigarette et que je voyais souvent attablé chez Lipp, toujours seul, le regard tourné vers l’intérieur« . Il confie que Marcille a connu Jean-Claude Pirotte, « un poète belge saturé de mélancolie qui vivait en Arbois dans le Jura mais venait parfois s’échouer dans les bars du Quartier latin, comme une mouette blessée s’abrite sous les anfractuosités d’une falaise« .

Lors de leurs pérégrinations, Marcile veut voir la tombe de Paul-Jean Toulet à Guéthary. Il va également assister à un match de rugby, affirme que son idole est Boniface, tout comme il voue un culte à d’Artagnan, Bob Morane, Quentin Durward, Anquetil et Kopa. Au fil des conversations se dévoilent les étranges relations qui unissent Claire à Marcile Kalf. Il est devenu son maître; elle est son esclave, ne s’en cache pas : « Soudain des vannes en moi s’ouvrent, comme si mon cœur se vidait de ses scories. Mon cœur, mon âme. Mon corps aussi, je me rejoins. Une évidence s’impose : Marcile est l’homme de ma vie. Depuis longtemps je n’étais heureuse qu’en sa présence. Heureuse et vraie : avec lui, pas de rôle, pas de frime, rien qu’une jeune femme paumée, encombrée de soi. Encombrée de ce moi que je traîne comme un boulet. » Et un peu plus loin, cette confidence de Claire : « Être… Oui, être son esclave. Le mot m’a surpris. Je l’ai retourné sous toutes ses facettes. Esclave! Quelle transgression plus absolue, dans ce monde où la femme « moderne » se gausse de sa « liberté », de son « autonomie »? Moderne, j’en présente les extérieurs puisque je dispose de mon argent et de mes jours à ma guise. En vue de quoi? De rien. Ma liberté, avec quoi rime-t-elle? Avec rien. Mon autonomie? La cage dorée de ce moi que j’ai fini par prendre en grippe. Autant que Marcile, je suis dans ce monde comme un taulard dans sa geôle. Autant que lui mais sans son génie, je m’évertue à en distendre les barreaux. Sans lui je n’en ai pas la force. »

Ce huis-clos sombre entre ces trois personnages désenchantés sonne si juste qu’il en devient poignant.

La nuit étoilée, Denis Tillinac, Plon

*Photo: BALTEL/SIPA. 00537318_000015.

Le sport, dernière Bastille sexiste

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parite femmes sport

parite femmes sport

On ne peut pas dire que la gauche au pouvoir, modèle Hollande- Vallaud-Belkacem, ait ménagé ses efforts pour lutter contre les préjugés sexistes qui perdurent dans notre société. Dans quelques semaines, toutes les communes de plus de mille habitants seront pourvues de conseils municipaux strictement paritaires. Il en sera de même, dans quelques mois, pour les départements, avec l’astucieuse invention de cantons élisant des « binômes », un homme, une femme pour siéger dans les conseils généraux.

L’école se voit assigner comme tâche prioritaire de compenser la reproduction des stéréotypes masculins et féminins par des familles rétives à inciter leurs petits garçons à jouer à la poupée, et leurs petites filles à faire vroum-vroum avec le dernier modèle réduit de Porsche Cayenne.

On devrait pouvoir constater, dans quelques décennies, les bienfaits de ce combat historique contre le déterminisme biologique auquel notre espèce s’est  trop longtemps soumis, sous l’influence de religions inventées par des mâles.

Il reste pourtant un domaine qui résiste farouchement à participer à ce grand mouvement émancipateur du XXIème siècle, le sport, dans lequel une partie importante de nos concitoyens investissent des affects intenses, comme pratiquant(e)s ou spectateurs(trices).

On tente bien, du côté de chez Valérie Fourneyron, ministre socialiste de l’effort physique, de se mettre au goût du jour en imposant la présence de femmes dans les bureaucraties des fédérations sportives (ce dont les habitués des tribunes du Parc des Princes se fichent totalement), ou d’exhorter les fans de football à se passionner autant pour les exploits des «  Bleues » que pour ceux de la bande de voyous qui porteront nos couleurs au Brésil. Cause toujours, tu m’intéresses…

À l’exception de quelques sports comme le tennis, l’athlétisme ou le ski, dans lesquels les athlètes de sexe féminin (à l’exception de quelques tricheurs devenus tricheuses) jouissent d’un notoriété presqu’égale à celle de leurs homologues masculins, le reste du monde sportif réserve la gloire et la fortune aux champions mâles.

Cela doit cesser, et il n’est pas de tâche plus urgente que de « dégenriser », si l’on ose écrire, la pratique des sports les plus populaires, football, rugby, cyclisme. L’exemple de l’école, où la mixité à tous les niveaux s’est imposée à partir des années soixante du siècle dernier, doit maintenant être progressivement étendu   aux stades, et même au Tour de France. Cela commencera par une concertation nationale réunissant les pouvoirs publics, les fédérations sportives, les associations de supporters. Le gouvernement leur soumettra gentiment, mais fermement ses projets de réforme des règles des compétitions qu’ils organisent. Ainsi, toute équipe de football, de rugby, de cyclisme devra paritairement être composée d’hommes et de femmes, sur le terrain comme sur le banc de touche. On veillera à ce qu’aucune discrimination salariale ne soit tolérée en fonction du sexe. Dans le cas où une joueuse devient indisponible pour cause de maternité, un joueur masculin de l’équipe sera invité à prendre un congé parental de même durée pour s’occuper de ses gosses. On laissera ouverte au champ de la négociation la question de permettre, au rugby, aux dames d’être affectées aux postes d’avant, car il existe un risque, pour elles, d’être victimes de gestes déplacés au sein de la mêlée…Des crédits seront dégagés pour modifier l’agencement des vestiaires et des douches pour que la pudeur de chacun et de chacune soit préservée.

Dans le tour de France, on supprimera le classement individuel pour le remplacer par le seul classement par équipe, et France 2 sera invitée à retransmettre un temps équivalent des péripéties du peloton des dames et de celui des messieurs. Jean-Paul Ollivier se verra adjoindre une coéquipière d’égal talent pour décrire les merveilles de notre patrimoine sur le parcours de la Grande Boucle.

Pour les sports individuels, on appliquera la règle du binôme : courses, lancer et sauts verront des couples s’affronter, le vainqueur étant celui qui réalise la meilleure performance totale. Ainsi les champions du monde du 100 mètres plat 2013 seront les Jamaïcains Usein Bolt – Shelly Ann Fraser-Pryce en 20 secondes 48 centièmes. Pourquoi n’avait-on pas pensé à cela plus tôt ?

*Photo : NIVIERE/CHAMUSSY/SIPA. 00641997_000012.

Syrie : les enfants français du jihad

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syrie jihad valls

syrie jihad valls

Pendant toute l’année 2013, les élites politiques et médiatiques ont appelé l’opinion à soutenir une intervention en Syrie pour renverser la dictature baassiste en place. Parmi ces interventionnistes, venus de droite comme de gauche, chacun proposait, qui d’envoyer des armes aux rebelles, qui d’envoyer des experts militaires pour aider les rebelles, qui d’envoyer des soldats, qui de bombarder les forces gouvernementales. Une cacophonie interventionniste, bienveillante naturellement. Au nom du droit d’ingérence.

Pendant longtemps, la question du mélange des jihadistes fondamentalistes et des rebelles démocrates fut éludée. Quand elle est apparue évidente, les voix appelant à l’intervention se sont faites plus discordantes. Pourtant, même au sein du gouvernement, ministre des Affaires étrangères en tête, l’appel au soutien actif à la rébellion s’est fait entendre.

Laurent Fabius s’est fait entendre et il a même très bien été entendu. Selon le Ministère de l’intérieur, plus de 700 français ont quitté la France pour s’enrôler dans les rangs de la rébellion, aux côtés des jihadistes.

Plusieurs pères de famille s’en sont inquiété et certains ont réussi à récupérer in extremis leurs enfants partis en Syrie. Ils sont aujourd’hui de retour en France, entendus par la justice qui veut les inculper « d’association de malfaiteurs en vue de commettre des actes de terrorisme ». D’autres sont actuellement jugés en correctionnelle pour le même motif.

Une question se pose aujourd’hui. Qui sont les malfaiteurs ? Qui sont les apprentis terroristes ? Ceux qui sont partis en Syrie la fleur au fusil et dans la barbe ? Ou ceux qui jour après jour les y ont encouragés sur les ondes, à la télévision, au gouvernement ?

Un gouvernement qui joue les boutefeux, qui soutient la rébellion et qui ose accuser ceux qu’il a conduit à s’enrôler dans la rébellion d’être des malfaiteurs et des terroristes ? Un gouvernement qui s’est activé tout a long de 2013 sur le front de l’interventionnisme en Syrie via le ministère des Affaires Etrangères et qui s’active en 2014 sur le front de la répression des soldats perdus du jihad, via le ministère de la Justice. Quelle responsabilité ! Je n’aimerais pas être à leur place.

*Photo : AP21512995_000001. Anonymous/AP/SIPA.

Charte des langues régionales et minoritaires : un piège européen

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drapeau europe region

drapeau europe region

Depuis samedi et la parution de la chronique de Natacha Polony dans Le Figaro, j’avais déjà l’idée de lui répondre et voilà qu’hier, Frédéric Rouvillois en remet une couche sur cette fameuse charte sur Causeur. Que mes deux amis me pardonnent mais, dans leurs plaidoyers respectifs contre « l’uniformité » jacobine, ils omettent quelques éléments qui ne sont pas sans importance.

Avant de vous les indiquer, chère Natacha, cher Frédéric, permettez-moi de vous rassurer : je ne suis pas -ou précisément je ne suis plus- le jacobin obtus que vous imaginez. J’ai longtemps pensé, effectivement, fruit de mon engagement séguino-chevènementiste et de mon origine -la Franche-Comté- dénuée de langue régionale, que mon jacobinisme était inséparable de mon attachement au triptyque Nation-Etat-République. C’est vous, Natacha, qui avez contribué à me faire évoluer sur le sujet. Je suis désormais plus sensible à cette diversité célébrée par Braudel et j’ai fini par trouver incohérent de la célébrer à mon tour sur les seuls plans géographiques et gastronomiques. Autant le reconnaître, la perspective d’allier la République à la diversité de ses territoires contre la globalisation avait même de quoi me séduire.

Seulement voilà, il ne nous est pas demandé de célébrer la diversité linguistique française, ce qui a du reste a déjà été fait en 2008, comme vous le rappelez, chère Natacha. Il nous est demandé de ratifier une charte. Une charte européenne. Et une charte européenne de promotion des langues régionales, certes, mais aussi minoritaires, ce que vous omettez tous les deux (opportunément ?). Cette charte pourrait avoir des conséquences inquiétantes sur notre droit.

Lors de la signature de cette charte, Lionel Jospin avait demandé à un juriste d’en étudier ses effets. D’après ce dernier, on pouvait adjoindre à la charte une déclaration interprétative permettant à la France de ne ratifier que 35 articles sur 98. Aujourd’hui, la possibilité de pouvoir piocher à la carte dans les articles de cette charte n’est plus si évidente. Son article 21- que les députés viennent d’approuver – dispose que le texte interdit toute réserve, hormis sur les paragraphes 2 à 5 de l’article 7. D’autre part, en son préambule, il est stipulé que «  que le droit de pratiquer une langue régionale ou minoritaire dans sa vie privée et publique constitue un droit imprescriptible ». Autant dire que, malgré la déclaration interprétative française, la Cour européenne des droits de l’Homme pourra très bien reconnaître à un justiciable de voir se dérouler son procès en occitan, ou à un couple armoricain de voir célébrer son mariage en breton. Cela constituerait un recul par rapport à l’ordonnance de Villers-Côtterets (1539), chère à François 1er. Juridiquement, rien n’est certain mais le doute est permis. J’avoue que ma confiance dans les jugements futurs de la CEDH n’est pas excessive. Chat échaudé…

Cette charte est européenne. Elle ne tombe pas du ciel. Qui en sont les promoteurs ? Un collectif, la FUEV (Föderalistische Union Europäischer Volksgruppen). Fondée en 1949, présidée par Joseph Martray puis par le séparatiste breton Lemoine, elle n’était pas sans lien avec les réseaux pangermanistes. Elle a malgré tout réussi à devenir un groupe de pression très puissant au point qu’on lui confie la rédaction de cette charte, ayant obtenu un statut de groupe de travail au Conseil de l’Europe. Véritable adversaire de l’Etat-Nation, la FUEV n’a pas rédigé cette charte dans un esprit braudélien, c’est le moins qu’on puisse écrire. Dès lors, comment peut-on rêver d’une alliance Nation-Territoires en acceptant de ratifier un tel texte ? C’est bien dans l’optique d’une Europe des ethnies qu’a été rédigée la charte des langues régionales et minoritaires.

Je veux bien que notre pays s’efforce de préserver son patrimoine linguistique. Mais à condition que nous le décidions nous-même, en nation souveraine. S’appuyer, pour le faire, sur un texte supranational rédigé par des ennemis de l’Etat et de la République, c’est sans moi. Et, franchement, pour commencer à bien vous connaître tous les deux, cela devrait être sans vous.

En 1969, lorsque le Général de Gaulle fit son discours à Quimper, il acta le fait que la nation étant redevenue solide et unie, il était temps de redonner la parole aux provinces et aux territoires. Et il proposa la régionalisation (qui n’était pas une fédéralisation !). Aujourd’hui, nous sommes une nation de moins en moins solide, unie et souveraine ; ce n’est pas le moment de diviser encore davantage le pays. Et puis, franchement, vous pensez vraiment que les langues régionales se meurent parce que nous n’avons pas ratifié cette charte? Il y a aujourd’hui possibilité de passer des épreuves en occitan ou en basque. Ne pas pratiquer le corse dans une école de  Bastia entraîne déjà la convocation de ses parents au rectorat !

Ce qui tue les langues régionales, à l’évidence, c’est l’éclatement des familles, le divorce de masse, la perte de la transmission, notamment au cours des grandes tablées qui réunissaient trois ou quatre générations le dimanche. Aujourd’hui, le dimanche, les Français courent pour rendre les gosses à la maman, ou au papa. Ils ont de moins en moins de temps pour ces grands banquets. Et quand ils forment une famille nucléaire classique, ils préfèrent aller à Casto ou se reposer d’une semaine de travail pas toujours épanouissante. Les nombreuses restructurations économiques intervenues depuis une trentaine d’années ont aussi déplacé de nombreuses populations françaises, de l’est vers l’ouest, et du nord vers le sud, contribuant à faire éclater les cellules familiales et à diluer le fait régional. Ce n’est pas la ratification de cette charte qui réglera ces problèmes.

Chère Natacha, Cher Frédéric, comme le rappelait Philippe Séguin dans un de ses meilleurs discours, « souvenez-vous du cri de Chateaubriand à la Chambre en 1816 : Si l’Europe civilisée voulait m’imposer la Charte, j’irais vivre à Constantinople ! » On ne saurait mieux résumer mon état d’esprit.

*Photo : *Photo : SERGE POUZET/SIPA. 00673312_000001.

François Hollande et l’amour

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francois hollande femmes

francois hollande femmes

Comme nous l’écrivions, François Hollande tient sa promesse : il est normal. Il est normal jusque dans ses amours.

Les enfants ressemblent plus à leur temps qu’à leur père, écrit Guy Debord dans ses Commentaires à la société du spectle. On notera donc pour commencer l’aspect libéral-libertaire, très générationnel, de la vision hollandienne du couple. Ce refus obstiné du mariage, cette volonté de « vivre à la colle » comme disaient nos grands-mères, est surtout, derrière la revendication d’émancipation et d’autonomie, une espèce de mépris déguisé d’une institution qui a pourtant fait ses preuves. On ne demande pas au Président de vivre comme dans un roman de Chardonne, où le mariage apparaît comme la seule véritable aventure, une aventure modeste et héroïque, entre renoncements tranquilles et acceptation d’un bonheur qui ne se découvre que dans la durée. Mais au moins pourrait-il nous épargner ce mélange entre une goujaterie matoise et une vision purement consumériste de ce qu’est un couple: on s’aime, tant mieux ; on ne s’aime plus, au revoir. De toute manière, c’était Mitterrand qui lisait Chardonne mais Mitterrand était d’une vieille droite littéraire alors que François Hollande est simplement un moderne, de surcroît tout entier pétri de cette inculture propre aux technocrates d’aujourd’hui. On aurait pu, éventuellement, accepter cette attitude si elle avait été un lointain souvenir de Marx qui voyait dans le mariage bourgeois la forme la plus accomplie de la prostitution. Mais, on a beau faire, pas plus que l’on n’imagine Hollande lire Chardonne, on ne  l’imagine lire Marx. Après tout, n’est-il pas un social-démocrate assumé, maintenant ?

Pourtant,  là où la normalité de Hollande est encore plus forte en la matière, c’est dans le choix des femmes de sa vie. Hollande est désespérant d’endogamie, comme tous les présidents qui l’ont précédé. Examinons un instant ses destinées sentimentales aurait dit Chardonne, encore lui. Il a d’abord longtemps vécu avec une énarque de sa promotion. Ils ont tout fait ensemble : les enfants, les cabinets ministériels, la députation et la candidature à la présidence de la République. Ensuite, François Hollande est tombé amoureux d’une journaliste politique et puis, après la journaliste politique, il a eu une liaison avec une actrice. Quelle originalité ! Quelle prise de risque ! Et surtout quelle vision de la femme française d’aujourd’hui, puisqu’il est bien connu en France que toutes les femmes sont soit des politiques, soit des journalistes, soit des actrices. Et demain, qui sait, il quittera l’actrice pour une patronne de choc dans les nouvelles technologies présentée par Fleur Pellerin.

Dans les contes de notre enfance, il arrivait que les princes tombent amoureux des bergères et c’est pour cela que c’étaient des contes. Plus tard, adolescents romantiques, nous vibrions pour Ruy Blas, le valet qui en pinçait pour une reine,  le « ver de terre amoureux d’une étoile. » Là, on n’est plus chez Chardonne, mais du côté des surréalistes, de l’amour fou et du plus beau poème de Breton, «Union libre. »  Cet amour-là porte en lui le renversement de toutes les valeurs, il est la subversion de l’ordre social, il redistribue les cartes d’un jeu dont les règles s’inventent en même temps qu’on y joue. On ne s’y retrouve plus, on affole les familles, on bafoue la société, on désespère les gouvernements.

François Hollande a peut-être désespéré le sien, de gouvernement, mais uniquement pour des raisons de communication, pas pour des raisons de fond. Ce qui aurait été vraiment subversif, inquiétant, choquant, scandaleux, ce qui pour le coup aurait étonné, c’est que le Président de la République tombe amoureux, par exemple, d’une ouvrière de La Redoute promise au licenciement, d’une infirmière fatiguée dans une maternité sur le point de fermer, d’une prof de français dans une ZEP problématique ou encore d’une fliquette épuisée par la baisse des effectifs dans un commissariat de banlieue.

On imagine le scénario, forcément. Une visite présidentielle dans des conditions houleuses d’un site industriel occupé, les gardes du corps, les CRS, la bousculade. Le président qui se retrouve amené, le temps que les choses se calment, dans un local de repos. Là, une  syndicaliste, la trentaine, les yeux un peu cernés à cause des nuits de veille autour des braseros, lui tend gentiment un café. Leurs regards se croisent et c’est le coup de foudre. Rien ne sera plus comme avant pour le président comme pour la syndicaliste. Elle devient racinienne,

« Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
Je sentis tout mon corps, et transir et brûler. »

Lui devient flaubertien :

« Ce fut comme une apparition. »

Ils se revoient, bien sûr. Il a suffi d’un numéro de portable griffonné qui passe de la main à la main. Tous les deux ont l’impression de trahir et c’est délicieux, cette trahison. Leur nid d’amour n’est pas un appartement des beaux quartiers, c’est la chambre d’un Campanile dans la zone commerciale d’une sous-préfecture improbable. Le président écoute beaucoup la syndicaliste. Elle lui raconte la France à 1 000 euros par mois, la France de la précarité, la France de la peur, la France des vies qui se gâchent dans la mélancolie de l’aliénation.

Comme tous les amoureux, il a soudain envie de changer le monde car les amoureux sont heureux et veulent que le monde soit à l’image de leur bonheur. Plus personne ne comprend quand le Président annonce lors de ses vœux, puis de sa conférence de presse, un tournant radical : le voilà qui parle de démondialisation et même d’une sortie de l’euro, si les Allemands ne veulent vraiment rien comprendre. En attendant, pour relancer la consommation, il augmente les salaires de 20%. On s’étrangle chez les éditorialistes économiques, Standard and Poor’s dégrade la note de la France à BBB+ avec perspective négative, Pierre Gattaz dit qu’on l’égorge, l’UMP appelle à la désobéissance civile, le Front de Gauche demande au président d’éviter l’aventurisme gauchiste et le Front national ne sait plus quoi dire, ce qui repose tout le monde.

Quand le scandale éclate, Closer photographiant le couple montant dans une Clio de location à la sortie du Campanile, François Hollande clarifie très vite la situation. Il publie un communiqué d’une grande délicatesse. La syndicaliste arrive ensuite à l’Elysée avec son fils de six ans qui n’a pas de père. La presse people se moque des fautes de goûts et des bévues protocolaires de la nouvelle première dame, la presse politique s’interroge gravement sur la politique de la France qui serait orientée par les amours présidentielles. Le président s’en moque. Il continue. Sa popularité grimpe en flèche. Il s’en moque aussi. Il se marie avec la syndicaliste, reconnaît l’enfant.

Et cette fois-ci, ses ex comprennent que c’est vraiment fichu : il ne reviendra plus. Quant à la droite, elle, elle comprend que ça va être très compliqué, mais alors très compliqué pour 2017.

Mais Hollande s’en moque aussi. Il se demande même s’il va se représenter.

Après tout, quand on est amoureux, la vraie vie est ailleurs…

 

*Photo :  Zacharie Scheurer/AP/SIPA. AP21509143_000002.